CHAPITRE XXII
f.E SIGNE DU CUl'.IS r AU SIÈCUE DE CONSTANTIN. — DES MONUMEN I'S.
Abordons le siècle de Constanlinpar le monument divin avec lequel le signe du Christ est entré dans une phase nouvelle. Xous verrons ensuite les monuments divers et les divers textes des Pères qui lui ont servi de cortège et de commentaire.
En 312, au moment d’attaquer avec une petite armée P armée formidable deMaxence, maitre de Rome, Constantin, d’après la vision qu’il avait eue enpleinjour dans ciel et d’après la révélation concordante qui lui avait été faite la nuit suivante, fit exécuter un labarum, un étendard, dont Eusèbe renseigné par Constantin lui-mème nous a laissé cette description :
« Le signe (l’étendard) était ainsi composé : Une longue haste, revêtue d’or, avait une antenne transvcr.-ale formant la croi.v : en haut, au sommet du tout, était fi.xée une couronne faite de pierres précieuses et d’or mêlés dans laquelle était le symbole du cri de guerre salutaire (tï;u (uorripiou iTr/ivofic^c), deux lettres représentant le nom du Christ indiqué par scs deux premiers caractères, le chi et le rho qui traversait le chi par le milieu. De l’antenne transversale pendait une étoffe déployée... d’une largeur égale à sa longueur. La haste droite... portait sous le trophée de la croix, au sommet du riche tissu, l’image dessinée jusqu’à la poitrine du roi aimé de Dieu et pareillement celle de ses fils. Le roi se servit toujours du signe salutaire comme d’un préservatif contre toute puissance opposée et ennemie et il ordonna qu’on en portât de semblables devant toutes les armées ' ».
Le labarum constantinien avait donc deux parties. L’une, ressemblant aux labarums ordinaires où sur une étoffe soutenue par une
1 De vita ('.onslantini, 1. I, 31. — Un sarcophage du cimetière du Vatican nous représente bien ce labarum, si on supprime les colombes perchées sur les bras de la croix et qu’on ajoute à ces bras le drapeau. Aringhi, t. I, p. 311. — Ici pl. XII, i.
LA CAPPELLA GRECA
traverse étaient les images des empereurs ou des dieux, représentait le T et la croix. L’autre spéciale à ce labarum offrait au-dessus de cette croix le monogramme couronné du Christ. Il était formé par les deux premières lettres de son nom entremêlées ensemble et composant un très-noble groupe, fort semblable à une éloile à six branches. Etait-ce la première fois qu’apparaissait chez les chrétiens ce monogramme? 11 n’est [>as probable. Ou le trouve sur une médaille de Déco formé avec les lettres P X de ÂlhY, abbréviation de « à’p/.ovcoar, arclioiite ' ; » et il serait bien étonnant que les chrétiens, parmi toutes les variantes et tous les développements duX, n’eussent point essayé celte belle figure. Mais il est évident qu’elle était au moins fort peu répandue. On n’en a pas un seul exemple certain ; et la date de 298 n’est probable que pour un seul u Quoi qu’il eu soit, le c/n, X, était vulgaire comme initiale et équivalent du nom du Christ; et le r/io, P, seconde lettre du mot, étant ajouté au milieu de la première, il en résultait sur le labarum de Constantin un symbole immédiatement clair pour les chrétiens et, dans les circonstances, parfaitement précis pour tout le monde. Le cri de guerre, XP!i]TOi: qu’Eusèhe nous fait entrevoir disait bien haut ce que signifiait « le symbole... X P » de ce labarum remis à l’armée.
Ce labarum était le gage de la victoire donné, avec Pordre même de vaincre, par Dieu à Constantin. «TOVTÜ XIKA, par ceci vaincs, » avait il lu dans le. ciel au-dessus de l'apparition de l’étendard Assurément la légende s'appliquait à tout cet étendard et à la croix qui eu formait substantiellement l’ensemble. Eusèbe dit que « 1 étendard salutaire^ tô c(ot/-'q;ov Gv-,actcv » était « en forme de croix, « cTaopou G/;/-aaTi » ' ; il l’appelle « le trophée de la croix, ctzup&ü « rpoTToctov, de la croix qui fait la victoire vixottoioü GTaupoïï » Mais il est vrai aussi que la légende céleste s’appliquait d’une manière spéciale au monogramme du Christplacé immédiatement au-dessous; qu’elle donnait son sens à un étendard commun en soi ; qu’elle rap-
' C. Lenonuaiil, Signes de christianisme sur des monuments numismatiques du llh siècle, clairs Ips MéUa ges d'archéologie, t. III, p. 193.
- Inscript, christ., t, I, p. 28.
^ Eusèbe, De vita Constant , 1. I, 38.
‘ L. I, iO.
LA CAPPELLA GRECA
pelait le cantique triomphal de Moïse, qu’Eusèbemet dans la bouche de (lonstanlin et do ses soldats, et ces mots : Le Seigneur brisant les bataillons ennemis, le Seigneur est son no)n ! ovoaa
à'j-w » qu’elle semblait la suite des Psaumes où David s’écrie : ô Dieu, en votre nom sauvez-moil — Toutes les nations m'ont assiégé : au nom du Seigneur, je m'en suis vengé l Elles m'ont entouré, elles m'ont entouré : au nom du Seigneur je m'en suis vengé! Elles m'ont entouré comme des guêpes, elles étaient ardentes comme le feu dans les épines : au nom du Seigneur, je in en suis vengé “ » ; qu’elle répondait à cent passages pareils de l'Ecriture. Il est vrai que c’est le monogramme seul que Constantin fit graver sur les casques et sur les boucliers de ses soldats. 11 est vrai enfin que c’est toujours au monogramme du Christ que, sur les monuments du quatrième siècle, se rapporte la victoire de Constantin, devenue le type de toute victoire pour les chrétiens. C’est sur le monogramme seul qu’une insigne épitaphe du cimetière de Priscille, celle de Sinfonia et de ses fds, nous fait lire l’inscription céleste; IN HOC YINCE ^
Le nom du Christ était le « cri de guerre ; » le nom du Christ était « l’instrument de victoire ; » en un mot, le monogramme du Christ au sommetdu labarum était « le symbole ducri de guerre salutaire, » comme dit bien Eusèbe.
Aussi sur une médaille de Constantin où son labarum est représenté pressant du bas de la hampe le corps du Dragon — qui dominait, depuis l’époque de Trajan et l’organisation des persécutions, sur les enseignes romaines — la croix semble- t-elle s’effacer sous le drapeau suspendu à ses bras; et le monogramme, se dégageant de sa couronne pour prendre les plus grandes proportions, paraît-il être le symbole principal et en quelque sorte unique de l’étendard L C’est
' Exod., XV, 3.
Ps LUI, 3; CXVII, 10-12.
^ Ainsi a lu Macarius, Hagiocjlypta, p. 166. Bosio a lu vinccs. Aringhi, t. I, p. 521. La leçon vince paraît meilleure, étant la traduction littérale du texte d’Eusèbe. Si in est ajouté par le traducteur, c’est pour éviter l’amphibologie de Hoc vince, qui n’existe pas en grec. — Voir ici, pi. XI, 58, la partie supérieure de l’épitaphe de Sinfonia.
* Banduri, Numismata Imperatorum romanorum, t. II, 1718, p 213. — Ici pl. XI, 59.
LA CAPPELLA GKECA
le monogramme qu’on voit seul au bout de sa lance sur la statue de Constantin trouvée dans ses thermes au Quirinal et qui est à ratiium de la Ijasiliquc du Sauveur au Latran ’ ; c’est le monogramme qui apparaît seul sur son casque c’est le monogramme qui est gravé seul, dans d’immenses proportions, tenant lieu de toute épitaphe, sur son sarcophage déposé dans l’église des Douze- Apdtres, parmi leurs douze sarcophages d’honneur, à Constantinople. Ce sarcophage de Constantin est heureusement venu jusqu’à nous ^
Eusche, parlant d'une des statues de Constantin, la plus célèhre, celle votée par les Romains et placée « dans le lieu de Rome le « plus fréquenté par le peuple, » c'est-à-dire le forum romain, dit ([ue Constantin était représenté « tenant à la main droite le signe « salutaire de la croix » et faisant dans l’inscription placée par lui-méme cette déclaration : « Par ce signe salutaire, vraie preuve « de force, j’ai sauvé votre ville du joug du tyran et l’ai rendue à la « liberté h » Ailleurs il dit que <(la haute lance» qui était dans la main de Constantin avait «la forme d’une croix: ul/v-,)Av oopu craupoïï « )) 11 vise sans doute le chi, X, croisant le sommet de la
lance et lui donnant la seconde des deux formes de la croix que S. Paulin et Prudence vont si bien distinguer ; car on ne trouve rien autre sur la statue de Constantin du Latran cj^ui dérive évidemment de ce fameux modèle, ni sur les images des monnaies du prince qui évidemment s’y rattachent. Deux textes d’Eusèbe éclairent bien, d’ailleurs, la question. Les voici se suivant dans la Vie de Constantin.
<c 11 continua jusqu’à la fin et en toute assurance à rendre respectable à tous le Clirist de Dieu, ne cachant pas rappcllation salutaire. En effet, la proclamant solennellement, il se mettait en avant lui-même, d’un côté marquant son front du signe salutaire, de l’autre se glorifiant du trophée victorieux. »
Xe voilà-t-il pas le monogramme du Christ qu’Eusèbe appelle ailleurs la croix? Eusèbe continue :
’ D’Agincourt, t. IV. sculpture, pl. III, 3. — Ici pl. XI, 60.
