LE SIGNE DU CHRIST AU SIÈCLE DE CONSTANTIN. — LES PÈRES
Nous avons entendu Lactance, au lendemain de l’apparition du signe céleste cà Constantin : nous ne pouvions ditrérer de l’entendre. C’est maintenant le tour des autres Pères de l’Eglise, en ce quatrième siècle, dit de sa paix, mais trop plein, hélas ! des guerres les plus cruelles.
Voici d’abord le grand athlète, S. Athanase. Jeune diacre encore d’Alexandrie, il écrivit ces deux livres connexes Contre les Gentils et De V Incarnation du Verbe, antérieurement, pense-t-on, à l’an 319, oii fut excommunié Arius. 11 n’y est fait aucune allusion en effet aux blasphèmes de l’hérésiarque contre le Verbe. Athanase nous montre le nom du Christ intimement uni au signe de la croix, et ce nom prononcé au moment où l’on traçait ce signe, comme si le signe de la croix était le monogramme même du Christ.
« Si la croix survenant, dit S. Atlianase, toute l’idolâtrie est renversée, si tous les prestiges des démons sont mis en déroute par ce signe, si le Christ seul est adoré et si par lui est connu le Père . . . , comment se peut-il qu’on appelle encore cela une œuvre humaine et qu’on ne confesse pas plutôt que celui qui a été élevé
sur la croix est le Verbe de Dieu et le Sauveur de toute créature ' ? Que celui
qui voudra expérimenter les choses que nous avons dites, vienne et qu’il se serve contre les prestiges des démons, les tromperies des oracles et les prodiges de la magie; du signe de la croix dont on rit chez eux (les Gentils), ayant prononcé le seul nom du Christ, tôv Xpta-ôv ôvopxcsa; p.ovov, et il verra comment par lui les démons fuient, les oracles se taisent, toute magie, tout rnalétlce est réduit à néant. Quel est donc et combien grand ce Christ qui à l’appel de son nom et par sa présence obscurcit et anéantit de toutes parts tout obsta le, seul est plus fort que tous, et remplit tout l’univers de son enseignement ® ! »
1 Oratio contra gentes, 1. Pair, grœc., t. XXV, col. 5.
® Oratio de Incarnationc Verbi, 48. Pair, græc., t, XXV, col. 181. .
LA CAPPELLA ÜHECA
Plus lard, au milieu des luttes de l'Arianisme, Athanase nous montre Antoine, l’anachorète, nullement initié aux lettres humaines, grandement à la sagesse divine, qui, après être descendu de sa montagne à Alexandrie, pour confondre les hérétiques, est visité sur cette m mlagne par des philosophes grecs païens. Antoine, qui ne sait que i’égyptien, leur dit par interprète ;
« Quel est le p<Ms beau de confesser la croix ou de prêter l’adultère et la pédérastie à le que vous appelez les dieux ?... Pour nous, en prononçant le nom du Christ crucifié, ovo[j.âÇov-:£; -ov è3Taupo)[j.£vov Xot^-ov, nous mettons en fuite tous lc< démons que vous craignez comme des dieux ; et là où se fait le signe de la croix, To arjjAEîov tou otaupou, la magie est impuissante, les maléfices sont sans vertu. B
11 y avait là des hommes tourmentés par les démons. Antoine les fait amener au milieu de l’assistance, puis il dit aux philosophes ;
« Vous par vos paroles ou par tel art ou magie que vous voudrez, guérissezles, en invoquant vos idoles ; et si vous ne pouvez pas, cessez de nous combattre^ et vous verrez la puissance de la croix du Christ. A}’’ant dit cela, il invoqua le Christ et marqua deux et trois fois ceux qui étaient là présents du signe de la croix. A l’instant ces hommes se redressèrent sains et saufs, pleins de sens et rendant, d’ailleurs, grâces au Seigneur. Et ceux qu’on appelait philosophes étaient dans l’étonnement et dans une vraie stupéfaction de la sagesse de cet homme et du signe fait par lui. Antoine leur dit : Pourquoi vous étonnez-vous de cela? Ce n’est pas nous qui V avons fait: c’est le Christ qui fait de telles choses par ceux qui croient en lui K »
Antoine prononce le nom du Christ et trace le signe de la croix sur les démoniaques : ils sont délivrés : « le Christ, » dit Antoine, a fait cela. Comme tout devient clair si l’on songe que le nom et le signe sont identiques, et que le signe de la croix c’est le signe du Christ !
En 347 ou 348, S. Cyrille de Jérusalem faisait dans la basilique de la Résurrection, où était la Croix triomphante, ses fameuses catéchèses. Le premier des Pères, ce semble, il interpréta de la croix le mot du Christ : Et alors apparaîtra le signe du Fils de l’homme dans le ciel. « Le vrai et propre. signe du Christ, dit-il, c’est
Vita St Antonii, 78. Pair, grœc., t. XXVI, col. 952-3.
LA CAPl'ELLA GRECA
« la croix, Xïi|xeïov oè àXviOs; îoixov xoü XpuJTûu Istiv ô CTaupd; ^ » H appelle la croix « le signe royal » et s’écrie : « Ne rougissons pas de la « croix, mais alors même qu’un autre la tiendrait cachée, toi mets- « en publiquement le sceau («T^payi^ou) sur ton front, afin que les dé- « mous, en voyant le signe, le signe royal (-0 >rr,y.â~iciv îSovxeç xb « paaiÀixov) fuient au loin saisis de terreur » La croix apparue dans le ciel, à Jérusalem, le 7 mai 351, jour de la Pentecôte, cette croix lumineuse, qui s’étendait du Golgotlia au Mont dos Oliviers et planait sur toute la ville, parut à S. Cyrille le commentaire saisissant du texte évangélique /e signe du Fils de l’homme dans le ciel. Mais, à coup sûr, il ne devait pas exclure de ce signe le c/u', le monogramme du Christ ; car la croix même, apparue à Jérusalem, avait la forme du chi, X ou +. Ceux qui ont parlé du prodige après S. Cyrille, Philostorge \ l’auteur de la Chronigue d’ Alexandrie, Théophane et Nicéphore \ observent en effet que la croix lumineuse était inscrite dans une couronne semblable. C'est inscrite aussi dans une couronne que la croix apparaîtra de nouveau à Jérusalem, au moment où Julien l’Apostat entreprendra d'y relever le temple judaïque, et que ce César, sacrifiant aux idoles, la verra dans les entrailles des victimes : S. Grégoire de Nazianze nous est garant de ces deux faits L Le prêtre Lucien, à qui S. Gamaliel apparaîtra en 415, dans le baptistère de Jérusalem, lui faisant la révélation du corps de S. Etienne, verra pareillement sur la tunique blanche de ce disciple de S. Paul « de petites gemmes d’or ayant au dedans le « signe de la sainte croix, gemmulæ aureæ habentes intrinsecus « samiæ crucis signum “ ». C’était donc, très-probablement au moins, dans ces cas divers, la croix carrée, -{-, c’était le chi ; et le nom du Christ resplendissait sur Jérusalem en même temps que sa croix. Ces apparitions célestes n’étaient en réalité que des variantes de celle dont Constantin et son armée avaient été témoins devant Rome.
’ Caiech., XV, 22.
^ Catech., IV, l'(.
® Hlslor. eccles., 1. III, cap. XXVI.
Cités avec Philostorge, Patrol. grœc., t. XXXIII, col. 1161.
Orat. IV in Julian, 10; Oral. III, 18.
* Epistola Lvciani ad omnem Ecclesiam. S. Augustini Opéra, t. VII. Appendix.
