IJISTOIRE DE LA CAPPE!.LA GRECA
Notre travail serait incomplet s’il ne comprenait les annales de notre ilîuslrc chapelle. Pour les trois premi-n’s siècles, il n’y a qu’à résumer ce que nous avons exposé. Pour les quinze autres, dormons à neuf les faits qu'il nous a été possible de recueillir.
Le cimetière de Priscilla a été bâti dans un arénaire, sur le côté gauche de la voie Salare, au troisième mille environ de Rome. Cet arénaire appartenait à la famille réputée sénatoriale de Pudens, l’hôte de S. Pierre, ou à de riches époux juifs, Aquila et Prisca, les compagnons de S. Paul, liés d’amitié avec la famille. Cette Prisca, nommée encore Priscille dans le Nouveau Testament, ou une Priscille, qu’on tient pour la mère plutôt que pour l’épouse de Pudens, a donné le nom au cimetière. En face, de l’antre côté de la voie Salare, un nommé Ostrien, semble-t-il, fondait en même temps le cimetière qui portera ce nom, où était la fontaine de Pierre, où Pierre baptisait, où l'on vénérera la chaire où Pierre siégea la première fois. Mgr Crostarosa vient d’en retrouver et M. Armeliini d’en reconnaître la chapelle ’. Cet Ostrien dont le nom rappelle Publias Ostorius Scapula, propréteur de Bretagne, son fils, Marcus, et le chevalier Ostorius Sabinus qu’on rencontre sous Claude et Néron dans Tacite n’était point sans relation avec la Priscille juive ou la Priscille romaine, puisqu’on a trouvé dans son cimetière ces inscrip-
‘ Bulletino, 1876, p. 150.
2 A., XII, 31, 38, 39; Ag., 14.— A., XII, 31; XIV, 48; XVI, 14, 15.— A., XVI, 23, 30, 33.
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tinns : AOVILIAE PRISEE IN PAGE ’ — PRISCO PATRÎ RENE MERENTl IN PAGE... IN SIGNO — PR^SCiNO PVERO RENE
MERENTI IN PxVCE Colomb? R Poisson N Le souvenir de S. Pierre
domine donc à la fois l’un et l’autre cimetière, et, par ces noms Aquüa et Prisca, le souvenir aussi de S. Paul.
Le noyau primordial du cimetière de Priscille se trouve, à quelques pas do la voie Salare, marqué par deux chambres sépulcrales, construites au bord d’un vaste couloir de l’arénaire, l’une en face, rautre sur le côté d’un escalier qui paraît avoir été construit dès lors pour les desservir, et qui est venu à nous dans l’état du moins où il était à la paix de l’Eglise. A cette époque, cette seconde chambre prendra la forme d une basilique et sera revêtue de marbre : la romaine Priscille et Pudeiis semblent y avoir reçu la sépulture. La première, toute t;q)issée jadis de feuillage en stuc très fin, est peut-être le monument d’Aquila et Prisca, inhumés là, à la manière des Juifs, c’est-à-dire déposés, étant embaumés et enveloppés de bandelettes, sur une table au fond de la chambre fermée. On n’a pas tardé à adosser au flanc de cette chambre, objet d’une vénération particulière, une chapelle pour la réunion des fidèles aux anniversaires des défunts ou en d’autres circonstances, l’église du cimetière de Priscille. Son sanctuaire a imité la forme cubique du Saint des Saints du temple judaïque ; il a été orné de peintures représentant les épreuves de l’Eglise à Babylone, les merveilles de sa délivrance par le Ghrist, les joies et la paix de la Jérusalem d’en haut Les filles de Pudens, les saintes vierges Pudentienne et Praxède ont vu ou fait exécuter ces peintures un peu après, sinon avant la persécution de Dioclétien.
Praxède dépose, vers le milieu du second siècle, un 19 mars, le corps de sa sœur dans la chambre de leur père. Le prêtre Symétrius, saisi chez elle, au mont Esquilin, au moment où il tenait une assemblée religieuse et martyrisé avec vingt-deux chrétiens, est déposé
‘ Aringhi, t. J, p. 608.
" Boldetti, p. 85.
* J’ajoute ici pour la planche VII, 3, les dimensions de celle des Quatre Saisons qui subsiste seule du grand sujet des Saisons et du Bon Pasteur, couvrant la voûte et ses pendentifs. Le cercle qui l’enveloppe mesure en hauteur 0”5L
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ensuite par Praxède elle-même, un 26 mai, dans l’église du cimetière, au fond de la nef, en face du sanctuaire. Cette égiise commence ainsi à devenir un MapTÛpiov, une Confession.
A quelques années de là, Praxède est déposée par le prêtre Pastor, lié comme Symélrius avec sa famille, auprès de son père et de sa sœur.
L’an 162, deux des sept fils de sainte Félicité, martyrisés avec leur mère sous Marc-Aurèle, Félix et Phili{)pe, après avoir expiré sous les bâtons, seront déposés au cimetière de Priscille. 11 semble que c’est dans la chambre en forme de croix qui est au fond du couloir de l’arénaire, à côté de la chambre de Pudens et de ses deux saintes filles. Quelques restes de son revêtement de fin stuc et de sa décoration légère et gracieuse indiquent le second siècle. De nombreux graphites attestent raffluence des visiteurs. Un monogramme constantinien marque leur passage au quatrième siècle ou un peu plus tard. Ce lieu, en un mot, présente les caractères d'un sanctuaire historique et d’une sépulture de martyrs ; et c’est à l’époque de Félix et Philippe qu’il s’adapte bien.
