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CHAPITRE II Région antérieure du bras

La loge antérieure du bras renferme trois muscles : le plus superficiel s'étend du scapulum au radius, c'est le biceps ou long fléchisseur de l'avant-bras. Au-dessous de lui, s'étale en une large lame charnue le brachial antérieur ou court féchisseur. Enfin, en dedans et un peu en arrière du biceps, se trouve le comro-6rac/nVt/ qui descend de l'apophyse coracoïde sur la portion moyenne de l'humérus. Tous ces muscles présentent des variations anaiomiques nombreuses et fort importantes. le les étudierai méthodiquement dans les trois articles suivants.

ARTICLE PREMIER anomalies du biceps brachial.

Comme l'indique son nom, le muscle biceps, qu'on désigne encore, en Anatomie comparée, sous le nom de long fléchisseur

MUSCLE BICEPS BRACHIAL.

de l'avant-bras, se compose de deux portions ou têtes, réunissant l'une et l'autre l'omoplate au radius. De ces deux portions, Vinteme, appelée plus communément la courte portion, se détache de l'apophyse coracoïde par un tendon qui lui est commun avec le muscle coraco-brachial ; Veœterne, mieux connue sous le nom de longue portion, prend naissance, à l'aide d'un tendon cylindrique, sur la partie la plus élevée de la cavité glénoïde; ce tendon d'origine, remarquable par sa longueur, mais surtout par son trajet, perfore la capsule articulaire, glisse dans l'intérieur même de l'articulation sur la tête humérale et traversant de nouveau le manchon fibreux de l'épaule, vient se loger dans une gouttière située entre le trochin et le trochiter. C'est seulement au niveau de cette gouttière, à laquelle il a donné son nom, au-dessous du grand pectoral, que ce tendon s'élargit et se contourne en un demi-entonnoir, sur la face concave duquel naissent les fibres charnues du corps musculaire.

Complètement indépendantes à leur origine, les deux portions du biceps se portent l'une et l'autre vers le coude, s'accolent tout d'abord, puis se fusionnent; finalement, elles se jettent sur un tendon unique, large et épais, presque arrondi, lequel, glissant sur l'articulation huméro-cubitale, vient se fixer sur la tubérosité bicipitale du radius. Du côté interne de ce tendon terminal et aussi, dans la plupart des cas, de l'extrémité inférieure de la courte portion se détache une expansion aponévrotique qui vient se confondre, en avant des muscles épitrochléens, avec l'aponévrose antibrachiale.

Telle est la constitution classique du biceps brachial chez l'homme. Mais combien est variable une pareille disposition! Gomme le faisait déjà remarquer, il y a plus d'un demi-siècle, l'illustre Meckel, ce muscle est un de ceux «qui sont le plus sujets à varier et qui présentent les anomalies les plus frappantes. » Je classerai ces anomalies de la façon suivante :

§ I. — Séparation complète des deux corps musculaires. —

A l'espace réel qui sépare, à leur origine et dans le tiers supé-

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rieur du bras, les deux portions du biceps, succède un interstice plus ou moins visible à l'œil nu, rempli de tissu cellulaireet se prolongeant en bas jusqu'à une dislance plus ou moins considérable de l'articulation scapulo-humérale. Une dissection minutieuse permet souvent d'isoler les corps charnus jusqu'à deux ou même un centimètre du tendon terminal. Dans deux cas, j'ai pu poursuivre la division, sans intéresser les fibres musculaires, jusqu'au tendon lui-même. Des faits de cette nature ont été signalés par Riverius, Weitbrecht, Albinus, Rudolphi, Meckel, Macalister, etc. Il existe, en réalité, dans ces cas, deux corps musculaires distincts : l'un interne, allant de l'apophyse coracoïde au radius (M. coraco-radial) ; l'autre externe^ se rendant du sommet de la cavité glénoïde au même os de l'avantbras (M. gléno-radial) .

Anatomie comparée. — Cette séparation complète des deux têtes du biceps nous semblera toute naturelle, si nous songeons que dans quelques espèces animales ce même muscle se trouve réduit, comme nous le verrons tout à l'heure, à une seule de ses portions, soit la portion coracoïdienne, soit la portion glénoïdienne. Le muscle coraco-radial et le muscle yléno-radial sont, à eux seuls, des muscles complets et peuvent exister isolément. Si la nature les a fusionnés en partie chez les Primates, elle prend soin de les isoler de temps à autre, comme pour rappeler leur indépendance au point de vue morphologique. Telle est l'explication de l'anomalie.

Macalister décrit, chez le crocodile, trois fléchisseurs de l'avant-bras : un brachial antérieur distinct et un biceps divisé en deux portions dans toute sa longueur.

§ II. — Biceps réduit à sa portion coracoïdienne (M. coracoradial). — L'absence de la longue portion du biceps comporte deux ordres de faits : dans un premier cas, le chef glénoïdien absent est remplacé par un faisceau charnu, détaché d'une l'égion quelconque de l'humérus ; dans le second cas, il n'est nullement suppléé, et le muscle biceps, devenant uniceps, se trouve réduit à sa portion coracoïdienne. J'ai rencontré deux

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fois, en quatre années, cette dernière anomalie, qui a été signalée avant moi par quelques aoatomistes, notamment par Otto, Lauth, HyrtI, Henle, Macalister, Jœssel.

Anatomie comparée. — Chez le rhinocéros, le professeur Haughton, et après lui Macalister, ont vu le biceps se détacher uniquement de l'apophyse coracoïde, à l'aide d'un fort tendon. Il en est de même, parmi les Mammifères, chez le cochon, chez VEchidna hystrix; parmi les Oiseaux, chez Vautruche; parmi les Batraciens, chez la grenouille, chez le Lacerta agilis, chez Y iguane (Macalister).

Humphy décrit également, chez VOrycteropus capensis, comme représentant le biceps de l'homme, un seul corps musculaire prenant naissance sur la partie antérieure de l'apophyse coracoïde.

§ III. — Biceps réduit à sa portion g:lénoïdienne (M. glénoradial). — L'absence de la portion coracoïdienne du biceps, sans suppléance par uii autre muscle, a élé rencontrée par Macalister et par Meckel. Seule, la portion glénoïdienne représentait, dans ce cas, le muscle biceps.

Anatomie comparée. — C'est encore la reproduction d'un type qui est normal dans un grand nombre d'espèces animales. Le paca, le porc-épic, le castor, d'après Meckel, nous présentent un muscle gléno-radial, sans portion coracoïdienne. Parmi les Quadrumanes, nous rencontrons une pareille disposition chez le Stenops (Macalister) et chez le Nyclicebus (Mivart et Mûrie).