LA CAPPELLA GKECA
Je viens de nommer S. Grégoire de Nazianze. Son ami S. Basile, le frère de S. Basile, S. Grégoire de Nysse, et S. Grégoire de Nazianze lui-même vont nous donner les renseignements les plus importants sur l’identité du monogramme du Christ et de sa croix, comme signe du Christ.
Dans son traité du Sajjtème, parlant de la Confirmation qui en pétait régulièrement inséparable, S. Basile écrit ;
« Ceux qui dans ce Baptême ont fait profession d’être crucifiés avec le Christ, ajveiTajfôicjOa'. Toi XpirriTi, morts avec lui, ensevelis avec lui, entés en lui, ressuscités avec lui d’entre les morts, qu’ils aient l'assurance de dire en vérité : Moi je .suis crucifié pour le monde (à plus forte raison pour le diable) : je vis donc, non plus moi, mais le Christ vit en moi ' . »
Les allusions au nom du Christ et à sa croix, marqués ensemble par le sur le front des baptisés, semblent assez manifestes.
Dans son livre du Saint-Esprit, S. Basile fait remonter aux -Vpôtres le signe dont étaient marqués les chrétiens ; et, laissant transpirer la double signification de ce signe, il dit que ceux qui espéraient « au nom du Seigneur « étaient marqués du « type de « la croix » :
• Des dogmes et des enseignements conservés dans l’Église, nous tenons les uns de la doctrine mise par écrit, nous avons reçu les autres de la tradition des Apôtres, arrivée à nous dans le mystère. . . Par exemple, pour parler de ce qui est le premier et le plus vulgaire, to-j -'m-.vj y.ai /.oiyoTaTou, qui nous a appris par l’écriture à marquer du type de la croix ceux qui ont mis leur espérance dans le nom de Notre-Seigneui' Jésus-Christ, tio -•!>-«) to3 orajpoCi toj; eîç tô ovopa toj Kupioü îjpiüv ’lrîaoj Xc;t:o3 r;).-ty.0Ta; xaTaCTipaiVcsOa'. t;ç ô 5'.à ypâppaTOç oioaÇâ; ? * »
Il voit, d'ailleurs, dans la croix le signe par excellence. « Nous « savons, dit-il, que dans l’Écriture la croix est proprement appe- « lée le signe. Moïse, dit-elle, mit le serpent sur le signe, c’est-à- « dire sur la croix » D’après S. Basile, le signe, le tau des élus, la croix est gravée sur le front de « ceux qui ont mis leur espérance « dans le nom » du Christ attendu : n’est-ce pas qu'il sous-entend qu'elle représente ce nom même ?
' De Baplismo, 1. I, cap. XI, XIX. Pair, græc., t. XXXI, col. 1.550- ' Cap. XXVII.
^ Episl. CCLX, 8.
LA CAPPELLA GRECA
S. (îrégoire de Nysse rend la chose de plus en plus claire. Dans sa’ vie de S. Grégoire le Thaumaturge, le « Moïse, » comme il l’appelle bien, du troisième siècle, il raconte le fait suivant. Le diacre du grand évêque de Néocésarée alla un soir se baigner dans les thermes où le démon avait établi son empire et qui étaient inabordables durant les ténèbres. Aussitôt il se vit entouré de larves de feu et de fumée à formes d’hommes et de bêtes fauves ; mais « fai- « saut devant lui le sceau Mes chrétiens) et prononçant à haute voix « le nom du Christ, iwj~oZ 7rpo6aX)>d;i.£v&;, x.ai To toÎj XotCToîi <x\ix-
« xaXwv dvoaot, il traversa sain et sauf la première pièce de l’édifice. » Arrivé à l’intérieur, voici que la chambre s'agite comme par un tremblement de terre, lo pavé entr’ouvert laisse voir les flammes de la chaudière qui est dessous, les eaux dardent des étincelles ; « et de nouveau, les mômes armes, le sceau et le nom du Christ, « '^1 ='■“1 XpiffTou dvogc!, et le secours obtenu par les prières
« de son maître dispersent ces fantômes et réalités terribles. » Après le bain, il veut sortir ; le démon tient la porte inébranlable. « Mais le nouvel obstacle est spontanément rompu par la même « puissance : devant le sceau la porte cède, ccppayiot -7,' Odpaç Zm- « -/wpoutjr,? ‘. )) Le saint évêque de Nysse ne nous dit pas si le sceau était le signe de la croix ou celui du nom du Christ. Mais la liaison intime du sceau avec le nom est au moins manifeste. Le nom succède deux fois au sceau comme sa traduction phonétique ; et la troisième fois le sc^au tient lieu du nom lui-même, qui n’est plus prononcé, mais seulement dessiné, ce qui suffit pour sa vertu. Que le sceau dessine la croix, il est bien probable : ce qui est certain c'est qu’il parait dessiner le monogramme du Christ.
Du reste, S. Grégoire de Nysse nous dit très-nettement ailleurs que le signe de la croix avait la forme du chi. 11 enseigne que S. Paul a révélé le mystère de la croix en écrivant aux Éphésiens : Afin que vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la longueur et la largeur et la profondeur et la hauteur et connaître la charité du Christ sur passa7it toute connaissance^ afin que vo?is soyez remplis de toute la plénitude de Dieu . « Cet œil divin de l’apôtre,
‘ Patïol. grœr.., t. XLVI, col. 952.
2 Ephes., III, 18, 19.
LA CAPPELLA GRECA
<( dit-il, n’a point remarqué à tort la figure de la croix... cette figure « divisée en quatre rayons partant d’un même centre, to crx,%.a toü
« aragfo'î... X£TT»pci TrpoêoÀaT; àrco £v tw [jisaw augêQ/.yji; p.£piÇoVîvov . . . :
« il appelle profondeur ce qui va du milieu en bas, hauteur ce qui s’é- « lève, largeur et longueur ce qui s'étend depuis le centre en traie vers de chaque côté ’. » Qui ne voit le +, le signe du Christ, la croix carrée que les monuments nous montrent en ce temps même sur le front des chrétiens ?
Avec l’ami de S. Basile, S. Grégoire de Nazianze, il ne reste plus l’ombre d’un doute sur la double signification du sceau sacré. Il repousse ainsi le démon dans un de ses poèmes :
< Fuis de mon cœur, 6 Trompeur, fuis au plus vite, fuis de mes membres, fuis de ma \ie... Je porte la croi.'c dans mes membres, la croix dans mes démarches, la croix dans mon cœur ; la croix c’est ma gloire !
ÜToujpov lu.'/i; ucXsEcoi SHpw, OTaopov 0£ -^opEiV,,
ÜTctupèv 0£ xpaîtr, ■ (jTaupo; lp.oi -o xXÉo;
Mais cette croix, c’est le Christ, c’est son nom, c’est le chi. Dans le poème suivant : « Kavà tov iîov/)poà, contre le Méchant » il le conjure ainsi :
« Fuis devant l’inscription que je porte, ô Barbare, ne m’importune pas ! Fuis, Méchant, qui n’es que méchanceté: sur moi Christ est écrit:
<1>£Ûy' Bâpêape, ue oio/ÀE!,
‘lUaYE, TTOvr,po<; a— otç • XptCTTÔc
Il ne se peut rieu de plus exprès, de plus décisif. Le même signe tracé sur le front ou sur les membres désigne la croix, Ttaopov «pEpio, il désigne le Christ, XpisTo; Èu.0’1 ypai^'on. Ce signe ne peut être que le c/ii de cette forme -g, qui, nous le répétons, est sur les monuments le sceau appliqué à ceux qui sont régénérés dans le Christ.