- R. P. Gaioicci, Vetri, planche dernière, médailles, 1. — Ici pl. XI, 61.
^ RuUetino, 1864, p. 17, 18.
‘ Hist. eccl , 1. IX. 9.
’ De vita Cou6t., 1. I, 10.
LA CAl'l’ELLA GllKCA
« Do ]ilus il fit mettre devant le vestibule delà maison impériale im tableau sur bois, [>lacé très-haut pour être vu de tous. 11 3' présentait le signe du salut retracé au-dessus de sa tète, et il avait mis sous lui la Bcte ennemie et pernicieuse — qui, par la tyrannie des atliées, tivait tourmenté l’église de Dieu — sous la Ibrme d’un dragon [)récipité dans l’abîme. Car, dans les livivs des ]irophètes de Dieu, les Saints-Oracles l’ont appelé Di-agon et Serpent tortueux. C’est pourquoi l’empereur montra à tous, par une peinture faite avec de ia cire, ce Dragon sous ses pieds et sous les pieds des siens traversé d’un trait au milieu du ventre et jeté dans les abîmes delà mer, désignant ainsi reniiemi invisible du genre humain, et indiquant qu’il av.ait été englouti dans les abîmes de la perdition par !a puissance du trophée salutaire gravé sur sa tête ’i lui-mérne ' . »
C’est l’image que nous a conservée en substance une médaille célèbre de Constantin. Or la lance qui sur cette médaille transperce le dragon porto au haut le monogramme et en lui la seconde forme de la croix. La première n’y figure que d’une manière efiacée, par l’aiitenne portant le drapeau avec lequel elle se confond ^
fies textes de ce temps nous fournissent sur le double sens du monogramme constantinien, désignant le nom du Christ et figurant sa croix, les plus décisifs renseignements.
Aussitôt après la paix rendue à l’Eglise ^ paraissait le livre Des morts des 'persécuteurs, De mortibus persecutorum, dédié au confesseur Donat. Tout indique qu’il est de Lactaiice, choisi vers 290 par Dioclétien pour enseigner les belles-lettres à Nicomédie, devenu chrétien une dizaine d’années plus tard, et depuis lors voué tout entier à la défense do sa religion. L’auteur parle ainsi de Constantin, avant sa bataille contre Maxence, près du pont Milvius, e regione pontis Milvii :
« Constantin fut averti en songe de tracer sur les boucliers le signe céleste de Dieu et de livrer ainsi le combat. 11 fit comme il lui avait été ordonné, et, traversant la lettre X d’un trait, dont le haut de la tète formait une ligne circulaire, il trace le nom du Christ sur les boucliers. Armées de ce signe, les troupes prennent le fer, etc. »
* De vila Const., 1. 111, ’2, 3.
- Ici pl. XL 59.
® L’an 315, selon Lcnglet Dufresnoy. Prœfatio in LacLantium.
« Commonitus est in quiete Constantinus ut cœleste signura Dei notaretur scutis, atque ita prælium committeret. Fecit, ut jussus est, ettransversâ X litterâ.
LA CAPPELLA GRECA
« Le signe de Dieu, » c’est-à-dire du Christ qui est « Dieu, » ce signe (( céleste, » donné par le ciel, c’est bien le chi enrichi dur/^o, le monogramme du Christ. Il n’est pas question ici de la croix, au moins directement.
Devenu précepteur du fils de Constantin, Crispus, Lactance écrira, vers l’an 325, son grand ouvrage « Des institutions divines, Divinarum institutionum. » Il parle, cette fois, de la croix, comme si elle était en elfet, ce « signe de Dieu, » inscrit sur le front des élus. Il dit que la croix a été choisie pour élever le Christ aux yeux des nations, les faire accourir sous ses mains étendues, comme sous des ailes, et montrer « un grand peuple, rassemblé de toutes les langues « et de toutes les tribus, recevant sur le front ce signe très-grand et « sublime, sig)uun. . . illud maximum atque sublime, frontïbus suis sus- « ceptunim. » Le sang de l’Agneau pascal, dont les juifs marquent le seuil de leurs portes pour le salut de leurs maisons, figure le sang du Christ et sa croix. « Le Christ donne le salut à tous ceux qui gra- ('. vent sur leur front le signe de son sang, c’est-à-dire de la croix « où il a versé son sang. Car le front est le seuil élevé de l’homme ; « et le bois mouillé de sang désigne la croix — C/udstus... saluti est « omnibus qui siynmn sanquinis, id est crucis qua sanguinem fudit, « in sua fronte conscripserint. Frons enim summum limen est homi- (( nis ; et lignum sanguine delibutum crucis significatio est L »
Mais, un peu plus loin, l’énigme est expliquée. Le chi et la croix ne sont qu’un seul et même signe. Gravée sur le front des chrétiens^ (( cette marque céleste, cœlestis nota, ce signe immortel, signum (( immortcde , indique à la fois « le nom de leur maître » et « le
« signe de sa passion, et nomine magistri sui et signo passionis suæ. »
« Les sectateurs du Christ, dit Lactance, chassent des hommes les esprits impurs et par le nom de leur maître et par le signe de sa passion. L’épreuve en est facile. Car lorsque les infidèles immolent à leurs dieux, s’il se trouve parmi les assistants quelqu’un ayant le front marqué du signe, ils n’obtiennent dans le sacrifice aucun bon présage :
Le devin consulté ne peut plus rien répondre.
summo capite circumflexo, Christum in scutis notât. Quo signo armatus exercitus capit teiTum. » § XLIV.
^ Divinaruoi insliliilioninv, 1. IV, 26.
LA CAPPELLA GRECA
Et c’est la prit;cipale cause pour laquelle les mauvais rois ont poursuivi la justice. Car certains des nôtres, assistant comme serviteurs leurs maîtres qui sacrifiaient, ont fait sur leur front le signe et ont ainsi mis en fuite les dieux de c^s maîtres, les empccliant de retracer dans les entrailles des victimes les choses futures...
Ces dieux ne peuvent a])proclier de ceux sur qui ils voient la marque céleste et nuire îi ceux que le signe immortel couvre comme un mur inexpugnable ‘. »
Ainsi le signe du Christ c’est bien le chi, X ou +, en qui on voit la croix; et la même figure a ce double et précieux sens.
La découverte faite par sainte Hélène, vers l’aii 327, de la croix du Sauveur sur le Calvaire, les miracles que celte croix opéra, le culte splendide dont elle fut l’objet dans la merveilleuse basilique de la Résurrection construite par Constantin, l’émotion que tout l’univers reçut de ces événements vinrent donner au signe de la croix, caché dans le signe du Christ, un éclat extraordinaire. C’est vers ce temps qu’apparait cette tranformation du monogramme constantinien du Christ qui s’appellera le monogramme cruciforme et la « croix monogrammatique. » Le rho, P, au lieu de traverser verticalement le chi, X, est traversé horizontalement de \iota, I. Il en résulte une sorte de figure de la croix avec le crochet du P attaché à sa branche supérieure ; et cette figure prime tout dans l’aspect de la sigle, dont elle caractérise justement le nom.
Ce monogramme cruciforme apparaît sur une médaille d’or de Constantin, frappée à Antioche en 335. Une Victoire tient une palme de la main gauche, un trophée de la droite : dans le champ, à gauche, est le monogramme. La légende porte ; VICTORIA CONSTAN-
* « Sectatores ejus (Christi) eosdeai spiritus inquinatos de hominibus, et noinine raagistri sui, et signe passionis suæ excludunt Cujus rei non difficilis est probatio. Nam cum diis suis immolant, si ass'stat aliquis signatam frontem gerens, sacra nullo modo litant,
Nec responsa potest consultas reddere vates.
Et hæc sæpe causa præcipua justitiam persequendi malis regibus fuit. Cum enim quidam rainistrorura nostri sacrificantibus dominis assisteront, iinposito frontibus signo, deos illorum fugaverunt, ne possent in visceribus hostiarum future depingere . . .
Neque accedere ad eos possunt {dii), in quibus cœlestem notam viderint, nec iis nocere, quos signum immortale munierit tanquam inexpugnabilis murus. » Lib. IV, 27.
LA CAPPELLA GRECA
TINI AYG C’est par le nom du Christ, c’est par sa croix que Constantin a remporté la victoire.
