‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella GrecaChapitre 79 sur 129 · W ^AV · texte numérisé non relu

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usanne, les vieillards, le Christ, fresque de X^ûxppella. Greca, d'après la photographie de M. l'ker— 2. Susarme et les vieillards .fresque du Cimetière d'Ostrieu, dessinée par MT Com. Descemet et inédite Il résurrection de Lazare, fresque de l'arcosohuTn. d'une chambre duCimet. de mscille, Arinjhi, T, II,p.233^ corrigée rèsl'originaI 4,Susanne et le Christ . fresque de la voûte de cette chambre .ibid.p. 237-5. Trois scènesàelavie de arme, d'après la phologr. deM, Parker- 6. Le jugement de Susaroie et des vieillards, fresquedu Cimet. de Sainteère.ÆoTn Soft, Tjl,TXXI 7.Susanne et les vieillards, fresque du Cimet. de Prétextai , d'après la copie Latran. M, Martigny, l'.P édit. p. 623.

LA CAPPELLA GllECA

Là est une chambre dessinée par Hosio, son ciibicolo quarto, dont la peinture légère et élégante porte le cachet du second siècle. En l'ace de l’entrée, on aperçoit encore les traces du Bon-l*asleur, peint en petit, que llosio a soigneusement relevées. Un arbre et une brebis sont adroite du Pasteur et étaient répétées sans doute à gauche : il court, comme rapportant an bercail sa cher»; brebis. Le côté gauche, qui est un mur continuant l'entrée, n’a pas reçu de

Le gra[)liite i\AVlGl est précisément sur la frise qui est entre la console en .stuc et les panneaux peintssur le côté gauche »lu sanctuaire. Voir ici pl. IV.

La voûte >ie la coupole du centre de la croix a été décorée sur fond rouge d’encarpes à petites feuilles et à Heurs blanches dont il ref^e des traces sur les bords. A l’angle qui est entre l’abside de Nestoriané et celle du fond, on voit la partie inférieure d’un homme de demi-grandeur natuielle. De la main droite il paraît tenir un volume. Serait-ce un des quatre Evangélistes, comme il me semble les voir entr»; quatre O i antes, remplaçant les quatre Saisons, autour d’une voûte dont le Bon-Pasteur, ou toute autre image du Christ, occupait le centre, sur une fresque en ruine d’une chambre des Cryptesde Lucine{Ro>ri.sotf.,tA,ta\. XIV)? Une image du Christ, Orphée, par exenq)le, ou la tête du Christ ou son monogramme, si la décoration est postérieure à la paix de l’Église, devait servirde centre à ces quatre grandes figures de docteurs ou de personnages rendant au Christ un témoignage solennel. C’était la réplique des quatre Saisons autour du P,on-Pasteur du sanctuaire primitif de la chapelle, donnée dans le nouveau sanctuaire.

Dans le corridor tournant qui, du fond de la grande basilique souterraine où est la scala, conduit au bras de croix faisant face 'a l’abside de Nestoriané, Mgr Crostarosa m’a fait remarquer sous le badigeon un revêtement de stuc de poudre de marbre et de chaux qui porte le cachet du P"' siècle. C’est une confirmation de ce que nous avons dit de l’antiquité de la cappella greca, et de son entrée primitive.

La petite basilique, ouvrant sur la grande basilique souterraine, où nous avons cru reconnaître la double tombe des saintes Pudentienne et Praxède dans l’autel, montre une tombe placée devant et en partie dessous, qui lui est antérieure- Nous y avons lu :

HNH TII GENNOTATH XI >EIAANAPQ AOYKIG O GUNBRIOG.

« A Agnès (?), très vénérable et aimant son mari, Lucius son conjoint. » Le nom de Lucius, écrit aussi AOUKICselit sur une autre épitaphe trouvée là ou auprès. On lit ce nom au cimetière de Saint-Calixte, sur la tombe du pape martyr qui siégea cinq mois en 252 .

Près de la cappella greca, nous avons revu, mais non plus attachée au sol, la pierre tombale qui porte l’épitaphe laconique : IIETROG. Tout près encore, une épitaphe nous a fait lire : LVCRETIO PAV... — « Lucretius Eutuchès et Lucretia

LA CAPPELLA GBECA

fresque. L’autre côté offre, au fond de la chambre, un arcosolium peint Dans la vaste lunette, Jonas repose sous l’ombrage ^ Aux côtés de l’arc, Jonas est jeté au monstre marin, et vomi par le monstre ; et, entre deux, au sommet de l’arc, est cette sublime résurrection de Lazare dont nous avons parlé en examinant le sujet qui a pu faire face à la guérison du paralytique à la cappella greca Le Christ, à tète de César, fait au mort, ou plutôt à la Mort, figurée par une momie d’enfant qui apparaît debout à la porte du tombeau, le geste do maître qu’il fait, à la cappella greca, vers la fournaise qui a englouti les trois Hébreux. Voici, de grandeur naturelle, la tête du

Maxiniillu ses parents » ont fait cette tombe à leur « très doux Lucretius Paul... » Si ce fils s’appelait Paulus, ce (pii est probable, voilà sur deux épitaphes voisines, et des plus anciennes, les noms de Pierre et de Paul, ces noms si singulièrement chers au cimetière de Priscille et de Pudens, d’Aquila et de Prisca.

L’épitapbe : MüDESTlX.A. A Q, voisine aussi de la cappella greca, a une ancre en face d’elle. Celle de Paclumia et Olympios, avec les deux poissons allant à l’ancre, a ses fragimmts près de là. On louche du doigt les premiers pas, les pas fondamentaux du symbolisme chrétien. A coté de l’ancre qui fait face à MODES- TINA, on rencontre, en beaux caractères, cette inscription inédite que S. Vincent de Paul eût montré avec joie à ses Filles de la Charité et dont son Uo/tpice des enfants trouvés réclame une copie :

CSRMINE A VICTORIA CARMINEO LIBERAIT ALVMNO.

« Carminea Victoria à Carmineus Liberalis, son enfant adoptif n .

* Aringhi, t. II, p. 295.

“ On ne voit plus que de très faibles traces de la peinture que Bosio a pleinement vue et dessinée.

^ Ici pl. XIV. 2. Nous coi'rigeons le dessin de Bosio d’après l’original, en enlevant la baguette au Christ et en lui donnant son geste de commandement, l’index en avant de la main et arqué; en distinguant la porte du monument de la muraille peinte en blanc; en remplaçant la palme qui est au-dessus du fronton par un acrotère pyramidal parfaitement visible sur l’original. Nous n’avons pas aperçu les fenêtres : elles sont probablement le fait du dessinateur. Ce coin de la fresque est très obscur.

* Il se pourrait bien qu’à la cappella greca il y ait eu, comme ici, en trois cadres, la résurrection de Lazare entre deux scènes de l’histoire de Jonas. Quelques traces ou plutôt quelques lueurs de peinture, que j’ai aperçues (1879) dans le cadre du milieu, se rapporteraient assez à un monument à gauche et à une figure placée devant, au tombeau de Lazare et au Christ.

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Christ, calquée sur l’original, en 1879, par M. le commandeur Descemet. J’ai encore devant les yeux la sévérité superbe des lèvres, et je me rappelle que les étudiants do Saint-Snlpice, qui m’accompagnaient un Jour au cimetière, se sont écriés devant la fresque : C’est la tète de Marc-Aurèle au Capitole !