Parmi les Carnassiers, le long fléchisseur de l'avant-bras est réduit également à une portion gléno-radiale chez V hyène, le chien, le chat, le coati, le blaireau, le raton, le phoque et la martre (Meckel). Chez ïours, celle disposition est ordinaire sans toutefois être constante; je l'ai observée, pour ma part, chez ïUrsus americanus; Meckel l'a trouvée, lui aussi, sur le côté gauche d'un ours brun; par contre, il a rencontré, à titre de faisceau additionnel, un muscle coraco-radial sur le côlé droit du même sujet et sur les deux côtés d'un ours blanc.

§ IV. — Absence totale du muscle. — La réunion sur un même sujet des deux anomalies précédentes constitue la disparition complète du muscle biceps. Macalisler qui signale une pareille disposition ne lui consacre qu'une mention sommaire. Nous regrettons de ne pouvoir l'analyser, faute de documents suffisants.

§ V. — Faisceau surnuméraire coracoïdien. — Au mois de décembre dernier, j'ai rencontré sur le côlé droit d'un sujet deux portions coracoïdiennes à peu près d'égal volume, se détachant, l'une et l'autre, du jsommet de l'apophyse coracoïde et ne se réunissant qu'à la partie moyenne du bras; il existait, sur le même sujet, un deuxième chef surnuméraire, prenant naissance sur la face profonde du tendon du grand pectoral et rejoignant la portion glénoïdienne, à quatre centimètres audessous de son origine.

Les professeurs Wood et Macalister ont signalé chacun une observation de double chef coracoïdien. Dans le cas de Macalister. le faisceau surnuméraire rejoignait la portion coracoïdienne normale, avant sa réunion avec la portion glénoïdienne.

Nous devons rapprocher de ces faits l'observation si intéressante de M. Leboucq, relative à un muscle biceps dont les deux portions venaient se fixer, l'une et l'autre, sur l'apophyse coracoïde.

Anatomie comparée. — Macalister décrit, chez l'ornithorynque, un muscle biceps dont les deux portions se détachaient, à côté l'une de l'autre, de l'appareil coracoïdien. N'est-ce pas là la reproduction exacte de la disposition observée chez l'homme par M. Leboucq?

M. Sabatier signale des traces plus ou moins profondes de dédoublement dans le biceps des Sauriens kionocrâniens , des Chamœléonides et des Oiseaux.

§ VI. — Faisceau surnuméraire partant du corps de riiumérus (chef humérnl du biceps, muscle brachio-radiçil) . —

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Indépendamment des portions coracoïdienne et glénoïdienne, il n'est pas rare de rencontrer au-dessous d'elles une troisième portion, presque toujours considérable, prenant naissance sur la partie moyenne de l'humérus et rejoignant le biceps, soit au niveau de son tendon (disposition plus fréquente), soit au niveau de son corps charnu (disposition plus rare). Dans deux cas, j'ai vu la plus grande partie de ces fibres se terminer sur l'expansion aponévrolique.

Cette troisième portion, ou chef huméral du biceps, est mentionnée par tous les auteurs qui se sont occupés d'analomie anormale. C'est que sa fréquence est relativement considérable : ïheile l'a rencontrée 1 fois sur 9 sujets, Hallet 1 fois sur 15; Wood 18 fois sur 175. Je l'ai observée pour ma part 11 fois sur 105 sujets. En totalisant ces divers résultats, on , arrive à une proportion centésim de 10.02, soit 1 fois sur 10 sujets.

Le faisceau surnuméraire dont il est question se présente généralement sous la forme d'un ruban aplati, mesurant le plus souvent de 5 à 30 millimètres de largeur. Réduit chez certains sujets aux dimensions d'un faisceau minuscule, il possède, chez d'autres, un volume aussi ou même plus considérable que l'une des deux portions scapulaires. Il prend naissance, dans la majorité des cas, sur l'extrémité supérieure du muscle brachial antérieur, en regard du coraco-brachial ; mais il n'est pas rare de le voir se détacher plus bas, de la surface même du brachial antérieur. Dans un cas où sa longueur était considérabbment réduite, je l'ai vu naître à 3 centimètres seulement au-dessus de l'origine du tendon commun du biceps. Plus rarement, le chef huméral se détache de la face externe de l'humérus, dans le voisinage des insertions supérieures du long supinateur, ou bien de la cloison intermusculaire interne. Dans ce dernier cas, le faisceau surnuméraire peut passer en avant du paquet vasculo-nerveux du bras et former ainsi une espèce de pont, en avant de l'artère humérale et du nerf médian. Je n'ai observé qu'une fois cette disposition singulière, déjà signalée du reste par Quain, Struthers et autres anatomistes.

37G LES ANOMALIES MUSCULAIRES CHEZ l'hOMME.

Dans un deuxième cas, que j'ai rencontré tout récemment (février 1883), le chef huméral du bicejDS se détachait à la fois de l'aponévrose intermusculaire interne et de la face antérieure du brachial antérieur par deux faisceaux. Ces deux faisceaux, distincts à leur origine, se fusionnaient presque immédiatement au-dessous, interceptant entre eux, pour donner passage à l'artère humérale et au nerf médian, un espace ovalaire qui rappelait assez bien l'anneau du muscle soléaire.

Signification et anatomie comjjarée. — Situé entre la face profonde du biceps et la face superficielle du brachial antérieur, le faisceau surnuméraire que je viens de décrire, contracte presque toujours, par ses fibres d'origine, des connexions intimes avec les fibres de ce dernier muscle, de telle sorte qu'on est autorisé à le considérer, le plus souvent, comme une anastomose jetée obliquement entre les deux fléchisseurs de l'avant-bras.

Les rapports du nerf musculo-cutané avec le chef huméral du biceps présentent ici un intérêt tout particulier : d'après le professeur Hyrtl, l'anomalie du muscle ne serait en effet que la conséquence d'une anomalie dans le trajet du nerf. « Dans des cas rares, dit-il, le brachial cutané externe (nerf musculocutané) perfore non seulement le coraco-brachial, mais encore le brachial antérieur. Ce muscle se trouve ainsi divisé en deux portions : l'une qui est en arrière du nerf, l'autre qui est en avant; cette dernière est toujours moins volumineuse. Une série de préparations que j'ai faites, démontre que la portion du brachial antérieur située en avant du nerf se sépare du reste du muscle, pour former le troisième chef dont nous avons déjà parié et qui s'insère sur le tendon inférieur du biceps. » Le chef huméral du biceps ne devient ainsi, pour le savant anatomiste de Vienne, qu'une portion du brachial antérieur qui aurait été soulevée par le nerf musculo-cutané et dont l'insertion inférieure serait, du même coup, transportée du cubitus au radius.

