NAVIGI VI VAS IN I L
C’est la recommandation au Christ de l’àme du défunt Navigius.
Elle rappelle celle' de l’âme d’un mourant dans le Rituel romain. Susanne, Daniel, les trois Hébreux y figurent comme à la cappella greca, et on y lit ces paroles :
« Recevez, Seigneur, votre serviteur uu lieu du salut qu’il espère de votre miséricorde. Délivrez, Seigneur, l'âme de votre serviteur de tous les périls de l’enfer, des enlacements des peines et de toutes les tribulations... Délivrez, Seigneur, l’âme de votre serviteur comme vous avez délivré Susanne de l’accusation d’un faux crime, sicut liherasli Susannam de falsocrimine. »
La recommandation au Christ, déposée par le pèlerin aux pieds en quelque sorte du mystérieux personnage qui sort de sa tente à l’appel de Susanne, serait-elle un indice qu’il a reconnu en lui le Christ lui-même ? Je n’oserais l’assurer ; je le nierais encore moins.
Analysons le graphique. 11 offre matière à la plus intéressante étude. La poésie y donne la main à la théologie, qui voit s’ouvrir
’-® Planche XI, 1. — Le dessin ne représente le giapliite que sommairement. En 1875, les deux premières lettres étaient effacées et une partie du monogramme ; mais M. de Rossi avait déjà relevé le graphite dans son intégrité.
LA CAPPELLA GP.ECA
sauvegarda point par un discours apologétique ; mais en cette sainte femme, la langue se taisant , c’est la chasteté qui parlait pour elle. La chasteté de Susanne assista au jugement, elle qui avait été sa tutelle au paradis de son époux : ici elle pourvut à sa pudeur, là à son salut, d’un côté empêchant son honnêteté d’être souillée, de l’autre son innocence d’être condamnée. La chasteté donc de Susanne confondit au paradis les vieillards impudiques et, au tribunal, les fit reconnaître pour faux accusateurs : deux fois victorieuse, elle les montiM coupables dans leur témoignage comme elle les avait montrés coupables d’adultère. Mais quel est le juge enfin que mérite cette chasteté? Daniel, un jeune enfant, qui n’a point encore atteint la puberté. Elle a, certes, bien du mérite devant Dieu la pudicité, puisqu’elle obtient de lui un juge vierge ; et elle est bien certaine de la victoire, la chasteté, puisi^u’elle va être jugée par la virgitiité. La cause de la pudicité n’a dû être entendue que par un homme p diijue , la continence mérite un arbitre près duquel la modestie ne court aucun péril. Après avoir connu l’affaire de Susanne, un peuple ignorant voulait sous de fausses accusations la condamner: Daniel dit: Je nuis put', quant à moi, du sang de cette femme. Cette parole de Daniel sur Susanne est celle même de Pilate sur le Seigneur ; Je suis pur, quant à moi, du sang dccejuite. C’est donc par la même sentence qu’est délivrée la pudicité, qu’est absoute Injustice ; mais Daniel fait mieux que Pilate : il ne condamne pas le sangpudique, il le délivre; Pilate reconnaît le sang juste et le livre. ’ »
S. Maxime qui prêchait celte homélie un jour de la Semainesainte, sans doute, la reprend un autre jour et enrichit ainsi sa comparaison du Christ, durant sa Passion, et de Susanne ;
« Il y a quelques jours nous avons démontré que le jugement de sainte Susanne a été tout à fait semblable au jugement du Sauveur, et que la chasteté de cette fenm.e a été en proie aux mêmes incriminations (jae l’intégrité du Christ. La pudicité en Susanne a eu des persécuteurs semblables aux siens. Elle, en convainquant les vieillards d’adultère, est saisie comme adultère ; lui, convainquant les Pharisiens de sacrilège, est accusé comme sacrilège. Ce sacrilège des Pharisiens peut bien être appelé le grand adultère; car l’adultère religieux est plus grave que l’adultère corporel, et il y a plus de mal à porter atteinte a l’intégrité de la divinité qu’à violer l’intégrité de l’homme. Susanne est donc condamnée et le Seigneur condamné, elle parce qu’elle défendait la chasteté du corps, lui parce qu’il défendait la pureté de la religion. La cause du jugement était la même pour l’un et pour l’autre ; mais Susanne a trouvé un meilleur juge que le Seigneur Le procurateur juge le Seigneur; le prophète, Susanne : lui est entendu par un homme que terrifiaient les séditions des Pharisiens, elle par un enfant que remplissait l’Esprit-Saint. Celui-ci prononce hardiment ce qu’il pense, celui-là ne défend pas ce qu’il prononce, l.e juge de Susanne l’absout et la délivre ; l’examinateur du Christ condamne et livre celui qu’il absout. Le jugement de Susanne et celui du Seigneur
• Homil. XLVI; Pair. W., t, LMI, col. 331.