Dans le courant du second siècle ou dans le suivant, des chambres furent creusées dans le tuf, aux bords du grand couloir de l’arénaire, entre autres celle qui est à côté de la petite basilique présumée de Pudeutienne et Praxède et qui porte à la voûte des traces d’un Bon Pasteur
Au second siècle, au troisième peut-être, Obrimos inhuma, dans le bras gauche d’alors de la cappella greca, en face de l’entrée, Palladios et Nestoriané dont les épitaphes grecques ont donné son nom moderne et vulgaire à la chapelle.
Vers la fin du siècle, entre 275 et 283, la martyre Prisca, rapportée de la campagne romaine, du côté d’Ostie, par le pape S. Eutychien, fut inhumée, il nous semble, dans le bras droit, c’està-dire dans le couloir de l’entrée qui fut ainsi fermée. C’est donc à
> Le plan, planche I, ne les marque pas toutes. Il y en a une à droite de D, à côté de la petite chambre ornée de stucs faisant vis-à-vis à l'escalier, qui devrait porter la lettre de rappel H. C’est cette chambre, omise sur le plan, où la Commission d’archéologie sacrée a encastré dans le mur la plaque de marbre commémorative des fouilles et réparations portant la date de 1864.
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ce moment, et cerlainemcnt c’est en ce temps que l’ancienne entrée de l’églis(‘. éiant condamnée, une nouvelle fut ouverte au fond du sanctuaire, en face de l’escali(!r de descenle. Une grande basilique souterraine fut formée alors, ou ne tarda pas à l’ètre, avec l’ancien couloir do l’arénaire. Elle réunissait sur ses bords diverses chambres sépulcrales, les chapelles des saintes Pudentienne et Praxéde, notre cappella greca, celle revêtue de feuillage en stuc où on est porté à voir Aqiiila et Prisca, celle enfin qui se rapporte bien à Félix et Philippe.
L’entrée nouvelle de la cappella greca fut placée juste sous le buste de la statue de Nabuchodonosor dont elle supprima la colonne. Tout le reste des peintures fut religieusement conservé, mais avec quelques restaurations. A droite de l’entrée, le Christ qui vient au secours des trois Hébreux, restant intégralement ce qu'il était, les trois Hébreux furent repeints sur l’ancien enduit, c’est-à-dire à sec. C’est, à n'en pas douter, un simple rafraîchissement de cette partie du tableau effacée ou endommagée. L’iàdoralion des Mages, autant qu’on en peut Juger par ses faibles restes, date aussi de ce temps pour son coloris aux tons verts. La peinture primitive aura été aussi restaurée. Ce petit et capital tableau devant se trouver maintenant au front du sanctuaire, à la place d’honneur, demandait à être bien visible à une hauteur qui est presque celle de la chapelle. Il avait pu souffrir déjà des infiltrations qui l'ont à peu près voilé pour nous, et rien ne s’explique mieux qu’une vivification de ses teintes à cette époque. Le dôme du centre delà croix, aux pendentifs duquel on aperçoit encore plus d'une Crante, parait avoir reçu de même alors un remaniement de sa décoration première et plus -ou moins la décoration dont nous voyons quelques restes.
Tout le soubassement de la chapelle, soit dans l’ancien sancluaire sous les peintures, soit dans les absiilcs, à la hauteur de la conque, fut décoré à fresque de grands caissons imitant un placage de marbre de couleur. Un feston com[ios i de dcmi-rosacc‘S, opposées par la convexité et croisées, courut dans l'ancien sanctuaire, au haut de la plinthe, sous le tableau du Cbrist et des Hébreux el sous celui de Susanne et de Daniel, ayant ici pour pendant, en face, une corniche en stuc. Un large filet couranL au milieu de la plinthe,, sous le Christ et les Hébreux, fait ourlet autour du cintre de la nouvelle
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porte, et fixe liion à l’ouverture de c<‘tte porte même la date de tout ce système de d<'Corat:oii
Le sol fut surbaissé d'euviroti Go ceiit. pour le mettre au niveau de la grande église souterraine. Mais on laissa au-dessous du tableau de la délivrance de Susanne un banc en maçonnerie, utile au service liturgique, et dans l’intérieur de la niche carrée et sur les bords des deux niches circulaires, des restes du pavé, qui ont continué à marquer l’ancien niveau. La cappella (jreca retournée présentait ainsi les trois Hébreux el Moïse frappant le rocher, derrière la porte; les scènes de Susanne, le paralytique et peut-être Lazare, sur les cotés de la nef; les Saisons et le Bon Pasteur à la voûte; f’x\doratioii des Mages au bord de la coupole centrale; le sarcophage de Symétrius, si je ne me trompe, à la idch ■ du fond; celui de Prisca, de même à celle de gauche ; ceux de P.dladios, enfin, et de Nestoriaué à celle de droite. C’est l’état où devait être l’église du cimetière de Priscille à la fin du IIP siècle ; et c’est celui où les pèlerins du YIP paraissent avoir trouvé les lieux.
Durant les trois premiers siècles, dans le suivant peut-être, un Âquila ou un Aquilinus, ou une Aquileia semble avoir été inhumé dans la cappella greca ou aux alentours. C’est ce qu’indique le fragment.