Ailleurs^ au revers d’une médaille dédiée « au divin Constantin, « DIYO CONSTANTINO, » le monogramme cruciforme est dans le champ, avec la légende « ÆTERNA PIETAS, éternelle piété ^ » Avec celte même exergue, ÆTERNA PIETAS, une médaille frappée à Constantinople présente une figure militaire, symbole de Constantin, qui, appuyée de la main gauche sur une lance, tient de la main droite un globe sur lequel est planté le monogramme cruciforme C’est l’origine du globe surmonté de la croix que nous allons voir dans la main d’une Concorde sous Yalenlinien I", et de là dans la main même de Théodose-le-Grand. Constantin déclare qu’il tient son empire du Christ et de la vertu de sa croix. Et que veut dire cette « éternelle piété, » sinon que le culte du Christ et de sa croix est la piété éternelle, le sanrj du Christ étant celui de l’alliance éternelle, in sanguine teslamenti æterni, comme dit S. Paul
Le monogramme cruciforme se répandra partout au lY® siècle. Il paraît avoir été particulièrement en usage en Afrique, surtout en Egypte, étant identique, sauf une variante légère delà boucle surmontant le centre des bras de la croix, au signe de la vio, à la croix ausée des anciens Egyptiens ®. On le trouve sur les Bibles grecques alexandrines du Yatican, du Sinaï et de Cambridge ®. Saint Ephrera nous le montre à Edesse flanqué de l’Aetfî ; et, le vendredisaint, il donne à ce sujet aux fidèles cette leçon de catéchisme ;
« Demande. Pourquoi voyons-nous en différents lieux l’image '' de la croix, l’A et l’ü et en haut le P? — Réponse. Parce que c’est en étendant en signe de croix ses mains soutenues par Aaron et Hor que Moïse mit en fuite Amalec..., el parce
' Cavedoni, Appendice aile richerche crilice intorno aile medaglie Coslantiniane, p. 13, t. Y des Opuscoli di Modena. — Banduiû, t. II, p. 213, 250. — Voir le monogramme calqué sur le dessin de Banduri, pl. XI, 62.
® Hardouin, 0pp. sel., p. 483; R. P. Garucci, Vetri, p. 249.
^ Hardouin, ibid.; Pi. P. Garucci, ibid. — Ici pl. XI, 63.
* Heb., XllI, 20.
s Voir pl. XI. 10.
® Ihdlctino, 1863, p. 62-4
Le ms. du Vaticati donne =•/. Je n’hésite guères a lire le mot tronqué
LA CAPPELLA GRECA
qu’il est le Coinmenrcment et la Fin celui qui est crucifié sur ce signe. Le P, qui est en haut, comptant pour le nombre cent, désigne le secours *. »
Cette interprétation subtile du rho de la croix monogrammatique nous montre le travail mystique qui se faisait autour de ce symbole et l’importance qu’il avait jusque par delà l’Euphrate. Sa ressemblance avec le signe de la vie en Egypte a fait croire qu’il dérivait de ce signe. Les monnaies constantiniennes nous le montrent bien plutôt dérivant du monogramme constantinien.
On explique sa dérivation par la suppression du X dans un monogramme, rare d’ailleurs embrassant ces trois lettres XPl et par le tracé horizontal du 1 sous la boucle du P ^ Mais le sigle PI, désignant XPICTOC, n’est point naturel, si même il est intelligible. Il faut voir plutôt les deux lettres X et P dans le monogramme cruciforme. Le X y est sous la forme -p, la ligne verticale du -t- étant identifiée avec celle du P, phénomène ordinaire dans les monogrammes. Une inscription nous a montré en effet le P au-dessus du -t- qui est l’équivalent du X et nous a analysé en quelque sorte la genèse du monogramme cruciforme auquel le monogramme constantinien donne naissance Dans le monogramme constantinien faites tourner le X jusqu’à coïncidence d’une de ses deux branches avec le P, vous avez le monogramme cruciforme.
On trouve d’ailleurs le monogramme cruciforme incliné en X sur une monnaie de Magnence portant l’exergue FELICITAS REIPUBLIGE ^ dans les cimetières romains et sur divers monuments C’est une autre démonstration de cette genèse et une nouvelle preuve que c’est le X qu’il faut voir avec le P dans ce monogramme.
Cette syncope du monogramme constantinien a dû être inspirée d’abord par le qu’on retraçait sur le front à la Confirmation et
' S. Eplirem, in Sanctam Parasetven. Opéra grœce et latine, t. III, p., 477.
^ Voir ce monogramme pl. XI, 72.
® M. Martigny, p. 416.
* Ici pl. XI, 27.
** Gretzer, De Sancta Cruce, 1. II, cap, XLVI.
® R. P. Garucci, Velri, p. 257.
’’ AUegranza, p. 39, 40.
LA CAPPELLA GRECA
déjà à l’admission même au catéclmméiiat. Comme elle offrait une figure bien plus frappante de la croix^, en substituant sa première forme commune f à la seconde plus rare et rendait le monogramme du Christ vraiment cruciforme, elle devait être chère encore à ce titre aux chrétiens. Enfin elle rappelait d’une manière particulière le labarum de Constantin composé, avons-nous dit de la croix ~ surmonté du monogramme inscrit dans une couronne, la boucle du P du monogramme cruciforme ayant quelque analogie avec cette couronne, et le reste étant de part et d’autre identique. Ce sont ces trois avantages qui expliquent la transformation qu’on s’est permise d’un caractère dessiné par le ciel même, et le succès de cette transformation, grâce à laquelle le signe du Christ se perdra à la fin dans le signe de la croix.
Avec cette variante capitale par syncope le monogramme constaiitinien en reçoit une autre moins célèbre, mais qu’il faut signaler, par addition. Ce monogramme, qui est eu réalité un devient
trigramme. 11 apparaît, sur une épitaphe de l’an 338, avec faddition d’un iota horizontal, à droite du rho et sous sa boucle. Le sigle doit se lire XPl. A coté de ce nom du Christ désigné par ses trois lettres initiales on voit la colombe apportant le rameau de paix, image du Christ disant à ses Apôtres^ le soir de sa résurrection : Fax vobis '. Nous trouverons ce même sigle au cimetière de Priscille, avec l’explication positive SIGNV CRISTI : seulement fl traverse par le milieu le X et le P ^ Cette forme trigramme du monogramme du Christ apparaît de temps en temps sur les monuments. Elle confine d’une manière particulière à l’étoile du Christ dont nous dirons dans un instant les rapports avec le monogramme.
Constatons cependant, sous Constantin-le-Grand, deux faits, l’un très-précieux, l’autre décisif pour notre thèse.
Le chi, X, l’ancien monogramme du Christ, la première des deux lettres X, P, du nouveau, vrai bigramme, continue à avoir une telle importance que malgré le cachet de révélation divine imprimé à ce dernier, il marche de pair avec lui sur les monnaies. On le trouve
‘ Boldetti, p. 81. — M. de Rossi, Iiiscript., p. 42. L’épitaphe est à Sainte-Mariein-Transtevere. Elle vient d’un des cimetières des voies Appienne et Ardéatine. s Ici pl. XI, 72.
LA CAVl'ELLA GRECA
;i sa place même,, dans un cadre carré, représentant le drapeau, en haut d’une haste que l’empereur tient de la main droite, pendant qu’il porte une Victoire de la main gauche et que du pied gauche il foule l’ennemi ; et on lit cet exergue : « YlCTOlllA AYGG ou AYGGG, « Victoire des deux » ou « des trois Augustes ' » etc. Il occupe même tout un côté de la médaille, en grandes lignes quadruplées, ayant au-dessus du centre une Victoire, avec ces exergues : « VlllT EXEllC « — VIRT AYGG, Force de l’armée — Force des deux Augustes h »
Il y a plus. Le chi redressé en croix carrée ou grecque, q-, et
même ayant la branche inférieure allongée qui le rapproche du tau et devenant notre croix latine, se voit sur les monnaies au revers du buste de Constantin : là marquant le devant d’un autel sur lequel deux génies déposent des vœux pour le prince ; ici entre deux étendards tenus par deux soldats h Dans l’un et l’autre cas on reconnaît bien le signe du Christ, désignant indubitablement son nom et dessinant manifestement sa croix, tel que les fidèles le recevaient, avec Fonction qui les faisait et les nommait chrétiens, à la Confirmation.
Le second fait tranche la question de savoir si c’est le nom du Chi’ist ou sa croix qui est son signe. L^’an 331, au cimetière d’Ostrien, dit de Sainte-Agnès, voisin de celui de Priscille et qui est comme son frère dans les souvenirs de S. Pierre, un Priscus, de la famille de nos deux Prisca de la cappella greca ou de son voisinage immédiat, fut inhumé « IN SIGNO (monogramme constantinien), dans le (( signe du Christ. « Deux palmes escortent le monogramme et rappellent l’oracle : « Par ceci vaincs », de la vision de Constantin^. D’autres épitaphes de ce temps ou de ce siècle répondent à cette épitaphe. SIGNV (monogramme constautinien), c’est ce qu’on lit en tète de l’inscription du père de Célix et de Céréalis au cimetière de C3uâaque; et sous ce signe le défunt « dort en paix, dormit in pacem (sic) Ÿ » De même au cimetière de Saint-Hippolyte, qu’ont illustré les vers
’ Banduri, t II, p. 217, — Ici pl. XI, 64, 65.
2 Banduri, t. II, p. 219, 223. — Ici pl. XI, 66.
R. P. Garucci, Yetri, planche dernière, 2, 10, 1 1. — Ici pl. XI, 67, 68. '* Inacrlpl. christ., t. I, p 38. — Ici pl. XI, 69.
“ Boldetti, p. 399. - Ici pl. XI, 70.