LA CAPPELLA GRECA
sont, d’ailleurs, à peu près semblables en toutes choses. T;es vieillards défèrent au tribunal Susanne, Judas accuse le Seigneur; elle est incriminée par les docteur.s, il l est j)ur son pr opre disciple. Des pseudo-préti'es dénoncent Susanne, un pseudoévêque trahit le Sauveur, (ar Judas lut évêque, comme dit le Prophète, parlant de 1 ui ; Que ses jours soient peu nombreux, et qu’un autre reçoive son épiscopat (Ps, r.viii). Les lieux mômes, mon frère, ne sont point sans ressemblance en ces deux causes. C’est dans le paradis de son mari que Susanne est circonvenue par les accirsatenrs : c’est dans le paradis d’un petit jardin que le Seigneur est enveloppé par les ti’aîti’es ; là elle est au.x prises avec ceux qui lui tendent des pièges; ici il soulli-e celui qui le livre. Voyons enfin l'issue des deux jugements. Les accusateurs de Susanne sont, comme faux témoins, frappés de la sentence du prophète, et punis comme coupables du crime môme poitr lequel ils étaient avides do verser le sang de l’innocenle. Pour’ le Seigneur, je ne trouve pas que celui qui l’a livré ait été condamné par le juge; ni Pilate ne le condamne, ni le peuple; mais, ce qui est plus grave, il se condamne lui-même, et, toute sentence du juge cessant, il est jugé par sa propre sentence .. »
On ne s’étonnera point, après cela, si nous signalons la scène de Susanne et des vieillards, avec ou sans. Daniel, sur des monuments chrétiens offrant celle du Oirist au tribunal de Pilate.
A quelques années de S. Maxime, astre du versant oriental des Alpes, un astre du versant occidental, le convertisseur pour une part de Clovis, roi des Francs, et de Sigismond, roi des Bourguignons, le neveu de l’empereur Avitus, S. Avite, évêque de Vienne de 490 à 52o, prenait sa lyre. 11 préludait à Milton en chantant la Création, la Chute, la Rédemption par la pénitence, le Déluge et l’Arche du salut, le Passage de la Mer Rouge, et ilécrivaità Fuscina sa sœur, vierge consacrée à Dieu, un poème De consolatoria lande castitatis, Des louanges consolatrices de la chasteté. Après Joseph, Susanne y tient un rang à part, Daniel et les trois Hébreux lui faisant cortège comme à Babylone, comme à la cappella greca :
« Un jeune homme, autrefois, avait été vendy par la troupe jalouse de ses frères, et la terre de Memphis retenait Joseph esclave. 11 eut à souffrir de son maître, étant accusé faussement du crime sacrilège, du triste crime qu’il avait refusé de commettre. 11 supporta patiemment les cachots, les entraves, les chaînes, pendant que le soleil, doublant son orbite, joignait une année à une année. Il avait oublié la lumière, et déjà de sa chevelure éparse un poil pauvrement nourri touchait son dos. Mais sou esprit que Dieu faisait grandir etque n’enfermaient aucunes ténèbres prévoyait des secrets que l’avenir venait révéler à point. Enfin, tiré du cachot, ce n’est point le pardon seulement qui l’accueille, c’est la gloire ; on le sollicite avec des prières de prendre le diadème sur sa tête de captif et de changer
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l’exil en règne, l’esclave en prince. Ainsi ce jeune homme reçoit la récompense d’avoir bien gardé son cœur.