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trouvé là. Il ne peut cadrer qu’avec trois ou quatre autres familles romaines, qu’on n’y rencontre pas, tandis que la famille d’Aquila y élaiC nous en sommes certains. Un
PYDENS FELIX
fut inhumé dans l’étage inférieur du cimetière. L’escalier de cet étage part de la grande église souterraine, à coté do la petite basilique, qui nous semble avoir été la sépudure de Pudens.
A la tin du troisième siècle, le cimetière de Priscille entre dans une nouvelle phase. Il devient le cimetière papal. Les papes du premier et du second siècle avaient tous reposé autour de saint Pierre, au cimetière du Yatican. Ceu.x du troisième, à commencer par saint
‘ Planche I, 4 ; pl. iV, 1.
LA CAPPELLA GHECA
Zéphyria, à finir par saint Miltiade, furent déposés, la plupart, au cimetière des Cæcilii, auquel a donné son nom saint Calixte, qui l’a organisé, non loin des Catacombes^ où ont reposé ensemble, quelque temps après leur martyre, et où reposent de nouveau à ce moment, saint Pierre et saint Paul. Les prédécesseurs de Miltiade, Marcellin et Marcel, martyrisés par Dioclétien, ouvrent, à la fin du troisième siècle et au commencement du quatrième, le série des six papes qui, pendant un siècle et demi, apporteront leurs dépouilles mortelles au cimetière de Priscille.
Le ayant dit que le pape Marcellin fut décapité
avec Claudius, Gyrinus et Antonin, ajoute : « Et après cela, par or- (( dre de Dioclétien, les corps saints restèrent étendus sur la place « trente-six Jours, pour servir d’exemple aux chrétiens. Puis le « prêtre Marcel recueillit ces corps la nuit, assisté de prêtres et de « diacres, récitant des hymnes, et les ensevelit sur la voie Salare, au « cimetière de Priscille, dans le cubicalum clanim (la chambre « claire), lieu public jusqu’à ce jour... en une crypte, auprès du corps « de saint Crescention, le YII des calendes de mai L » Le même Livre 'pontifical dit du prêtre Marcel devenu pape ; « Il pria une matrone « nommée Priscille, et il fit le cimetière de Novella, hic fecit cymete- « 7'in7n Noiile, sur la voie Salare L » Ce cimetière, situé sur la droite de la voie Salare, entre le cimetière de Priscille, auquel il fait face, et le cimetière d'Ostrien, situé sur la gauche de la voie Nomentane, était tout à fait distinct du premier, auquel il est maintenant réuni. C’était son appendice ou plutôt son supplément nécessité par les circonstances. Le pape Marcel « s’occupa, dit bien M. Marucchi, de « réorganiser l’Église après la persécution, pendant que durait en- « core la confiscation des cimetières et des édifices chrétiens. 11 est « donc naturel qu’il ait été obligé d’établir d’autres lieux de sépul-
1 Pair, lat., t. CXXVII. col. 1467.
^ M. S. de Berne, 408. Le ms. .5110 de Paris porte cymilerium nobile, leçon venue de la précédente et due à un copiste inintelligent et téméraire. Les autres ms., ayant perdu la leçon primitive, lisent simplement /u'c /ec^t cymiterntm ou cymeteria via Salaria. Avec la leçon Noille communiquée à la Conférence d’archéologie chrétienne à Rome, du 26 mars 1876, « M. l’abbé Duchesne a trouvé la « notice historique de ce cimetière de Novella, » dit le pi’ocès-verbal fait par M. Marucchi. Bulleüno, 1877, p. 67.
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« ture pour remplacer ceux que retenait le fisc » C’est ainsi que le pape Marcel fonda cette annexe du cimetière de Priscille ; et c’est une Priscille nouvelle, appelée pour ce Novella — d’après Blanchini, n’hésitant pas à l’affirmer ^ — , qui, propriétaire du sol et faisant plus ou moins les frais de l’établissement, lui donna pour nom ce qui paraît être son surnom à elle-même. Cette troisième Priscille se rattache manifestement à la Priscille romaine et à la Priscille juive que nous trouvons au cimetière contigu, autour de la cappella greca. Les mêmes noms des deux cotés de la voie Salare indiquent le même domaine ou deux domaines dans la même famille. Comme pour aider à cette identité, que nous ne pouvons préciser davantage, voici que le Pape Marcel, fondateur du cimetière de Novella, fut — la confiscation des cimetières étant levée, paraît-il, au moment de son martyre — déposé au cimetière de Priscille. « La bienheureuse Lucine, dit le « Livre pontifical^ recueillit son corps et l'ensevelit dans le cimetière « de Priscille, sur la voie Salare, le Vil des calendes de février »
L’antique église du cimetière de Priscille ne pouvait, au milieu de ces événements, ne pas recevoir des marques d’une vénération spéciale.
