‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella GrecaChapitre 51 sur 129 · L. II, tract. XLIII · texte numérisé non relu

L. II, tract. XLIII

2 Sermo XC, 10.

* In Joan., tract. XL, 9.

Le denier baptismal, l’Eucharistie ayant la forme de ce denier, run et l’autre, marqué du signe du Christ, étant l’image et le salaire du chrétien, n’est-ce pas là la manne cachée et \e jeton hlanc que le Christ promet au victorieux ? La manne cachée^ qui est le pain eucharistique, parait être distincte du jeton hlanc portant le nom nouveau du Verbe. Ce jeton blanc, répondant si bien au denier fait régulièrement d’argent ou à tel disque d’ivoire, d’os ou d’une matière blanche quelconque qui en était l’équivalent, semble être en vérité la tessère baptismale. Le néophyte la rapportait de l’église avec l’Eucharistie. Il se pourrait cependant que le jeton blanc ne lut autre chose que la manne cachée désignée une seconde fois par sa rondeur, sa blancheur et son signe du Christ, cette figure de rhétorique appelée « h oià ôuoiv une chose dite par deux, » étant très-ordinaire dans le style hébraïque qui est celui de l’Apocalypse. Toujours est-il que l’Apocalypse même nous fait entrevoir, si elle ne nous l’accuse, la distinction du pain eucharistique et de la tessère baptismale et qu’elle nous indique en même temps avec leur relation intime, leur intéressante ressemblance plus ou moins révélée par les monuments.

N’achevons pas cette excursion sans montrer combien les textes de l’Apocalypse parallèles aux deux que nous venons de commenter, s’éclairent de cette lumière tirée du signe du Christ.

Le Christ, parlant à saint Jean promet au victorieux sept récompenses que voici rapprochées l’une de l’autre :

« A l’Ange de l’Église d’Eplièse écris : ... Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Eglises ! Au victorieux je donnerai de manger de l’arbre de vie qui est dans le Paradis de mon Dieu.

Et à l’Ange de l’Église de Smyrne, écris : ... Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie. Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Eglises !

Et à l’Ange de l’Eglise de Pergame, écris : ... Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises ! Au victorieux je donnerai de la manne cachée et je lui donnerai un jeton blanc et sur le jeton un nom nouveau écrit que personne ne connaît que celui qui le reçoit.

Et à l’Ange de l’Église de Thyatire, écris ; ... Voici ce que dit le Fils de Dieu... : Celui qui sera victorieux et qui gardera jusqu’à la fin mes œuvres, je lui donnerai pouvoir sur les nations, et il les paitra avec une verge de fer et elles seront brisées comme des vases d’argile, ainsi que j’cn ai reçu le pouvoir de mon Père, et je lui donnerai l’étoile du matin. Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Eglises !

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Et à l’Ange de l’Eglise de Sardes, écris : ... Le victorieux sera ainsi {(juc moi) revêtu de vêtements blancs et je n’effacerai point son nom du livre de vie, et je confesserai son nom devant mon Père et devant ses Anges. Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Eglises !

Et à l’Ange de l’Eglise de Philadelphie, écris : ... l.e victorieux, je ferai de lui une colonne datis le temple de mon Dieu, et il ne sortira plus dehors, et j’écrirai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom do la cité de mon Dieu, la nouvelle .férusalem qui descend du ciel d’auprès de mon Dieu, et mon nom nouveau. Que celui quia des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Eglises ’

Et à l’Ange de l’Eglise de Laodicée, écris ; ... Le victorieux, je lui donnerai de s’asseoir avec moi dans mon tréne, de même que j’ai vaincu moi aussi et que je me suis assis avec mon Père dans son trône. Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Eglises ' ! b