S. Epiphaue confirme merveilleusement S. Grégoire de Nazianze, et 11‘est pas moins péremptoire. Il raconte que le patriarche des Juifs de Tibériade, Joseph, se sentant mourir, fit venir l’évêque, en le réclamant comme médecin et « lui demanda le Bain sacré, Toayiov
’ In Chi-isli resurreclionem, orat. I. Patr. grœc., t XL VI, col. 624.
* Patrol. grœc., t. XXXVII, col. 1401 .
^ Col. 1402.
LA CAl’PRLLA GRECA
«( Xourpdv — Donne-moi, lui dit-il, ce sceau qui est dans le Christ, « Swp7)(7s'i p.01 TYjv £v XpioTw c'ppaytox. » C’était doue le Christ qui imprimait le sceau au Baptême, le sceau à la Coufirmatiou : c'était le chi, dessiné, nous le savons, ou forme do croix.
Le même S. Epipliaue parle d’une femme de Cadara qui se voyant dans ce bain public exposée aux poursuites criminelles du üls du patriarche « se signa elle-même il’un sceau au nom du U Christ, attendu qu’elle était chrétienne, h 51 laufv ecppayicaTo e'i; ovoy.* « Xptffxoïj, Ota 0^ /pKTxiavyi oùca *. » Il ajoute uu peu plus loin que « cette « femme se donnait du secours par le sceau du Christ et de la foi, « ûtà Y“p fv]? (j'ppaYtûo; xou Xptoxoü y.at Tttaxsoj; £6or,0viârj y) yiiwj ■.»
Ainsi le sceau du Christ, le signe du Christ, c’est le nom du Christ. Mais c’est en même temps sa croix. S. Epiphane va nous le dire expressément et amplement. « La troisième preuve, racoiite-t-il, « que Joseph (le patriarche juif) eut de la religion chrétienne, c’est « que la puissance des maléfices n’a aucune force là où est le nom « du Christ et le sceau de la croix, o'i oùx îc/uffsv, â'vOa ovoga Xptsxou xai « ccppaYiç exaupoü, cpaptacixêta; ôûvaiaii; L » Ce même double signe du Christ et de la croix est tout-puissant contre les démons. Joseph rencontra un jour un possédé furieux. « Prenant de l’eau dans sa « main et la marquant du sceau, uppaYi'ffa; aùxà, il en aspergea cet « insensé disant : Au nom de Jésus deNazareth crucifié, sors de cet « homme, ô démon, et qu’il soit rendu à la santé » Une autre fois Joseph, étant à Tibériade aux prises avec les maléfices desjuifs qui empêchaient des fours à chaux servant à la construction d’une église de s’allumer, fit ainsi l’expérience de ce que nous appelons aujourd’hui l’eau bénite. « Ayant appliqué sur le vase avec son doigt le « sceau de la croix, (xxaupoù acppaYÎSa ETiiSeii; xS aYY^i otà xou tStou ôaxxuXou, et « invoquant au-dessus, eTxtxaXeadgsvo;, le nom de Jésus, il parla ainsi:
« Au nom de Jésus de Nazareth qu’ont crucifié mes pères et les « pères de tous ceux qui sont ici autour de moi, qu’il y ait dans cette « eau une puissance contre l’annulation produite par tout maléfice
‘ Hœres., XXX, 4.
ffeeres., XXX, 7, 8.
a Hœres., XXX, 9.
^ Hœres., XXX, 10.
LA CAPPELLA GRECA
4ÜÜ
« et toute magie et pour l'énergie de la puissance propre au feu, <( afin d’achever la maison du Seigneur. » Il jeta là-dessus avec la main de l’eau sur les fours à chaux, et la flamme s’en élança
Celui des Pères chez qui le signe du Christ est le plus nettement et le plus parfaitement expliqué est peut-être S. Epiphane. Il a de plus cette autorité qu’étant né en Palestine, il a puisé la tradition de ce signe au berceau du christianisme. L’éclat jeté par la sainte Croix à Jérusalem au quatrième siècle n’a pu y faire oublier ni reléguer au second plan la valeur fondamentale de ce signe, qui est d’être le monogramme du Christ.
flutin qui passa en Egypte sixans de 37-4 à 380 environ, nous montre les maisons d’Alexandrie couvertes de croix. Mais ces croix ne sont que le monogramme cruciforme en qui les Egyptiens reconnaissaient leur signe de la vie, le tau surmonté d’une boucle, la croix ansée, dont une tradition sacerdotale disait que le culte devait succéder à celui des dieux. Lisons le curieux récit de Rufin :
« Il arriva, à Alexandrie, que les bustes de Sérapis qu’on voyait dans chaque maison sur les murs, aux entrées, aux jambages des portes et aux fenêtres furent tous arrachés et rasés, sans qu’il en restât aucun vestiee, ni aucune désignation de divinité, ni de celle-là, ni de tout autre démon ; et qu’à leur place chacun peignit le signe de la croix du Seigneur aux jambages des portes, aux entrées, aux fenêtres, sur les mûrs, sur les colonnes. On dit que ce qui restait de païens voyant cela se rappela une grande chose rapportée par une antique tradition. Notre signe de la croix du Seigneur est tenu, à ce qu’on assure, par les Egyptiens pour un des éléments de leurs lettres, parmi celles qu’ils appellent sacerdotales, hoa-iy.aç. Ils affirment que le sens de cette lettre ou vocable est la vie à venir. Ceux donc qui, en admirant ce qui arrivait, se convertissaient alors à la foi disaient avoir appris de l’antique tradition que les objets du culte présent subsisteraient jusqu’àce qu'ils vissent venir le signe où serait la vie. C’est pourquoi les prêtres ou les ministres des temples se convertissaient plutôt à la foi que ceux dont les prestiges d’erreur et les machines de déception faisaient les délices -. »
Nous avons vu qu’à Edesse où S. Ephrem explique les mystères de « Eusage de la croix», cette image est précisément le monogramme cruciforme.
En Syrie, entre Antioche, Alep et Apamée, sur un espace de
' Hœres.. XXX, l‘2.
^ Historia ecclesiastica, 1. Il, cap. XXIX. Patrol. lat., t. XXI, col. 537.
LA CAPPELLA GRECA
Ircnte à quarante lieues, M. de Vogué a nuicoalré les restes debout d’iiu grand nombre do villes et de villages subitement abandonnés, parait-il lors de l’invasion musulmane : sorte de Pompéi cbrétionne, du quatrième siècle et des suivants. Le monogramme et la croix s’y montrent à tous les pas C’est la double forme du sifjne du Christ, où chacun savait en même temps lire son nom et reconnaître sa croix, cette double forme, dis-je, dont le monogramme cruciforme était le résumé à Edesse.
S. JeanChrysostome,à ÂntiocbeouàConstantinople, et S. Jérôme, à bethléem^ sernblent no connaître que la croix comme signe du Christ. Le premier écrit ces magnifiques paroles :
« Que pei sonne ne rougisse des symboles augustes de notre salut et du principe des biens par lesquels nous vivons et nous sommes ; mais, comme une couronne, portons en tous lieux la croixdu Christ. C’est par elle en effet que tout ce qui nous concerne s’accomplit. S’il faut être régénéré, la croix est là ; s’il faut être nourri de l’aliment mystique, s’il faut recevoir l’imposition des mains ou faire quelque autre chose, partout est présent à nous cesymbole de victoire. C’est pourquoi sur nos maisons, sur les murs, sur les fenêtres, sur nos front s, sur nos esprits mêmes nous l’écrivons avec empressement. C’est là le signe de notre salut, delà commune 1 berté,de la mansuétude de notre Seigneur, qui comme une brebis a été conduit à la boucherie. Lors donc que tu te marques du sceau, aspayfÇr,, songe atout ce que représente la croix et éteins la colère et toutes les autres passions. Lorsque tu te marques du sceau, remplis ton front d’une grande assurance et rends libre ton
âme Il ne feut pas tracer la croix simplement avec le doigt, mais tout d’abord
avec la volonté dans une grande foi. Si tu en formes ainsi le type, Iwj-oiar,; aù-ov,
sur ta face, aucun des démons impurs ne pourra tenir près de toi Ne rougis
donc pas d’un tel bien, afin que le Christ ne rougisse pas de toi quand il viendra avec sa gloire, et que le Signe apparaîtra devant lui plus brillant que les rayons du soleil ^ — 1).