Le pape de la paix de l’Église, qui a vu Constantin élever en plein ciel des basiliques ou maisons royales sur les cryptes des martyrs, pour servir de vestibules triomphaux à leurs sépulcres^ saint Sylvestre sera déposé dans une basilique de ce genre, construite audessus du centre primordial du cimetière de Priscille, c’est-à-dire au-dessus environ de cette grande église souterraine, devenue insuffisante, où s’ouvrent comme des chapelles la crypte de Priscille, Pudens, Pudentienne et Praxède, celle d’Aquila etPrisca, celle enfin de Symétrius et Prisca, qui est, croyons-nous, notre cappella greca, l’aînée vénérable de ces plus libres et plus vastes sanctuaires. Cette basilique sur terre portera le nom de saint Sylvestre dont elle est peut-être l’ouvrage. Ses prédécesseurs Marcellin et Marcel, les deux frères Félix et Philippe, fils de la mère aux sept enfants martyrs et martyre elle-même, de cette Félicité que Rome considère
' Procès-verbal. Ibid.
^ In Lib. Pontif. Marcellus.
» Pair, lat., t. CXXVII, col. 1481.
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comme un de ses puissants patrons et les cendres d’un groupe considérable de martyrs anonymes y ont été transportés ou vont l’être pour la consacrer et recevoir un culte plus digne que dans leurs cryptes souterraines trop modestes. Félix et Philippe et les martyrs anonymes sont sous le maître-autel. A droite est le pape Marcel avec saint Marcellin, sans doute ; à gauche de saint Marcel est saint Sylvestre. 11 a été rejoint par saint Libère, fondateur de la grande basilique de Marie et martyr des Ariens. Saint Sirice qui a inspiré Tliéodose, comme saint Sylvestre a fait Constantin, et saint Céleslin qui a proclamé Marie Mère de Dieu à Éphèse, déposé le blasphémateur Nestorius à Constantinople, envoyé des missionnaires en Irlande, viennent rejoindre saint Sylvestre près des saints martyrs. Tous, martyrs et confesseurs, en ce glorieux monument, disent à la terre et au ciel la résurrection première des saints et leur règne de mille ans avec le Christ, enfin inauguré dans le monde.
Dans le courant du quatrième siècle, un visiteur traça au minium et en caractères romains, sur la frise de la plinthe, au bas de la fresque représentant le Christ qui apparaît à l’appel de Susanne, tentée et menacée par les juges infâmes d’Israël, cette acclamation qu’on lit encore et sur laquelle nous avons tant disserté :
NAVIGI VIVAS IN | L
« Navigius vis dans le Christ ! »
On peut juger du concours des Romains et, en particulier, des grands de Rome au cimetière de Priscille, par la richesse exceptionnelle de ses décorations et par ses objets précieux. Les plus belles intailles, les plus beaux camées viennent de ce cimetière ^ ; on y a rencontré des émaux nombreux Une piastre de bronze, du troi-
‘ FELICITAS CVLTRIX ROMANARVM — SANCTA M.\RTYR MVLTVM PRÆSTAS, pai'oles de l’inscription accompagnant son image, dans son oratoire près des Thermes de Titus. Bullelino, 1869, p. 45.
* L’acclamation est antique ; et on peut se demander si ce monogramme, dit constantinien, ne serait pas antérieur à Constantin. Il aurait alors un prix nouveau et des plus rares. La restauration de la chapelle à l’endroit où il est tracé paraissant être de la fin environ du IIP siècle, il ne serait cependant, même en cette hypothèse, que des premières années du IV« siècle.
® M. de Rossi, Rom. soit., t. III, p. 581. — Cf. Boldetti, p. 496.
* Rom. soit., t. III, p. 601.
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sième ou du quatrième siècle, a offert les bustes de saint Pierre et de saint Paul dont les souvenirs étaient si paidiculièrement vivants en ces lieux. Ces Mages qu’on voit à l’entrée du sanctuaire primitif de la cappella greca, apportant leurs magnifiques présents, semblent vraiment avoir inspiré les hôtes ou les visiteurs du cimetière de Priscille.
Le pèlerin qui, de 623 à 638, fera le tour des cimetières de Rome, sortant de celui des Jordanie où reposent trois des fils de sainte Félicité, Vital, Martial et Alexandre, en face, sur la voie Salare, de la basilique de Sainte-Agnès qui est sur la voie Nomentane, à l’autre bout d’une voie rectangulairement transversale, écrira :
« Ensuite on monte de la même voie (Salare) à l’église de saint Sylvestre. Là repose une multitude de saints ; d’abord saint Sylvestre, pape et confesseur, et à ses pieds, saint Sirice, pape, et à droite, Célestin, pape, et Marcel, évêque ; Philippe et Félix, martyrs, et une multitude de saints sous l’autel majeur; et dans une crypte (spelutica) Crescentius, martyr ; et dans une autre, sainte Prisque, martyre, et Firaitis {Usez Symétrius) repose en un cubiculum près de la sortie {i?i cubiculü quando exeas)\ et dans une autre, sainte Potentienne (Pudentienne), martyre, et Praxède. »
Le second pèlerin, dont l’itinéraire a eu lieu de 648 à 682^ écrira avec moins de précision que le premier, mais en le confirmant pleinement :
« Ensuite la basilique de Saint-Sylvestre, où il gît, recouvert d’un tombeau de marbre, et les martyrs Célestin, Philippe et Félix. Et là même CCCLXV martyrs reposent dans un seul sépulcre. Et près de là Paul et Crescentianus, Prisca et Semétrius, Praxède, Potentienne reposent »
En ce temps-là, on célébrait encore chaque dimanche le saint sacrifice dans les cimetières chrétiens. Jean III^ pape de 360 à 563, décréta que le Latran, c’est-à-dire le palais pontifical, fournirait à cet effet les oblations, les pains, le luminaire L Sergius I, qui a siégé de 687 à 701, étant simple prêtre, du titre de Sainte-Susanne, montrait un grand zèle à célébrer non seulement dans le cimetière dépendant de son titre, mais dans les autres : per cœmeteria diversa soient-
’ Ibid., p, 5’J7.