Fruit de l'Arbre dévie, couronne de vie, manne cachée et jeton blanc, étoile du matin, vêtements blancs, nom de Dieu, nom delà nouvelle Jérusalem, nom nouveau du Yerhe de Dieu, Jésus-Christ, droit de s’asseoir dans le trône du Christ assis avec son Père, chacune de ces sept récompenses solennelles est signifiée à part et on lui trouvera sa représentation propre sur les monuments chrétiens. 11 est bien remarquable, cependant, que ces sept récompenses apparaissent identifiées, ou en rapport symbolique plus ou moins immédiat, avec le denier eucharistique. Ne signalons pas ce qui est visible ou déjà signalé. Restent la couronne de vie, X étoile, les vêtements blancs, \o, nom deDieu,\o, trône. Ce nom de couronne de vie ne convient-il pas à l’Eucharistie avec la forme ronde du pain et le cercle naturel ou spécialement dessiné y enveloppant le signe du Christ appelé, nous l’avons vu, « Bita, la vie, » cercle qui sera une couronne sur le labarum de Constantin et tant de fois depuis? Dès le second siècle, près de la cappella (jreca, quatre fois la colombe apportant le rameau d’olivier, symbole du Christ, apparaît dans une couronne de laurier, aux coins d'une voûte, à la place ordinaire des Saisons, autour de l’image du Bon Pasteur rapportant sa brebis, entouré d’une même couronne h L’olivier de la paix tient lieu à lui seul des roses, des raisins, des épis, des branches de laurier ou

' Apoc., II, l - III, 22.

^ Aringhi, t. II, p. 293. — Ces quatre colombes, dans un cadre rappelant la couronne, se revoient autour du Bon Pasteur qui est dessiné ici pl. IX, 2, dans Aringhi, t. II, p. 303.

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d’olivier, symboles des quatre Saisons et de leur béatitude : celle de la paix équivaut à tout, et l’on voit bien qui la donne, h'étoile manquait-elle au pain eucharistique? 11 était marqué du monogramme ; et, + ou nous verrons par les monuments que ce monogramme était considéré comme l’étoile du Christ h La blancheur du pain eucharistique est d’après S. Zénon, celle des vêtements des néophytes, vêtus comme les victorieux, comme le Christ, parce que, ainsi que le Christ, ils ont vaincu le monde et le démon. Le nom de Dieu, l’A et li, se trouve dès le second siècle sur une tombe, et il sera au quatrième l’appendice ordinaire du monogramme du Christ: ne pouvait-il pas l’accompagner dès l’origine sur le pain eucharistique, comme S. Jean semble nous le montrer sur la colonne du temple? (Juant à la septième récompense, s'asseoir dans le trône du Christ, le trône du l'ère, nous ne sommes pas si loin qu’il semble de l’Eucharistie, h' Ayneau es,\. au milieu du dans l’Apocalypse ■ ; et deux monuments du quatrième siècle, une gemme et un sarcophage, nous montrent son nom inscrit dans une couronne reposant sur le trône divin, la gemme portant au-dessus : « 1XY0 (’lrjcoü;

« Yw; 0cc,î:), Jésus-Christ Fils de Dieu A » C’est le denier d’or, le pain de vie, le soleil éternel.

Mais c’est assez tenter d'illustrer les passages les plus mystérieux de l’Apocalypse par l’archéologie chrétienne, et de rechercher dans les sacrements et les saints rites, au temps même des Apôtres, les traces du signe du Christ. Reprenons le cours de notre sujet. Passons au troisième symbole chrétien en rapport avec ce signe. C’est l’ancre.

111. On la rencontre au cimetière de Priscille, dès le second siècle. Elle est sur la tombe d’Irène, EIPII... (eipviv/;, paix), droite, rappelant le tau, T, le chi +, et figurant notre croix ordinaire f, avec un support ornemental fermé par deux segments d’arc tournés en haut, qui sont les crochets de l’ancre '. Elle est couchée sous le nom grec d’Elpiz?/5« celle qui espère) écrit eu lettres la-

* Voir le chapitre suivant.

* Apec., Vil, 17.

3 Bulletino, 1872, tav. VI, IX. — Ici pl. XI, 74.

* Musée du Latran, XVIII, 14. — Ici pl. XI, 4L

LA CAPPELIA GREC'A

tincs L’épitaphe de sainte l’iiilomëiio présente deux fois l’ancre couchée : une fois elle est unie à un rameau d’olivier qui monte à gauche du mot Pax ^ « Dans la première dérivation des galeries du « cimetière, partant du noyau des hypogées primordiaux»... où l’on voit « des sépulcres et des épitaphes qui sont comme de la fa- « mille des plus anciennes et des centrales, » l’ancre apparaît entre deux poissons venant à elle, sous cette inscription dont la calligraphie, le laconisme, les noms grecs à l’accusatif « conviennent bien « au second siècle environ do l’épigraphie chrétienne : »

IIAKTOVMIAN IIAYAAN.

KAl <1>AAB1AN0X OAVMIIIOA.

