‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella GrecaChapitre 50 sur 129 · Le X couronné sur une monnaie de Gratien · texte numérisé non relu

Le X couronné sur une monnaie de Gratien

79. Tbéodose-le-Graud tenant le labarum marqué du X, et portant le globe surmonté de la croix

80. La croix couronnée de ebéne sur une médaille de Valentinien III.

gramme constaiitinien et la palme parmi « les signes accoutumés « du nom chrétien sur les sépulcres, comueta... in sepulcris chris- « tiani nommis signa » Nous n’en citerons que deux exemples particulièrement remarquables.

Sous l’épitaphe de Prima on voit un X. A droite, vient un poisson tenant à la gueule une couronne ; à gauche, est étendue une palme ^ C’est un souvenir manifeste de l’Apocalypse, des couronnes offertes par les vingt-quatre vieillards devant le trône où l’Agneau est avec l’EterneC et des palmes que la troupe immense des élus, vêtue de l)lanc, porte devant le trône, en présence de l’Agneau Le poisson est le fidèle baptisé. C’est ainsi qu’on voit, sur un marbre tumulaire du musée de Latran, six agneaux, entre huit palmes, tenant à la gueule des couronnes qu'ils viennent offrir, trois à droite, trois à gauche^ à un homme tenant un livre, qui ne peut être que le Christ. Sur la tombe de Prima, le Christ est représenté par son monogramme.

L’épitaphe de Maximianus est ainsi conçue ^ :

MAXIMIANVS IN P X C -h

II faut indubitablement lire d’abord in pace Christi, l’initiale du nom latin du Christ, C, étant répétée après l’initiale du nom grec, X. La croix carrée qui suit est une nouvelle preuve de l’identification de cette croix et du X^ pour indiquer le nom du Christ et figurer son signe.

Voilà ce que nous avions à dire sur le signe du Christ au second et au troisième siècle. Mais nous manquerions à notre tâche si nous ne parlions aussi des principaux symboles du Christ survenus sur les traces de ce signe et qui ont des rapports certains, bien qu’inaperçus en partie jusqu’ici, avec lui. Deux sont très-rares, l’Alpha et l Oméga, et le Tau; deux sont très-communs et priment avec le signe du Christ tous les symboles chrétiens, l’ancre et le poisson.

I. Tout près de la cappella greca, dans un couloir des plus anciens

‘ Aringhi, t. II, p. 284. — Bosio l’a trouvé pareillement au cimetière d’Ostrien. Aringhi, t. II, p. 173, 177.

^ Aringhi, t. II, p. 678. — Ici pl. XI, 28.

3 Apoc., IV, 11; V, 6, 14; VII, 9.

^ Boldetti, p. 432.

L\ CAPPELLA GRECA

du cimetière, on lit, sur trois briques fermant un lociilus, l’inscription suivante tracée au minium :

MODESTINA k il'.

Ce nom de Modestina et celui de Pudentiana, la modestie et la pudeur, se rencontrent heureusement, il faut en convenir, près de la chapelle où l’image de Susanne tient une si grande place. L’A il pourraient être à la rigueur d’une autre main que celle qui a peint le nom de la défunte. Mais les deux mains sont on tous cas contemporaines. L’inscription réclame quelque chose à cette place. Cette forme laconique et ce genre d’épitaphe d’une famille épigraphique des plus anciennes des catacombes dénotent la fin du premier siècle ou la première moitié du second. C’est la date qu’assignait à l’inscription M. de Rossi, en la montrant à son Em. le cardinal Pitra et à moi-même, le 16 mai 1871. Je tressaillais en voyant l’Apocalypse citée au lendemain de son apparition sur une tombe romaine. Dans l’Apocalypse, A et <1, la première et la dernière lettre de l’alphabet grec^ désignent l’Eternel ; et c’est son signe donné par lui-même. S. Jean salue les sept Eglises d’Asie d’abord au nom du Père, en ces termes : Grâce à vous et paix par celui qui est., qid était et qui doit venir... Je suis A et ü, le commencement et la fin., dit le Seigneur Dieu, qui est et qui était et qui doit venir " A la clôture de la vision. Celui cqid était assis sur le trône dit encore deux fois à S. Jean : Je suis A et ii, le commencement et la fin ^ D’autre part, une inscription funéraire, malheureusement fruste, de l’an 335, qui porte entête IN NOMINE A... * nous indique que c’est « au nom « d’A et ii, )) c’est-à-dire du Dieu éternel, que la paix est souhaitée au défunt. C’est donc ainsi qu’elle a été souhaitée à Modestina, et c’est le sens de cette inscription très-antique.

* PI. XI, 29. — Lé fac-similé est tiré d'une note plutôt que d’un dessin et n’est qu’approximatif.

^ Apoc., I, 4, 8. — A et O étant les vraies voyelles de Jéhovah qu’on prononçait Java, ou, ce qui est l’équivalent, a étant une voyelle vague, Jevo, ces deux lettres du commencement et de la fin de l’alphahet grec rappelaient aussi le nom ineffable de l’Être ou Éternel en hébreu