A la voûte est un sujet rendu méconnaissable par le temps et les flambeaux des visiteurs, à portée desquels il s’est malheureusement trouvé. Mais Bosio l’a vu intègre et l’a dessiné ; et l’exactitude substantielle du dessin des autres fresques de la chambre nous assure que nous possédons en somme celle-ci. Un homme est debout, ayant le même costume que le Christ ressuscitant Lazare, la tunique ornée de clam ou bandes d’honneur, et le pallium formant ceinture ; le corps et la main gauche retenant le pallium sont posés de même ; il fait de la main droite le même geste. Devant lui une femme est assise dans un siège à dossier haut et carré, de bois, non de marbre L Coiffée dMn voile qui tombe sur ses épaules et vient sur sa

‘ En 1879, nous n’avons pu distinguer sur la fresque que quelques restes, non absolument certains encore, de la tête de l’homme, et le dossier du siège de la femme, peint en bleu.

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main gauche, elle n’a point de clavi à la tunique ; ses pieds sont nus, signe de deuil chez les juifs ’ ; son visage paraît offrir les traits de la douleur, de l’accablement, des larmes peut-être : la main droite, appuyée sur le bras du siège, elle avance la gauche au bord de son genou, comme parlant et plaidant sa cause ^

Le K. P. Garucci a vu dans cette fresque « l’Annonciation de la « Bienheureuse Vierge faite par l’Ange ^ », déjà soupçonnée par Bottari V « Je suis aussi de sou avis », écrivait en 1863 M. de Rossi 11 vient en 1877 de maintenir cette interprétation en ces termes : « L’Annonciation de la Vierge est représentée dans un cubiculum « bien connu de Priscille ; l’ange sans ailes y a revêtu la tunique et « le pallium » Pour moi, je l’avoue, je ne puis hésiter à voir ici le Christ et Susanne comme à la cappella greca. Le Christ me paraît certain. Le personnage qui est vis-à-vis de la femme est manifestement identique à celui qui, au bas de cette voûte, et dans un sujet faisant suite et comme répétition au sujet en question, ressuscite Lazare. Si ce n’est pas le Christ, le peintre nous a proposé une énigme vraiment insoluble, et il a tendu un piège inévitable au peuple. Mais si c’est le Christ, quelle peut être cette femme dans son siège, correspondant à Lazare dans son tombeau, sinon Susanne? Et devons-nous oublier les paroles de S. llippoiyte, contemporain, et peut-être interprète de notre peinture ou de telle semblable ; « Et elle était en pleurs : « par ses larmes, en effet, elle attirait le Verbe qui descend des « cienx, lui qui devait, par ses larmes, réveiller Lazare mort’ ? »

Un des deux textes syriaques de l’histoire de Suzanne, commentant le texte original d’après des traditions plus ou moins plausibles, dit à la suite de l’accusation impudente portée par les deux vieillards contre la vertueuse épouse : « Et les serviteurs et les servan- « vantes de Susanne furent dans la confusion, car rien de pareil n’a- « vait été dit de Susanne. Et l’on mit des chaînes à Susanne, et elle

‘ Ezech., XXIV, 17.

* Voir pl. XIV, 1, 4, ce sujet, en regard de la résurrection de Lazare.

* Haçfioglypta, p. 245.

^ T. III, p. 144.

® Imagini scelle, p. 11.

® Roma soit., t. III, p. 252.

" Ool. 696.

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« fut trois jours en prison. Et il arriva, le troisième jour, que tout a le peuple se rassembla chez son mari Joachim, pour examiner la c( cause (le Susanne, afin que si elle avait commis cette action lion- « teuse et souillé le lit de son mari Joachim, elle mourut » Le grec de Théodotion et la Vulgate de S. Jérome, reproduisant sans doute le texte primitif, ne mettent qu’un jour entre la calomnie intentée à Susanne et sa mise en accusation. A celà près, et aux chaînes et à la prison qui semblent être une exagération aussi, il est certain que Susanne passa l’après-midi le plus affreux et la plus horrible des nuits dans sa maison où la dénonciation faite par les deux juges d’Israël trouvait trop de crédit. Heures d’angoisse qui ont été, durant trois siècles, celles de l’Église poursuivie par les calomnies des Juifs et des Gentils ! Il n’y a pas à s’étonner de voir l’Église peindre une de ces heures et son divin Époux qui vient constamment la réconforter. C’est, à mon avis, le tableau de notre fresque.

Le Verbe fait ici à Susanne ce que l’Écriture dit qu’il fit à Joseph, son précurseur dans l’innocence héroïque : la Sagesse... est descendue avec lui (le juste vendu) dans la fosse, et elle ne l’a point abandonné dans les fers ^ Le nouveau Joseph, plus méritant encore que l’ancien, car il était d’un sexe plus faible, n’a pas été moins soutenu que lui ni autrement. Celui qui sera le Chidstest venu à son jour d’affres et d’abandon, dans sa chambre de deuil plus amère qu’une prison, si ce n’était la prison même. Le peintre chrétien a bien entendu la Bible là même où elle ne parlait pas. La cappella greca lui ouvrait l’intelligence, ainsi que les docteurs de Rome, témoin S. Hippolyte. Le Christ a été peint à la cappella venant au secours de Susanne tentée et menacée par les deux scélérats : il est peint à côté, venant la rassurer contre la honte et la mort qui l’assiègent à la fois. On l’a vu au-dessus de Susanne relevant le paralytique de son lit de douleur : on le voit retirant Susanne de sa mer d’amertume. En ce cubiculum où nous sommes, à la voûte de l’arcosolium qui sert d’abside, il ressuscite Lazare : à la voûte du cubiculum même, il dit à Susanne affaissée sur son siège, comme sur le tombeau qui

‘ Dan., XIII, 27, 28.

^ Sap., X, 13, 14.

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l’attend demain, ce qu^il dira à Marthe en larmes devant le tombeau de Lazai’e : Je suis la résurrection et la vie ’ ; et le Christ, dans les deux scènes, est peint exactement semblable. Que son apparition est grandiose et répond bien, avec un art différent, à celle de la cappella (jreca ! Le Christ et Susaniie planent seuls à la voûte; ils tiennent la place du lion-Pasteur et de la brebis sur qui, à la cappella greca, Susanne, marchant au supplice, élève les yeux ; ils sont dans un triple cercle de perles, bordé d’une guirlande de fleurs qui s’épanouit quatre fois en s’enflant, pendant que quatre colombes, symboles des âmes, volent à eux des pendentifs. C’est le cadre riant de cette image de la résurrection. Le bon-Pasteur n’a point été oublié dans cette chambre, qui offre en abrégé une si complète variante du sanctuaire de l’église du cimetière de Priscille. Ne l’avons-nous pas vu dans un petit tableau, eu face de l’entrée? Il a fait échange de place avec Susanne. D’en bas, en portant sa brebis, il montre qu’il exaltera Susanne aux deux; et en haut, Susanne, consolée par le Christ, semble nous découvrir, dans le tableau du fond, ce qu’elle attend finalement du Bon-Pasteur.

Qui ne reconnaît combien ce sujet de la délivrance, j’allais dire de la résurrection, de Susanne est mieux en harmonie avec ceux de la résurrection de Lazare, de la résurrection — on peut le dire — de Jonas, et de la brebis retrouvée par le Bon-Pasteur, qui ornent cette chambre, que le sujet de rAnnonciation de la Vierge? Ce dernier a quelque chose qui surprend et choque, au moins d’abord, dans une chambre funéraire où tout doit prêcher la résurrection des morts. Ce n’est pas au début de l’ornementation des tombeaux qu’un artiste, se donnant carrière, a dû risquer à la place d’honneur un sujet exprimant d’une manière si éloignée le dogme dont il avait à faire, d’après les saintes Écritures, la saisissante proclamation.

En passant de cette chambre du second siècle, inspiration si prochaine et si heureuse de la cappella greca, à une autre un peu postérieure que nous allons voir en dériver également, une chambre réclame de nous un regard et une observation. C’est le cubicolo terzo de Bosio -, à quelques pas du précédent, dont il paraît con-

1 Joan., XI, 25.

- Aringhi, t. II, p. 291. — L’autre chambre est le cubicolo quinto. Aringhi, t. Il, p. 301.

