‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella GrecaChapitre 29 sur 129 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

LE PARALYTIQUE '

Fortifiez-vous, mains languissantes, genoux énervés ; consolez-vous pusillanimes de cœur, fortifez-vous... Voici que votre Dieu... vous sauvera, dit Isaïe, sitôt après avoir entonné son cantique : Réjouis toi, désert altéré. Avec la guérison des languissants, il signale bientôt celle des boiteux, des aveugles, des sourds, do ceux dont la langue est liée. Cette guérison des malades a été l’effet le plus frappant de la grâce du Christ, étant multipliée à l’infini par lui et ses Apôtres : elle a été la preuve la plus populaire de sa divinité. Lui-même, rappelant de vive voix le texte d’Isaïe, a donné dans une pléiade subite de miracles, cette preuve, aux disciples de Jean, envoyés par leur Maître pour apprendre de sa bouche qu’il était le Messie. Ses Apôtres n’ont cessé d’alléguer cette preuve. Vous savez, dit S. Pierre au centurion Corneille et à son escorte, ce qui est arrivé dans toute la Judée, en commençant par la Galilée, après le baptême que Jean a prêché, touchant Jésus de Nazareth : comment Dieu l’a oint de l' Esprit-Saint et de la puissance,' et il a passé faisant du bien et guérissant tous eeux qui étaient opprimés par le diable, parce que Dieu était avec lui'. Le peintre delà cappella greca va retracer dans cette église du cimetière des Pudens — de la gens C ornelia avec laquelle le centurion Corneille doit avoir des liens — une de ces guérisons représentant toutes les autres, celle du languissant par excellence, du paralytique.

Au milieu du mur de gauche, à l’endroit où il se replie en voûte pour former un des côtés du dôme, juste au-dessus de la main

' Planche VII, 1. — Cf. planche II.

> Aet., X, 37, 38.

CAPPELLA GRE CA

Pl.Vli

delà condamnatioRetdek délivrance de Susaraie . Inédit.- 5,LEie,aimdesa]igles de la Cappdla^ qrexa , à droite du Paralyti que . Lessmé par M.le Com. Descemet . Inédit

LA CAPPELLA GHECA

gauche de Susanno repoussant les propositions dos vieillards, apparaît la moitié inférieure, seule conservée, d’un homme portant un lit derrière soi et courant en avant, le pied droit appuyé sur le sol, le pied gaucho ne le touchant que do la pointe. C’est le paralytique de l’Evangile. Le R. P. Clarucci l’a bien reconnu, quoiqu’avec un peu d’hésitation ^imméritée ; «La voûte du cuhiculum étant détruite, « dit-il, j’ai vu seulement à gauche la moitié d’une figure et j’ai « pu induire de son attitude qu’elle représentait vraisemblablement « le paralytique avec son lit sur les épaules. »

Le Christ venant au secours de Susanne semble délivrer, au-dessus d'elle, cet infirme des chaînes do son mal, et donner ainsi un gage de la délivrance qu’il réserve à l’innocente prise dans les filets des méchants. Rouble tableaxi dont les sarcophages romains nous offriront, nous osons l’assurer d’avance, plus d’une piquante copie !

La guérison du paralytique est un des miracles les plus insignes du Sauveur. Prudence, qui commence son Hymne de toute heure par ces vers :

IJa puer plectrinn, choreis ut canam fidelibus Üulcc Carmen et melodum,gesta Christi insignia :

Hune camena nostra solum pangat, hune laudet Igra,

a Donne ma baguette d’ivoire, enfant, que je chante en trochées fidèles, avec de doux vers, de douces mélodies, les gestes insignes du Christ : que notre muse ne célèbre, que notre lyre ne loue que lui ! »

Prudence, dis-je, achève ainsi l’énumération des prodiges de la vie du Christ, avant de parler de ceux de sa mort :

Omnis ægritudo cedit, languor omivis pcllitur,

Lingua futur, quam veterna vinxerant silentia,

Gestat et suum per urbem lætus œger lectulum .