372 LA CAPPELLA GRECA
de Prudence, « Pierre et Marcellin, dans le signe du Seigneur, se « sont faits vivants (leur sépulture) :
PETRO ET MA.RCELLINO IN SIGNO DOMINI iraSS YIVI SlVl FECERÜM
Un locidiis du cimetière de Priscille porte sur la bande supérieure cette inscription tracée à la pointe dans la chaux fraîche ;
oUjAV LiUlSJl 'constaütinicn)
Le monogramme constantinien est ici traversé horizontalement d’un I et représente ces trois lettres grecques X P I qu’on vient de lire en latin CRI. M. de Rossi qui a publié ce titre “ me l’a montré sur place. «Le sens de l’inscription, dit-il bien, est que ce mono-
« gramme est proprement le signe du Christ, monofjramma
« cid hic additur titidus : SlGNV CIIRISTI, lU nempe intelligas ülud « Christi proprie esse sdjmim. »
Il en est ainsi des trois autres inscriptions, et toutes quatre démontrent péremptoirement, je n’hésite pas à le dire, que le signe du Christ, c’est le nom du Christ, ou pour parler avec M. de Rossi, «la note du nom du Christ, notamnominis Christi. »
Ou peut à ces quatre inscriptions en joindre une cinquième. C’est un graphite tracé sur la chaux au bas d’un loculus du cimetière de Sainte-Sotere, maintenant uni à celui de Saint-Callixte, graphite qui vient d’être publié :
-X SIXXATVM EST.
Après avoir signalé ce « monogramme imparfait et semblable au « signe du denarius, » M. de Rossi ajoute ^ : « Les paroles SINNATVM M EST, signatum est, présentent un sens assez obscm’ : mais puisque « le monogramme futpar antonomase le signum Christi, je tiens pour
’ Boldetti, p. 345.— Lire Potrus et Marcellinus... sibi fecerunt.~\d pl. XI, 71.
- De titulis Carthag., p. 521. — Ici pl. XI, 72.
^ Rom. soit., t. III, p. 282.
LA CAPPELLA GBECA
« probable que c’est ;'i lui que se rapportent les paroles quiTaccompa- « gnent ; et j’interprète ainsi : [C/msti signum) sirjnatum est (hic)
« — ici est gravé le signe du Christ. «
Pour conclusion d’un article sur les diverses formes du sujnmn Christi, M. de Rossi avait signalé avec amour une petite pierre du cimetière de Saint-Calixte. Elle olîVc le nom de Mercure, MERCVRYS, gravé sous le signe du ( hrist, le défunt reposant à l’ombre de ce signe '.«En un étroit espace, dit >1. de Rossi, ce tout petit titre nous « montre plusieurs des principales formes du sifjnum Christi réunies « avec intention : le X, le T renversé, le % avec l’A renfermé en
« un cercle ou nimbe accompagné de la palme, insigne de la vie- /
« toire du Christ. Dans un si rare groupe des formes diverses du52^- « raim Christi, cette palme tient probablement lieu du célèbre NIKA (( qui fut écrit sur le labarum constantinien “ Je crois, pour moi, devoir distinguer ici deux propositions. Dans le nimbe contenant le monogramme constantinien, avec la traverse du tau ou de la croix en bas" et l’A iî sur les cotés, je lis: «le Christ crucifié est Dieu, c’est « l’Eternel ; » et, joignant ensemble pour le sens le X qui est à gauche du nimbe et la palme qui est à droite, je lis : « Le Christ vainc. » Les labarums portant le X et le X portant une Victoire, sur les monnaies de Constantin ^ nous ont donné d’avance une traduction certaine de ce X et de cette palme qui se font pendant et se conjuguent. Nous verrons plus loin sur des monuments du siècle de Constantin, un sigle unissant le monogramme cruciforme et le N, qui doit se lire en' grec : « XpKjTÔff vixà, le Christ vainc " ; » nous verrons le monogramme constantinien suivi d’un V signifiant de même en latin Christiis vincit " ; nous verrons riX0VC suivi de l’N, le Poisson, le Christ, qui est victorieux ; nous verrons enfin sur le labarum d’Honorius PC cette acclamation conforme : « IN NOMINE XPI YINGAS SEMPER, au « nom du Christ sois toujours vainqueur. » C’est la traduction et
' Rom. soit., t. Il, tav. XLIX, 29. — Ici pi XI, 73.
® Jîom. soit., t. II, p. 322.
’ Nous l’avons vue en haut, dans un sujet d’ailleurs identique, pl. XI, 34.
‘ Pl. XI, 64, 65, 66.
" Pl. XI, 73 bis.
« Pl. XI, 73 ter.
LA CAPPELLA GRECA
l’explication du chi et de la palme de l’épitaphe de Mercurus. L’épigraphe X Vie, <( Christus vicit, le Christ a vaincu d que le R. P. Garucci a lue sur la chaux fraîche d’un locidus', en est une traduction encore ; et le monogramme constantinien accosté de G Y [Christus vincit), au lieu d'A qu’on trouve sur une lampe sépulcrale, est peut-être une simple variante de tout ce sujet de l’épitaphe de jMercurus, qui lui donne et en reçoit une complète lumière ^
Le groupe du monogramme et de la palme est, d'ailleurs, trèsfréquent. « Sur les tombeaux, dit M. Martigny, la palme est le plus <( souvent accompagnée du monogramme du Christ L » Une fois, sur un monument de la voie Nomentane, le monogramme constantinien est garni à ses interstices de six petites palmes ^ ; une autre fois sur deux gemmes annulaires, il est flanqué de deux palmes ^ La colombe, un des symboles du ChrisU tient maintes fois, assure-t-on, la palme au lieu du rameau d’olivier, le Christ apportant la victoire comme la paix. L’oiseau, ce semble, est alors un phénix; mais le phénix, n’est-ce pas le Christ?
On me reprocherait assurément de ne point parler ici d’une lampe d’argile de la fin du IIU siècle ou du commencement du IV^ que nous admirons à la bibliothèque vaticane et qui est bien autrement précieuse encore que l’épitaphe de Mercurus avec laquelle elle a plus d’affinité qu’il ne semble tout d’abord.
« Dans une lampe très-singulière, dessinée par Boldetti, p. 63, /( dit M. de Rossi, l’anse en forme d’anneau est appliquée au buste
' Vetri, p. 257.
- Boldetti, p. 63. — M. de Rossi, qui trouve l’interprétation « naturelle », ne l’admet cependant pas, et, lisant autour de la lampe les noms M[à)ecl Manni, de celui pour qui elle fut faite, il interprète G V par clarissimi viri (Rom. sott,, t. III, p. 614). Des lampes chrétiennes de bronze présentent en effet le V C qu’il faut lire clarissimi viri. Mais il est difficile, de croire que Mœcus Mannus ait voulu faire prendre à son titre la place même de celui du Christ, A fî . Peut-être y a-t-il un jeu d’esprit et un double sens dans le C V. En retournant son titre V C, Mannus fait lire le Christus vincit bien connu.
® M. Martigny, p. 498. — Voir l’inscription de 331, Inscript, christ., p. 38;, Boldetti, p. 341, 346, etc,
’• Aringhi, t. II, p. 173.
® Boldetti, p, 502.
LA CAPPELLA GRECA
« d’une femme à la tète ceinte de palmes, aux bras croisés, qui tient « de la main droite une branche do palmes... Cette lampe repré- « sente probablement une martyre '. » Bien que la se trouve sur les tombes dos simples fidèles, comme l’Apocalypse la montre dans leurs mains ", elle n’cii est pas moins consacrée tout particulièrement aux martyrs. Nous nous rappelons la palme de S. Vincent, Vincenü, tua. palma, dans Prudence ^ La défunte qui tient ainsi sa palme et dort le visage dans les palmes, est une martyre, ou il semble qu’il faut renoncer à trouver quelque part la palme avec sa signification spéciale. C’est le plus ancien exemple connu de ce type que les siècles consacreront aux martyrs parmi les saints, et auquel chacun les reconnaît aujourd’hui. Mais que dit celle qu’il faut, en toute hypothèse, nommer une victorieuse, car aussi bien avec son geste si remarqifable, elle parle? Elle dessine sur sa poitrine une croix, selon le précepte chrétien relatif au sommeil et qui s’étend bien au sommeil suprême :
Fronlem locuinquc cordis
Crucis fi'jura signet,
« Que la figure de la croix signe ton front et le lieu de ton « cœur L «Mais cette croix est un chi, le monogramme du Christ ; et à l’extrémité de ce monogramme, la main élève une palme. A cette vue je me rappelle la martyre Perpétue, disant du dragon infernal :
« Il ne me fera pas de mal, au nom du Seigneur Jésus-Christ » et lui mettant le pied sur la tête. C’est par le nom du Christ que j’ai conquis la palme, semble dire notre victorieuse ; et la légende céleste ; « par ceci vaincs, IN HOC VINCE » apparaît ici avec la simple variante : « par ceci j’ai vaincu, IN HOC VICI. » Il y a plus. La compagne de prison de Perpétue, l’esclave Félicité, parlait ainsi de sa prochaine exposition aux bêtes : « Là il y aura en moi un
' Rom. soit., t. lit, p. 615.
^ Apec., YII, 9. La scène de l’Apocalypse est traduite sur la mosaïque du IXe siècle de l’arc triomphal de Sainte-Praxède. Ciampini, t. II, tab. XLV.
^ Cathemerinon, VI, 13 1-?.
^ Acta, 4.
LA CAPPELLA GRECA
« autre qui souffrira pour moi, puisque moi je souffrirai pour lui '. » S. Augustin dit des martyrs : « Quand ils donnent leur vie^ le Christ « la donne ^ « et encore : « Si ceux qui ont fait cela (donné leur vie « pour leurs brebis), sont les membres du Christ, c’est lui encore « qui seul l’a fait, idem ipse iinns hoc fecit ^ L’Eglise enfin chante au Christ cette hymne attribuée à S. Grégoire-le-Grand :
Rex gloriose martyrum...