« Pactumia Paula et Flavianus Olympius h » Toutes ces épitaphes sont du cimetière do Priscillo, et, leur antiquité le démontre, des alentours de la cappella greca. L’ancre est couchée sur le marbre qui fermait la tombe du « lecteur Favor, » au cimetière d’Ostrien dit do Sainte-Agnès, voisin de celui de Priscille; et l’inscription de Favor appartient à la famille la plus archaïque ou l’une des plus archaïques des catacombes F Au cimetière de Domitille, sur le titre très-ancien d’un hypogée ou sépulcre de famille, trouvé dans Fabside de la basilique souterraine de sainte Pétronille, la fille spirituelle de saint Pierre, titre que jM. de Rossi a été tenté de lire sepulCRVM FlavioRVM , l’ancre est debout, offrant une certaine figure àntau^ du chi et de la croix, et portée comme sur une base par les crochets de

' Musée du Latran, XVIII, lü. — Spicil. Soles}n., t. III, p. 563. — Ici pl. XI, L’ancre couchée suit encore l’épitaphe VEPiÜNlCI sur un marbre du même cimetière qu’on voit a ce Musée, ci Dans le Bulleiino de 1870, p. 56 et suiv., dit « M. de Rossi, j’ai formulé les observations faites principalement dans le cimetière « de Priscille, qui démontrent que dans la période la plus ancienne de l'épigraphie « chrétienne, l’ancre apparaît d’abord seule, puis devient compagne du poisson. » Biilletmo, 1875, p. 62.

^ M. Perret, t. V, pl. 42. L’original est avec le corps de la martyre à Noie. Le Musée du Latran en possède un fac-similé. — Nous reproduisons ici pl. XI, 43, la photographie de ce fac-similé, en remettant à sa place la troisième brique Ivmena, que le fossoyeur, par une erreur évidente, a mise la première quand il a fermé le loculus de Filvmena.

* Bullelino, 1870, p. 56, tav IV, 15. — Ici pl. XI, 4't.

'* Bullelino, 1871, p. 32.

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l’ancre étendus et tournés en bas \ C’est l’enseigne chrétienne de la famille. Un sarcophage qui « présente les caractères manifestes de (( la plus haute antiquité ■ »et qu’on date de Trajan ou des premiers Ântonins, le plus ancien sarcophage chrétien connu, celui de Livia Primitiva, qui, du cimetière du Vatican, a passé au musée du Louvre^ va nous montrer l’ancre, avec ses crochets eu haut qui rappellent les bras du tau, escortant à droite le Bon Pasteur ramenant ses brebis que le poisson escorte à gauclie U Couchée ou droite, l’ancre sera, au second et au troisième siècle, un des signes les plus fréquents de christianisme. Huelle est la signification précise de l’ancre?

On y a vu l’idée abstraite d’espérance, l’ancre accompagnant au cimetière de Priscille les noms de deux femmes Elpizusa et Spes, qui sont en grec et en latin celui de l’espérance, et ailleurs le nom pareil d’Elpidius ; et, d’autre part, Cancre cruciforme d’un marbre du cimetière de Prétextât offrant à l'extrémité d’une des branches de la croix la lettre E, qui est l’initiale, pense-t-on, d’ « éX-ïriç, espérance. » Cette épitaphe prouverait donc qu’il faut traduire, l’hiéroglyphe de l’ancre par «espérance, » et que celui du poisson devant SC traduire « Jésus-Christ Fils de Dieu-Sauveur », l’ancre accompagnant le poisson est un hiéroglyphe double qui doit se lire : « Espérance dans le Christ, dans le Christ Dieu, Spes in Christo, spes « in Deo, spes in Deo Christo », comme on lit sur tant de monuments U

Cette théorie prend, avec raison, pour point de départ, ce texte de S. Paul : Nous, dont la ressource est de nous attacher à V espérance proposée, que nous avons comme une ancre de f âme sûre et ferme. Mais elle ne prend pas garde h cette suite immédiate du texte : et pénétrant jusqu’au dedans du voile où Jésus, précurseur, est entré pour 7ious , ayant été fait pontife pour l’éternité *, et aux

‘ nullctino, 1874, tav. I. — Ici pl. XII, 8.

- Bulletino, 1870, p. 59.

® JI. de Rossi a donné un dessin très-exact de la partie centrale de ce précieux sarcophage [Bullelino, 1870, tav. Y) que nous reproduisons, pl. XII, 39. Bosio a publié le premier le dessin du sarcophage entier. Aringhi, t. I, p. 321.