3 Apoc., XXI, 5, 6; XXII, 13.

M. de Rossi, Inscript, christ., t. I, p. 76.

LA CAPPELLA GRECA

Mais, dans TApocalypse, l’Alpha désignent aussi, au

moins indirectement, Jésus. Car si Celui qui se nomme A 12 dit : Voici que je viens promptement, voici qtieje viens bientôt, venio velociter, venio cito, Jésus répondant à Cappel de TEsprit et de EEpouse qui est l’Eglise ; Vie^is, veni, dit pareillement ; Moi aussi je viens bientôt, etiam venio cito -, et l’appel est réitéré ainsi : Venez, Seigneur Jésus, veni Domine Je su, — Seigneur en grec répondant à Jéhovah en hébreu C Au commencement de cette révélation il a été dit de Jésus: Voici qu’il vient sur les nuées et tout œil le verra, et ceuxmêmes qui l'ont percé Le Fils vient donc avec le Père, et lui aussi est l' Alpha et l’Omega. Simon de Samarie et ses disciples, les juifs Cérinthe et Ebion, préludant au premier siècle à Arius et niant la divinité de Jésus-Cbrist, les fidèles leur répondent dès le second siècle en marquant leurs tombes de son nom sous cette forme A 11. Arius venu, ils proclameront la divinité du Christ en inscrivant çà et là sur leurs tombes : « [in) UEO dans le Dieu Christ — NVTRI- « CATYS DEO CHPilSTO [Dei Christi) MARÏVRIBVS, Nutricatus aux « martyrs du Christ ^ » et sur leurs fonds de coupe : « ANIMA DVLCIS « YIYAS CYM DE(o) X {Christo), douce âme vis avec le Dieu Christ — « BALENTINE YIYAS IN ^ [Clmisto) DEO h » Mais cent et cent fois le signe de l’Eternel, FA 12, accompagne le monogramme du Christ aux branches duquel il se trouve parfois appendu. Qu’il suffise de citer ici trois monuments plus insignes : l’épitaphe de Projectus, évêque de Lodi, de l’an 57o, paraît-il, où A 12 flanquent ce signe -p, qui est manifestement le chi, l’initiale de Christ ^ ; celle d’une lampe de bronze de la seconde moitié du quatrième siècle, avec la dédicace : «Pasifllus, vis en Dieu,» offrant entre FA et 12 le monogramme de Jésus-Christ % qu’on retrouve ainsi sur la mosaïque de l’église des SS. Nazaire et Celseà Ravenne, exécutée par ordre deGalla Placidia vers Fan 440 ’ ; l’épitaphe d’Héraclius, en notre cimetière de

' Apec., XXII, 7, 12, 17,20.

^ Apoc., I, 7-

^ Bulletino, 1870, p. 15; 1869, p. 50.

'' '« Valentin vis dans le C. I). » M. Perret, t. IV, pl. XXII, 20; Bull., 1874, p. 126.

® Inscript, christ., p. L. — Ici pl. XI, 30.

® Bulletino, 1875, p. 153, tav. X, 1. — Ici pl. XI, 30 bis.

Ciampini, t. I, tab. LXVI, LXVII.

LA CAPPELLA GRECA

Priscille, où, dans un triangle, le monogramme cruciforme est llanqué de TA et de l’ii Ajouterai-je qu’une gemme annulaire d’un cimetière romain offre, à la place où est ailleurs le monogramme du Christ ou quelqu’un de ses symboles, l’Aü simple, précisément comme la tombe de Modestina ’?

Ainsi il est naturel de sous-entendre X à côté de A lî dans l’épitaphe de cette chrétienne et de la lire : « Modestina, tu as vécu dans « le Christ, l'Eternel, » ou : « Vis dans le Christ, l’Eternel, » on : « Paix à toi de la part du Christ, l’Eternel, » selon les formules plus explicites qu’on rencontrera plus tard.

Toujours est-il queAP, signe et en quelque sorte monogramme du Père, est intimement lié sur les monuments chrétiens avec le monogramme du Christ, dont la forme primitive est X ou l’équivalent -h. 11 semble qu’eà l'origine on inscrivait les deux sur le front des fidèles, puisque dans l’Apocalypse les cent quarante-quatre mille qui suivent l’Agneau ont son nom et le nom de son Père inscrit sur leur front h C’est ainsi que le pontife qui consacre une église trace sur toute l’étendue de son pavé un X sur les branches duquel il écrit, de l'alpha à l'oméga, l’alphabet grec et, de la première lettre à la dernière, l’alphabet latin. L’A û de la tombe de Modestina et les X ou -P, nombreux dans le cimetière de Priscille, nous font retrouver les premières traces de cet usage auprès de l’église du cimetière, notre cappella greca, et en même temps la preuve de la liaison, aboutissant à l’identification, de ces deux signes qui représentent le Christ.

II. Le Tau, T, est lié avec le monogramme du Christ d'une manière encore plus intime que l' Alpha et l' Oméga. Sa forme hébraïque, nous l’avons vu, est substantiellemenl celle du chi grec, X. Tout en représentant la croix, c’est le chi même auquel il semble équivaloir tout d’abord sur les monuments chrétiens. Comment expliquer ce tau au milieu du nom d’îrène, qui est toute son épitaphe, IRE^^NE et le jeu d’esprit visible de ce nom, qui veut dire la paix,

' Ai’bghi, t. I, p. 605. — Ici pl. XI, 31.

Boldetti, p. 502. Voir un autre exemple, Kom. soit., t. III, p. 119. 3 Apoc., XIV, 1.

’* Bulletino, 1863, p. 35. — Ici pl. XI, 32.

LA CAPPELLA GRECA

avec la paix souhaitée à la défunte, sinon en lisant d’après l'indication de tant de monuments connus : « La paix du Christ à toi « Irène? » L’inscription d’Irène a été trouvée au cimetière de Saint- Calixte. Elle y a pour compagne l’inscription d’x\phrodise, ’AcppooiVid, composée de ce nom seul, sous lequel est gravé le T, mais avec la boucle du P annexée au flanc droit Ces deux lettres représentent sans doute le mot aTauPôa, croix, comme on les trouve dessinées avec le monogramme cruciforme, où le P domine le T au lieu d’être à l’ombre de ses bras, dans le mot ECTAYPi>0n, U a été crucifié [Apoc. XI, 8) de la Bible sinaïtique ^ On voit combien le T confine auX, qu’il faut certainement voir dans la partie inférieure, 4-, du monogramme cruciforme. L’inscription d’Aphrodise est du IIP siècle. Elle répond, dans le cimetière de Saint-Calixte, à l’inscription grecque du commencement de ce siècle : « Bufine, à toi la « paix du +, » c’est-à-dire du Christ ; et une certaine identité au moins du X ou + et du T se trahit ainsi de plus d’une manière pour nous.

