I 2. — CRITIQUE DES SOURCES DE PREMIÈRE MAIN, FRANÇAISES
Ces sources sont, en général, des chroniques sincères et souvent naïves, rédigées par des missionnaires, presque toujours des religieux. — Font exception quelques pièces, comme :
Le journal de bord de l'expédition menée, en 1629, au secours de Saint-Christophe par le sieur de Gahuzac (manuscrit des AfiTaires Etrangères), et le récit des « exploits des Français dans l'isle de Gardelouppe >, extrait de la Gazette (1638), et qu'on ne doit accepter qu'avec réserves.
Le P. Bouton, jésuite, a donné, dans sa < Relation » (1640) une sorte de « guide » quasi-officiel, pour les colons éventuels de la Martinique.
On attribue au P. Pacifique de Provins, capucin, un ouvrage semblable (1646?) que je ne n'ai pu retrouver à Paris.
La Relation latine du P. Raimond Breton, archétype de tous les récits des dominicains et de quelques autres, échappe également aux recherches.
Le manuscrit français 24974 de la Bibliothèque Nationale contient des Annales anonymes de la Guadeloupe, de 1635 à 1647, qui ont une sérieuse valeur historique. V Le manuscrit de la Bibliothèque Nationale Nouvelles Acquisitions françaises 9319, anonyme jusqu'ici, est la rédaction originale primitive de l'ouvrage du P. du Tertre. Ecrit en 1648, à Paris, pour le sieur de Harlay, volé à l'auteur presque aussitôt et mutilé, il servit à Rochefort pour composer son histoire. — Il contient, notamment, le récit des événements survenus à la Guadeloupe de 1635 à 1642.
Du Tertre (1610-1687), religieux dominicain, connu par
ses deux nouvelles rédactions {Histoire des isles de Saint- Christophe^ de la Guadeloupe^ etc., 1654. — Histoire générale des Antilles, 1667), a passé six années, en trois fois, aux Antilles. Mêlé à une partie des événements qu'il raconte, renseigné par des témoins oculaires pour d'autres, sa vie le mettait à même de savoir, son caractère d'apprécier sainement les choses, appuyée sur quantité de documents diplomatiques^ son œuvre est, dans sa dernière forme, la plus importante des sources de l'histoire des Antilles françaises avant Colbert.
Le P. Mathias du Puis, dominicain, donne (1652) des débuts de la colonie française de la Guadeloupe un récit dont la sincérité fruste l'a fait accuser de partialité.
On a du P. Maurile de Saint-Michel, carme, un «Voyage» (1652), sans grande valeur comme source historique.
La Relation du P. Pelleprat, jésuite, exclusivement consacrée aux missions, est l'œuvre d'un esprit élevé, et est utile pour rhistoire des mœurs.
Le P. Ghevillard (1658), dominicain, est, au contraire, un chroniqueur médiocre et n'oflre quelque intérêt que sur la situation des protestants aux Isles.
L'Histoire des Antilles, de Rochefort (1658), est une compilation faite sur des documents dignes de foi, notamment pour ce qui concerne Tîle de Saint-Christophe.
L'Histoire anonyme de l'île de la Grenade est un manuscrit inédit, de 1660 environ, appartenant jusqu'ici aux jésuites de l'école Sainte-Geneviève à Paris. Elle donne, sous forme d'annales, l'histoire de cette île de 1649 à 1659, avec une franchise un peu rude, que n'exclut pas une forme oratoire recherchée.
Biet, missionnaire libre à Gayenne, a écrit (1664), sur les Antilles et leur clergé régulier, quelques pages intéressantes, vivement réfutées par du Tertre.
Oexmelin ne donne que peu de renseignements sur les flibustiers de la Tortue et de Saint-Domingue avant 1664.