‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella GrecaChapitre 88 sur 129 · I.A CArPELLA GPECA · texte numérisé non relu

I.A CArPELLA GPECA

pas reçu, comme dit S. Paul, en parlant de cet homme de foi, la rédemption du grand ennemi qu'on nomme la Mort, mais c’était trouver une meilleure résurrection que celle de quelques jours icibas 11 attendait dans sa tombe le divin soleil, et son monument en présentait l’image avec celle du soleil de la nature qui lui avait donné un si bon gage de salut. Le vestibule, éclairé par devant de toute la lumière du jour, est perforé sur scs parois latérales et sur la paroi du fond do 288 petites nicbcs à lampes qui n'ont pu servir qu’à une illumination à certaines époques solennelles ^ Marque d’honneur exceptionnel, en rapportavec le soleil glorieux de Josué, mais symbole aussi de ce jour du Christ, qui fut l’objet de ses désirs ardents comme de ceux d’Abi’abam !

La lampe allumée sur les tombeaux des patriarches nous en dit assez clairement le sons. Au commencement du quatorzième siècle, le rabbin Isaac Cliclo écrira dans son livre Chemins de Jérusalem : « Alma... possède une sainte association juive. Trois tombeaux « d’autant de sages d’Israël, qui portent tous les trois le nom de « Piabbi Eléazar, font la gloire de cet endroit. Do beaux grena- « diers ombragent ces tombeaux antiques. Les Juifs et les Musul- « mans allument tous les vendredis soirs des lumières sur ces tom- « beaux L « Ces lumières, à l’entrée du sabbat, ou jour du repos, réalisaient, même aux yeux, ces paroles de Daniel relatives à la venue du Messie : Et grand nombre de ceux cpii dorment dans la terre et la poussière se réveilleront, les uns pour la vie éternelle... Et les hommes d’intelligence resplendiront comme la splendeur du firmament, et ceux qui en rendent justes un grand nombre comme des étoiles dans l’éternité, à jamais *. Elles commentaient ces paroles de S. Paul, citant David et déclarant aux Hébreux que le repos que leur a donné Josué dans la Terre Promise n’est point le repos final et véritable : C'est pourqiloi ce sabbat [le repos de Dieu) est réservé au

1 Ilebr., XI, ?9, 35; I Cor., XV, 26.

” M. Guéi'in, Note lue à l’Acadéniie des Inscri[)tions et BeUos-Lettres, le 28 octobre 186 i.

^ Publié par Carmoly, p. 263; cité par M. de Saulcy, Voyage en Terre-Sai itr, 1865, t. II, p. 229.

* Dan , XII, 2, 3.

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peuple de Dieu \ Yoilà ce que signifiait le soleil et l’illumination solaire du tombeau de Josué.

Nous comprenons maintenant les sépultures des Hébreux dans la Terre Promise. Quand la mère des Macchabées, poussant ses sept fils au martyre, leur aura dit : Le Créateur... vous rendra de nouveau l’esprit et la vie., comme vous vous sacrifiez vous-mêmes pour ses lois, que le septième à la suite des autres sera mort pur, se confiant en tout au Seigneur, et qu’ enfin après ses fils la mère aura souffert aussi la mort’^ , de nouveaux Macchabées recevront du ciel un glaive d’or^ pour venger les martyrs. Mais eux aussi seront de ceux qui attendent une résurrection meilleure que le rétablissement du royaume d’Israël. Judas Macchabée envoya à Jérusalem douze mille drachmes d’argent afin d'offrir un sacrifice pour les péchés des morts, tombés dans le combat, pensant bien et religieusement au sujet de la résurrection h Le tombeau de ces Macchabées conquérants, que vient de reconnaître celui qui avait retrouvé le tombeau de Josué, dressait sur la montagne de Modin, en regard de la mer, sept petites pyramides sur les sept tombes. Ces pyramides ou obélisques que l’Égypte consacrait au soleil et qui rappellent ses rayons, pareils à des flèches, symbolisaient, je n’en puis douter, la résurrection, dont chaque Jour le soleil est l’emblème, j allais dire le prédicateur : « la lumière... avec le soleil mettant à mort sa mort qui est la nuit, <1 brisant sa sépulture qui est les ténèbres, inter ficiens mortem suam, « noctem, rescindens sepulturam suam, tenebras, » d’après l’énergique Tertullien ".

Les serviteurs de Dieu qui vivaient au sein de la Gentilité, tel que Job, tout en repoussant comme un crime énorme et le reniement

’ Hebr., IV, 1,9. — Les fidèles de Home aimaient à entretenir des lampes sur les tombes au cimetière. Le soir, le cimetière de Saint-Laurent en était constellé comme un autre ciel. C’est un des souvenirs ineffaçables de Rome pendant le concile du Vatican.

2 II Mac., VII, 23, 40, 41.

5 II Mac., XV, 15.

* II Mac., XII, 43.

® Be resurrectione carnis, XII.

® Job, XLII, 7, 8.

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du Dieu Trh-Eaut, l’adoration du soleil et de la lune n’en invoquaient pas moins cette lumière divinerdont le soleil est l’emblème et qui, sei'vant de guide aux vivants, doit ressusciter les morts. Au sein de son martyre, dont Satan en personne était le bourreau. Job, souffrant mille morts, sans pouvoir mourir, disait :

. . . L’enfer est ma demeure.

Dans les ténèbres j'ai disposé ma couche

Mais il venait de dire :

A cette heure même, voici que dans les deux est mon témoin,

Et mon défenseur dans les hauts-lieux

Et il ajoutait cette solennelle profession de foi et d'espérance qu’il voulait qu’on gravât sur une impérissable stèle, celle, à n’en pas douter, de sa tombe :

Qui me donnera maintenant que mes paroles soient écrites.

Qui me donnera que dans un livre elles soient consignées,

Qu’avec un stylet de fer et du plomb A jamais sur le roc elles soient gravées !

Oui, moi, je le sais, mon rédempteur est vivant.

Et à la fm sur la poussière il se lèvera ;

Et, après que de ma peau on aura entouré ceci.

Et de ma chair, je verrai Dieu.

C’est lui que moi je verrai, moi !

Et mes yeux Font vu, et non un éti’anger.

Mes reins '* se consument dans mon sein

Et il disait encore, à la fm de ses discours :

Qui me rendra tel qu’aux années d’autrefois Aux jours où Dieu me gardait.

Quand brillait sa lampe sur ma tête :

* Job, XXXI, 2G-28.

2 Job, XVII, 13.

“ Job, XVI, 19.

Dans l’Écriture, les reins sont le siège des affections, comme le cœur l’est de l’intelligence.

® Job, XIX, 23-27.

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Qu’à sa lumière je marchais dans les ténèbres ?

Tel quej’élais aux jours de mon automne,

Quand le Tout-Puissant était encore avec moi.

Et tout autour de moi mes enfants, etc.

Au moment de la venue du Messie, que Jacob a appelé Y attente des nations comme le salut d’Israël ^ le père du Précurseur, le prêtre Zacharie, chantera donc sur le berceau de son fils:

Béni soit le Seigneur (Jc/jora/f), le Dieu d’Israël,

Car il a visité et racheté son peuple.

Et il nous a dressé une corne ^ de salut Dans la maison de David son serviteur...

... Il nous a visités d’en haut

Pour illuminer ceux qui sontassis dans les ténèbres et l’ombre de

[la mort

Pour conduire nos pieds dans le chemin de la paix

Il est difficile de ne pas voir dans ces paroles une allusion aux tombeaux d’Abrabam et de ses fils, à la profession de foi de leur ar-

' Scs fils et ses serviteurs tout ensemble. Job, XXIX, 2-5. — Nous avons suivi (chap. XXVIl) sur la famille et l’époque de Job, la tradition hébraïque consignée dans le texte des Septante. Elle a été acceptée par Oi igène, S. Jean Chr3^sos(orae, S. Augustin, S. Grégoire-le-Grand et le commun des interprètes. Il faudrait de graves raisons pour la rejeter. Il semble bien que Jloïse, en mentionnant parmi les descendants d’ Abraham ou de son frère Nachor, Hus, Bus. Schuah, Eliphaz, Theman, dont on trouve précisément les noms dans le livre de Joh, et Jobab que les Septante identifient avec Job lui-même, ne l’a point fait sans songer à ce grand serviteur de Dieu. La tradition des Juifs, consignée dans le traité Baba Bathra du Talmiid, et suivie par Origène, fait Moïse auteur du livre de Job. Il a dû au moins connaître l’histoire de Job, que tout indique avoir vécu avant lui. Comme la fille d'Edom que Jérémie nous montre habitant dans la terre de Hus (Thren., IV, 21), Job plantait ses tentes près de la route de la Chaldée en Égypte, non loin du Jourdain (XL, 18), un peu à l’est du lac de Génésareth, dans le voisinage d’Ast iroth-Carnaim, Astarlé-aux-deux-cornes, ville de la Batanée, consacrée, comme Ur des Chaldéens, à la Lune. Il avait sa maison dans la ville, son tribunal à la porte de la ville. Eusèbe et S. Jérome nous montrent la maison de Job vénérée de leur temps à Astaroth-Cai'nairn.

" Gen., XLIX, 10, 18.

® Un instrument puissant.

* Luc. I. 68-79.

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chitecture et do leurs ornemprits, et à la profession de foi même do Job. Le Christ, révélé au monde, après avoir ressuscité la fille de Jaire, prince de la Synagogue, et le fils de la veuve de Naim, dira aux Juifs : Si (ptelquun qarde ma parole, il ne verra pas la mort de l’ éternité , Abraham, votre père, a désiré ardemment voir mon jour, il l’a vu et il a tressailli de joie Puis, après la résurrection de Lazare, précédée de cette déclaration ; Je suis la résw'rection et la vie ^ il répondra aux Sadducéens qui disent qu'il ny a pas de résurrertion : Au sujet de la résurrection des ?norts, n’avez-vous pas lu ce (qu’a dit Dieu, en parlant à vous : Je suis le Dieu d’ .Abraham, et le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob L II n’est point le Dieu des morts, mais des vivantsDans la mémo semaine, il mourra au soin des ténèbres du ciel et de la terre, et, ressuscité, il apparaîtra à ses disciples « soleil plus beau, sol formosior » que celui qui chaque jour porte les feux de son midi dans la Caverne-double d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, rencontre sa propre image au front du tombeau de Josué, et fait resplendir jusque sur les flots où le Grec et le Romain naviguent vers la Terre Promise, les sept pyramides des Macchabées. Mais le Dieu d’ Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu des vivants, non des morts, le Bédempteur vivant de Job, n’apparaîtra point seul. Les tombeaux s’ouvrirent, dit l’Évangéliste, pariant de l’instant de sa mort, et beaucoup de corps des saints qui s’étaient endormis, se levèrent, et sortant de lew's tombeaux après sa résurrection, ils entrèrent dans la Cité sainte et se montrèrent à un grand nombre de personnes L

C’est dans ces circonstances que deux fils d’Abraham, Pierre et Paul, princes des apôtres du Christ, chargés d’enseigner au monde sa résurrection, celle du genre humain, et destinés à être les apôtres particuliers de Rome, y fondèrent pour les hôtes de Pierre, Priscille etPudens, pour les compagnons de Paul, Prisca ou Priscille et Aquila,

‘ Joan., VIII, 51, 56.

^ Joan,, XI, 25.

» E.xod., III, 6.

* Matt., XXII, 23, 31, 32.

5 Matt., XXVII, 52, 53.

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et pour leurs frères dans la foi le cimetière de Priscille. Sa disposition générale sera celle des cimetières juifs dont le tombeau des patriarches et celui de Josué- offrent le modèle en Terre-Sainte, et dont les exemples déjà ne manquent pas à Rome Le noyau de cette nécropole est son église, notre cappella greca. Aquila et Prisca, morts très probablement avant Pierre et Paul, Priscille et Pudens, leurs filles Pudentienne et Praxède ont reposé auprès, comme Noé, les Clialdéens et les Assyriens dans la terre d'Éden, comme les premiers Pharaons aux côtés de l’idole d’Apis, taureau-soleil, mourant et renaissant, ou près d’Ilorus, homme-lion-soleil, idole semblable, comme Abraham et ses fils sous les rayons mystiques du soleil du monde, image orthodoxe ici du soleil de la divinité.

La chapelle n’est pas orientée, étant souterraine et construite sur le bord du grand couloir do l'arénaire préexistant. Le pontife en priant regardait à peu près vers le nord, pôle de notre hémisphère, où l’Écriture place le trône de Dieu ^ et les fidèles priant devant lui avaient la face au midi. Mais il n’est pas douteux que l’orientation des tombes se transmettait dès lors des disciples de Moïse à ceux du Christ. C’est des cimetières qu’elle passera aux basiliques romaines et de là à nos églises du Moyen-Age.

’ C’est ici la place de ce paragraphe intéressant de la Conférence de la Société romaine d'Archéologie chrétienne, du 25 nov. 1877 :

0 .M. le chanoine Fabiani a parlé ensuite de la forme architectonique des cimea tières juifs, et il a montré quelques dessins du cimetière de Birajub, au confluent « des vallées de Cédron et de Libon, près de Jérusalem, dont la forme est seini< blable à celle des cimetières juifs de Rome, c’est-à-dire présente des ambulacres « et de petites chambres {cubicoli) taillées dans la roche avec des sépulcres prati- « qués dans les parois. Il dit que cette forme est prescrite par la Mischnah, et « que le déci’et remonte à une époque antérieui’e à la destruction de Jérusalem. Il « ajoute qu’une disposition semblable fut probablement adoptée dans les sépulcres « mêmes des rois de Juda, et que dans les Livres saints on trouve parfois des « allusions aux citbicoli et aux corridors taillés dans le roc vif aux divers étages a de 1 hypogée, et aussi à l’aire du sol à ciel ouvert qui garantissait la propriété «du sépulcre souterrain. Et de là il conclut que les chrétiens, en construisant î leurs cimetières souterrains à l’imitation des cimetières juifs de leur temps, « reproduisirent et développèrent grandement le type des très anciens sépulcres « du peuple élu. » Bulletino, J879, p. 23.

* Is.. XIV. 13.

« C’est une chose très connue, rlit M. de Rossi, que le rite d’orienter les tombes, c’est-à-dire d’eiisevel r les cor|)s, la foce et les pieds tournés vers l’Orient. U. ms les galeries souteri aines et dans eur réseau compliqué eu tout sens et en toute di.’ection, l’observonce de ce rite éiait plus ou moins impossible. Il n’eu était pas ainsi sur terre. Dans les Gaules, les tombes chrétiennes a fleur de terre, dont les inscriptions antérieui es au VI11“ siècle ont été recueillies par M. Le Blant, et les innombrables tombes sans épitaphe des Gallo-Francs sont d’ordinaires toutes orientées. Le cimetière de Julia Cuncorclia, exemple unique d’un cimetière chrétien à ciel ouvert venu à nous dans un état de grande intégrité, a ses arches en majeure partie orientées, si bien que les squelettes gisent tournés vers le soleil

levant La ligne très étendue et peut-être normale du cimetière de Calixtc sur

terre est plus ou moins exactement dirigée de l’Occident à l’Orient ■»

L’eiilrée du sanctuaire de l’église non orientée du cimetière de Priscille était, en retour, consacrée parla représentation de ce Soleil levant de la miséricorde de notre Dieu dont le père de Jean-Baptiste venait de proclamer l’apparition ^ Né d’une Vierge, ou le voyait offert par elle à l’adoralion des Mages, et eux conduits par son étoile qui, faisant pâlir le soleil de la nature, marchait devant eux pour s’arrêter sur le lieu où était l’Enfant V Ces rois de l’Orient qui s’étaient égarés jadis dans le culte du soleil, avec lequel tant de fois ils s’étaient follement identifiés, croyant atteindre ainsi l’immortalité et la divinité, accouraient après avoir retrouvé le bon chemin, et venaient, l’or, l’encens et la myrrhe dans les mains, se prosterner devant un Dieu mortel, auteur de l’immortalité. C’est Jésus qui, adulte et sortant du baptême, sera proclamé le Fils bienaimé de Dieu On le trouve ici opérant le salut des hommes; que dis je? on voit ce Verbe éternel y préludant dès avant sa naissance temporelle. Vis-à-vis de son image d’Enfant adoré par les Mages, c’est Moïse faisant jaillir du rocher l’eau de la vie, et ayant près de lui le palmier, l’arbre de vie. Verbe de Dieu, ayant ses traits anticipés de Christ, il vient du ciel au secours de Susanne aux prises avec le démon qui s’est incarné en deux juges d’Israël; sous ceux de Daniel, il la délivre de la mort et se révèle comme le-Jugement-

‘ Roma soit., t. III, p. 397. 2 Luc, I, 78.

\Matt., II, 9.

^ Matt., III, 17.

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de-Dieii, lui qui a reçu jour 'pour juger le globe dans l’équité, comme, uu peu avant noire fresque, disait saint Paul à l’Aréopage Sous ses traits de Christ encore, il étend la main contre la statue de Nabuchodouosor et abat les flammés de la fournaise où ce rival de Dieu a jeté les trois Hébreux qui, se prosternant devant Dieu, n’ont pas voulu se prosterner devant sa tyrannie. Il est incarné maintenant : à sa voix, le paralytique emporte son lit au-dessus de la tête de Susanne ; au-dessus peut-être de celle de Daniel, Lazare, faisant face au paralytique, sort du sépulcre, et Jouas, image du Christ luimême, renaît, après trois jours, du tombeau vivant d’un monstre marin; enfin, il plane, grandiose, à la voûte du sanctuaire, dans son Paradis qu’embellissent, aux quatre angles de la voûte, les quatre Saisons : c’est le Bon-Pasteur portant en triomphe sa brebis humaine retrouvée, rendue à leur commun Père, ne craignant plus la Mort qu’il a vaincue, ayant, au lieu de l’Eden terrestre où le Serpent l’a perdue, l'éternel Kden d’où cet « Antique Serpent » a été précipité à jamais. Telles sont les images dont Pierre et Paul ou leurs disciples, traducteurs religieux de leurs pensées, ont décoré le sanctuaire de l’église du cimetière où vont reposer les amis de Judée ou les hôtes de Rome de ces princes des Apôtres.

Nous avons dit que ces images répondent aux articles du Credo des .Vpôtres, quelles exposaient sous des voiles d’une parfaite transparence aux yeux des fidèles. Ajoutons qu’elles répondent tout spécialement aux cinq grandes fêtes chrétiennes dont, les Constitutions apostoliques, où on signale la main de saint Clément pape et de notre docteur romain saint llippolyte, nous donnent la liste au nom de « Paul » et de « Pierre •. » La Nativité du Christ, célébrée le 2o décembre, était représentée, comme dans l’Évangile de saint Matthieu, celui des Apôtres, par l’Adoration des Mages : représentation glorieuse qui sera la seule de la Nativité jusqu’au triomphe de l’Eglise, où avec les abaissements de la Croix on exaltera ceux de la Ci'èche. L’Epiphanie, qui fut d'abord la fête propre du Baptême du Christ, fixée au G janvier était rappelée, en face de l’Adoration

■ Act., XVII, 31.