^ Ibid , t. I, p. 176.
® Ibid., p. 177.
^ Lib. Pontif.
nia impegre celehrabat \ Ce zèle est signalé : donc il était rare. Grégoire 111, fait pape en 731, rétablit la célébration trop négligée du saint sacrifice dans les cimetières, mais ne la rendit obligatoire que pour les anniversaires des martyrs. Le Latran en faisait toujours les frais ^ On voit par ces traits quelle a dù être Thistoire de la cappella greca du quatrième siècle au neuvième. On ne trouve pas, d’ailleurs, ni par les textes, ni par des indices archéologiques, qu^elle ait été l’objet de réparations de la part des papes qui, du sixième au neuvième, n’ont cessé de faire des travaux dans les catacombes. Les tremblements de terre, l’action du sol et du temps et les barbares ont ménagé la cappella greca, qui nous est arrivée, en somme, avec son excellente construction de la fin du premier siècle ou du commencement du second, et son remaniement et rafraîchissement de la fin du troisième. Le stuc seul de sa voûte est tombé. Cette église du cimetière de Priscille, la plus ancienne qui soit restée des cimetières chrétiens, est aussi une des dernières que la piété, aux prises avec la nécessité, ait consenti à abandonner. C’est saint Léon IV, pape de 847 à 835, qui en a retiré les corps saints et y a fait cesser le cultp.
Depuis 648, les papes, contraints par l’état de la campagne romaine qui, au milieu des calamités publiques, devenait déserte et ne pouvait plus assurer le respect ni même l’existence à certains sanctuaires, avaient transporté d’époque à époque les saintes reliques dans les basiliques urbaines. S. Léon IV, qui créa la Cité léonine pour protéger le tombeau de S. Pierre, fit la dernière grande translation. Elle s’étendit à divers cimetières dont ceux de St-Calixte, de St-Sébastien, de Prétextât sur la voie Âppienne, et celui de Priscille sur la voie Salare. « Le bienheureux pape, pour « l’honneur de Dieu, avec la plus grande application et la plus « grande affection de cœur, rassembla admirablement dans 1 inet térieur des murs de la Ville de nombreux corps de saints qui « gisaient ignorés... Aquilinus, Âquila et Prisca, Narcisse {martyr
avec Crescention) et Marcellin, Félix et Simétrius... Marcel — « Pudentienne... et la tête de la très sainte vierge Praxède, les
‘ lUd.
2 Roma soit., t. I, p. 219.
« plaçant et les enfermant également tous sous le saint autel *. »
Les corps d’Aquila et de Prisca et celui de Prisca la martyre furent transportés à l’église de l’Aventin qui, dans les documents des quatrième, cinquième et sixième siècles, a le nom de tituliis Priscæ ou S. Priscæ, et au commencement du neuvième, dans la vie de S. Léon III, celui de titulus beatorum Aquilæ et Priscæ. C’était le lieu de la maison d’Aquila et Pxisca, où ils avaient reçu S. Pierre et S. Paul. Au dix-septième siècle, Panciroli signale dans cette église de Ste-Prisque la présence de ces trois corps saints d’Aquila, Prisca et la mart}Te Prisca ^ Des parcelles des corps d’Aquila et Prisca avaient été envoyées en Allemagne en 887, avec la déclaration qu’elles appartenaient aux compagnons de S. Paul. On en trouve également à Rome dans les églises de Ste -Cécile et de St-Thomas in Cenci L Aquilinus n’avait probablement pas été séparé d’Aquila et des deux Prisca. La translation de la vierge Prisca avec Aquila et Prisca, dans leur ancienne maison changée en église, indique bien, d'ailleurs, qu’elle était de leur famille.
Au dix-septième siècle, on montrait les reliques de Symétrius et de ses compagnons aux Quatre-Saints-Coiironnés, l’église dont était titulaire S. Léon IV, étant cardinal, et qu’il se plut à enrichir de corps saints, étant pape. On en montrait encore à St-Sylvestre, au champ de Mars L
Les reliques de Pudens sont signalées, par Piazza, en 1713, à Sainte-Susanne et à Saint-Pierre ^
C’est S. Pascal I" qui le premier avait fait la translation des corps des saintes Pudentienne et Praxède, les déposant dans la crypte de la splendide basilique construite par lui, vers l’an 820, sur l’emplacement de la maison de Ste Praxède. Mais une partie du corps de Ste Pudentienne et la tête de Ste Praxède avaient été laissées à leur ancien tombeau du cimetière de Priscille. S. Léon IV acheva la translation, comme l’indique l’auteur de sa Vie. Vers le X1I“ siècle,
' Vitæ Pont. Pair, lat , t. CXXVIII, p. 517-
^ Tesori nascosti dell’ aima Ciltà di Roma, In Roma, 1625, indice delle Reliquie de’ Santi.
‘ Panciroli.
® Emerologio di Roma, 1713, p. 339.