Tu vmcis inmartyribus,
« Roi glorieux des martyrs... C’est toi qui vaincs dans les mar- « tyrs L » L’héroïne chrétienne, en proclamant son triomphe par le Christ, proclame donc celui du Christ lui-même. Nous retrouvons notre X ou ^ accompagné de la palme, ou enveloppé de palmes ; et cette palme, à l’extrémité droite et supérieure du X formée par les bras de la défunte, est tout-à-fait l’équivalent du X et de la palme de l’épitaphe de Mercurus.
En môme temps l’épouse du Christ, posant son monogramme sur sa propre poitrine, semble murmurer le mot du divin Épithalame : Mon hien-aimé... c’est entre mes sems qu'il repose et le mot du chrétien qui s’endort : « Dans les bras mêmes du sommeil nous « méditerons le Christ. »
Christum tamen sub ipso Meditabimur sopore ®.
Boldetti ne nous dit pas dans quel cimetière il a trouvé cette lampe, un des monuments les plus ravissants de l’antiquité chrétienne. Elle a été peut-être imaginée pour Prisca ou Philomène du cimetière de Priscille, allumée près de la tombe de l’une, du loculus de l’autre. En voici le dessin d’après Boldetti :
‘ Acta, 15.
2 In Ps. CXLl, 11.
» In Joan., Tract. .\LYII, 2.
* Le texte ancien, conservé par S. Pie V, porte : in martyribus ; la correction d’Urbain VIII ; inter martyres.
® Gant., I, 12.
® Cathemerinon, M, 151-2.
LA CAPrELLA GRECA
Signalons maintenant, (1 après les monuments, une transformation du monogramme constantinien due à l’intelligence poétique et érudite des pieux fidèles. Le monogramme, par la suppression de la boucle du P, devient une étoile. « Quelques médailles de Constance tin et de ses fils, dit M. Martigny, font voir sur le casque de l’em- « pereur le monogramme constantinien accosté de deux étoiles à six (( rayons (Baron ad an. 312). Quelquefois, ce n’est autre chose que « ce monogramme lui-même qui affecte souvent cette forme « Mais alors les rayons sont terminés par de petits globes ou par cc une ligne transversale, au lieu que les rayons des étoiles se ter- « minent en pointes aiguës '. » L’intention d’identifier le monogramme avec l’étoile n’en est pas moins évidente. C’est pourquoi, sur une peinture du cimetière de CjTiaque, l’étoile des Mages est remplacée par le monogramme constantinien ’. Une des fioles, apportées de Jérusalem à Monza, nous offre, d’autre part, le tableau suivant. Le sigle du trigramme X P I a perdu la boucle du P et est devenue une étoile à huit branches, l’étoile des Mages. Elle est grande et splendide, entre deux anges qui la montrent, au-dessus de la tête de la Vierge présentant l’Enfant-Jésus aux adorations des bergers et des Mages réunis dans ce tableau. Au-dessus de cette étoile est le signe du Christ et de la croix, en tête de la légende indiquant
* P. 241. - R. P. Garucci, Vetri, p. 196, 253.
Bulletino, 1863, p. 76. ■ ;
l’église de la Résurrection construite sur le Calvaire, où des lampes brillaient devant le nouvel arbre de vie, le bois de la croix : « Huile « du bois de la vie des Saints-Lieux du Christ »
Une gemme annulaire célèbre “ présente le monogramme d' entouré d’une couronne faite de globules et de petits rayons ou pointes, qui repose sur le siège d'un trône à escabeau, dont le dossier élevé est orné d’un encarpe et de bandelettes flottantes et porte cette inscription : « !XV(“), Jésus-Christ, Fils de Dieu. » La face antérieure d’un sarcophage de Tusculum,du Ysiècleeiiviron.présenlele même monogramme de dimension très-grande, dans une couronne suspendue entre deux colonnes, au centre d'une espèce de portique. Un siège d’honneur apparaît, couvert d’une draperie qui tombe par devant : il porte un coussin que la couronne semlile toucher, en remplissant tout le dossier. Deux colonnes marquées du+, monogramme du Christ et figure de sa croix, sont aux extrémités. Elles semblent représenter aux deux côtés du Christ les deux Églises des Juifs et des Gentils ou Pierre et Paul, leurs Apôtres, que deux colonnes incomparables de marbre africain figuraient à l’entrée de la nef de la basilique vaticane constantinienne et figurent encore à l’entreede l’atrium delà basilique actuelle. Quantaumonogramme,jene puis douter que sur le trône de ce sarcophage et sur celui delà gemme il ne représente, avec le chiffre du Christ, tout spécialement son étoile. L’ampoule des Lieux-Saints éclaire ce sujet et il s'éclaire assez de lui-même. M. de Rossi voit là, sans hésitation, « l’étoile à six « rayons, semblable au monogramme L » Ce sujet est la traduction bien manifeste du discours de l’archange Gabriel à Marie : Fot^s enfanterez un fils et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand et il sera appelé le Vils du Très-Haut et le Seigneur -Dieu lui donnera le trône de David, son Père, et il régnera dans la maison de Jacob pour l’éternité et son règne n’aura point de fax LMais Balaam n’a-t-il point chanté de ce règne : Une étoile sortira de Jacob, et il s'élèvera un
' Mozzoni, Tav. islor. eccl., sec. Vit. — M. Martigny, p. 292.
^ Éditée par Passer!, Gemmæ astrifevræ, t. III, p. 22t et suiv. Elle est passée au Cabinet d’antiquités de Berlin. M. de Rossi l’a reproduite d’après l’original, Bullelino, 1872, tav. IX, 3. — Ici pi XI, 74.
‘ Luc., I, 31-33.
LA CAPPELLA GRKCA
sceptre d Israël'- 1 Et Jésus uo dit-il pas, en prononçant à la fin de l’Apocalypse les dernières paroles qu’il ait léguées au monde : Moi, Jésus... je suis la tuje et la race de David, t Etoile splendide et matutinale '? C’est donc le Christ Étoile qu’il faut saluer sur l’im et l’autre exemplaire de ce trône mis en relief sur le marbre, en creux sur la pierre précieuse, par le sculpteur et par le joaillier.
Il faut faire de même pour ce monogramme couronné qu'un mosa'iste a dessiné deux fois sur les murs du mausolée de Calla Placidia, à l’extrémité de l’atrium de la basilique de la Croix bâtie par elle à Ravenne vers l’an 4 40 ^ ; et de même pour ce monogramme à huit rayons qu’un autre mosa'iste a placé au centre de l’arc intérieur de l’abside, en avant du Christ trônant au fond sur le globe, dans la basilique de Saint-Vital de Ravenne, postérieure d'un siècle à la précédente Cette figure, reproduite plus tard sur l’ampoule de Jérusalem, ne laisse lieu à aucun doute. Sur tous ces monuments, le monogramme du Christ s’est transfiguré en étoile.
On peut se demander alors si le + inscrit au front des chrétiens, désignant phonétiquement le nom du Christ et graphiquement sa croix, ne désignait pas aussi son étoile dont il dit dans l’Apocalypse : Celui qui aura vaincu et aura gardé mes œuvres jusqu'à la fin, je lui donnerai la puissance sur les nations et il les gouvernera avec un sceptre de fer... de même que j'ai reçu les pouvoirs de mon Père, et je lui donnerai l’étoile du matin ^ C’est cette étoile que les païens donnaient à leurs dieux, à leurs héros, à leurs potentats. Ils la dessinaient avec quatre branches, comme avec cinq, six ou un plus grand nombre, indiquant sommairement les rayons sans les compter. Une prêtresse a sa robe couverte d'étoiles à quatre branches, tracées en chi, X Il ne serait pas étonnant que les fidèles eussent attribué ce troisième sens au X, signe du Christ. Il s’offrait trop naturellement à l’esprit, il était trop bien indiqué par l’Apocalypse et en même temps par l’art païen pour que leur esprit si mystiquement sagace
‘ Num., XXIV, -17.
2 Apoc., XXII, 26.
* Giampini, t. I, tab. LXVI, LXVII.
* Giampini, t. 1, tab. XIX.
® Apoc., II, 26-28.
® Montfaucon, Antiquité, t. II, supplément, pl. XXVI
LA CAPPELLA GRECA
ne l’ait pas rencontré. En fait, une gemme nous montre une étoile à cinq branches au-dessus d’une colombe portant aux pattes le rameau d’olivier ; et une seconde nous offre le même sujet avec l’addition d’un nombre indéfini de rayons à l’étoile faite en disque et ressemblant à un soleil : le monogramme constantinien du Christ est devant la colombe Cette colombe est le Christ, marqué par son étoile et désigné par son nom qui a apporté la paix au genre humain. Ailleurs, l’étoile est au-dessus du Bon Pasteur, accompagnée de « IXC, Jésus-Christ Sauveur ^ » La colombe, désignant aussi très-souvent l’àme fidèle, il n'y aurait rien que de naturel de la voir décorée de l’étoile comme nous l’avons vue décorée, sur la tète ou à la poitrine, du signe +.
Au cimetière de Cyriaque,sur latombe d'Aspra Secundia, reposant « dans la paix du Christ, m pace (monogr. consiani.), » une colombe — le Christ évidemment — tenant aux pattes un rameau d’olivier, a au bec une étoile à six branches L ün fond de coupe du cimetière de Priscille montre le Chiûst couronnant deux époux qui ont entre leurs fronts une étoile \ comme nous avons vu deux fois des époux ayant le -p entre leurs fronts LLe X, thau des Hébreux, monogramme du Christ, figure de sa croix, peut donc être considéré aussi comme le dessin de son étoile. C’est le signe du salut, le signe du Christ avec les trois significations de son nom, do. sa crèche, de sa croix, son signe on ne peut plus absolu.