« Les rois, déposant leur diadème, prennent sur le front le symbole de sa mort : sur les vêtements de pourpre est la croix; sur les diadèmes, la croix; sur les objets votifs, la croix ; sur les armes, la croix; sur la table sacrée, la croix; et de toutes parts dans l’univers la croix resplendit plus que le soleil. Son lit de repos sera un monument d’honneur ^ ».
S. Jérôme, suivant le commentaire d’Origène et des juifs chrétiens, chez qui Origène s’était renseigné, sur le passage d’Ezéchiel
' Revue archéologique, avril 1863.
^ In Miiilh., LIV. Patrol. grœc., t. LVIII, col. 537.
^ Contra Judæos et Gemiles quod Christ. as sil Deus. Ibid., 1. 1. Oper. col. 821.
lA CAPPELLA GRECA
relatif au signe des élus, écrit à son tour : « La dernière lettre de « l’alphabet hébreu, le thau, a la ressemblance de la croix qui est « peinte sur le front des chrétiens * et dont le signe est souvent « dessiné par leur main » Il montre S. Antoine qui « arme sou « front de l’impression du signe salutaire» contre le démon déguisé en bippocentaure S. llilarion qui, aux prises avec les démons, tombe à genoux et « met comme un sceau la croix du Christ sur son « front ^ ; » sainte Paule qui, à la mort de son mari et de ses filles étant toujours en péril elle-même, «signe sa bouche et son estomac « et s’efforce d’adoucir la douleur de sa mère par l’impression de la U croix ^ » Il écrit à Eustocbium, fille de Paule : « A tout acte, à « toute démarche que ta main dessine la croix du Seigneur ® ; » et à la vierge Demédriade : « Clos la chambre de ta poitrine et munis « tou front avec le signe souvent répété de la croix, pour que l’auge « exterminateur d’Egypte n’ait pas de prise sur toi \ »
Mais, d’autre part, S. Jean Chrysostome attribue au nom du Christ les mêmes propriétés, le même rôle qu’à sa croix, et il le montre pareillement resplendissant comme un diamant sur le front des chrétiens :
« Et quoi que vous fassiez en parole ou enœuvre,à\t S. Paul, que tout soit au notn de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en rendant grâce par lui au Dieu et Père. Si nous faisons ainsi il n’y aura rien de souillé, rien qui ne soit pur là où le Christ sera invoqué. Si vous mangez, si vous buvez, si vous contractez mariage, si vous allez loin de votre maison, faites toutes choses au nom de Dieu, c’est-à-dire en l’appelant à votre aide. En toutes choses priez-le d’abord, puis mettez la main à l’œu^Te. Voulez-vous parler? Commencez par faire ainsi. C’est pourquoi nous aussi nous mettons en tête de nos lettres le nom du Seigneur. Car si les noms
des consuls rendent un écrit inébranlable, combien plus le nom du Christ !
Là où on place le nom de Dieu, tout est de bon augure. S’il met en fuite les démons, s’il chasse les maladies, à plus forte raison fera-t-il le succès des affaires.... Par ce nom l’univers a été converti, la tyrannie a été brisée, le diable a été foulé
‘ Avec l’huile sainte.
* In Ezech., IX, 4.
* Fito S. Pauli, 7.
* Fi7o S. nUarionis, 0.
* Epitaphium Paulæ, ad Eustochium, 20.
* Epist. XXII, 37.
' Epist. eXXX, 9.
LA CAl’PELLA ÜRECA
aux pieds, les deux ont été ouverts. Que dis-je, les deux? Isous-mémes nous avons été régénérés par ce nom. Si nous l’avons, nous resplendissons. 11 fait et les martyrs et les conlcsscurs. Conservons-le comme notre grand don, afin que nous vivions dans la gloire, que nous plaisions à Dieu et que nous soyons dignes des biens jiromis à ceux qu’il aime, la grâce et la philanthropie [l’amour de l'homme par Dieu) '.
L’idoiilitc du signe rcpréscntanl la croix et de celui représentant le nom du Christ ressort naturellement des textes comparés de S. Jean Chrysostomc. N’est-elle pas également insinuée dans ce passage de S. Jérome comparé au précédent :
9 Maintenant les voix et les lettres de toutes nations font entendre la passion
du Christ et sa résurrection La barbarie des liesses (de Thrace) et les troupes
des peuples couverts de |)eaux qui jadis iiinnolaienl les hommes aux dieux infernaux ont rompu leurs cris sauvages pour faire une ilouce mélodie de la croix et le monde entier n’a qu’une voix, le Christ, stridorem suum in dulce crucis freyerunl mclos, eltotius miindiunavox Christus est-, »
La tradition sur le monogramme comme signe premier du Christ ne persistait pas moins en Occident qu’en Orient.
Un texte semble tout d’abord, il est vrai, la contredire. Dans l’inscrip'.ion du Consignat07'ium attenant au baptistère de la basilique vaticane, lieu où, à la Confirmation, le Pontife marquait du signe les enfants, c’est-à-dire les néophytes, iibi Pontifex consignabat infantes, dans cette inscription, dis-je, attribuée à S. Damase, constructeur du baptistère, et qui est de son temps, le signe du Christ ne porte c[ue le nom de « croix ».
Istic insolites cœlesti flvmine lotas Pastoris svmmi dextera signât oves.
Hue, vndis generate, veni, quo Sanctvs, ad vnvrn Spiritvs vt copias te sva dona vocal.
Tv, Crvce svscepta, mvndi vitare procellas Disce magis monitos hac ratione loci
1 In Epist. ad Coloss., cap. III. Homil. IX ad finem.
^ Epist. LX ad Heliodorum, 4. An. 396.
’ L’inscription a été publiée par M. de Rossi, T)e tit. carth., p. 520. Il lit monitus {Bulletino, 1867, p. 88) là où le ms. donne monitos. Monitos pouvant rigoureusement s’expliquer, nous le maintenons, d’après la règle critique qu’il faut préférer une leçon difficile à une leçon facile, et parce que monitus est une faute trop criante contre la prosodie.
LA CAPPELLA GRECA
« C’est ici que la droite du Pasteur suprême marque du signe les brebis innocentes lavées dans le fleuve céleste. Engendré de l’eau, viens en ce lieu où le Saint-Esprit t’appelle, pour recevoir absolument tous ses dons. Aj'ant pris sur toi la croix, apprends de plus en plus que ceux qu’avertit la destination de ce lieu évitent les tempêtes du monde. »
Mais l’allusion évidente au texte de S. Paul ; Loin de moi de me fjlorifier autre part que dans la croix de Notre-Seiqneur Jésus-Christ, parce que le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde. Dans le Christ Jésus.,, il y aune nouvelle créature ', et le souvenir assez clair aussi de la doctrine de tant de Pères, professée à Rome par S. llippolyte, que le vaisseau de l’Eglise échappe aux tempêtes du monde parce qu’il est en forme de croix, mais de croix carrée ou chi, -p ^ montrent bien que le nom du Christ, au lieu d’être exclu par la croix, dans l’inscription du Consignatorium, doit bien plutôt y être compris. La croix faite là sur le front des néophytes était en effet, tant de monuments nous l’ont montré, cette croix carrée. H-, que nous savons être le monogramme du Christ. S’il pouvait y avoir du doute sur cette extension du texte tu, cruce suscepta, ce doute serait écarté par les textes contemporains eux-mêmes.