Elle s’accuse de plus en plus, sur une gemme annulaire, par un monogramme constantinien dontle P, traversant verticalement leX, est en même temps un T L Un monogramme semblable est flanqué do PA ü ; et sa base, qui rappelle les bras de l’ancre a, à droite et à gauche, deux colombes qui s’y attachent, comme on voit aillenrsles poissons venir à l’ancre même. On lit au-dessous : SALVS L C’est le mot dit à la barre du sanhédrin de Jérusalem par S. Pierre, parlant du nom du Christ: Non estinalio aliqiio sains L On le lit ainsi : SALVS MVNfll sous un monogramme du Christ ayant la forme d’une croix latine f, voisine du tau, T, au-dessus duquel est inscrit : « ÎX0VC, « Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur®, » au foyer de la mosaïque de l’abside de Saint- Apollinaire-zn-C/asse, basiliqne construite de 343 à 349. Il est assez probable que ce signe f, cette sorte de tau doit se

' Roma soit., t. II, tav. XXXIX, 28. — BuUetmo, 1863, p. 82. — Ici pl. XI, 33.

Bulletino, 1868, p. 62.

3 M. Perret, t. IV, pl. XVI, 18.

‘ Aringhi, t. II, p. 705. — Ici pl. XI, 34.

" Act., IV, 12.

® Gori, Thés, vet. Diptych., t. III, p. 291 ; M. de Rossb Spicil. Solesm., t. III, p. 549.

LA CAPPELLA GRECA

lire X, c’est-à-dire « Christ, » puisque c’est ici la place du Christ, qui est montré par Moïse et Elie dans un vrai tableau de la Transfiguration

Sur l’épitaphe d’Alexandre, inhumé l’an 370, dans un des cimetières des voies Appienne et Ardéatine, le Tau, flanqué d’A et ü, a pour pendant le monogramme constantinien N’est-cc pas qu’il lui sert de répétition, de synonyme eC au besoin, de clef? Sur celle de Laurent, datée de l’an 509 et relevée du pavé de la basilique théodosienne de Saint-Paul-hors-les-Murs, le Tau allongé en croix latine a TA et l’iî suspendus à ses bras. Laurent est dit reposer « en paix, « IN pace L » N’est-ce pas dans la paix du Christ, dont ce Tau cruciforme représente le signe, c’est-à-dire le nom scellé à celui de l’Eternel ? Nous venons de voir, entre l’A et iî, le Tau identifié graphiquement avec la double initiale du nom du Christ. Comment douter, après tout cela, que le signe de la croix ne soit en même temps une variante du monogramme du Christ et une des formes de son signe?

Une lampe d’argile, trouvée dans le f)alais des Césars, au Palatin, et qu’on suppose apportée de l’Egypte ou des Lieux-Saints de la Palestine, offre le T pur reposant sur l’intersection des branches du X L C’est la croix du Christ sur son monogramme, comme une autre lampe, trouvée dans le palais, montre deux X sur les bras d’une croix latine Ce pourrait bien être aussi un monogramme sur un autre, comme il y a l’une sur l’autre les deux formes de la croix. La même figure a plusieurs faces, et le chi et le tau paraissent se jouer pour ainsi dire ensemble.

Nous voici sur la trace de renseignements bien autrement importants.

1 Ciampini, t. Il, tab. XXIV.

^ Boldetti, p. 80, 353; M. de Rossi, Inscript, christ., t. I, p. MO — Ici pl. XI, 35. — Boldetti, p. 352, parle trop expressément de la figure du T dans le groupe pour qu’il l’ait pu confondre avec un des monogrammes ordinaires. Il lui donne, d’ailleurs, des dimensions et une largeur de traits tout autres que celles du monogramme constantinien qui est à côté.

® Inscript, christ., t. I, p. 422. — Ici pl, XI, 36.

BuUetino, 1867, tav. III, 3, p. 14. — Ici pl. XI, 37.

^ BuUetino, 1867, p, 10. Il faut lire, sans doute ; Crux Christi.

L’épitaphe d’Agapis, avec ce nom seul pour légende, offre, à gauche, un grand T, accompagné au hord de la branche droite d’un 12, et, à droite, le monogramme constantinien, suivi en bas d’un A. Cet A est de dimension extraordinaire et, de l’autre côté du monogramme, fait pendant à Agapis h 11 semble bien que le graveur, en séparant cet A de l’12, en le plaçant ainsi et en lui donnant cette ampleur, a voulu attirer sur lui l’attention et lui attribuer quelque signincation spéciale. Je ne vois pas d’autre explication du fait et de tout l’ensemble de cette épitaphe, que la suivante fournie à point par l’Apocalypse. Le Fils de l’homme fait écrire à l’Ange, à l’évêque de Philadelphie : Celui qui sera victorieux , j e ferai de lui une colonne dans le temple de mon Dieu, et il ne sortira plus dehors ; et j’écrirai sur lui le nom de mon Dieu et le nom de la Cité de mon Dieu, la nouvelle Jérusalem, qui descend du ciel d'auprès de mon Dieu et mon nom mmveau ^ Le nom du Père du Fils de l’homme, c’est son monogramme A ü, sur la toml)e d’Agapis ; le nom nouveau du Fils de l’homme, c’est, en double, le tau rappelant le chi ou étant son équivalent et le chi uni au rho, deux formes du monogramme du Christ ; enfin, le nom do la Cité de Dieu, la nouvelle Jérusalem, ne serait-il pas désigné par ce grand A, qui fait pendant à Agapis? La sainte Cité est appelée dans l’Apocalypse la Dien-aimée, xrjv •/iYa7rr,[.i£vriV A C’est le nom de l’Epouse du Cantique des Cantiques, toujours appelée dans les Septante ’ A vaTT-/), Agapé, l’Amour; et c’est le nom d’Agapis notre défunte. Cet A intentionnel, qui fait pendant à celle-ci, ne répond à aucun autre mot possible de l’Ecriture qu'AYa’T'o. Sur la tombe d’Agapis nous trouvons donc, ce semble, trois monogrammes : A iî, celui du hère ; T ou X joint à P, celui du Fils ; A,

