LES CHANTEURS
partent.
C'est d'abord un rythme lent, avec des sonorités graves de plain-chant, l'imploration liminaire, sournoise annonciatrice de la complainte :
Faut pas te fâcher; Te Talions chanter.
Puis, sur un air de danse sautillant et goguenard, enguirlandé de trilles, comme de malicieux entrechats, le couplet s'avance :
A la Décorade, on prépare la noce;
Les oiseaux du ciel seront tous invités.
La chouette y sera en collier fourré;
C'est elle qui tient compagnie à la morte.
Pour toi, pauvre veuf, qui ne sais plus chanter^
Le rossignolet servira sa musique;
Ils y viendront tous : linot, merle, verdier;
Et le coucou aussi — sans que tu l'invites.
Une pause; les voix reprennent :
De peur des voleurs, Jane a sa dot sur elle» A savoir sa peau, ses cheveux et ses yeux. Avec sa peau blanche, elle t'a pris ton cœur. Rien qu'en te regardant, elle t'ensorcelle; Lié avec un seul de ses cheveux blonds, La coquine au marché te mènerait vendre. Quand tu iras au bois, prends garde à ton front. Les coucous sont en fleur; le printemps s'avance.
Une bordée de chaudrons, un beuglement de cornes saluent la fin de chaque couplet, et voici déjà le troisième en route :
Après le souper se sont couchés ensemble, A se caresser, se parler tendrement.
— Ecoute, ma mie, on frappe au contrevent...
— C'est pour letourin; empoche qu'on entre...
— Je suis Fabiane, ouvrez, faites place au lit; Je viens de dessous terre; ouvrez, il me tarde De me reposer près de mon cher mari.
— J'ai fini de dormir; adieu, pauvre Jane!
Les voix se taisent, les chaudrons parlent.
ANTIBEL
songe; impassible s'il pouvait; mais malgré lui, son poing se ferme, ses mâchoires se con-