‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella GrecaChapitre 69 sur 129 · L. XV, v · texte numérisé non relu

L. XV, v

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qu’on entendait par tout le monde, de la fable qui allait devenir une vérité.

C’est l’an 29, ce semble, sous le consulat des deuxGéminus, que le divin phénix, mort sur l’arbre de la croix, embaumé et déposé dans le sépulcre, sur la montagne du Dieu vivant et comme au vestibule de son temple, fut touché par les rayons du soleil éternel, c’est-à-dire par la vertu de l’Esprit-Saint, ressuscita d’entre les morts, se fit voir pendant quarante jours à la Ville sainte ou dans les montagnes de la Galilée, et portant la dépouille rajeunie, glorieuse, immortelle de son père Adam, l’éleva dans les airs et alla la fixer au sein même du trône de Dieu. Fait incomparable, dont le gouverneur romain, Ponce-Pilate, enverra le procès-verbal à Tibère qui demandera au Sénat la mise du Christ au rang des dieux officiels de Rome !

A sept ans de là, l’an 36, les Apôtres prêchant en Judée la résurrection du Christ, Pierre fondant à Antioche, Rome de l’Asie, la première capitale chrétienne, Paul converti depuis cinq ans se distinguant dans cette prédication au point de mériter d’avoir un jour le phénix pour attribut spécial, l’apparition d’un phénix fit grand hruit à Rome même. « Cornélius Yalerianus, dit Pline, rapporte que « le phénix prit son vol vers l’Égypte sous le consulat de Q. Plau- « tius et de Sex. Papinius » Tacite, plaçant le fait un peu vague, on le voit, deux ans plus tôt, sous le consulat de P. Fabius et de Yitellius, dira à son tour ;

« Le phénix, après une longue révolution de siècles, parut en Egypte, et ce fut pour les hommes les plus savants de ce pays et de la Grèce, une occasion de disserter longuement sur cet oiseau merveilleux. Il n’est pas hors de propos de rapporter ici les particularités sur lesquelles on est d’accord, et quelques autres moins avérées, mais qui méritent aussi d’être connues. Le phénix est consacré au soleil, et tous, ceux qui l’ont décrit s’accordent à dire qu’il diffère du reste des oiseaux par sa forme et son plumage. Il y a sur la durée de sa vie plusieurs traditions, On croit, en général, qu’il vit cinq cents ans ; d’autres disent qu’il y a quatorze cents soixante et un an d’un phénix à un autre, et que les premiers parurent d’aboi d sous le règne de Sésostris,puis sous Amasis, ensuite sous Ptolémée, le troisième roi macédonien de l’Egypte, et qu’il prirent leur vol vers Héliopolis, au milieu d’un grand nombre d’oiseaux qui les suivaient, tout surpris de leur forme inconnue. Mais

* Hist. nat,, 1, X, il.

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l’antiquité est pleine de ténèbres. Entre le règne de Ptolémée et le règne de Tibère, on compte an moins deux cents cinquante ans, ce qui a fait croire que le dernier de ces oiseaux n’était point le vrai phénix, qu’il ne venait pas de l’Arabie, et qu’il ne présentait aucun des caractères dont parle l’antique tradition. En effet, quand le nombre de ses années est révolu, quand sa mort approche, le phénix construit dans sa terre natale un nid qu’il inonde d’un principe reproducteur. Il en naît un oiseau; et son premier soin, lorsqu’il a grandi, est d’ensevelir son père. Il n’agit pas au hasard ; mais il se charge de myrrhe qu’il s’habitue à porter pendant de longs voyages, et quand il est assez fort pour le fardeau et pour la route, il enlève la dépouille de son pèi’e, la dépose et la brûle sur l’autel du soleil. Ce récit est incertain et mêlé de fables ; mais il n’est pas douteux que cet oiseau ne se montre quelquefois en Egypte '. »

En 47, cinq ans environ après l’arrivée de S. Pierre à Rome, où l’évangéliste S. Marc, mettant par écrit sa prédication, ajouta au récit de la résurrrection du Christ par S. Mathieu celui de son ascension au ciel; au moment où Pierre, Aquila, Prisca et tous les Juifs venaient d’être ou allaient être bannis de Rome, on montra à l’assemblée du peuple un oiseau extraordinaire qu’on dit être le phénix.