‘ M. de Rossi, De titulis carth.; Spicil. Solesm., t. IV, p. 527. — Nous reproduisons son dessin, pl. XII, 33. Le marbre qui était au Musée du Vatican est maintenant à celui du Latran. Il est photographié, tav XIV, 32, dans 11 Miiseo epigrafico cristiano PIO-LATERANENSE, Memoria del Comm. Gio.-Batt de Rossi, présidente délia pontificia Accadcmia di archeologia. — Estratto dol volume intitolato : Triplice omaggio alla Santità di Papa PIO IX nei suo Giubileo épiscopale offerto dalle tre romane Accademie, pontificia di Archeologia, insigne délie Belle Arti denominata di S. Luca, pontificia de’ Nuovi Lincei. Roma, 1877, fol., pp. 53, tav. XXIV.

■’ Apoc., III, 12.

» Apoc., XX, 8.

celui de la Jérusalem céleste, qui est en même temps celui de l’Esprit-Saint, l’Amour infini qui lui donne sa paix et son nom. L’épitaphe d’Agapis s’explique admirablement par l’Apocalypse et elle peut aider à comprendre un des passages les plus difficiles de ce livre mystérieux.

Les indications qu’elle nous fournit sont loin d’ètre isolées.

L’an 389, au cimetière de Cyriaque ou peut-être à celui de Saint- Sébastien, « sous les consuls Timasius et l’romotus, homme claris- « sime fut déposée en paix le XV des calendes de septembre Foret tissima, » dont le nom, celui de femme forte des Proverbes, rap-

pelle bien le mclorienx de LApocalypse. Un vase de sang accompagnait son corps. Voici son épitaphe, qui orne le frontispice de la custode des reliques de la basilique de Saint-Marc, au pied du Capitole ^ :

A monogramme constantinieii ü

monogramme DEl’. IN P. XV. KAL. SEP. monogramme

cruciforme EORTISSl.MA . COXS. cruciforme

TlMASlo. eT PROMoTo

(Colombe ayant aux [laltcs le rameau d’olivier)

Le nom de l’Eternel, LA et iî, est en tète de l’épitaphe, a la place du D M, Diis rrianibiis, du nom des « dieux mânes, » auxquels les païens consacraient leurs tombes. Au milieu est le nom du Christ, qui est dans la forme de Dieu, comme dit S. Paul U étant le Fils éternel comme le Père. Ce nom, qui est là avec le monogramme constantinien, est aux côtés de l’épitaphe avec le monogramme cruciforme. Le grand I et les deux grands! de la quatrième ligne ontils été gravés ainsi pour rappeler le nom de Jésus et sa croix ? Je ne l’affirmerais pas ; mais ils pouvaient bien les rappeler. Quant au nom de la Jérusalem céleste, la Cité de la paix, dite aussi dans l’Ecriture Salem, la paix, il se trouve dans \'m pace de l’épitaphe et dans le rameau d’olivier apporté par la colombe, la paix apportée

‘ De famille sénatoriale.

^ Inscriptiones christianœ, t. I, p. 166.

® Philip,, II, 6.

LA CAPPELLA GRECA

par le Christ, qui complète le monument. Sur le marbre de Fortissima, stèle — c’est le nom grec de la colonne *, — stèle glorieuse dans le temple de Dieu, apparaissent gravés le nom de Dieu, le nom nouveau du Verbe, le nom de la nouvelleJérusalem. « Jérusalem,» n’est-ce pas ainsi qu’est appelé sur un graphite le cimetière de Saint-Calixte •? De Fortissima donc on peut dire, d’après son épitaphe, ce que le Psalmiste a dit de Dieu qui venge ses saints : « Et factiis est in DACE7oci« ejus, son lieu a été fixé dans la paix. » L’hébreu porte dans Salem, c’est-à-dire dans Jérusalem L

Une médaille de dévotion, delà première moitié environ du cinquième siècle ^ nous présente, en troisième lieu, d’un côté le riche tombeau de saint Laurent où une femme, un flambeau à la main, va faire un vœu, de l’autre, le fameux supplice du martyr. Le juge siège, le sceptre à la main, ayant son assesseur sur l’escabeau du tribunal. Devant lui est le martyr, étendu sur le gril, nu, la partie antérieure du corps du coté des flammes, les pieds tenus par le bourreau. Il expire enjoignant les mains. Son àme, sous la figure d’une jeune fille, l’£'/)o;/5e de l’Apocalypse plutôt que la Psyché, Vàme des anciens, car elle n'a pas les ailes de Psyché, monte au ciel, étendant les mains en Orante. L’A et l'ii sont un peu au-dessus d«'s deux mains ; le monogramme cruciforme du Christ est au-dessus et en avant du front du martyr; une couronne descend du ciel, apportée par la main divine, sur la tète de Pâme triomphante L Si l’A 12 se rapporte au Père, le monogramme au Christ, la couronne rappelle aussi Jérusalem, à qui le Prophète chante : Tu seras une couronne de beauté dans la main du Seirpieur et un diadème de royauté dans la main de ton Dieu ® : Jérusalem descendant du ciel d’auprès de Dieu ' , Jérusalem où l'Esprit-Sainl épanche cette vie infinie, dont

‘ Apoc„ III, p:

- Roma sott., t. Il, tav. XXX.

» Ps. LXXV, 3.

