‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella GrecaChapitre 30 sur 129 · UNE GUIRLANDE. UN SUJET DÉTRUIT? LA RÉSURRECTION DE LAZARE · texte numérisé non relu

UNE GUIRLANDE. UN SUJET DÉTRUIT? LA RÉSURRECTION DE LAZARE

Au-dessus de la grande fresque représentant la condamnation et la délivrance de Susanne, régnait une guirlande pareille à une draperie. On en aperçoit les restes. Ce sont de larges festons formés de demi-circonférences, à l’intérieur desquelles sont d’autres demicirconférences fleuronnées. Sur la ligne ou barre qui les porte étaient des rectangles placés horizontalement. Celui du milieu offre encore au-dedans une couronne magnifique, cantonnée à droite d’un génie, auquel un second génie devait répondre à gauche. Ces festons, ces couronnes que ces génies semblent apporter^ sont-ils un appendice du triomphe de Susanne ? La supposition serait naturelle. Un monument chrétien, du 1V“ ou du Y*’ siècle, où figure précisément Susanne, présente à côté d’elle le navire, couronné à la poupe et orné de festons au mât, des navigateurs de Joppé, qui rendent grâces au ciel de la cessation de la tempête, après que Jonas s’est fait jeter par eux à la mer^. Et puis le Christ a dit dans l’Apocalypse à l’ange héroïque de Smyrne : « Sois fidèle Jusqu’à la mort et je te « donnerai la couronne de vie ; » et à l’ange de Philadelphie : « Parce que tu as gardé mon mot d’ordre d’être patient, moi aussi « je te garderai de l’heure de la tentation... Yoici que je viens « bientôt, conserve ce que tu as, de peur que quelqu’un n’enlève « ta couronne L »

Mais au-dessus de cette guirlande, et en harmonie aussi avec elle, il y avait, on est porté à le croire, un sujet servant de pendant

’ Planche VU, 2. — Voir planche III.

2 Et stetit mare a fervore suo. . . Et immolaverunt hostias Domino, et voverunt vota. Jon., I, 15, 16. — Voir planche XIV, 2.

® Apoc., II, 10; III, 10, il. — Nous ne donnons (planche VII, 2) qu’un dessin approximatif de cette guirlande, fait d’après nos notes.

LA CAPPELLA GRECA

à la scène du paralytique qui est au-dessus de la grande fresque de la tentation de Susanne. Ce qui reste du stuc ne donne aucun renseignement certain à cet égard. On peut conjecturer cependant avec ■ une grande probabilité, j’allais dire avec nne sorte de certitude, que s’il y avait un sujet, il était relatif à la résurrection.

Vous qui habitez dans la région de l’ombre de la mort, la lumière luira sur xious, avait chanté Isaïe dans un de ses tableaux du règne du Messie ' ; et dans un autre : Les morts ressusciteront, ils se lèveront ceux qui sont dans les monuments, et ils se réjouiront ceux qui sont dans la terre, car la rosée qui vient de vous est leur guérison^. Les morts ressuscitent, dit le Christ, prouvant aux disciples de Jean sa mission par ses miracles \ Après la guérison des malades, il arrive à la résurrection des morts. 11 ne se pouvait autrement. Comme par un homme, l’ancien Adam, le péché est entré dans le monde, et par le péché la morC , le Christ, Adam nouveau, a dû vaincre les maladies, images du péché, et la mort son terrible fruit.

La guérison du paralytique représentant à la cappella greca la victoire du Christ sur le péché et les infirmités corporelles, comment douter qu’une peinture placée vis-à-vis n’ait représenté sa victoire sur la mort? Il a dû y avoir là ou du moins tout près, soit dans la chapelle, soit dehors, un tableau spécial de la résurrection. Autrement le Christ paraîtrait incomplet; sa grâce s’arrêterait, pour ainsi dire, au grand moment : on se demanderait s’il est bien le Christ. En fait, on ne trouve guère aux catacombes de chambre un peu amplement décorée où ce sujet ne figure : au cimetière de Priscille, je n’en vois pas.

J’appelle tableau spécial de la résurrection, celui de la résurrection d’un mort par le Christ, ou celui de la résurrection du Christ luimême. Le premier, sur les peintures des catacombes, est toujours le tableau de la résurrection de Lazare, que Tertullien appelle « l’exem- « pie principal de la résurrection : In Lazaro præcipuo resurrectionis « exemple » Quant à la résurrection du Christ, elle est toujours

' Is., IX, 2. Septante.

^ Is., XXVI, 19.

’ Matth., XI, 5; Luc., Vil, 22.

* Rom., V, 12.