Dans une note publiée en 1868 dans les Mémoires de V Académie des Sciences de Bologne, le professeur L. Calori s'est élevé contre une pareille assertion et a produit deux observations,

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desquelles il résulte que le biceps peut recevoir de l'humérus un troisième faisceau musculaire, sans que le nerf musculo-culané soit dévié de son trajet normal.

Cherchant à apprécier la valeur de ces deux opinions contraires, j'ai examiné, sur 105 bras, appartenant à plus de 80 sujets, les rapports respectifs du nerf musculo-cutané avec le brachial antérieur et le biceps. J'ai été assez heureux pour rencontrer le chefhuméral 11 fois. Dans 6 cas, le nei f musculocutané ou l'une de ses branches passait en arrière du chef huméral du biceps, conformément à la description de Hyrtl ; dans les 5 autres, le nerf, suivant en ce point son trajet normal, passait en avant du chef huméral ou même ne contractait avec ce dernier aucun rapport de contiguïté; il ne pouvait donc en aucune façon être invoqué, comme élément actif, dans le mode de formation de cette anomalie musculaire. Ces derniers faits ruinent, concurremment avec ceux de Calori, la théorie anatomique de Hyrll. Voici en [)eu de mots leur description :

'f^'^ fait (observé le 20 décembre 1881). — Sur un sujet adulte dont le biceps ne présentait aucune particularité dans ses insertions scapulaires et bicipitales, j'ai vu une bandelette musculaire large de % centimètres 1/2; se détacher de la face interne de l'humérus, au niveau des attaches supérieures du brachial antérieur et, se portant en bas et en dehors, venir s'insérer sur la face profonde du tendon du biceps. Le nerf musculo-cutané, normal dans son trajet, traversait le coracobrachial, et après avoir fourni deux rameaux aux deux portions scapulaires du biceps, venait se placer entre ce dernier muscle et son faisceau surnuméraire, auquel il fournissait un rameau très grêle. Ce nerf, obliquant ensuite en dehors, suivait la face antérieure du brachial antérieur jusqu'à la hauteur du coude, où il traversait l'aponévrose pour devenir sous-cutané.

2'^ fait (observé le 1" février 1882). — Le biceps possède du côté droit, indépendamment de ses deux portions normales, deux faisceaux surnuméraires : a] le premier^ très grêle, se détache, à l'aide d'un tendon cylindrique, de la face profonde du tendon du grand pectoral, dans le voisinage de la coulisse

bicipitale. De là, il se porte obliquement en dedans, croise en avant le tendon de la longue ;iortion du biceps, et ne tarde pas à atteindre le bord iiUeine de la courte portion; là, il se transforme en un corps musculaire qui se fusionne presque immédiatement après avec le biceps. (îj Le deuxième faisceau, large et aplati, prend naissance sur la face interne de l'humérus, au niveau des insertions supérieures du brachial antérieur; il se dirige ensuite vers le coude, et arrivé au niveau du tendon du biceps, il se divise en deux portions distinctes : la portion externe s'insère au tendon du biceps; la portion interne, cinq fois plus volumineuse, se jelte en entier sur l'expansion aponévrotique du biceps, laquelle ne contracte, sur ce sujet, aucune connexion avec le tendon du muscle lui-même.

Sur ce sujet, le nerf musculo-cutané entre dans la région brachiale, sur le côté externe du muscle coraco-brachial et fournit, presque immédiatement après, deux gros rameaux pour les deux portions scapulaires du biceps; continuant de là son trajet descendant, il vient se placer sur la face antérieure du brachial antérieur, un peu en dehors du chef liuméral du biceps, fournit un petit rameau à ce chef huméral, un rameau plus volumineux au brachial antérieur, et devient sous-cutané.

3^ fait (observé le 221 février 1881). — Sur le côté droit, le muscle biceps présente au-dessous de ses deux portions normales, un gros faisceau surnuméraire qui, comme dans les cas précédents, se sépare du brachial antérieur à son extrémité supérieure, pour s'attacher en bas au tendon radial du muscle. Le nerf musculo-cutané n'existe pas en tant que nerf distinct ; ses éléments sont entièrement fusionnés avec le nerf médian. Ce dernier nerf fournit en elîet, au niveau de sa racine externe, un (ilet assez volumineux qui se perd dans le coracobrachial et dans la courte portion du biceps. A la réunion du tiers supérieur avec le tiers moyen du bras, se détache une deuxième branche nerveuse très volumineuse, laquelle se divise en deux rameaux : le rameau supérieur, glissant entre la face profonde du biceps et le chef huméral de ce muscle, se perd dans la courte portion et dans la longue portion. Quant au

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rameau inférieur, il longe pendant quelques instants le bord interne du chef huméral et finalement le pénétre après s'être bifurqué.

Enfin, à la partie moyenne du bras, le nerf médian laisse échapper, sur son côté externe, une dernière branche aussi volumineuse que la précédente, laquelle glisse entre la face profonde du biceps et le chef huméral, et vient constituer la portion anlibrachiale du nerf musculo-cutané.

4^ fait (observé le 2 décembre 1881). — Cette observation est un peu plus complexe, mais aussi nette dans son enseignement; elle a été prise sur un sujet d'une quarantaine d'années, fortement musclé. Le muscle biceps du côté droit est absolument normal; du côté gauche, il présente un troisième chef de 1 centimètre 1/2 de largeur environ, partant de la face antérieure du brachial antérieur pour yboutir au tendon inférieur du biceps; de plus, la face profonde de la courte portion donne naissance, à 3 centimètres au-dessous de l'apophyse coracoïde, à un petit ruban musculaire, lequel est séparé du corps principal du muscle par le tronc du nerf musculo-cutané et ne rejoint le biceps qu'au tiers inférieur du bras.

Le nerf musculo-cutané, dont la disposition sur ce sujet est fort importante, fournit, à sa sortie du coraco-brachial, un gros rameau pour le long et le court biceps; pénétrant ensuite entre le corps du biceps et le petit ruban musculaire que j'ai décrit ci-dessus, il gagne le côté externe du tendon du biceps, pour se perdre finalement dans les téguments de l'avant-bras. Au moment de traverser ainsi la courte portion du biceps, le nerf musculo-cutané envoie en bas et en dedans une branche volumineuse qui va s'anastomoser avec le nerf médian. Cette branche (c'est là la disposition essentielle à noter) chemine non pas au-dessous du chef huméral, mais bien entre ce chef huméral et le biceps, et fournit à son tour deux rameaux : le premier, très grêle, se perd dans la portion huraérale du biceps; le second, plus volumineux, se termine dans le brachial antérieur, après avoir fqurni un petit filet à l'artère huraérale.