« Toute infirmité cesse, toute langueur est chassée ; la langue qu’avaient enchaînée de léthargiques silences parle, et l’infirme porte Joyeux son lit à travers la ville h

Sedulius termine comme Prudence la liste des miracles du Christ par celui du paralytique :

’ Cathem,, IX, v, 1, 67.

LA CAPPELLA GRECA

Solutus Omni corpore Jussii.t repente sxirgere Suis vieissim gressibus Æger vehebat leclulum.

« L’infirme, paralysé de tout le corps, recevant tout à coup l’ordre de se lever marchait de ses deux jambes et emportait son lit' . »

Des divers paralytiques guéris par le Sauveur ^ deux s’en sont allés, emportant leur lit sur son commandement : l’un guéri à Jérusalem, au bord de la piscine Probatique, l’autre à Capharnaüm dans l’atrium d’une maison où on l’avait descendu du toit. Lequel est ici? L’eau du rocher de Moïse qui est voisine, le bain de Susanne qui est aux pieds, tournent nos yeux vers le paralytique de la piscine.

Les monuments chrétiens changent en certitude cette présomption. Une fresque de Saint-Callixte, du commencement environ du IIP siècle, nous montre un paralytique emportant son lit près du bain du Baptême, dont le rocher de Moïse fournit l’eau sur une fresque voisine et du même temps h Ce bain fait songer à la piscine probatique qui en était considérée comme l’image, selon Tertullien \ Sur une fresque de Domitille, le paralytique emportant son lit est au milieu de joncs : ces joncs rappellent la piscine et excluent le paralytique de Capharnaüm guéri dans une maison et s’en allant par la ville à sa maison ^ Un sarcophage du cimetière du Vatican,, du lY' siècle, nous retrace toute l’histoire du paralytique de la piscine, le malade reposant sur son liU les eaux de la piscine, les portiques et le malade emportant son lit sur l’ordre du Christ Un autre sarcophage, du cimetière de Saint-Sébastien, nous présente le lit du paralytique terminé par une têtière en forme de dauphin, être aquatique rappelant la piscine U On n’a pas trouvé sur les anciens monuments le paralytique de Capharnaüm une seule fois. 11 apparaît,

’ Hymne A soUs ortus cardine. Patrol., t. XIX, col. 768.

’ Matth., IV, 24 ; VIII, 0; IX, 2; Joan., V, 5.

’ Rom. soit., t. II,tav. d’aggUmta.

* De Baptismo, V.

* Aringhi, t. I, p. 541.

® Aringhi, t. I, p. 329.

’ Aringhi, t. II, p. 399.

LA CAPPELLA GRECA

vers l’an 370, sur les mosaïques de Saint-Apollinaire de Ravenne mais dans la série des scènes évangéliques et en compagnie môme du paralytique de la piscine. C’est donc celui-ci qu’il faut reconnaître à la cappella greca.

Voici le sujet. Il y a à Jérusalem^ dit S. Jean, une piscine des brebis, appelée en Eébreu Betlisaula [Maison-des-brebis], ayant cinq portiegues. Dans ces porticiiies gisait une multitude d’infirmes (àaOevouvTcov) , d'aveugles, de boiteux, d’hommes aux membres desséchés, attendant le mouvement de l’eau. Car lange du Seigneur descendait à certains moments dans la piscine et l’eau s'agitait ; et celui qui le premier descendait dans la piscine, après le mouvement de leau, était guéri de quelque maladie qu'il fut atteint ~ . » « Un infirme (duOsvojv), » un homme « privé de ses forces^ » un paralytique, comme le qualifient S. Ambroise, S. Jean Clirysostome, S. Fulgence et « tous les autres auteurs^ » dit Maldonat 'f malade depuis trente-huit ans et qui attendait en vain sa guérison, car il ne pouvait se jeter dans la piscine remuée par l’ange et personne n’était là pour l’y jeter au moment voulu, ce paralytique fut guéri par le Christ qui se contenta de lui dire : Lève-toi, prends ton lit et marche.