Après lui, qui trouvera jamais d’assez dignes louanges pour célébrer Susanne, qui vainquit autrefois dans un âge infirme les vœux criminels et les fureurs conjurées des vieillards? Ils avaient d’abord formé leur dessein chacun à part, et l’un et l’autre s’étaitpromis l’espérance delà faute. Mais le feu qui couvait honteusement dans leur cœur gonfla ensuite leur esprit à tous deux dans la fournaise du crime. Ils se rencontrent — car il se trouva par hasard que. feignant de se retirer, ils revinrent chacun de leur côté — ; ils se rendent ensemble dans un bosquet ; ils se découvi’ent, ils se confient mutuellement la brûlante volupté de leurs deux cœurs. Aussitôt, trompant par h, fraude la jeune femine qui ne se doute de rien, ils courent à elle et lui deman lent Je consentir à leur désir, sans que le bruit de sa faute fasse éclater un si grand déshonneur. Ils disent que si olle'ne cède pas.le forfait se retour nera contre elle ; et, ayant ainsi confessé leurs ardeurs, ils révèlent également leurs mensonges organisés et découvrent les filets qu’ils sont prêts à nouer. Elle, embarrassée, lutte longtemps avec elle-rnéme ; elle hésite, elle flotte : où faire pencher le poids de son esprit incertain? La Loi lui défend de pécher; l’infamie, de sou côté, l’épouvante. Deux fois elle ten.e d'amollir par ses prières leurs âpres fureurs et d’éteindre par ses larmes leurs flammes ob.scènes. Mais, une égale lubricité dominant ces vieillards insensibles aux supplications et aux avertissements, ceUe femme dont l’âme est embrasée d’une magnifique pudeur, prend alors le parti de mourir chaste et de ne point livrer à un commerce si criminel la misérable vie de sa chair. Elle appelle â témoin le ciel, elle récuse une vaine renommée, contente de son jugL-inent à elle, confiant sa conscience à la foi du Très- Haut et la réservant à l’avenir. Mais l’Inspecteur des secrets aima mieux instruire sur place un examen patent, révéler le forfait caché, et produire au jour les fraudes qn’avaient préparées les pièges.
11 contemplait la ville émue de larmes vaines, ce jeune adolescent qui doit être bientôt le compagnon des trois jeunes gens que la colère du Parthe, plus ardente que les flammes, a jeté à lallaiume ondoyante, parce qu'ils ont méprisé son commandement. La fureur, d’un côté, la foi, de l’autre, ont brûlé n’une ardeur également croisîUnte ; mais le feu a molli et sei vi les saints, et la braise, attiédissant sa rongeur, s’est faite leur jouet, jusqu’à ce que le Satrape, dans l’admiration, ait ordonné de mettre fin à l’incendie et que l’abondance des flammes ait enveloppé ceux qui étaient debout près de la fournaise. Égalant leurs mérites et atteignant leur vertu, Daniel a tenu en arrêt les horribles têtes des lions grinçant des dents, qu’irritaient les aiguillons de la fain. et de ia fureur. Ils étendent tous ensemble leurs corps avec leui's béantes gueules muselées; et, à jeun, ils lèchent leur pâture saine et sauve. Cependant Daniel prend la nourriture qu’u i prophète suspendu sur sa tête lui apporte ; la main d’un ange qui soutient ce prophète 1 a transporté rapidement à travers lev;de ; ses piedsimmobiles ont foulé 1 air qu’ils dominent : il est arrivé lié d’un faisceau debandeiettes. Daniel a reçu ces aliments transmis d’en haut; les plats ont émigré, sans perdre leur chaleur, des terres lointaines : ils gardent encore leur saveur sur un sol étranger.