« Il a été apporté, dit Pline, pendant la censure de l’empereur Claude, l’an de la Ville 800, et montré aux comices. Ce fait est attesté par les Actes. Mais personne ne douta que ce ne fut un phénix supposé »

Le géographe Pomponius Mêla, qui vivait entre l’an 14 et l’an 70, et Sénèque, qui se fit ouvrir les veines en 65^ ne manquent pas de parler du phénix ^ Quant à Pline l’Ancien, asphyxié par la fumée du Vésuve en 79, il en fait, soit d’après Manilius, soit plutôt d’après le phénix vu à Rome en 47, jugé par tous « supposé, fal- « sum, » mais évidemment tenu pour ressembler au vrai, la description suivante :

« Les Ethiopiens * et les Indiens parlent d'oiseaux parés des plumes les plus diverses et qu’on ne saurait décrire, et, avant tous du phénix célèbre en Arabie — - je ne sais s’il est fabuleux —, unique dans le monde entier et qu’on n’a pas vu

‘ An., 1. VI, XXVIII, traduction de M. Ch. Louandre.

® Hist. nat., 1. X, 11.

® Pompon. Mêla, De situ Orbis, 1. III, VIII; Senec. Epist. XLTI. ’* D’Asie, habitant la région située entre la Perse et l’Inde.

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souvent. On le dit de la grandeur de l’aigle. Il a autour du cou l’éclat de l’or, le reste du corps est de pourpre. La queue d’azur est mêlée de plumes roses ; des crêtes décorent sa gorge, une aigrette de plumes sa tête L »

Le phénix , vu en 47 par les Romains, n’était peut-être pas si faux qu’ils disaient. Tenant pour bons les récits égyptiens sur l’apparition de cet oiseau tous les cinq cents ans, ils ne pouvaient admettre qu’on vît un phénix onze ans après un autre. Mais la chose étaitelle impossible en vérité ? Essayons de répondre à la question, et cherchons maintenant, après avoir recueilli sur notre chemin toutes les indications des anciens, à dégager, s’il est possible, des embellissements de l’allégorie et des hardiesses de l’imposture ce qu’il y a de vrai dans le fait du phénix.

Le phénix égyptien ne doit pas être pleinement fabuleux. L’épervier d’Horus, l’ibis de Thot sont des oiseaux réels : en serait-il autrement dn .fiennow d’Osiris? L’ibis et l’épervier sont d’Égypte ; il n’y avait pas à varier sur leur taille, leur plumage, leurs années de vie. Le phénix est étranger, venant d’Orient avec le soleil à qui on l’identifie, c’est-à-dire immédiatementd’Ârabie et originairement de l’Assyrie ou de l’Inde, comme disent tant d’auteurs, échos, sans doute, des Egyptiens; et qui dit l’Inde chez les anciens comprend aussi la Chine. On peut en conter sur qui vient de si loin, surtout n’étant représenté, d’ordinaire au moins, que par des souvenirs ou des ouï-dire. Mais dès lors que l’oiseau est ^.lis sur le pied d’autres oiseaux vraiment existant, c’est qu’il a eu à un moment donné une existence reconnue et qu’il doit l’avoir dans la nature des choses.

Quel oiseau d’Orient répond aux indications physiologiques que nous avons sur le phénix ?

E. de Rougé l’a appelé une « sorte de héron consacré à Osiris » et l’auteur de l'Histoire ancienne des peuples d' Orient vient d’é-

’ « Æthiopes atque Indi discolores maxime et inenarrabiles ferunt aves, et ante omnes nobilem Arabia phœnicem, hand scio an fabulose, unum in tote orbe, nec visum magnopere. Aquilæ narratur magnitudine, auri fulgore circa colla, cætero purpureus, cæruleam roseis caudam permis distinguentibus, cristis fauces, caputque plumeo apice honestante, etc. » Hist. nat., 1. X, 11.

^ Notice des monuments du Louvre, 1860, in-8®, p. 85.