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un bel autel en mosaïque et une magnifique peinture qu’on voit encore, furent exécutés au devant du tombeau. La peinture représente la Vierge Orante, tenant de la main gauche une fleur qui est son Fils. De ce coté est Ste Pudentienne, dont on lit le nom; de l’autre Ste Praxède. Elles portent chacune une couronne dont elles font hommage à la Mère de Dieu ’. Les deux corps furent retrouvés dans la crypte, avec des indices authentiques, sous Benoît .XIII, en 1729. On les remit, en 1735, dans leur sarcophage orné de simples strigiles, et qui paraît être leur sarcophage primitif. Il est dans la Confession, à droite en regardant l’autel ; et on y lit l’inscription moderne :
CORPVS S. PRAXEDIS — CORPVS S. PUDENTÎANÆ.
A l’entrée de la Confession est cette inscription :
Sanctarum Virginum,
Pudentianæ ac Praxedis sororum corpora Ex cæmetet io Priscillæ a Paschali I sub ara maaima In antiquis hujus Ecclesiæ cryptis recondita Sedente Bviedicto XIII In sacrœ absidis restauratione a. MDCCXXIX Communi omnium lœ itia inventa Certaque ratione recognita et sig)ds munita In urna inftriori
Solemni ritu ac pompa reposita sunt Anno R. S. MDCCXXXV.
Une partie du corps de Ste Pudentienne avait été remise dans l’église qui fut la maison de son père et la sienne et la cathédrale de S. Pierre, l’église Pudentienrte , appelée de Ste Pudentienne. Ce trésor fut retrouvé au commencement du XYIIP siècle. Il enrichit aujourd’hui le tombeau du maître-autel.
Le cimetière de Priscille fut bientôt oublié. Il restera enseveli sept siècles. Un accident, tel que le tremblement de terre de 897, qui renversa la basilique souterraine de Sainte-Pétronille ^ jeta bas, si ce n'était déjà fait, tout le revêtement de stuc des deux voûtes
‘ M. Perret, t. III, pl. XIII, a donné une admirable copie de cette peinture.
- Bulletino, 1874, p. 74.
LA CAPPELLA GRECA
spacieuses de la cappella greca. Les terres, arrivant de la grande église souterraine où l’escalier et les deux lucernaires les versaient d’en haut, et les gravois de tout genre envahirent la chapelle. Charriées en talus jusqu’à la niche du fond, ces matières s’élèveront du tiers aux deux tiers de sa hauteur. D’Agincourt a dessiné, 0 la fin du dernier siècle, une coupe longitudinale do la chapelle, ainsi encombrée, qui nous représente ce qu’elle a été durant près de mille ans, jusqu’au milieu de notre siècle. Après la découverte inattendue, le 31 mai 1578, d’un coin du cimetière d’Ostrien, sous la vigne de Sanchez, maintenant du collège irlandais, à la droite de la voie Salare, qui fut le principe de la découverte des catacombes, Baronius, le dominicain Ciacconio et de Wingh, gentilhomme de Louvain, dans l’enthousiasme de l’événement, ne tardèrent pas à explorer le cimetière, situé très-près de là, à gauche de la voie, sous la vigne de Cuppis. Baronius et Ciacconio le reconnurent pour le cimetière de Priscille ; de Wingh en leva le plan, en lui donnant son vrai nom ; et Ciacconio dessina les peintures de six chapelles voisines de la cappella greca, dont celle do la Vierge L 11 n’est guère douteux qu’ils virent tous trois la cappella greca. Si Ciacconio n’en dessina rien, c’est qu’il n’y trouva de reconnaissable que les petits sujets de Moïse et des trois Hébreux, et peut-être de l’Adoration des Mages ; que les deux grands sujets de Susanne étaient en partie recouverts d’énormes taches de poussière et d’humidité, et inexplicables ; et que des compositions mieux conservées et plus intelligibles eurent la préférence de son crayon.
11 en fut de même de Bosio. 11 a visité la cappella greca où nous trouvons sa signature. Lui qui a dessiné tant de peintures du cimetière de Priscille, il n’a rien pris de cette chapelle, non plus que du cubiculum de la Vierge. L’état plus ou moins fruste des peintures de ces chambres et l’embarras où il a dû être de les interpréter lui a fait porter son choix ailleurs. 11 a dessiné, entre les deux, la chambre où l’on voit à la voûte le Bon Pasteur et celle où l’on a cru voir l’Annonciation.
Les archéologues romains des dix-septième et dix-huitième siècles Severano, Boldetti, Marangoni, Blanchini, Bottari, Marini, ne se
* Ses dessins sont à la Bibl. Vatic., n° 5409.
LA CAPPELLA GRECA
sont pas ai’rêtés à la cappella greca. Elle a en retour vivement attiré l’attention de Seroux d’Agincourt qui y a déposé sa signature avec ces deux dates 1782, 1786. 11 en a dessiné ' le plan par terre ; la coupe transversale et la vue du côté de la délivrance de Susanne ; un fragment d’une des trois bordures semi-circulaires de stuc; un fragment de la corniche de la plinthe régnant au-dessous de la tentation de Susanne; les deux tableaux de Susanne, moins la partie supérieure des deux vieillards et de Susanne, dans le premier, et de Susanne à côté de Daniel, dans le second, qu’il a trouvée effacée sous les taches ; le Christ et les trois Hébreux ; Moïse frappant le rocher, moins le palmier — deux sujets qu’il a rapprochés arbitrairement sur son dessin — ; et enfin, la conque de l’abside du fond. 11 est évident que d’Agincourt appréciait fort, au point de vue de l’art, les peintures de la cappella greca et le monument lui-même, bien qu’il ne les plaçât que « du lY*" au Y“ siècle ». Ne se permit- il pas à leur égard un de ces attentats dont est restée chargée sa mémoire?
