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(empéré par la raison. Les religieux de Saint-Viclor, lluiruesel Ricliarrl surtout, plus chercheurs et plus jihilosophes (jue saint Bernard, se tinrent j)ourlanl aussi dans les limites de la fui catholique et cultivèrent avec succès Part didicile de rêver raisonnablement.
Les Iblles témérités eurent ensuite leur tour. Sous rintluence des Arabes et de leurs philosophes médecins, à la fois enUiousiastes et empiriques, Amaury de Bène, David de Dinan et leurs disciples se laissèrent aller aux dan.oereuses séductions (Tun mysticisme matérialiste, tandis (|ue les Cathares, s'égarant dans la recherche de la perfection morale, accumulaient les erreurs tl'un panthcisme inconscient avec celles du maniché-isnie.
Après la pacidcation des esprits, cpii rend de no'ivfau jiossiblc chez saint Bonaventurr, Duns Scot et François d»^ Mayroiiis, l'allianced'une stricte orthodoxie avec lesravissementsexlalicjues, le mysticisme re|)rend des allures indépendantes et de plus en plus hostiles à la scolastique, parfois m(}me a l'Eglise. llen\ahit d'abord les innombrables communautés (\c> franciscains, apôtres exaltés de la pauvreté volontaire en même temps que de l'Immaculée Conception. Uavniond Lulle, Uccam et les Fraticelli sont secondes ou suivis de près par les Amis de Dieu et par les Héahards ou Frères du libre espnt. Tous les ordres religieux, les dominicains eux-mêmes sont entraînes par le courant gén«''r.il. Enlin le mysticisme, sous des innnes variées et [)his ou moins systématicpies. domine partout en Europe dans la se( onde moitié du quatorzième siècle : litt('raire avec IV'tnnTpie, spt'i iilatif et métaphysupie chez maître Eckart, prati(]uechez Taulcr,relo4uent prédicateur de Strasbourg, poétitpie chez Suso, conlem|)latif chez Ruysbrœck, retbrm.iste chez Wielt'l", popuhiire à la fois et moiiasti([ue dans {'Imitalion de Jrsus-L'hrist, il triomphe dans Tccole même avec la philosophie nominaliste, sous Occam, Huridan, Pierre d'AiIly, Clémangis et Cerson, le docltnir tri's-chrétien et le théologien myslupie jKir excellence.
Ces méditations extatiques, le plus souvent tolérées par l'Eglise, ne lui semblaient pas toujours inofïensives : elles étaient au lond un eléaient de révolution: au moins oflVaient-elles un moyen d'aiïranchissement aux âmes (jui s'y réfugiaient, faute de mieux. Le mvsticismc de Tauler, de Wiclef et de Jean IIuss a certainement [)réparé celui de Luther.
Les mystiques de toutes robes et de toutes nuances n'étaient
pas les seuls adversaires de la scolastique. Elle en avait rencontré aussi dans les rangs des ardents orthodoxes qui, à diverses reprises, Tavaient dénoncée aux papes et aux conciles, et parmi les héréti(}ues qui la trouvaient elle-même trop orthodoxe et trop étroite. Elle avait contre elle les rares amis du progrès scientifique qui, comme Roger Racon, raccusaicnt d'ignorance, et les beaux esprits non moins rares d'abord, mais dont le nombre s'accrut dans la suite, (pii lui reprochaient la barbarie de son langage et doutaient de l"int;iillil)ilité de ses enseignements. Dès le douzième siècle, un diseiple d'Abi'dard, Jean de Salisbury, se moquait ouvertement de ces docteurs « (jui crient dans des rues étroites, cjiii enseignent dans les carrefours, qui consacrent à une seule élude (V\\ ans, vinut ans, leur vie entière et qui, lorsque la vieillesse leur a enleva' toute autre jouissance, ne parlent encore que de dialecti(iue. » Le même écrivain, revenant k Paris après douze ans, était surpris de retrouver tout le monde au même point : u Mêmes (juestions, dit-il, mêmes arguments, mêmes réponses, pas une proj)Osition nouvelle. Les maîtres n'avaient gagné qu'une chose : c'était une extrême confiance en eux-mêmes, qui avait pour eiïet de les rendre incorrigibles. »