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crire : « le bennou était une espèce de vanneau ’ h . Champollion- Figeac disait de même dans sa liste des Animaux symboliques: « Vanneau avec des aigrettes ; Bennô » •

Mais, sans approfondir les raisons d’exclusion de ces deux oiseaux, le héron n’a pas d’aigrette, le vanneau n’est pas rouge; l’un est bien au-dessus, l’autre au-dessous de l’aigle ; et ni l’un ni l’autre ne viennent d’Orient. 11 y a une grue à double aigrette dont le dessin se rapporte assez à celui du Bennou de telle vignette sommaire et plus ou moins fidèle du Rituel funéraire ^ Mais l’oiseau, dont la grandeur est tout autre que celle de l’aigle, est noir et blanc, et n’a rien des couleurs prêtées au phénix par l’antiquité .

En examinant le dessin du phénix sur les vignettes diverses du Rituel, non sur certains monuments où, dessiné de fantaisie, il tourne au griffon et peut-être est l’original de cette figure ornementale qui, des Grecs a passé chez nous ; en voyant ces pattes longues qui ont rappelé le héron à E. de Rougé, cette taille et ce port qui rappelaient l’aigle à Hérodote et à Pline ; en remarquant ces deux longues plumes flottantes dont la tête est ornée, abrégé d’une huppe, puisque sur les monuments, c’est une huppe touffue, aux plumes indistinctes, qu’on rencontre ; en se rappelant qu’Hérodote, qui a vu le phénix peint par les Egyptiens, lui donne des plumes « en « partie dorées, en partie rouge, » que le poète Ezéchiel d’Alexandrie le montre avec la « poitrine rouge », les « jambes rouges », le « cou recouvert d’un duvet couleur de safran », et que Pline dit qu’il est pourpré sur le corps, doré au cou, d’azur et de rose à la queue, avec une aigrette de plumes sur la tête ; en retrouvant constamment cet or et ce rouge, bien que distribués diversement et mani-

‘ M. Maspero, p. 48.

^ Égypte ancienne, 1839, p. 259.

® Ch. 83. — Ici pl. XIII, 7. On peut voir au Jardin des plantes de Paris cette grue dont les scribes Égyptiens semblent en effet avoir rapproché le Bennou. C’est elle qui a peut-être tait appeler par E. de Rougé le phénix « une sorte de « héron, »

Description de l’Égypte, planches, t. I (1809), pl. XVI, 18; XXII, 5; XXIII, 3; LXXVIII, 16; LXXX, 17. — Ici pl. XIII, 1-6.

« Ibid. - Ici pl. XIII, 9.

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festement au hasard sur les images du phénix des manuscrits ’ et des monuments ^ ; — en examinant, d’autre part, les oiseaux d’Orient auxquels on peut appliquer ces lignes et ces couleurs — , je n’ai pu hésiter à voir l’original du phénix dans le faisan doré, dit faisan de la Chine, d’où il nous est venu au dernier siècle.

Le faisan doré qu’on dit « originaire des bords du Phase en Col- « chide comme le faisan ordinaire, » et qu’en effet on «r rencontre « en bandes nombreuses dans les chaînes du Caucase ^ » comme dans l’Asie centrale, n’a dans nos jardins et nos volières que la taille d’un petit aigle ; mais il est plus grand en Orient ; et un mâle adulte, à l’état sauvage, tué récemment dans la province chinoise du Setchuan, a offert la longueur totale de 1 mètre, 13 centimètres Cet oiseau a la poitrine écarlate; l’œil et le bec jaune; sur la tète un chaperon de plumes soyeuses, couleur d’ambre, qu’il redresse en crête ; sur le cou une fraise de corail, panachée de bleu foncé, qu’il avance pour encadrer sa tête ; le haut du dos couvert d’un splendide manteau vert, panaché de noir ; les ailes à trois zones, brun et chamois vers les flancs, noir et châtain au milieu, bleu riche vers le dos, avec un duvet rougeâtre puis orangé sur ces zones, au haut de l’aile ; le dos inondé de soie dorée, un peu irisée d’écnrlate ; dans cette sorte de bassin d’azur, l’or s’étendant jusque sur la queue et, quand l’oiseau s’anime, couvrant toutes ses ailes, si bien que le corps entier devient or et pourpre : un immense côno, arqué vers la terre, à fond noir, perlé en rouge-brun aux plumes de dessus, fait en épis à celles de dessous, et encadré jusqu’à moitié de la trajectoire de plumes cramoisies, pareilles à des traits de flamme, forme la queue, dont les grandes plumes, dans le vol ou sur la branche, s’épanouissent en palme. Avec l’allure royale et guerrière du coq, mais bien plus d’élégance et de vivacité, cet oiseau, qui par sa