Nous voyons déjà quelques-unes des raisons qui ont fait choisir un tel sujet par le peintre et l’ont fait placer là. Susanne représentant l’Église, et son bain le Baptême, le peintre qui n’a pas dessiné ce bain auprès d’elle, a mis au-dessus le paralytique dont la piscine le rappelle assez bien. Le sujet était excellent, d'autre part, pour traduire le texte d’Isaïe et la scène évangélique correspondante. L’infirme de la piscine, c’est bien le languissant qui figure, dans le Prophète, en tête de ceux qui sont guéris quand surgissent au désert les eaux miraculeuses. Les aveugles, les boiteux se voient autour de la piscine comme auprès de ces eaux. Bref, la scène du paralytique de saint Jean est une sorte de contre-épreuve du tableau d’Isaïe ; et l’on ne trouve rien dans l’Evangile qui puisse si bien y répondre et continuer le tableau, inspiré aussi par Isaïe, de Moïse frappant le rocher.

* Ciampini, t. II, tab. XXVII.

- Joan., V, 2-4.

^ In Joan., V;, 5.

LA CAPPELLA GRECA

Aussi s. Cyrille, évêque de Jérusalem, dont nous avons une longue homélie sw' le Paralytique gisant près de la piscine^ écrit-il ces belles paroles :

« Cet homme accablé de tout genre de misère et ne pouvant espérer aucun secours du dehors, se voyant seul, trouva pour le secourir le Fils de Dieu. Veux-tu être guéri'! — Oui, Seigneur, mais je n’ai personne pour me jeter dans la piscine quand l’eau sera remuée. Tu as la Source, car chez vous est la source de vie, la Source produisant les sources. Quiconque boira de cette eau, des fleuves couleront de son intérieur, non d’une eau qui descend en bas mais d’une eau jaillissant pour lu vie éternelle, car l’eau de Jésus ne se dirige pas d’en haut en bas, mais de la terre au ciel, et la source de tout bien c’est Jésus. Qu’attends-tu donc delà piscine ?... Regarde uniquement à la puissance de la Source, et devine un Dieu apparu dans la chair... Léue-loi, dit-il, je suis la résurrection »

Mais il y a d’autres raisons, d’une haute importance, prises du sujet même du partüytique emportant son lit.

Les deux paralytiques que l’Evangile nous présente ainsi, sont atteints de paralysie à cause de leur péché. Aie confiance, mon fils, dit le Christ à celui de Capharuaüm, tes péchés te sont remis ^ — Voiléi que tu es guéri, dit-il à celui de Jérusalem, neyjècAe de peur qu'il ne t'arrive quelque chose de pire L La paralysie est la ■vraie image du péché, du péché grave, appelé par excellence le péché. 11 donne ici-bas la mort à l’âme, en suspendant en ellela vie divine, en arrêtant l’exercice de toutes ses facultés surnaturelles, en blessant profondément ses facultés naturelles pour le bien, et en l’acheminant enfin à la mort éternelle. Mais ce n’est point cette mort encore : le retour de la vie dans l’àme, tant que vit le corps, est toujours possible par la pénitence répondant à la grâce, Toutes les maladies figurant le péché, d’où elles sont dérivées par le péché d’Adam, et d’où elles naissent tant de fois par les péchés propres de ses fils, aucune, ce semble, ne figure le péché d^une manière plus sensible et plus adéquate que la paralysie. Personne, ensuite, ne représente mieux le pécheur que les deux paralytiques dont l’Évangile raconte l’histoire : prévaricateurs insignes, frappés de paralysie corporelle pour trahir à tous les yeux leur paralysie spirituelle. L’un est resté exposé

‘ § VII-IX. Patrol. græc., t. XXXIII, col. 1140. ^ Matth., IX, 2.

Moan., V, 14.

LA CAPPELLA GRECA

tronto-huit ans au l)ord do la piscine probatiquc,sur son lit, sorte do pilori unique dans l’Ecriture.