5"" fait (observé le 27 janvier 1882). — Sur le côté droit d'un jeune sujet, j'ai trouvé le muscle brachial antérieur constitué par deux couches à peu près distinctes dans toute leur étendue. La couche profonde, représentant le muscle normal, part de l'humérus pour se terminer à la base de l'apophyse coronoïde ; la couche superficielle, un peu moins épaisse que la précédente, mais aussi large, s'insère également par son extrémité supérieure sur l'humérus; arrivée à 5 centimètres au-dessus de l'interligne articulaire du coude, elle se divise en deux faisceaux : le faisceau interne, continuant le trajet du muscle, se jette sur un tendon aplati de 1 centimètre de largeur et vient se fixer sur l'apophyse coronoïde; quant au faisceau externe, il s'attache sur la face profonde du tendon du biceps, constituant ainsi pour ce dernier muscle une troisième portion ou portion humérale.

Le nerf musculo-cutané longe le côté interne du coracobrachial, sans le perforer; presque immédiatement après son origine qui a lieu un peu plus bas qu'à l'ordinaire, il fournit une gi'osse branche pour le biceps et, à 1 centimètre au-dessous, un deuxième rameau également très volumineux pour les deux couches du brachial antérieur; quant au tronc nerveux lui-même, il se place entre la face profonde du biceps et le brachial superficiel et va constituer plus bas la portion antibrachiale. Il est placé, dans toute son étendue, en dehors du chef humerai du biceps.

Dans les cinq observations qui précèdent, le nerf musculocutané, on le voit, ou bien ne présente aucun rapport de contiguïté avec le chef huméral du biceps, ou bien se trouve manifestement placé entre lui et le biceps, e?i avant de lui et non en arrière. La théorie de Hyrtl ne saurait leur être applicable; elle est en conséquence erronée, comme formule générale.

Je crois pouvoir ajouter qu'elle n'est exacte dans aucun cas, pas même dans ceux où le nerf musculo-cutané chemine en arrière du chef huméral : on ne comprendrait pas en effet qu'un nerf, par ce seul fait qu'il traverse un corps musculaire, divise

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celui-ci en deux muscles distincts. Est-ce que le muscle coracobrachial, qui est traversé par le nerf musculo-cutané, ne forme pas quand même une masse musculaire compacte? Est-ce qu'il n'en est pas de même, dans la plupart des cas, du sternocléido-mastoïdien qui donne passage au nerf spinal, du couturier que traversent pourtant les trois rameaux perforants du nerf musculo-cutané externe?

On comprendrait moins encore que le tronc nerveux, influençant jusqu'à l'extrémité inférieure du muscle brachial antérieur, transportât les points d'attache de cette extrémité, du cubitus sur le radius.

Non, le nerf musculo-cutané, qu'il soit normal ou modifié dans son trajet, ne doit pas entrer en ligne de compte dans le mode d'apparition d'un chef huméral pour le muscle biceps, et il convient de substituer désormais à l'assertion de Hyrtl une explication plus rationnelle : pour nous, le faisceau plus ou moins considérable et plus ou moins nettement différencié que le brachial antérieur envoie au tendon du biceps et par son intermédiaire à la lubérosilé bicipitale, dénote une tendance manifeste du muscle à s'insérer sur l'os externe de l'avant-bras, disposition réalisée à l'état normal chez quelques Mammifères, notamment chez le mouton, le cheval, le daman (Meckel), où le muscle court fléchisseur (brachial antérieur de l'Anatomie humaine) vient s'attacher sur le radius,

A ce titre, le renforcement du muscle biceps par un faisceau huméral détaché du brachial antérieur acquiert toute la valeur des anomalies dites reversives.

Du reste, l'existence d'un chef huméral pour le biceps qui est anormal chez l'homme, se rencontre normalement dans quelques espèces animales, notamment chez le rhinocéros et chez quelques Chéiroptères (Macalister). M. Chudzinski a trouvé le troisième chef du biceps brachial chez V orang-outang roux, % fois sur 5 sujets qu'il a disséqués. Le professeur Humphry nous apprend, dans sa Myologie du phoque, qu'un faisceau des fibres superficielles du brachial antérieur se porte, chez cet animal, sur le biceps pour gagner, avec ce dernier muscle, la

tubérosilé radiale. Le même analomiste décrit comme parties constituantes du biceps de l'aï, 3 faisceaux distincts : a) un faisceau coracoïdien; fi) un faisceau glénoïdien, et y) un faisceau huméral plus large que les deux précédents, se détachant de l'os du bras au-dessous du tendon du grand pectoral.

§ VII. • — Autres faisceaux d'orig:ines surnuméraires du biceps brachial. — Des nombreuses observations que j'ai pu réunir, il résulte que le biceps peut dans des cas anormaux prendre naissance: 1" sur les différentes parties de l'extrémité supérieure de l'humérus; 2l° sur le tendon du grand pectoral; 3° sur la capsule articulaire. Ces divers faisceaux d'origine peuvent remplacer la longue portion absente, ou bien coexister avec cette portion peu ou point modifiée.

1° Insertion sur l'extrémité supérieure de l'humérus. — J'ai VU,

dans un cas, la portion glénoïdienne du biceps s'arrêter sur la lèvre externe de la coulisse bicipilale. Des observations analogues ont été rapportées par Davies-Colley, Taylor et Dalton, par Welcker, ainsi que par Gruber. Dans le cas de Gruber, dont on pourra lire la description détaillée dans le Bulletin de l'Académie de Saint-Pétersbourg de / 873, le tendon anormal s'unissait, par quelques-unes de ses fibres externes, avec le tendon du grand pectoral placé en avant.

Davies-Colley, Taylor et Dalton ont vu, dans un cas, la portion glénoïdienne du biceps prendre naissance sur la petite lubérosité humérale. Macalister l'a vue se détacher de la grosse tubérosilé.

Anatomie comparée. — L'arrêt de la portion glénoïdienne du biceps sur Textrémilé supérieure de l'humérus se rencontre normalement chez quelques Chéiroptères . « Dans les chauves-souris, dit Meckel, le biceps a deux têtes : l'une d'elles vient, fort haut, de l'humérus; l'autre doit son origine à l'apophyse coracoïde. Elles sont très épaisses, mais courtes, se confondant après un court trajet, etc.. » Macalister décrit également, chez les ChéiropÂères, une tête humérale aussi volumineuse que la tête coracoïdienne. Une pareille disposition n'est cependant pas générale

à toutes les espèces de cette classe : Maisonneuve a vu la portion glénoïdienne du biceps remonter, chez le Vespertilio murinus, jusqu'au scapulum; le professeur Gruber, qui a rencontré le chef huméral chez un Vespertilio, l'a vu devenir glénoïdien, comme chez l'homme, chez deux autres Chéiroptères, le Phyllostoma hanstatum et le Nyderis thebarca.