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temporain. Le Bon-Pasteur portant légèrement sa brebis, au corps horizontalement éteiulu, et ayant sa syrinx au coté gauche, esté, la voûte, entre deux brel)is et deux arbres, dans une couronne de laurier. Quatre colombes, tenant aux serres le rameau d’olivier, volent dans des couronnes pareilles, aux bords do la voûte. Elles remplacent les Saisons et présentent quatre fois le Christ, nous assurant l’éteruello paix, ou quatre âmes à qui elle est assurée. Une seule branche de laurier orne en demi-cercle l’arcosolium du fond. Mais en face, au revers de la porto, voici d’un côté uneOrante, de l’autre une colombe vers qui elle est tournée, et qui, portant le rameau d’olivier aux serres, parait voler vers elle. N'est-ce pas le Christ, qui, tant de fois ailleurs, vient en colombe vers Noé, Crante dans l’xNrche, et qui, dans une chambre voisine, vient en phénix délivrer les trois Hébreux dans la fournaise ? Il semble difficile alors de ne pas voir dans l'Orante Susanne à l’appel de laquelle il répond comme à la cappella greca. Une autre Crante est à une paroi latérale, mais isolée ; une autre colombe est à la paroi opposée, isolée aussi ; elles peuvent représenter le défunt ou les défunts, priant et triomphant comme Susanne, eU avec l’innocence de la colombe, ayant la paix du Christ. Mais le groupe — il paraît bien y avoir groupe — de la colombe et de l’Orante semble représenter le Christ et Susanne, c’est-à-dire l’Église, mère de ceux qui reposent dans le Christ '. •

Arrivons à notre chambre, le ciihicolo quinto de Bosio, qu’on trouve, par delà le cubiculum de la Vierge en venant de la cappella greca, ce cubiculum étant à mi-chemin.

M. de Rossi ^ parlant d’ « une grande Crante très connue » qui y occupe la place principale, écrit : « C’est l’opinion commune qu’elle « est au moins antérieure au quatrième siècle : je la crois du troi- « sième, etla topographie du cimetière et les inscriptions rencon- « trées près du cubiculum où elle est peinte me confirment dans « cette opinion. » Cette chambre frappe par l’ampleur et la noblesse de ses formes architecturales et par les proportions et le style de ses fresques dont toutes les parois sont couvertes. C’est une page des

^ Les deux Crantes pourraient représenter l’Église des Juifs et celle des Gentils, comme elles le font maintes fois, si elles étaient en relation. Mais elles sont tout à fait indépendantes.

Rom. soit., t. III, p. 54, 55.

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plus belles et des mieux conservées que nous ait léguées l’antiquité chrétienne. Mais c’est, pour une partie du moins des sujets, une des plus mystérieuses.

Le Bon-Pasteur apparaît à la voûte, portant, non une brebis, mais une chevrette '. Il est en son bercail^ c’est-à-dire au Paradis. Deux paons — symboles d’immortalité par leur chair réputée incorruptible et leur glorieux plumage — et deux belles perdrix rouges ornent le cercle qui l’encadre : quatre colombes avec le rameau d’olivier au bec et aux serres volent aux retombées de voûte. A la paroi de gauche on voit le sacrifice d’Abraham. Le père des croyants montre le feu de l’autel : Isaac vient portant le bois sur ses épaules. La fournaise des trois Hébreux est à la paroi de droite. Le phénix, la palme au bec, c’est-à-dire le Cdirist, divin Isaac, vainqueur de la mort, est sur leur tète : les flammes leur sont bénignes : ils chantent au milieu de leurs caressantes gerbes l’hymne au Seigneur. Jonas, vomi par le monstre marin, sert de clef de voûte au large cintre de l’entrée, dont les montants offrent deux colombes qui marchent en portant haut dans le bec le rameau d’olivier. Sur sa tête apparaît un des deux paons. En face de l’entrée, sous l’autre paon, est une grande Oranle, magnifiquement parée. A sa droite, à distance, une jeune fille debout, à coté d’un jeune homme, est devant un vieillard assis et tient dans ses mains un objet horizontalement déroulé; à sa gaucbe, de même, une jeune mère assise tient son enfant près de son sein L Que représente cette triple composition, assez manifestement une, et dont l'unité a été reconnue par tous les interprètes ?

Plusieurs ont vu dans l'Orante Priscille qu’on suppose avoir été inhumée avec ses filles en cette chambre ; dans le groupe de gauche, Pudentienne ou Praxède recevant le voile virginal des mains du pontife, S. Pie P'' peut-être, assisté du prêtre Pastor, frère des bienheureuses sœurs ; à droite, la Vierge-Mère tenant l’Enfant- Dieu \ M. Perret s’est contenté d’écrire sous ces images : Une

‘ Voir ici pl. IX, 2.

s Aringhi, t. II, p. 305; M. Perret, t. III, pl. XVI, XVII. - Ici pl. XIV, 5. Nous reproduisons la photographie de î*t. Parker. La main droite de l’Orante est très incorrecte et montre bien que la fresque a été peinte à la petite lumière, parfois trompeuse, d’une lampe.

® Aringhi, t. II, p. 304; M. Martiguy, p. 663 ; Item, 2® édition, p. 794.

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Ornnte, la Virginité et la Maternité. On s’ost demandé enfin si le groupe de gauche ne représentait pas Marie vierge étudiant la loi do Dieu dans le temple de Jérusalem, celui de droite, Marie mère, et celui du milieu Mario reine et triomphante. Un tombeau de marbre de la crypte de sainte Madeleine à Saint-Maximin offre en effet une Orante avec celte inscription : «MAUIA YllUlO MINESTER « DE TEMDLO GEllOSALE, Mario vierge, ministre du temple de a Jérusalem ' ». Mais la chambre de Pudentienne et Praxèdo était ailleurs ; cos pointures no sont pas de leur temps, mais du troisième siècle; ce fpi’on a pris pour un voile est nwvolumen, un rouleau, un livre déployé, que la jeune fille tient par les extrémités ; la présence de la Mère de Dieu, au second plan, à côté de Priscille, en pendant d’une de ses filles, serait bien étonnante, ainsi que l’illustration, à cette date^ d’un fait de la vie de Marie étranger à l’Évangile ; l'Enfant-Dieu relégué à ce second plan paraît impossible ; la glorification de Marie, c’est-à-dire un certain tableau de son assomption^ est aussi un anachronisme. L’étude des détails soulève, d’ailleurs, contre celte hypothèse, d’insolubles difficultés. Tout s’explique bien avec l’histoire de Susanne.

Il y axmit, dit la Bible, un homme habitant Babylone, dont le nom était Joachim. Et il 'prit une femme nommée Susanne, fille d’Helcias, très belle et craignant Dieu ; car ses parents étaient justes et ils avaient élevé leur fille selon la loi de Moïse. Et Joachim était grandement riche, etc. Nous voyons, sur notre fresque, un homme à barbe blanche, avec des cheveux blancs, qui forment autour de la tète une couronne pareille à celle qu’on voit à S. Pierre et même au Christ^. Vêtu d’une tunique blanche, ornée de bandes de pourpre, et d’un manteau à capuchon, il est assis dans une chaire qui paraît de marbre, à dossier élevé et arrondi, semblable à celle des évêques. Il instruit une jeune fille : debout devant lui, elle tient le rouleau de la Loi qu’il explique, et prête l’oreille à sa voix. Elle a la tête nue comme une vierge, une tunique d’un blanc jaunâtre avec des bandes de pourpre, des bottines aux pieds. A côté d’elle est un homme, jeune encore, pareillement chaussé, vêtu d’une tunique et d’un

* Hagioglypta, p. 36.