‘ M. de Rossi, De christ ianis monumentis IX0YN exhibentibus. Spicileg. Solesm., t. III, p. 562-3.

* Hebr., VI, 18-20.

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textes précédents : Ayant donc im grand Pontife gni a pénétré dans: les deux, Jésus Fils de Dieu, retenons fermement la confession de foi que nous avons faite... Le Christ ne s’est pas glorifié luimème pour devenir pontife : il l'a été par celui qui lui a dit : Tu es prêtre pour l'éternité, selon l'ordre de Melchisedech En nn mot rancre, ce n’est pas l’espérance abstraite, c’est Jésus, c’est le Christ, c’est l’éternel Pontife, attachant notre Ame au fond descieux où il apénétrépour nous, comme l’ancreattache le navire aufond desmers. C' est pour l'espérance d'Israël que je suis enveloppé de cette chaîne, dit aux juifs de Rome ■ S. l‘aul, parlant du Christ, puisqu’il va s’intituler dans ses Epitres écrites de Rome : L’enchaîné du Christ, l'enchaîné du Christ Jésus, l'enchaîné de Jésus-Christ^ . Et écrivant aux Colossicns de demeurer fondés et stables dans la foi et immobiles dans l'espérance de l'Evangile, ne leur dit-il pas au sujet du mystère de cet Evangile, qui est la nonnc-Nouvelle : C’est le Christ en vous, l'espérance de gloire : Sacramenti... quod est Christus vi vobis, spes gloriæ L’ancre, c’est doncle Christ; et, si c’est le signe de l’espérance, c’est le signe de l’espérance dans le Christ.

Les textes littéraires confirment cette indication, llécube, dans Euripide, s’écrie en parlant de Polydore : « (J Dieux du pays, sauvez « mon enfant qui, étant seul l’ancre de nos maisons, habite la Thrace « neigeuse, sous la garde d’un hôte son compatriote ^ ! » Dans Euripide encore, quelqu’un dit : « Elle est pour moi la nourriture, une « mère, une sœur, une esclave, une ancre, un toit ®. » lléliodore, écrivain du IV“ siècle, né à Emèse en Phénicie, fait dire pareillement à Tlîéagène : « Cliariclée était pour moi la vie... ma seule consolation

‘ Hebr., IV, 14; V, 5, 6.

2 Act., XXII, 20.

® Ephes., III, 1 ; Phileiii., I, 9.

* Colos., I, 23, 27.

’Q )^0ovtoi 0£oi, cKocaTE ftatS ' lp.ôv, oç [xovo; otxiov ' àgôlv

tV ^(^iovwSt] 0piixï;v xaTsyet ^sivou TTCtTpiou çpuXaxataTv.

Exaêv), V. 79-83.

ïl'Se uoi TpO(pà;, My)tYip àSsXcpï], Spwï; ayxupa, CTÉyy).

Fr. inc. 185 (ap. Vulck. Diatr. p. 274).

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(( et, poui' ainsi dire mon ancre « A. son tour S. Jean Chrysostome dira, mais religieusement et sagement: « Comme est voué à Fexé- (( cration celui qui espère en riiomme, ainsi est bienheureux celui « qui espère en Dieu. Ne vous attachant donc à aucune des choses « d’ici-bas, tenez cette ancre, hanc tene anchoram » C’est ainsi que le Christ était l’ancre des fidèles, \ ancre de l'âme, selon le mot do S. Paul. S. Ignace d’Antioche écrivait en conséquence aux Tralhens : « Jésus-Christ notre espérance, en qui il faut que nous « soyons trouvés passant notre vie, ’lr,aou XpiuToù, rîjc; IXutSo; rip.Sv, Iv « (;) oiâYop'f? £&pe6r|Go'u.£0a ^ » et il finissait son épitre aux Ephésiens par ce souhait : « Fortifiez-vous en Dieu le Père et en Jésus-Christ « notre commune espérance, xîj xoiv^ IXtu'îi -/jutov »