Un grand nombre d'Oiseaux, le plus grand nombre, d'après Macalister, possèdent également un chef coracoïdien et un chef huméral, rappelant de tous points quelques observations des biceps anormaux de l'homme. M. Sabatier, qui rejette, malgré l'autorité de Cavier, l'existence chez les Oiseaux d'un chef huméral du biceps, explique cette prétendue insertion du biceps sur l'humérus par une interruption du muscle qui aurait pris sur ce point une insertion consécutive. Je le veux bien, mais au point de vue spécial qui nous occupe, cette explication ne nous est en rien défavorable ; les tendons de nos biceps anormaux qui au lieu de remonter jusqu'à la région susglénoïdienne (surface d'insertion normale) s'arrêtent à l'extrémité supérieure de l'humérus (surface d'insertion anormale), ne sont-ils pas, eux aussi, des tendons interrompus et soudés à l'humérus par une insertion consécutive?

Insei'lion sur la capsule arliculaii-e. — L'inscrtion de la longue portion du biceps sur la capsule articulaire de l'épaule a été observée par plusieurs anatomistes, notamment par Macalister et par Theile. J'ai rencontré moi-même, sur trois sujets, l'existence d'un faisceau surnuméraire toujours très grêle, détaché de la capsule, mais coexistant avec la portion glénoïdienne.

Sigjiification anatomique. — Je considère la formation anormale précédente, comme une portion glénoïdienne interrompue qui s'est arrêtée, dans son développement, à quelques centimètres au-dessus de la cavité glénoïde, sur le manchon fibreux de l'épaule et y a pris insertion.

On objectera peut-être, à cette manière de voir, que le tendon de la portion glénoïdienne du biceps chemine en dedans de l'articulation et qu'on ne saurait lui assimiler une formation

extraarticulaire. Celte objection tombe d'elle-même si l'on songe que chez certains Mammifères, notamment chez le cheval, le tapi7\ la taupe et peut-être aussi V hippopolame et le chameau, le tendon du biceps est situé en dehors de l'articulation, sur la surface extérieure de la capsule. Du reste, Hermann Welcker vient de démontrer, dans un mémoire des plus intéressants, que le tendon du long biceps est primitivement situé en dehors de la capsule et ne pénètre que consécutivement dans l'intérieur même de la cavité articulaire. En suivant, en effet, dans ses diverses phases embryonnaires le développement de l'articulation de l'épaule chez un animal dont le tendon est libre dans l'intérieur de la capsule, à l'état adulte, il a pu constater la succession des phases diverses qui caractérisent la migration de ce tendon, de l'extérieur à l'intérieur de la synoviale.

Et, chose bien intéressante mais prévue, ces diverses phases de migrations, la nature les a fixées sur certaines espèces qui les présentent constamment à l'état normal, tant il est vrai que l'histoire des espèces se reproduit, jusqu'à un certain point, dans l'histoire de l'individu. Tandis que les dispositions extrêmes, situation du tendon en dehors de la capsule et situation en dedans de la synoviale, se rencontrent, la première chez les Mammifères que j'ai signalés plus haut, la deuxième chez Vhomme, et, en général, chez tous les Primates, nous voyons ce même tendon : 1° glisser, chez quelques chauves-souris, entre la capsule fibreuse et la membrane séreuse ; 2° à un degré plus avancé, chez le chien et Vatèle, soulever la synoviale et faire saillie dans la cavité articulaire, tout en restant fixé sur la capsule par un méso-tendon plus ou moins lâche.

Anatomie comparée. — J'ai rencontré l'insertion capsulaire du biceps chez un cercopithèque du Sénégal. Ce muscle, très développé, formait au bras une masse cylindrique considérable sans trace de division. Ce n'est qu'au niveau des tubérosilés que les fibres musculaires s'écartaient pour constituer trois groupes distincts : a) Les fibres les plus externes, se portant dans la coulisse bicipitale, se jetaient là sur un tendon aplati plutôt qu'arrondi, lequel venait s'attacher, d'autre part,, sur la

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partie la plus élevée du bourrelet glénoïdien ; ce tendon traversait la cavité articulaire de l'épaule et se trouvait fixé à la capsule fibreuse par un méso-tendon très lâche ; /3j Les fibres internes se fixaient à l'apophyse coracoïde, en se confondant à ce niveau avec le muscle coraco-brachial ; y) Quant aux fibres moyennes, elles se séparaient manifestement des deux autres groupes, pour venir se terminer en partie sur le trochin, en partie sur la capsule.

3° Insertion sur le tendon du grand pectoral. — Signalée par

Koster, Pozzi, Ghudzinski, Koliiker, cette disposition, que j'ai rencontrée moi-même sur deux sujets au moins, n'est, dans la plupart des cas, qu'une variété des deux anomalies précédentes. C'est une variété du chef capsulo-radial, qui s'est arrêté, par suite d'une insertion consécutive, sur le tendon du grand pectoral. L'observation suivante est très démonstrative à cet égard :

Sur le côté droit d'un sujet, j'ai vu la longue portion du biceps, entièrement conforme du reste à la description classique, être renforcée à son côlé externe par un faisceau charnu, large de 15 millimètres, qui descendait de la région sous-pectorale. Au niveau du bord inférieur du grand pectoral, il se jetait sur un tendon aplati, lequel s'insérait presque en totalité sur la face profonde du tendon de ce dernier muscle, tout près de son insertion à la coulisse bicipitale. Quelques-uns de ses faisceaux cependant remontaient plus haut, pour venir se perdre sur la capsule articulaire.

Analomie comparée. — D'après Huxley, le biceps prend insertion, chez le gibbon, sur le tendon huméral du grand pectoral. Chez VHylobates leuciscus, disséqué par BischofF, les deux tendons d'origine du biceps passaient au travers du tendon du grand pectoral. Est-ce là une disposition habituelle? Nous ne saurions le dire ; mais nous ne pouvons nous empêcher de rapprocher d'une telle disposition le fait si intéressant observé une fois chez Vhomme par Macalister, où l'on voyait le tendon de la longue portion du biceps perforer de même le tendon du grand pectoral.

§ VIII. — • Biceps à trois, quatre et cinq têtes. — En se combinant entre eux, les faisceaux d'origine normaux et surnuméraires que nous venons d'étudier, peuvent former des muscles à trois, quatre et cinq têtes. Ces combinaisons, qui s'efTectuenl, du reste, d'une façon fort variable, donnent naissance à une série de types anormaux fort variables aussi dans leur constitution. Voici la plupart de ces types ; je me borne à les indiquer, plaçant entre parenthèse les noms des auteurs qui les ont observés :

1" Biceps à trois têtes. — a) Les portions coracoïdieune et glénoïdienne sont normales; la troisième portion vient du tiers moyen ou du tiers inférieur de l'humérus (presque tous les anatomistes). (Voyez § VI, Chef Iniméral du biceps.)

