SCSÂNNE. — LA CONDAMNATION ET LA DÉLIVRANCE
La condanmation de Susanne est ainsi racontée dans la Bible.
« Et il advint le lendemain, quand le peuple se réunit chez son mari Joachim, que les deux vieillards vinrent aussi pleins d'une pensée inique contre Susanne, celle de la mettre à mort. Et ils dirent devant le peuple : Envoyez vers Susanne, fille d^Heldas, qui est la femme de Joachim. On envoya, et elle vint, et ses parents et ses fils et tous ses proches. Susanne avait le teint très-délicat et était belle de visage. Ces iniques ordonnèrent qu'on levât son voile, car elle était voilée, afin de se rassasier de sa beauté. Tous ceux qui étaient près d'elle pleuraient, et tous ceux qui la voyaient. Les deux vieillards, se levant alors au milieu du peuple, placèrent leurs mains sur sa tête. Et elle, pleurant, regardait en haut vers le del, car son cœur avait mis sa confiance dans le Seigneur. »
Suit la teneur de Faccusation portée par les vieillardiï, qui afflr* ment avoir surpris Susanne en adultère avec un jeune homqde qu'ils n'ont pu ni arrêter ni connaître. « Nous sommes, disent-iLi, « les témoins du fait. »
Le peintre de la cappella greca a tout fait pour retracer les détails caractéristiques de cette scène, qui offrent. à première yue la def frappante et indubitable de la double composition des milrs lar téraux de la chapelle.
Le R. P. Garucci interprète la peinture en ces termes :
« Ces deux méchants portent contre Susanne un témoignage infamant... On vdt dans la seconde scène l^usanne placée et tenue entre les deux juges qui la déclarent coupable avec le geste en usage chez les Juifs, en mettant leurs mains sur sa tète (v. 34) : Consur génies auiem duo preshyteri in medio populi posuerunt manua super caput ejus. Tous deux crient à pleine gorge/ rappelant que ce sont eux qui avaient ainsi crié contre elle dans le pomarlum (v. 24) : Exclamcwerunt autem et senes ixdversus eam. L'arbre qui est à côté d'eux rappelle, lui aussi^ le jardin ; si bien, que nous devons reconnaître ici deux moments de Faction se cornpénétrant ensemble. »
' Planche III.
88 LA CAPPELLA 6RECA
Il y a des rectifications à faire, à notre avis, mais surtout des additions importantes à cette interprétation. Nous faisons les rectifications d'après Toriginal.
Dans la première scène, nous avons vu Susanne voilée sur tous les cheveux et même sur tout le visage : Erat enim cooperta. Dans celle-ci le voile de Susanne est soulevé jusqu'au-dessus de la naissance des cheveux par les deux vieillards ; et ils mettent en même temps la main sur sa tête : Jusserunt ut discooperitur. Affreux outrage I Saint Paul fait à la femme Orante, qui prie en public, une honte des plus grandes de n'être point voilée. <( La femme priant « ou prophétisant, la tête non voilée, déshonoré sa tête, dit-il : c'est « comme si elle avait la tête rasée. Si elle n'est pas voilée, qu'on lui « coupe les cheveux. Mais si c'est une honte à la femme d'avoir la « tête rasée ou les cheveux coupés, qu'elle voile sa tête. Jugez vous- « mêmes : Est-il décent qu'une femme non voilée prie Dieu * ? » C'était une des épreuves, parmi tant d'autres terribles, auxquelles était soumise la femme soupçonnée d'adultère par son mari. Le prêtre commençait par lever son voile en présence du Seigneur, résidant en son tabernacle : Cumque steterit mulier in conspectu Domini discooperiet caputejus^. C'est sous cette cruauté doublée de malice que les vieillards hypocrites cherchaient encore à satisfaire leur passion : Ut vel sic satierentur décore ejus. Aussi, au moment «ù ces hommes font à Susanne l'outrage de lever son voile, ii y a chez ses parents et toutes ses connaissances une première explosion de pleurs : Flebant igitur sui et omnes qui noverant^ eam.