^ Aringhi, t. I, p. 313# Sarcophage du Vatican.

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long manteau de pourpre. Il forme avec elle un groupe et semble de moitié dans l’attention qu’elle donne à la leçon du vieillard docteur. Est-ce Joachim qui va prendre pour épouse Susanne élevée selon la loi de Moïse par ses parents? N’est-ce pas plutôt Jérémie dont S. Hippolyte vient d’écrire : « Son frère (de Susanne) est Jérémie le « prophète ? » Et n’avons-nous pas devant les yeux la traduction frappante des paroles du docteur romain : « Susanne était fille du « prêtre Ilelcias qui trouva le livre de la Loi dans le temple du Sei- « gneur, lorsque le roi Josias ordonna de purifier le Saint des saints... « Des hommes religieux et zélés pour la Loi produisent dans le « monde des enfants dignes de Dieu : l’un devenu le prophète et le « martyr du Christ, l’autre trouvée chaste et fidèle à Babylone L »

De l’autre côté, on voit une jeune mère assise sur un siège de bois à dossier rond. Son visage est creux; ses yeux regardent au loin du coté du vieillard qui enseigne sur la chaire de Moïse ; ses pieds nus marquent le deuil ; quoique mariée, elle est sans voile ; elle tient dans ses mains un enfant qui détourne la tête et élève un de ses bras vers le ciel. Pareilles aux mères outrées de douleur que Jérémie montre en ses Lamentations, elle ne lui donne pas un sein probablement tari L Sa tunique est blanche, rappelant le lin blanc, les jiistificatioyis des saints ^ ; mais les bandes sont verdâtres et non de pourpre. N’est-ce pas Susanne dans la nuit terrible qui suivit sa tentation et précéda sa condamnation, Susanne réprouvée dans sa maison propre, seule avec un de ses enfants à la mamelle, elle qui, le lendemain, viendra au tribunal avec ses parents et ses enfants? Ou bien serait-ce Susanne au tribunal même, sur la sellette comme autrefois Naboth, le persécuté de Jézabel et d’Achab, mis en face de deux hommes, fils du Diable : Sedere fecerunt Naboth inter primos populi, et adductis duobus viris filiis diaboli, fecerunt eos sedere contra eum ? *.

Une sentence do mort l’attend. Mais le Dieu qui délivre ici Isaac du bûcher et descend en phénix avec la palme vers les trois Hébreux dans^^la fournaise, a entendu la grande voix de sa protestation ; il

1 Patrol. grœc., t. X, col. 689.

2 Thren., IV, 3, 4.

3 Apoc., XIX, 8.

» III Reg., XXI, 12, 13.

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entendra la ü02,r (le sa prifn’C. Deux colombes avec le doux

rameau d^’olivier, autres symboles du Christ, volent prbs d’elle;, du côté où elle étudie la Loi de Dieu sous la direction de son père, et du côté où elle est abîmée dans l’angoisse. Le Christ sauveur d'Isaac et des trois Hébreux sauvera Susanne.

Aussi voyez comme au milieu du tableau, grandie d’une manière toute surhumaine, elle chante le cantiepio do la délivrance ! Ses pieds sont de nouveau cliaussés. Sur sa tunique blanche, aux haudes vertes, qu’on aperçoit distinctement au cou, aux pieds, au bras gauche, est une seconde tunique de pourpre. Elle rappelle la seconde tunique, la tuni(|ue d’honneur donnée par Jacob au chaste Joseph. La pourpre était l’indice de la magistrature et de la dignité sénatoriale à Rome elle est caractéristi(|ue de Home même dans l’Apocalypse"; c’est le vêtement du riche dans l’Evangile \ « ie vêtement des princes et des rois *, » que S. Hippolyte appelle « la « royale pourpre ». Deux très larges bandes, clavi, d’une pourpre plus foncée et contenant un dessin eu ramage, haute marque de distinction, descendent comme une étole des épaules de l’Oraute. Un court voile blanc, orné au.x extrémités de deux bandes vertes transversales et de raies de pourpre faisant franges, couvre sa tète et tombe sur le sein gauche et l’épaule droite. Elle élève les yeux au ciel, et les bras déployés en croix, mais excédant le mouvement ordinaire. Tout en elle respire l’enthousiasme et l’action de grâces. Ou dirait Anne entonnant V Exultavit ou Marie le Magnificat . Au ciel, c’est à dire à la voûte de la chambre, est devant ses yeux le Bon-Pasteur ayant sur ses épaules une chevrette qui s’y tient amoureusement d’elle-même — image de Susanne, biche d’amour, cerva carissima, comme Salomon appelle l’épouse fidèle ^ — , à gauche la même douce pécore, à droite une petite brebis à qui le Pasteur offre ses caresses. Deux oiseaux dans les arbres chantent sur sa tête. Des paons, des perdrix, des colombes, chargées de rameaux d’olivier, sont autour de lui dans des cercles successifs. Il apparaît sur la tête

1 Rosini, p. 276.

2 Apoc., XVII, 4; XVIII, 16.

» Luc., XVI, 19.

‘ Cornélius a Lapide, in Apoc., XVII, 3.

® Prov., V. 19.

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de rOrante dans un encadrement où de toutes parts sourit la résurrection. Jonas, Isaac,les trois Hébreux la représentent vis-à-vis d’elle, à droite et à gauche. C’est le bel accompagnement du cantique de Susanne livrée à l’extase du triomphe.

J’ose espérer que cette interprétation no soulèvera pas d’objection essentielle, tant ses points d’appuis sont multipliés et concordants et certains sont décisifs, à commencer par le premier d’où est sortie pour nous la révélation de tout le tableau.

Susanne étant ainsi reconnue en trois chambres des plus considérables du cimetière de Priscille, à la cappella greca et dans les doux que nous venons de décrire, deux fois assistée par le Christ visible, une troisième par le Christ invisible, qui en phénix assiste à côté d’elle les trois Hébreux; l’Orante de ces grandes scènes, mêlées à celles de la Bible et de l’Évangile qui composent le cycle des Catacombes, étant bien Susanne; le nom de cette Orante, compagne sur les monuments d’Adam et Ève, d’Isaac, de Moïse, de Jonas, de Daniel, des trois Hébreux, de Lazare, se lisant même — nous le verrons — sur sa tête : (( Susanne délivrée d’une fausse accusation, « Siisana de falso cremine, » j’incline fort, à reconnaître Susanne dans quatre Crantes que nous présentent quatre autres fresques du cimetière Je Priscille. Sur la première, l’Orante est au-dessous du Bon-Pasteur portant sa brebis, entre Abraham qui va immoler Isaac et Moïse qui frappe le rocher ‘. Elle est, sur la seconde, en face du Bon-Pasteur, Noé dans l’arche. Moïse frappant le rocher ou montrant les sept vases de manne, Daniel au milieu des lions, Lazare ressuscité leur faisant escorte Elle encadre, sur la troisième, avec Isaac et les trois Hébreux, le tableau du Christ siégeant au milieu des Apôtres, tableau qu’accompagne Jonas vomi par le monstre marin et Jonas reposant sous l’ombrage L Enfin, sur la quatrième, elle fait face à Noé, et les deux, avec un paon à la roue splendide, ornent l’arc de la lunette où est le Bon-Pasteur paissant deux brebis et deux gallinacés L Rien n’indiquant ici que l’Orante mêlée aux personnages de l’Écriture n’est plus de ces personnages, et représente le défunt

‘ Aringhi, t. II, p. 257.

** Ihid., p. 269.

3 Ibid., p. 277.

* Ibid., p. 285.