' Un phénix du papyrus du Rituel trouvé à Thèbes (Description de l’Egypte, t. Il, pl. LXXIIl) a le dos jaune, le bec, l’aigrette, les pattes rouges ; un autre (pl. LXXVI) est tout jaune avec les pattes rouges.

^ Les sept phénix, ornant la frise du grand temple de File de Philé, sont jaunes avec les ailes rayées de rouge et une raie rouge autour du cou.

3 Le Maout, Hist. nat. des oiseaux. Paris, Curmer, 1855, in-4®, p. 327.

‘‘ Les oiseaux de la Chine, par M. l’abbé Armand David, ancien missionnaire en Chine. Paris, 1877, in-8“, p. 415.

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forme et ses couleurs rappelle les feux du'cratère et ses ombres, la traînée de la comète ou les flèches que lance l’aurore, est l’oiseau solaire par excellence, et spontanément fait songer au phénix h La huppe du faisan doré, son or, sa pourpre, sont des traits propres qui l’identifient, à l’exclusion de tout autre oiseau, à l’image du phénix que nous ont laissée les anciens. C’est au faisan doré que se rapporte d’une manière frappante le meilleur et le plus beau

' Nous croyons devoir transcrire ici la première description étudiée qui ait été faite en Europe du faisan doré. Elle porte la date de 1745, époque où aucun individu n’était né encore dans nos volières, et elle est prise sur un faisan apporté de Chine vers 1730. L’oiseau y apparaît dans toutes les nuances et dans tout l’éclat de ses couleurs, qui depuis ont éprouvé un affaiblissement, dont l’image coloriée qu’on voit dans l’Histoire naturelle de Buffon porte déjà les traces. Edwards accompagne son image coloriée, datée de 1745 — reproduite au sixième sur le dessin 10 de notre' planche XIII - du commentaire suivant qui porte en tous ses détails le cachet de l’exactitude anglaise. Nous retouchons la traduction française, çà et là fautive, sur l’original anglais qu’elle accompagne.

« Le PHAISAN belles-couleurs, de la CHINE.

a Cet oiseau est plus petit que notre Phaisan d’ Angle! erre, mais taillé a peu près « de même, quoique la queue, je pense, soit plus longue à proportion, la plume « du milieu ayant jusqu’à 23 pouces de long. Il a déjà été décrit par Albin dans « son Hist. des Ois. Vol. III, p. 34, sous le nom de Phaisan Rouge ; mais comme « il y a dans son coloris un mélange de toutes les couleurs les plus gaies et les « plus brillantes qu’on puisse imaginer, j’ai cru que le nom, que je lui ai donné, « lui convenoit mieux. La figure de cet oiseau par le sieur Albin, étant destituée « d’une juste et naturelle proprtion, je tâcherai de corriger ses fautes dans la « mienne.

« Le bec est d’un jaune clair, un peu plus obscur vers la pointe ; les yeux « entourés d’un jaune éclatant ; les côtés de la tête, sous les yeux, de couleur de « chair, nue ou clair-semée de plumes ; la couronne de la tête est couverte de « plumes d’un beau jaune ou couleur d'or, que l’oiseau dresse quelquefois en forme « de houppe et d’autres fois laisse tomber sur le cou. Le haut du cou est couvert « de plumes de couleur d’orange, marquées de barres traversières de noir; ces « plumes, il peut les dresser comme nos coqs ordinaires font les leurs quand ils « se battent. La partie inférieure du cou et le commencement du dos sont couverts « de belles plumes d’un beau vert foncé, qui réfléchissent une couleur d’or, avec « des barres noires traversières à leurs extrémités : ces plumes, quand l’oiseau « marche, ont un mouvement différent des autres plumes, tombant quelquefois « plus loin par dessus le dos et quelquefois flottant de côté et d’autre. Le reste « du, dos jusqu’à la queue est couvert de plumes d’un beau jaune d’or, mêlées, « à la naissance de l’aile et là où ces plumes tombent sur la queue, de quelques