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Cet impubère, donc, voyait par hasard Siisanniï entraînée au supplice ; le peuple ignorant lu vérité venaitde la condamnersans l’eatendre ; et tous ensemble étaient empressés à contempler la mort criminelle d’une innocente. Tout à coup le jeune homme se précipite au milieu de leui' troupe, réprimandant de sa voix tendre encore leur tumulte ardent : Cohimcnt dans une telle ussemhlée ne se trouve-l-il per~ sonne qui juge la chose, et, libre, s’ écrie qu'il ne veut pas courir à un trépas injutc? Soudain émue et docile à la voix de l’adolescent, la foule retient son em|)orteraent ; il est choisi lui-même pour juge et examinateur îles vieillards: c’est par lui que se révélera la voie véritable. Séparant les vieillards, il s’informe de l’ordre du crime ; et, comme ils donnent une réponse discordante, ils avouent séparément le crime même qu’ils ont concerté ensemble. Alors la crainte saisit .sans exception tout le monde ; de toutes parts monte un seul cri ; tuut le peuple lapide les nufeurs de cette scélérates.se : et on loue Dieu qui ne se détourne jam ds les vœux des bons et, au moment voulu, leur montre son secours '. »
Ces textes des Pères, du troisième siècle au sixième, nous font bien voir que Susanne avait sa place dans la tj^éologie des Catacombes et de Père du triomphe; qu'elle faisait partie du cycle consacré des types scripturaires ; qu’elle était même par excellence la figure biblique de l’Eglise. Je dis biblique, Marie étant par excellence la figure évangélique. S. Hippolyte ne nous laisse aucun doute sur cet
* V. 533-619. S. Avite, s’adressant ensuite à sa sœur, termine ainsi son petit et ravissant poëme Des louanges consolatrices de la chasteté :
I Et cependant, avant tous ceux-là, est celle qui par une pudique virginité, présente son corps intact à des vœux perpétuels. Car si une jeune fdle, se mariant selon la loi terrestre, est louée d'avoir bien gaidé sa couche et de n’avoir connu qu’un lit, par une assemblée judiciaire simpleinent mortelle, juge tout ce qui est préparé par le Christ aux mérites virginaux là où il nous appelle d’ici bas, là où sur son siège suprême, arbitre du globe, il partagera le genre humain en deux parts, étant plein de grâce pour les agneaux à sa droite, de mépris pour les boucs à sa gauche. . . Ainsi, ma sœur, pendant que le siècle est emporté par ses soucis, ne cesse pas de garder pour toi la part élue. Toute ta parenté t’a méritée à titre de première patronne. Déjà nous te suivons comme notre enseigne; la généalogie de tes parents vient volontiers après toi qui portes l’étendard du Christ. . . Pendant que ton père et ton oncle, grands de toutes parts, se plaisent, après les faisceaux, à pretidre (avec le pontificat) le faisceau des peuples, soutiens les humbles frères que l’Église, qui les lie par un office semblable, a uni au sort des pères. Ne te las.se pas de rendre pour eux au Christ d’assidues actions de grâces ou d’épancher des pleurs, de sorte qu’il ne te manque personne dans le nombre de tes frères, lorsque tu recevras des récompenses dignes de tes actions et que, mère effective de tes parents, victorieuse et joyeuse, tu seras associée à la couronne des Vierges. »
LA CAPPELLA GRECA
honneur accordé à Susanne ; et n’est-il pas bien appuyé par les autres Pères?
On voit aussi, par tous ces rapprochements entre Joseph et Susanne, que si cette figure de captif dont nous avons cru reconnaître des restes à la cappella cjreca, à côté de la tentation de Susanne, ne repriiseute pas Joseph, elle ne doit pas être sans allusion à ce compagnon classique de Susanne chez les Pères de l’Église.
Lne preuve de la place importante que Susanne occupait parmi les images des Saints Livres, c’est la popularité de son nom parmi les chiétiens : « Les noms d’origine hébraïque, écrivait en « 1850, M. Le BlanL sont d’une excessive rareté sur les marbres « des fidèles de l’Occident ; le plus répandu de tous est celui « de la chrétieune de Lyon SYSAXXA. J’cn puis citer neuf exem- « pies » Nous en pouvons citer aujourd’hui (1877; plus de vingt, dont une douzaine semble appartenir à Rome. Les voici par ordre chronologique, autant qu’il est possible.
