PROLOGUE
En voilà assez, mère. Rappelez-vous que Jane sera votre belle-fillc dans quelques jours et retenez votre langue. Si vous espérez, en l'insultant, me faire changer d'idée...
MARTBIL.
Oh! je te connais trop pour ça. Tu n'es pas assez bon chrétien pour écouter ton ancienne. C'est ma faute aussi. J'ai eu le tort de faire toutes tes volontés; et maintenant, le pli est pris; il faut encore que je t'obéisse. Si je regimbais, cependant!
Depuis la mort de ton père, je t'ai laissé tout gouverner à ta fantaisie, le tien et le mien. Je n'avais pas d'autre enfant que toi; et puis, la Fabiane et moi, nous ne faisions qu'un. Pauvre Fabiane! A présent, c'est autre chose. Puisque tu te remaries contre mon gré, puisque ça t'est égal de partager ton bien, de le distribuer
5o LES ANTIBEL
aux enfants que te fera cette Jane, au lieu de laisser la Dérocade tout entière à notre Jan, moi je reprends mes droits. Je n'ai rien signé pour me déposséder. Ce que défunt mon père avait reçu des siens et qu'il m'a transmis en héritage, est toujours à moi; il y a le Glos-Périé et le pré des Vimes, la meilleure herbe et le meilleur vin de la Dérocade. Je les ferai valoir. Ce sera pour ton fils que tu oublies, à qui tu n'oses pas annoncer qu'il va avoir une marâtre. Jan! mon Jantou!
Martril pleure. Des larmes naissent, brûlantes, au bord de ses yeux; elles des-cendenl le long des joues fendues de rides, par les sillons où d'autres ont coulé depuis quelques jours, laissant une trace plus claire sur le hàle.
Je n'oublie pas mon fils et ce n'est pas la honte qui m'empêche de lui écrire.