(S) — Portion coracoïdienne et glénoïdienne normales; la troisième portion provient soit du tendon du grand pectoral, soit de la lèvre externe de la coulisse bicipitale, soit de l'extrémité supérieure de l'humérus, soit de la capsule articulaire (Pozzi, Macalister, Chudzinski, Welcker, Haller, Davies-Colley, Kolliker, ïestut, etc).

y) — Portion glénoïdienne normale, dédoublement de la portion coracoïdienne (Wood, Macalister).

%° Biceps à quatre têtes. — oc) Les portions coracoïdicnne et glénoïdienne sont normales; il existe une troisième portion naissant du tiers moyen de l'humérus, une quatrième se détachant de la grosse tubérosilé (Macalister).

/3y' — Les deux portions coracoïdienne et glénoïdienne étant normales, les deux autres portions se détachent de l'humérus, au niveau des insertions supérieures du brachial antérieur (Wood, Testut, Kôlliker).

y) — La portion glénoïdienne étant absente, il existe deux portions coracoïdiennes, une troisième portion naissant sur la face interne de l'humérus, une quatrième se détachant de la grosse tubérosité (Macalister).

d) — Les portions glénoïdienne cl coracoïdienne étant normales, il existe une troisième lête parlant de la face interne de l'humérus, une quatrième insérée sur la lèvre externe de la coul'ss3 bicipitale (Macalister, Davies-Colley, Taylor et -Daltonj.

e) — Les portions glénoïdienne et coracoïdienne étant normales, il existe un troisième chef huméral et un quatrième chef détaché du tendon du grand pectoral (Chudzinski, Kôlliker).

— La portion glénoïdienne étant normale, il y a deux chefs coracoïdiens et un quatrième chef détaché du tendon du grand pectoral (Testut).

r,) — Portion coracoïdienne normale, chef surnuméraire provenant de l'humérus, dédoublement de la portion glénoïdienne (Theile).

3° Biceps à cinq têtes. — a) Les deux têles Ordinaires normales coexistent avec un troisième chef huméral, un quatrième chef provenant du deltoïde, et un cinquième chef inséré sur la coulisse bicipitale, à la hauteur du grand pectoral (Henle).

fi) — A côté du biceps ordinaire se trouve un biceps surnuméraire, lequel naît par trois faisceaux primitivement distincts : l'un provient de la face interne de l'humérus, le deuxième de la face externe, le troisième de la courte portion du biceps. Ces trois portions viennent s'insérer par un tendon indépendant sur le radius et sa tubérosiié, en arrière du tendon ordinaire du biceps (Pietsch).

y) — Les deux portions glénoïdienne et coracoïdienne étant normales, il existe un troisième chv3f huméral, un quatrième chef détaché de l'apophyse coracoïde, ce dernier, renforcé luimême par un faisceau provenant de la capsule de l'épaule et constituant un cinquième chef (Testut).

§ IX. — Faisceau anastomotique jeté entre les deux portions du biceps. — J'ai rencontré, sur deux sujets, un faisceau surnuméraire réunissant l'une à l'autre les deux portions du muscle biceps. Dans le premier cas, le faisceau anastomotique fort grêle se rendait de la courte portion du biceps obliquement en bas et en dehors à la longue portion; dans le second cas, le muscle surnuméraire, suivant un trajet inverse, se détachait de la face profonde de la longue portion, à la hauteur du tendon du grand pectoral, et venait se confondre avec la courte portion, dont il constituait la partie la plus interne. Dursy parle égale-

raent d'un muscle biceps dont les deux portions se terminaient en bas sur des tendons distincts, mais réunis cependant l'une à l'autre par un faisceau charnu.

§ X. — Faisceau terminal surnuméraire pour le radius. —

J'ai déjà signalé plus haut, à propos des muscles à cinq têtes, une observation de Pietsch où l'on voyait, au-dessous du muscle normal, un muscle surnuméraire qui, parlant à la fois et de la courte portion du biceps et de l'humérus, venait se fixer également sur la tubérosité bicipitale.

On a vu quelquefois encore un faisceau charnu se détacher de la longue portion et venir s'insérer isolément sur le radius; Sels et Blumenbach ont rapporté, chacun, un fait de cette nature. Hyrtl a vu, de son côté, un faisceau charnu détaché du biceps venir se terminer, sous le tendon normal, en partie sur l'apophyse coronoïde, en partie sur la bourse séreuse qui est au-dessus de la tubérosité bicipitale.

Anatomie comparée. — Ce dédoublement du biceps dans la région du coude, persislant jusqu'à l'insertion radiale, rappelle la disposition que nous offre le biceps du dromadaire. Voici la description qu'en donne Chauveau : « Ce muscle est décomposable en deux corps charnus réunis en haut sur un seul tendon. Le faisceau interne est le plus volumineux, un peu fusiforme et s'attache directement sur le radius par ses fibres musculaires. Le deuxième, situé en avant, en dehors du précédent, est terminé par un tendon bifurqué : une branche s'arrête à la tubérosité bicipitale; l'autre, suivi d'un petit faisceau charnu, va se confondre avec le corps de l'extenseur antérieur du métacarpe» .

§ XL — Faisceau terminal surnuméraire pour le cubitus et la rég^ion cubitale. — Ce faisceau d'insertion cubital affecte deux dispositions principales: ou bien il s'insère directement sur l'os, sans présenter avec le muscle brachial antérieur d'autres rapports que ceux de la conliguité, ou bien il se jette dans la masse charnue de ce dernier muscle pour gagner avec lui le cubitus.

La première de ces dispositions a été rencontrée par Hyrtl, par Pye-Smith, Howse et Colley, ainsi que par Macalister. Dans les deux premiers cas, c'est sur l'apophyse coronoïde que se faisait l'insertion du tendon terminal; dans le cas de Macalister, qui est fort complexe, il existait pour le biceps, en dehors du tendon normal, quatre faisceaux terminaux : l'un se portait sur la cloison intermusculaire interne, le deuxième sur la capsule articulaire, le troisième sur le rond pronateur, le quatrième, enfin, sur l'apophyse coronoïde.

J'ai observé la deuxième disposition une seule fois en quatre ans : c'était un petit ruban musculaire qui se détachait de la face profonde du biceps, à trois centimètres au-dessus du tendon bicipital, se portait ensuite en bas et en dedans, atteignait le brachial antérieur dans la région du coude et se fusionnait intimement avec lui, pour s'insérer sur l'apophyse coracoïde. Macalister rapporte un fait à peu près semblable dans le tome I du Journal of Anatomy.