- L. VIII, cap. XXXIII. Cf. I. Y, cap. XIII.

* Patrizzi, De Evangeliis. Friburgi, 1853, 1. III, diss. XIX, p. 276, tab. I.

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des Mages, par l’eau du salul que Moïse, représentant le Christ, fait jaillir du mystique rocher. Le paralytique, portant le bois de son lit, était — avec Jouas et Lazare peut-être, — Limage d(î la Résurrection du divin Crucifié. Dans le Bon-Pasteur planant dans la voûte, entre les quatre Saisons, au milieu des arbres et des oiseaux du Paradis, on voyait son Ascension au ciel. L’eau, l’uisselant di? rocher sous la verge du nouveau Moïse, représentait l’etuision du Saint-Esprit faite par lui à la Pentecôte, et, avec le baptême du Christ, celui des chrétiens inauguré en ce jour natal de l’Eglise. « Frères, observez les U jours de fêtes, » disaient les murs de la cappella rjreca comme les Constitutions aposlolupics

Le sanctuaire carré de l'auguste chapelle rappelle le Saint-des- Saints du Temple, réprouvé hier, do Jérusalem. Les palmiers et les chérubins, souvenirs du paradis terrestre, qui couvraient les parois du Saint-des-Saints sont remplacés ici, dans Limage du Paradis céleste, par \ arbre de vie unique do la nouvelle Jérusalem par V Ange unique du Testament éternel '^, qui toujours est le Christ. La chapelle dont ce sanctuaire est la tête, étant dessinée en chi, -r, représente son monogramme, son signe, et rappelle en même temps le ta%iéï, le signe de sa croix, l’instrument de sa victoire et de notre salut. Ces deux signes que les fidèles se sont plu à identifier en un seul, le signe du chrétien,, sont li ''Jà identifiés sans doute dans cotte chapelle apostolique.

On n’y a pas signalé de trace d'embaumement, aucun reste ne nous étant connu des corps déposés. Siais il est plus que probable que les juifs Âquila et Prisca ont été inhumés à la manière des Juifs, de Jacob et do Joseph, des rois fils de David et du Christ, avec ces aromates dont les Egyptiens avaient enseigné l’usage aux enfants d’Israël et qui attestaient la foi en l'immortalité « L’embaume- « ment était aussi en usage à Rome, dit M. Martigny, et l'on a « trouvé au cimetière Calixte un sarcophage renfermant un corps « embaumé, comme une momie égyptienne, more Ægyptio h » Cet

* L. V, cap. XIII.

Apec., XXII, 2; III, 12.

Mal., III, 1; Hebr., XIII, 20.

^ Gen , L, 1, 25 ; II Tarai., XVI, U ; Marc, XVI, 1.

^ Art, Sépultures, 2« édit.

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usage était si répandu parmi les fidèles, au second siècle, que Tertullien, comparant les aromates des sépultures chrétiennes à l’encens des autels païens, pourra écrire : « Que les Sabéens sachent « que leurs marchandises se débitent en plus grande quantité et à « plus haut prix pour ensevelir les chrétiens que pour enfumer les « dieux h » L’encens qui, dans la liturgie romaine, répand aujourd hui ses vapeurs sacrées autour des corps des défunts et dans le lit même de leur sépulture, perpétue la tradition de cet embaumement et sa profession de foi sublime.

Un bel ouvrage qui vient de nous révéler le cimetière de Sainte- Agnès, nous suggère une dernière observation. Il contient ces lignes :

« Les Hébreux, en Palestine, n’avaient pas de cimetières communs, mais chaque famille avait son sé[)ulcre spécial héréditaire, ou chaque individu le sien L’illustre P. Carucci avec la science qui lui est propre, a démontré que, chez ce peuple, on n’avait pas l’idée du commune sepulcrum »

’ Apol. XLII.

= Is., XXII, 10; Gén., XXllI, I7-?0.

* Cimitero degli antichi Ehrei in vigna Randanini. Roma, 1862.

Il cimitero di S. Agnesc sulla via Nomentana descritto ed illuslrato da Mariano Armellini. Roma, tipografia poliglotta délia S. C. de Propaganda fide 1880, in-8®, p. 87. — Voici les principales découvertes, touchant aux questions traitées dans notre ouvrage, que présente cet important volume.

Un monument insigne du second siècle, trouvé intact dans l’arénaire qui sépare le vrai cimetière ne Sainte-Agnès — situé sous la basilique et autour — de celui d’Ostrien. a olfert, sur la plaque de marbre fermant le locu'us, l’épitaphe suivante (tav. XI, VIII, p. 316) :

M. AUR. VICTOR. VLPIAE. SIRICAE COXIVGI. CARISSDIAE. FECIT. IN. PAGE.

« M. Aurelius Victor a fait à Uliiia Sirica, épouse très chère. Dans la paix. »

A gauche de ré[>itaphe est le portrait de la défunte dans un cadre quadrangulaire inscrit dans un autre sexangulaire, en mosaïque de pierres dures, vert ou azur, et en petites lames d’or peintes de toutes couleurs : monument unique jusqu’ici dans l’antiquité païenne ou chrétienne. A droite est la croix gammatée, c’est-à-dire le -p orné de crochets, le chi, X, monogramme du Christ. Je ne puis douter qu’il ne faille lire : « IN PAGE -j- : dans la paix du Christ ». C’est le plus ancien exemple, semble-t-il, de la croix gammatée et l’un des plus anciens du signe du Christ. Il est fourni par ce cimetière voisin de celui de Priscille et qui.

LA CAPPELLA GIIECA 731

Le communn sepnla'um serait ainsi une création toute chrétienne. D’après ce qui a été dit, ou voit dans quel sens il faut l’entendre pour être exaclemenl vrai. Le christianisme a réalisé l’égalité et la fraternité humaine dans la mort en y mettant le sceau mémo de la divinité. Mais il n’a fait que rétablir, perfectionner, réaliser en tont lieu ce qui était à l’origine. Il y avait dcs‘ communs chez les premiers peuples. La Terre Sainte était le sépulcre

chose remarquable! nous présente, à la fm au moins du second siècle, un Pudcns

... O PVDE(nti)

Un grafite mutilé, tracé sur la chaux fraîche à la marge supérieure d’un loculus, fait lire ; ... N -p : le -p est inscrit dans un cercle. « Il me semble, dit « M. Armellini (p. 185), que c’est la fin d’une acclamation de la teneur suivante : « IN CRISTO, ou à rx initial du saint nom du Rédempteur est substituée la « croix éiiuilalérale encadrée dans une courunne. » A moti avis, c’e.st simplement le X redressé, et une nouvelle preuve que le -P lui est identique. 11 y a en même temps ici la figure du pain eucharistique et l'image du Christ dans son sacrement.

Une partie du cimetière, assez postérieure à Constantin, a fourni l’inscription suivante ;

M. Armellini se demande s’il faut lire : « Lco. Signum criuis, Léon — Signe « de la croix s ; et il ajoute : « En celte insi ription que nous avons par fragments, « nous trouvons un cas assez rare de la croix équilatérale, -p, dont les branches « sont terminées par de petites barres et croisées d’un P, réminiscence du mono- « gramme ^ . Après le nom est écrit en forme de grafite un S. Je crois qu’il 9 signifie signum et qu'il se rapporte au signum Chris.'i par antonomase. Sur 9 un loculns de Saint-Calixte, on lit, après un monogramme, SINNATVM EST, « c’est-à-dii'e : {Christi signum) signatiim est {hic\ {Rom. sott., t. III, p. 283). » Je pense aussi que l’S doit s’interpréter signum, et il me semble évident que le ~P qui est mêlé au P est le X, et qu’il y a ici les deux initiales du nom du Christ, c’est à-dire le monogramme constantinien sous une autre forme. Voilà une démonstration nouvelle, mais frappante et vraiment péremptoire, que le -p est l’équivalent du X et le signum Christi.

Ce cimetière a offert 38 fois le X, 24 fois le -P {p. 351), parfois isolés, parfois associés aux autres monogrammes. Le -p se voit à côté du monogramme cons-

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commun des Hébreux. Dès lors, et jusqu’à la fin chez les Hébreux, planait sur le lieu consacré du repos de ceux qu’on peut appeler tous ces morts dans la foi bien que la foi fut d’ordinaire si profondément mélangée, ce soleil de la divinité et de la résurrection qui, toujours voilé, se manifestera, avec la plénitude de ses splendeurs vivifiantes, dans le Christ.

tuiitinien (p. 216, 251, 252), du monogramme cruciforme (p. 265), et paraît être une simple vaiianle, qu’il est en effet, de ces monogrammes.

Une tombe (p. 332) offre à la fois le -f- inscrit dans un cercle, monogramme du Christ et figure du pain eucharistique, et le X traversé horizontalement de l’I, monogramme de Jésus-Christ et image du denier sacré, récompense de la journée de la vie du fidèle, qui est le Christ lui-même.

Cinq tombes (p. 207, 209, 210, 2ii. 273, 232i présentent l’oiseau portant la jialme. Je ne doute pas que ce ne soit le phénix, le Christ.

M. Armc'llini tp. 52-57) conjecture que sainte Agnès dont il croit avoir reconnu l’épitaphe primitive :

AGNE. S A NC.

TISSIMA

était de la gem Clodia, trois Clodii apparaissant dans la partie primitive du cimetière, fondé au Iff siècle p r les ancêtres de la mart3-rs, et où elle sera déposée û< prœdwlo s-jo. Mais le champ de famille s’éter.d.iit sur l’arénaire et par delà, sur le cimetière d'O.-lrien, puisque sainte Émérentienne, sœur de lait de sainte Agnès, fut déi'osée à l’extrémité de ce cimet'ère, la plus éloignée, dans la partie même où on leconnait son no}’;.u j)rimitif, in confinio ugcUi... AgnetU. On peut donc se dem.nuh’r, avec viaisemblance toujours, si sainte .Agnès n’est pas une (Jslriana, des Ostorius de Tacite, et même la croii'e de cette noble famille.

îl. .Armellini mentionne (p. 233 une déeouveite très récente qu’il a faite au cimetière d’Ostrien. « Dans une galerie dé))endante de la crjqùe principale du « cimetièi e, dit-il, j’ai i emarqué au commencement d’une inscription tracée sur

0 la chaux, un dauphin dessiné dans l’acte de dévorer un petit serpent. L’auteur

1 du grafite a voulu l eprésentcr très clairement la mission du Chiist Sauveur qui « a vaincu Satan ; Satan est figuré par le serpent que dévore le dauphin. » C’est une confnmation de l’interprét ition que nous avons donnée (le Monde, 2 et3 janv. 1873) de la gemme, du second siècle, de V Anneau d' Angoulême. Là un dauphin nous a paru dévorer un poljqie et délivrer ainsi un petit poisson. La gemme de Függini (Bulletino, -1870, tav. IV, 10/, présentant un sujet semblable à celui de la précédente, nous en a fourni la clef avec sa légende : « IX SQTHP 0V, a Jésus-Christ Sauveur Fils de Dieu ». C'est, dans les trois cas, le Christ aualtmt la Mort, l’Ange de la mort, deglutiens mortem, qu’a énergiquement dépeint S. Pierre (I Pet., III, 22).

‘ Hebr., XI, 13.

LA CAIPLLLA GREC A

Voilà le passé qui a précédé et préparé la cappella (jreca. Certes, il n’est pas inutile de le rappeler, et tout spécialement dans son coté païen, qui, malgré tout, ne cessa jamais d’être religieux, en ces jours où, sans que la France se soulève, on va bannissant la religion do la mort et de l'asile des morts, où on courbe la Fille aînée du Christ et do l'Église jusqu’à la brute et au delà, et oia on lui imprime le stigmate que S. Paul voyait au front des Épliésiens quand ils étaient fanatiques de leur grande Diane et de leur gnose ou science de faux nom : Vous étiez en ce temps-lci sans Christ, séparés de la société d'Israël, étrangers aux alliances, n ayant point l’espérance de la promesse, et sans Dieu en ce monde Portons, maintenant, on franchissant dix-huit siècles, nos regards sur ce grave présent où nous sommes. La cappella greca a pour lui dos lumières et des consolations.

II. C’est on l’année sainte 1875, en ce jubilé concordant avec le deuxième centenaire de la révélation que le Christ a faite de son Cœur à une de ses épouses — virginale Susanne du doux paradis de la Visitation, créé à son Maître par le suave docteur François de Sales — que nous étudiions l’église du cimetière apostolique de Priscille. Vivant par la pensée au milieu des drames mortels du berceau de l’Église, nous les avions sous les yeux dans ces jours marqués trop lugubrement du cachet de la fm des temps. « Vous allez aux catacombes ! préparez-nous y une place : c’est « là que nous descendons, » me disait un jour un descendant des princes romains, un prince de l’Église. Eh bien ! Si elle rentre aux catacombes, l’Église y pourra contempler avec les monuments matériels les plus anciens de ses croyances, les tableaux les plus frappants de ses vicissitudes actuelles, et la cappella greca lui sera le miroir de ses triomphes en même temps que de ses épreuves.

Nouveaux vieillards de Babylone, juges d’Israël, les princes des peuples chrétiens sont venus à l’Église, les fleurs dites de la civilisation moderne à la main. Elles s’appelaient le protestantisme, il y a trois siècles, le jansénisme ou le gallicanisme, hier encore ; elles s’appellent aujourd’hui le libéralisme. Les vieillards étaient ceux

Act,, XIX, 27, 28, 34, 35; I Tim., VI, 20 ; Ephes , II, 12,

LA CAPPELLA GRECA

que montre la Passion du Christ^ César et ces pontifes juifs qui veulent qu’avant tout on soit ami de César, transPïges du sacerdoce qui furent toujours la fatalité comme la honte des empires. Ils ont invité l’Église à trahir non plus la loi de Moïse, mais celle même du Fils de Dieu, et lui ont dit le Commiscere nobiscum de l’infamie antique. En lui notifiant leurs Mémorandum de toutes formes, ils les ont accompagnés du tumulte de leurs tribunes et de leurs chaires, de leurs feuilles volantes et de leurs livres, ils les ont soutenus de l’armée souterraine de leur Sijnagogue de Satan h Le Pape devait être rayé du rang des rois, s’il ne consentait à régner contre l’Évangile. Avec les fleurs de la corruption, les vieillards présentaient la pierre de la menace. Pie IX a repoussé du pied l’idole de Babylone et a proclamé le Syllabus. Le Syllabus a été le grand cri de Susanne. L’Église l’a consacré en proclamant l’infaillibilité pontificale au concile du Vatican.

On sait la suite, et l’intervention du Christ avec les coups de tonnerre de la guerre franco-germanique, qui n’a pas moins frappé les vainqueurs que les vaincus, et la Commune, j’allais dire l’enfer de Paris: on sait ces fléaux apocalyptiques. L’univers insurgé contre l’Église s’est tù d’épouvante. Quant aux vieillards de Babylone, ils se sont remis de leur émoi, sitôt le coup de tonnerre de Nabuchodonosor passé. Satan, les dirigeant des antres àQSd. Synagogue dont l’Angleterre, par la bouche d’un de ses pilotes d’État, vient de dire et la Russie de répéter ; l’histoire de notre temps est l’histoire des sociétés secrètes- féis, se sont empressés d’étendre leurs mains dénonciatrices sur la tète de Susanne, emprisonnée par eux dans sa propre maison. Ils l’ont déclarée coupable d’adultère avec le génie du mal, ennemie de toute civilisation, « convaincue de haine du genre a humain, odio generis humani convicti, » comme disait le rhéteurconsul Tacite, à la suite de la plèbe de NéronL Un « appel » a été fait « à tous les hommes de bonne volonté pour combattre le grand « combat de la science contre l’obscurantisme, de la liberté contre

‘ Apoc., II, 9; III, b.

- Mot « amer et si vrai » de lord Boaconsfield, cité par un écrivain russe. Le Monde, 10 décembre 1879.

^ Annal., XV, 44.

LA CAPl'ELLA GRECA

« l’oppression, de la tolérance contre le fanatisme'. » Le cléricalisme, remplaçant l injure usée éé ultramontanisme , a été déclaré « l’ennemi. » La juste peine est la lapidation , et il est assez clair que la sentence est rendue d’avance parle suffrage universel et que déjà 1"Kglise marche au supplice. Dieu sommeille; mais il reste le Dieu vivant. Il garde en son secret le jeune Daniel qui ro’idra son jurjement et mènera qui de droit à la Iloche-Tarpéienne. Si la fournaise devient ardente pour les trois amis do Daniel, Dieu changera les flammes en un vent frais et de là en un incendie foudroyant. On a vu, on reverra ces prodiges. Et cependant qui no serait ému en contemplant sur les murs du cimetière l’hote de S. Pierre à Rome, ces prophéties cinquante fois réalisées qui vont se réaliser demain encore ?

Mais comment? Demandez à Dieu ! Nous sommes certains de ses hommes, de ses anges : lui seul sait les noms et les heures. Voici ce qu’il a fait, il y a di.K siècles.

Dioclétien avait une parente, nièce du pape S. Gains, fille de son frère, le martyr S. Gabinus ; elle portait le nom de Susanne. Sa maison paternelle était voisine de remplacement où le César allait construire ses Thermes, sur le bord de la voie Salare ; la sépulture de famille où elle sera déposée était sur cette voie même. Il ne sem-

’ Allocution de M. Gambetta pour l’initiation maçonnique donnée, le 8 juillet 1875, à MM. Littré, Jules Ferry, H. Chavée, par le Grand-Orient de France, dans la loge la Clémen'e Amitié. Le XlXe Siècle, Il juillet 1875.

Le 12 février 1880, le ministre de l’Intérieur vient d’autoriser la fondation, à Paris, de la Grande Loge symbolique écossaise dont le but, proclamé dans le Bulletin maçonnique de cette Loge, est « d’unir les Francs-Maçons de la France et du « monde entier dans une action commune contre les menées cléricales, r La déclaration qui suit nous dit ce qu’il faut entendre par ces « menées cléricales » prétendues : « La Franc-ülaçonnerie et l’Église sont deux puissances contraires « qui ont toujours été en lutte depuis des siècles L’une doit nécessairement dé- « truire l’autre. Longtemps on a pu croire que le catholicisme remporterait la « victoire, aujourd’hui le résullat n’est plus douteux. L’Église, redoutable encore « s’agite dans les convulsions de l’agonie; mais, malgré sa force apparente, elle « est condamnée à perdre peu à peu toute influence sur les sociétés humaines. « Déjà on peut prévoir le temps où elle rentrera dans les ténèbres, d’où elle « n’aurait jamais dû sortir, pour faire place aux idées de la Révolution, dont le « triomphe assurera le règne de la justice sur la terre. » Voir le Monde du 19 juin 1880.