C’est pourquoi un desmélodes grecs, exhumés par son E. le cardinal Pitra, nous montre Adam pécheur, disant au Christ : « Res- « suscite celui qui est gisant sur un lit, — moi, qui suis un in- « digne, ô Sauveur! »

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La guérison du paralytique à la cappella greca, c’est donc la rémission des péchés de riiumanité et celle des souffrances, filles du péché, par le Sauveur du monde. C’est cette rémission de fait des péchés, et en principe, des souffrances, dans le bain du Baptême. La piscine Prohatique ou des Brebis la figurait expressément, même au sens littéral, d’après Maldonat, citant les Pères, Tertullien, S. Ambroise, S. Jean Chrysostome. Celui-ci écrit :

<ü II y a ù Jérusalem une piscine probatique qui est appelée en hébreu Bethsaida, etc. Quel est ce mode de guérison ? quel mystère nous est signifié par là?... Le Baptême devait venir, plein d’une puissance et d’une grâce très-grande, qui devait enlever tous les péchés et des morts faire des vivants »

Le paralytique représente si bien le chrétien baptisé, que sur les fresques callixtiennes la colombe, indiquant l’Esprit-Saint, descendu sur le Christ à son baptême et déjà venu en image vers Noé après le baptême du déluge, vole vers le paralytique emportant son lit L Elle désigne la Confirmation qui suivait le Baptême ; et on la trouve ainsi sur une fresque du second siècle, représentant le baptême du Christ L Nous ne pouvons savoir si la colombe accompagnait le paralytique à la cappella greca. Ce qui est certain, c’est que le paralytique, étant ici pour les fidèles l’image du Baptême, leur rappelait inévitablement la Confirmation. Il représentait les deux sacrements que Susanne, au-dessous de lui, représente avec son bain et ses onguents, selon 'lauemarque de S. Hippolyte.

• Analecta sacra, t. I, p. 450.

2 Homil. XXXV, in Joan., V, 1.

^ Rom, soit., t. II, tav. d’agg. C D.

'' Rom. soit., t. I, tav. XIV.

LA CAPPELLA GRECA

17ti

Mais, derrière le premier baptême” tout gratuit de la grâce, il est facile, inévitable même, d’entrevoirie second, le baptême laborieux de la pénitence. Est-ce que le Christ n’aurait le pouvoir de remettre les péchés qu’une fois ? Après le paralytique de la piscine de Jérusalem, n’y a-t-il pas celui de la maison de Capharnüm, monté péniblement sur le toit et descendu avec des cordes aux pieds du Sauveur? N’y a-t-il pas cette seconde rémissiou des péchés à laquelle fait songer la première? Avec le sacrement de Baptême, le sacrement de Pénitence était rappelé indirectement aux fidèles par la peinture du paralytique ; la victoire du Christ sur le péché avait en lui tout son trophée ; et les Romains pouvaient redire ici les célèbres paroles à eux adressées par S. Paul : Où le péché a abondé, la (jrûce a surabondé, afin que comme le péché a régné pour la mort, la grâce aussi règne dans la justice pour la vie éternelle par Jésus- Christ Notre-Seigneur\

Le trophée de la victoire sur le péché est complet de tous points. Le paralytique est si bien guéri par le Christ et àiinfirme qu’il était devenu si fort qu’il emporte son lit de douleur comme un jouet et retourne ainsi dans sa maison. Quelle est cette maison, sinon le ciel d’où le péché nous a bannis en nous livrant à l’infirmité, prélude do la mort, prélude de l’enfer ? C’est ce qu’a bien observé S. Hilaire de Poitiers, qui, sur les pas d’Origèiie^ a écrit du paralytique de S. Matthieu :

« Le Christ a accordé d’abord la rémission des péchés ; puis il montre la vertu de la résurrection ; il enseigne ensuite par le lit qu’il fait enlever que l’inürinité et la douleur seront enlevées aux corps ; enfin, par le retour du paralytique dans sa maison, il indique que le chemin du Paradis va être rendu aux croyants, ce chemin d’où Adam, père de tous les hommes, était sorti, jeté dans le désordre par la souillure du péché -, »

Le paralytique, qui est l’image du chrétien sortant du Baptême, est donc aussi l’image du Christ, de sa mort, de sa résurrection, dont le Baptême est la figure et le fruit tout ensemble. Ignorez-vous, écrivait S. Paul aux Romains, que nous tous qui avons été baptisés dans le Christ Jésus, nous avons été baptisés en sa mort ? Car nous

' Rom., V, 20, 21.

