PROLOGUE
ANTIBEL.
Et VOUS, la méchanceté vous fait déparler, mère. Allons, laissons ça; il est temps de se mettre au lit. Nous n'aurons pas de trop de tout demain pour finir d'arracher les pommes de terre...
MARTRIL.
Se mettre au lit, c'est facile, mais ça ne sert pas à grand'chose, quand le chagrin vous tient les yeux ouverts. Dormir! J'en ai trop vu ce soir, et trop entendu pour en avoir envie... Ce Piboul, avec sa chanson! Comme il a su vous enguirlander, toi et ta bonne amie. En l'écoutant, tu grognonnais de plaisir, comme un cochon qu'on étrille. Grand imbécillas ! Sans compter que ça n'est déjà pas si honnête, ce que cet ivrogne-là récitait sur le compte de ta Jane. Qu'en sait-il, pour en parler.
du goût qu'on trouve à l'embrasser? Est-ce qu'il en aurait tâté, le gourmand?
Antibel secoue les épaules, et Martril, ra geuse :
Pardi, tu crois être le premier, peutêtre? Que veux-tu que ça vaille, une sansle-sou, une mendiante qui court les grands chemins depuis qu'elle est en âge de marcher !
L'ancienne s'arrête, attend la riposte. Antibel ne bouge pas. Exaspérée alors, elle se plante devant son fils, lui crache sa rancune au visage :
Tu fais celui qui n'entends pas, parce que tu ne sais que répondre. Si tu es sourd, tant pis, je crierai. Ta Jane est une catin. As-tu compris, cette fois?
ANTIBEL
a saisi le bras de l'ancienne, il la secoue rudement :