LA CAPPELLA GRECA

ble pas douteux qu'elle ne soit venue prier maintes fois au cimetière apostolique de Prisciiie, et il est probable qu'elle a reçu, soit à sa naissance, soit dans l’éclat de ses vertus, son nom de Susanne sous l’influence des images de Susanne si frappantes à la cappella (jreca et dans les chambres voisines, et dont nous trouvons une copie près de là, au cimetière d’Ostrien, appartenant à la famille de l’angélique Agnès. La Susanne romaine rivalisera avec la Susanne antique : elle effacera sa chasteté conjugale par la pureté virginale : elle cueillera cette palme du martyre dont sa devancière n’a pu avoir que le mérite. « Susanne, très noble vierge,; dit le Bréviaire « romain, refusant d'épouser Galère Maximilien, fils (adoptif) de d l’empereur Dioclétien, parce qu’elle avait voué sa virginité à Dieu, « après de nombreux tourments de divers genres employés pour « tenter la sainte résolution de la vierge, fut frappée du glaive en (( sa maison par ordre de l'empereur, et alla recevoir au ciel la « double récompense de sa virginité et de son martyre L »

D’après ses Actes, son corps fut déposé dans l'Arénaire, près des saints Clirysanthe et Daria, près encore de S. Alexandre. C’est l’arénaire où les époux vierges Ghrysanthe et Daria furent plongés debout dans la terre et lapidés, puis reçurent la sépulture. Il fait suite, vers le nord, au cimetière de Thrason. et il précède celui des Jordani ou furent déposés les trois des fils martyrs de sainte Félicité, Alexandre, Vital et Martial, après lequel vient aussitôt le cimetière de Prisciiie L En quelques instants, on allait de la cappella greca

‘ Brn\ roman., XI ang., lectio IX.

^ Voici d’après M. de Rossi, Bullctino, 1873, p 7 et suiv., la situation des divers cimetières chrétiens de la voie Salare-Neuve :

Cœmet.

Priscillæ

Via

Cœmet.

Jordancrum

Arenarium

Cœmet.

Tlirasonis

seu S. Satar.’iiai

Cœmet.

Ma xi mi

rjl

seu S. Felicitalis

Basilica S. Agnetis 3:

Roraa

Roma

LA CAPPELLA GRECA

et de ses fresques de Susanne au tombeau de laSusanne chrétienne. Cette martyre était illustre puisqu’au IY“ siècle, au au plus tard;, le martyrologe dit Géronimien enregistre au 1 1 août « le Natalice de « sainte Susanne, aux Deux-Maisons, près des thermes de Dioclé- « tien, ad duas domos, jiixta Diocleüanas, Natale sanctæ Sasan- « næ «Ces deux maisons sont celles contiguës des deux frères S. Caius et S. Gabinus, où les Actes de sainte Susanne nous montrent que les chrétiens faisaient une station solennelle le jour de sa fête. Ce sera un titre appelé ad duas domos par le pape Sergius I, qui, porté en 687 du titre de prêtre de sainte Susanne au souverain pontificat, donnera un diplôme pour assurer par des revenus la dignité et la splendeur de «l’église de la sainte martyre Susanne...,

« de la sainte viergd et martyre du Christ, Susanne » et, ornant son autel d’un ciborium de marbre, lui offrira divers ustensiles sacrés d’or et d’argent.

C’est là, si ce n'est au tombeau de la martyre, sur la voie de Salare, que Ligurius semble avoir appendu sa stèle votive, représentant l’antique Susanne victorieuse de la tentation et qui le sera de la mort

Combien ce culte de la martyre Susanne dut s’accroître quand, auYIlb siècle, son corps rentra de la sépulture paternelle, sur la voie Salare, dans la demeure paternelle urbaine, c’est-à-dire vint dans sa propre église, attenant aux deux maisons de son père Gabinus ou de oncle Caius, près des Thermes, croulant alors, de leur parent et bourreau Dioclétien ! On grava dans la confession, créée pour la recevoir, et son père avec elle, ces deux vers retrouvés par Bosio :

OUm preshyteri Gabini filia felix Hic Susanna jacct in pace pâtre sociata.

« L’heureuse fille de Gahiiius, prêtre autrefois, repose ici associée dans la paix à son père »

* Bulletino, 1870, p. 86.

^ Voir le diplôme rétabli en partie et commenté par W. de PiOssi, Ibid., p. 92 et suiv., tav. VIII.

» Ici, pl. XV, 10.

Aringhi, t. II, p. 228.

LA CAPPELLA GRECA

C’est dans ces circonstances que de grands événements vinrent mettre en scène la Papauté et les deux Susanne.

Un nouveau prêtre du titre de Sainte - Susanne avait été porté par saint Pierre sur son siège. 11 avait pris ce nom de Léon devant lequel avait fui Attila et que deux pontifes romains avaient orné de l’auréole de la sainteté. C’était S. Léon lil, destiné à rencontrer à Rome des barbares pires que ceux d’Attila. Il se vit assailli un jour, sous ses vêtements sacrés, aux Grandes Litanies de saint Marc, par des sicaires qu’avait soudoyés un ambitieux mécontent. On lui creva les yeux, on lui arracha la langue. Mais ces organes lui furent restitués par S. Pierre et S, Paul '. Il vint alors en France réclamer l’appui de Charlemagne à qui, sur sa demande, il avait conféré le titre de Patrice romain, c’est-à-dire de Défenseur de l’Église romaine, en lui envoyant les clefs de S. Pierre et l’étendard de Rome. Puis il rentra à Rome le 29 novembre de l’an 800, ayant Charlemagne sur ses pas. Le lo décembre, le roi franc convoquait les évêques et les grands pour examiner les accusations portées contre le pape. x\‘‘,cusations des vieillards contre Snsanne! Personne n’osa se présenter pour les soutenir, et les évêques déclarèrent qu'ils n’avaient pas le droit de juger le siège suprême. Léon se justifia par le serment à l’ambon de la basilique valicane, et il fut acclamé par le peuple. Dix jours plus tard, à la messe de Noël, il couronnait Charlemagne empereur d'Occident. Le triclinium du palais du Latran, en souvenir du festin de cette solennité, reçut la célèbre mosaïque qui consacre encore aujourd’hui sur les lieux, en plein ciel, le souvenir de cet évènement, auquel Raphaël a consacré au Vatican deux fresques de ses fameuses Chambres. Une église debout toujours et une mosaïque, dont il ne reste plus, hélas ! que les indications sommaires et deux fragments de dessin, consacraient aussi sur le Quirinal ce grand souvenir. C’est l’église et la mosaïque de Sainte-Susanne.

S. Léon 111 avait fait reconstruire par les fondements cette église dont son prédécesseur, S. Adrien, pleuré par Charlemagne, avait renouvelé la toiture. « Dans le Titre de la bienheureuse Susanne, où

‘ Alcuin a décrit en vers le fait, également attesté par Anastase-le-Bibliothécaire. Ce sont deux contemporains.

LA CAPPELLA GRECA 739

« il avait été établi prêtre, Titre qui s’était promptement écroulé, les « murs ayant déjà fléchi par la longueur des années, cet éminent « pontife,, poussé par un ardent amour, agrandit l’édifice, creusa « à nouveau la profondeur voulue pour établir un très solide fonde- « ment, fit sortir du sol un plateau très élevé, et bâtit sur ces fon- « dations l’église avec une très ample abside, aux sommets rendus « merveilleux par une mosaïque, à la chambre, au presbytère bien « décoré, et il orna le pavé de beaux marbres. A droite et à gaucho « il construisit aussi des portiques (des nefs) avec des colonnes de « marbre. 11 établit en outre un baptistère où il offrit des présents, « à savoir, etc. »

L’abside présentait cette inscription dessinée en mosaïque ^ :

« Dudum hæc beatæ Svsan?iæ martijris aida Coangvsto et teiro exislens loco marcverai Qvam Dominvs Léo PP. III a fvndamentis erigens Et condens corpvs S. Felicitatis martyris Compte ædt'ficans ornahit atc^ue dcdicabit.

«Dès longtemps, cette aula {basilique servant de vestibule à la confession ou tombeau) de la bienheureuse martyre Susanne, étant dans un lieu étroit et sombre, s’était affaissée. Le seigneur Léon, pape, troisième du nom, l’élevant depuis les fondements et y déposant le corps de sainte Félicité, martyre, l’a construite avec soin, l’a ornée et dédiée. »

Au-dessus de l'inscription, elle présentait le tableau suivant composé par S. Léon îll : « Au milieu, dit Alemannus, le Christ Seigneur ; « à droite, la Vierge mère, Pierre, apôtre, la vierge Susanne et lui- « même; à gauche, S. Paul, apôtre, lepapeCaïus, le prêtre Gabinus, « Charlemagne A » Une note manuscrite accompagnant un dessin de Ciacconio qui nous a conservé les figures de S. Léon 111 et de Charlemagne ajoute : « Léon III tient l’église de Sainte-Susanne, qu’il « a construite, et Charlemagne étend la main droite pour la délice vrance du pape Léon III, qu’il a protégé contre les calomnies in-

* Lib. Pontif. Léo III. Ciampini, t. II, p. 139,

® Bibliothèque vadeane, Ms. 7407, fol. 956, dessins de Ciacconio ; Martinelli, Roma sacra; Aringlii, t. II, p. 228; Ciampini, t. II, p. 140.

^ Nicolaus Alemannus, De Lateransnsibus parietinis. Dissertatio. Romæ, 1756, in-4®, p. 44.

LA CAPPELLA GRECA

« tentées contre lui » Charlemagne met la main gauche sur son cœur en étendant la main droite vers le pape, qui est en face de lui. L’épée du roi franc sort de côté sous son manteau impérial. 11 a la couronne d’Occident sur la tète. Le pape et l’empereur portent le nimhe carré, indice qu’ils sont vivants encore. « Cet ouvrage, dit la « note citée, a été détruit en lo9o, où l’illustrissime cardinal Rusti- « cucci de Fano, vicaire du pape, renouvela le ciborium et l’orna « d’excellentes peintures et de marbres variés » Voici l’aspect delà précieuse mosaïque, avec les deux personnages, S. Léon 111 et Charlemagne, dont le dessin nous est parvenu :

Cette scène historique^ à laquelle le Christ préside avec ses saints, est identique au fond à la double scène de la cappella greca, où le Christ vient au secours de Susanne et où Daniel, qui le représente, la délivre. Un lien réel les unit. Si S. Léon III a choisi pour y déposer Y ex-voto de sa délivrance l’église de la martyre Susanne, ce

‘ « Léo III ecclesiam habet S. Susannæ qiiam ædificavit, Carolus autem Magnus « dexterarn extendit ad liberatioiem Leonis 111 P. P. quem a calumniis objectis et tutatus est. » Bibl. vatic.. Ms. 7407, fol. 96 a. Les figures de Léon III et de Charlemagne sont gravées dans Giampini, t. I, tab, XLIL " Ms. 7407, fol. 96 a.

LA CAPPELLA GBECA

n’est point tant parce que cette église fut son titre cardinalice qu’à cause du nom de l’héroïque fdle de Juda qu’elle porte. Il a été éprouvé, comme l’antique Susanne, par la calomnie et la violence, et, comme elle, il a été sauvé par le Seigneur. C’est dans l’église de la martyre Susanne, à qui elle a transmis son nom et son âme^ qu’il rend ses actions de grâces. Celui que le Christ lui a envoyé comme un nouveau Daniel apparaît vis-à-visde lui; il va au Christ à la suite des saints martyrs, parents de Susanne ; il descend ce mont du Yatican, d’où il a salué Rome et le tombeau de S. Pierre ; il accourt étendant vers le Pontife sa main impériale, et laissant percer sous son manteau son juste glaive ; et le Pontife est derrière Susanne, tenant sa basilique, monument d’un des plus illustres triomphes de l’innocence ven’gée ici-bas '.

Le souvenir de la Susanne biblique est si présent dans cette basilique de la Susanne chrétienne qu’en lo9o, huit siècles l’ayant de nouveau dépouillé de ses précieuses parures, le cardinal Rusticucci, héritier de la piété de S. Léon III ainsi que de son titre, en la restaurant de fond en comble, fit couvrir les murs de la nef de fresques où le dramatique pinceau de Balthazar Croce retraça, comme sur un immense théâtre, toute l’histoire de la première Susanne. On y voit en six tableaux qui couvrent, les deux premiers, le mur de gauche, en partant de l’autel, les deux suivants, le mur du fond de l’église, les deux derniers, le mur de droite, sans interruption dans la peinture : Susanne dans le jardin au bain mystique et les

’ Des reliques de sainte Susanne furent, ce semble, données par S. Léon III à Charlemagne. L’Empereur vint, cette année même, en pèlerinage au Mont- Saint-Michel et 3^ fit de riches présents. Or, dans l’inventaire des reliques, dressé par D. Huynes, qui écrivait de 1638 à 1640, figure « le chef de sainte Susanne, « vierge et martyre, dans un reliquaire semblable (de cuivre doré, en forme de « globe). » Histoire de l'abbaye du Mont-Saint-Michel, Bibliothèque nationale, fonds Saint-Germain, 024', 924^. Cette relique, qui est plus précisément « une « portion fort notable du chef de sainte Susanne, » est toujours au trésor du Mont-Saint-Michel, dans son reliquaire même en cuivre doré et repoussé du XIII® siècle ou du commencement du XIV®. Une portion du chef d’une des compagnes de sainte Ursule est dans le même reliquaire. Sur une bande de parchemin, on lit ; Capita sanclœ Suzannœ virginis et martyris, et unius X/™- virginum. M. Pigeon, Description historique et monumentale du Mont-Saint-Michel, Avranches, 1865, 2° éd., p. 91, 178.

742 LA CAPPELLA GRECA

deux vieillards ; Susanne et ses enfants devant les deux vieillards qui la condamnent à mort ; Daniel qui s’écrie : Je suis innocent de son sang ; les vieillards devant Daniel ; la lapidation des vieillards ; Susanne entre, son père d’un côté, son mari et ses enfants de l’autre, rendant grâces au Seigneur. C’est une des pages magistrales de la peinture à Rome.

Au commencement de ce seizième siècle, la gloire de l’antique Susanne avait éclaté dans tout le midi de la France. En 1495 ou 1496, un ecclésiastique appelé de Bosco, attaché à l’église de Saint- Michel de Bordeaux, se voyant accusé d’avoir dérobé les offrandes, eut recours à l’intercession de sainte Susanne de Bahylone, l’innocente calomniée, protectrice des calomniés innocents. Susanne lui apparut avec Daniel, lui promit de le délivrer et lui fit connaître que ses reliques à elle étaient cachées dans l’église de Saint-Sernin de Toulouse, à tel endroit qu’elle désigna. Délivré en effet par l’aveu même de ses calomniateurs, l’ecclésiastique découvrit sa révélation à l’archevêque de Bordeaux, qui la transmit à l’abbé de Saint-Sernin. Les os de sainte Susanne furent trouvés, au nombre de quatorze, dans une boîte de cyprès déposée dans un petit tombeau de m.arbre contenant quarante-quatre os mêlés des saints apôtres Simon et Jude. La translation s’en fit avec la plus grande magnificence le dimanche 25 janvier 1511 ‘. Comment douter que ce ne soit en partie à la révélation arrivée à Bordeaux, et si retentissante dans le midi, qu’il faut attribuer cette place d’honneur, à côté de Marie, vis-à-vis d’Ahraham, qui a été accordée à Susanne, à la voûte du chœur de la merveille du midi, la cathédrale d’Albi? Et n’est-ce pas l’explication naturelle de ce vitrail d’une des façades consacré à Susanne, dans la merveille de l’est, l’église de Brou? Peut-être l’Italie, dont les artistes avaient peint la voûte d’Albi et travaillé à la décoration de l’église de Brou, avait-elle émue par cette réapparition de l’antique Susanne en France quand, à Rome, elle consacra les murs de la basilique de la Susanne martyre à l’épopée de sa sublime devancière.

Cette épopée était l'histoire de l’Église. Elle venait de triompher de toutes les tentations, de toutes les calomnies, de toutes les vio-

‘ Baillet, les Vies des Saints, t. I, xvi janvier, citant La Faille, Annales de Toulouse, p. 315 et suiv.

LA CAPPELLA GRECA

lences du protestantisme et de ses deux -vieillards de Babylone, Luther et Calvin. Le concile de Trente, au milieu d’une pléiade de saints et de grands hommes qui, avec les Philippe de Néri,les Camille de Lellis, les grands successeurs de S. Pie V,les Baronius et les Bosio, ne baissait pas d’éclat à Rome, avait été le jugement de Daniel pour les réformateurs hypocrites elles censeurs homicides de la Susanne du Christ. N’était-ce pas justice que les saints combats et les divins triomphes de Susanne fussent étalés aux yeux de Rome, à côté du nouveau palais des Papes, et que la petite église apostolique du cimetière de Priscille sortit en quelque sorte de ses ténèbres de la campagne romaine pour étaler ses fresques démesm’éraent agrandies sur les murailles d’une basilique, àla façade toute festivale, visà-vis des Thermes en ruines de Dioclétien, au sommet du Quirinal?

Ces jours sont redevenus les nôtres. Seulement leur série n"est pas avancée. Le concile du Vatican, eu qui renaît le concile de Trente, n’a donné que vingt-cinq pages de son volume. Il a semé : c’est l’hiver, ce sont les glaces, les tourmentes ; le printemps n’a point encore émis ses haleines, et l’on regarde en vain au fi'/iiier dont parle le Sauveur pour y voir le rameau tendre et ces feuilles nouvelles nées qui annoncent que la saison chaude est proche et la rédemption des élus '. Il faut des larmes, il faudra du sang pour féconder les décrets du Concile, dont notre siècle d’incorrigible gallicanisme, envenimé d’hypocrite libéralisme, attend le salut, comme le siècle du luthéranisme et du calvinisme, l’a reçu, après les saintes Ligues catholiques, du concile de Trente. Puissent ces jours grande tribulation être abrégés à cause des élus

j’écrivais ces lignes le tO juillet 1876, fête des sept fils de sainte Félicité, mère des Macchabées romains, dont S. Léon lîl a réuni les os à ceux de la martyre Susanne, en sa basilique qu’on peut appeler des femmes fortes. Au moment où je les relis à dix-huit mois de là, quel coup de ténèbres vient de frapper soudain la face de la terre !

L’ange de la mort, pareil à l’ange de Pierre, a fait sortir le Vicaire de Jésus-Christ de cette prison du Vatican où la Révolution

‘ Matth., XXIV, 32.

* Matth., XXIV, 21, 22.

LA CAPPELLA GRECA

l’avait obligé à s’enfermer lui-même. Pour avoir aimé la justice et haï l’iniquité^ il est mort comme S. Grégoire VII en exil, mais chez les siens, en son propre palais. Depuis sept ans passés, il n’en avait pas franchi le seuil, qui s’ouvrira pour rendre seulement à Rome son corps de martyr. Son âme a retrouvé la liberté par la meilleure voie. Nous irons dans la maison du Seigneur -, murmurait-il en approchant de l’agonie ; et le prince de l’Église qui l’assistait, hésitant à lui donner le signal du départ: Proficiscere, — « Si, Proficiscere,» s’écriait cette «. âme chrétienne, » impatiente de rompre ses fers et de voir Dieu. C’est ainsi que le Christ a délivré l’immaculée Susanne V Nos vœux appelaient une autre délivrance. Nous espérions que ce ferait lui qui ferait la rédemption d’Israël ' .li^ rédemption est venue pour lui seul. Dans la lumière infinie, il s’écrie à la suite de son prédécesseur Pierre : Maintenant je sais vraiment que Dieu a envoyé son ange et m’a délivré de la main d’Ilérode et de toute l’attente du pteuple juif %• et la terre redit avec le ciel : Vous avez aimé la justice et haï l’iniquité, c’est pourquoi, ô Dim, votre Dieu vous a oint d’une huile de joie à l’exclusion de vos rivaux Cependant, comme les disciples d’Emmaüs, nous sommes tristes' . A. quand notre délivrance à nous, la délivrance de cette Susanne qui s’appelle l’Église, dont il fut près de trente-deux ans la télé glorieuse?