‘ Bullelino, 1869, pl. III. 8. — Ici pl. XI, 39.

® J’ai vu ainsi, en 1876, sur le marbre d’un loculus, dans la partie du cimetière d’Ostrien qui est sous la basilique de Sainte-Agnès, une Orante, dessinée à l’état glorieux, sans vêtement, ayant le monogramme constantinien du Christ sur la tête, et au-dessus des mains, ici A, là ii. Le marbre venait d’être découvert.

« Is., LXII, 3. Sept.

■ Apec., XXI, 2.

LA CAPPELLA GRECA

le Christ a dit au victorieux par la foi : Je te donnerai la couronne de vie Laurent reçoit cette couronne, tissée de laurier, sans doute, comme son nom ; et la femme Successa vient hii demander de la faire participer à sa vie. La légende des deux cotés de la médaille porte : « SYCCESSA VIYAS : Successa, vis » — « vis au nom de « Laurent, » selon la formule plus explicite qu’on rencontre ailleurs, et vis comme Laurent de la vie de Dieu, de la vie du Christ, de la vie de la Jérusalem céleste.

Un quatrième monument va nous donner une explication plus claire encore et complète, nous osons l'espérer, du texte difficile de l’Apocalypse sur lequel nous cherchons à concentrer de divers points une lumière nouvelle.

A Boville, l’héritière d’Albc, on se terminaient, à quatre lieues de Rome, les deux files des splendides tombeaux de la voie Appienne, on vient de découvrir deux chapiteaux des quatre colonnes qui, au siècle de Constantin, supportaient le ciborium de l’autel de la basilique. L’un et l’autre, au devant et dans toute la hauteur de la corbeille du chapiteau, formée de feuilles de palmier, offre le monogramme constantinien du Christ flanqué de UA et 12 U Yoilà bien, dans le temple de Dieu et debout devant le trône et en présence de l’Agyieau les colonnes resplendissantes qui sont les images des saints, les voilà portant inscrites sur elles le nom de l’Eternel et celui du Christ. Mais où est le nom de la Cité de Dieu, de la nouvelle Jérusalem, lvaivv)T 'I.'po’jffaXr'a ? Serai-je téméraire de le voir en double avec le K et le 1, dans la ligne centrale et les deux branches ouvertes sur le côtés du ? S. Paulin, qui reconnaît une à une toutes les lettres du nom du Christ dans le monogramme, n'hésiterait guères, ce me semble. Je regrette assurément de ne pas trouver un seul texte des anciens à l’appui d’une interprétation si naturelle. Mais, quand je vois, à l’entrée de la chambre des Papes, au cimetière de Saint-Calixte, un pèlerin écrire : « lerusale civitas et orna- « mentvm martyre dm, Jérusalem, la cité et l’ornement des martjTs

‘ Apoc., II, 10.

- Bulletino, 1873, tav. YIII, 1,2. — Ici pl. XI, 40.

® Apoc., Yll, 9.

‘ Le K apparaît uni au P, au-dessous de la boucle, sur une pierre cémétériale de Saint-Calixte. Romasott., t. II, tav. XXXIX, 17.

LA CAPPELLA GRECA

« (lu Seigneur » j’ai peine à croire cjue les anciens, avec leur subtilité pieuse et infinie, n’aient pas remarcjué l’I et le K, les initiales en grec de la Jérusalem nouvelle dans le monogramme constantinien (pi’ils n’ont cessé de transcrire et de varier. L’observation était plus facile encore avec la formule plus ancienne de ce monogramme, offrant an centre l’I an lieu du P et signifiant Jésus-Christ au lieu de Christ. Les initiales do la Jérusalem nouvelle comme colles de Jésus-Christ y sont exactement. Et qui sait si, au cimetière de Sainte-Agnès, le marbre de Calinice, la Victorieuse, dont le nom grec écrit en lettres latines commence, au lieu d’un G latin, par un K grec où l’on peut facilement distinguer l’I et le K,

i^ALlNlCE,

ne nous offre pas précisément ces initiales de la Jérusalem nouvelle dont le nom doit décorer la stèle du victorieux " ? En joignant donc au monogramme x nous trouvons à côté de la cappella

fjreca., au lendemain de rApocalypso, nous avons, en dessin précis, son fameux texte sur les trois noms gravé sur la stèle ou colonne du temple de Dieu, dont les deux colonnes d’autel de Boville viennent do nous fournir, au siècle de Constantin, deux inappréciables exemplaires.

Il serait bien étonnant, d’ailleurs, qu’un texte de cette importance et cpii semlilc inspiré de Dieu exprès pour inspirer les sculpteurs des tombes chrétiennes n'y ait pas laissé ses traces. On ira, ou je me trompe, eu les retrouvant de plus en plus.

Cette explication d’un texte difficile de l’Apocalypse nous conduit à celle d'un texte précédent, et à une petite excursion non moins intéi'essante (ju'utile à notre sujet. Le Christ dit du Odèle victorieux du démon et du mondeC : Je lui donnerai de la manne cachée et je lui donnerai un jeton blanc et sur ce jeton unnom nouveau écrit (pie personne ne connaît que celui qui le reçoit L Quel est ce jeton ? quelle est cette manne?

1 Roma soit., t. II, tav. XXX.

^ Aringhi, t. Il, p. 177.

=> I Joaii., II. 13, 14; V, 4, 5.

* Apoc., II, 17.