Les monuments tranchent péremptoirement la question. Une gemme, où la colombe perchée sur la branche d’une ancre cruciforme est appelée « IHCOV(C), Jésus», présente l’ancre cruciforme escortée à droite et à gauche de ces lettres JHCOVC ; et au bas, à la place des crochets de l’ancre, on trouve étendu un poisson dont on sait la signification : « Jésus-Christ^ Fils de Dieu, Sauveur L » Une opale taillée sur les deux faces offre pareillement, d’un côté, l’ancre cruciforme, de l’autre ces lettres disposées verticalement à l’opposé de la tige de l’ancre <d \0VC, poisson ®, » avec le même sens évident. L’ancre c’est Jésus, c’est le Christ, c’est le Fils de Dieu Sauveur, pénétrant avant nous dans lociel et nous faisant un port de cet océan bienheureux. Une ancre couchée a au-dessus ces deux lettres lE, initiales de Jésus, au-dessous ces deux autres X0, signifiant « le (( Christ Dieu U» C’est la même interprétation parfaitement explicite de l’ancre. Enfin deux gemmes présentent, l’une un poisson collé à la hampe d’une ancre®, l'autre un dauphin enroulé autour ® et sur

‘ XapiV-Xiiâ goi 6io; viv... aôv/) uapaepuy-f, y.ixi, w? almïv, ayy.vpa. Heliod.,lV, 19. - la Ps. X.

5 M. Perret, t IV, pl. XVI, 26. — Ici pl. XI, 45.

® Mamachi, 1. 1, p. 428. — R. P. Garucci, Hieroglypta, p. 154. — Ici pl. XI, 46.

Mamachi, t. 111, p. 22. — Ici pl. XI, 47.

* Bullelino, 1870, tav. \'II, 2.

® Mamachi, t. III, p. 22. — Ici pl. XI, 48.

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les deux la légende « 1X0YG poisson, » c’est-à-dire « Jésus-Chiist,

« Fils-de-Uieu, Sauveur. » Voilà ce que signifie le poisson, et voilà ce que signifie aussi l’ancre à laquelle il est attaché comme une enseigne hiéroglyphique portant sa version avec elle.

Une belle ancre droite fait lire sur sa traverse IllCOàC et sous ses crochets XPt.lGTOC ' : nouvelle preuve, également frappante, que l’ancre c’est « Jésus-Christ. » Mais deux poissons oscoitont ici la tige de l’ancre. Nous avons rencontré de mémo deux poissons SC dirigeant vers une ancre droite sur la tombe de Pactumia et de Flavianus, dans le voisinage de la cappella (jreca et a une antiquité se rapprochant de la sienne. Nous les verrons aussi tout a l’heure sur une cornaline du second siècle “. Us forment avec 1 ancre un groupe vraiment classique U Us no peuvent, ou je me trompe, représenter quoies fidèles, appelés « petits poissons, piscicidi^^ par Tertullien, allant au Christ, unis au Christ. Un des plus anciens monuments quinousmontre ainsi les deux poissons est la tombe des fidèles susdits Pactumia et Flavianus. L’ancre cnti'e deux poissons est remplacée par le X traversé de l’I, monogramme qui se lit « Jesus- « Christ, » sur un monument trouvé près de Modèiie ^ Un monument de Tunis présente également la croix, équivalent du X, entre deux poissons ^ Aussi l’épitaphe de Maritima, offrant l’ancre crucitorme couchée et flanquée de deux poissons, porte-t-elle ces mystiques paroles: '(Maritima vénérable, tu n’as pas quitté la douce lumière, (( car tu avais avec toi le pleinement Immortel en tout, la piété te « conduisant en tout » Au quatrième siècle, les deux poissons aux côtés de l’ancre seront remplacés par deux colombes aux côtés du monogramme du Christ : et ne convient-on pas que ces colombes représentent les fidèles et particulièrement les deux Eglises du Judaïsme et de la Gentilité qui une fois avec leur image et leui

‘ Mamachi, t. I, pl. XXXI. — Ici pl. XI, 49. L’authenticité de tel de ces monuments publiés par Mamachi serait contestable — je ne l’ai pas vue contestée — que l’ensemble n’en fournirait pas moins des preuves ou indices remarquables.

" Ici pl. XI, 50.

Cf. Boldetti, p. 366, 370.

’’ Costadoni, dans le Bullelino, 1870, p. 13.

® Munter, Primordia Ecclesiæ Africunœ. Hasniæ, 1829, in-4", 1. I, n° 24.

« Boldetti, p. 370.