De, Resurrectione carms, LUI

LA CAPPELLA SRECA

figurée par le miracle de Jouas, dont le Christ lui-même s’est appliqué la prophétie, en annonçant qu’il ressusciterait trois jours après sa mort. Qui a pu être en face du paralytique : Jouas ou Lazare? Après avoir hésité longtemps entre les deux suppositions, je me décide volontiers et assez résolument pour la seconde.

La scène du paralytique appelle vraiment celle de Lazare. Aussitôt après la guérison du paralytique de la piscine, le Christ parle de son pouvoir de ressusciter les morts ; Comme le Père, dit-il, réveille les morts et les vivifie, ainsi le Fils vivifie ceux qu’il veut'. A cette déclaration faite à Jérusalem, la résurrection de Lazare répondra aux portes mêmes de Jérusalem, à Béthanie. Le paralytique et Lazare se tiennent en quelque sorte dans l’FiVangile.

Ils se tiennent pareillement dans la logique. L’un représente l’humanité délivrée par le Christ de la soulfrance, l’autre l’humanité délivrée par lui du trépas. Ce sont deux tableaux symétriques qui font un tout. Avec Jonas, c’est-à-dire la résurrection du Christ, le parallélisme n’aurait plus cette justesse ni cette clarté.

Les monuments chrétiens confirment bien cette double indication scripturaire et rationnelle.

La magnifique chambre qu’on trouve au bas du grand escalier du cimetière de Domitille, non loin et au niveau de la chambre qu’on croit avoir servi de sépulture primitive aux saints Nérée et Achillée, offre un ensemble de fresques qui rappelle celui des fresques de la cappella (jreca et le second siècle. Eh bien ! entre Daniel, vainqueur des lions, et David, leur premier vainqueur, portant la fronde qui doit abattre Goliath, apparaît vis-à-vis de Moïse frappant le rocher, la résurrection de J.azare L

En'passant du second siècle aux débuts du troisième, les chambres dites des Sacrements, du cimetière de Saint-Callixte. nous montrenQ fune^ le paralytique qui accompagne la scène du Baptême avec le poisson tiré de l’eau, ayant pour pendant un sujet perdu aujourd’hui, mais que M. de Rossi a, bien conjecturé être celui de Lazare ressuscité : l’autre, Moïse frappant le rocher et le poisson tiré de l’eau baptismale qui en découle, ayant pour pendant

' Joan., V, 21.

* Aringhi, t. I, p. 545-557.

LA CAi’i'KLLA GllECA

Lazare J.azure est à côté du paialytiquc au cimetière des Saints- Marcel liu-et-Pierre’; il lui l'ait pendant au cimetière de Sainte-Agnès (entre deux est Moïse fraj)pant le rocher, et au-dessus, au centre de la voûte, est le Christ, précisément comme à la cappella fp'eca ^)\ au cimetière de Saint-llerinès, Moïse et le paralytique ont pour vis-àvis Jouas et Lazare Sur un précieux fond de coupe, que nous avons déjà mentionné et dont les sujets oll'rent avec ceux de la cappella greca de grands rapports, le paralytique guéri par le Christ fait suite à Moïse frappant le rocher, et Lazare ressuscité par le Christ fait suite au paralytique. Dans ces deux scènes le Christ, tenant la verge de Moïse, celle de la toute-puissance, est identique de geste et de costume ; et la liaison des deux scènes est manifeste ^ Le paralytique et Lazare sont représentés ensemble sur la boîte à eulogies du musée de Cluny. Je ne dis rien des sarcophages où le paralytique n’a point d’associé régulier. Mais on voit que sur les peintures au moins on il figure et que j’ai rappelées toutes, ce me semble, cet associé est Lazare.

D’autre part, sur les sarcophages comme sur les peintures. Moïse frappant le rocher a pour pendant ou associé à peu près constant le Christ ressuscitant Lazare Des deux côtés donc, par le paralytique et par Moïse, les monuments chrétiens semblent nous montrer la résurrection de Lazare à la place vide de notre chapelle.

Il n’y a point d’exemple certain de Jonas faisant pendant au paralytique L C’est, d’ailleurs, une règle à peu près constante, je crois,

' Roina sotl., 1. il, tav. d’aggiunta. C. D. <

- Aringhi, t. II, p. 101.

® Aringhi, t. II, p. i83.

Aringhi, t, II, [i. 331. — Bosio et Aringhi voient Sanison dans ce personnage. L’eau du rocher de Moïse, celle de la mer de Jonas appellent ici le paralytique de la piscine; et la figure qui lui convient bien ne semble pas pouvoir convenir à Samson.