Ï!*ansportez-vous au treizième ou au (piatorzième siècle : en dehors de l'école, vous voyez une nuée d'écrivains essayant leurs talents naïfs dans (]c> idiomes cpii deviendront les grandes langues modernes, en France et en Espagne, en Allemagne et en Angleterre, en Italie surtout, oii les noms de Dante, de Pétrarque et de Roccace disent assez (|uels progrès ont faits l'art d'écrire et l'art de penser. Tous ces écrivains, tous ces poêles sont assez mal disposés pour la logi(|ue des écoles. Les écrits de Pétrarque en particulier renferment de vives attaques ou de fines railleries contre la scolasti(jue. C'est Pétrarcjue (pii a émis ce doute révolutionnaire : « Si Aristote est intelligible à ceux qui ne savent pas le grec, et si le vrai Aristote a pensé ou écrit tout ce que la scolastique lui fait dire? »
En même lenqis ipie Pétrarque reclierche avec passion les manuscrits des auteurs latins qui n'avaient jamais été perdus, mais seulement négligés; pendant qu'il travaille à une renaissance latine en remettant en honneur Virgile et Cicéron, et en composant des églogues et un poème épi(pie De Africa; Boccace, son ami et son docte émule, s'applique aussi à recueillir des manuscrits et inauauro à sa manière une autre renaissance, celle
— socles lettres grecques. Ils font école l'un et l'autre, et près d'un demi-siècle avant l'arrivée des j)reniiers savants l'niiiirés de Constantinople en Italie, des érudits italiens en assez prand • nombre étaient déjà entrés dans les voies d'une littérature i)olie et d'une plulosophie réformée d'après les anciens.
L'oppusition a ia seolastitjue devenait donc cliacjuejour plus radicale et pour le fond et pour la forme, et tout présaizeait sa tin prochaine. Une subtdite excessive et sopln-li(juc, 1 étude de questions oiseuses, un style et des formes barbares éloiimaient d'elle tous les esprits délicats. L'abus (ju'elle laisait de l'autorité d'Aristole leursendjlait prelerau ridicule, tandis (|ue les odieuses repressions exercées contre les dissidents excitaient leur inrlii^nialion. Les erreurs manifestes de la philosophie régnante, dévoilées en partie par Técole nonn'naliste, donnaient à penser aux plus sérieux. Ouehjues-uns même ("taient frappi-s de certaines contradictions entre l'aristotélisme î)ro[)rement dit et le christianisme. Enhii, avec des moyens d'instruction plus nombreux et plus accessibles à tous, l'examen . la rt'tlexion, le doute firent partout invasion, dans Tordre reli.meux et dans l'ordre politi(]ue, aussi bien (jue dans Tordre intellectuel. Un besoin immense et irrésistible de vt>rit(', denjustice, de libertt'. de nouveauté, de progrès s"emj)ara des es[)rits.
C'est alors que l'érudition, ('voijuant les souvenirs classi(iues de la Grèce et de Rome, en lit une arme redoutable pour battre en brèche le moyen âge sur le terrain des idées, et, sous le nom de Renaissance, préluda glorieusement à la philosophie moderne. Une double renaissance, latme et grecque, préparée comme on Ta vu par des aspirations s('culaires, bii^ntôt secondée par Tinvention de Tiiiiprimcrio et par l'émigration des (irecs chasst's de Constantii]o[)le, fut Ti.i '.r.iuient de cette révolution mémorable et décisive par laquelle «ihaligable activité de Te.^[)rit humain secoua la double tutelle d'Aristote et de Tl'^glise en matière de science et de ph!loso[)hie, et, dans le conmierce assidu des anciens, s'éleva à la pleine possession de sui-iiiéme et .1 la recherche indépendante et raisonnéede la vérité.
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Paris. — Typ. Ue Ch. Meyrucis, rue f.U;ôS, 13. — î^'-'J
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