« Dans ces années, dit M. de Rossi, où ceux qui cultivaient la science archéologique avaient déserté le champ delà Rome souterraine, Seroux d’ Ægincourty entra, en écrivant l’iiistoii e de la décadence des arts. Il dessina fort peu de peintures inédites et n’enrichit pas de notables accroissements la science des cimetièi’es suburbains. Comme il était le seul de son temps qui parlât de découvertes nouvelles, tout signalement fait par lui paraissait néanmoins chose très rare. Mais il donna un détestable exemple, qui fut le dernier coup dans la voie de destruction des monuments des cimetières. Les fresques peintes sur le stuc des murs avaient seules échappé jusque là à une dévastation barbare, excepté celles du célèbre tombeau du fossoyeur Diogène, que Boldetti tenta de détacher et qui tombèrent brisées en morceaux et quelques images d’Orantes transportées au musée des Bénédictins à Gatane. D’Agincourt voulut posséder des échantillons des peintures des cimetières, et il détacha des stucs quelques figui’es ; ce mauvais exemple apprit aux fossoyeurs qu’il y avait encore un pas à taire dans leur œuvre de destruction
Il est manifeste que des tentatives de ce genre ont été faites à la cappella greca. Une ligne de trous se dessine de distance en distance autour du tableau représentant Susanne entre les vieillards, Susanne et Daniel. Le fragment de stuc contenant les restes du pa-
‘ T. VI, pl, IX.
* Boldetti, p. 64.
® Rom. soit., t. I, p. 61.
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ralytique est isolé tout autour par un sillon assez large pratiqué au fer ou au marteau ; et l’on se demande si la partie supérieure du paralytique et tout un sujet en face, sur l’autre mur, n’auraient pas succombé sous ces fatales tentatives. Trois grandes cicatrices, au bas . du tableau de la tentation de Susaune, formées par je ne sais quel ciment noir, semblent, au moins deux, être le fait de cette industrie. Un petit sphinx droit, aux pattes de devant raides et extrêmement longues, qui s’appuient sur le bord d’une fournaise ou d’un puits c\ triple assise, ce sphinx, dis-je, tracé en creux sur le ciment frais, au-dessous de l’image du Christ venant au secours de Susanne et paraissant lancer les fléaux de l’Apocalypse, fait soupçonnner qu’il est un mémorial mis exprès d’une figure enlevée. 11 n’est pas facile de se l’expliquer autrement. Est-ce d’Agincourt qui a tenté de détacher ces fresques de la cappella greca? Je ne puis l’affirmer ni le nier. Quel que soit le coupable, il a vu qu’il devait renoncer à son projet.
« L’inutilité de la tentative a dissuadé de la continuer, » dit M. de Rossi, parlant de ces cas de vandalisme et peut-être du nôtre en particulier L
Les dessins de la cappella greca de d’Agincourt parurent dans le vf volume de son Histoh'e de l’Art publiée en 1823. Ils ne furent Uobjet d’aucune attention particulière. Le sujet était une énigme.
M. Perret fit dessiner vers 1850, le tableau de la tentation de Susanne et le groupe de Susanne entre les vieillards, moins l’arbre. En nettoyant le mur, il avait pu retrouver la partie supérieure des vieillards et de Susanne qui manque au dessin de d’Agincourt. 11 ne donna pas le groupe de Susanne et Daniel. Mais il publia un facsimilé libre des deux épitaphes dePalladios et de Nestoriané. Ces dessins parurent en 1851 et la notice en 1855. Le sujet de Susanne entre les vieillards qui l’accusent était dénommé : Couronnement d’une martyre, et l’autre : Un monument et quatre figures. L’énigme continuait et se compliquait même.
En 1851, M. de Rossi entrait pour la première fois dans le cuhiculum de la Yierge du cimetière de Priscille et commençait son étude de cette insigne peinture. C’est assez dire que les peintures de la cappella greca., voisines et contemporaines, attiraient vivement son
> Ibid.
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attention. En 1863, il publiait les Images de la Très-Sainte Vierge choisies dans les catacombes de Rome, et, faisant remonter le cimetière de Priscille « à l’époque apostolique », il plaçait la cappella greca au « centre primordial où l’excavation commença, » et l’appelait « celte crypte merveilleuse ». Il reconnaissait dans ses peintures « le type classique gréco-romain encore plus fortement rendu que » dans l’image de la Vierge du cubiculum voisin, exécutée à son avis « au temps écoulé entre les Flaviens et les premiers Ântonins », c’est-à-dire « sous les yeux des apôtres, ou peu s’en faut ».
