Hamelin, Descartes, p
so borner à une très coiirlf étude, se contente d'avancer quo Descaries, sans pratiquer Sainl-Augustin, l'a « connu implicitement py Saint -Thomas » avant l'élaboration de sa métaphysique, puis s'est efforcé de tourner à son avantage !•> rajjprochement établi par ses correspondants entre les deux philosophies, afin de s'assurer, à défaut des Jésuites, qui le repoussaient, u l'appui de deux compagnies puissantes : Porlîloyal et l'Oratoire n ', où abondaient les disciples du saint. — Avons-nous le droit d'être plus affirmatif ?
Tout d'abord nous devons tenir pour acquis qu'en 1641 Descartes connaissait la conception augustinienne du Cogito, ne serait-ce que par la lecture des écrits dont ses correspondants lui avaient fourni les références. De plus, comme nous l'avons établi dans le chapitre précédent, la probabilité d'une lecture du De Trinitate, faite antérieurement à la rédaction des Méditations, nous paraît au moins très grande, et proche de la certitude. Descartes connaît-il aussi à cette date les passages du De libero arbitrio, du Contra Academicos et des Soliloquia. pour ne pas parler de ceux du De Civitate Dei ? Sur ce point nos inductions laissent une plus grande place au doute. Nous sera-t-il permis de les fortifier par un rapprochement avec des emprunts à Saint-Augustin que des critiques lui attribuent sur d'autres questions doctrinales que le Cogito ?
Déjà au XVIP siècle, Huet n'avait pas manqué de signaler l'origine augustinienne de la théorie des deux mémoires, l'une spirituelle, l'autre purement corporelle-. Tout récemment, M. Espinas a appuyé une hypothèse semblable sur une comparaison entre un texte du De Ordine et une réflexion de Descartes, connue depuis la jiublication des Cogitationes privatae ;
1. Nourri.ison, St-Aiigustin, II, 219. — \ la page 213, l'auteur cite cette jihrase caractéristique, extraite d'une lettre de Mersenne à Voët (1642) : i< Plus un homme sera savant dans la doctrine de Saint-Augustin, et plus sera-t-il dispose à embrasser la philosophie de M. Descartes ».
2. Nourrisson (o. c, II, 213) cite ce passage de la Censura philosophiae cartesianar de Huet (Parisiis, editio (jiiarla, lOOi, p. 2i4 srjq.) : « Sectahatur et .\ugustinum Cartesius, cuui dixit nientem eamdem nostram per se ipsam res illas corpore carentes, .«scque adeo cognoscere... Augustinum rursus ac ïhomam cum praeter eam memoriam, quae per instrumenta corporis exerctnr, aliam in nobis ponit. quae tota ad animam pertineat ».
il remarque que notre philosophe, à toutes les époques de sa vie « est revenu avec intérêt » à la question de la rationalisation de la mémoire ^. Le même ouvrage de Sa^t-Augustin (De Ordine, lib. II, § 49), et un autre ouvrage qui est un traité apocryphe, auraient, suivant le même critique, inspiré à Descartes vers 1619 sa réflexion sur les animaux ; « La perfection qu'on remarque dans les actions des animaux nous fait soupçonner qu'ils n'ont pas de libre arbitre », et peut-être lui auraient sugéré, avant 1625, la célèbre théorie de l'automatisme des bêtes ^. — Enfin, et ceci est beaucoup plus important, !a lecture du De Utilitate credendi, livre plein de réflexions sur la vanité des sciences de la nature comparées à la philosophie, auraient contribué à décider notre auteur à ce curieux changement d'occupations qui se manifeste dans sa vie à partir de 1623, quand saisi d'un goût plus vif pour la morale, il abandonne pour quelque temps la géométrie, auparavant l'exclusif objet de ses études avec la physique, et, pour la première fois peut-être, du moins d'une manière systématique, oriente sa réflexion vers les grands problèmes de la métaphysique et de la religion ^.
Dans la formation du système cartésien, l'influence du Cogito de Saint-Augustin ne serait pas alors un fait isolé, et encore moins fortuit. La signification de ce fait au contraire semblerait ne pouvoir être pleinement comprise qu'à condition de le rattacher aux grandes directions générales de la pensée de Descartes, au moment où elle se met en quête d'une discipline rationnelle mais chrétienne qui, en déduisant d'un principe supérieur en certitude aussi bien les dogmes religieux fondamentaux que la méthode de la physique, substitue à la scolastique vieillie une philosophie à la fois mieux en harmonie avec les exigences de la science nouvelle et mieux affermie contre les objections de l'incrédulité. Bien plus, d'un point de vue un peu différent, cette signification n'apparaîtrait vraiment qu'à la lumière d'une comparaison entre la tentative philosophique représentée par les Méditations, et les efforts convpr-