LA CAPPELLA GRECA

S. Zénon^ évêque do Véi’one dans la seconde moUié du IV“ siècle, nous parle d’un denier, umts denarius, d’un denier d’or, denarium mireiim, d’une solde, unwn stipendium , donné au néophyte après son baptême C’est, d’après lui, l’image du talent, imurn talentwn ou de la mine, tnna tua, que reçoit au moins tout serviteur du Père de famille dans l'Évangile, et qu’il doit soigneusement et laborieusement faire valoir ^ Â Rome on donnait dix siliques, decem silicas petite monnaie, rappelant les dix as que vaut le denier. « La con- « frontatioii des passages de S. Zénon avec les Ordres liturgiques « romains, démontre évidemment, dit M. de Rossi, que parmi les « anciens rites du Baptême^ il y avait aussi celui de donner aux « néophytes quelque monnaie 'h » Mais sur le denier d’or dont parle S. Zénon il y avait une marque : denarium aureurn..^ signatum, dit-il.

Cette marque rappelait celle du denier romain dont on prononce ici le nom. Or la marque du denier romain est X à l’origine % dès le second ou le troisième siècle" et sur les monnaies de Dioclétien b Le X indique le nombre dix ; et le 1 transversal paraît indiquer l’imité qui est la livre. Le denier qui originairement et primitivement était d’argent valait en effet dix as ou unités (â; pour eb-, aïç, dans la langue des Tarentins), c’est-à-dire dix livres de cuivre, cette livre étant l’imité de poids à l’origine. Mais c’est là le monogramme de Christ, X, et, avec une seule variante de position celui de Jésus-Christ, Les chrétiens savaient bien l’y voir, il n’y a pas à en douter. Le cimetière de Saint-Calixte vient d’en fournir la preuve à M. de Rossi. Parlant d’une région récemment explorée, il écrit;

« Les loculi des parois sont presque tous intacts et garnis d’épitaphes tracées sur la chaux, parmi lesquelles j’observe une rare variante, plusieurs fois l épétée, du

' Lib. I, tract. XIV ; lib. II, tract. XXXV, XLII.

2 Matth., XXV, 15. 24, Luc., XIX, 16. - S. Zeno, lib. I, tract. XIV.

® Martène, De ant. eccl. ritihua, lib. I, cap. I, art. 18, Ordo VI, VIII,

'* Bulletino, 1869, p. 57.

® Rich, Denarius.

" Epigraphe de Théodore qui assure « -X- AEKA, dix deniers » au fossoyeur pour l’entretien annuel de sa tombe. Roma soit., t. III, p. 432.

Roma soit., t. III, p. 93 — Bulletino, 1875, p. 78.

monogramme du Christ, dessiné dans la forme de la note romaine du denier. L’écrivain même d’une de ces épitaphes a apposé à eette note l’explication qui en certifie la signification chrétienne. 11 agiavé ; TE IN -X- CIIRISTV.M

On retrouvera deux fois ce signe du denier romain, aux côtés de la croix latine, portant TA 12, sur la tombe de Gundiisclus inhumé au YO siècle à Keval-Tourdan, près Vienne dans les Gaules, le signe, X lui servant de variante sur une inscription d’Aiise de l’an 498 ^

Le signe qu’on rencontre plusieurs fois sur les tombes, y compris celle d’Aquilinus, nous rappelant Aquila et Prisca et la cappella (jreca ^

(inscrit dans un cercle) «yVlLINI

-X- (inscrit dans un cercle),

avec cette variante parfois juxtaposée

-j- (inscrit dans un cercle),

et celle du monogramme constantinien ou cruciforme, inscrit seul ou avec A li, dans un cercle ou une couronne ^ ce signe est est donc un denier marqué Jésus-Christ ou Christ. Et n’est-ce pas le nom nouveau du Verbe de Dieu, du Fils de Dieu, le nom nouveau écrit que personnelle connaît que celui qui le reçoit? Dans le denier baptismal remis au néophyte comme son diplôme de christianisme, sa médaille ou tessère de frère dans le ChrisL un païen ne devait voir que la marque du denier vulgaire, dix as. Le chrétien seul savait lire Jésus-Christ ou Christ ; et il se plaisait même parfois à reconnaître ces noms chéris dans la marque spéciale du denier public où.

' Sois ou tu es dans le Christ. Ibid. — Voir Roma soit , t. III, p, 92.

^ Inscript, ckrét., pl. 62, 373 ; pl. 3, 9.

3 M. Perret, t. V, pl. XLVII ; Boldetti, p. 374, 375 ; Marangoni, Acta S. Victor., p. 131; Roma soit., t. III, p. 11, 188. L’épitaphe d’Aquilinus est dans \a Roma soit., p. 188 C’est un denier aussi qui paraît attaché à la lampe de Januaria, la vierge sage de l’Évangile, sur le marbre de son loculus, au cimetière de Saint-Calixte, dans un appendice à l’aire première, remontant à la fm du second siècle. Rom. solterr., t. III, tav. XXVIII, 22. Nous décrirons plus loin cet impoi’tant monument.

* Boldetti, p. 375; Marangoni, p. 131.

^ Roma sott., tav. XXIV, 7; XXVI, 39 ; XXVIII, 35, 36 ; XXX, 35, 42.

LA CAPPELLA GRECA

à coté de l’image de l’empire ou de l’empereur romain, surgissait pour lui celle de l’Empereur éternel. « Ce n’est pas étonnant, dit « M. de Rossi, parlant de la seconde marque du denier, que les fidèles « habitués à cacher le signum du nom du Christ, sous le chiffre « qui, à la fin du troisième siècle et au commencement du qua- « trième, courait dans toutes les mains comme signe du denier, « aient parfois employé à cet usage le sigle épigraphique solennel « du denier lui-même

Ainsi paraît s’expliquer sans effort le passage on S. Zénon parle de l’empreinte du denier d’or donné aux néophytes, passage qui a fait le désespoir des commentateurs. S. Zénon appelle ce denier « denarium mreum tri'plicis numismath unione signatum, un denier « d’or marqué de l’union d’une triple empreinte. » Nous venons de voir les trois barres croisées sur le denier sacré. Elles n’ont pas d’ailleurs un seul sens, elles en ont trois. En exprimant le nom du Christ, elles dessinent sa croix et elles figurent la Trinité. C’est ce que nous apprendra S. Paulin. Il nous a signalé dans le chi traversé verticalement du Mo une des deux formes de la croix : il appellera notre attention sur ces trois verges unies ensemble en un seul caractère, una tribus firmatur littera virgis, et dira que cette marque « unique avec trois verges est faite pour signifier que le Seigneur « est en même temps trois fois un, ut tr'ibus una. — Significet virgis ^ Dominum simul esse 1er unum ^ » N’est-ce pas là cette « union « d’une triple empreinte » que nous trouvons sur le denier d’or de S. Zénon et en mêfiie temps sur le denier scellant diverses tombes chrétiennes ?