L’hiver suivant, de 1663-64, la cappella greca était vidée de ses décombres, ainsi que les alentours ; et lieux et ruines étaient soigneusement explorés. « Aujourd’hui on déblaie le centre de cette « région, écrivait M. de Rossi parlant de la nécropole de Priscille, et « le déblaiement apporte la vérification que là précisément était le « groupe grandiose des cryptes historiques indiquées par nos topo- « graphes. Les caractères d’antiquité de la cappella greca et de « toute la région environnante sont le style classique des fresques; « les scènes qui sont représentées, dissemblables pour la plupart « des types consacrés du cycle des peintures chrétiennes ; les très « beaux ornements en stuc; une famille spéciale d’inscriptions tra- « cées au minium sur les tuiles où les formules solennelles de « l’épigraphie chrétienne n’apparaisssent pas encore, mais des noms « nus... La crypte majeure, vulgairement appelée cappella greca, « n’est pas taillée dans le tuf, mais toute construite et sans loculus « aucun, étant destinée... à des sarcophages seulement L » A quelques mois de là, en juillet 1864, il écrivait encore ; « Dans les « mois qui viennent de s’écouler, la Commission d’archéologie, « ayant à faire quelques restaurations nécessaires à ce qu’on ap- « pelle la cappella greca, a ordonné un grand déblaiement tout au- « tour, et la crypte la plus illustre du cimetière de Priscille a été « ainsi dégagée des matières qui l’encombraient. Mais parmi les « fragments d’inscriptions extraits de ces ruines, je n’en ai vu au- « cun ayant trait aux épitaphes primitives, ni à l’éloge fait par « S. Damase, soit du pape Marcellin, soit du pape Marcel ^ » C’est
1 Borna soit., 1. 1, 1861, p. 188.
* Bulletino, 1864, p. 54.
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à propos de ces papes que M. de Rossi faisait cette dernière observation. Il n’eut pas dit de même d’Aquila et Prisca ou Pudens. Deux fragments ont donné AQVI et CES, le premier paraissant bien avoir trait à Aquila, le second pouvant être la terminaison d’un génitif de Prisca. Une empreinte répétée sur le ciment d’un loculus est le cachet d’un PVDENS FELIX. L'épitaphe d’un loculus d’une galerie contiguë au cubiculum de la Vierge :
Tl T VS FLA VIVS FE LICISSIMVS POSITVS EST,
est venue, d’autre part, par sa teneur et le type de ses lettres, nous reporter « au commencement du IF siècle » et « au temps des Fla- « viens ». Ces trois noms « désignent un affranchi de Titus ou bien « un étranger honoré par lui du titre de citoyen romain ‘ ». Titus étant mort l’an 81, l’épitaphe ne peut guère être postérieure à l’an 110, si elle descend jusque là; et elle n’est pas, sa place en fait foi, de la première époque du cimetière de Priscille.
C’est ainsi que la cappella cjreca retrouvait ses titres, au moins généraux.
Une plaque de marbre, placée dans la chambre attenante à celle revêtue de stucs qui touche la cappella greca, consacre la mémoire des travaux exécutés en 1864 par la Commission d’archéologie sacrée.
Les peintures de la cappella greca avaient préoccupé l’attention des archéologues romains. Des tentatives furent faites pour expliquer les grands groupes, et l’on chercha à y voir sainte Félicité et ses fils. Mais les résultats ne furent pas satisfaisants. En France, l’idée d’une martyre couronnée prévalait toujours, et les vieillards accusant Susanne passaient pour le Père et le Fils couronnant la martyre. A Rome, la lumière était loin d’être faite sur les fameux groupes ; et, en 1871, la prudence romaine osait seulement dire de la femme qui y prime trois fois : « cette Orante ou ces Crantes. »
M. Parker, vers ce temps, avait photographié à la lumière du
* Immagini, p. 19.
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magnésium, quatre vues de la cappella greca : celle du mur latéral représentant la tentation de Susanne, celle du mur du fond avec les trois Héljreux et Moïse, celle de )a niche de Palladios et Nestoriané et celle de la niche en face, au cintre bordé d’une large guirlande de stuc. Plût à Dieu qu’il eût photographié encore l’autre mur latéral représentant Susanne condamnée et délivrée. Moïse à part, l’Été, l’Adoration des Mages, et jusqu’au dernier des précieux restes de la chapelle ! 11 avait le malheur, avec cela, de dater ces antiques fresques de l’an 523, ni plus, ni moins.
En 1873, parut à Prato le second volume de la Storia délia arte cristiana nei primi otto secoli délia Chiesa scritta del P. Raffaele Ganicci D. C. Ü. G., dont le premier volume avait vu le jour l’année précédente. Le docte jésuite y donne, d’après les photographies de M. Parker et ses propres dessins, les grands tableaux des murs latéraux de la cappella greca, les sujets de Moïse et des trois Hébreux et une section de cercle des trois guirlandes en stuc, qu’il place autour de l’image de Moïse. 11 reconnaît, le premier, l’histoire de Susanne dans les deux grands tableaux; mais son explication laisse manifestement à désirer. 11 en est ainsi de ses dessins, d’ailleurs trop peu complets.
Au moment de la publication du P. Garucci, et sans la connaître, nous arrivions à la même interprétation des fameuses fresques énigmatiques; et il nous semblait trouver dans les traditions judaïques la solution d’une grosse difficulté restée à la charge de l’explication du savant jésuite. Nous étions ainsi amené à une recherche plus approfondie des peintures de l’antique chapelle et de leur symbolisme. Il en est résulté cet essai de monographie.
Il nous paraît réclamer, avant la conclusion, un appendice sur les dérivations dans les monuments chrétiens des sujets peints à la cappella greca. C’est sur deux sujets en particulier — dont celui qui fait la gloire de la cappella greca, le sujet de Susanne — un champ très instructif de recherches peu tentées encore.