‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 154 sur 158 · Cf. G. Milhaud, Vne crise lyiystique, p · texte numérisé non relu

Cf. G. Milhaud, Vne crise lyiystique, p

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point de vue, sa doctrine n*e>l-elle pas aussi, par le demiidéalisme qu'elle réussit à mettre au jour, l'héritière des essais désordonnés, mais brillants, de spéculation indépendante, par lesquels la Renaissanct' italienne s'était efforcée, avec plus d'ardeur et de zèle enthousiast»' que de niéthode et de pondération, de briser les liens de la scolastique et d'ouvrir à la science et à la philosophie des voies futièremenl nouvelles ? Pour le montrer, nous devons, aux considérations qui précèdent et qui ont trait surtout à la fdiation augustinienne du Cogito, joindre quelques rapides vues d'ensemble, relatives plutôt à l'influence de Campanella.

La doctrine du De sensu rerum et mugiâ et de VUniversalis Philosophia s'est formée i»ar la rencontre et la fusion de tous les courants suivis au XV* et surtout au XVP siècle par la pensée italienne. A leur confluent nous sommes donc très bien placés pour observer le résultat définitif de leur action '.

Or, nous constatons ici trois faits caractéristiques. — Le naturalisme qui s'était graduellement dégagé, d'une part avec Giordano Bruno, d'autre part avec Télésio, de l'enveloppe rigide dans laquelle le retenait encore, à l'état d'ébauche imparfaite, la philosophie de l'école de Padoue et de Bologne, fidèle aux principes de la scolastique péripatéticienne averroïste et surtout alexandriste, constate lui-même, avec Campanella, son impuissance à résoudre, aussi longtemps qu'il se maintient sur le terrain de l'empirisme sensualiste. le problème de la connaissance qui, par suite de son étroite connexilé avec les problèmes religieux de l'immortalité de l'âme et de l'existence de Dieu, accaparait, depuis Nicolas de Cusa et surtout depuis Pomponace. l'attention passionnée de tous les penseurs'. Acculé au scepticisme, il se résout, pour y échapper.

1. Pour coniplétPr ces rapifles vues d'ensomble. non? nous pormelton» dr» renvoyer le lecteur h notre ouvrage : f'ampanplla : voir surtout l'Introduction, le chapitre premier de la Deuxième Partie : Les tendances dominantes de la philosophie de la Renaissance, et la Conclusion.

2. Sur ce point, voir : L<^opold Mnbilleau, Etude hisloriiiue sur la philosophie de la Renaissance en Italie : Cesare Cremonini, Paris, Hachette, 1881 ; — p. 107. 109. 274. 27.ï. — Note 1, p. 27;; : C'est une légende connue qu'un jour, à Pise, Portius, montant pour la première fois en chaire, et s'appn'tant à traiter des Météorologiques, fut interrompu par

à attribuer à l'esprit une connaissance de soi, un savoir inné qui lui confère, au milieu du devenir sensible, l'autonomie qui semblait lui être ravie par sa qualité d'être naturel.

D'autre part, l'effort même que cette doctrine, d'inspiration panthéistique, avait accompli pour replacer au sein de la nature et pour expliquer par le jeu normal des facultés humaines les pouvoirs transcendants attribués par la scolastique à la partie supérieure de l'âme intellective, a abouti d'une manière curieuse à restaurer la notion d'unité spirituelle, compromise par l'opposition dualiste du sensible et de l'intelligible.

Enfin ce n'est pas non plus en vain que Giordano Bruno, Agrippa, Cesalpini, Télésio et bien d'autres penseurs s'étaient appliqués à se représenter l'univers comme une conspiration harmonieuse d'âmes et d'appétitions individuelles. En montrant ensuite dans l'intuition de soi la source première de ces appétitions, Campanella mettait en relief à sa manière l'hégémonie de la conscience, et l'identité de l'être et du connaître.

L'innéisme, l'idée de l'unité et de l'autonomie spirituelle, et l'affirmation de la primauté ontologique de la pensée, telles étaient donc les notions transmises à Descartes par la philosophie de la Renaissance italienne, avec la tâche de leur conférer la distinction et la parfaite détermination dont la perpétuelle confusion de la matière et de l'esprit, inséparable du panthéisme, les avait jusque là privées. Cette tâche, on sait comment le philosophe réussit à la remplir, et comment le germe d'idéalisme, déjà visible dans la doctrine de Campanella, n'atteignit son véritable point d'éclosion qu'avec le « Je pense, donc je suis » ^ Est-ce une raison pour oublier

les étudiants qui lui crièrent : « Parlez-nous de l'âme ! » (Lettre de Francesco Spina à Vettori). — Cf. Francesco Fiorentino, Pietro Pomponazzi, Firenze, 1868, Successori Le Monnier ; — p. 272.

1. Cf. Harald Hôffding, Histoire de la philosophie moderne, traduction Bordier, Paris, Félix Alcan, 1906, tome premier, p. 163 : « Cette théorie [l'argument du doute de Saint-Augustin et l'idée de la conscience de soi] jait aboutir Campanella au point qui, grâce à Descartes, devint le point de départ de la philosophie moderne. Il est vrai que la métaphysique de Campanella, où cette théorie est exprimée, ne parut qu'un an après

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le travail souferrain do foruialion organique qui avait préparé c{'[lo éclosion au rours du XVi' si»\'le «?l les forces rontraires qui, dans le cartésianisme comme déjà dans la philosophie de Saint -Augustin et dans le système encore très réaliste de Campanella, ont entravé et ralenti le libre et complet épanouissement de l'idée ? — L'avenir se chargeait de dissocier les deux significations différentes que le Coffito tenait de sa double origine. Si. après Descartes, le platonisme et la transcendance augustinienne réapparaissent avec la « Vision en Dieu » du Père Malehranche, ce qui d'autre part est affirmé à nouveau par le Berkeley de la Siris, en partant d'un empirisme semblable à c^lui de Campanella, n'est-ce pas, avec l'innéisme si paiticulier qui caractérise les systèmes vitalistes ou animistes, la primauté de l'expérience interne, de la donnée immédiate de conscience, et de l'appétition instinctive des êtres naturels ?

le Discours de la Méthode de Descartes, mais elle avait été sûrement déjà écrite en majeure partie du temps de sa réclusion. Du reste l'idée de faire de la conscience immédiate la base de tout saroir se trouve déjà chez plusieurs penseurs de la Renaissance, chez Sicolas de Cusa, Montaigne, Charron et Sanchez ».

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