Je n’ai point à rechercher si à Vérone, au quatrième siècle, ce denier d’or était d’or matériel, ou appelé d’or à cause de ses significations sublimes. Une petite médaille d’or donnée en étrenne baptismale au néophyte par son parrain, comme un anneau d’or est donné aujourd’hui par l’époux même pauvre à son épouse, n’a rien d’invraisemblable. Mais si l’or terrestre faisait défaut au denier, il portait, avec son empreinte, l’or même de l’essence divine.

Ce denier que recevait ce néophyte au sortir du Baptême ou

' Roma soit., t. III, p. 93.

2 Poema XIX, v. 627-9.

LA CAPPELLA GRECA

plutôt de l’Eucliaristie qui suivait la Confirmation, complément du Baptême, ce denier frappé du signe du Christ était-il sans rapport avec le Christ en ce sacrement qui est lui-même, c’est-à-dire l’Eucharistie ? Avec le denier de son initiation le fidèle emportait le pain eucharistique à sa maison. N’était-ce pas un disque sacré accompagné d’un disque plus sacré encore? Ernulphe, évêque de Rochester en 11:24, nous dit que le pain eucharistique était donné alors aux üdèles comme il l’est aujourd’hui « en forme de monnaie, in (I formam nummi » Ilonorius, prêtre d’Autun, mort vers 1145, dit qu’il représentait une sorte de denier, in modum denarii Les pains des anciens apparaissant toujours ronds, le pain azyme, par lequel a commencé et a dû se continuer régulièrement la consécration de l’Euchai istie étant mince, ce pain sacré devant être emporté à la maison dans de petits colfrets de nature à y entrer et à y rester inaperçus, il est évident que dès les premiers siècles de l'Eglise, il a dû ressembler aune monnaie ou à un denier de plus ou moins large dimension. Comme les pains ronds étaient toujours marqués d’un certain nombre de rayons partant du centre, le pain eucharisti(|uo a dû l'être aussi ; et ces rayons au nombre de quatre ou de six ont du former le monogramme Christ ou Jésus-Christ. En effet nous avons trouvé les cinq pains multipliés au désert, image certaine du pain eucharistique, dessinés comme des deniers cruciformes avec le sens de Christ^ ; et ces mêmes pains, accompagnés des deux poissons qui précisent encore davantage le symbolisme, ressemblent ailleurs à de vrais deniers romains dont le X et le I se lisent Jésus-Christ ‘ Ilonorius d'Autun nous prouve qu’au douzième siècle encore la tradition sur ce denier mystique n’était point effacée, et il nous en donne une pleine révélation. 11 dit de la forme du pain eucharistique. De forma panis :

a Le pain reçoit la forme d’un denier, panis... in modum denarii fot'matur, car le pain de vie, le Christ, a été livré pour un certain nombre de deniers, lui, le vrai denier qui seradonnéen récompense aux ouvriers de la vigne. L’image du Seigneur

' D’Acberjq Spicileglum, t. 111, p. 471.

* Pafrol. lat., t. CLXXII, col. 555.

* Marangoni, Acta S. Vict., p. 87. — Ici pi. XI, 22.

* M. Perret, t. V, pl. XLXII, 18.

LA CAPPELLA GRECA

cstexprimée avec îles lettres sur ce pain, |)arceque sur le denier on grave l’image et le nom de l’emperem', et que par ce pain l’image de Dieu est réparée en nous et notre nom inscrit dans le livre de vie »

11 nous monli’C lo j)aiii oudnirisUquo marqué do la croix laliiic flanquée do l’A il, dérivation certaine du monogramme constantinien, du ^ et du qu’on trouve pareillement accompagm s. En terminant un chapitre par ces paroles : « Uien ne se fait dans « ce sacrement sans quelque catise de signiflcalion rationci nclle, » il intitule le suivant : « Do VA/pha et Oméga et de sa « croix, De A et il et illius cruce. A il ; et il montre soit dans l’A. ouvert en bas, couvert en haut, soit dans il présentant sur laie ligne terrestre un cercle céleste, riiumanité et la divinité du Christ, ajoutant : « Le faite de cette lettre (A il), est réuni en forme de « croix A 111 : c’est la sainte Croix par laquelle les choses humaines « sont jointes aux choses divines ^ »

11 me semble que dès le second siècle, S. Irénéc préludait à Lyon à cette théologie exposée à Autun par llonorius. Je lis dans Maldonat expliquant la parabole du denier donné aux ouvriers delà vigne pour prix de cette journée qui représente notre vio temporelle ; (I On se demande pourquoi le Christ a comparé la vie éternelle à un « denier plutôt qu’à une autre sorte de monnaie. S. Irénée répond « (1. 4. cap. 70) : c’est parce que lo denier portait l'image du roi et « que ceux qui seront sauvés deviendront conformes à l’image du U Fils de Dieu L » S. Ambroise comprenait de même le denier mystique, puisqu’il disait en parlant des deux deniers donnés pour le blessé, figure de l’humanité, parle bon Samaritain, figure du Christ : « Quels sont ces deux deniers, si ce n’est les deux Testa- « ments qui portent sur eux l’image empreinte du Roi éternel dont (( le prix du sang a guéri nos plaies *? » S. Augustin ne l’entendait pas autrement. « Ce denier, dit-il du denier des ouvriers de la « vigne..., c’est la vie éternelle elle-même, c’est le Royaume lui- (( même des deux... Comme la vie éternelle elle-même sera donnée

' Gemma animæ, 1. 1, cap. XXXV. Pâte, lut,, t. CLXXII, col. 555. ^ Ibid., 1. I, cap. C, CI, col. 576.