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nom et maintes fois sous les figures de S. Pierre et de S. Paul leurs Apôtres spéciaux^, tiennent une place pareille àlaleur sur les monuments chrétiens? S. Zénon, d’ailleurs, nous déclare expressément, que ces deux poissons représentent les Juifs et les Gentils composant l’Eglise unique du Christ, sous son signe unique qui est ce poisson même. Expliquant aux néophytes allégoriquement et dans le sens chrétien, les douze signes du zodiaque, il dit des trois derniers ;

» Le (Capricorne a des manières variées et innombrables de nuire ; mais notre Verseau les noyant de ses flots a coutume de les anéantir sans effort. Les deux Poissons le suivf'ut nécessairement dans un signe unique, c’est-à-dire les deux peuples des Juifs et des Gentils, vivant dans l’eau du Baptême, marqués du signe unique du Christ pour former un seul peuple, Uno... duo pisces in signo, id est duo ex Judœls et Genlibus populi, bupUsmatis aquà viventes, in unum populurn Cliristi uno signo signati »

Si les fidèles attachés au Christ, ano'e de l'âme, sont représentés sous la figure de poisson, c’est qu’un objet maritime appelle naturellement l’autre, l’ancre se rencontrant, d’ailleurs, tout spécialement sur les tombes des défunts dont le nom rappelle la mer, Maritima, Pelagius, Pelagia ’; que les chrétiens sont des poissons divins nés de l’eau du Baptême ; que l'ancre indique le port où les poissons trouvent la sécurité contre les monstres dévorants de la pleine mer et bien plus facilement leur nourriture, les miettes des repas leur tombant continuellement des navires; et qu'enfm dans la pleine mer elle-même, l’ancre procure aussi cet avantage, outre que sa tête et ses crochets, formant pour ainsi dire filet au sein des mers, ne laissent pas d’arrêter quelques proies végétales ou animales. C’est ainsi que l’épitaphe d'Ulpius au cimetière de Thrason, nous montre, en compagnie d'une colombe qui va becqueter un raisin, un poisson attrapant une herbe, ce semble, attachée à la tête de l’ancre h Clément d’Alexandrie chante au Christ, ancre en même temps que pêcheur : « Pêcheur des hommes qui sont sauvés de la

' Mosaïque de l’église de Sainte-Sabine, de l’an 42 i environ. Ciainpini, t. I, tab. XLVIII.

- Gai., Il, 7. — Aringlii, t. I, p. 281, etc.

® Tractatus XLIII, Pair, lat., t. XI, col. 496.

Büldetti, p. 370; M. Perret, t. V, pi. V; Marangoni, Acta S. Victor., p. 107.

® Marangoni, Ibid., p. 111.

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« méchante mer, tirant du Ilot ennemi les innocents poissons par « l’amorce d’une douce vie »

Une insigne fresque du second siècle, aux cryptes de Lucine du cimetière de Saint-Calixte, olfre, au fond d’une chambre à l’entrée do laquelle est le baptême du Christ et qui contient divers symboles eucharistiques, deux poissons portant sur le dos une corbeille d’osier où sont des pains et une fiole de vin rouge, c’est-à-dire les deux espèces eucharistiques. Les deux poissons nagent en face l’im de l’autre vers un objet central, aujourd'hui disparu, qui, d’après les analogies, doit être une ancre ^ Ce sont les fidèles vivant et se mouvant autour du Christ dans les eaux de leur baptême et munis du viatique céleste^ qu’on trouve ailleurs sous la forme d’un vase de lait porté sur le dos des brebis : double image de l’aliment eucharistique que, chaque dimanche, ils rapportaient de l’église dans leurs maisons. On a vu dans ces poissons l’image répétée du Christ sur lequel seraient le pain et le vin, identifiés avec lui-même, et, dans ce groupe, un symbole énergique de la transubstantiation. L’explication que nous donnons est bien plus naturelle : elle rentre dans l’interprétation qui nous paraît certaine du groupe de l’ancre et des deux poissons.

L’ancre, quoi qu’il en soit, représente indubitablement Jésus-Christ. On peut se figurer ainsi sa genèse symbolique. A l’état le plus simple, avec sa haste terminée à un bout par un anneau, à l’autre par une pointe de flèche, elle olfre d’abord la figure de l’I L initiale du nom de Jésus auquel S. Paul l’a rattachée dans l’épître aux Hébreux. Nous avons lu ainsi IHCOYC à coté de l’ancre, sur un camée ; et, à ce compte, l’épitaphe d’Agapète déposée au cimetière de Domitille dès le second siècle :

Ancre droite en forme de flèclie.

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