PROLOGUE. ig
Martril, la ménagère, mange debout et fait passer les plats.
La soupe d'abord, la soupe à l'ail quotidienne, étoffée d'une icuillerée de graisse et d'une tranche de lard.
Ils mangent. Bruit de mastication régulière, comme d'animaux tirant à la crèche.
MARTRIL
s'inquiète de la récolte; et, faisant passer le lard à Antibel :
Combien de sacs, aujourd'hui .^^
ANTIBEL.
Dix-sept à peu près, onze hier et une vingtaine demain, pour finir. Tirez le compte...
MARTRIL.
Jamais nous n'avons été si pauvres. Et le maïs non plus n'a rien rendu. Quatre pour un de la semence.
ANTIBEL.
Que voulez-vous, mère? l'année est jalouse. Chez les Mafre, à la Vergondie, ils ne savent que faire du maïs.
MARTRIL.
Mauvaise, oh oui! bien mauvaise année!
Elle envoie un regard en-dessous à Jane qui baisse le nez dans son assiette.
Et passe encore s'il ne s'agissait que des récoltes !
Antibel ne répond pas.
De nouveau, les mâchoires triturent.
Cependant, sous l'immobilité apparente des visages, une pensée remue; le silence est attentif.