LA CAPPELLA GRECA

ou quelque autre figure historique, l’analogie veut que l’on y voie Susanne. Le peuple, avec sa promptitude naïve, à laquelle les peintres dirigés par l’Église exposaient cec fresques, ne pouvait songer qu’à elle. Est-il nécessaire d’ajouter que là, comme à la cappella greca, la Susanne qui fait vis-à-vis au Christ, représente l’Église ?

Le cimetière d’Ostrien, dit de Sainte-Agnès — la martyre de ce nom, de la gens Ostoria probablement, ayant été inhumée à coté de ce cimetière, dans le champ de ses parents, où iPse trouvait — le cimetière d’Ostrien est voisin de celui de Priscille. Je dirais volontiers qu’ils sont frères. S. Pierre baptisait dans le premier, et on y vénérera la chaire où il siégea à son arrivée à Rome, Sedes ubi prias sedit Scs Petrus ‘ ; les hôtes de S. Pierre, Priscille, Pudens, Pudentienne, Praxède, et les compagnons de S. PauÉ Prisca et Aquila, ont reposé dans le second. C’était le baptistère par excellence et le cimetière par excellence aussi, ce semble, de l’Église romaine, du vivant des Apôtres et dès les débuts même de leur prédication dans la ville des Césars. Les noms dérivés de ceux des fondateurs ou premiers occupants du cimetière de Priscille, Aquila, Prisca, Priscus, Priscinus ont été trouvés par Bosio et Boldelti dans le cimetière d’Ostrien ^ ; Mgr Crostarosa vient d’y rencontrer un Priscus ou une Prisca, PRISC, « aux temps de Trajaa ^ ». Quoi de plus naturel dès lors d’y trouver Susanne dont le rôle est si considérable dans l’église du cimetière de Priscille et dans tout le cimetière, Susanne dont deux défuntes, l’une du troisième siècle au plus tard, l’autre de l’an 408, portent le nom dans le cimetière d’Ostrien et dans celui attenant qui est sous l’église Sainte-Agnès !

Quand donc, dans le premier, nous trouvons à la voûte d’une chambre l’Orante avec Adam et Ève, Moïse, Jonas autour du Bon- Pasteur rOrante entre les trois Hébreux et Jonas, au-devantd’une lunette où une autre Orante ayant à ses pieds une colombe, symbole de sa pureté, est au milieu des cinq vierges sages arrivant à la

‘ Étiquette de l’ampoule portée par l’abbé Jean à la reine Théodelinde, au temps de S. Grégoire-le-Grand, et conservée à Monza.

2 Voir ici chap. XXVIII.

® M. Armellini, Scoperta, etc., p. 89, 90.

Aringhi, t. II, p. 195.

LA CAPPELLA GRECA

porte du banquet nuptial et de ces cinq vierges assises au banquet ‘ ; rOrante, à la voûte dont le Bon-Pasteur occupe le centre, faisant vis-à-vis à Lazare ressuscité, Moïse qui frappe le rocher faisant visà-vis à Jonas sur le rivage do la mer ou peut-être à Élie au bord du torrent ^ — il me semble qu’il manque à cette Orante le nom seul de Susanne qu’en pareilles circonstances on trouve précisément ailleurs.

Deux sarcophages de ce cimetière nous montreront l’Orante entre deux hommes, ici faisant pendant à Pierre entre les deux émissaires des Princes des Prêtres là escortée, aux extrémités du sarcophage, au lieu de deux Bon-Pasteur qu’on trouve ailleurs, de deux colonnes portant au flanc le monogramme du Christ L Sur un troisième, nous verrons POranLe, tenant le livre de la Loi, entre le Christ qui la regarde, guérissant l’aveugle-né, et le Christ ressuscitant les morts dans la vision d’Ezéchiel C Tout nous portera àreconnaître Susanne en cette Orante.

Mais la voici indubitablement sur une fresque inédite. Les plus exigeants l’y reconnaissent sans hésitation. Une chambre du troisième siècle environ, dont Bosio a omis de donner les fresques, les trouvant, comme celles de la cappella greca, trop endommagées, présente les sujets suivants. Au-dessus de la porte est un vase, simple ornement, ou plutôt symbole du Christ eucharistique, notre vie et notre résurrection, vers lequel on voit si souvent venir les deux colombes du Judaïsme et de la Gentilité. La voûte en croix offre dans ses quatre retombées les quatre scènes de l’histoire de Jonas. A la paroi de droite. Moïse frappe le rocher ; à celle de gauche, des brebis nous révèlent le Bon-Pasteur effacé. Au fond est un arcosolium. Quatre Orantes, dont une effacée étaient alignées sur le fronton de l’arc. A l’in térieur de l’arc, les trois Hébreux dans la fournaise sont à gauche ; les trois Mages, guidés par l’étoile, devant

’ Aringhi, t. II, p. 197, 199, 201.

Aringhi, t. If, p. 20.5.

® Aringhi, t. II, p. 163. — Ici pl. XVI, 6.

'' Aringhi, t. II, p. 165. — Ici pl. XV, 7.

® Aringhi, t. II, p. 161. — Ici pl. XV, 14.

® Une a les mains inclinées comme celles du cimetière de DomiÜlle ou de Sotère. Aringhi, t. I, p. 577.

LA CAPPELLA GUECA

Hérode, à droite ; au sommet est une Orante regardant au ciel : c’est Daniel, sans doute, dont les lions ont dTsparu. A la lunette de l’arcosolium, on voit le sujet frappant de la tentation de Susanne. Un des vieillards est à gauche entre deux arbres, agenouillé à demi et pareil au tigre blotti dans le taillis ; il gesticule eu faisant humblement sa proposition infâme. Susanne debout et portant une haute coiffure d’où pend son voile, étend les bras avec une majesté sereine : elle prie. L’autre vieillard, entre deux arbres aussi, s’éloigne d’elle en la regardant, et son geste semble montrer le tribunal auquel il court la dénoncer. Des deux scélérats, l’un caresse, l’autre menace, comme ils nous ont paru faire à la cappella (jreca. C’est tout le tableau. Le Christ de la cappella greca n’y paraît pas. Mais l’eau de la vie que fait jaillir Moïse, type du Christ, le Bon-Pasteur sauveur de la brebis perdue, Jonas, Daniel, les trois Hébreux qu’on voit ailleurs délivrés de la mort par le Christ, et les trois Mages sauvés par l’Enfant-Dieu proclament de toutes parts en cette chambre que c’est au Christ que Susanne doit son salut, Susanne, type si éclatant ici, à la place d'honneur, de l’Église son Épouse.

Du cimetière d’Ostrien, le circuit des cimetières romains nous conduit sur la voie Tiburtine au cimetière de Cyriaque qui, ayant reçu S. Laurent, a pris son nom. Nous rencontrons là une Orante dans un jardin entre deux hommes qui portent la main à son manteau ‘ et font songer à la femme de Putipliar saisissant celui de Joseph. Est-ce Susanne ? Sont ce les vieillards ? C’est la pensée qui vient spontanément. L’idée de deux hommes soutenant les bras de la femme en prière, C( mme Âaron et Hur soutenaient ceux de Moïse durant le combat d'Israël contre Amalec, répond mal aux détails précis du groupe. Le jardin, d’ailleurs, nous dit assez que l’Orante ici est Susanne.

Le cimetière des Saints-Marcellin-et-Pierre qu’on trouve ensuite sur la voie Lavicane, présente sept Orantes en qui je reconnais Susanne avec probabilité, parfois avec pleine confiance. Dans une chambre ^ la résurrection de Lazare et Daniel aux lions, par-dessus, entre deux colombes noétiques, ornent le côté de face du grand

‘ Aringhi, t. II, p. 137.