’ In Matt., cap. VIII.

LA CAPPELIA GRECA

avons été emevelis avec ha par le Baptême pour mourir, afm que, comme le Christ est ressuscité des morts par la qloire de son Père, nous marchions ainsi, nous, dans la nouveauté de vie. — Vous avez été ensevelis avec lui dans le Baptême et avec lui vous êtes ressuscités, écrivait-il aux Colossiens

' Circonstance digne de remarque ! Celui qui ne connaissait pas le péché et qui a été fait péché pour nous ^ le Fils de IJieu qui a vraiment pris sur lui toutes nos langueurs et porté toutes nos douleurs et que nous avons, dit Isaie, considéré comme un lépreux, frappé de Dieu et humilié ^ Jésus-Christ crucifié a été appelé du nom même du paralytique de la piscine, 6 âcôsvwv, l'infmne, par S. Paul écrivant qu’il est l'infirmité de Dieu, to àcrScvs- loZ (jeoZ La croix est le lit du divin Paralytique. Et comme il s’est levé de lui-même, comme il a emporté triomphalement son lit, comme il est remonté en sa maison du ciel ! C’est un nouveau Samson escaladant la montagne d’Hébron, avec les portes de Gaza, sa prison, sur les épaules. Aussi, le paralytique se transformera-t-il parfois sur les monuments chrétiens en Samson lui-même A la cappella greca, son élan rappelle l’élan athlétique du héros de Gaza.

Ces idées ne doivent point étonner. Indiquées par l’Ecriture, elles sont exposées par les Pères. S. Augustin dit de l’eau de la piscine et du paralytique guéri, figurant l’Eglise née du Baptême :

« Cette eau était le peuple Juif. La perturbation de l’eau en ce peuple, c’est la Passion du Seigneur. Un seul qui descendait était guéri, car le Seigneur est l’unité. Ceux à qui déplaît cette Passion du Seigneur sont des superbes. Ils ne veulent pas descendi’e... ''i tu veux être guéri, descends ®! — Un était guéri, signifiant funité ; quiconque venait ensuite n’était pas guéri ; car quiconque est en dehors de l’unité ne peut être guéri »

Le disciple de S. Augustin, qu’on a surnommé « l’ Augustin de

1 Rom , VI, 3, 4 ; Colos., II, 12.

2 II Cor., V, 21.

®Is.,LIII, 4.

^ I Cor., I, 25.

“ Aringhi, t. II, p. 331 ; Buonarroti, Vetri, p. 2 ; Ciampini, t. III, p. 22b ; M. Martigny, p . 589.

® Sermo de Verbis Domini, 42.

^ Tract. XVII in Joan., 3.

LA CAPPELLA GRECA

« son siècle, » S. Fulgence, a écrit un beau passage mystique qui donne tout le symbolisme de notre peinture. Voici que le lit du paralytique est, comme la verge de Moïse, une image de la Croix. Ecoutons S. Fulgence :

« Et le Seigneur : Lève-toi, dit-il, prends ton lit et va dans ta maison. Le paralytique se leva aussitôt de la piscine, et par cette t'ontaine de grâce, il se fraya un cliemin de joie vers sa deineui’c!. Il reporte le lit de son infirmité à sa maison, c’est-à-dire qu’il entre, délivré de ce lit de langueur, dans l’Eglise céleste. L’infirme guéri ])orte son lit, car le Médecin a enlevé le péché du monde 11 a chargé ses épaules de son propre fardeau, mais l’Agneau de Dieu pirdait sur ses épaules le fardeau d’autrui. Et ce lit était la croix. Le lit du paralytique a été recouvert des vêtements des péchés ; la croix n’a pas eu cette adjonction des vêtements, car elle n’a pas eu les liens du péché '. »

La croix sans péché du Christ a transfiguré la nôtre que le péché avait recouvert de sa lèpre, et lui a ouvert, en la personne du bon larron, le chemin du Paradis.