“ R. P. Garucci, Vetri, tav. I, 2.

® Aringhi, t. I, p. 313, 323, 325, 335, cimet. du Vatican; 423, Lucine; 547, Domitille ; t II, p. 25, Voie Latine; 87, 101, 121, 123, Saints-Marcellin-et-Pierre ; 183,205, Sainte-Agnès; 329, 331, Saint-Hermès; 395. - Dulletino, 1874, tav. XL — M. Martigny, p. 412.

’’ Nous venons de dire que Bosio et Aringhi voient Samson emportant les portes de Gaza dans la figure qui nous parait être celle du paralytique emportant son

pour les chambres des catacombes, que Jouas y est représenté, non sur les murs latéraux, mais aux bords de la voûte, faisant avec quatre sujets de son histoire, ou au moins trois, cortège au Bon Pasteur qui est au centre. C’est l’image de la résurrection du Christ encadrant celle de son ascension au ciel. C’est ce qu’on voit dans plusieurs chambres du cimetièi'e de Priscille, dont une voisine de la cappella r/reca, est du second siècle % et dans les deux chambres des sacrements du cimetière de Saiut-Callixte. Tout ainsi nous invite à reconnaître non Jonas mais Lazare, à la place vide de la cappella greca qui fait face au paralytique, s’il y a eu un sujet biblique à cette place.

A ces indications multiples viennent s’en joindre deux qui sont pour nous du plus haut intérêt.

S. llippolyte, dans son commentaire sur Susanne, arrivant au moment de la tragique histoire de cette héroïne, que le peintre de la cappella greca a précisément représenté au-dessous de la place vide dont nous cherchons le sujet, écrit :

« Et ils mirent les mains sur sa tête. Afin qr.’en la touchant, ils satisfissent l'insolence de leur concupiscence.

Et elle était en pleurs. Par ses larmes, en effet, elle attirait le Verbe qui descend des deux, lui qui devait par ses larmes réveiller Lazare mort *. »

C’est donc vers le Christ ressuscitant Lazare que sur la fresque de la cappella greca se dirigeraient les yeux mouillés de larmes et élevés en haut de Susanne, soit dans la scène où les vieillards mettent la main sur sa tète, soit dans celle où, marchant au supplice, elle fait sa dernière prière : AA yàp tôiv ocfxpdov scpsOasTo -bv àit’

O'jpavw'; Abyov, tov p.3ÀXovT« oA oa/.putov '^bv -£0vr,y.OTa.

S. Hippolyte achèverait ici de nous expliquer notre tableau, en nous révélant ce qui nous en manque. Peut-être, en effet, l’avaitil vu en venant célébrer les anniversaires d’Aquila, de Prisca, de

lit, sur la fresque du cimetière de Saint-Hermès. C’est le seul exemple, à notre connaissance, qu’on pourrait alléguer du parallélisme du paralytique et de Jonas.

* Planche IX. 5. — Aringhi, t. II. p. 303, 315. A quoi il faut ajouter une peinture inédite de la fin du IIP siècle ou du IV‘=, que nous avons vue maintes fois à Priscille. Cf. Aringhi, t. Il, p. 281, 295.

® Col. 696.

LA CAPPELLA GRECA

Pudens, de Pudenlienne, de Praxède, de Symétrius, de Félix et de Philippe et ceux de divers défunts, à l’église du cimetière de Priscille ou auprès. Et qui sait si ce ne serait pas de ce tableau même qu’il aurait tiré sou touchant rapprochement sur les larmes de Susanne faisant venir le Verbe des deux cl celles du Verbe faisant monter Lazare du tombeau? .Vu moins les yeux de Susanne se lèvent-ils vers le Bon-Pasteur portant sa lirebis, dont nous allons reconnaître la présence au centre de la voûte ; et n'est-ce pas lui qui a tiré Lazare, brebis désespérée, de la gueule fermée depuis quatre jours du loup dévorant do la mort?

Mais voici un document positif qui justiüera, en toute hypothèse, le chapitre que nous avons cru devoir consacrer, dans la cappella (jreca, à la résurrection de Lazare.

