‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella GrecaChapitre 27 sur 129 · MOÏSE FRAPPANT LE ROCHER. MOÏSE · texte numérisé non relu

MOÏSE FRAPPANT LE ROCHER. MOÏSE

Le solide interprète de S. Paul, Estius, voit dans Moïse l’imagedu peuple juif ; et il s’exprime ainsi sur le passage de S. Paul dont notre peinture est en partie la traduction :

(L II n’est pas difficile d’expliquer comment la pierre frappée par Moïse aeignifié le Christ. Le Christ, en effet, comme une pierre très-solide, soutient toute l’Eglise ; et frappé et mis à mort par lesjuifs que représentait Moïse, il a répandu les eaux très-abondantes des grâces, qui sont notre réfection salutaire dans ce désert de la vie, à nous tous qui tendons à la terre spirituelle ou mystique de promission, c’est-à-dire à la patrie céleste Comme l’Apôtre a appelé le Christ la pierre, il a pu dire que la nuée et la mer est le Baptême, et que la manne est le corps du Seigneur, et l’eau jaillissant de la pierre son sang, à ^savoir par signification »

Mais les anciens ont vu dans Moïse, non le peuple juif qui immole le Christ par un déicide, mais le Christ qui s’offre lui-même à l’immolation, par l’acte le plus sublime d’un Dieu. Ce point important, je pourrais dire capital, de l’archéologie chrétienne n’a point été jusqu’ici assez mis en lumière, bien qu’un second point qui en dérive l’ait été parfaitement. Nous traiterons les deux, en commençant par le fondamental.

I. — Il y a au cimetière de Domitille une peinture du IV® siècle qui est un ravissant commentaire de la nôtre \ Moïse est du côté droit, entre le rocher qui répand l’eau et l’arbre placé sur son courant, qui s’élance vers le ciel. Du côté gauche, et presque au centre, est l’Enfant-Dieu, assis sur les genoux delà Vierge, majestueux.

' Planche V, 1; planche VI, l, 2, 3, 4. * In I Cor., X, 4.

® Aringhi, t. I, p. 563.

LA CAPPELLA GRECA

regardant en maître et tendant les bras vers le rocher et Moïse Le siège de la Vierge est adossé à une double tour, de forme élancée, au bas de laquelle est un prophète qui la montre, et avec elle tout le tableau^ Jene puis hésiter à voir ici la bourgade dont Prudence a chanté : « La sainte Bethléem est la tête du globe, elle qui a pro- i

« duit Jésus principe du globe, et tête même de tous les principes :

Sancta Bethlem caput est orbis, quæ protulit Jesum,

Orbis principium, caput ipsum principiorum ^ ;

Je ne puis hésiter à y voir Miellée et son oracle messianique cité à llérode, au moment même de la naissance du Christ, par les princes des prêtres et les scribes du peuple. Voici cet oracle plus au complet que ne l’a rapporté S. Matthieu, et tel que le peintre de la cappella greca l’a lu dans les Septante, d’où il l’a transporté visiblement sur la muraille :

« Et toi,Tour-du-Troupeau (Miguedal-hêder) ^ hérissée de nuages, la fille de Sien viendra vers toi, et la principauté viendra, la ro3'auté première, passant de Babylone à la fille de Jérusalem... Et toi, Bethléem, maison d’Ephrata. tu es trop petite pour former un corps de mille hommes en Juda. De toi cependant me sortira celui qui doit être le prince d’Israël; et sa sortie est du commence nent, des jours de l’éternité. C’est pourquoi il (Dieui les livrera jusqu’au temps de Celle qui enfante : elle enfantera, et les restes de leurs frères reviendront aux fils d’Israël. Et le Seigneur se tiendra debout; et il verra et il paîtra son troupeau dans la force; et ils se glorifieront du nom de leur Dieu ; et ils seront ainsi proclamés grands jusqu’aux extrémités de la terre. Et ce sera la paix »

C’est bien la paix en effet. xVu-dessous du Christ, on aperçoit, dans une vaste lunette, l’Orphée civilisateur qu’Horace a célébré dans ces vers :

Silvestres homines sacer interpresque dcorum

Cœdibus et victu fœdo déterrait Orpheus ;

Dictas ob hoc low'e tigres, rahidos que leo)ies.

' Il paraît faire le geste qu’il fait en accueillant les Mages, sur un sarcophage du cimetière du Vatican. Aringhi, t. I, p. 327.

- Planche VI, 1.

’ Dittochœon, v. LOI. CI. Cathem., XII, v. 77.

^ Nom d’un lieu attenant à Bethléem. Gen., XXV, 21.

* Mich., IV, 8 ; V, 2-5.

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