PROLOGUE
• T voici venir ce qu'on attendait.
De très loin, du fond de la combe, un appel de corne monte, douloureux et brutal; et à peine l'écouteur sévère de là-haut, le roc d'Anglar, l'a-t-il renvoyé moins brutal, plus douloureux vers la Dérocade, un autre appel répond, très bref, celui-là, tombant comme une pierre du haut de la montagne.
Le charivari a commencé.
La fourchette tremble dans les doigts d'An-
tibel, Jane pâlit, Front s'applique à sa nourriture, Martril exagère le carillon des assiettes et des plats qu'elle lave avant de les dresser sur le vaisselier. Mais Anlibel veut entendre; de la main, il impose le silence à la vaisseleuse.
Le bruit se rapproche; les cornes ne s'arrêtent pas de beugler, et ce sont encore, assauvagissant la musique, des fracas de ferraille ou de cuivre, des chaudrons ou des pelles qui grincent, cymbales primitives, heurtés avec des cailloux.
Des chiens jappent, énervés par ces explosions de dissonances; des poules s'éveillent; une vache brame dans l'étable. C'est comme un souffle d'orage qui passe sur la Dérocade, ricochant aux murs, icognant aux volets, faisan tinter les carreaux.
ANTIBEL
écoute, constate et, se tournant vers Fronts qui, son dîner fini, s'amuse à piquer des miettes sur la table à la pointe du couteau :
Plus nombreux qu'hier, n'est-ce pas.^