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dessin que l’Égypte nous ait laissé du phénix, celui du petit obélisque de basalte noir trouvé au Caire. 11 n’y a d’omis, vraiment, que le développement de la queue qu’il n’était pas dans le style des hiéroglyphes de reproduire

L’azur que Pline, d’après des ouï-dire, a placé sur la queue du phénix, est sur les ailes du faisan doré. Quant aux « crêtes » qu’il dit décorer sa gorge, on les trouve dans les grandes pièces de couleur

« plumes d’un vit écarlate. Les premières plumes des ailes sont sombres ou a noires avec des taches d’un jaune brun ; celles du milieu d’un rouge sombre, «mêlées et tachetées de noir; quelques-unes des petites près du dos d’un « bleu foncé d’une beauté singulière : le dessous de toutes les plumes longues « est sombre : toutes celles du haut de l’aile sont d’une couleur rougeâtre et « sombre, la première rangée qui couvre immédiatement les grandes plumes « tirant un peu plus vers le jaune avec des lignes traversières de noir. Le dessous « de l’oiseau, depuis le bec jusqu’à la queue, est d’un beau rouge ou écarlate ; « les cuisses sont de couleur d’argile ; la queue est un mélange de noir et de « rouge brun, les deux plumes du milieu noires tachetées de marques rondes <1 ou irrégulières de brun, les plumes de côté rayées obliquement de noir et de «brun, comme nous avons dit Par dessus les grandes plumes delà queue, sortent « quelques plumes longues et étroites de couleur d’écarlate avec des côtes jaunes, CI qui s’étendent presque jusqu’à la moitié de la queue. J’ai représenté les plumes « de la queue plus libres et plus écartées que l’oiseau ne les porte généralement « pour montrer plus distinctement la différence de leurs marques. Les jambes et <i les pieds sont comme ceux de la Poule, mais un peu plus minces, de couleur « jaune, avec de petits ergots de même couleur.

«Depuis quelques années ces oiseaux nous sont apportés assez fréquemment de « la Chine. J’en ai vu plusieurs dans la possession de notre noblesse ou de « quelques un de nos curieux, et nouvellement mylady Heathcote m’a fait la « grâce de m’en donner un, mort, à la vérité, mais qui m’a mis en état d’observer « plus d’exactitude dans chaque partie de ma figure, que je n’aurois pu faire « autrement ou qu’aucun autre n’a été à même de faire jusqu’à présent. Ces oiseaux « sont assez vigoureux et supportent très bien notre climat ; et je pense que si s on en apportoit de bien appariés avec leurs poules, ils pourroient, avec un peu c de soin, pondre et élever leurs petits. Le chevalier Hans Sloane en a un mâle « encore vivant, qui est celui que la figure représente, et, autant que je puis m’en « souvenir, il l’a depuis, quinze ans. »

Histoire naturelP de divers oiseaux qui n’avoient point encore été figurés ni décrits, ou qui n'étoient que peu connus d’après des dèscriptions obscures ou abrégées sans figures ou d’après des figures mal dessinées, par George Edwards, II« Partie Londres, 1748 in-4®.

' Ici pi. XIII, 9, 10.

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écarlate, au milieu desquelles sont placés les yeux du faisan commun et de tant d’autres variétés de cette nombreuse et splendide famille d’oiseaux répandue dans l’Asie centrale, méridionale et orientale On les aura prêtées facilement à notre faisan, ou on aura pris pour lui quelquefois tel autre faisan à « crêtes » , rappelant plus ou moins ses couleurs. Les joues du faisan doré, couvertes de petites plumes douces comme du velours et couleur de rouille, ne sont pas, d’ailleurs, sans ressemblance avec de la chair.