2 Aringhi, t. II, p. 107, 109, 111.

LA CAPPELLA GRECA

lucernaire qui est à rentrée ; le Bon-Pasteur, les quatre scènes de riiistoire de Jouas et quatre OranteS;, deux hommes et deux femmes couvrent la voûte ; à l’arc de Parcosolium du fond, Moïse frappe le rocher, Adam et Ève sont aux côtés de l’arbre et du Serpent, Noé dans l'Arche reçoit la colombe ; et, dans ce cadre, la lunette offre entre deux arbres une Orante à la coiffure élevée, d’où descend son voile, comme la Susanne du cimetière d’Ostrien, et deux hommes venant sur elle et l'interpellant. Comment douter que ce soit Susanne et les vieillards,, et ne pas voir dans cette chambre une réplique avec variantes de celle du cimetière d’Ostrieii ? L’idée m’a saisi en entrant dans la seconde, à quelques jours d’une visite à la première. Une autre chambre ‘ offre, aux côtés intérieurs de la porte. Moïse frappant le rocher, en pendant du sujet d’Adam et Ève, etl’Adoration des Mages, en pendant du groupe d’une Orante et de deux hommes, qui saisissent la manche de sa tunique bien plutôt qu’ils ne lui soutiennent les bras. Au centre de l’arc de l’arcosolium qui est en face, Daniel est debout, nu entre ses deux lions ; à la lunette le Bon-Pasteur, entre deux arbres, a devant lui une Orante près de laquelle des courroies qui pendent, indiquent le volume de la Loi Qu’il y ait ici un simple souvenir de Susanne dans l’image du défunt admis au Paradis, il me semble impossible de ne pas voir dans l’autre Orante Susanne aux prises avec les vieillards. Les deux hommes ont un chi, X, sur leur manteau et dans la scène de l’autre chambre un iota, I, qu’a pareillement Moïse. N’est-ce pas le monogramme de iéms, caché ici sous les traits de Moïse, et le monogramme du Christ? Et ne serait-ce pas l’indication que les deux vieillards, portant ces monogrammes sacrés, sont ces faux frères dont S. Jérôme écrivait au temps même où l’on peignait ces fresques : « Les hérétiques sont comme Sodome et Gomorrhe... A ces vieil- « lards désirant corrompre la chasteté de l’Église figurée par « Susanne que Daniel dise : Race de Chanaan et non de Juda ? ^ » Ailleurs,, l’Orante, associée à Moïse et à Lazare^ fait face à Isaac^ ; ailleurs, placée sous une figure sans aucun doute biblique ou évan-

^ Aringhi, t. II, p. 113, 115, 117.

^ In Sophoniam, cap. II, v. 8, 9.

3 Aringhi, t. II, p. 85.

LA CAPPELLA GRECA

gélique dont le dessin n’a pas été relevé, elle fait vis-à-vis au paralytique qui est sous le Bon-Pasteur ' ; ailleurs, dans l’arc d’un arcosolium, entre Moïse frappant le rocher et Jonas reposant sous l’ombrage, elle aide à encadrer le Bon-Pasteur qui est dans la lunette^; ailleurs encore, placée de même entre Moïse recevant la Loi et Moïse frappant le rocher, c’est le Christ ressuscitant Lazare qu’elle escorte ^ ; ailleurs, enfin, faisant pendant à Moïse qui frappe le rocher et au Christ qui ressuscite Lazare, elle garnit, avec Adam et Eve aux côtés de l’arbre et le sacrifice d’Abraham, l’arc d’un arcosolium au-desssus duquel est une scène d’agape où je crois voir la Sagesse des Proverbes, à table, ayant ses pains prêts, tenant le cratère où elle a mélangé agréablement le vin, et invitant, par ses serviteurs, à prendre part au festin royal ou plutôt céleste L Pour les raisons susdites, l’Orante placée dans ces conditions me paraît être Susanne ; et nous savons que, dans ces conditions mêmes, on lit le nom de Susanne sur sa tête.

Nous arrivons aux voies Appienne et Ardéatine et au groupe immense des cimetières de Saint-Calixte, de Domitille, de Balbine, de Prétextât, dont le cimetière de Saint-Calixte occupe le centre.

L’aire troisième de ce cimetière fut créée dans la seconde moitié du IIP siècle : les papes S. Caius et S. Eusèbe y furent déposés. Elle offre, au sommet de l’arc de l’arcosolium de « Marguerite, fidèle, « fille unique d’Astérios (?) » , dont l’épitaphe grecque est placée au front^de l’arc, |ud3 Orante ayant à droite Jonas vomi par le monstre et les trois Hébreux dans la fournaise, assistés par le Christ qui vient derrière eux comme une blanche apparition, et à gauche un sujet inconnu — Jonas avalé par le monstre probablement — et la résurrection de Lazare L’Orante a paru être Marguerite Il me semble que c’est Susanne, puisque l’Orante, en des circonstances toutes semblables, porte ailleurs son nom. Toutefois le rapprochement de l’épitaphe et de l’Orante paraît indiquer que Marguerite fut

II, p. 73.

® Aringhi, t. II, p. 97.

® Aringhi,"t. II, p. 121.

^ Aringhi, t. II, p. 123; Prov., IX, 1-6.

^ Roma soit., t. III, tav. XV.

® Ibid., p. 81.

LA CAPPELLA GRECA

« fidèle » comme Susanne. Aussi l’épitaphe commence-t-elle : « En « paix, Marguerite fidèle. »

Près de là, et du même temps, une Orante est dans l’arc d’un arcosolium semé de roses où, à droite et à gauche, des canards jouent dans un bassin et une chevrette bondit à côté d’un thyrse. A la lunette on voit le Bon-Pasteur, la syrinx à la main, parmi les lauriers-rose L’Orante rappelle bien Susanne, les délices du jardin de son mari, même le miroir des eaux où elle se baignait. Si on voit en elle le défunt ou la défunte, enfant de l’Église, dans le Paradis, n’est-il pas naturel d’y voir premièrement Susanne, c’està-dire l’Église elle-même?

Au-dessus de la crypte des SS. Caius et Eusèbe est un célèbre arcosolium de la seconde moitié aussi du IIP siècle ^ Le portrait du défunt, accompagné de deux génies ailés, occupait, semble-t-il, la lunette L Le Bon-Pasteur paissant ses brebis est au milieu de Parc. A gauche, M. de Rossi signale comme évidente « une scène « de tribunal et de jugement devant le magistrat romain... * un « martyr devant le tribunal » Le R. P. Garucci appuie cette interprétation, croyant même reconnaître que le peintre a donné au magistrat « un visage qui reproduit... le caractère de Néron ^ » Oserai-je proposer une interprétation toute différente?

On pourrait, sans sortir de la Bible, ce répertoire des sujets des Catacombes auquel on n’a encore trouvé aucune exception du genre de celle qu’on propose, voir dans les quatre figures de la fresque : Daniel adolescent, couronné de laurier comme juge et debout sur le tribunal des vieillards à Babylone ; un des vieillards d’Israël, non couronné, à côté du tribunal, comme un des simples assesseurs que la Bible donne en effet à Daniel ; Susanne, la main gauche sur le cœur^ la main droite tournée vers le ciel, qui prend Dieu à témoin

‘ Ibid., tav. XIV, p. 82.

2 Ibid., t. II, tav. XIX, XX, XXI, p. 219; t. III, p. 82. - Ici pl. XIV, 6.

^ Ainsi au cimetière d’Ostrien, dans un arcosolium semblable. Aringhi, t. II, p. ‘211. L’encadrement, qu’on retrouve aux deux sujets latéraux, se rapporte mal à une épitaphe.

* T. II, p. 220.

s T. III, p. 82.

® Storia, vol. II, tav. XVI.