Arrivé ici, mon soupçon va plus loin. Si les fidèles ont vu l’étoile dans le monogramme du Christ, pourquoi n’auraient-ils pas vu le monogramme dans l’étoile? Nous savons que parfois ils remplaceront, dans la scène des Mages, l’étoile parle monogramme. Ils l’y voyaient donc. Ainsi l’étoile à huit branches que le prophète montre sur la tète de l’Enfant-Bieu, allaité parla Vierge, au cubiculum voisin et contemporain de la cappella greca, pourrait bien cacher le + dans quatre de ses rayons, les quatre autres formant la gloire de ce signe du nom du Christ. Ainsi fait l’étoile à huit branches
' M. Perret, t. IV, pl. XVI, 22-81. — Le n“ 22 est reproduit ici pl. XI 6.
® M. Perret, t. IV, pl. XVI, 8.
* Boldetti, p, 367.
‘ Aringhi, t. II, p. 265.
® Ici pl. XI, 17-18.
LA CAPPELLA GRECA 381
dans le tableau de la Nativité du Christ, venu de Jérusalem à Monza. Ainsi une épitaphe du cimetière de Thrason, voisin de celui de Priscille^ porte au-dessus de
LEONTIAE FILIAE S VAE
une étoile à huit hranches, dont quatre forment le + et paraissent principales et les quatre autres ne semblent que de simples rayons décoratifs C’est bien l’étoile du Christ; mais dans cette étoile se dessine son nom avec le chi ; et c’est le signe du Christ, transformé en son étoile, qui marque et protège, selon l’usage, la tombe de Léontia. L’étoile pareille du cubiculum de la Vierge cacherait-elle de même le signe du Christ, et serait-elle, sous une forme dissimulée, le plus ancien monument du monogramme original du Christ le X ou H- ?
Un passage mystéi'icux de Prudence permet peut-être de le soupçonner. Il demande aux Mages, accourant de l’Orient avec leurs présents royaux sur des plats d’or aux pieds de la Vierge qui tient en son sein un Dieu au maillot, quel message rapide leur a appris « que le « jour a lui, aux heures qui allaitent, où à une mamelle étrangère « au mariage doit être suspendu le Christ tendre encore » ,
Illuxisse diem îactantibus horis Quâ tener innupto penderct ab ubere Chrisius ?
Il met cette réponse dans leur bouche :
« Nous avons vu, disent-ils, cet enfant emporté à travers les astres et étince- « lant plus que les antiques sillons des signes célestes »,
Vidimus hum, aiunt, puerum per sidéra ferri Et super antiquos signorum ardescere tractus
Puis chacun d"eux s’écrie :
« Je ne vénérerais pas, vu au ciel et rencontré sur la terre, le Roi et le Dieu qui « règle l’un et l’autre exemplaire de la nature...! »
* Marangoni, Acta S. Vlctorini, p. 90.
^ Apolheosis, v. 613-16.
382 LA CAPPELLA GRECA
Ilunc ego non venerer, qui cœlo visus humiqiie Inventus rex atqueDeus moderalur utrunique Naturæ specimen '...!
Prudence veut-il dire que les Mages ont vu dans l’étoile du Christ Timage du Christ enfant? 11 se pourrait bien qu’il entendit parler seulement, d’accord avec les monuments de son temps, du signe du Christ, XPISTOS, X, dont l’étoile offrait par ses rayons le dessin, de ce tau connu de tout l’univers comme étant le signe de la vie, et qui, pour les Chaldéens étrangers au grec et au rapport du chi avec le Christ, ne laissait pas que d’être le signe naturel du Christ qu’ils attendaient. Mais n’insistons pas sur cette interprétation possible d’un texte difficile de Prudence. L’identification de l’étoile du Christ et de son monogramme est d’ailleurs certaine, au moins sur les monuments du IY'-‘ siècle.
L’étoile du Christ nous amène à son soleil. Deux médailles semblables de 1’ « empereur Constantin, pieux, heureux, auguste, » portent au revers l’image païenne et classique du soleil, héros qui s’élance la tète ceinte de rayons, tenant dans la main gauche le globe qu’il éclaire et féconde, et faisant delà main droite le geste du commandement ou plutôt celui de la victoire. «SOLI INYICTO, ausoleil « toujours victorieux, » porte l’exergue. Devant^le soleil on voit sur une médaille le monogramme constantinien du Christ, confinant par l’extrême faiblesse du crochet du P au sigle , « Jésus-Christ. » Sur une autre, c’est le -payant pour pendant derrière le soleil une étoile à huit branches ^ Le Christ, désigné par le monogramme constantinien ou le +, dont on voit l’identité, et peut-être par son double nom « Jésus-Christ, » est donc l’étoile que les païens prêtaient à leurs dieux et le soleil qu’ils confondaient plus ou moins avec la divinité suprême. C’est en effet l’e^oz'/e? annoncée par Balaam qui devait sortir de Jacob ; c’est le soleil dont Isaïe a dit à Jérusalem, rendez-vous des nations les plus lointaines ; et le soleil ne te servira jilus de lumière 'pendant le jour et le lever de la lune ne t’éclairera pas durant la nuit ; mais le Seigneur sera pour toi une lumière éternelle et Dieu sera ta gloire. Le soleil ne se couchera pas
R.. P. Garucci, Velri, planche dernière, 8, 9. — Ici pl. Xt, 75, 76.
LA CAPPELLA GREC A
'pour toi, et pour toi la lumière ne s éclipsera pas; car le Seigneur sera pour toi une lumière éternelle et ce sera la fin des jours de ton deuil . Ou s’ost demandé si sur ces médailles Conslaiitin avait conservé imprudemment des restes de son ancien paganisme, et, à la suite des Césars, à commencer par Néron, s’il s’était présenté au monde comme son soleil. (Jui ne voit, bien au contraire, qu’il s’ell'ace devant le soleil du Christ, et que, rappelant son nom puissant avec lequel il a vaincu Maxence, en attendant Licinius, il le proclame le « Soleil toujours victorieux? »
Je ne saurais finir avec les monuments du signe du Christ sous Constantin, sans en rappeler un des principaux, non remarqué jusqu’ici, celui placé par Constantin lui-mème sur le sarcophage des SS. Pierre et Paul à la basilique vaticane. La moitié, paraît-il, du corps de l’un des Apôtres fut déposée avec la moitié du corps de l’autre dans un vrai bisôme. C’était un cercueil d’argent, enfermé dans un autre de cyprès doublé d’airain qui formait un cube exact de cinq pieds de coté. Constantin fit mettre dessus « une croix d’or très-pré- « cieuse du poids de cent cinquante livres, à la mesure de l’espace, « in mensuram loci^ ». Cette croix étendue sur une surface carrée était donc une croix grecque et le sarcophage devait présenter cette apparence :
L’inscription gravée sur la croix en lettres niellées, scriptum ex litteris nigellis in cruce, et qui, faisant allusion, ce semble, à la construction en activité de la basilique et à sa couverture de tuiles de bronze doré, comme est celle de la basilique de Sainte-Agnès, porte : « CONSTANTINVS AVGVSTVS ET HELENA AVGYSTA HANC POMVM « REGALEM {regali?) SIMILI FULGORE CORYSCANTEM AYRO CIR- « CYMDANT, Constantin auguste et Hélène auguste environnent
‘ Is., LX, 19, 20. Septante.
® Liber Ponlificalis. In S. Silvestruin.
LA CAPPELIA GRECA
« d’or cette maison royale, resplendissant d’un éclat semblable, » cette inscription, avec sa longueur, démontre bien aussi l’étendue des bras de la croix et qu’elle allait d’une extrémité à l’autre de la surface du saivoidiage. Et qui ne voit dès lors que cette croix -p, est tout d’abord un chi, cet antique monogramme du Christ, dont le Christ disait à saint Jean, au lendemain même du martyre des saints Pierre et Paul : Celui qui sera victorieux je ferai de lui une colonne dans le temple de mon Dieu et il ne sortira plus dehors et j'écrirai sur lui.., mon nom nouveau '? Ce nom du Christ proclamé par Pierre le jour de la Pentecôte et avec lequel il a opéré son premier miracle à la porte du Temple, ce nom porté par Paul jusqu’aux extrémités de la terre, ce nom qui scelle la tombe de tous les chrétiens après avoir marqué leur front, est bien celui qu’il convenait de lire en un sigle gigantesque d’or massif sur le sarcophage des deux princes des Apôtres.
En bâtissant à Constantinople la basilique des Douze Apôtres, dans le portique de laquelle devait reposer, parmi douze monuments érigés à leur gloire, son propre sarcophage, marqué pour toute épitaphe du grand monogramme couronné du Christ qu’il avait vu par-dessus le soleil et puis en songe, Constantin paraît s’être souvenu du signe du Christ déposé par lui sur le sarcophage des saints Pierre et Paul. Cette basilique, dit M. Lanciani, « était cruciforme et « peut-être équilatérale. L’épigramme connue de saint Grégoire de « Naziance, nous confirme le fait :
n (jLEv 0'^ 'tïoXXoTciv avaX/kOasv/) ii,£YC£).oiCT£
riÀ£upat(7 CTaupoTUTraia T£Tpa;^a T£[i.vôu.£Vov
« Elle était ornée de plusieurs grands côtés... le temple était tra- « versé par quatre nefs en forme de croix ^ »
Achevant sa vie au milieu des luttes de l’Arianisme qui ébranlent le monde et vont renverser sa dynastie, Constantin paraît, d’ailleurs, avoir préparé à ses fils un salut dont Constance ne voudra pas, en proclamant la divinité du Christ avec sa voix à lui-même
' Apoc., III, P2. Peut-être le cercueil portait-il un X ordinaire. Cf. pl. XI, 64, 65.