Un fait remarquable, c’est que le faisan doré que les chinois appellent « Kin-Ky, la poule d’or », est au fond le phénix de la Chine. Malgré les fantaisies des peintres à l’endroit d'un oiseau mystique, comment douter du fait? Je ne dirai rien des faisans dorés, primant tous les oiseaux sur les magnifiques paravents ou fonds de salons qu’a envoyés le Géleste-Kmpire à l’exposition de 1878, bien qu’ils m’aient paru des oiseaux aussi mystiques que réels. Mais voici ce qu’écrivait Kœmpfer qui a visité la Chine à la fin du dix-septième siècle :

« S’il est permis de faire une excursion au loin, j’oserai mettre en scène et déclarer l’émule du phénix le foo des Chinois, ou, en écrivant son nom plus pleinement, le Foo woo, oiseau célèbre aux Antipodes comme le phénix dans notre hémisphère. Sa grandeur est convenable, sa forme est très distinguée, il ne lui manque aucun genre de beauté : ce qui le caractérise principalement, c’est sa crête élevée, son cou et ses jambes longues, sa queue où abondent de longues plumes, et nuancée élégamment comme tout son corps avec ces trois couleurs, rouge, azur et or, triade colorum, rubro^ cœruleo, aureoque eleganter distincta. Les commencements des livres, les chambres des princes, les serviettes et les tables de prix sont fréquemment ornées de son image ■ il sert de thème el de comparaison gracieuse aux lettrés pour les souhaits et les compliments. Foo est si bien l’équivalent du phénix en nombre de circonstances que vous diriez que c’est lui-même, ou que son histoire a passé aux Antipodes r

1 Elliot, A monograph of lhe Phasianidce or family ofthe Pheasan-ts, 2 vol. infol. New-York, 1872.

^ Amœnitutum exoticarum, p. 662-3. La légende du phénix chinois remonte, d’ailleurs, à l’antiquité la plus reculée. César Cantù dit de l’empereur Chao-ao, qu’il fait régner l’an 2597 avant J.-C. ; « Quand il monta sur le trône, on vit appa- « raître le foung-uang , oiseau fabuleux, qui ne se montre que sous le règne des « bons princes, et qui devint par ce motif le signe distinctif des mandarins ; ces fonc- « tionnaires le portent sur leurs vêtements dont Chao-ao régla la forme et la cou- « leur particulière, selon les degrés, telles qu’elles existent encore aujourd’hui. »

Ce phénix chinois n’est-il pas évidemment l’oiseau que Buffon appelle « le tricolor huppé de la Chine », c’est-à-dire le faisan doré '? Et n’est-ce pas un trait de lumière sur le phénix égyptien substantiellement semblable? Le faisan doré paraît être un oiseau consacré au soleil dès l’idolâtrie de la tour de Babel, sinon avant le déluge. Les peuples, dans leur dispersion en auront emporté, en Afrique et jusqu’au fond de l’Asie, le type qui, avec des variantes, restera toujours le même et parfaitement reconnaissable.

Deux circonstances ont pu aider à la fable du phénix brodée sur le faisan doré. Quand la poule-faisane couve, elle se forme en boule dans son nid ; elle ne mange plus durant le jour : elle est comme paralysée et morte. Elle reste ainsi vingt à vingt-cinq jours durant. Le mot de Pline « construire un nid... et mourir dessus, construere « nidum et superemori » semble plus ou moins réalisé. En outre, cette faisane qui est grise, vieillissant et commençant pour ainsi dire à mourir eu cessant d’être féconde, ressuscite d’une certaine manière en prenant les couleurs solaires du faisan. « Quelquefois, dit Buffon, « elle devient avec le temps aussi belle que le mâle. On en a vu une « en Angleterre, chez milady Essex, qui, dans l’espace de six ans, « avait graduellement changé sa couleur ignoble de bécasse en la « belle couleur du mâle, duquel elle ne se distinguait plus que par les

Histoire universelle, 1844, t. III, p. 318. — « Le Chou-King et le Chy-King font « mention du fong-hoang . » Vestiges des principaux dogmes chrétiens tirés des anciens livres chinois, par le P. de Prémare, jésuite; traduit du latin par MM. A. Bonnetty, P. Peray. Paris, 1878, in-8“, p. 360. V. p. 353.