Dieu le sait. Ce que nous savons, c’est que la Susanne est immortelle ici-bas. Pie I.’V mortel a trouvé son triomphe dans l’éternité:

‘ Ps. XLIV, 8.

- Ps. C.VXI, 1.

’ « Air una pomeridiana rEminentissimo Bilio corainciô la raccomandazione di « quell’ anima benedftta, e Pio IX, da se stesso ripeteva, sebbene a stento, le pre-

* ghiere, sforzandosi a dire col vosiro saulo aiulo, nell’ atto di coiitrizione. Poi « pronunzii.) cominosso in domuoi Dornini ib'.mwf, ed essendosi al Prnficiscere

* arrestato l’Eininentisslino, il S.into Padre disse ; Si, Proficiscere... Insulletree « 40... gli occhi comininciano a vclarsi e... l’agonia comincia. » L'Osservatore romano, 8 febbraio 1878. — « Aile cinque, il dottore Geccarelli invité l’Eniinen- « tissimo a repetere il Proficiscere, ed infatti quaranta minuti dopo Pio IX diede « l’ulümo respiro. » L'Osserv. rom., 10 febbr.

* Luc, XXIV, 21.

5 Act., XII, 11.

« Ps. XLIV, 8.

■ Luc, XXIV, 17.

LA CAPPELLA GRECA

rÿ’gliso doit le trouver encore dans le temps. Son ange, son Daniel, le Jufjcmem de Dieu, est dans la main de Dieu. Il aura son congé; et alors ces pierres du Vatican qui crient sortirontlpour lapider qui de droit, les adultères de la vérité, les trompeurs dos peuples, les ravisseurs du bien d’autrui, les hommes dont les [lieds ont marché dans le sang des justes et des vaillants, et dont les mains no sont pas innocentes do celui même du Vicaire de Jésus-Christ qu’elles ont glacé avant l’heure. Alors le Vatican reverra son l’ontifo-Roi, son Roi de la justice, son Melchisédoch, sous la triple couronne, bénissant, au jour do la dernière Cène du Christ, au jour de sa Résurrection, Rome et le monde. Ils se sentent si mal depuis les sept années de famine d’Egypte ofi le représentant de Dieu no bénit plus !

Mais nous parlons du triomphe au moment où à la prison on veut faire succéder l’exil, où Rome parle de bannir son Ange du Grand- Conseil pour devenir à l’aise Rabylone, oi'i l’univers va se lancer dans la nuit en bravant les foudres. Il est vrai ; mais il est vrai aussi que l’heure où le démon achève son œuvre est celle où Dieu commence la sienne. Le successeur de celte abeil'le épiscopale, François do Sales, dont Pie IX monrant a doublé l'auréole do saint de celle de docteur, nous donnant ainsi je ne sais quel arc-en-ciel nouveau avant nos orages, le noble exilé de Genève vient d’écrire à son troupeau, en lui annonçant la fin de l’incomparable pontificat qui vit la Définition de l’Immaculée-Conception, le Syllabus des erreurs modernes, la Primauté et l’Infaillibilité du successeur de Pierre sauvegardées parles anathèmes d’un Concile œcuménique: « Pie IX, il nous Fa « raconté lui-même, avait six ans, quand Pie VI mourut dans l’exil « à Valence ; sa mère le faisait prier pour l’illustre captif de la Ré- • « volution. Alors que les triomphateurs fermaient les églises etdres- « saient les échafauds et qu’ils écrivaient ironiquement sur la tombe « de Pie VI : CI-GIT LE DERNIER DES PAPES, Dieu préparait le « grand pontife Pie IX '. »

C’est dix ans après la mort de S. Grégoire VU à Salerne qu’Urbain II désigné par lui pour lui succéder, après un pape, désigné pareillement, du nom de Victor, présidait à Clermont la première croisade.

‘ Is., IX, 6. Septante.

Mgr Mermillod, Lettre pastorale à l’occasion de la mort de Pie IX.

LA CAPPELLA GIIECA

En revenant de la cappella greca, entrons près des Thermes écroulés de Dioclétien dans l’église de Sainto-Susanne. Prions les deux Susanne pour TÉglise dont la première fut le type, dont la seconde fut la gloire aux siècles de persécutions. Seigneur ne tardez pas ! Le supplice s'apprête, les exécuteurs vont vite; Susanne touche à la Roche Tarpéienne : Dieu de S. Léon 111 et de Charlemagne, envoyez son Daniel à Susanne !

Daniel, le gage au moins de Daniel, n’a point tardé à se montrer. Treize jours après le dernier soupir de Pie IX, le monde a vu renaître la Papauté. Elle s’appelle Léon XllI. Comme Léon Xll, elle fera sentir à la Révolution la houchede lion qui conlientle miel ; comme S. Léon 1, elle se prépare à éconduire Attila; mais d’abord, comme S. Léon 111, elle va expurger l’Eglise des calomnies de l’enfer, montrer aux barbares où est la civilisation et rappeler au monde que Charlemagne est le plus grand des noms couronnés de l’histoire.

Que le gage provi,!entiel donne bientôt tous ses soulagements, tous ses prodiges ! Que la terre promise qu’ont contemplée les regards mourants de Pie IX, du bord de ce désert où Moïse de nos jours, il guida tant d’années le peuple de Dieu, voie son Josué en Léon Xlll! L’Eglise a épuisé toutes les angoisses. La pauvre brebis n’en peut plus des liurlcmcnts et même des dents des loups. Christ, venez la prendre enfin ! « Que Dieu accorde à cette brebis reportée « sur les épaules du Ron-Pasteur dans le cortège du Roi éternel de « jouir (1e la joie perpétuelle et de l’association des saints ! » C’est l’oraison qui clôt les obsèques des défunts dans l’antique liturgie de S. Gélase ' : c’est notre prière au milieu de ces obsèques de l’Égl se que le monde, affolé par l’enfei’, prétend mener.

Cependant, ne l’oublions pas: le Christ ne se rend à l’appel suppliant des siens que lorsqu’ils ont dit à Satan et aux princes et juges de la tare ‘ passés à scs ordi’es le non! franc et ferme jusqu'à la mort de Susanne. En nos jours de défaillances et de dissimulations, où l'ignorance et la vue faible, pour ne pas dire la cécité, les fausses alliances, la désertion, la trahison même accaparent les noms de sagesse, de modération, de piété et parfois de courage.

' Muratori, LHurgia romana vefus, p. 75t. = Ps. CXLYITI. 11.

LA CAPPELLA GRECA

OÙ ]’on voudrait faire de la direction des affaires civiles et même ecclésiastiques l’apanage sacré de l'imbécillité de cœur, d'intelligence et do foi, souvenons-nous de l’église du cimetière del’riscillo et de la voix éloquente de ses fresques. Uappelons-nous deux sentences du prêtre romain qui nous les a si bien expliquées, notre saint Hippolyte, debout entre ses hautes palmes du doctorat et du martyre.

La première est dans une homélie pour la sainte Théophanie^ l’Epiphanie, fête du Ilaptémo du Christ avant d’être celle aussi de l’Adoration des Mages, ce Baptême’ que rappelle au fond du sanctuaire de notre chapelle. Moïse frappant le rocher, qui fait face à l’Adoration des Mages :

« Celui qui descend avec foi dans le b.iin de lu renaissance renonce au Méchant et s’attache au Christ; il renie l’Ennemi, il confesse que le Cluist est Dieu ; il se dépouille delà servitude, il revêt d'adoption; il sort du baptême brillant comme le soleil, lançant autour de lui les rayons de la justice; et, ce qui est la grande chose, il revient fils de Dieu et co-héritier du Christ *. »

L’autre sentence est sur Susanne dont l’image remplit les côtés du sanctuaire :

« El Dieu écouta sa voix. Car ceux qui l’invoquent d’un cœur pur. Dieu leur prête l’oreille. Ceu.x, au contraire, qui le font avec feinte et hypocrisie, il détourne d’eux sa face -. b

Appelons ainsi de nos supplications ardentes, de nos efforts magnanimes le Royaume de Dieu sur la terre. Eglise de Dieu qui est dans Babylone, Eglise des élus que Jéhovah te bénisse de Sion ! El vois comblée de bien Jérusalem tous les jours de ta vie '* !

Un fragment de sarcophage d’Arles ° nous présente ici un tableau unique, qu’il est bien doux de contempler. A gauche. Moïse frappe le rocher dont la veine d’eau est recueillie par un hébreu agenouillé; à droite est le Christ, annonçant probablement à Pierre ce triple

* Pair, giœc., t. X, col. 861.

® Fragmenta in Daniel., XIII, 44, col. 696.

* 1 Pet., V, 13.

‘ Ps. CXXVII, 5.

» M. Le Blant, pl. XVII.

LA CAPPELLA GRECA

reniement qui doit amener le triple : Seigneur, vous savez que je vous aime ' ; à côté, le Christ ressuscite la fille de Jaïre, et l’hémorrhoïsse, baisant le bord de sa robe, aspire la vertu qui la guérit : entre cette scène et Moïse, le Christ, qui siège avec un escabeau d’honneur sous les pieds, tient de la main gauche le rouleau de sa Loi et fait le geste de l’orateur. 11 prêche ; deux Apôtres, placés derrière lui, fixent leurs regards sur son visage ; deux hommes, étendus à terre, approchent avec respect et tendresse leurs mains de ses pieds ; deux autres se penchent vers lui en couvrant d’un linge leurs yeux voilés de larmes. N’est-il pas évident que c’est la scène du Sermon sur la Montagne dont le sarcophage de Rodez, dit de S. Amans, nous présente une esquisse bien caractérisée et que le Christ fait entendre la troisième des huit béatitudes : Bienheureux ceux fini pleurent, car ils seront consolés '^ ? A côté, en effet, sont consolés ces éplorés, Jaïre et sa famille, et l’hémorrhoïsse. Qu’il était besoin de ces consolations, à la fin du quatrième siècle et au cinquième, quand les barbares du dehors et du dedans, les exacteurs fiscaux, les Ariens, les Donatistes, les Yisigoths, les Vandales mettaient l’Empire pourri en pièces, et que S. Augustin composait sa Cité de Dieu pour montrer aux mourants, saisis de la fièvre des blasphèmes, que le Christ n’était pas la mort de l’Empire romain, mais l’auteur de toute vie dans le monde présent comme dans le monde à venir ! Et que ce magnifique tableau du 'Beati qui lugent, sculpté parmi des affres publiques inouïes, est mis à propos sous nos yeux à l’heure de haute angoisse où nous sommes !

A celte époque de cataclysme, on voyait apparaître ou du moins se multiplier, les représentations de Job sur les monuments chrétiens. Jacques, le frère du Seigneur l’éyèque de la Mile-Sainte qui s’obstinait à être la ville maudite, avait écrit aux Hébreux fidèles, persécutés par leurs frères : Voici que nous béatifions ceux qui ont

' Joan., XXI. 15, 16, 17; M. Le Blant, p. 29.

* Voir nos Anciens ^^onuments chrétiens de Rodez, dans la Bevue de V Art chrétien, IL série, t. II, 1875.

’ Matth., V, 5.

‘ Gai.. I. in.

LA CAl'l’ELLA GRECA

soufferL avec patience : vous avez appris la souffrance patiente de Job, et vous avez vu la fin quij a mise le Seigneur, carie Seigneur est plein d’ entrailles et miséricordieux Le discijilc de S. Paul, le suc-

cesseur do S. l’ierre, S. Clément avait célébré la justice, unie à l’humilité, de cet homme de douleurs, et il avait rappelé ses paroles dans la version des Septante : Et vous ressusciterez ma chair ejue voilci, qui a souffert toutes ces choses Tortullion avait appelé Job « le cercueil « construit par Dieu au diable — l’ouvrier de la victoire de Dieu b» Clément d’Alexandrie avait dit : « C'est lui qui a vaincu par sa patience «le Tentateur, rendant témoignage à Dieu et recevant en même temps «témoignage de Dieu, » ou pour citer littéralement le beau mot de CO docteur, « l’hommo qui a été le martyr de Dieu et dont Dieu a été en «même temps le martyr, «ga xal u.aptupr|0£Î,' uk'o -oï: (-hoü \ ))

Ainsi parlaient de Job les Apôtres et les Pères. Au quatriè.me siècle, il passe de leurs écrits sur les fresques des catacombes, au milieu des sculptures des sarcophages : il est associé aux types classiques de la résurrection. Le cimetière do Domitille le présente dans deux do ses chambres ^ celui des Saints-Marcelliu-et-Pierre dans une des siennes Sur le sarcophage de Junius Dassus, de Pan 359, on le voit au-dessous du tableau d’isaac placé sur le bûcher, et dubas-relief des trois Hébreux dans la fournaise ’. On le trouve sur un autre sarcophage du Latran ®. Les Gaules et leurs alentours, Arles l’Ardè-

1 Jac., V, 11.

- I Ad Cor., XVII, XXVI.

In illo viro feretmm Deus diabolo extru.xit... — Operarius ille victoriæ Del, De Patmitia, XIV.

* Strom., IV, 17.

Aringhi, t. I, p. 551, 559. Le personnage, qui ressemble à Job dans ces deux chambres, p. 551, 567, et qui ne peut être une répétition de Job, semble être Elle assis sur le bord du torrent. La figure jeune du personnage, opposée à celle de Job vieillard, convient bien au prophète. Élie, qui, fortifié par le pain céleste, marchera quarante jours pour aller au mont Iloreb où il verra Dieu, ferait justement pendant à Moïse se déchaussant pour monter au Sinaï (p. 568).

® Aringhi, t. II, p. 71.

’’ Aringhi, t. I, p. 277.

® Photographie Parker, 2929. Job est assis sur un siège élégant, comme sur le sarcophage d’Arles, p. 63 de M, Le Blant. Cf. p. IX.

® M, Le Blant, p. 63.

LA CAPPELLA GKECA

che \ Reims ^ Brescia®, Saragosse *, semblent représenter Job à l’envi. S. Paulin de Bordeaux, ordonné prêtre en Espagne, ne manquera pas de faire peindre son histoire avec celle de Tobie, de Judith, d’Esther, en avant des images des « martyrs » dans le portique de sa basilique de Noie :

Job vulneribus tentatus, lumine Tobü ^ .

Mais voici, dans telles de ces représentations, une circonstance d’une mystérieuse et vive consolation. Sur le sarcophage de Juniiis Bassus, sur ceux d’Arles et de Reims, la femme de Job, se bouchant les lèvres et les narines pour ne pas respirer l’infection de sesplaies, lui présente un pain au bout d'un bâton Le pain est plus qu’un pain naturel, ce semble. 11 est marqué de deux lignes croisées, X, où les monuments nous ont fait tant de fois reconnaître le chi, le monogramme du Christ, son signe, celui de sa croix; il rappelle le pain eucharistique, ce pain qu’Habacuc, sur les sarcophages, porte certainement à Daniel dans la fosse aux lions ’. Job figure le Christ en sa passion : le Christ immolé, ressuscité, pain de vie, est par

‘ Musée de Lyon, n® 7G4.

- Mabillon, An. O, S. B., t. IV, p. 559; D. Marlot, Histoire de la ville, cité et univeisiié de Beims, t. 1, p. 603.

* Odorici, Monumenti cristiani di Brescia, tav. XII, n® 5, et p. 69.

* M. Le Liant, D'um représentation inédile de Job, Bev. archéol., juill. 1860, p. 37. — Aureliano Orbe. Momnnento Zaragozano del ano 312. Job, appelé Izo, est entre le Christ et Aaron.

* Na alis décimas S. Feiieis, an. 403.

® Un Ms. grec du VIII® ou du IX® siècle montre le pain traversé par le bout du bâton M. Le Liant, p. 6î.

' (( Pi’ès de Daniel, dit ,M. Martigny, se trouve presque toujours Habacuc lui a présentant des pains cioisés ou dccussali, ordinairen eut placés dans un vase a (art. Daniel}... Si... la nourriture que le prophète Habacuc lui apporte par l’ordre a de Dieu, et qui consiste ordinairement en un pain et un poisson, n’est pas la « figure de l’Eucharistie, ce pain des forts dont les fidèles se munissaient dans « leurs épreuves, et que souvent les diacres portaient aux confesseurs de la foi <t dans les prisons, nous ne saurions vraiment quelle interprétation lui donner a (art. Eucharistie]] » Un sarcophage'de Lrescia montre Habacuc soutenu en l’air par la main divine, et portant une coibeille qui contient un pain marqué du X, monogramme du Christ, et un poisson (Odorici, Monutn. di Brescia), Le poisson

LA CAPPELLA URECA

anticipation le soutien de Job. Aux prises avec Satan, tous les fléaux, toutes les tortures, une femme qui le pousse au blasphème, trois amis qui lui prêtent tous les crimes, un jeune inconsidéré qui le taxe d’oryueil et d’impiété, il est assisté par le Christ étant visité par cette grâce qui sera un jour l’Eucharistie. Variante inattendue mais bien naturelle de l’apparUion du Christ à Susanne ou aux trois Hébreux, que nous ont présentée les fresques de la cappella greca !

C’est ainsi ([u’au milieu des déchirements de la fin de l’ancien monde qui semblaient ceux de la fin du monde lui-même, l’image de Job, ce Patient devenu Sauveur dans l’ère patriarcale, ce proto- Christ de la Gentilité et même du Judaïsme, avant la naissance de la Synagogue avec Moïse, cette incomparable figure des agonies et des délivrances do l’Église, venait compléter l’image de Susanne et les semblables, et soutenait les fidèles accablés et défaillants. Jéi’émie et Zorobabel, â la fois, de la Jérusalem chrétienne, S. Grégoire-le- Grand, excité par son ami S. Léandre, évêque do Séville, commençait à Constantinople, étant moine, diacre et légat du pape, puis achevait à Rome, étant pape, ses trente-cinq Livres des Morales ou Exposition sur le livre du bienheureux Job, trésor d’enseignement et de consolation pour ses contemporains, manuel chéri du Moyen-Âge plus heureux, réconfort divin des derniers temps où tout indique que la Providence nous fait pleinement entrer. Le saint Pontife écrivait à S. Léandre en lui adressant son grand et sublime ouvrage ; « Les temps du monde, dont la fin approche, sont bouleversés par «l’accroissement des maux... Mon corps est accablé par les souf- « frances... Et peut-être ce fut un dessein de la divine Providence « que, frappé, je commentasse Job frappé, et que, sous les fouets, «je sentisse mieux l’esprit du flagellé. » Il montre «le bienheureux « Job, qui a révélé les grands mystères de l'Incarnation du Christ et

et le X sont un double déierrniiiatif qui assurent au pain le sens eucharistique. Il y a sej)t étoiles sur la tête d’Habacuc. Gomme il est dit du Christ qu’d tient sept étoiles dans sa droite (A')oc., I, 16; II, l) et qu’une lampe nous montre le Bon-Pasteur avec sept étoiles sur la tète (BulLdino, 1870, tav. 1), il est évident qu’Habacuc représente ici le Christ qui va secourir Daniel, comme, au cimetière de Priscille, on le voit secourir Susanne et les trois Hébreu.v.