- Bullciino, 1866, p. 74.
LA CAPPKLLA GKECA
d;ms rA]Jocalyps(j, el eu ajoutaiil a sua monogramme la marque (le l’Eteriicl, V Alpha cl VOméga. Une médaille d’or de (lonstantin gravée par Jacques de Ilie ' el illuslrée par le chanoine Amalari ^ olfre d’un côté la lèle couronnée do laurier de Constanlin, de l’aulre, le monogramme conslanlinien, avec A el ii enlre les branches du X el aulour celle légende : « VICTORIA MAXVMA,
« la très-grande victoire». L’authenticité de cette médaille est contestée, mais appuyée par un petit l)ronzo semblable, à part la légende qui manque, décrit par Vettori dans son Catalogue manuscrit du musée chrétien du Vatican h Quoi qu’il en soit, l’épitaphe de Marcellinus, déposé dans le cimetière de Balbine, créé par le pape saint Marc à coté de celui de Saint-Calixte, l’an 340, trois ans après la mort do Constantin, nous offre l’A 12 aux côtés du monogramme constantinien et semble bien indiquer que cette addition avait déjà cours sous l’autorité de l’Eglise et de l’Empereur. Elle remonte probablement au lendemain de la condamnation d’Arius à Nicée “.
L^indigne fils de Constantin, le persécuteur de saint Athanase, Constance, placera ainsi que son père, le chi sur ses monnaies comme signe du Christ, avec la légende : « VIRTVS EXERC., force (c de l’armée “ ; » et le chi simple, ou le chi croisé du 7'ho, y marque le labarum impérial avec les légendes : «VICTORIA AVGGG., victoire « des trois augustes — , FAX AVGVSTORVM, paix des augustes — , « FEL. TEMP. REPARATIO, heureuse réparation des temps — , « TRIVMPHATOR GENTIVM RARRARARVM, triomphateur des na- « tions barbares — , VICTOR OMNIVM GENTIVM, vainqueur de toutes « les nations L » Quelques-unes de ses médailles portent l’Aî2 aux côtés du monogramme constantinien bien que ce César refuse l’éternité au Fils de Rieu en se faisant appeler lui-même Éternité. C’est qu’il est plus facile d’être hérétique que d’abjurer publique-
' Numism. aurea, tab, Ll, Antuerp., 1615.
- lmp. rom. num. aur. Antuerp., 1627.
R. P. Garucci, Vetri, p. 253.
Bulletino, 1868, p. 13.
® M. Martigny, p, 458.
® Banduri, t. II, p. 229.
' Ibid., p. 225, 227.
® Banduri, t. II, p, 368; M. Martigny, p, 458.
LA CAPPELLA GRECA
ment les marques consacrées de l’orthodoxie, et qu’avec de l’hypocrisie on peut admettre la formule de l’éternité du Christ en entendant plus ou moins le temps par cette éternité même.
Un neveu de Constantin sera le châtiment de son füs arien. C’est Julien, dit l’Apostat. Nommé César et gouverneur des Gaules en 355, il professait encore extérieurement le christianisme qu’il avait abjuré dans le cœur quand faisant, en 35G, la guerre aux Germains et distriljiiaut à Worms le donativum à ses soldats, il rencontra un tribun qui lui dit : Jusqu'à présent fai combattu pour toi: souffre que je combatte maintenant pour Dieu. Que celui qui doit combattre reçoive le donativum : c'est du Christ que je suis soldat, il ne m'est pus permis de combattre. C’était S. Martin, âgé de 24 ans^ depuis deux ans baptisé ot qui venait de se consacrer définitivement au Christ. Un César chrétien eût compris ce noble tribun. Apostat secret, « le tyran frémit à cette parole, disant quïl voulait abandon- « ner la milice par peur du combat qui devait avoir lieu le lende- « main, non par motif de religion. Mais, Martin intrépide, et d’autant « plus hardi qu’on voulait l’effrayer : Si ce parti, dit-il, est attribué « à la lâcheté, non à la foi, demain je serai debout sans armes de- (( vant le front de l’armée et, au nom du Seiqneur Jésus, protégé du « signe de la croix, non du bouclier ou du casque, in nomine Domini « Jesu, signo c>'ucis non clgpeo protectus aut galea, je pénétrerai en « sécurité dans les phalanges ennemies ». Ainsi rapporte le fait et les paroles de S. Martin, Sulpice-Sévère, sou disciple, écrivant sa vie de son vivant vers 396 ou 397 '. Paulin, de Périgueux, au siècle suivant, traduira ainsi les paroles du saint :
Primus ego ahjectis præcedcns agmina tclis.
Non arma arripicns hominis, sed signa salutis,
Teginine nec fîdens clgpei, sed nomine Christi,
Atque criicem fronti auxilium pro casside ponens Intrepido cunclis occurram corde periclis.
a Moi le premier, précédant les rangs après avoir rejeté mes javelots, ne prenant point les armes de l’homme mais les signes du salut, ne me fiant point à la protection du bouclier, mais au nom du Christ et mettant pour secours à mon front la croix au lieu du casque, j'irai d’un cœur intrépide au-devant de tous les périls »
' Patrol. îat., t. XX, col. 162.
* Patrol. lat., t, LXI, col, 1013.
LA CAl’PELLA GUECA
Le nom du Christ, c’était le cri de guerre qui, jeté en avant, servait à Martin de bouclier; la croix du Christ, tracée sur son front, c’était le casque de sa tète nue. De ces deux « signes du salut », l’un apparaît assez comme l’équivalent de l’autre ; et en réalité cette croix offre en monogramme le dessin mèjue du nom. Ilouclier et casque, le nom est tracé sur le front du soldat en mémo temps que proféré par ses lèvres. Disons, cependant, pour achever le récit de cette fameuse scène, que le tribun Martin fut pris au mot par le césar Julien. Il le lit mettre en prison la nuit, cx'aignant qu’il n’échappàt à l’épreuve du lendemain. Mais ce jour-là les Germains vinrent d’eux-mèmes rendre les armes. Le Christ avait accordé xine victoire plus complète et non sanglante à celui qui avait su exalter son nom et sa croix. J’ajoute : le labarum de l’armée. On voit assez que Martin ne voulait pas d’autres armes que ce labarum, et qu’à lui comme à Constantin une voix céleste et irrésistible avait dit : « par « ceci vaincs )>.
Julien qui a fixé son séjour à Lutèce, y lève en 360 l’étendard contre l’Empereur, son cousin et bienfaiteur, et aussitôt après contre le Christ. Constance allant à la rencontre du perfide, meurt en 361, au pi d du Taurus. L’année suivante, Julien, maître de tout l’empii’o, écrit à Antioche trois livres contre la divinité du Christ et porte, au sujet de son signe, cette accusation contre les chrétiens : « Vous adorez le bois delà croix.... en dessinant ses images sur vos « fronts, tô ~oZ cTaupoo... ;uÀov, sG.dva? «Ùtûïï GxtaypaspoïïvTîa', et eil leS tl'a- « çant au-devant de vos maisons L » Mais il ne tarde pas à écrire d’autres lignes démontrant sans réplique que cette image de la croix n’est autre chose que le chi, soit du monogramme constantinien, soit du monogramme simple, que nous avons vus gravé sur les monnaies de Constantin et de Constance, d’après les étendards. Les habitants d’Antioche ayant fait de lui des satires piquantes, il leur répond en janvier ou février 363^ par son Misopogo?i, l’Ennemi de la harhe^ où on lit :
« Mais, dit. Vccrivain d’ Antioche , le GUI n’a point fait tort à la ville ni ZeCAPPA, To Xï, ^v)gIv, ouSÈv T‘/]v TtôXïv ou5â To KaTTTra. — Cette énigme de votre sa-
gesse est difficile à comprendre. Cependant, quelques-uns des vôtres lui servant
* Dans S. Cyrill., t. VI, Contr. Jul.
LA CAPPELLA GRECA
d’interprètes nous ont appris que ces deux lettres marquaient les initiales de deux noms et que l’une devait désigner le Christ, l’autre Constance, ôr,Àôùv S eOeXeiv tô p.£v Xpicjvov, To os KojvctavTtov . . . Vous dites, en premier lieu, que j’ai bouleversé le monde. Pour moi, je ne sache pas avoir rien bouleversé ni de gré ni par violence. Vous ajoutez, enfin, que je fais la guerre au CHI, xa'i ots 7toXs[jt.w toi Xï, et vous désirez le CAPPA, etc. ’. »
Le chi, X, d’après ces deux textes péremptoires, était donc le signe du Christ ; et, d’après le texte précédent, il présentait la figure de la croix. C’est dire clairement qu’il avait cette forme, -f-, voisine du tau, T, première forme de la croix, ou que, dans sa forme directe, X, on voyait la seconde forme de la croix. En réalité, l’une et l’autre étaient employées indifféremment par les chrétiens et toujours avec les deux sens du nom du Christ et de sa croix. Mais le nom était bien le premier dans la pensée de tous : c’est le chi que les chrétiens arboraient et qu’attaquait Julien. Avec les chrétiens, le Christ ; contre eux, Julien, un Ante-christ : le monogramme du Christ est entre deux le signe de contradiction. Ce monogramme, ce nom, le X, voilà bien le signum Christi.