Rappelons-nous les paroles si décisives de S. Ambroise dans l’oraison funèbre de Valentinien :
a Mon Valentinien, mon jeune homme est blanc et vermeil, a}'ant sur lui l’image du Christ... Ne voyez point là d’injure : les jeunes esclaves portent inscrit sur leur corps le caractère de leur seigneur et les soldats sont marqués du nom de l’empereur... Qu’il me soit donc permis de marquer du caractère du Christ son jeune esclave »
S. ^Vmbroise dit ailleurs, en commentant la Genèse :
« Ceux-là sont enfantés en qui est formée l’image du Christ... Aussi l’Épouse en rpii était déjà formé le Christ, dit : Place moi comme un sceau sur ton cœur,
' Gai., VI, li, 15.
- De Chrislo et Aniichristo, LIX. — M. de Rossi dit des deux derniers vers : n Ces paroles font allusion à des images qui avertissaient le uéoph5Ùe d’éviter les orages de ce monde. La mer et le navire battu par la tempête avaient donc leur rôle dans les décorations du fameux édifice baptismal où était conservée la chaire de S. Pierre. * Bulletino, 18G7, p. 88. II y a au moins une allusion à la croix, forme du navire qui échappe aux tempêtes ; et peut-être est-ce la seule.
^ Patrol. lat., t. XVI, col. 1376.
LA CAri’KLLA GUECA
comme un sceau sur ton bras (Cant.VIII, 6). Le Christ est un sceau sur le front, c’est un sceau sur le cœur, sUjnaculum Christus in fronte est, signaculum in corde, sur le front pour que nous le confessions toujours, sur le cœur pour que nous l’aimions toujours ; c’est un sceau sur le bras pour que nous le traduisions toujours en œuvres... Qu’il soit notre tête car la tète de l’homme c’est le Christ, ipse sit caput nostrum, quia caput viri Christus »
Avec cela S. Ambroise ne laisse pas d’entrevoir dans le « caractère du Christ, » c’est-à-dire dans son monogramme, la figure de sa croix. Ne dit-il pas, à la suite de l’auteur de l’épitre attribuée à S. Barnabe, en parlant des 310 serviteurs d’Abraham : « Il s’ad- « joignit ceux qu’il juga dignes d’ètrc du nombre des fidèles qui « devaient croire en la passion do Notio-Soigneur Jésus-Cbrist. Car « la lettre grecque T signifie 300, et III exprime un total do 18 ^ » T c’est la croix, III sont les initiales de Jésus. Les fidèles sont donc marqués à ce double cachet ; la croix est l’associée du monogramme du Christ ; et S. Ambroise no s’abstenait pas sans doute de la reconnaître avec tout le monde dans le monogramme même qui la dessinait.
S. Paulin qui, à Milan, en 394, écrit de S. Ambroise à Alypius, son propre ami et celui de S. Augustin : « J’ai été toujours nourri <( dans la foi par la dilection d’Ambroise, et maintenant par elle je « suis réconforté dans l’ordre du sacerdoce : enfin il a voulu m’at- « tacher à son clergé pour que dans les divers lieux où je passerai « ma vie, je sois son prêtre » S. Paulin écrit à Noie, en 401, en suivant lés pas de S. Ambroise : « Abraham ne vainquit pas les « princes ses adversaires par la multitude et le courage des légions, « mais par le sacrement de la croix dont la figure est représentée « par la lettre grecque T indiquée par le nombre 300 » Il appelle
la croix « le signe du Seigneur, de signa Domini \ le signe céleste, « sigmim... cœleste ^ Unis, non?, avons dit qu’il distingue deux sortes de croix, et voit la croix non-seulement dans le tau, mais
‘ De Isaac et anima, cap. VIII. Patrol. lat., t. XIV, col. 530 ^ L. de Ahrah., cap. IL ® Patrol. lat., t. LXI, Epist. III, col. 163.
‘ Epist. XXIV, ad Severum, col. 300.
^ Epist. XXXII, ad Severum, col. 336.
® Ibid., col. 337.
LA CAPPELLA GRECA
encore dans le monogramme du Christ. Donnons ici avec tous ses précieux développements, tout son important et varié symbolisme, le texte de S. Paulin sur la croix. Un voleur ayant enlevé la croix de l’autel de la basilique de Noie qui, à l’inverse du labarum de Constantin, offrait en bas de la tige d’une croix latine le monogramme dit constantinien, S. Paulin, dans son poëme sur la récupération miraculeuse de cet étendard sacré, écrit, en 404, cette admirable page :
« Je parlerai tout d’abord, puisque mon sujet le demande, des dessins de la croix et dirai comment la peinture a coutume de la figurer de deux manières, ou avec une transenne à deux cornes sur un bâton droit, ou déployée au moyen de trois verges en cinq cornes. !.a forme de la croix offre en son ari’angement deux aspects. Tantôt elle présente sur un mât de navire l’apparence d’une antenne, c’est-à-dire la lettre qui chez les Grecs a coutume de désigner le nombre 300, dont la tige unique a transversalement au sommet une barre en forme de joug (T). Tantôt cette même croix, composée avec un appareil différent, fait entendre comme en son monogramme le nom du Christ Seigneur (>^), car le signe qui dansles chiffres de numération des Latins désigne le nombre dix (X) est le chi de l’alphabet des Grecs. Au milieu est le rho (P), dont la cime a un sigma (o) qui, courbé vers la tige où il s'applique, fait un O en exécutant une espèce de cercle. La ligne droite penchée (X) fait un I, qui chez les Grecs s’appelle iota. Cette même tige s’en allant en arrière par un trait court T forme un tau. Et ainsi les six lettres (C P I C T O C), exprimant le Nom qui est au dessus de tous les noms, sont réunies dans une seule figure, et trois verges forment un seul caractère. Etant un il dessine en même temps six lettres, de sorte qu’en son unité et avec ses trois verges il signifie que le Seigneur est trine et un tout ensemble. Et Dieu est dans le Christ que la concorde des trois pensées divines a fait naître pour nous revêtu d’un corps. C’est là le mystère de ces deux verges (X) qui sont inclinées avec des faîtes également étendus et qui, attachées et cohérentes par une emboîture médiane, regardent leurs extrémités d’en bas qui sont écartées, de leurs sommets pareils. Au point où elles se renconü’ent, c’est-à-dire au milieu, une verge, telle qu’un sceptre royal. s’élève au-dessus plus superbe, signifiant que le Christ Dieu règne sur toutes choses, lui qui, étendant sa croix par les quatre extrémités du bois, atteint avec leurs quatre parties les dimensions de l’univers pour attirer de tous ses bords les peuples à la vie. Et parce que le Christ, Dieu qui est tout, est devenu pour tous, par la mort de la croix, le commencement de la vie et la fin des maux, V Alpha entoure la croix avec VOmega, l’une et l’autre lettre formant avec trois verges deux figures diverses de trois lignes (A w), car c’est la perfection qu’un esprit unique et une triple force. C’est l’Alp7ia aussi pour moi et c’est l’Omepa, leChrist, qui, embrassant également ’es extrémités. de ce qui est en bas et de ce qui est en haut jusqu’aux dernière limites, a conquis en vainqueur les lieux infernaux et
LA CAPPELLA GRECA
aussi les lieux célestes, et, brisant les abîmes, a pénétré dans les deux ouverts, rapportant, après avoir dompté la mort, le salut victorieux. Dès que la victoire l’a eu réuni à la droite du Père, il a placé sur le trône céleste le trophée de son corps et fixé par-dessus tous les astres l’étendard de sa croix.