V une courte distance de cette chapelle, une chambre, dont la physionomie est celle du second siècle, contient des fresques en partie effacées aujourd’hui, mais reconnues par M. de Bossi et par moi-même (6 juin 1877) comme faisant partie de celles du cimetière de Priscille, publiées par Bosio L En face de l’entrée, sont des restes du Bon Pasteur portant sa brebis. Au centre de la voûte, apparaît un sujet de grande dimension qui ne peut être — nous espérons le démontrer — que celui du Christ venant consoler Susanne et la sauver. A gauche, il n’y a eu aucune composition ; mais, à droite, un arcosolium a été orné de fresques. Au milieu de l’arc, on voit le Christ ressuscitant Lazare ; aux deux retombées de l’arc, Jonas englouti et vomi par le monstre marin. Dans la lunette du fond, Jonas repose sous l’ombrage. Ces trois sujets font cortège au Christ et proclament la résurrection de celui qui a ressuscité Lazare, et qui avant Lazare, avait ressuscité, on peut dire le mot, l’agonisante Susanne.

C’est le plus beau tableau que nous croyons avoir rencontré jamais de la résurrection de Lazare.

Le Christ rappelle celui de la cappella greca venant au secours des trois Hébreux. Il fait le même geste de commandement, si noble et si souverain. Mais sa tête, aux cheveux pareillement courts, a un caractère particulier qui saisit. C’est une vraie tête d’empereur

Aringhi, t. II, p. 297, 299.

LA CAPPELLA GHECA

romain, prise d’une médaille, ün dirait César et sa main habiluei' à dicter à la fortune sa volonté. C’est un César divin que le peintre a voulu représenter, commandant cette fois à la Mort même. 11 est au milieu du tableau. Le monument de Lazare est dans le coin. Â l’appel du Christ, étendant la main droite et disant : « Lazare, viens « dehors, » il apparaît vers la Imuche du sépulcre, sous la figure d’une petite momie debout. La l\Iort a réduit le mort de quatre jours à cetle atténuation; ou plutôt l’atténualion, intentionnellement exagérée, nous indique que c’est moins le mort que la Mort même qui remonte les degrés du tombeau à la voix du Christ L

Sur une autre fresque voisine aussi de la cappella rjreca et rappelant pareillement le second siècle, qui représente sous des traits semblables la résurrection de Lazare, Lazare se montre une seconde fois de l’autre côté du Christ. C’est un homme maintenanL un homme libre, qui, le bâton à la main s’en va entreprenant sa course, pareil à l’Israélite qui sort du festin de l’Agneau pascal, ou au géant à qui le Psalmiste a comparé le soleil levant L On ne pouvait traduire avec plus d’énergie que sur ces deux fresques le sublime chapitre de S. Paul sur le Christ aux prises avec la Mort et celui qui avait ï empnre de la mort, c’est-à-dire le diable L et des paroles comme les suivantes ; Il faut qu’il règne juscqu’à ce que le Père ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier détruit sera la mort... La mort a été engloutie par une pleine victoire. O mort, où est ta victoire?

' Le dessin fourni par Bosio donne une idée assez imparfaite de cette fresque, et nous avait tout d'abord fait prendre le change sur son identité avec l’original. Il n’y a point de verge — du moins nous n’en avons point aperçu — dans la main du Christ. La momie de Lazare paraît bien plus petite. Elle sort d’une porte ou ouverture étroite du monument, lequel n’a point l’air aussi grec et fait songer aux sépultures sémitiques. La figure du Christ est bien autrement romaine et magistrale. Nous espério:'iS revenir du pèlerinage de Rome, pour les Noces d’or de Pie !>., avec un dessin meilleur ; il faut y renoncer, les chaleurs ne permettant plus de travailler dans les Catacombes. On trouvera la reproduction du dessin de Bosio, pi. XIII, 2.

- D’Agincourt, t. V, pl. VL- -Voir ici pl. IX, 4. — Les fresques de Saint- Callixte montrent aussi Lazare dans les deux états de momie de petit enfant et d’homme libre. Le Christ est représenté par une colombe venant à lui, le rameau d’olivier aux pattes. Rom. soit., t. II, tav. d’agg. C. D., tav, XV.

5 Hebr.. IL 14.

LA CAPPELLA GRECA

Où est, ô mort, ton aiguillon?... Grâces soient à Dieu qui lions a donné la victoire par Notre-Seiqneur Jésus Christ'. Quo la MoiT est ici petite et que le Christ est grand !

Cette manière de représenter Lazare sortant du tombeau comme mi enfant emmailloté désigne aussi la nouvelle naissance ([ue nous recevons au sein du tombeau. Los Pères l’ont signalée, Tertullien, S. hasile de Séleucie, S. Jean Clirysostome qui appelle Lazare (( un « enfant » et ses bandelettes « des langes L » Nous trouvons continuellement la résurrection do Lazare sur les monuments chrétiens. Nulle part, elle ne m’a frappé autant que dans la chambre voisine à^Xci cappella greca ; et nulle part, à coup sûr, on n'a retracé plus expressément la renaissance de l'homme en Jésus-Christ.