Julien écrivait ces doux passages sur le chi à quatre ou cinq mois de sa moi’L qui aura lieu au-delà du Tigre en 3G3. Ils nous font bien comprendre les détails d’une aventure célèbre arrivée un peu auparavant, à Constantinople, à l’empereur apostat. 11 faisait, au milieu de ses gardes, je ne sais quel sacrifice mythriaque à Hécate, et l’on interrogeait les entrailles des victimes. Pas de signe, pas de murmure des mânes évoqués ; le feu de l’autel languit ; « le ministre pa- « latin » ne peut retenir en sa main la patère de sang ; le laurier tombe du front du flamine ; le fer manque la victime qu’il veut frapper ; le prêtre s’écrie :
« Un inconnu des jeunes adorateurs du Christ s'est glissé certainement ici: le bandeau des sacrificateurs et tous les lits de pompe des dieux craignent cette race d'hommes. Loin d'ici le baptisé et l’oint! Qu'en ce sacrifice réforme revienne la belle Proserpine !
Il dit, et il s’affaisse, le visage blême, comme s’il voyaitle Christ qui le menace, un foudre à la main. Le prince lui-même, saisi d’effroi, dépose son diadème, pâlit et regarde parmi ceux qui l’entourent si quelque élève du Chrême signerait
Juliani, Opéra, Parisiis, 1630, in-4®, t. II, p. 88, 95.
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ses tempes en y dessinant le bois (de la croix), après avoir troublé par (la marque de) son front les murmures des mystères de Zoroastre. On en découvre un : c’était un écuyer de la troupe des jeunes gens, à la chevelure blonde, qui faisait la garde aux côtés de la pourpre impériale. Il ne nie point, il jette devant les spectateurs des javelots dont la hampe est gemmée d’une double lame de fer et confesse qu’il porte le signe du Christ. Le prince s’élance épouvanté d’auprès du grand-prêtre gisant, et fuit sans escorte le petit sanctuaire aux parois de marbre, pendant que la cohorte tremblante, qui a oublié son maître, élève ses regards vers le ciel et invoque Jésus. »
« Nescio quis certc svbrepsil Christicolarinn « Ilic Juvcnwn : qcnus hoc homimnn tremü infula et omne « Pulvinar Divum : lotus procul absit et unctus :
« Pillera reformatis recleat Proserpina sacris.
Dixitet exanguis collabitur,ac relut ipsum üernerel exerto minitantem fulmine Christum.
Ipse qiioque exanimis posilo diademate pr inceps Pallet et adstanles eireumspicit. ecquis alumnus ührismatis inscripto signaret tempora ligne.
Qui Zoroastreos turbasset fronte susurras.
Armiger e cuneo puerorum flammicomanlum Purpurei cuslos lateris deprenditur unus,
Nec negat et gemino gemmata hastilia ferra Projicit ac signum Christo se ferre fatelur.
Prosiluit pavidus dejeclo antistite princeps,
Marmoreum fugiens nullo comitanto saccllum,
Dum tremefacta cohors dominique oblita supinas Erigit ad cœlum fades atque invocat .Jesum ‘.
Ce garde-du-corps, àla blonde clieveluve, était un de ces Germains que Julien, chrétien encore, s’était attachés après ses victoires en Germanie, comme César l’avait fait des Gaulois lors de la guerre des Gaules. Se rappelant le labarum de Constantin il avait, pour vaincre ses ennemis, garni ses javelots, à l’endroit sans doute moins remarqué de la main et de la courroie, de deux petites barres de fer formant le chi, le signe du Christ. C’était aussi celui de la croix, car nous venons de voir le bois de la croix secrètement dessiné sur les tempes àn soldat; et Prudence, qui nous fait ce récit d’un évènement arrivé dans son enfance et qu’il n’avait pu oublier, me puero,
Apotheosis. v. 485-502.
LA CAPPELLA ÜRECA
ut memini, le fait précéder de ce bref et saisissant tableau dont il est la contre-épreuve :
« Déjà la pourpre suppliante du recteur de la race d Euée est prosternée aux atriums du Christ et le souverain dominateur adore l’étendard de la croix. »
... Jam purpura supplex
Steniilur Æneadæ rectoris ad atria Christi *
Vexiltumque critcîs sumnms dominator adorat ’.
A Julien l’Apostat va succéder J ovien, capitaine des gardes, chrétien fidèle. Sauvant l’armée perdue par Julien eu Perse, il fait reparailrc à sa tète le labarum de Constantin. Une médaille frappée à Home et ra])pelant l’entrée dans cette ville du vainqueur de Maxence, avec la légende « ADYE.XTVS AYGVSTl, arrivée de l’Auguste, » annonçait d’avance l’entrée du nouvel empereur à Constantinople. On le voit à cheval, étendant la main droite vers le ciel auquel il rend grâces, suivi d'une Yictoire qui tient une couronne et précédé d’un soldat portant le labarum. La croix grecque s’j' dessine parfaitement en haut, le monogramme constantinien étant tracé au-dessous sur une étoffe suspendue à une traverse ^ On dirait une bannière religieuse du i\Ioyen-Age ou de nos jours. C’est le monogramme et la croix du labarum de Constantin changés de place pour que la croix ressorte mieux. Mais on peut dire aussi que ce sont les deux formes du monogramme^, le chi simple, +, et le chi uni au 7'ho, ;](, ce dernier étant sur le drapeau comme un nom écrit sur un livre de pourpre et d’or, pour servir de cri de guerre.
A Jovien, qui ne régna que huit mois, succéda en 364 Yalentinicig qui s'associa Yalens, lui donnant l’Orient à gouverner et gardant l'Occident. La croix latine qui a commencé à poindre sur les monnaies de Constantin, se montre bien dessinée sur les monnaies de Yalentinien„ au lieu du chi ou du monogramme constantinien, et de pair avec eux. On la voit au haut de la lance sur laquelle s’appuie l’empereur. Lue Yictoire, appelée « la victoire des deux « Augustes, » s’appuie également sur une croix latine à larges bords pointillés, au revers d’une médaille frappée à Constantinople U
- Bandui'i, t. II, p. 444. — Ici pl. XI, 77.
3 Banduri, t. II, p. 449.
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3'Jl
Cette même croix, avec des globules ornant les extrémités de la tête et des bras, apparaît plantée sur un globe ([ue soutient une Concorde assise, devant laquelle est une étoile Le monogramme se transforme en croix latine^ mais en trahissant visililcment son origine.
Sous (Iratien, qui succéda en 375 à Valentinien en Occident, une monnaie de bronze olIVc un magnifique X, seul dans le champ, entouré d’une couronne de chê;ie C'est un souvenir du denier romain, c’est rinilialc du nom du Christ qui a donné et donne la victoire, et c’est peut-être une certaine image de la marque faite au pain eucharisti([ue que S. Zénon compare en ce temps au denier. A coup sur, c’est un dessin grandiose du signe du Christ, au moment où, transformé en monogramme constantinien, il so tranforme aussi en croix latine. « Cette moimaio compte parmi les plus rares, » dit Banduri
Le trône de Constantinople, étant vacant eu 37'J, parla mort de Valens, Gratien y plaça Théodosc, le plus habile de ses généraux, qui sera Théodose-le-Grand. Ou a un insigne monument de sa piété et peut-être de son repentir chrétien. C’est une médaille d’or frappée à Thessalonique, où un emportement lui fit commettre, en 390, cette sévérité injuste et cruelle qui amena S. Ambroise à lui interdire la porte de l’église, et un César à donner au monde par sa pénitence le spectacle d’un autre David. D’un côté de la médaille. Théodose est en buste, casqué, portant la lance et le bouclier ; il est qualifié « PFAVG, pieux, heureux, auguste.» De l’autre, il est debout, tenant de la main droite unehaste dont le sommet porte un chi inscrit dans un carré, et de la main gauche un globe symbole de cet univers qui, en 394, devint pleinement son empire. Au lieu du monogramme cruciforme qu’on voyait sous Constantin, ce globe est surmonté de la croix latine qui a fait son apparition sous Valentinien. Une étoile à huit branches est à côté de la haste et fait comme pendant au globe crucifère, le monogramme X étant entre deux et au-dessus. Le nom du Christ, son étoile, sa croix sont ici
I Ibid. « On a observé, dit M. Martigiiy, que la croix fait son apparition sur les médailles de Valentinien U'' qui mourut en 375. » P. 186.
^ Banduri, t. II, p. 449. — Ici pl. XI, 78.
* T. II, p. 489.
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réunis, et le grand Théodose en fait comme une ostension solennelle. L’exergue porte : « GLOR ORYIS TERRAR, gloire du globe (( des terres, » et s’applique à la croix du Christ, contenant d’ailleurs son monogramme, que Constantin a déjà proclamée sur une monnaie : « GLORIA EXERCITVS, la gloire de l’armée »
Que disaient en ce temps-là les Pères du signe du Christ ?
' BaniJnri, t II. ]). .ôD.'). - Ici pl. XI, 79.