Cette image donc que le voleur, agité vainement des furies de l’avarice, avait emportée avec sa main polluée de la maison sainte, elle est ainsi disposée par l’ai't d’une manière admirable, qu’elle représente l’une et l’antre effigie de l'éternelle croix A celle qu’une double barre compose de son poids solide est jointe
en bas, à l’extrémité du métal prolongé, une petite couronne entourée de gemmes variées ; c’est aussi la croix du Seigneur, qui, ceinte, comme d’un diadème, resplendit avec l’image éternelle du bois vital n
Ante tamen, quia ns hæc postulat, ipsius instar Enarrabo crucis, qualem et pictura biformeui Pingere consuevit, baculo vel stantc bicornem Vel per quinque tribus dispansam cornua virgis.
Forma crucis gemina specie componilur ; et nunc Antennæ speciem navalis imagine mali Sive nolam græcis solitam signare trecenlos Explicat cxislens, cum stipite figilur uno,
Quaque cacumen babel transverso vecte jugalur .
Nunc eadem crux dissimili compacta paratu Eloquitur Dominum tanquam monogrammatc Chrislum, Nam nota, qua bis quinque notai numerante Latino Calculus, hæc græcis Chi scribiturct mediataUho.
Cujus apex et Sigma tenet, quod rursus ad ipsam Curvatum virgam facit Ovelut orbe peracto.
Nam rigor obstipus facit quod in Hellade Yota cxt.
Tau idem Stylus ipse brevi rétro a cumine ductus Effcit, atque ita sex. quibus omni nomine Nomen Celsius exprimitur, coeunt elementa sub uno Jndice, et una tribus firmatur littera virgis.
Sex itaque una notas simul exprimit, ut tribus una Signifcct virgis Dominum simul esse ter ununi.
Et Deus in Christo est, eguem sumpto corpore tiasci Pro nobis voluit trinæ concordia mentis.
Idque sacramenti est, geminæ quod in utraque virgæ Ut deducta pari fastigia fine supinant,
Infra autem distante situ parili pede constant,
Affixæque sibi media compage cohærent.
Et paribus spectant discreta cacumina summis.
His interrnedio coeuntibus insista puncto Virga velut sceptrum regale superbius extat.
S. Paulin, dit M. de’Rossi, à propos de ces vers, indique manifestement qu’il faut reconnaître proprement la croix dans la lettre chi, cnicem in i'psa proprie littera -f arjnocendam esse aperte significat Nous comprendrons maintenant le sens de quatre épigrammes célèbres de S. Paulin, lequel a pu échapper à plus d’un archéologue.
Au-dessus de la porte d’une des cinq basiliques conjointes formant son église cathédrale, il avait fait peindre « le signe du Sei- « gneur, de signa Domini super ingressum picto, » accompagné de ces trois vers “ :
Siijm'/icans reynare Deum super oiania Chrislum Qui cruce dispansû per quatuor extima ligni Quatuor altingit dimensurn partibus orbem i'i traliat ad vilain popidos ex omnibus oris.
El quia morte crucis cunctis Deus omnia Christus Exstat in exortum vitæ, finemque malorum ,
Alpha crucem circumstat, et w, tribus utraque virgis Littera diversani terna ralione pguram Perficiens, quia perfectum est mens una, triplex vis.
Alpha itidem mihi Christus et u>, qui summa supremis Finibus exceisi pariter complexus et imi Victor cl inferna et pariter cœlestia cepit,
Effractisque abijssis cœlos penetravit apcrlns Victrieem referens superata morte saluteni.
Utquc ilium Patriæ junxit Victoria dextræ,
Corporcum statuil cœlesli in sede Iropœum.
Vcxillumque cruci super omnia sidéra fixit.
Ilia igitur species quant fur agitatus avaris Incassum furiis pendente refixerat unco Pollutaquc manu sancta amandaverat aula,
Hoc opère est perfecta modis ut consita miris Æternæ crucis effigicm designet utramque...
Huic autem solido quam pondéré régula duplex Jungit, in extrema producti calce metalli Parva corona subest variis circumdata gemmis Hæc quoquecrux Domini tanquam diademate emeta Emicat æterna vitalis imagine ligni.
Poema XIX, v. 608-676.
‘ De Ht. carth., p. 523.
2 Ibid., col. 336.
LA CAPPELLA GRECA
(k'rnc roronalam Domini super alria Chrisli Stare Crucem dura spondcntem celsa labori l’ræmia : tnlle Crucem, qui vis auferre coronam.
« Contemple sur cet atrium la croix couronnée du Chi ist Seigneur : elle promet à un dur labeur une luiutc récompense : porte la croix, toi qui veux enlever la couronne. »
A l’entrée d’un autre basilique, < à droite et à gauche, avec des croix peintes eu vermillon, » « il y a, écrit le saint lui-mème, « CCS épigrammes ’ :
Ardua floriferæ Ceux cinqitur orbe cornnæ,
Kl Domini fuso lincta cruore rubel,
Qmeque super siijnum résident cœlrsle columbæ Simplicihus produnl régna patere Dci.
« La croix élevée est ceinte du cercle d’nne couronne tressée de fleurs : elle est rouge étant teinte du sang que le Seigneur a versé. Les colombes qui repos- nt sur le signe céleste montrent que c’est aux simples qu’e.st ouvert le Royaume de Dieu. 1)
Ilac Cruce nos mundo et nobis interjice mundinn, interilu culpæ vivificans animam.
Nos quoque perfides placilas libi, Christe, columbas,
Si vigeat puris pars tua peetoribus.
a Par cette croix fais-nous mourir au monde et le monde à nous, en vivifiant l’âme par l’anéantissement des fautes. De nous aussi tu feras des colombes qui te plairont, ô Christ, si en des poitrines pures triomphe ton influence. »
Enfiu, à l’abside d’une des liasiliques oruée d’uue mosaïque, où parmi les palmes et la pourpre, iusigiies du triomphe, ou voit eu bas l’Agueau de Dieu, pierre angulaire de l’Eglise, debout sur un rocher d’où s’échappent quaire sources sonores, « fleuves de vie, « Evangélistes du Christ, » apparaissent en haut une couronne encadrant une croix, sur la couronne la colombe du Saint-Esprit et sur la colombe une image du Père se rapportant à cette scène qui suivit l’entrée triomphale à Jérusalem ; Jésus leur répondit (à André et à Philippe), disant : l'heure est venue où le Fils de l'homme sera glorifié... Père, glorifiez votre nom. Une voix vint donc du ciel : Et je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. La foule qui était debout et qui
' Ibid., col. 337.
LA CAPPELLA GRECA
avait entendu la voix, disait que c’ était un coup de tonnerre'. Sur les monuments chrétiens, cette scène est rappelée par une main ® émergeant d’un nuage au-dessus de la tête du Christ, le montrant du doigt et lui apportant une couronne \ Le tableau en mosaïque de la basilique de Noie, était expliqué par une épigramme commençant par ces vers * :
?leno coruscal Trinitas mysterio,
Stat Christus Agno, vox Patris cœlo lonal,
Et per Columbam Spiritus Sanctus finit.
Crucera corona lucido cingit globo,
Cui coronæ suni corona Apostoli,
Quorum figura est in columbarum choro.