Saint Cyrille de Jérusalem, faisant ses fameuses catéchèses sur le Calvaire, dans l’église de la Résurrection, avait dit avant saint Fulgeuce : « Celui qui ordonne au paralytique de porter sa litière de « bois, c’est le Sauveur dont il est dit (Caut. III, 9) : Le Roi s’est fait <( une litière des bois du Liban... La litière, c’est le bois de la croix « qui a porté le Sauveur, cpopetov, vo çéAov voü ataupoïï »

Ce mot de S. Cyrille et celui de S. Fulgence : « Ce lit était la « croix... lUe lectus crux erat... lectus paralytici, » ne paraissent pas avoir été sans écho dans Part chrétien antique, Le lit du paralytique y rappelle par un certain dessin les grandes lignes delà croix. Une hoîte à eulogies en ivoire du V'^ ou YP siècle, qui est au musée de Cluny à Paris, nous offre, à côté du Christ, allant, la croix à la main, ressusciter Lazare, le paralytique portant son lit, qu’on prendrait volontiers pour le Christ portant sa croix même. Le lit est sur les deux épaules, mais les deux moitiés du lit s’identifient presque sur le tableau en une seule, et je ne sais quel air de la croix en résulte L II n’y a rien de cela à la cappella yreca; mais le paralytique

' SermoLXIIl. Gombefis, Bibliotheca Patrum concionatoria, 1682, t. II, p. 340.

- Ilomil. in Parahjt., X, XL Patrol. græc., t. XXXIll, col. 1141-45.

^ M. Grimouard de Saint-Laurent, Guide de l’Art chrétien, t. I, 1872, pL VI.

LA CAPPELLA GRECA

rappelant le Christ, son lit figure le lit triomphal de la croix ; et les Romains du second siècle murmuraient ici d’avance, je n’en doute guère, le mot de S. Fulgence.

Si, à l’entrée de la cappella ÿreca, nous avons vu la Nativité du Christ, au fond sa grâce, sa prédication, les sacrements qu’il a institués, du Baptême à l’Eucharistie, nous entrevoyons donc ici sa Passion et sa Résurrection, et, comme nous l’avons dit, son baptême qui les a résumées d’avance, et qui est l’image du notre. « Ange du Grand-Conseil, » il est descendu le premier dans la piscine des brebis humaines ; il y a porté sa vertu divine ; il en est sorti dans les splendeurs de l’ Esprit-Saint venu sur lui des cieux ouverts. Avec le Calvaire et le saint Sépulcre nous retrouvons le mémorial du Jourdain. Tous les faits capitaux de la vie du Christ sont dès à présent représentés ou visés à la cappella greca.

Et c’est pourquoi entre les miracles du Sauveur, le peintre a choisi tout d'abord celui de la guérison du paralytique.

S’il convenait si bien au lieu de la réunion des fidèles dans le cimetière de Priscille, il ne convenait pas moins au temps. Cette réunion avait lieu le dimanche qui avait remplacé le sabbat, étant le vrai jour du « repos » , le jour de la résurrection du Christ, « le jour » par excellence « du Seigneur. » Or c’est le jour du sabbat durant « la fête des Juifs, » celle des Tabernacles ou, selon quelques interprètes, celle de Pâques, qu’avait eu lieu la guérison du paralytique. S. Jean en termine le récit par ces paroles, indiquant notre tableau, et montrant son à-propos : Et aussitôt cet homme fut guéri, et il souleva S071 grabat et il s’en allait. Et c’était le sabbat ce jour-lci '.

Mais le peintre n’a-t-il point accompagné ce miracle d’un autre ?

Joan., V, 9.

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