LA CAPPELLA GRECA

« a prophétisé les sacrements de sa Passion par sa passion à lui- (( même, devenu le type de la sainte Église. Sa femme, qui lepro- « voque à maudire Dieu, que désigne-t-elle sinon la dépravation « des hommes charnels qui, vivant dans la sainte Église avec des « mœurs déréglées, tourmentent, d’autant plus durement qu’ils le a font de plus près, la vie des fidèles? — Ses amis offrent la figure (( des hérétiques qui, par ambition de la gloire temporelle, veulent « paraître prédicateurs... Ils n’ont des sentiments pervers de Dieu « que parce qu’ils le méprisent. — En la personne du jeune Eliliu « est désignée l’espèce de certains docteurs fidèles, mais arrogants... « En ce qu’ils ont de sentiments droits sur Dieu, ils ne cherchent « pas la gloire de Dieu, mais la leur. — Le bienheureux Job, « matière du combat public enire Dieu et le diable, 7ie fait 'point c perdre Dieu qui avait parié pour lui, prouvant par sa rémunéra- « tion et son intercession pour ses amis coupables que tout ce qu’il « a dit fut non vice, mais vertu, et, admonesté par la voix divine de « crainte que son innocence même ne s’enflàt et ne devînt tumeur « d’orgueil, atteignant cette grande justice qu’il se conforme à la « volonté du Juge dans la peine, sans avoir été en opposition avec « elle par la faute. » Le saint pape et docteur montre ensuite les grandes rémunérations ici-bas des souffrances de l’Église : les hérétiques, figurés par les amis perfides de Job, réconciliés à Dieu par elle qui, seule, a le pouvoir de la réconciliation ; à la fin les Juifs, tous les frères et toutes les sœurs de Job, entendez le Christ, se repentant à leur tour et venant manger avec lui le pain dans sa inaison, c’est-àdire dans l’Église, et lui offrir leurs présents d’argent et d’or''. Joie

* Job, XLII, 11. — On trouvera avec plaisir ici le texte de ces passages importants qui résument la théologie du magnifique ouvrage des Morales :

a In nulla fiduciæ consolatione respiro... Mundi jam tempora, malis crescenti- 0 bus, termino prnpinquante turbata sunt. .. Et fortasse hoc divinæ Providentiaî « consilium fuit, ut percussum Job percussus exponerem, et flagellati mentem « melius per flagella sentirem {Epist. ad Leandrum, Pair, lat., t. LXXV, « col. 515). — Beatus Job, qui tanta incarnationis Christi my.steria protulit... et... « passionis illius sacramenta... etiam patiendo prophetavit {Prœfatio, cap. VI)... a Beatus Job sanctæ Ecclesiæ typum teuet (l. XXXII, cap. III). — Uxor vero ejus, « quæ eum ad maledicendum provocat, quid aliud quam pravitatem carnalium « signât? Qui intra sanctam Ecclesiam incorrectis moribus positi, eo durius vitam « fldelibus quo vicinius premunt (1. XXXI, cap. I). — Amici ejus hæreticorum

I,A CAl’l'ELLA GIIECA

sans pareille cio la sainte Église c]ui console d’avance toutes les douleurs de son si long enfanlcinent !

En attendant le cri de Job : Je sais ([110 mon Rédempteur est vivant, le pain de .lob qui est le Rédempteur vivant Ini-mèine, voilà la colonne de lumière de l’Eglise dans les ténèbres d'Egypte, sa manne et son viaticpie dans le désert d’Arabie qui la sépare tant de jours encore de la Terre Promise

Marqués au front du signe du Christ, étant al)solument de ceux qui n’ont point adoré la Rète ni son imaqe et 71 ont point reçu son caractère sur leur front ou sur leurs mains ■; n’ayant rien de cette révolte, dite Réforme ou Révolution, dont la France catholique a subi le virus sous ces quatre noms dont le dernier, inoui chez les infl-

« figiiram exprimunt .. Appotitione temporalis gloriæ videri prædicatores appe- « tant... Nisi Deum contcmiu'rf^nt, ncqiiaipiaiii de il!o peiversa sentirent... Prius « illos inordinatns caler accendit, nitor deinde loqiiacitatis erigit, et tune detnutn « décorés hominibus l\ypocrisis ostendit {f'rœfalio, cap. YI, Yll; 1. III, cap. XXII). « — Elui junior... ex cujus persona species quoruiiidam doctorum fidelium sed « tamen arrogantium designatur... In liis quæ recte de Deo sentiunt, non Dei sed « suain gloriain quærunt (1. XXIII, cap. I, III). — Inter Deum... et diabolum « beatus Job in niedio materia certaminis fuit. Quisquis ergo sanctum virum inter « flagella positum dictis suis peccasse asserit, quid aliud quain Deum, qui pro illo « proposuerat, perdidisse reprehendit... qui... duplicia recipere quæ arniserat « meruit ex renumeratione edocuit, quia nequaquarn vitiuni sed virtus fuit omne a quod dixit. Assertion! quoque huic adjungitur, quod ipse pro amicis delinquen- « tibus intercedit. In gravibus namque peccatis quis positus, dum suis premitur, « aliéna non diluit [Prœfalio, cap. III)... Sed ne ipsa innocentia in tumorem ela- « tionis infletur, divina voce corripitur... et magna est jam justitia, quod volun- « tati judicis concordat in pœna, cui non discrepavit in culpa )1. XXKII, cap. IV). « — Quia vero nonnunquam hæretici divinæ gratiæ largitate perfusi ad unitatem « sanctæ Ecclesiæ redeunt, bene hoc ipsa amicorurn reconciliatioiie signatur. Pro « quibus tamen beatus Job exorare præcipitur, quia hæreticorum sacrificia accepta « Deo esse nequeunt, nisi pro eis universalis Ecclesiæ manibus oflerantur {Præ- « fatio, cap. YIII). — Ea quæ subnexa sunt in fine magis hujus sæculi conversio- « nem se Judaici populi nuntiare testantur. Nam subditur : Vmerunt aiilem ad (( eiim omnes fralres sui et uaiverxæ soroves et cuneli qui noveranl eum prius a et comederunt cum eo panent in domo ejus. Tune quippe fratres sui ac sorores « ad Christum veniunt quando ex plebe Judaica quotquot inventi fuerunt conver- « tuntur (1. XXXV, cap. XIV). »

‘ Luc, XI, 3.

- Apoc., XX, 4.

LA CAPPELLA GRECA

dèles ens-mêmes, est celui du délire Calvinisme, Jansénisme, Gallicanisme, Libéralisme; nous rappelant bien l'objurgation de S. Paul aux Gaulois d’Asie : O insensés (i (dates, qui vous a fascinés que vous nohéissez pas à la vérité?... Ce qu'on vous a persuadé ne vient pas de Celid (qui vous a appelés : un peu de levain corrompt toute la 'pâte aLiacliés, mais on vérité, à Pierre, cpii, en nous montrant les èreôis errantes, nous félicite d’être retournés à l’Évêcpie et au Pasteur de nos âmes serrés en rang sous l’image du Bon-Pasteur planant sur nos tètes comme elle planait sur celle des premiers fidèles réunis à l’église du cimetière de Priscille ; joignant nos cris de détresse à ceux de Susanne, nos saintes protestations à celles de Daniel nos accents de jubilation à ceux des trois Hébreux; tenant dans nos mains l or, l’encens et la m)'rrhe des Mages — travaillons, hors de Babylone, à la reconstruction de Jérusalem. Psalmodions des lèvres, psalmodions aussi du cœur surtout on ce Jour du Seigneur dont l’observance est le salut public, l’hymne au Christ. Traduits devant les repi’ésentants de César, les chrétiens, dit Pline en son rapport à Trajan, « affirmaient qu’ils avaient coutume de s’assembler à un « jour marqué, avant le lever du soleil et de chanter entre eux « tour à tour une hymne au Christ comme à un Dieu ®. » On a cru

‘ a Eri'oneam illam opinionem... a recentis memoriæ Gregorio XVI, Prædeces- « sore Nostro DELIRAMENÏUM appellatam, tiirairum Uberlatera conscienUœ et a cuUuum... » Encyclique Quanta cura du 8 déc. 1864.

2 Gai., III, 1 ; V, 8, 9.

s I Pet., II, 25.

* Daniel — comme Susanne ou les trois Hébreux — est tellement 1 image expresse des premiers chrétiens, que sur la fresque du cimetière de Domitille qui offre, avec la cappella greca, la plus ancienne représentation de Daniel, il est figuré debout sur un échafaud, entre deux lions qui, par des rampes latérales, s’élancent sur lui. 11 semble y avoir là une allusion au su|)plice de quelque insigne martyr, peut éti’e à celui de S. Ignace, dans l'amphithéâtre. BuUriino, 1879, p. 25. On peut y voir aussi une allu-ion a la crucifixion du Christ qui disait sur la croix : .Ajteruerunt super me os suurn sicut leo rapiens et rugicns... Salva me ex ore leonis (Ps. XXI, 14, 22), et encore à sa résurrection et à son ascension au ciel. Daniel. Orante, a les bras en croix; et sa nudité figure 1 état glorieux des corps des Bienheureux.

® I Cor., XIV, 15.

® Affirmabant... quod cssent soliti stato die ante lucem convenire, carmenque Christo, quasi Deo dicere secum invicem. Lib. X, Epist. 97.

LA CAPrELLA GRECA

retrouver Fhymue antique, rliylhmée plus tard par S. Hilaire* de Poitiers, dans la pièce qui comnaence :

Hymnum dicat liirba fratrum,

« Que la troupe des frères dise l’hymne,

et qui, vers la fin, contient cette strophe :

Gain cantus, galli plausus Proximum senlit diem,

Et ante lucem nuntiemus Christum Regem sæcnlo.

« Le chant du coq, le battement des ailes du coq se ressent du jour qui est proche ; Nous aussi, avant la lumière, annonçons au siècle le Christ-Roi »

Clément d’Alexandrie a donné à l’hymne toute la grâce et toute la splendeur orientale dans son Hymne dit Sauveur -Christ, qui termine le Pédagogue. Peut-être faut-il voir cette hymne sous sa forme primordiale, dans la Prière de l'aurore des Constitutions apostoligues ^ qui, avec de légères variantes, est notre Gloria in excelsis, donnant encore aujourd’hui, dans la liturgie romaine, au matin de la nuit pascale et auréveil des cloches saintes, le signal de la Résurrection. Toujours est-il que voici, au quatrième siècle, dans ces derniers jours de l’Empire, si remplis des luttes radicales, des immenses terreurs, des hautes espérances des jours où nous sommes, un tableau sculptural du chant de cette hymne et l’hymne elle-même, enrichie de toute la théologie des catacombes et des basiliques par le prince des poètes chrétiens, j’allais dire de tous les poètes, notre cher Prudence. Contemplons et prêtons l’oreille.

Un sarcophage, trop peu connu, de l’aristocratique cimetière de Prétextât ^ offre la composition suivante. Au-devant du couvercle, à la haute bordure, sous l’épitaphe jadis peinte, apparaît un char vainqueur dans le cirque. Un char brisé est auprès ; deux sont en arrière. Le sens chrétien est évident. C’est la traduction du texte de S. Paul, transporté des jeux du stade à ceux du cirque : Tous

‘ Muratori, Anecdola lalina, t. IV, Hilarii Ilymnus ; M. de Rossi, Bulletino, 1865, p. 54.

" L. VII, cap. XLVII.

« Bottari, t. I, p. 122, 125. - Ici, pl. XVI, 17.

LA CAPPELLA GRECA

courent, mais un seul reçoi‘, le prix: courez de manière à le sa'sir Des deux côtés du cartouche du défuul et de cette image de la course heureuse de sa vie, soûl les joies de la vendange faite par vingt Oéiiies, et aux extrémités, les grandes tètes du Soleil et de la Lune, réglant leteraps, symholisant l’éternité. Le devant du sarcophage présente, au milieu des strigiles qui paraissent s’ouvrir pour la montrer, l’image en miniature du Bon-Pasteur. Il porte sa brebis retrouvée ; il a à ses pieds ses brebis bienheureuses. A droite, assis sur un tabouret, entouré de trois hommes debout, qui sympathisent à ses chants, un jeune homme tient des tablettes de la main gauche, fait le geste de l’orateur de la droite, et regarde au ciel qui visiblement l’inspire. A gauche, une jeune femme, assise sur un tabouret, dont deux enfants qui s’embrassent, rappelant l’Amour et Psyché, forment l’un des pieds, est entourée de trois femmes plus âgées. Elles l’assistent, elles l’écoutent. L’une d’elles lui montre le ciel. La jeune femme chante en s’accom[)agnant delà lyre. Ce sont les louanges du Bon-Pasteur qu’on dit ici à deux chœurs selon le tableau de Pline, ou mieux encore selon ce tableau d intérieur d’une famille chrétienne fait par Tertullien, catholique encore et dans tout son beau génie :

a Comment suffirons-nous à décrire la féli' ité de ce mariage que rÉgli.<e unit, que confirme l’oblation, que scelle la liénédiction, que les anges annoncent, que ratifie le 1ère? Sur la terre, en ell'et, les fils ne contractent pas mariage convenablement et de droit saiis le consentement des pères. Quel couple est celui de deux fidèles d’une seule espéiance, d’un seul vœu, d’une seule discipline, d’un même esclavage ! Tous deux frères, tous deux serviteurs du même Maître, sans séparation de l’espiit ni de la chair, ils sont vraiment deux dans une chair unique. Où la chair est une, un est l’esprit. Ils [irient ensemble, ils se prostmieut ensemble, ils accomplissent ensembie les jeûnes, s’enseignant l’un l’autre, s’exhoitant l’un l’auire, se soutenant l’un l’autre. Ils sont lie compagnie à l’église de Dieu, de compagnie au banquet île Dieu de compagnie dans les angiûsses, dans les persécution.-, dans le.s r..fr.iichissements de la paix). L’un ne eache iien à l’autie, n’évite |)oint l’autre, n’est [loint i ch irge a l’autre. Le m hnle est visité, l’iiidigent sustente librement ; les aumônes ne sont pouit suivies de la question pour les esclaves, les saciilice-, accompagnés de soujiçuus; les pratiipies leligieuses quotidiennes sont sans empêchemetit. Point de signe furtif du chrétien, point d’action de grâce inquiète, point de muette bénédiction. Les Psaumes, les hymnes

< I Cor., IX, 24.

LA CAPPELLA GBECA

rotenlissonl onti'o oiix ilciix il«! so )iriivnr|iii>iit iiintnoI!(>mf‘nt à qui rlnutiTn !i> mieux à son Diuu : f^ON \NT INTEfl DUO . PS\LMI ET IIYMNF, ET MUTUO PROVOCANT QüfS .\iELlUS DI'O SUü C'ANTET. Le ( lirist voyant et entendant ces cant ques TA i.lA AUldENS, se |■éiollit II envoie sa paix à ces é[)oiix Oit ileux se trouvent, il se trouve lui-iuêine; où il se trouve lui-même, n’est pas le Mécliant »

L’hymne qu’on chantait à l’époque où les deux époux qui devaient reposer au cimetière de i'réLextat se faisaient ainsi représenter sur leur sarcojiha'fe, est en substance, en texte littéral peutêtre, Vîhjmne de toute heure de Prudence, cet Hymne au Christ, avec lequel Lamartine doit si noblement rivaliser % mais sans atteindre la solidité de sa splendeur, ni la vérité tranquille de sa foi. Il finit par cette acclamation au Sauveur « rapportant au ciel la (( gloire éclatante de sa Passion » :

Maclr jvdex morluorum, made rex viventiitm,

Dcxler in Parentis arce qui duia virlutibus,

Omnium vcnlurus inde juslus ullor crimimim.

Te senes et te juvcnlus, parvulorum te chorus,

Turba matrum virginumque, simplices puellulæ Voce concordes pudicis perstrepant concentibus.

Fluminum lapsus et undæ, littorum crepidincs,

Jmber, æslus, nix, pruina, silva et aura, nox, dies,

Omnibus te concélébrant seculorum seculis.

c Salut à toi ! juge des morts. Salut! roi des vivants, qui, pour tes puissances, es appelé l’Iiomme de la droite dans la demeure élevée du Père, devant vetiir de là (omme juste vengeur de tous les cr nies.

C’est toi que les vieillards, toi que la jeunesse, toi que le chœur des petits enfants. la troupe des mères et des vierges, les simples petites filles acclament d’une voix concordante dans leurs pudiques concert

Que le cours des fleuves et leurs onde.s, que les falaises de leurs rivages, la pluie, l’ardeur de l’air, la neige, la gelée, la forêt et son murmure, la nuit, le jour te célèbrent sans repos aux siècles des siècles ^ ! »

‘ II Ad Uxorem, ‘VIII, edit. Rigaltii, 166L

® Harmonies, Hymne au Christ. A M. Manzoni, 1829.

® Cathemerinon , IX, v. 10Ô-14. — Qu’on me permette ici sur ce grand sujet du Bcn-Pa>teur un d' i'iiier mot d’éclaircissement. Au cliapitre XVII. j’.n in< liné à croire que le prophète, montr.mt l’éto le des Mages devant la Vierge qui idlaite l’Enfant-JésUs, dans la crypte voisine et contemporaine de la cappella greco, est Michée prononçant son célébré oracle sur Betlüéem, Michée qu’on voit montrant

LA CAPPELLA GRECA

C’était, au sein d’une riche famille romaine, l’image du concert céleste que S. Jean avait vu fait par toute créature, angélique ou humaine, à V A(j7ieau qui a été immolé et qui nous a reconquis à Dieu

la Tour-du-Troupeau de Bethléem sur une fresque de Domitille. Je pense, à cette heure, que c’est Isaïe disant, dans les Septante : Peuple, qui avez marché dans les ténèbres, voyez une grande lumière! Les trois sujets, évidemment connexes, de la fresque (voir le dessin, ici, pl. Vil) se trouvent, en effet, tous trois, dans la prophétie d’Isaïe, appelée son Protévangile, et au début de ses derniers et si splendides oracles messianiques, qui en sont le complément.