L'outrage a été énergiquoment signalé par le peintre. Susanne, au tribunal, était, comme autrefois Naboth, assise en face de ses deux accusateurs assis '. Les vieillards, quittant leurs sièges pour mettre la main sur sa tête, l'ont obligée, sur^otre tableau, à quitter aussi sa sellette, et ils l'exposent ainsi debout à tout ce qu'ils peuvent d'ignominie. Ce sont eux-mêmes qui lèvent son voile, le texte sacré disant seulement qu'ils donnèrent l'ordre de le lever. Leurs autres gestes complètent ce geste impudent. Susanne est tombée et conmie
« Cor., XI, 5, 13.
« Num., V, 18.
» Reg., XXI, 9-13,
LA CAPPELLA GREGA 89
enchaînée dans les mains des pécheurs. Ils triomphent. Je ne vois pas cependant qu'ils « crient ». Leur luxure parait absorber leur vengeance ; leur vengeance sait se mesurer. Susanne les repousse avec effort des deux bras ; sa figure, qui se détourne, trahit la plus vive torture ; sa bouche se crispe : toute son attitude est outrée. Pendant que Thorreur étreint son corps, Tinfamie et la mort sont sur sa tête. Les deux vieillards, qui donnent une indemnité à leur dépravation satanîque, y mettent les mains, pour témoigner, en juges saints et scrupuleux d'Israël^ que la femme de leur hôte est une adultère, et la dévouer, selon la loi de Moïse, à la lapidation : Ponant omnes qui audierunt manus suas super caput ejus et lapidet eumpopulusuniversus^. Les yeux noyés de Susanne sont tournés an ciel. Là est Celui en qui elle se confie, et ce n'est point un fantôme. Nous l'avons vu à ses côtés, sortant du ciel, au moment où elle a mieux aimé mourir que pécher en la présence du Seigneur. Susanne l'appelle comme témoin véridique contre les deux faux témoins, comme défenseur contre les assassins, comme vengeur contre les monstres. Le peintre dit tout cela avec la Bible, et plus vivement qu'elle-même. A la seule vue de ce tableau, toute hésitation sur le sujet est impossible. Voilà bien Susanne et sa poignante et unique tragédie.
Un arbre est près du groupe de Susanne et des vieillards, indiquant le pomarium, mais aussi quelque chose de plus. Nous rechercherons tout à l'heure quel est cet arbre. Ce qui est assez clair dès à présent, c'est qu'étant seul, il désigne l'arbre sous lequel les vieillards afQrment, les mains sur la tête de Susanne, qu'ils l'ont surprise en adultère : die sub qua arbore videris eos.,. die mihi sub qua arbore comprehenderis eos. C'est le symbole de leur accusation : c'est la pièce de conviction du procès. Et c'est encore un de ces traits spéciaux qui nous portent de prime-abord à reconnaître dans nos peintures l'histoire de Susanne. Le peintre a mis l'arbre fameux, rappelant celui de la tentation d'Eve, en grande évidence au milieu du tableau.
Que l'artiste ou plutôt l'Église romaine, dirigeant ses pinceaux, a eu raison de choisir et d'accentuer si fortement cette scène de
' Leirit., XXIV. 14.
