Quatrièmes objections, Ail. el T., IX. i. 1,H
4. Hi'ponscs aux Quatrièmes Objections, Ad. et T., IX. t, 170.
pensées s'accordent avec celles d'un si saint et si excellent personnage » ^ Il ne désire pas, ajoute-t-il, que ses opinions paraissent nouvelles. Il vise au contraire à insérer, sa philosophie dans la grande tradition chrétienne. — Cette fois, ne l'oublions pas, il a affaire à des théologiens de profession. L'un des deux est le champion le plus en vue du jansénisme, l'homme du monde qui connaît le mieux Saint-Augustin. Or quel est le texte dans lequel Arnauld a trouvé les pensées qui présentent les plus grandes ressemblances avec celles de Descartes, et qu'il n'a pas manqué de signaler au philosophe ? Justement le chapitre 10 du livre X du De Trinitate. La doctrine de la distinction de l'âme et du corps y est, a-t-il dit, presque la même. « Quae de tnentis a corpore distinctione disseruisti, certe clara, persp'icua, divina mihi videntur, atque ut verltate nihil antiquius, eadem fere a S. Augustino toto pêne libro 10 de Trinitate, sed maxime capite 10, luculenter esse disputata non sine magna voluptate percepi » ^. Nous nous étonnons que llamelin, au moment oii il cite la remarque d'Arnauld sur le texte du De libero arhitrio ^, s'abstienne de la faire suivre de cette observation bien plus importante du même auteur. Serait-ce parce que la lettre ne contient aucune mention littérale du « Je pense, donc je suis » .»• Nous préférons croire à un oubli, car dans le chapitre et le livre en question du De Trinitate, la distinction de l'âme et du corps est fondée sur un argument qui représente, nous l'avons vu, la forme la plus élaborée du Cogito augustinien.
Le fait de l'emprunt est-il dès à présent établi d'une manière décisive ? Nous ne nous dissimulons pas la large part de conjecture que comporte notre façon d'interpréter les déclarations de Descartes, comme aussi, à un degré bien moindre, notre comparaison des textes. Nourrisson, qui dans une étude d'ensemble de la philosophie augustinienne n'avait qu'à relever les analogies les plus frappantes entre les idées de son auteur et les points les plus importants de la doctrine cartésienne, et devait nécessairement, en ce qui concerne le Cogito,
i. Ad. et T., IV, 113.
2. Lettre d'Arnauld à Descartes du 3 juin 1648, Ad. et T., V, 186.