Voici le premier, celui de la Vierge, de l’Emmanuel, de l’Étoile et du prophète, dans le texte des Septante, le texte de l’Église romaine en ce temps :

Voici que la Vierge concevra et qu'elle enfantera un Fils, et tu appelleras son nom Emmanuel (VII, 14)... Peuple qui avez marché dans les ténèbres, voyez tme grande lumière ! Vous qui habitez dans la région [dite] l’Ombre-de-la-Mort, une lumière briUera sur vous.. . Car un pef/f Enfant nous est né, et un Fils nous est donné, et la Principauté a été mise sur son épaule, et son nom est appelé Ange-du-Grand-Conseil (IX, 2, 6).

Voici le second, celui du Christ faisant aux trois membres d’une famille, le père, la mère, l’enfant, le geste de la délivrance et du rappel :

Et il arrivera en ce jour-là : le Piejeton de Jessé, Celui qui s’est levé pour commander aux nations, les nations espéreront en lui, et son lieu de repos sera en honneur. Et voici qu'en ce jour-là le Seigneur montrera sa main pour témoigner de son zèle en faveur du reste qui a été laissé du peuple, qui a été laissé par les Assyriens, et p>ar l’Égypte, et par Babylone, et par l’Ethiopie, et par les Élamiles, et par ceux du Lever-du-Soleil, et par l’Arabie. Et il lèvera un signe sur les nations, et il rassemblera ceux qui étaient perdus d’Israël, et il rassemblera les dispe^'sés de Juda des quatre ailes de la terre (XI, 1 1-13).

Le Christ dira plus loin ; Écoutez-moi, îles, et soyez attentives, nations... Ainsi parle le Seigneur qui m’a formé dès le sein maternel pour être son serviteur, pour lui rassembler Jacob et Israël. ,. Et il me dit : C’est pour toi une grande chose d’être appelé mon serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les dispersés d’Israël, Voici que je t’ai établi en alliance à la postérité, en lumière aux nations, pour être le salut jusqu’à l’extrémité de la terre (XLIX, 4-6). — Et encore ; Sois illuminée, sois illuminée, Jérusalem, car elle vient, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi... Lève autour de toi les yeux et vois tes fils rassemblés. Ils sont venus de loin, tous tes fils... (LX,l-4). Cf.XLIII,5,6.

Voici le troisième, celui des deux Bons-Pasteurs, c’est-à-dire du Pasteur unique qui fait un bercail unique des Juifs et des Gentils :

Consolez, consolez mon peuple, dit Dieu. . . Monte sur une haute montagne, Évangéliste de Sion, élève avec force la voix. Évangéliste de Jérusalem : élevez la voix, ne craignez pas, dites aux villes de Juda : Voici votre Dieu, voici le Seigneur. Le Seigneur vient avec la force, et son bras avec la domination. Voici

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dam son sançj an Bon-Pasteur à qui nous chantons bien dans les joies pascales : « l’Agneau a racheté les brebis ^ » Doux et fortifiant concert, que, durant le règne de mille ans du Christ avec ses martyrs ^ l'Eglise a fait retentir dans le champ du laboureur ou l’atelier de l’ouvrier, comme dans le sanctuaire ouïe cloître, que j’ai entendu sur les lèvres de mon père et de ma mère au milieu du travail quotidien, que Rome nous donnait en permanence pendant le Concile du Vatican et ces derniers jours si beaux du Pontife-Roi ! 11 achève, hélas ! de s’éteindre au sein des familles chrétiennes ; on veut le faire cesser dans les temples ; il faudra bientôt aller aux deux pour l’entendre. L’enfer a gagné pour la banalité ou pour le mal le monopole des chants. En est-ce donc fait de la terre ? Non certes encore ! L’heure n’est pas venue où le Fils de l'homme venant n’y

que son salaire est avec lui, et devant lui est son œuvre. Comme un pasteur, il paîtra son troupeau, et de son brus il groupera les agneaux, et il consolera les brebis qui sont pleines (XL, 1, 9-11).

Le prophète a été placé par le peintre à la jonction des trois sujets. C’est une manière de dire que les trois scènes prophétiques lui appartiennent, et qu’ainsi c’est Isaïe En rencontrant cette exacte correspondance des textes et des tableaux, ce serait aller contre toute critique de ne pas songer à leur identification. Je crois avoir frappé cette fois dans le but. De Michée, d’ailleurs, à Isaïe, la distance n’est pas grande. Ils sont contemporains ; l’un cite l’autre, Michée, ce semble, Isaïe (Is., II, 2-4; Mich , IV, 2— 'i); l’un annonce la naissance du Messie de la Vierge, l’autre sa naissance à Bethléem : tous deux sont cités ensemble par S. Matthieu, au début de son Évangile. Il est naturel de les trouver l’un et l’autre aux catacombes, près de l’Enfant-Dieu, Isaïe au cimetière de Priscille, Michée à celui de Doraitille.

La raison de la présence d’Isaïe et de ce sujet mystique de l’Étoile et de l’Emmanuel en un cimetière, est assez évidente. Isaïe parle du peuple qui a marché dans les ténèbres, des habiiants de l’Ombre-de-la-Mort : ce sont bien les habitants, c’est bien le peuple du heu où nous sommes. Reprenant, sur le berceau du Précurseur du Christ, la prophétie d’Isaïe, Z icharie célébrera Dieu... se levant des Huuli-L>eux pour illuminer ceux qui sont assis dans les ténèbres et l’Ombrede-la-Mort (Luc, I, 78, 79), et l’Église répète son cantique en conduisant ses fils défunts à leur dernière demeure. Certes, il est beau de voir le Benedictus de l’Office des morts illustré, dès le berceau de l'Église, au-dessus des tombes primitives de notre cimetière de Priscille, à côté de sa chapelle funéraire !

‘ Apol., V, 9, 12.

* Séquence Victimes paseali laudes.

* Apoc., XX, 4, 6.

LA CAPPELLA GBECA

trouvera plus de foi Tout nous fait espérer que le rèr/ne du Christ qui va cessant ici-bas aura son printemps d’automne avant l’hiver éternel. Le siècle de Dioclétien, d’Arius, des deux Donat, de Julien, eut ses Constantin et ses Théodose, avant Alaric, Genseric, et le cri 'plein de force de l’Ange : Elle est tombée, elle est tombée Babylone^ . Les chants de triomphe de l’Église ne sont donc pas épuisés ; et ou parlera encore de la paix dans son enceinte fortifiée, de la sécurité dans ses palais L

Quelle que soit l’heure de cette visite tant désirée du Christ à Susanne, quelle que soit l’heure aussi où le Christ nous visitera, nous, les enfants de l’Église, pour nous donner ce congé du monde après lequel soupirait S. Paul ‘, notre titre de citoyen est dans les deux Si la consigne du Verbe de Dieu est bien gardée : Sois fidèle jusqu’à la mort ^ ce n’est pas le Bon-Pasteur qui récusera le titre de sa brebis. Que le Dieu du ciel, comme on disait à Babylone, aux jours de la chaste, de l’héroïque Susanne É écoute ainsi, sortant de nos lèvres, la prière qui, après le prélude, ouvre le Chant pascal du prêtre Sedulius :

« Dieu tout-puissant, éternel, espérance du monde, qui avez fabriqué le ciel, qui avez organisé le monde; qui interdisez aux tempêtes retentissantes des eaux et à leurs flots dressés de submerger les bords des terres voisines ; qui donnez au soleil la plénitude de ses rayons et celle de ses cornes à la lune, et mesurez l’une et l’autre lumière au jour et à la nuit; qui comptez les étoiles dont seul vous connaissez les noms, les signes, les puissances, les mouvements, les lieux, les temps; qui avez façonné la terre nouvelle en différents corps, et du soi engoui di avez tiré des membres vivants ; qui restaurez l’homme, qu’avait fait périr la douceur d’un fruit défendu, par une meilleure nourriture, et qui chassez le venin, qu’avait inoculé le Serpent, par le breuvage d’un sang sacré ; qui créez une seconde fois d’une souche unique le genre humain enseveli, excepté ceux qu’enfermait l'Arche, sous la masse qui se ruait d’un déluge écumant, afin qu’une mystique vertu montrât que ce qui meurt violemment par les vices de la chair, un bois conducteur peut le renouveler à travers les ondes liquides, — car vous lavez tout le monde dans un

‘ Luc, XVIil, 8.

- Apoc., XYIII, 2.

3 Ps. CXXI, 7.

‘ Philip., I, 23.

» Philip., 111, 20.

« Apoc., I, 2; II, 10.

^ Dan,, II, 18, etc.

LA CAPPELLA GUECA

baptême iinirpie, — ouvrez-moi lu voie salutuirc qui, par un étroit sentier, eoivluit un [)etit nombre d’iiouiiui’s à la Cité, et faites luire devant mes pieds lu lampe du Yerbe, pour que le cliemiu de la vie me comluise à ce (uuc cbampét.’e où le B >n- Pastenr garde r,iiiuab,e beicail, (ùt l’Agoeau de la Bi ebi'-V ierge entre le prender avec sa blanche toison et puis tout le blanc troupeau »

• Omnipolcns œtern^ Deus, spes uuica mundi,

Qui cœli fubricalor ades, qui conditor orbis,

Qui maris uiidisoiias fluclu surgenie procellas Mergere viciiiœ prohibes coiifiiiia terrœ,

Qui folcm rudiis et lunam comibus impies, l'iqiie dmn ac tioclem lumen met iris utrumque ;

Qui stellus numirus, quarum tu iiominu solus,

Signa, ]iotestutes, cursus, Inca, tempera nosli,

Qui diverse noram formusti in corpora terram,

Torpentique solo viorniia memhru dedisti ;

Qui pcreunlcm hominem vel ti dulcedine pomi Instauras meliore ciho, poluque sacruti Sanguinis infusum depellis ab angue venenum ;

Qui genus humanum (præter quos cluuserat area)

Bduvii rupida sjiumontis mole sepullum JJna iterum de stirpe créas, ut mijstica virtus Quod curnis dd cta necant, hoc præsule ligna,

Monstrarct liquidas renovari passe per undas ;

Totum namque lavas uno baptismale mundum :

Pandc salutareyn, paucos qua^ ducit in Urbem,

Angusio mihi calle viam, Verbique luc rnam Da pedibus lucere mcis, ut semita vitee Ad cuulas me ruris ugat, qua serval amœnum Paslor ovile bonus, qua vellere prœvius albo Virgiais agnus ovis, grixque ornnis candnlus mirai,

Carmen Puschule, 1. I, 43-67,

Une pierre de clôture d’un lociilus, mise au jour en 1878, au cimetière d'Ostrien, où Mgr Crostarosa me l’a montrée, jette un jour précieux sur ces derniers vers de Séduhus, et en reçoit à son tour une éclatante lumière. Grossièrement gravée au trait, elle présente une Orante ayant a sa droite un personnage de la main droite duquel pend une lampe allumée, et, à sa gauche, un autre personnage portant la main droite sur sa poitrine. Les deux sont vêtus de la tunique et du manteau Au-dessus, l’épitaphe contient deux lignes où l’on a pu discerner les lettres suivantes, de la fin du troisième siècle ou du quatrième ;

CReSC in pkCe •

BeNE merenli ET...

M. de Rossi a publié le dessin de ce monument dans le Bullelino de 1880, tav. VIII, et l’a heureusement commenté, p. 66-8, en rappelant le verset 105 du

LA CAPPELLA GRECA

Certes, « le blanc troupeau m’effraie. » Je sais, je vois mes taches : « Mon visage rougit de ma faute » Et cependant le Paradis est pour moi ! N’est-ce pas la brebis perdue dans le désert, que

Psaume CXVIII : Lucerna pedibus meii verhum tuum et lumen semilis meis, et ce passage des Actes du martyre des SS. Montamis, Lucius et leurs compagiions qui souffrirent, l’an 259, à Carthage. « Renus, qui avait été avec nous saisi par le « sommi il, eut une vision. Il nous vit conduits les uns après les autres au sup- « plice. A ce moment, devant chacun de nous était portée une lampe : celui que « ne précédait pas la lampe n’avançait pas. Et après que nous nous fûmes avan- « cés avec nos lampes, il se réveilla. Quand il nous eut rapporté sa vision, nous « nous réjouîmes, ayant la confiance que nous marchions avec le Christ qui est « la Lampe pour nos pieds, et qui est le Verbe même de Dieu : QVI EST « LVCERN'A PEDIBVS NOSÏRIS ET QVI EbT SERMO SCILICET DEL p (D. Ruinai t, .4c/« martijrum sincc. a, Pussio SS. Montani, etc , § V.)

Une épitaphe du cimetière de Priscille, celle de Maritima dont la tombe est marquée de l’ancre du Christ, flanquée des deux poissons du Judaïsme et de la Gentilité, disait de même vers cette époque : « Maritima vénérable, tu n’as point « perdu la douce lumière, car tu avais avec toi le pleinement Immortel en tout, K car ta piété te fait en tout temps progresser : MAPITIMA EEMNII EAYKE- « PüN <I>AOS OT KATEAEDEAE • EEXEE EAP META EOT nANA0ANA- « TOX KATA OAXTA • EYEEBEIA EAP EH IIAXTOTE EE IIPOAEEI. a (Boldetti, p. 370.)

Le per'onnage qui est à droite de Cresecu/ïa (?) est donc le Christ, et le pa.ssage de Sédulius i.ous fait bien comprendre que, gui lant la défunte avec sa lumière, lui qui a dit : Je suis la lumière du monde (Joan., VIH, 12), il la conduit au Paradis. C’est ici une variante du Christ de la cappella greca, sortant du tabernacle du ciel et venant sauver Susanne.

Quel personnage fait pendant au Christ? Ce doit être un saint ou un ange, puisque l’Église cliante aux obsèques du fidèle : Subcenite Sancti Dei, occurrite Angeli Domini, susdpientes anhnam ejus, off> renles eain in conspectu Altissimi. Svscipiat le Christus qui vocavit te, etc. Je soupçonne que c’est S. Paul. H est le Vase d’élection à qui le Christ a rendu, avec sa lampe, la lumière de i’âmc et celle du corps (Act , IX, 15, IS), et qui a été ravi au Paradis, jusqu’au troisième ciel (II Cor., XII, 2, 4). Paul fiüt bien vis-à-vis au Christ, Lumière du monde ; c’est un introducteur tout spécial dans le Paradis. On le trouve, d’ailleurs, deux fois, et lui seulement, sur les monuments chrétiens, en pendant du Christ. Une fresque du cimetière de Priscille montre, au-dessus d’une tombe, le Bon-Pasteur et Paul, PAVLVS PASTOR APOSTOLVS (Aringhi, t. Il, p. 273); et un fond de coupe (R. P. Garucci, tav. XVI, 7) offre deux bustes en regard avec les noms CRISTVS, PAVLVS.

‘ Culpa rubet vultus meus. — Séquence Bies iras du franciscain Thomas de Celano qui vivait en 1255.

LA CAPPELLA GRECA

dis-je? le loup attaché déjà à la potence publique, que « l'Agneau de « la Brebis Vierge » a fait entrer à sa suite dans le bienheureux bei’cail? Ils étaient deux voleurs do grand chemin, blasphémant sur leur croix le Bon-Pasteur qui pour eux mourait sur la sienne. Un de ces loups resta forcené sous le regard de l’Agneau : il refusa de devenir une brebis.

« L’autre, dit Sédulius, adorant le Chi ist par des paroles suppliantes, baissait, épuisé, ses yeux sanglants, car des liens retenaient ses deux mains. Le Seigneur recueille cet égaré, comme un jrasteur sa brebis dans un cliamp désert, et se fait une fête de l’amener en ces champs qui sont les vôtres, ù Paradis ! où le sol couvert de gazon charme les yeux par ses fleurs (lerpétuelles, où la volupté des bois est nourrie par des eaux courantes, où, au milieu des jardins étalant des fi uits qui ne manquent jamais, le Serpent gémit de voir l’antique colon habiter,... Ce voleur, avec ses rapines, a enlevé le Royaume des deux '. »

« Vous qui avez absous Marie et qui avez exaucé le larron, à « moi aussi vous avez donné l’espérance » Seigneur, à qui j’ai consacré ces pages, y recueillant ce que j’ai pu des fleurs des Saintes-Ecritures, des Saiuts-Pères, de la sainte antiquité chrétienne, au soleil de votre Nom, pour en faire cette livre de 'parfums de Marie qui, versée sur vos pieds, célébra avec votre sépulture votre résurrection avec votre résurrection la nôtre. Seigneur, souvenezvous de moi, dans votre Royaume A

Je scelle trois fois ce livre de voire signe.

‘ Alter, adoralo per verha precantia Christo,

Saucia dejcctus fleclebal lumina, tanium lAimina, nam geminas arcehant vincula palmas.

Quem Dominus, ceu pastor ovem deserta per arva Colliijit errantem, secumque adducere gaudet In campas, Paradise tuas, iibi flore pertnni Gramineus hlanditur ager, nemorumque voluptas Irriguis nutritur aqw's; interque ben.’gve Conspicuos pomis non deficienlibus hortos Ingemif antiquum Serpens habitare colonum... Abstulit iste suis cœlorum régna rapinis.

Carmen Po.schate, 1. V, v. 216-230.

^ Seq. Dies irœ.

’ Joan., XII, 3, 7.

^ Luc, XXIII, 42.

LA CAPPELLA GRECA

Le voici, pris rlu sarcophage de Jnniiis Bassns. C'est le chi, X, l’initiale de votre nom de maiTjiiant le pain offert à Joh pour

son soutien en son martyre, le pain qui est vous même, l'Eucharislie.

Le voici, en triple exemplaire, transcrit d’une stèle dressée à ciel ouvert près du tombeau de Cecilia Metella, et offrant aux pa’iens, avec leur formule de consécration des tombeaux, M. S. [Manïbus sacrum), un triple mystère chrétien. C’est votre double monogramme X, I, Christ-Jésus, inscrit dans un cercle figurant l’Eucbaristie et le denier de la vie éternelle ; c’est l’ancre, sigle voilée de Christ-Jésus, symbole de V espérance qui ne confond pas ' et qui a pénétré les deux ^ ; c’est le Poisson, Jésus-Christ-Fils-de-Dieu-Sauveur, et, ce semble même, le dauphin, dont la poésie fait le sauveur des naufragés. Ce groupe, offrant votre signe sous ses trois formes principales, termine l’épitaphe « d’Ægrilius Bottus Philadès, Bottus ^ très doux, « très tendre, à qin ses parents ont fait ce monument et qui a vécu « neuf ans, quarante jours, de sainte mémoire ; AEGBILIVS — BOTTVS — PH1L.\DES — PüTVS DVL — CISSIMVS — ET PIENTIS — SIMVS SYI — PARENTES — FECERVNT — VIXIT AN — Yllll DXL — MS »

Le voici enfin, en double symbole, sur la tunique et sur le pallium de sainte Agnès, dans Piiuage en mosaïque dont le pieux pape Ilonorius a paré l’abside de sa basilique et de son tombeau. Cette tunique de pourpre porte sur ses plis, dans un cercle d’or bordé de pourpre, un phénix peint d’or, de pourpre et d’azur; le blanc pallium est marqué d’une grosse étoile d’or à huit branches, intérieurement diaprée en pourpre, lait et azur, de rayons et de fleurons. Le Christ qui a dit : Je suis la. résurrection et la de, a dit aussi : Je suis l'étoile splendide et matutinale ° ; et comme sou titre de Roi des

' Rom., V, 5.