90 LA GAPP£LLA GBECA
rbîfitoire de Susanne, la scène de la calomnie 1 « Bienheureux êtes- <t vous, 4ifiait le Christ à ses disciples, dans la huitième des béati- (« tvd^y coixraane des sept, celle des persécutions, bienheureux a êtes-vous quand les hommes vous maudissent et vous persécutent, « et dirent toute sorte de mal contre vous, en mentant à cause de a moi M » Et saint Pierre écrivait à ses chers fidèles d'Asie, sitôt après son arrivée à Rome : « Si vous souflb^z quelque chose pour la jus-
<i tice, vous êtes heureux ayant une bonne conscience, afin qu'ils
<( soieint confondus pour le mal qu'il» disent de vous, ceux qui ca- « lomnient votre bonne manière de vivre dans le Christ... Que périt^ somie de vous ne souffre comme homicide, ou voleur, ou médita sant, ou avide du bien d'autrui ; mais si c'est comme chrétien^ « qu'il ne rougisse pas et qu'il glorifie Dieu en ce nom '. » Hélas ! le nom de chrétien allait devenir synonyme de tous les crimes à Rome mème« Du vivant de saint Pierre, au moment de l'incendie de Rome, l'an 64^ on parlait de (c ces hommes détestés pour leurs forfaits que « le peuple appelait chrétiens ; » de leur « superstition pernicieuse ; » de « tout ce qu'il se peut de choses atroces ou infâmes » arrivées à Rome avec eux ou leurs pareils, ouncta atrocia autpud^nda; de « la haine du genre humain » dont ils étaient possédés : on les traitait « de coupables et gens ayant mérité les derniers sup*pUaes, Hùvissima exempla meritos » et dont « l'utilité publique » réclamait 1^ bûcher, tUilitate publica,.. absumererUur. C'est la charge de Tacite contre les-chrétiens ; et il trouve, i^vec le peuple, que Néron, en éclairant ses Jardins du Vatican avec ces hommes devenus des toirches vivantes, leur a fait bonne justice, quoique par un motif réprébeMible de cruauté '. Parmi ces crimes, les obscénités infâmes, pudenda, tiendront le premier rang. On en fera le secret religieux dee adeptes et des^ prêtres, et le dernier mot des sacrés mystères *. Barreurs des païens et des hérétiques venus des Juife, qu'ils prêtent, pour les immoler, aux chrétiens qu'ils n'ont pu corrompre I Les deu^ tentateum^ les deux calonmiateurs, les deux bourreaux de la
» Matth., V, 10.
M Pet., m, 14, 16; IV, 15, 16.
» An. ÎV, 44.
* Voir les chap. XXVIII-XXXII de VOctavius de Minutius Félix, orateur afncain, qui écrivait à Rome, au eoBimencement du troisième siècle.
lA GAPVBUtA 6AECA ft
efaarte Suaaiia^ sont mis iei au pilori. Le tebleatt oet bardi ; mais, dè9 les» ÀpMvesv Tiinii^osteuF, qm s*appellera Tartuffe avec le Jùnêé^ Bwme» wmt timteiB ses audaoeâ ; et VÉ^ise n0 craignait pas de Itd anradier tMiSf ses miâqueSi Be ka ooodaiftMtiee, pasaons à la déKviAnce.
c lé mets en'troidèida lieu, dit le R. P. Ganieci, Ha scène qui représente H femme éSjlk dttrvrée de ses féroets assaillants, et tranquillement Orantt, ayant à> sa dM^ danslamèmAatUtaded'Orante). un jfavae bomma^tiètu 4» la mèmMnar nière que le^ précédents. A côté de lui, et à l'extrémité du tableau^ je ym figuré, mais à moitié seulement, un objet appuyé sur une base et de forme conique, que je ne sais à quoi comparer, si ce n'est à une stèle funèbre... L'histoire fieinte id représente Stisanne quand elle fbt reconnue innocente et que les deut jegee ftirent condamné» et mis à mort ; ensuite de quoi elM, ayeo son mari et ses parrats^ Ibne I^u^ qni l'a délmée des mains de ses ennemis. . Dans la troisièa» scèn«- est marquée la fin des deux vieillards, élevés en dignité (veechioni^p qui furent condamnés et mis à mort comme calomniateurs (t. 61, 62), selon la Loi (l)eut, XIX, 48, 19) ; leur mort est représentée par le monument funèbre, et n Toît Susânne avec son mari, les parents omis, louant Dieu (v. 63)> qui a sauvé délie qtti avait espéré et mis toute sa confiance en lui (v. 60), et a démontré son linosenae (v, 68) : Ê4 O0iuurr0a!0runt ad$erMê duos presbyl^roé... fêcmtn$qm ttt444 ieetmdum legem Mcysi et Marfecerunt 6m... J9Wma« autmH» et uecwr 9'^ laudaverunt Deum pro fllia sua Stuanna cum Joachim marito ejm et cogncUis amnibusy quia non esset inventa in ea res turpis, »