Le premier est celui de la parente de Dioclétien, la nièce du pape S. Gains, la fdle de son frère le martyr S. Gabinus,la célèbre martyre Susanne. Elle habitait avec son pèi’e, à côté de la maison du Pape, près des Thermes de Dioclétien, au lieu où est maintenant sa basilique, ([ui a été le tln-àtre de son martyre avantd’être le sanctuaire de sou tombeau, (. était sur le bord d’une voie conduisant à la porte Noiuentane. par où on va au cimetière de Sainte-Agnès, et à la porte Saîare par où on va à celui de Priscille. Ici elle avait dû contempler maintes fois, près des tombes sacrées de Prisca et d’Aquila, de Pudens, de Pudenlieime. de Praxède, de Symetrius et de la récente martyre Prisca, dans l’église apostolique du cimetière, l’image si frapiiante de Susanne ; et, à côté, elle avait pu reconnaître, nous le verrops, plus d’une copie de cet original antique. Au cimetière de Sainte-Agnès, nous allons signaler une autre Susanne, postérieure, il est vrai, à la nièce du Pape^ mais qui nous montre assez qu’il a pu y en avoir d’antérieure. Ce nom de Susanne^ donné par un futur martyr à sa fdle s’explique donc bien. La cappella greca l’a plus ou moins inspirée ; et c’est l’héroïne de l’Ancien Testament, contemplée là, qui a passé son àme à la martyre du Nouveau. Le sang des Au-
' Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. I, p, '145.
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gustes qui coulait dans ses veines a fait ainsi battre son cœur non pour l’autel de.Inpiter ou l’hymen de César, mais pour le Christ, sou unique Dieu et son unique Epoux. lui tout ce qu’elle a de ce noble sang!
Les autres exemples fournis par Rome sont d’abord celui d’une Susanne dont M. de Rossi a retrouvé la tombe, parmi d’autres tombes romaines composant le [)avé de Sainte-Marie-m-6’rts/c//o, à Corneto.la cité des Tarquins. L’épitaphe de la fin du 111“ siècle ou du commencement du IV®, c’est à dire de l'époque de la martyre Susanne, porte ; LOCYS SYSANNE Une autre Susanne du quatrième siècle, non beaucoup avancé, ce semble, olfrant une couronne d’or ou d’argent, ou tel autre don à un sanctuaire inconnu, y a joint une stèle à laquelle l’objet était peut-être suspendu, avec cette inscription : <( Aiooov yiM-rava:, don de S#saiine^ » Trois Susanne sont mentionnées par Fabretti \ lloldclti a trouvé une Susanne, mère de l’enfant Redemptus, sur une épitaphe du cimetière de Pontien, celui du quartier des Juifs à Rome % et une SOSANETES, qualifiée « domina, dame » par son mari, sur une épi'aphe du cimetière de Lucinc que recouvre la basilique de Saint-Paul-hors-lesmurs L Un marbre chrétien de la collection de Saint-Paul fait lire : « SOSANNADE /irOYlNCIA SYRIAe EX YICO RAYYizdO, Susanne de « la province de Syrie, du viens de Raphnée, « que M. Le Riant croit être le Patpavaîa indiqué en Syrie par Ptolemée et Josèphe \ Un autre de la même collection présente une Susanne qui « s’est repo- « sée » l’an 397, après s’être « acheté une mémoire : SYSANNA « COMPARAYIT SIBI MEMORIAM, QYIEVIT etc. U » Le cimetière de Commodille, qui est dans la colline voisine de Saint-Paul, a fourni cette épitaphe : « CONSTANTIYS ET SOSANNA SE YlYl LOGYM
‘ Bulletino, 1875, p. 101.
^ Il museo epigrafico cristiano Pio-Lateranense, Memoria del com. J. B. de Rossi. Roma, 1877, 1, 8; p. 29.
^ Inscriptionum antiquarum explicatio. Romæ, 1699, in-fol., IV, 120; V, 224; VIII, CIX.
* Inscript, chrét., t. I, p. 329.