* La Trinité brille pleinement dans ce mystère ; le Chr'st est debout en agneau, la voix du Père tonne du haut du ciel, et par la colombe découle la rosée de l’Esprit-Saint. Une couronne ceint la croix de son globe lumineux : cette couronne a pour couronne les Apôtres représentés par un chœur de colombes. »
Cette croix inscrite dans une couronne est, selon toutes les probabilités, la croix de la seconde forme indiquée par S. Paulin, le monogramme du Christ. Dans les nombreux exemples, en effet, où on voit les colombes — qui d’ordinaire sont deux, figurant le Judaïsme et la Gentilité — en rapport avec la mystique couronne, cette couronne contient toujours le monogramme L Le monogramme constanlinien est escorté de six colombes d’un côté, de six de
' Joan., XII, •:3-2'J.
* a Votre droite, Jéhovah, a été magnifique en force, » chantait Moïse, Exod. XV, 6.
" Mosaïque des Saints-Côme-et-Damien, vers 530. Ciampini, t. II, tab. XVI. — Mosaïque de Saint-Apollinaire, vers 567. Ibid., tab. XXIV.
* Palrol. lat., col. 336. La mosaïque de l’abside de la basilique de Fondi était pareille en somme. Mais les Apôtres manquaient t et, aux côtés de l’Agneau, il y avait à droite, les brebis, les élus ; à gauche, les boucs, les réprouvés. Voir l’épigramme de S. Paulin, col. 339.
® Aringhi. t. 1, p. 311, sarcophage du cimetière du Vatican. — Ici pl. XII, 1. Un sarcophage du Musée de Latran présente le même sujet, et aussi un sarcophage du Musée d’Arles, Millin, pl. LXV, 3. Contentons-nous de signaler encore quatre inscriptions datées de 378, 384 ou 385, 409, 431, dans les Inscript, christ. de M. de Rossi, et, pour finir, Tépitaphe de la lyonnaise Merula. M. Le Blant, Inscript, chréf,, pl. 8, 33.
LA CAPPELLA GRECA
l’autre, sur la frise d’un sarcophage d’Arles C’est lui qu’on voit dans la couronne remplaçant la figure du Christ, au milieu des figures des douze Apôtres Le monogramme cruciforme est au milieu de douze colombes et encore de douze agneaux sur une table d’autel gallo-romain du musée de Saint-Germainen-Laye, dont nous parlerons plus loin. Sur une des ampoules de Jérusalem conservées à Monza, le monogramme a cette forme 4-, au milieu d’une zone circulaire offrant les tètes des douze Apôtres Que ce monogramme du Christ, où apparaît sa croix, convient bien, d’ailleurs, comme insigne, à une basilique que S. Paulin nous dit être « dédiée au nom du Christ Seigneur, Basilica... « innomme B omini Christi jam dedicata celehratiir ! ’' ■>'>
Pendant que S. Paulin de Noie s’exprime ainsi sur le signe du Christ au midi de l’Italie, écoutons ce que dit au nord S. Zénon do Yérono. Comment no pas donner ici en entier ses précieux textes déjà cités et commentés? A la dédicace do son église il fait une description du temple vivant des fidèles, dont le temple matériel est l’imagé mystique. Ce temple vivant a pour colonnes les sept dons du Saint-Esprit; il a trois parties unissant l’unité à la plénitude selon le texte de S. Jean ; Il y en a trois qui rendent témoignage sur la terre, l’esprit, l’eau et le sang, et ces trois sont un " ; il a un lieu secret au sanctuaire, celui du cœur et de la prière, d’après le mot du Christ : Priez votre Père dans le secret il a douze portes, trois sur chacune des quatre faces du corps : le front, je pense, la bouche, la poitrine sur celle de devant; les bras, les flancs et les jambes sur les côtés; le cou, les épaules et les reins sur la face postérieure : toutes portes gardées contre le démon par le bois de la croix, puisque tout le corps était oint à la Confirmation et que Ponction se faisait en forme de croix. La croix ! il semble qu’on la retrouve dans ce bois que S. Zénon adjoint au pain' eucharis-
» Millin, pl. LVI, 6.
® Aringhi, t. I, p. 311 ; Millin, pl. LXV, 3.
® Mozzoni, Tavole chronologiche-critice délia storia délia chiesa universale, VII« secolo.
^ Co. 335.
I Joan., V, 8.
« Matth,, VI, 4.
LA CAPl’ELLA GRECA
tiquo et qu’il parle du signe dont était marqué le pain. Si c’est le coffret dans lequel on emportait l’Eucharistie qu’il indique, il ne laisse pas de faire allusion probablement au bois sacré représenté sur l’Eucbaristie elle-même. Voici les paroles de S. Zéuon :
« Tressaillez donc d’allégresse et connaissez p^r ce nouvel édifice, dont votre heureux nombre a rendu la capacité étroite quelle construction vous êtes vousmêmes...
Dans les fondements de tout cet édilice il n’y a pas plusieurs pierres comme dans le Temple des juifs, mais une seule pierre, grande, éclatante, précieuse et belle qui soutient seule toute la masse de la tour carrée ( Ephes. 11, 20). La tour n’est pas desservie par des files variées de colonnes innombrables et puissantes. Sept colonnes lui suffisent. Elle ne contient point de mer d’airain .' elle a la mer vive de sa source qui coule toujours, mer qui ne doit pas causer de naufrages, mais conduire les naufragés à une vie suave. Elle n’a ni or, ni argent: les martyrs sont tous ses trésors. Elle ne demande pas la lumière aux fenêtres; en elle réside le soleil éternel Elle a trois parties inestimables dans l’unité de sa plénitude [ine .timahilia unius plenituJinis tria illi sunt inemhra), un lieu secret {secret arium) et douze portes toujours ouvertes que défend de l’attaque de l’ennemi un bois proéminent, aj'ant lu foriive de la lettre tau. Chose vraiment admirable ! Chaque jour le temple est construit, chaque jour il a sa dédicace ; de moment en moment il est émaillé de fleurs peipétuelles et de gemmes diverses, de pierres (précieuses), de perles; et, comme c’est une œuvre vivante, il n’a point d’autre toit que le ciel.
« Je dirai ensuite quel salaire, quelle ration y estdis'.ribuée chaque jour. A tous on donne également un pain avec le bois, l’eauavec le vin, le sel, Icfeu et l’huile, la tunique neuve et un denier ; et celui qui le reçoit de bon cœur et, reçu, ne le néglige pas, mais qni persévère dans le travail jusqu’à la fin, la tour étant achevée, il demeurera toujours en elle et possédera des richesses innombrables '. »
Le denier baptismal va revenir deux fois : d’abord dans cette invitation sacrée aux catéchumènes :
« Accourez, accourez, frères, vous serez bien lavés ! L’eau vive tempérée par l’Esprit-Saint et un feu très doux, vous invite de son caressant murmure. Déjà le maitre du bain, ayant ceint ses reins, vous attend, prêt à vous donner ce qu’il faut pour l’onction et pour essuyer vos membres, et de plus le denier d’or marqué de trois empreintes unies ensemble {triplicis numismatis uniotie signatuin). Réjouissez-vous donc - ! »
’ Lib. I, tract. XV, Pair, lat., t. XI, roi. 356, - Lib. n, tract. XXXV, col. 480.
LA CAPPELLA GRECA
Puis dans ces congratulalions aux néopliytes :
« Salut, frères, nés aujourd’hui dans le Christ.... ü grande Providence de notre Dieu! O charité pure d’une bonne Mère ! ... Pour que rien d’adultérin ne soit enfanté par elle, pour qu’elle ne paraisse pas aimer plus ou moins tel enfant, elle donne à tous une seule nativité, un seul lait, une solde unicjue, une seule dignité, celle de l’Esprit-Saint h »
Le signe du Christ apparaît donc dans S. Zenon comme un T et comme la marque du denier, ^ ; et l’on voit que c’est le monogramme du Christ en môme temps que sa croix.