Peut-être convient-il de ranger, dans la catégorie des faits précités, les faisceaux charnus, dont Quain et Walsham nous ont donné des exemples, qui se détachant du biceps pour se porter dans la région épitrochléenne, rencontrent, avant de l'atteindre, la cloison intermusculaire interne et s'y arrêtent. Le muscle observé par Walsham envoyait même une expansion jusque sur l'aponévrose du biceps.

Ici trouve naturellement sa place le fait si intéressant de Wood, relatif à un biceps brachial qui se divisait, avant d'atteindre le coude en trois portions : a) la portion externe qui représente le muscle normal se jetait, comme d'habitude, sur le tendon radial et l'expansion aponévrotique ; ft>) la portion moyenne, plus petite que la précédente, venait s'attacher sur l'aponévrose du court supinateur et sur la bourse séreuse de la tubérosité bicipitale; y) quant à la portion interne, elle se terminait par un fort tendon trifurqué, dont les branches se portaient, l'une sur l'apophyse coronoïde au point où s'attache le faisceau coronoïdien du rond pronateur ; la deuxième sur le point de l'apophyse coronoïde qui donne insertion au brachial

antérieur; la troisième enfin, sur le point de cette même apophyse coronoïde qui donne attache au fléchisseur.

Anatomie com'parée. — Le double mode d'insertion antibrachiale du biceps se rencontre exactement dans la série animale, non pas anormalement; comme chez l'homme, mais avec un caractère constant et typique. A côté de quelques espèces dont le biceps brachial s'attache exclusivement sur le cubitus (daman, porc-épic, hérisson), nous trouvons d'autres groupes zoologiques que caractérise l'insertion simultanée du même muscle aux deux os de l'avant-bras. Chez le cochon, par exemple, le tendon du muscle se bifurque inférieurement pour se porter à la fois sur le radius et sur le cubitus. Il en est de même, d'après M. Sabatîer, chez les Carnivores, et en particulier chez le chien et le chat; le tendon cubital serait même ici plus fort que le tendon radial. Le biceps du coati s'insère bien au radius; mais on voit se détacher de sa partie inférieure un petit tendon qui va au brachial antérieur ou court fléchisseur de l'avant-bras.

Chez le kangurou géant, d'après Meckel, le muscle biceps, simple dans sa portion supérieure, donne naissance à un faisceau profond qui chemine au-dessous de lui et dont il reste distinct dans toute l'étendue du bras. Ce faisceau profond vient se fixer au cubitus, tandis que le faisceau superficiel s'attache sur le radius. Cette double insertion antibrachiale s'observe, en général, chez tous les Marsupiaux qui n'ont pas de clavicules, tels que le Perameles et le Chœropus. Voici la description qu'en donne M. Sabatier : « La portion charnue du biceps se bifurque en deux muscles penniformes distincts. Le tendon du muscle externe s unit à celui du brachial antérieur pour aller s'insérer ensemble à la face antérieure de l'extrémité proximale du cubitus; il est uniquement fléchisseur de l'avant-bras sur le bras. Le tendon du muscle interne, qui semble la prolongation directe quoique partielle du biceps, est inséré sur le tubercule ordinaire du radius. Il est à la fois fléchisseur et pronateur » .

Chez les Chéloniens, nous voyons le fléchisseur superficiel de l'avant-bras (homologue du biceps des Mammifères) s'insérer,

MUSCLE BICEPS BRACHIAL. 391

d'après Macalister, sur le cubitus chez le Testudo grœca, sur le radius chez le Chelone mydas, sur les deux os à la fois chez VEmys geographica.

Le biceps des Chamœleonides, se sépare lui aussi en deux chefs vers le milieu du bras; l'un s'attache sur l'extrémité supérieure du radius, l'autre sur l'extrémité supérieure du cubitus; mais cette dernière portion, avant d'atteindre l'avantbras, envoie quelques faisceaux à l'épitrochlée.

Sabatier, auquel j'emprunte cette description, fait remarquer que le chef cubital des Chamœleonides s'unit généralement avec le brachial antérieur ou huméro-antibrachial qui est placé audessous de lui.

§ XII. — Faisceau terminal surnuméraire pour Taponévrose brachiale j variations morphologiques de Fexpansion aponévrotiq'ue. ■ — Dans les conditions ordinaires, le tendon inférieur du biceps donne naissance par son bord interne à une expansion fibreuse, presque toujours très résistante, laquelle se porte en bas et en dedans, s'élargit et s'amincit à la fois dans ce trajet, et finalement vient se confondre avec la portion de l'aponévrose antibrachiale qui recouvre les muscles épitrochléens. Cette expansion aponévrotique, qui représente, à n'en pas douter, le faisceau cubital du biceps, si nettement dilférencié chez certains Mammifères, ne reçoit plus, dans l'espèce humaine, de fibres charnues; elle n'est plus chez nous qu'un tendon atrophié, qu'un reliquat d'organe incomplètement disparu.

Mais comme tous les organes atrophiés reprennent de temps à autre un développement qui se rapproche plus ou moins de l'organe à l'état parfait, nous pouvons conclure a priori qu'on doit rencontrer, chez l'homme, des cas où une portion du corps charnu du biceps se porte sur l'expansion aponévrotique et par son intermédiaire sur l'aponévrose antibrachiale, transformée ainsi en surface d'insertion musculaire.

Ces faisceaux charnus du biceps, plus ou moins com[)létement différenciés, rentrent naturellement dans la catégorie des mus-

des bracbio-aponévrotiques [brachio-fascialis de Strulhers). J'ajouterai à cette dénomination, que leur donnent la plupart des anatomistes, le qualificatif d'internes, pour les distinguer des faisceaux analogues, mais beaucoup plus rares et beaucoup moins importants, qui se détacbent plus tôt du bord externe du biceps pour venir se terminer, dans la région de l'épicondyle, sur l'aponévrose du long supinateur.

Les faisceaux bracbio-aponévrotiques internes sont loin d'être rares ; voici, sommairement résumées, les quelques observations que j'ai pu recueillir dans nos salles de dissection :

4^'^ type. — L'expansion aponévrotique, se détacbant un peu plus baut qu'à l'ordinaire, est en rapport à la fois avec le tendon terminal et le corps cbarnu du biceps. Les fibres les . plus internes de ce muscle viennent se terminer manifestement sur son bord supérieur. Du reste, elle s'épanouit comme d'babitude sur la région sous-épitrocbléenne et se confond avec l'aponévrose. Cette disposition est fréquente.

2'^ lype. — Un faible sillon sépare le tendon du biceps de l'expansion aponévrotique, devenue complètement indépendante; elle reçoit à son origine un paquet plus ou moins volumineux des fibres charnues de la portion coracoïdienne. Je possède, dans mes notes, trois observations de cette nature.