M. de Rossi, Inscript, christ., t. I, p. 196.
LA CAPPELLA GRECA
« SIBI EMERVNT PRESENTES A | Ü OMNIS FOSSORES, Constance « et Susanne de leur vivant se sont acheté cette tombe, présents « tous les fossoyeurs »
Le cimetière d’Ostrien, voisin de notre cimetière de Priscille, a fait lire sur un marbre funéraire :
SYSÂNNA YIVAS IN DEO
« Susanne vis en Dieu ^ » comme nous avons lu, près de la cappella fjreca, avec reproduction, sur le marbre, de son Adoration des Mages : SEYERA IN DEU YIYAS. Cette exclamation antique montre l’antiquité du nom de Susanne dans la zone céméteriale où la cappella (jreca présente l’bistoire de la Susanne biblique sur ses fresques, voisines, pour le moins, du berceau de l’Église. Eniin à côté de ce cimetière, le pavé de Sainte-Agnès-bors-les-murs a donné sur une grande pierre cette épitaphe d’une femme de vingt-cinq ans déposée l’an 4U8 par son mari dans un tombeau construit sans doute auprès de celui de sainte Agnès :
DEPOSITA SYSANNA IN PACE.
Deux monogrammes cruciformes marquaient les angles supérieurs de la pierre ; un monogramme pareil, accosté de l’A ii, terminait l’épitaphe. Un peigne servait de marque distinctive au monument L
* Musée du Latran, X, 27.
.Musée du Latran, XX, 30. — Je saisis cette occasion pour ajouter un quatrième Priÿcus ou Prii^ca aux trois indiqués, chap. XXVI, dans le cimetière d’Osti ien. et qui prouvent les relations de cette famille avec celle de Priscille du cimetière voisin. Le docte M Armellini, dans le volume publié aux frais de Mgr Crostarosa, Scnprvfa délia cn'pta di sanla Emercnliana e di una memoria relativa alla cripta di San Pictvo nel ceme/erio Ostriano, Roma, 1877, p. 89, écrit en énumérant les principales inscriptions de ce cimetière :
PRISC...
« Comme le nom de Justinus (signalé plus haut) le nom de Priscus se rapporte à a merveille au temps de Trajan. C’était précisément celui du père du philosophe, a comme le prouve V Apologie présentée à l’empereur Antonin. »
’ Inscriptiones christianœ, t. I, p. 247. La partie épigraphique de la pierre est encastrée dans le mur du grand escalier de Sainte-Agnès.
LA CAPPELLA GRECA
On mentionne une Susanne, « martyre italienne, » vénérée le 12 février, différente de la célèbre martyre romaine vénérée le 11 août (iori - et Muratori ^ montrent sur les inscriptions deux Susanne ; et Heinessius deux autres Les Grecs parlent d’une Susanne martyre différente aussi de la Susanne romaine (Jiiant à nos Gaules, Lyon seul en a deux. C’est « Susanne, SVSANE, de bonne « mémoire qui vécut vingt ans, embrassa un an la pénitence — « entendez, selon des textes parallèles et le nom même du liers- « ordre de S. Dominique, /a vie relujiemc, qu’accompagnait l’habit (( monastique — et mourut on paix, » l’an 508. C’est une autre Susanne, mais de triste mémoire, la femme de Priscus, évêque do Lyon, successeur de S. Nizier. Hlasphémanl avec son mari la mémoire de l’homme do Dieu, poursuivant .4!t mettant à mort ses familiers pour le seul crime de lui être fidèle, et ne craignant pas de pénétrer avec ses servantes dans « la maison de l’Église » et dans la cellule même où avaient pris leur repos tant do bienheureux évêques, cette affreuse Susanne fut possédée du démon et on la vit parcourir la ville en furieuse jusqu’à ce qu’elle rendit hommage au saint et lui demandât pardon à grands cris ’.
11 est donc bien vrai que do tous les noms bibliques portés par les chrétiens des premiers siècles «le plus répandu... est celui de... Susanna ». Et qui ne comprend dès lors le rôle considérable que Susanne devait avoir sur les monuments chrétiens ? C’est de là même que procédait manifootement, au moins en partie, la popularité de son nom.