Et maintenant nous allons comprendre des textes de prime ahord ambigus, j’allais dire presque inintelligibles, de i’rudence.
Dans son Hijmnaire quotidien, Cathemerinon, composé l’an 405, il adresse avant le repas cette prière au Christ :
O crucifer bone, lucisalor,
Omniparens pie, Verbigena,
Edite corpore virgineo,
Sed 2)7'ius in genitore potens,
Astra, solum, mare quam fièrent,
\ Hue nitido precor intuitu
Ftecte salutiferam faciem,
Fronte serenus et irradia Nominis ut sub honore tui Has epulas liccat capere.
Te sine dulce nihii, Domine,
Nec juvat ore quid appetere,
Pocula ni prius atque cibos,
Christe, tuus favor imbuerit,
Omnia sanctificante fide.
Percuta nostra Deum sapiant Chrisius et influât in paieras, etc.
« O porte-croix plein de bonté, semeur de la lumière, pieux auteur de toutes choses. Verbe incarné, produit d’un corps virginal, mais déjà puissant dans le sein du Générateur avant que les astres, le sol terrestre, la mer, fussent faits.
Incline ici, je t’en prie, avec un regard souriant, ta face salutaire, envoie-nous plein de sérénité les rayons de ton front, afin qu’étant sous l’honneur de ton Nom il nous soit permis de . rendre ces mets.
« Sans toi rien n’est doux, Seigneur; et il n’y a point de charme à approcher
' Lib. II, tract. XLII, col. 491.
LA CAPPELLA GRECA
quelque chose de ses lèvres, si d’abord les coupes et les aliments n’ont été imprégnés de ta faveur, ô Ciu’ist, la foi sanctifiant toutes choses.
« Que nos plats aient la saveur de Dieu, et que le Christ pénètre dans nos coupes etc. »
Comment lo Christ est-il appelé du premier mot, avant qu’il soit question de la Création et de l’Incarnation, « porte-croix, » si ce n’est que son nom figure cette croix que ses épaules doivent porter, que la croix est attachée à sou nom et identifiée à ce nom même? J’avoue que je ne puis comprendre cette expression crucifer si elle ne se rapporte pas au monogramme du Christ, X, qui est en môme temps la ligure de la croix. C’est le Christ, c’est son nom dont il est question dans tout le début de cette prière, selon la prescription de S. Paul, à l’occasion spéciale des repas : Rendant toujours grâces pour toutes choses, au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, au Dieu et Père ^ C’est le monogramme du Christ que nous trouvons le plus souvent sur les fonds de coupe ; et le voici précisément, avec la forme -g du chi et de la croix, sur trois cuillers romaines d’argent, du cinquième ou du sixième siècle, portant les noms des trois propriétaires Alexandre, Faustus, Quadragesima h Trois cuillers d’argent de ce même temps, trouvées à Bordeaux, présentent le monogramme cruciforme h Voilà qui explique bien le crucifer qui commence le Bénédicité de Prudence.
L' Hymne de Prudence après le repas finit par cette strophe :
Nos sempcr Dominum Patron fatentes In te, Christe Deus, Deum loquemur unum,
Constanterque tuam crucem feremus.
a Nous, reconnaissant toujours le Père pour Seigneur, nous proclamerons, en vous, ô Christ-Dieu, un Dieu unique, et nous porterons avec constance votre croix »
Etant « dans le Christ » , c’est-à-dire marqué du signe du Christ, de son monogramme, on porte sa croix : in te, Christe... tuam cru-
‘ Cathernerinon, III, v. 1-17.
" Ephes., V, 20.
3 Bulletino, 1868, tav. VIII.
* M. E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. II, p 370
® Cathernerinon, IV, v. 100-2.
LA CAPPELLA GREC A
cem fe^'emits : n’est-ce pas que le monogramme et la croix sont tout un?
Dans \'IIi/mnc avant le sommeil, il y a nn mélange du nom du Christ et de sa croix^ une sorte do confusion des deux par une substitution brusque de l’un à l’autre qui déroute en apparence le discours et le rend incomprébensiblc à pi’emièrc vue. Tout s’ex[)lique, tout devient clair, et ce jeu de mutation est un vrai charme si l’on songe que le signe de la croix et le signe du Christ sont le même signe. Voici le texte do Prudence :
Chris tus
finie inclilus perenne Tribuit Pater tribunal, flanc obtinere jussit Nornen supi'a omne nomen.
flic præputens cruenti Extinctor antichristi
. . . Quæ (bestia) sacratum Præ ferre nomen ausa est,
Imam petit (jehennam
'• Christo perempta vero...
Ciiltor Dei mementu Te fontis et lavacri Rorem subisse sanctum.
Te chrismate innotatum Fac, cum vacante somno Castum petis cubile,
Frontem iocumque cordis Crucis figura signet
ürux peint omne crimen,
Fugiunt crucem tenebræ :
Tali dicata sîgno Mens fluctuare nescit Procul, O procul vagantum Portenta somniorum.
Procul esta pervicaci Præstigiator astu I 0 tortuose Serpens Qui mille per meandros Fraudesque fluctuosas Agitas cpiieta corda.
LA CAPPELLA GRECA
Üiscede, Christus hic esi,
Hic Christus est, liquesce :
Siynum qiiod ipse nosti, üamnat tuam catermm.
Corpus licet faticescens Jaceat reclinepaullum,
Christum tamen sub ipso Meditabimur sopore.
« Le Cliribt... . C-’est à lui que le Père connu de fous a concédé le tribunal perpétuel. à lui qu’il a ordonné de porter un Nom au-dessus de tous les noms. —
C’est lui le desti ucteur tout-puissant du sanglant Ar.lechrist — La Bête qui a
osé prendi’e sur elle son Nom consacré *,'s’en va au fond de la gehenne, anéantie par le Christ véritable
ï Adorateur de Dieu, souviens-toi que tu as passé sous la rosée sainte de la fontaine et du Bain, que tu as été marqué avec le chrême.
« Quand donc à l’appel du sommeil tu gagnes un lit chaste, que la figure de la croix scelle ton front et la place de ton cœur.
«La croi.x chasse tout crime; les esprits de ténèbres fuient la croix: consacré par un tel signe l’esprit ne connaît plus de fluctuations.
«Loin, loin les prestiges des songes errants, loin le Trompeur aux fourberies obstinées !
« O Serpent tortueux qui par mille méandres et par des fraudes survenant à flots agites les cœurs en repos,
« Va-t-en, le Christ est ici ! Le Christ est ici, évanouis-toi ! Le signe que tu connais bien condamne tes cohortes.
a Si notre corps qui s’affaise git un moment couché, même dans le sommeil nous méditerons le Christ »
(c Le Christ est ici, CIIRISTVS HIC EST, » c’est ce que nous lirons clans un siècle, au temps de Clovis, sur les bras d’une grande croix ayant au haut la boucle du i'/w, qui est gravée sur une tombe en Bourgogne b C’est le monogramme cruciforme disparaissant dans la croix, mais c’est lui tout d’abord, c’est tout d’abord le nom du Christ : Christus hic est.
La même confusion, qui pour nous n’en est plus une, a lieu dans les vers où, quelque temps auparavant, Prudence, dépeignant
' Le nombre de la Bête dans l’Apocalypse est 666. Le clii vaut 600. La Bête a donc usurpé le chi, le signe du nom du Christ. C’est ce que veut dire Prudence, ce me semble.
- Cathemerinon, VI, v. 97-152.
^ Revue de l’Art chrétien, t. XIX, 1875, p. 25. — Ici pl. XII, 7.