^ In Mallh., XX.

'' In Luc., X, 35.

LA CAPPELLA GRECA

« pareillement à tous les saints/un denier égal est attribué à tous les « ouvriers » Est-il nécessaire d’ajouter que le denier, étant pour S. IrénéO;, S. Ambroise, S. Augustin rimage de la vie éternelle dans le monde futur, il l’était nécessairement de l’Eucharistie qui est cette vie dans le monde présent et qui sera précisément le festin de la vie béatifique ?

L’Eucharistie est le type des chrétiens en même temps que leur vie. Ile là un point de vue nouveau pour le denier mystique et de nouvelles clartés aussi pour le signe du Christ.

Comparant et identifiant en quelque sorte les fidèles à l’Eucharistie dont ils se nourrissenC S. Paul écrivait aux Corinthiens : Vous êtes des pains azymes^ car notre Pâque, le Christ, a été immolé. . . Célébrons donc la fête avec les pains azymes de la sincérité et de la vérité S. Zénon développait le jour de Pâques, cette pensée de l’Apotre aux néophytes, dont les habits blancs rappelaient nonseulement la blancheur des brebis sorties du lavoir, mais encore celles des pains sacrés de l’autel. Marqués du signe du Christ, il les comparait à des pains portant comme des deniers le chiffre de leur juste poids, de leur divine valeur. 11 leur adressait cette courte, cette profonde, cette ravissante homélie :

« Tressaillons,frères,dans le Christ,et enrichis du produit d’une si grande récolte, rendons louanges et grâces à Dieu le Père tout-puissant qui a changé les iviaies, le lolium, les bardanes, les tribules en joyeux froments, lesquels purgés par un soin diligent, heureusement broyés sous le poids pieux de la pierre meulière, criblés selon l’ordre, séparés de tout son, ont brillé en blanche farine d’une merveilleuse splendeur. Elle n’a été adultérée par aucun levain, mais diligemment arrosée et pétrie. Elle a reçu le sel, elle a été rendue lirse par l’huile qui donne la lumière, elle a été convenablement disposée par des services compétents, elle est devenue des pains azymes. Ceux que vous voyez, à la suite d’une cuisson excellente, respirent une suave odeur ; ils n’ont pas été cuits au four, mais à la fontaine, non au feu humain, mais au feu divin ; l’air ne les a pas corrompus, aucune fumée amère ne les a infectés, le froid ne les a pas crevassés ; de plus, ils sont levés sans levain. Certes, ce ne sont pas des pains de vile qualité, ni vieux, ni crus, ni moisis. Ils ont la couleur du lait, ils ont la saveur du lait.

Mais peut-être, de ce que quelques-uns semblent petits de forme pensera-t-on

‘ De sancta virginitate, 26.

2 I Cor., V, 7, 8.

® Adolescents, enfants, gens de basse condition ou censés ignorants..

LA CAPPELLA GRECA

mal du boulanger. Peu m’importe, frères ; car, bien que pauvre, je protège mon front et je connais ma foi. Si les ouvriers qui sont avec moi savent quelque chose, qu’ils le disent! Je me réjouis de ce gain, mais sans avoir conscience d’aucune supercherie, je le déclare en vérité. Enfin vous aussi vous avez avec vous le poids antique, vous avez la balance : faites la vérification, comme vous voudrez ; pesezlesl’un après l’auti'e : vous n’en trouverez pas un qui n’ait le poids. Ils sont tous du peids de trois livres, marqués de la livre unique de la monnaie sacrée, Trij) >n- (les sunt omnes, numismatis sacri una libra signât i '.

S. Zenon ditailleurs des Juifs et des Gentils qu’ils forment par le Baptême un seul peuple, étant marqués du signe unique du Christ, in unum populum Christi uno signo signati C’est ce signe qui est (( la livre unique » , c’est-à-dire la marque unique du poids d’un chrétien. Or cette « livre unique » indique le poids « de trois « livres, » et c’est le signe de la Trinité en même temps que celui du Christ. Où trouver tout cela ensemble ailleurs que dans le monogramme à « trois verges, » où S. Paulin nous le montrera en effet, dans le denier rond marqué du dont la forme et l’empreinte sont celles du pain eucharistique ?

S. Augustin expliquait à son peuple, à Hippone, le denier mystique, comme S. Zenon à Vérone, sans aller, il est vrai, jusqu’à signaler la Trinité dans les linéaments du nom du Christ, mais en insistant sur l’identification du Christ et du chrétien dont le signe du Christ, tracé sur notre front, et le corps du Christ, reçu et, si j’ose dire, absorbé dans notre poitrine, sont la cause efficace.

« L’homme, dit ce Père, est la monnaie du Christ. Là est l’image du Christ, là est le nom du Christ, les fondions du Christ et les offices du Christ. Moneta Christi homo wt. Ibi imago Christi, ibi nomeii Christi, miinus Christi et officia Christi *... Nous sommes la monnaie de Pieu, nous avons erré hors de son trésor. L’erreur a effacé les caractères imprimés en nous : il est venu nous réformer celui qui nous avait formés. Il cherche lui-même sa pièce de monnaie comme César la sienne ; c’est pourquoi il dit : Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu : à César les deniers, à Dieu vous-mêmes, Cæsari nummos, Deo vos ipsos

Revenons au texte de l’Apocalypse.

‘ L. II, tract. XLIV.

Page 1