1 Le phénix, que les Indiens disent venir des sources du Gange, ayant la tête d’or, image du ciel, la poitrine d’azur, image de la mer, le corps de diverses couleurs, image de la terre qui produit les plantes (Kœmpfer, p. 664), paraît bien être aussi un faisan. C’est peut-être le faisan doré, remanié par l’imagination pour l’accommoder au symbolisme ; peut-être un faisan Hybride, pareil à celui obtenu de nos jours (Elliot, t, II, pl. 16), qui tient tout à fait du faisan doré, avec la huppe rouge, la collerette blanche, le bec et le dessous du bec verts. Ce pourrait être aussi le faisan de lady Amherst (ibid., pl. 14), semblable au faisan doré pour les formes, et son gracieux rival pour les couleurs, qui sont douces au lieu d’être éclatantes. La tête est d’un or vert, surmontée d’une huppe rouge de feu; la poitrine est bleue, puis blanche. Il habite avec le faisan doré les montagnes du Thibet oriental, près de l’Indo-Chine. D’après Scaliger, cité par Yossius, les Indiens appellent leur phénix Semenda et lui prêtent la fable égyptienne enregistrée par Hérodote, Vossius, De idololairia, 1, III, cap. XCIX.

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« yeux et par la longueur delà queue. Des personnes intelligentes, P qui ont été à portée d’observer ces oiseaux, m’ont aussi assuré « que ce changement de couleur avait lieu dans la plupart des fe- (( melles Et n’a-t-il pas lieu chez tous les jeunes mâles qui atteignent leur croissance sous le vêtement gris de leur mère, pour prendre ensuite le radieux vêtement de leur père, et passer comme des livrées de la mort à celles de la résurrection?

Mais la fable du phénix paraît surtout venir de l’assimilation du faisan doré au soleil, à qui les Égyptiens prêtaient les rites de leur mode de sépulture, doublés des images que leur offrait l’inondation vivifiante du Nil. Le faisan doré vit environ une vingtaine d’années. L’Égypte, avons-nous dit, en a fait 500 pour 487, ou 1461 années vagues, 1460 années fixes, d’après deux périodes solaires. La légende part de l’histoire naturelle pour se perdre dans l’astronomie.

C’est ainsi que je me rendais compte de ce qu’il peut y avoir de fondé dans le phénix des anciens, quand j’ai rencontré sur le passage cité de Pline, dans l’édition de Paris 1830, la note suivante signée Cuvier :

« Sans doute ce que l’on raconte de la durée de la vie du phénix, de sa résurrection, ne se compose que de fables absurdes, ou de pures allégories; mais la description que Pline donne de l’oiseau lui-même est celle d’un oiseau très réel, savoir du faisan doré. Ce faisan a le cou de couleur d’or, le corps rouge, des plumes bleues et rouges aux ailes et à la queue, une huppe sur la tête ; ceux qui ne l’ont pas vu peuvent en prendre une idée par la planche enluminée de Buffon, n. 217. La coïncidence est si frappante que je m’étonne qu’elle n’ait pas été remarquée plus tôt. Cette description est prise probablement du prétendu phénix que Pline dit lui-même avoir été apporté à Rome sous le règne de Claude, mais que chacun reconnut pour faux ; apparemment que c’était un faisan doré venu du fond de l’Asie à une époque où déjà le commerce s’étendait jusqu’à cette distance, et que ceux qui le montraient avaient décoré du nom de phénix pour le rendre plus intéressant. Ils purent avoir d’autant plus facilement cette idée, que ce que dit Héiodote {Eulerpe, ch. 73) des couleurs d’un phénix qu’il avait vu en peinture, et qui, dit-il, était en partie rouge et en partie de couleur d’or, ne contredisait point ce qu’on voyait dans le faisan doré. Il n’y a que la taille qui s’accorde mal ; on le fait égal à l’aigle ; mais il n’est pas de beaucoup inféi’ieur au petit aigle ou aigle tacheté, et encore moins au babbuzard ou aigle de rivière -. »

* Histoire naturelle. — Le faisan doré ou le tricolor huppé de la Chine.

^ Bibliothèque latine-française publiée par C. L. F, Panckoucke. — Pline, Histoire naturelle, t. VII, p. 368,

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