* Hebr., IV, 14.

* Pour Bollus le graveur a écrit Potus, d’où le jeu de mot charmant : Potus (breuvage) très doux, etc. Pliilades, est-ce oifaOsî;, bien-aimé ?

* Musée du Lalran XIV, E spjjulcro subdiali ad inonautrul iin Cœail. MeteUœ , via Appia, dans M. de Rossi, Il mu^eo L clerun , etc. J’ai déjà mentionné ce monument à la fin du chapitre XXII.

* Joan., XI, 25 ; Apoc., XXII, 46.

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rois, de Dominateur des dominateurs est écrit sur son vêtement et sur sa cuisse les di'ux précédonis sont représentés par le phénix et par l'eioile sur le vêlement de son épouse virginale, de sa glorieuse martyre, Agnès. N’a t-il pas dit aussi : Celui (fui voit le Fils et croit en lui... je le t essusciterai^ \ Celui qui sera victorieux... je lui donnerai U étoile du matin ^ ?

Voici mon disait Job à Dieu en provoquant à la lutte,

avec une confiance filiale, mais trop libre et trop peu réfléchie, sa justice et sa miséricorde. Puis se ravisant, à la présence et à la voix du Tout-Puissant, le saint « martyr, » comme l’appellent les vieux martyrologes se prosternait dans la poussière et la cendre, disant à Dieu : Je suis que vous pouvez tout et qu’il n'ij pas de disposition qui vous soit interdite, et répétant plus que jamais en son cœur : Que le nom de Jéhovah soit bénit ® ! Ainsi sous votre signe, sous votre nom, o Christ, nous attendons le secours du temps, la paix de l’éternité.

Mais, à côté de cette dernière pensée au Christ, pouvons-nous ne pas déposer une dernière pensée à l’Église, à YEglise que le Christ a aimée et pour qui il s est livré à la mort ’ ? Elle nous est offerte d’abord, et comme imposée, par un précieux sarcophage du Y® siècle, aux bas-reliefs polychromes, récemment trouvé dans la catacombe de Saint-Jean, à Syracuse, et contenant un sujet unique dans les antiquités chrétiennes, dont le voile mystérieux ne semble point lev'^ encore.

C’est l’urne sépulcrale « d'Alelphia, femme clarissime, épouse du « comte Valérius, » avec qui elle est représentée en buste dans une

' Apoc., .\1.X, 16.

2 Joaii , VI, 4Ü.

^ Apoc , 11, 28.

* “lin Job, XXXI, 35.

^ D. Ciilmei, Dict. de la Bibi., Job.

« Job, XLII, 2; I, 21, Hébreu.

t Ephes., Y, 25.

LA CAPPELLA. GRECA

large coquille, au centre de la face antérieure. Trois rangs de sujets bibliques ornent cette face. Au rang inférieur, à partir de la gauche, ce sont les trois Hébreux refusant d’adorer le buste de Nabucliodonosor dressé sur la colonne, le miracle de Cana, l’Adoration des Mages, Adam et Ève aux côtés de l’arbre et du Serpent, l’entrée triomphale du Christ à Jérusalem. Au rang du milieu c’est, d’un côté des bustes, le Christ donnant, la gerbe de blé à Adam, la brebis laineuse à Eve, symboles de leur travail, le Christ annonçant à Pierre son triple reniement qui doit être suivi, au chant du coq, de ses nobles larmes et puis de sa triple déclaration d’amour, l’hémorrhoïsse aux pieds du Christ, la main de Dieu donnant à Moïse les tables de la Loi ; de l’autre côté, la main de Dieu arrêtant le glaive d’Abraham qui va frapper Isaac, la guérison de l’aveugle-né, la multiplication des pains et des poissons, la résurrection de Lazare. Au rang supérieur, à droite du cartouche de la défunte, tenu par deux Génies, on voit l’Enfant-Jésus dans la crèche, Joseph debout et Marie assise, le bœuf et l’âne à l'opposé, et trois bergers accourant, dont le premier montre l’étoile toute grande des Mages ; à gauche, à l’extrémité de la bande, une immense figure apparaît sur le creux d’un rocher, un ancien d'Israël debout montre le ciel comme pour nous indiquer que c’est Jéhovah sur la pierre d’Horeb ‘, et Moïse, un genou en terre devant lui, fait avec sa verge jaillir l’eau de la pierre qui était le Christ - ; puis un personnage, tête nue, est conduit par deux autres, tête nue aussi, vers une matrone voilée, assise sur un siège et entourée de quatre femmes voilées, trois debout, une quatrième assise à terre qui, tenant un grand vase, regarde en haut, d’où elle semble attendre une inspiration.

' Exod., XYII, 5, 6.

" I Cor., X, i.

LA CAPPELLA GhECA

On a vu dans cefte matrone la «Vierge au ciel » parmi les saintes de l’Ancien Testament, Sara, Rébecca, Rachel, Lia, Susanne, que nous montrent autour d’elle les Actes de la martyre Oéliconis ', ou les saintes du Nouveau, selon des textes des Pères et la mosaïque de Saint-Apollinaire de Ravenne : la Vierge accueillant Adelphia présentée par deux autres saintes \ Mais les trois personnages à tête nue, en regard des cinq femmes voilées, doivent être des hommes ; et ce sujet mystique de la Vierge ne serait-il pas bien extraordinaire, tout seul, sans que rien ne l’annonce, parmi ces quinze sujets exclusivement pris de la Rible et de l’Évangile, et étant associé par le rapprochement des personnages avec celui de Moïse ? Une explication plus simple se présente ou plutôt s’impose. Nous lisons au livre des Juges, en ces premiers temps de la république dont Moïse est le législateur :

« Et les enfants d’Israël continuèrent de faire le mal aux yeux de Jéhovah, Aod étant mort. Et Jéhovah les vendit entre les mains de Jabin, roi de Canaan, qui régnait dans Asor. Le prince de son armée était Sisaia, et lui habitait à Harosheth-goïm. Et les fils d’Israël crièrent vers Jéhovah, car il avait neuf cents chars de ter et il opprimait les enfants d’Israël avec violence depuis vingt ans. Et Déhorah, ferame-prophétesse, femme de Lapidotli, était, elle, jugeant Israël en ce temps-là. Elle siégeait sous le palmier de Déborah entre Ramah et Bethel, dans la montagne d’Ephraïm ; et les fik d’Israël montaient vers elle pour le jugement. Et elle envoya appeler Barac, fils d’.\binoham de Cédès-Nephtali et lui dit : £^>1ce que Jéhovah, Dieu d'Israë^ n’a pas donné un ordre ? Va et utt re les gens sur le mont Thahor, et tu prendras avec toi dix mille hommes des fils d^Nephtali et des fils de Zabulon. Elfallirerai vers toi, au torrent de Cison, Sisara, prince de V armée de Jabin, et ses chars et sa multitude, et je le livrerai entre tes mains. Et Barac lui dit : Si tu viens avec moi, j’irai, et si tu ne viens pas avec moi, je n’irai pas. Et elle dit : J’irai, j’irai avec toi. Mais il n’y aura pas de gloire pour toi dans la voie où tu marches, car c'est dans la main d’une femme que Jéhovah vendra Sisarah. Et Ûéborah se leva et elle alla avec Barach à Cédés ’.î

Voilà bien le tableau gravé sur notre sarcophage: c’est Rébora, juge d'Israël, servant de variante à Daniel que maintes fois les monuments chrétiens nous ont ainsi présenté ; c’est Rarac, sourd à l’ordre de Dieu, peu sensible au péril de son peuple et de la loi de

' Bolland., 28 maii, t. VI, p. 743.

^ M, E. Le Blant, L'' Vierge au Ciel représentée sur un sarcopho,j3 antique, Revue archéologique, 1877, t. XXXI, p. 353-59.

* Judic., IV, 1-9.

LA CAPPELLA GRECA

Moïse que veulent effacer de la ferre de féroces idolâtres, qui est amené devant Débora pur deux officiers de justice comme l’un ou l’autre des vieillards calomniateurs de Susanne devant Daniel; c’est, parmi les dames d’honneur de Débora, Jaliel, femme fidèle à Dieu d'un mari qui a fait paix avec le roi de ses ennemis ', Jahel tenant le vase d'honneur plein de lait dont le cruel Sisara, leur général, doit boire pour un sommeil éternel, Jahel regardant au ciel qui déjà l'illumine ; c’est enfin, toute prête à cette heure, la victoire après laquelle Débora ayant à son côté le trop médiocre Barac, Barac devenu un homme, grâce à cette femme, dira dans son hymne d'actions de grâces :

Ils avaient laissé tomber leurs bras les commandants ;

En Israël ils avaient laissé tomber leurs bras,

Jusqu’à ce que je n^e lève, Débora,

Jusqu’à ce que je me lève, la Mère en Israël....

Réveille-toi, réveille-toi, Débora,

Réveil'e-toi, réveille-toi, dis un cantique !

Lève-toi, Barac, et fais captifs Tes captifs fils d’Abiiioam !

Alors un jietit reste dominera les puissants du peuple,

Jeliovah dominera pour moi sur les forts...

Bénie soit entre les femmes, Jahel,

L’épouse d’IItber le ('.iuéen :

Entre les femmes bénie soit-elle !

De l’eau il demanda, du lait elle donna :

Dans la coupe des puissants elle offrit de la crème.

De sa main elle a saisi le clou

Et de sa droite le marteau des travailleurs ;

Elle a meurtri Sisara, elle a brisé sa tête.

Elle a fendu, elle a transpercé sa tempe,

Entre ses pieds, il s’est toi'du, il est retombé, il s’est couché :

Entre ses pieds il s’est tordu, il est retombé :

Là où il s’est tordu, il est retombé anéa iti...

Ainsi (lérissent tous ceux qui te haïssent, Jéhovah !

Et que ceux qu' l’aiment soient comme la sortie du soleil en sa force ^ !

Aux deux groupes de Moïse et de Débora une grande scène fait pendant de l’autre côté, -celle de la Crèche. Le parallélisme est évi-

• Judic.,’I'V, -17.

* Judic., V, 7-31.

LA CAPPELLA GRECA

dent : à Moïse répond le Christ, à Débora, la Vierge. Comme Marie, Déhora représente l’Église. Marie a devant elle cet Emmanuel dont elle a chanté, le portant dans son sein : Il a fait descendre les puissants de leur trône et il a élevé les humbles ' ; Débora a devant elle Barac avec lequel elle chantera le cantique de la défaite des rois de Chanaan, contre qui les anges ont combattu des deux et les étoiles de leurs sentiers On sculptait et on enluminait à Syracuse, sur le sarcophage de la fille d'un sénateur qui avait baissé, avec son époux, comte romain, la tête dans Fonde purificatrice du Christ, sous la main de ses Pontifes, celte double prophétie du triomphe de l’Église au moment où venait de tomber la grande Babylone des Césars, et où la Rome de Pierre, crucifié la tête en bas en face des sept collines, surgissait parmi leurs ruines comme la Jérusalem illuminée de la gloire de I Eternel ^ comme le doux et invincible soleil du Boyaume, enfin arrivé^ de Dieu

Mais voici qu’un second monument, bien autrement insigne, vient se joindre à celui de Syracuse, comme pour donner pleinement à cette heure la force et l’espérance à nos cœurs. Rome possède, debout encore, un édifice sacré de Constantin, un seul, le mausolée de sa fille Constance ou Constantine, placé auprès de la basilique de Ste-Agnès, construite par cette princesse qui avait fondé là un collège de Vestales chrétiennes et y avait gravi les degrés de la sainteté. Chambre des catacombes transportée en plein soleil, comme le tombeau même de la martyre Agnès, qui l’emportait alors sur « tous les temples et toutes les constructions terrestres » ce mausolée reçut en marbres et en mosaïques une des décoratians les plus magnifiques qui fût jamais, et des plus sublimes. Une partie s’est conservée : ce sont les plus anciennes mosaïques chrétiennes du monde. Nous avons, en parlant du Bon-Pasteur, rappelé leurs précieuses splendeurs, et nous y avons deviné justement une certaine image du Christ paissant ses brebis divines, dont le temps

‘ Luc, I, 52.

2 Judic., V, 1, 19, 20.

® Is., LX, 1.

Matth., -VI, 20.

^ Inscription dédicatoire placée par sainte Constance : ConstanHna Deum, etc. - Ici, chap. XVII.

LA CAPPELLA GRECA

semblait avoir effacé jusqu’au souvenir Tout vient de nous être rendu, au moins sommairement, par une note, retrouvée à Ferrare, du maître et de l’ami de Bosio, Pompeo TJgonio^ Dans « les dernières années du XVI® siècle®, » il décrivit ce monument qui possédait encore, intègres ou fragmentaires, la plupart de ses mosaïques, et laissait voir sûrement toute la somme de ses grandes leçons de théologie et de politique vraiment impériale, qui avaient rendu au monde, après l’avoir fait à Rome, sa liberté, son honneur, sa prospérité, sa paix. Nous savons ainsi que sous Constantin ou ses fils, exécuteurs de ses inspirations, ce pieux et solennel monument de famille présentait l’ensemble des tableaux suivants.

« Le temple sphérique de Sainte-Constance \ » orné extérieurement et intérieurement d'une couronne de colonnes soutenant la voûte d’un portique circulaire, et, à l’intérieur, où les colonnes sont géminées, soutenant de plus la coupole même de l’édifice, contenait dans l’épaisseur de sa puissante muraille, au dehors, une série de niches cintrées « destinées à des statues®, » au-dedans, douze niches rectangulaires séparées, trois à trois, par la porte d’entrée, l’abside du fond et deux petites absides latérales. Des guirlandes de feuillage avec leurs bandelettes, des étoiles noirâtres ou verdâtres et des monogrammes du Christ se détachant sur un fond blanc, composaient leur décoration en mosaïque En se rappelant que Constantin avait fait placer, à Constantinople, son sarcophage parmi douze monuments en l’honneur des Apôtres, ces futurs juges ^s vivants et des morts avec le Christ, on est porté à croire que ces douze niches leur étaient consacrées. Peut-être contenaient-elles

’ Chap. XVII, fin.

* Müntz, Notes sur les mosaïques chrétiennes de l’Italie, Sainte-Constance de Borne, Nouveaux documents, Bevue archéoL, 1878, t, XXXV, p. 331-67.

® M. de Rossi, Bom. soit., t. I, p 19.

‘ (I Templiim S. Constantiæ spliericum, » écrit Panvinio dans sa notice De prxstantia Basüicæ S. Pétri, rédigée avant 1568, date de la mort de cet illustre savant. Bibl vat , n® 678Ü. M Müntz, Revue archéol . 1875. t. XXX, p ’225

® « In exteriori poiticu sunt mniti nii lii qui ad statuas usn erant.» Panvinio, ibid.

® <t 2^ (Alisib) liabet arcmn, videlicet circuitionem superiorem ex mnsivo, in qno minutis tesselis aibis simul compactis dispersæ sunt stellulæ nigncitanles, vel virides, circumque hune velut sertura ex ramis vel fasciolis. » Ugonio, dans M. Müntz, Revue archéol., 1878, p. 360.

LA CAPPELLA GRECA 771

leurs statues, qui allaient bientôt, avec celle du Christ, briller en argent cà la façade de la basilique constantinienne du Sauveur au Latran.

L’abside, que précédait iin segment du portique circulaire spécialement décoré d’une mosaïque sur fond or, splendeur que l’art chrétien, s’inspirant des présents des Mages, commençait à appliquer au sanctuaire, offrait dans l’arc, sur un fond blanc, au milieu de nombreuses étoiles noiràires, un grand monogramme du Christ *, non sans allusion, ce semlile, à la célèbre vision de l’Empereur. Au fond d’un petit dôme qui recouvrait le gigantesque sarcophage de porphyre rouge de sainte Constance, orné en reliefs de vendanges, de paons, de béliers mystiques pris des catacombes, et, en avant du sarcophage, l’autel eucharistique réalisant la résurrection figurée par ces symboles, une mosaïque préludait complètement à l’admirable mosaïque de Sainte-Pudentienne. On y voyait la Jérusalem céleste, le Christ siégeant devant avec les Apôtres, sous une galerie de feuillage, pour le jugement du monde; et, au-dessous d’eux et comme au-dessus de l’autel par la perspective, l’Agneau de Dieu portant le diadème de son Nom sur la tête, et entouré des brebis dont il est le Pasteur et à qui il a donné sa vie. Deux femmes, à la taille élancée, aux vêtements blancs, debout vers les angles repré sentaient, sans doule, comme plus tard à Sainte-Sabine, « l’Église de la Circoncision » et « l’Église des Gentils L »

* « VIT! absis est in nieJio ilia in qua est sepulcrurn porphyreticum collocatum. Ejus siiperior circuitio est ex m isivo, ut 2'' supra, stelliilis in albo nigricant'bus exornafa, ubi et hoc est signnin seinifVactuin : >|<. » Ugoiiio, p. 361. — M. Arme-liini vient de découvrit' en place plusieurs de ces étoiles et quelques cubes de l’ancien inonogramine. Conférence du 2S déc. 1818, Bulletino 1880, p. 61.

^ • Atcus est ii\ medio ecclesiæ, ubi altare inajus et sepulcrurn porphyi eticuin, ubi... instar testudinis altius spatiuni attolitur, mûris hinc inde circuraseptum. Qui locus variis musivis figuris erat ornatus, qiiæ partim deciderunt, purtim vix apparent. In facie supra sepulcrurn videntur quidam sedentes qua fere specie sunt ad S. Pudentianain in abside majore, et .sine dubio hic erat Salvator, quantum opinari possum .. Supra hos sedentes ornatus est quidam ex frondibus cDntextus inter ceu candelabra quælain. E regione videntur .. similes quædara figuræ sedentes. Et duæ in angulis oblongæ mulieres alba veste stantcs (?). Circum et iii suhliini omnia ex^oleverunt et con uerunt. » Ugonio, p. 362.

t N. lia capella niagg or (?) ... che è sopra l’altar vi è fi-urato l’agnello col diadema con certe pecorelle sotto, il quale sta dinanzi (?) alla cita di Gerusalem... {suit un croquis). » P, 367.