Disons, en finissant ce chapitre, ([u’il serait étonnant que le peintre de la cappella greca, ou plutôt les éminents théologiens qui lui ont si admirablement choisi et disposé ses sujets^ eussent omis, au moins à coté de cette église du cimetière de Priscille, la résurrection de Lazare. C’est le grand miracle de la vie du Christ, c’est le prélude de celui de son tombeau, et c’en est l’image la plus dramatique sur les monuments chrétiens. C’est ici que Prudence, écho vivant de l’Eglise, au sortir des catacombes, déploie tout son enthousiasme sacré. Après ce court et vigoureux tableau, dans son Hymne de toute heure sur les gestes insignes du Christ :

Sole jam quarto careulem, Jam sepulcro abscondüwm Lazarum jubet vigerereddito spiramine :

Fœtidum jecur reductus rursus intrat halilits.

« Le Christ ordonne à Lazare privé déjà du soleil pour la quatrième fois, déjà caché dans le sépulcre, de reprendre sa vigueur avec son souffle : la respiration lui est rendue, elle rentre dans une poitrine fétide ^ » -

Le poète, dans son Apothéose du Christ, sortant de célébrer la multiplication des pains, symbole de l’Eucharistie qui estle principe de notre résurrection, s’échappe ainsi d’un lyrisme auprès duquel celui de Pindare semblera faible :

» I Cor., XV, 25, 26, 54, 55, 57.

Homü. de Laz. V. Aringhi, t II, p. 539.

* Cathemerinon, IX, v. 46.

LA CAPPELLA GRECA

« Mais pourquoi expliqué-je ce prodige d’une voix bégayante, moi indigno de chanter les saints mystères ? Sors du sépulcre, Lazare, [dis quel est celui dont tu as entendu la voix du fond de la terre, quelle force a pénétré les lieux secrets de la Moi t, si bien que le Christ t’appelant toi plongé complètement dans les noires profondeurs et te disant d’en revenir, tu l’entends comme si tu étais à ses côtés et te présentes sans retard ! Quel détroit de Charybde est voisin d’ici, unissant les royaumes des ténèbres à ceux d’en haut, dont ne les séparent plus que de minces frontières ? Où est le triste Ténare enfoncé dans l’abyme derrière un vaste clu'.os, où est ce fleuve roulant des flammes sur ses rives insatiables ? Devant les portes du tombeau, condamnées par la dure barrière de rochers énormes, le Seigneur est debout et prononce le nom de son ami glacé. A l’instant, l’horreur de la Mort, écartant les rochers, vomit tout vivants des restes mortels et un cadavre qui marche, .loyeuses sœurs, déliez vite ses bandelettes odorantes! Le parfum seul des aromates répandus exhale ici des effluves; aucun air souillé ri’apjjorte l’odeur de la décomposition corporelle ; leur ancienne grâce ranime des yeux défaits qui distillaient la sanie et leur rend leur miroir, et la jiourpre teintée de rose revêt peu à peu des joues putréfiées. Qui a pu faire couler l’âme dans ces membres fluides ? Assurément c’est celui qui a créé jadis ces membres, qui a soufflé sur la veine humide d’un jonc d’argile, et devant qui la glèbe fondante a pris, dans ses humeurs teintes, les couleurs du sang.

O Mort rendue douce à présent et dont les lois ont des oreilles ! O Mort autrefois. sourde et maintenant instruite à faire tout ce qu’on te commande, qui a pu pi endre sur toi un tel empire ? Avoue-le,tu en es convaincue, il est Dieu celui qui seul me ravit à toi, Jésus ' ! b

Sed quid'ego hæc autem tüubanti voce retexo Indignus qui sancta canam ? l'rocede sepulcro, Lazare, die, cujus vocem tellure sub ima Audicris, quæ vis penetraverit abdita letlii, Quod, cinn te Christus penüus nigrante profundo Immersum vocat ut redeas, ceu proximus audis, Ncc remoratus ades ? Quæ tam vicina Charybdis Régna tenebrarum tenui distantia fine Conjungit superis ? Ubi Tænara tristia vasto Inpræceps dejecia chao, latebrosus et ille Amnis mexplstis volvens incendia ripis ?

Ante fores tumuli, quas saxa immania dura Obice damnarant, scopulis substructa cavatis, Stad Dominus, nomenque ciet frigentis aniici. Nec mora, funereus revolutis rupibus horror Evoniit exequias gradiente cadavere vivas. Solvilejam lætæ redolentia vincla sorores,

Solus odor sparsi spiramen aromatis efflat.

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