Dans un de ces cas, l'expansion aponévrotique transformée en un vrai tendon était constituée par une série de languettes blanches et nacrées, qui venaient se terminer soit sur l'aponévrose antibrachiale, soit sur les cloisons intermusculaires de la région épitrochléenne.

Duvernoy nous apprend, dans son important mémoire sur les Singes anthropomorphes, qu'il a vu, chez le chimpanzé, « un faisceau musculaire se séparer du biceps et se porter sur l'aponévrose commune de l'avant-bras. »

5"® type. — A un degré plus avancé, l'interstice séparatif, remontant plus haut encore, divisait la masse charnue du biceps en deux corps musculaires complètement indépendants, dont l'un, l'externe, se portait sur le radius par l'intermédiaire

MUSCLE BICEPS BRACHIAL. 393

du tendon classique, et l'autre sur la région épitrochléeniie à l'aide de l'expansion aponévrotique. J'ai observé, sur deux sujets, une pareille disposition. Dans le premiers cas, le tendon radial était complètement indépendant des tissus aponévrotiques de la région épitrochléenne ; dans le second cas, il existait entre lui et l'aponévrose antibrachiale de cette région, une lamelle aponévrotique rappelant, assez bien, par sa forme comme par son insertion, l'expansion aponévrotique du biceps, telle que nous la décrivent les Traités classiques.

Dans les deux cas précités, il existait, en réalité, dans le tiers inférieur de l'avant-bras une bifurcation du biceps, comme nous l'avons rencontrée chez quelques Mammifères inférieurs : un chef radial et un chef cubital.

4® type. — L'expansion aponévrotique peut enfin recevoir la totalité des fibres du chef huméral. J'ai observé, une fois seulement, cette disposition qui n'est pas encore signalée, que je sache. L'expansion aponévrotique, très large et très résistante, recevait en dehors un petit faisceau de fibres charnues provenant du bord interne du biceps; elle donnait en outre insertion, en dedans d'elle, à un faisceau musculaire surnuméraire, de seize millimètres de largeur, provenant de la face interne de l'humérus, au niveau des insertions supérieures du brachial antérieur.

Anatomie comparée. — On voit fréquemment, dans la série des Mammifères, quelques faisceaux se détacher de la masse du biceps, principalement de sa portion coracoïdienne, pour venir se terminer sur l'aponévrose de l'avant-bras. J'ai observé cette disposition chez Vorang, chez le Troglodytes Aubryi; Gratiolet et Alix décrivent aussi les fibres les plus internes du biceps comme donnant naissance à un «court tendon qui vient se perdre, en recouvrant la face libre du rond pronateur, dans l'aponévrose antibrachiale et s'unit, en outre, aux aponévroses intermusculaires du rond pronateur et du grand palmaire». Le professeur Humphry fait également terminer, chez Ydi, le chef coracoïdien du biceps sur la portion supérieure et interne de l'aponévrose antibrachiale.

§ XII l. — Union du biceps avec quelques muscles voisins.

— On a va le biceps présenter des connexions plus ou moins intimes, soit par ses faisceaux charnus, soit par ses tendons, avec les muscles suivants :

a) — Avec le petit pectoral. — Il suffitd'avoir fréquenté quelque temps les amphithéâtres de dissection, pour savoir que les cas sont loin d'être rares où l'on voit le petit pectoral se confondre, dans une étendue plus ou moins considérable, avec la masse commune du coraco-brachial et du coraco-radial.

(3) — Avec le grand pectoral. — J'ai déjà signalé cette disposition (Voyez plus haut, p. 394).

y) — Avec le coraco-brachial. — On a VU (Wood) un petit faisceau charnu se détacher du coraco-brachial et venir se jeter dans, le coraco-radial. Nous savons que ces deux muscles sont déjà intimement unis à leur origine.

â) — Avec le brachial antérieur. — Les deux muscles peuvent

être unis de deux façons : ou bien le faisceau anastomotique part du biceps pour se rendre au brachial antérieur, ou bien il se détache du brachial antérieur pour renforcer le biceps. J'ai déjà longuement étudié cette double disposition; la première, à la page 388 la seconde, à la p. 375 (Voyez plus haut).

(î) — Avec le grand palmaire et le rond pronateur. — J'ai VU, SUr

un sujet, un petit faisceau charnu, provenant du bord interne du biceps, s'en séparer, à la hauteur du coude, et se jeter sur un tendon, lequel venait dans la région épitrochléenne fournir une surface d'insertion à quelques faisceaux du grand palmaire.

Sur un autre sujet, le grand palmaire était divisé, dans le tiers supérieur de l'avant-bras, en deux faisceaux d'origine distincts et sensiblement égaux en volume. Le faisceau interne se détachait de l'épitrochlée; le faisceau externe prenait naissance sur la face antérieure de l'expansion aponévrotique du biceps. Cette expansion aponévrotique faisait suite elle-même à un petit corps charnu, appartenant aux faisceaux internes du biceps et ressemblait ainsi au tendon intermédiaire d'un muscle digastrique Kelly a observé un fait analogue.

J'ai rencontré, deux fois, un faisceau absolument identique, se rendant au rond pronateur.

I) — Avec le long supinaleur. — J'ai déjà signalé pluS liaut

l'existence possible (fait de Kelly) d'un faisceau charnu se détachant du biceps pour venir se terminer, sur l'aponévrose du long supinateur. Macalister nous apprend, dans un mémoire déjà cité, qu'il a vu une fois, chez VAteles paniscus, le biceps envoyer un faisceau anastomotique au long supinateur. D'après Chauveau, l'un des corps charnus du biceps du dromadaire se termine en bas par un tendon bifurqué : tandis qu'une branche s'arrête sur la tubérosité bicipitale, l'autre va se confondre avec le corps de l'extenseur antérieur du métacarpe.

J'ai vu, tout dernièrement, le faisceau musculaire brachioaponévrotique externe remplacé par une simple aponévrose rappelant de tous points, par sa configuration et sa constitution anatomique, l'expansion aponévrotique interne que le biceps envoie sur les muscles épilrochléens.

Bibliographie :

Meckel. Manuel d'Anat., trad. Jourdan et Breschet, 1825, t. II, p. 158.

Albinus, cité par Meckel. Ibid., p. 158.

Weitbrecht. Comment. Petrop.^ 1737.

RuDOLPHi, dans Gantzer. Loc. cit., 6.

Otto. Neue selt. Beobacht., Bd VIII, p. 587.

Macalister. Transact. of Roy. Ir. Acad., 1871.

Hyrtl. Anatomia dell' uomo, trad. ital. de Occliini, p. 381.

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