A l’absidiole de droite, à partir de l’autel, le Christ apparaissait montant au ciel. 11 laissait sous ses pieds à la terre les quatre fleuves du Paradis céleste de sa grâce, où venaient se désaltérer les brebis du Judaïsme et delà Gentilité, sortant de Jérusalem et deBethléhem ; à Pierre, qui portait à sa gauche l’étendard de son Nom et de sa Croix, il donnait sa Loi et son Nom même dont il devait établir le règne, DOMINVS LEGEM DAT ^ ; à Paul, qui prêtait l’oreille à sa gauche, il confiait la mission spéciale d’annoncer l’Évangile de sa résurrection; et, montrant un des deux palmiers qui encadrent la scène, l’homonyme du phénix, sur lequel se dressait le phénix peut-être, il disait bien clairement aux Princes des Apôtres : On m’a vu ressuscité... Prêchez la bonne nouvelle à toute créature L A l’absidiole de gauche, le Christ était assis sur le globe céleste. Sept palmiers, en forme de candélabres, montaient à côté de lui, représentant les sept Églises, toutes les Églises, que surveille d’en haut cet Évêque de nos âmes ^ dans la main droite duquel sont les sept étoiles, les Anges des sept Eglises, les Évêques, ses lieutenants ici-bas, et qui se promène au milieu des sept candélabres d'or, c’est-à-dire des sept Eglises même pour examiner, consoler, réprimander, réprouver, couronner. Pierre était en face de lui, sous les traits d’un « vieillard » en avant de deux palmiers, les deux Églises des Juifs et des Gentils auxquelles il préside : incliné devant le Christ, il recevait de lui, pour ouvrir qu fermer en son nom, les clefs du Pioyaume des deux ®.

La voûte annulaire du portique intérieur étalait, sur un fond blanc, dont les teintes semblent d'argent encore, tout ce que la nature a de grâces pour S}-mboliser la Grâce elle-même. La scène des vendanges est répétée onze fois ; d’immenses vignes déroulent et enroulent leurs branches, et les enfants et les oiseaux folâtrent

‘ Marc, XVI, 14, 15.

I Pet., II, 25.

® Apoc., I, 16, 20 ; II, 1.

'• t nie senex. » Ugonio, p. 360. Une restauration a donné à ce personnage une figure juvénile et a fait à tort douter que ce ne soit S. Pierre. Rev. arch., t. XXX, pl. XXIII.

^ Matt., XVI, 19. Les deux tableaux des petites absides existent, mais avec des réparations qui sont trop souvent des altérations.

LA CArPEUA GRECA

dans les pampres ; l’Amour joue avec Psyché ; les colombes sont assises au bord des vases d’eau fraîche ; la brebis porte, comme aux catacombes, le vase de lait au bout d'une houlette, maîtresse brebis qui est le Pasteur, le Christ; le monogramme du Christ, le chi, +, est en plus d’uu endroit, la base de l’ornementation; les fleurs le dessinent, il sert de centre aux étoiles : il est multiplié en grandes figures d’orfèvrerie, et prime tout, au segment qui fait face à la porte, saisissant les yeux de celui qui met le pied dans le temple ' .

A la première zone do la coupole, une rivière étendait le cercle sans fin de ses eaux, et présentait les scènes les plus variées et les plus riantes. « Ici des enfants ailés péchaient à la ligne ou au filet, « ou bien lançaient des harpons sur des poissons presque aussi gros « qu’eux; ailleurs ils jouaient au milieu de l’onde avec des cygnes, « ou faisaient manœuvrer des barques légères ^ « C’est le Jourdain céleste avec ses joies, dont la basilique constantinienne du Sauveur et la basilique libérienne de la Vierge offriront bientôt des copies à leurs absides sacrées. Des eaux du Jourdain s’élevaient, sur des ilôts plats, douze caryatides s’échappant de la corolle d’une fleur, flanquée chacune de deux tigres ou lions captifs, et portant sur leurs têtes une tige de fleurs vers laquelle s’inclinaient deux dauphins enroulés. Elles encadraient ainsi douze tableaux bibliques. Uuatre nous sont connus. C’était en face de l’entrée, en avant de l’autel, Élie faisant descendre le feu du ciel sur l’autel du vrai Dieu, et confondant devant le peuple les prêtres de Baal. Heureuse image de l’Église triomphant de l’idolâtrie, aux jours de Constantin, par des prodiges célestes éprouvés de lui-même et de sa fille, de sa fille Constance , guérie , à quelques pas d’ici , au tombeau de sainte Agnès! C’était Tobie, son poisson mystique à la main, et l’archange Raphaël. C’était Moïse frappant le rocher, en portant un vêtement marqué du thau qui symbolise le Christ. C’était Susanne ^

* La décoration originale de la voûte annulaire est à peu près intègre.

^ M, Müntz, Revue arch., t XXX, p. 225. — « Pueri natantes, scaphis vecti, » écrivait, au XVI“ siècle, Schraderus, Monumejitorurn Italiæ... libri quatuor, Helmstett, 1592, f“ 120 V>. Cité ibid.

In primo areu est altare cum tauro superimposito flammis circum ardent(ibus), descenditque super altare ignis e cœlo. A.stat a dextr® sacerdos, seu pro-

LA CAPPELLA GRECA

« Matrone, écrit Ugonio, d’un aspect très grave, d’une taille élan- « cée, vêtue d’une tunique d’or, avec une bandelette couleur agate, « descendant de sua cou à terre, sa tète et son cou jusqu’à la « poitrine sont enveloppés d’une étoffe ou voile blanc. Elle étend « la main droite ouverte; elle tient un livre ouvert de la main « gauche. » Derrière elle, sur un tribunal à six hautes assises, siège le jeune Daniel, tourné de son côté et avançant pour ainsi dire sur sa tète la main qui doit la délivrer. De l’autre côté, « debout «, au bas d’une des deux portes latérales du siège du juge, son assesseur, sur son ordre, expulse les deux vieillards qui vont être rappelés et interrogés séparément, et dont s’écroule dès cet instant la coalition infâme. « Tous deux paraissent fuir devant lui et à la face de la

pheta, rétro quem est figura temiili, ad lævam ante altare multitude populi. Hæc liistoria esse videtur quæ Reg. III, cap. 18, habetur, qu. Relias, bove super altnre imposito, ad coufimdciidMS sacei dotes Baal ignem de cœlo miui impetiavit. Tamen bos Ileliæ erat sectus in partes, hij viitelur iuteger. Sed pictoribus omnia licent. . .

VIII aspicitnr liic unus (?i (ræteia eniin deci lerunt) babitu fere. . hereraitico... Ilic manu teint grandeiu et pub berrimum piscem. apparetque rétro eum comituri (?) abus (?) enjus faciès non e.Mat. Quid si lue Toliias?. . .

In areu X eerrnlur giavissi ni aspectus matrona. proeeræ staturæ, aurea veste induta, cuin fascia qiia lam leonati cidoris ad terr ain a collo deseendeute; eaput autem et eolluin usque ad poetus involuta albo quoilaui panno, seu vélo. Dexterain apertam cxtemlit, læva vei’o libniin apertuin tenet seriptnm, in quo tainen ?) legi non potesL Ante eaiii sed' t ijui larii j iveiiis in siib uni sede anie quoldim ædifieium, raanusi|ue ita exien lit (?) ut enn iniiari vide.iuir. lu di> ti auteur æ bfieii |)Orta, quæ e>t rétro hune juveuem, videtui’. . unus stare, diioque ante ipsuui quasi fugere a f.tc.ie ?i pui* læ El bi surit, qnautiiin apparet. seiies. Quare facile haiie ci'edideriiii Danielis, S isaiinæ et duorum seuum amanlium, seu amentium, liistonain. . {suit un cro(j)iis)

Areus XII. Vid'' vir q lidain virgam... ad lapidera et aquam educere, ante quem stant alli très progredieutes...

Ail’ areo 12 quella figura cbe dieevamo parère (?) Mose ebe con la verga cava l’aequa del saxo, non si vede bene clie fu>se (?) ma ebe sia figura cristiana lo indien quai segno, cbel del tau. nel fin délia veste cosi... il quale sol di pingersi a cristiani s.nnti. — Ugonio. p 365-7.

Les notes d Ugonbi ne nous permettent pis d'ident fi m avec certitude b’s tableaux D, m V|I, IX, XI Peut-être le VI conteuait-il Moïse recevant la loi, le XI, Abel offrant son agneau au Christ, Caïn ses épis. Les IV, V, VI étaient détruits complètement.

LA CAPPELLA GRECA

(f jeune matrone. « A, elle est la victoire : elle lève au ciel 1a main et les yeux pour rendie grâce ; elle montre clcployé le livre de la loi de Moïse où il est écrit ; Vous guiderez mes préceptes el mes jugements : l'homme qui les accomplira y trouvera la vie. Moi Jéhovah

Au-dessus des douze sujets bibliques contenant les saints qu\,par la foi, ont vaincu le royaume, opéré la justice, obtenu l’effet des promesses, fermé la gueule aux lions ^ et qui, dans le paradis de la coupole de Sainte-Constance, ainsi que dans S. Paul, apparaissaient comme une grande nuée de témoins, planant sur nos tètes \ étaient douze cartouches rectangulaires. Des groupes de trois femmes, émergeant d'une rose de feuillage, dont la tige reposait épanouie

* Niim. XVlll, 5. — On connaît doux dessins conconlants de ce sujet de Susanne. L’un est le croquis d’Ugonio que n’a |)as [)ublié M. Müntz, mais qu’il a 8p[Ji'écié. L’autre est celui de Francesco d’Olaiida, peintre hollandais fixé en Italie, qui est à la bibliotliè que de l’E-cuiial Le cardinal Massimo, nonce en Espagne sous Philippe IV, en fit prendre une copie. Santé Bartoli la reçut de lui et la communiqua à Ciampini qui, dans ses Vetera monimmla, t. I), tab. I, publia, en 1699, une moitié de la vue de la coupole, où le sujet de Susanne se trouve précisément. Santé Bartoli publia ensuite une vue entière, reproduite en 1740 dans ses Picturæ antiquæ, in;iis dont l’authenticité est très contestée Le R P. Garucci a retrouvé à l’E>curial le dessin d’Olauda relatif à Susanne; il le considè.”e comme très authentique, et l’a donné dans -a Sloria delV Arte crisliana, Musaici. tav. 201. A la place de Susanne, il voit l’Eglise; à celle de Daniel, le Christ; dans les deux vieillards, deux jeunes gens qui relusent de recevoir la doctrine de l’Eglise et du Christ La publication du manuscrit d’Ugonio lui fera sans doute changer son sentiment, dont on ne voit pas bien, d’ailleurs, les bases. C’est le dessin d’Olanda, publié pur Ciampini, que üous reprodaisons.

' Heb., XI, 33.

SHeb., XII, 1.

LA CAPPELLA GRECA

sur la tête des douze cariatides, les présentaient’. Ils contenaient, s’ébattant dans l’allégresse, douze Génies en qui je verrais volon-

^ Voir le dessin, à la plume, du milieu du XVI® siècle, apjiartenant ,àla bibl. de Saint-Marc de Venise, fonds italien cl. IV, n“ 149. dont M. Münîz a publié le facsimile dans la Rivue archéol.^ 1878, t. XXXV, pl. XI. — Dans cette Rivue, 1877, t. XXXIV, p. 145-7, M. Müntz venait de publier, d’après le ms. A 168, fol. 92 et suiv. de l’Ambrosienne de Milan, la descrijition faite, à la fin du XVI® siècle, par Grimaldi, archiviste du Chapitre de Saint-Pierre, du célèbre Oratoire, la Capella del Præsepio, orné de mosaïques, que Jean VII (705-7) consacra à la Vierge dans l’ancienne basilique Vaticane, auprès des portes, à l’extrémité de la nef septentrionale qui était alors fermée. Il a, pl. XVII, donné de ces mosaïques le principal dessin, gravé d’une manière inintelligible par Giampini, t. 111 tab. XXIII. Voici ce qu’offre de plus important pour les sujets que nous avons traités, ce précieux monument ) essaisi.

A l’abside, vis-à-vis de la nef, apparaissait la Vierge portant l'Enfant-Dieu sur ses genoux, entre S. Pier re à gauche, S. Paul à droite. Au dessus, l’histoire du Christ était retr'acée en sept tableaux. La muraille de droite, du côté du palais Apostolique, contenait, en pendant, l’histoire île S. Pierre augmentée de celle de S. Paul, à partir de la lutte des Apôtres contre Simon-le-Magicien jusqu’à leur nrar (3're Un des sept tableaux de l’iiistoire du Chri,st, multiple comme cinq autres, repr ésentait la guér ison de l’aveugle-né, celle de riiérnorihoïsse et la conversion de Zaehée Sur le dessin de Gi irn ildi, on voit Zaeliée sur l’arbre, un pauvre assis au pied et un homme debout devant, qui, sauf le nimbe que Gilrnaldi a pu oublier, ressemble au Christ qu’on trouve à côté. 11 est accompagné de cette légende : « Zacchæus in siccomoro habens bajulurn sarcinain bonorum ante se por- « tantem, ut inquit Evangelium : Ecce dimidium bonorum meorum do pauperibus. » Je soupçonne fort que le bajulus surcinam portans est le Bon-Pasteur portant sa brebis retrouvée, qui dit à Zaehée : Zachæe festinans descende, quia hodie in domo lua oportet me manere. Zaehée était descendu quand il dit ; Ecce dimidium, etc.; et le Christ doit se trouver néces.sairement dans la scène. Voilà donc très probablement une nouvelle image, et combien piquante et touchante ! du Bon-Pasteur, en même temps qu’un des plus frappants enseignements de l’autoriié du Christ, représentée en Pierre son vicaire, et aussi de la maternelle protection de la Mère de Dieu sur l’Eglise. La Vierge, d’ailleurs, apparaît entre les sept tableaux de l'histoire du Christ, trois et trois à ses côtés et un, celui de la Nativité, sur sa tète, de taille gigantesque, en Orante, une haute couronne lleuronnée au fiont, ayant tout petit à sa droite le pape qui lui offre son oratoire, et à sa gauche, en lettres verticales, cette légende : BEATAE DEl GENETRICIS SERVVS. Sous ses pieds on lit en grands caractères :

+ lOANNES INDIGNAS EPISCOPVS • EECIT

LA CAPPELIA GRECA

tiers les Anges. Au-dessus, par-delà un vide intentionnel, s’épanouissait une grande rosace, à la triple conférence, aux rayons partant du centre en cônes de splendeur. C’était l’image naturelle du Dieu des Bienheureux.

Dans cet incomparable poème théologique, sorti des catacombes, et d’où va sortir en grande partie l’art chrétien des basiliques, dans ce mausolée placé à un quart d’heure du cimetière de Priscille, le tableau de Susanne a dû arrêter tout spécialement notre regard. De cette chapelle du cimetière, où les Apôtres ou leurs successeurs immédiats l’ont si amplement exposé, le voilà donc qui, réduit en miniature, est suspendu par Constantin au ciel du merveilleux mausolée de sa sainte fdle ! La chaste Susanne rappelait la vierge Constance ; et avec sa riche tunique, son voile, son livre sacré, c’était peut-être en effet le portrait, en religieuse, de la fille de Constantin. Quoi qu’il en soit, Susanne représentait l’Église ; et, assurément, Daniel, assis sur son tribunal de César, représentait Constantin délivrant l’Épouse du Cbrist des affreux vieillards du Judaïsme déicide et de la Gentilité ivre du sang des enfants de Dieu. Aussi le tableau répondait-il, dans le dôme, à celui de l’Ascension du Cbrist et de la mission donnée à Pierre et à Paul dans la ^^etite abside de droite. Du centre du mausolée, ils apparaissaient comme l’un au-dessus de l’autre, le Christ entre Pierre et Paul, et Susanne, l'Église, sous la main vengeresse de Daniel, c’est-à-dire du vainqueur du Pont-Milvius, de l’auteur de l’édit de Milan.

Débora, Constantin, c’est votre heure !

Pendant que les rois de Chanaan^ les Jabin, leurs chefs d’armée, les Sisara, avec leurs neufs cents chars de fer, jurent d’anéantir les fils d’Israël, qui ont trop coutume de faire le mal devant Jéhovah^ ; pendant que les puissants d’Israël oublient, trahissent la cause de leur peuple, et que l’œil désolé ne rencontre partout que de déplorables Barac, disant plus ou moins du champ de bataille : Je n’irai pas, nos yeux aperçoivent sur le sarcophage de Syracuse Débora, la Mère en Israël, type de la sainte Église, qui était assise sous le palmier, symbole du Christ, et jugeait le

Judic, V, 19; IV, 1, 13.

LA CAPPELLA GRECA

peuple ; ils apei’çoivent Barac comparaissant devant elle. Lève-toi. Harac, et fais captifs tes captifs d'Abinoam. Barac, la foudre ! Abinoam, le père de la, grâce l Nous acceptons l’augure.

Pendant que les Maxence du jour, dépassant Hérode, Néron ou Julien, au lieu du massacre des corps des Innocents de deux ans et au-dessous ’, décrètent celui des âmes depuis six ans jusqu’à treize ; que les crochets ou les haches forcent les asiles de la prière et de la science, et que le cynisme, donnant la main à l’hypocrisie, s’ingénie à emprisonner la sainteté dans la tour de la faim ; que l’armée française cesse de rendre au Christ le culte qu’elle lui rendait depuis la bataille de Tolbiac ; que le Christ en croix, arraché des murs de l’école, en attendant ceux du tribunal, est jeté aux gémonies des tombereaux ; que S. Pierre, Luther ou Calvin, Jésus, la Synagogue talmudique, Mahomet ou les bonzes de Pondichéry, Dieu, le Mal ou le Néant, prennent, dans « l’égalité » droit de cité sous l’autocratie du Prince invisible ou trop visible des ténèbres ; que, devant ce spectacle, le temple reste muet de stupeur, et que les lamentations et la prière de Jérémie n’osent monter de telles ruines, — on commence à respirer en apprenant xjue Constantin, après en avoir fini avec dix-huit mois de saturnales impies, immondes, sanguinaires de Maxence, par la vertu d’un laharum exaltant le Nom du Christ et représentant sa Croix, a fait placer près de l’image du Sauveur s’élevant au ciel et laissant, avec sa loi donnée à Pierre et sa doctrine donnée à Paul, la paix à la terre, l’image de Susanne délivrée par Daniel, c’est-à-dire de l’Église délivrée par lui. César, et l’a exposée dans son plus splendide monument de famille, aux regards de la Ville Éternelle, ravie au terrible et ignoble Jupiter et consacrée au Bon-Pasteur. Salut à ce second iprésage !

Ces présages nous sont particulièrement chers. Le Christ vit, >qui aime les Francs encore ; et il est des Francs qui aiment toujours le Christ. Sur ces terres de Clovis, dans l’horreur même de la profanation des saints lieux et de l’ostracisme des personnes .saintes, nous venons d'entendre la semence des Croisés mur-

' Matth. II, 16.

LA CAPPELLA GRBCA

murer à fleur du sol. Des martyrs, bénis soient-ils ! auront à frayer la sortie aux chevaliers. Mais déjà les chevaliers montent. Débora, Daniel, Constantin sont en marche dans la main de Dieu. Demain peut briller leur épée. La Révolution a vu S. Grégoire VII mourant en Pie IX. Faites, ô Dieu ! qu’après les dix ans voulus de martyre et de combat, elle voie la grande oeuvre de S. Grégoire VII, la Croisade, et, dès son premier pas, la sainte Cité, la Jérusalem nouvelle, descendant du ciel d’auprès deDieu\\di Rome de Pierre, de Constantin, de Charlemagne, reprise encore une fois au Démon par des armes françaises, et, par des armes françaises, rendue au Christ !

Décembre I8H0.

* Apoc. XXI, 2.

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