LA CAPPELLA GRECA

de son innocence ; un des deux vieillards séducteurs et calomniateurs, couronné de laurier comme juge d’Israël, qui « part triste « et mécontent ‘ » devant la sentence portée par le jeune prophète au visage terrible, au geste accablant. M. E. Cartier a le premier proposé cette interprétation dans la Revue de l’Art chrétien *, n’hésitant pas à dire : « Le juge a la taille d’un enfant... il peut « avoir douze ans comme Daniel, lorsqu’il délivra Susanne... « Susanne est devant lui ; car ce n’est pas un jeune homme, mais « une femme, comme le prouvent la disposition de sa chevelure et « sa longue robe à bandes de pourpre, semblable à celle des « Or antes. »

On pourrait aussi voir dans le vieillard non couronné un homme du peuple, représentant la multitude, et dans le juge couronné, au lieu d’un des deux juges scélérats qui poursuivent Susanne, l’un des juges imprudents qui viennent de la condamner. La fresque serait la traduction précise de ce passage de la Bible, dans le grec de Théodotion, suivi à Rome, S. Hippolyte en fait foi : Daniel, se tenant au milieu d'eux (le peuple), dit : Etes-vous donc si insensés, fils d Israël? Sans juger et sans connaître ce qui est manifeste., vous condamnez une fille d’Israël! Retournez au jugement, car ils ont porté un faux témoignage contre elle ^

Mais l’interprétation qui me paraît toucher au but est celle-ci. Susanne apparaît au tribunal de Daniel, entre les deux vieillards^ comme on la voit sur la cassette de Brescia, postérieure de peu à notre fresque et dont l’origine semble aussi romaine. Ici les vieillards traînent Susanne devant Daniel assis, les anciens du peuple ayant dit à

1 M. de Rossi, t. II, p. 220.

* 1875, t. XVIII, p. 395. On avait affirmé unanimement à M. de Rossi que la figure du prévenu était celle d’un homme : de là sa théorie conforme aux règles de son habituelle prudence. La pensée n’était venue à personne qu’il pût s’agir d’une femme et de Susanne. Mais qui ne sait combien le sexe des figures est parfois difficile à distinguer dans les Catacombes? Assurément c’est le cas ici, où le copiste, qui croyait reproduire les traits d’un homme, a plutôt reproduit ceux d’une femme. 11 faut, dans ces cas ambigus, chercher comme nous avons fait, à éclairer la question par d’autres éléments d’instruction qui peuvent amener à une probabilité plus ou moins grande et même à la certitude.

® Dan., XllI, 48, 49.

LA CAPPELLA GRECA

cet adolescent : Viens et siège an milieu de nous et instruis-nous car Dieu t’a donné l’honneur de la vieillesse Sur lafresque, Thistoire avait fait un pas de plus. Elle traduit la suite immédiate du texte : Et Daniel leur dit : Séparez-les l'un de l’autre à une grande distance et je les jugerai. Quand ils furent séparés l’un de l’autre, il appela l'un d’eux et lui dit en face : Homme vieilli dans les jours mauvais, maintenant sont revenus sur toi les péchés que tu commettais autrefois, jugeant les jugements injustes, condamnant les innocents et acquittant les coupables, alors cjue Dieu a dit : Tu ne mettras pas à mort l’innocent et le juste. Maintenant donc, puisque tu as vu cette femme, dis sous quel arbre tu les as vus ayant commerce ensemble. Il répondit : un Schinon (arbre qui se femi — (T/îvov). Daniel reprit : C’est bien justement que tu as menti contre ta tète. Voici en effet que l’ange de Dieu, prenant l'ordre de Dieu te fendra par le mi-

Un des vieillards, jeune d âge encore, part, la couronne de juge sur la tète, cette couronne qu’on voit â Daniel. 11 sera jugé après son complice et la main qu’il porte au visage indique sa douleur et son tourment. L’autre vieillard, aux traits séniles, touche le pied même du tribunal, fait en estrade romaine; et Daniel, debout comme un préteur romain, porte sa sentence, en étendant la main et l’index vers le criminel qui recule et baisse la tête sous ces foudroyantes paroles : Homme vieilli dans les jours mauvais... l'ange de Dieu... te fendra par le milieu. Condamné^ ce juge n‘a plus de couronne ; il porte la main à sa poitrine ; il semble dire comme les criminels de Jérusalem, ses contemporains ; La couronne de notre tête est tombée : malheur à nous, car nous avons péché! ® Susanne, en arrière, a la main gauche sur son cœur qui proteste de son innocence, et de la droite elle montre le ciel à qui elle a remis le soin de sa vengeance et qui déjà l’opère si merveilleusement. C'est l’interprétation à laquelle je m’arrête , non sans quelque assurance.

Un personnage, couronné aussi de laurier, mais «composé...,

« d’une gravité tranquille » , et qui paraît « assis », dit M. de Rossi,

1 Dan., XIT, 50.

2 Dan., XIII, 51-55. Sept.

® Lament., V, 16.

LA CAPPELLA GRECA

occupe seul le tableau faisant, à droite, vis-à-vis au tableau précédent. Est-ce Daniel, le Jugement de Dieu, assis pour juger, comme on le voit sur la cassette de Brescia? Est-ce le défunt, un juge, un commandant militaire, représenté sur sa sella, comme l’arc de triomphe de Trajan nous montre cet empereur ‘ ? Mais pourquoi le défunt en parallèle avec un sujet biblique? Pourquoi une seconde fois Daniel dans le même rôle? Eu considérant que les deux personnages donnés par la Bible comme les types par excellence de la sagesse sont Salomon et Daniel, Salomon dont il est écrit : Et Dieu donna la prudence à Salomon, et la sagesse extrêmement grande, et une largeur de cœur comme le sable qui est au bord de la mer, et Salomon en fut rempli par-dessus la prudence de tous les anciens hommes et par-dessus tous les prudents d’Egypte, et il fut sage pardessus tous les hommes ^ Daniel dont Dieu dit au prince de Tyr ; Es-tu plus sage que Daniel^?', envoyant ce parallélisme frappant du jugement de Salomon et du jugement de Daniel qui les révélèrent au monde dès leur jeunesse, et sont restés en proverbes uniques dans l’histoire ; en remarquant enfin qu’il est question plus de vingt

fois dans l’Écriture, et jusqu’à huit fois dans un chapitre \ de Salomon

assis sur le trône de David ou plutôt sur le trône du Seigneur, seditque Salomon super solium Domini, où il plut à tous, où tout Israël lui obéit il me semble difficile de ne pas voir ici en regard ces deux figures incomparables du Christ établi par Dieu, juge des vivants et des morts, comme disait S. Pierre au centurion romain®. L’archéologie qui montre tout près de là, au cimetière de Domitiile, Daniel avec sa fronde ' , semble offrir ici Salomon sur son trône, Gn le verra continuellement au Moyen-Age ; la cathédrale de Chartres, à la rose septentrionale, œuvre de S. Louis, et les loges de Raphaël lui donnent une place solennelle : cette fresque nous fournirait sa première apparition dans l’art chrétien.

1 Rich, Sella.

2 III Reg., IV, 30, 31. Septante.

3 Ezech., XXVIII, 3.

^ III Reg., I, 13, 17, 20, 30, 35, 37, 46, 48.

® I Par., XXIX, 23.

® Act., X, 42.

Aringhi, t. I, p. 547.

LA CAPPELLA GRECA

Quoi qu’il en soit, au lieu d'une scène anormale dans les catacombes, je n’hésite pas à voir dans le premier des deux tableaux la justification de Susanne par Daniel. Cette taille si incontestable d’enfant décide à elle seule la question. Le sujet ne nous cause aucun étonnement à cette heure ; et combien de monuments vont nous montrer qu’il a droit en effet au titre de classique ! Susanne étant le type de l’Eglise, elles deux vieillards de Babylone, celui des Juifs et des Gentils, ses persécuteurs, nous avons donc ici, au lieu d’une l'eprésentation directe d’un « martyr devant le tribunal », une allusion générale mais vive à ce drame à peu près incessant aux prétoires dans les trois premiers siècles chrétiens. L’auteur de la nouvelle Rome souterraine a encore raison.