L’examen des fresques des Catacombes, des sarcophages et des divers monuments va bien justifier cette conclusion à laquelle nous amènent les textes des Pères et l’épigraphie.
* Bolland., Acta SS., xii febr., p. 575.
2 Etr. 111, 358.
® N. Thés. vet. i)iscri]>t., 1854, 2.
Syntagma inscriplionum antiquarum. Lipsiæ et Francof. 1682, XX, 196, 394.
® Martyrologium romanum, 24 maii.
® « Gai'vsa retigiosa qui egit penetentiam annvs vigenti et dvos et vixe in pace annus sexagenta, rvirirve iquinque) », dit une épitaphe de Lyon de l’an 520. M. Le Blant, t. II, p. 549. Cf. p. 596 et l’AVRORA PENETENS de Côme. dans M. de Rossi, Inscript, christ., t. I, p. 490.
’ S. Greg, Turon., Hist. franc., 1. IV, XXXVI.
LA CAPPELLA GRECA
IT. Voyons d’abord les fresques du cimetière de Priscille. M. de Uossi l’a appelé « le cimetière de la Vierge » : il ne serait pas moins juste de l’appeler le cimetière de Susanne.
L’église du cimetière, la cappella greca, nous a montré Snsanne placée entre le crime et la mort par les deux infâmes vieillards, types des Juifs et des Gentils, persécuteurs de l’Église, et le Christ juge sortant de la tente du ciel pour venir à son aide; puis Susanne déclarée coupable par les deux faux témoins, allant à la mort, et Daniel, le-Jugement-de-Dieu, montrant aux misérables la roche de la lapidation d’où ils vont être précipités au lieu de la sainte femme. Nous allons, à quelques pas de la cappella greca, retrouver le Christ et Susanne
‘ Nous redonnons, |)1. XIV, 1, les groupes des têtes de la fresque du Christ, de Susanne et des vieillards en cherchant à mieux reproduire les lignes que nous paraît olli ii' la photographie. Redisons, à cette occasion, que si nous avons fait dessiner pl. il et 1' , certains détails, tels que la croix ou monogramme du Christ, sous les pieds des vieillards, liguraut les persécuteurs et l’Église qui sont trop souvent ses transfuges, ou des scènes de l’Apocalypse et du Pasteur, c’est d’après l’examen répété des photographies, mais en faisant nos réserves. Nous avons cru, vu leur intérêt, devoir recueillir ces fruijmenls de peur qu’ils ne périssent, sur des probabilités simplement sérieuses. La réalité serait reconnue faire défaut, ici ou là, qu’il n’en faudrait rien conclure contre celle de tous les grands sujets. Les parties essentielles de la théologie symbolique que révèle la cappella greca sont vraiment hors de cause.
Le sphinx que nous avons placé aux pieds de Susanne, pl. II, n’a aucunement la jii écision de traits qùe lui a donnée le dessinateur et qui est évidemment étrangère au ton de la fresque. Mais l’e.xamen que nous avons fait ou fait faire vingt fois, durant cinq années, ne nous permet aucunement d’infirmer son existence si frappante sur la photographie.
La tète — évidemment celle de la statue de Nabuchodonosor — que j’ai découverte en 1S75, au-dessus de la porte, est indiscutable, bien qu’elle devienne de plus en plus invisible. Nous l’avons vue dans toutes ses parties, à la lumière de quatre bougies, en 1876 ; et M. le com. Descemet l’a ainsi dessinée devant nous.
Le custode Valentino m’a dit avoir nettoyé à la mie de pain les deux grandes fresques de la cappella greca. Des additions sur enduit sec faites aux fresques primitives ont pu ainsi disparaître Je n’ai pas retrouvé en 1875 les deux sphères sous le pied droit du Christ que je me rappelle avoir remarquées en 1871 et que présente la photographie faite en 1868.
J’ajoute sur la cappella greca quelques observations nouvelles, recueillies en février et mars 1879.
CAPE LL A CRECA