PROLOGUE
tractent; une ride s'enfonce comme une mauvaise ornière entre ses sourcils. Un moment. Puis, sa colère s'éclaire de malice; il tient sa vengeance.
Apaisé alors, il va vers la porte, l'ouvre toute grande, et du seuil, à voix très haute :
Hc, les chanteurs, entrez donc! Il vente frais, 011 vous êtes, et ici, nous entendons mal. Entrez! rien de tel qu'un bon verre de vin pour enfoncer les brumes d'automne. Entrez; je régale.
Pas de réponse. La cour reste vide. Dans le silence, on entend chanter les icourtilières.
Et, de nouveau, la voix d'Antibel, adoucie, presque câline :
Allons! pas tant de façons! avancez, enfants! Toi, Piboul, je ne te vois pas, mais je t'ai deviné tout à l'heure; des voix comme la tienne, il n'y en a pas à la douzaine. Arrive donc! et toi aussi,
Borgne ! arrivez tous ; la barrique est pleine; il y en aura pour tout le monde 1
Personne encore, Mais, derrière les étables, vers le causse, un bruit de paroles, des chuchotements à voix basse, des pas ensuite à l'entrée de la cour, un mouvement dans i'ombre.
La bande se décide.
Ils entrent en se poussant; les plus jeunes en tête.
Pour se déguiser, les uns ont mis leur chemise par-dessus la tête, les autres portent sur la figure un masque fait d'une feuille de chou avec des trous pour la bouche et pour les yeux; les petits se sont donné une moustache en écrasant des mûres sur leurs lèvres.
Les jeunes gens ont des travestissements plus compliqués; ceux-^ci des jupes et des bonnets de femmes avec des corsages bourrés d'étoupe; ceux-là des capières de bœuf, toute une peau de bélier dont les cornes leur font comme un cimier sauvage. Deux ou trois ont eu l'idée de cacher leur tête dans le creux d'une courge à peau rose sur laquelle un ar-