Au cimetière deDomitille, dans une chambre où, avec le Bon-Pasteur au milieu des quatre Saisons et le Christ au milieu des douze Apôtres, on voit Joseph, sauveur de l'Égypte, la pompe funèbre triomphale de Joseph, transporté de la terre d’Égypte dans la Terre- Promise, et les quatre scènes de l’histoire de Jonas, on trouve, comme au centre de tous ces sujets, une femme à la robe splendide, qui relève son royal manteau aux bords traînants, attaché par une agrafe sur la poitrine. Cette femme a près d’elle Moïse qui montre la manne et Moïse qui fait jaillir l’eau du rocher, deux symboles de l’Eucharistie C’est l'Église, je n’en puis douter; mais c'est d'abord, je crois, la femme qu’on voit avec Moïse sur les monuments chrétiens, l’émule de la chasteté et de la gloire de Joseph, Susanne. Ailleurs, dans la lunette d’un arcosolium, une Orante, au milieu des joncs, fait pendant au paralytique emporlant son lit, au milieu des joncs aussi, aux côtés d’Adam et d’Ève vaincus par le Serpent ^ N’est-ce pas Susanne fidèle près de la piscine, Adam et Ève rappelant par leur nudité la piscine baptismale où une sainte honte, pour parler avec les Pères, rachète leur honte criminelle et trouve la résurrection au sein de la sépulture ? Dans la magnifique chambre ^ où la tête du Christ, récemment exposée par Constantin, en sa basilique, à l’adoration des fidèles, préside à la voûte, où, au fond, Michée montre Bethléhem

’ Aringhi, t. I, p. 535.

® Aringhi, t. I, p. 541.

^ Aringhi, t. I, p. 551-67.

LA CAPPELLA GRECA

et la Vierge tenant l’Enfant-Dieu, nouveau Moïse, nouvel Orphée, où on voit, à gauche. Job patient, Daniel aux lions, Moïse se déchaussant pour aller au buisson ardent, on trouve, à droite, Élie montant au ciel, Noé recevant la colombe, le Christ ressuscitant Lazare, et, lui faisant pendant, une Orante. Dans cette Orante, je ne puis hésiter avoir Susanne, compagne biblique de tous les autres personnages, type de l’Église, Épouse du Christ. Enfin un dessin de Ciacconio, conservé à la bibliothèque vaticane, nous montre, dans le cimetière de Domitille, une fresque représentant une Orante entre deux arbres, dont deux personnes s’approchent, l’une tenant un rouleau de magistrat à la main gauche Autant qu’il est permis de juger sur un dessin d’une exactitude peu rigoureuse, c’est Susanne tentée par les deux vieillards qu’il faudrait voir encore en cette Orante.

C’est elle aussi que je verrais volontiers au cimetière de Balbine sur une fresque inédite, signalée par M. de Rossi, dans « la femme en « prière... accostée de deux figures viriles », entre les trois Hébreux de la fournaise qui n’ont point voulu adorer la statue de Nabuchodonosor, et les trois Mages qui viennent adorer le Christ : « Orante,

« dit M. de Rossi, dont le style se rapporte parfaitement au temps de « Constantin L »

Voici enfin Susanne avec son nom au cimetière de Prétextât. C’est sur un arcosülium du IV® siècle, au front duquel on lit : CELERINA

SPES CE ACE qu’on peut, ce semble, interpréter : « Célérina,

« Spes reposent [cesquet '^ovly reqiiiescit) en paix [inpace). » L’arcosolium contient en effet, dans la lunette, deux tombes superposées. Sur les côtés sont deux personnages, l’un portant son nom sur la tête, PETRVS, l’autre étant assurément S. Paul, introducteur dans le Paradis, avec S. Pierre, des Romains dont ils ont été les apôtres. L’arc de l’arcosolium offre, d’un côté, Pierre et Paul avec, leurs noms, ayant entre eux une tour, celle de l’Église dont ils sont les princes; de l’autre, le pape S. Sixte II, SVSTVS, si célèbre en ce cimetière de Prétextât où il fut surpris célébrant les saints mystères et décapité avec ses quatre diacres le 6 août 258 S. Sixte,

* No 5409 sous ce titre : In alio sacello cœmeterii S. Zepherini Papœ.

® BuUetino 1867, p. 5.

^ Roma soit., 1. 1, p. 247; t. II, p. 89.

LA CAPPELLA GRECA

dis-je, et son incomparable diacre S. Laurent, LÂ.YRENTIYS. Ils gardent aussi, tous deux, la tour de l’Église pour laquelle leur martyre a renouvelé celui de la gloire des Princes des Apôtres. Et, en effet, on les voit, à la place ordinaire de Pierre et de Paul, sur la mosaïque faite l’an 815 par Pascal 1" dans la basilique de Dominica ou Cyriaque, la matrone chez qui S. Laurent habitait et assistait les pauvres, et qui lui donna dans son champ la sépulture. Au-dessus de ces deux groupes et des deux tombes est le monogramme constantinien dn Christ, escorté de deux colombes, l’Église des Juifs et celle des Gentils, non sans quelque allusion aux deux défuntes. Entre les deux tombes sont trois brebis, deux qui paraissent représenter les défuntes; la troisième, celle du milieu, l’Église : peut-être y a-t-il là l’Église entre les deux peuples qu’elle fait un, les Juifs fidèles et les Gentils fidèles. Au-dessous, au-devant de l’arcosolium, voici sur un monticule, une de ces brebis entre deux bêtes féroces venant à elle, deux loups, ou peut-être un loup et une hyène. Sur la tête de la brebis on lit : SVSANNA ; sur le dos de la bête qui tient de la hyène : « SINIORIS [seniores), les vieillards ' ». C’est Susanne, c’est l’Église, au milieu de ses persécuteurs, non plus les Juifs et les Gentils^ — nous sommes au IV® siècle, — mais les hérétiques, Arius et Donat en tête. L’Église, brebis du Christ, mais brebis reine, rassemble à droite et à gauche les brehis célestes; et, des deux côtés aussi, elle est assaillie par les bêtes féroces de l’enfer. Sur elle plane le monogramme du Christ, ce monogramme gravé au front à la Confirmation, par Ponction de feu de l’Esprit-Saiut, donnant la plénitude de sa force, de son intelligence, de sa paix, ce monogramme que Constantin a vu resplendir dans le ciel de Rome et lui promettre, que dis-je? lui ordonner la victoire.

Il est inutile d’observer combien ce monument, auquel nous verrons s’adjoindre un monument semblable, confirme tout ce que nous avons avancé dans ce chapitre sur Susanne.

Le circuit des cimetières romains nous montre à Saint-Paul-hors-

* M. Perret, 1. 1, pl. LXXVIII; M. Martigny, p. 623. Une belle copie de cette fresque est au musée du Latran. — Le R. P. Garucci, Storia délia arle cristiana, t. II, tav. XXXIX, a donné tout l’ensemble des fresques de cette chambre de Prétextât.

LA CAPPELLA GRECA

les-murs la Susanne chrétienne venue de Syrie, SOSANNA DE pro- YINCIA SYRIÆ, et morte à Romè. En franchissant le Tibre, et en achevant le circuit, nous trouvons au cimetière du Vatican toute une troupe de Susannes de l’Aficien Testament. Ce n’est plus sur les fresques du cimetière, perdues hélas ! jusqu’à la dernière, c’est sur les sarcophages de marbre dont le temps nous à conservé un grand nombre. Ceci nous avertit que nous avons à étudier maintenant Susanne sur les sarcophages chrétiens.

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