Cette interprétation du P. Gamcci, qui, la stèle à part, m'airait souri à moi-même , ne peut être , pour plusieurs raisons, la véritable. II n*y a pas, d^abord, sur la fresque, de stèle, objet si facile à Foeonn^tre^ mais un monticule» bien dessiné dans son profil tton reetiligne, avec un léger renflement à la base. Assurément les deux affreux vieillards n'avaient pas droit ^ un monufliaiit fonèbm,^ et ilsr m'en eurent pasv mm plos ^e ces toi» hnpies dft l«da imû, les noms sont rayée daos TEvangile de la Tatde géttéato!§f}que des successeurs de David* O'est à ces traAsgressei»rs de toue lam^ deveirs et de tous leurs serments qu'il faut applifqer les «ars dnp^èto:
cff qtt^que tfaïus^fessear enfreint cette promesse, Qaiil épraavef gmd Dien> ta fiirsor mipgereaei^ Qu'avec lui ses enfiuitSi de ton partage exclus, Soient au rang de ces morts que tu ne connais plus ^ f
' Athalie, acte IV, scène m.
99 i^ gapipbixâ grega
Le personnage qui est à côté de TOrante n'est point le riche Joachim, époux de Susanne. C'est un adolescent qu'on avait pris d'abord pour le plus jeune fils de sainte Félicité. Il est revêtu d'une courte tunique à manches courtes et du pallium qui lui retombe sur le flanc gauche. Son geste n'est aucunement celui d'une Oi^ante. Il montre avec vivacité de la main droite le monticule, et de la main gauche l'Orante vers laquelle il est tourné. Ce n'est pas elle qu'il regarde : c'est à distance, au delà de l'arbre, les deux hom* mes qui mettent la main sur sa tète. Le visage de l'adolescent respire le courroux ; sa pose tient de l'athlète : c'est l'orateur ou plutôt le prophète qui se dresse et qui tonne. C'est Daniel saisi de l'Esprit-Saint et se révélant à Israël. L'Orante, les bras étendus, porte les yeux au ciel avec une expression qui semble indiquer la suprême détresse et le dernier appel au Seigneur, dont l'ange, va se montrer en effet soudain. On ne saurait dire combien cette Orante est belle et touchante. L'antiquité, le Moyen-Age, Raphaël ne nous ont rien transmis de plus idéal que cette figure dessinée par un Phidias et peinte par un Fra-Angelico des temps apostoliques. A la vue de ce tableau, qui ne songerait à cette troisième scène de l'histoire de Susanne :
c La synagogue (t] ouvaycoYii) crut à eux comme à des anciens du peuple et à des juges, et ils la condamnèrent à mort. Et Susanne sMcria d'une grande voix et dit : c Dieu éternel, qui connaissez les choses cachées, qui savez toutes choses c avant qu'elles ariivent, vous gavez qu'ils ont porté un faux témoignage contre c moi^ et voici que je meurs n'ayant rien fait des choses dont ceux-ci ont témoigné « contre moi. » Et le Seigneur {JehovaJi) exauça sa prière. Et elle« étant emmenée pour périr. Dieu suscita l'Esprit-Saint d'un enfant tout jeune, ayant nom Daniel, et il cria d'une grande voix : c Je suis pur du sang de cette femme ! »
« Au moment, dit saint Hippolyte, où Susanne adressa à Dieu sa « prière et fut exaucée, un ange fut envoyé pour la secourir, comme « il arriva à Tobie et à Sara. » L'ange c'est ici Daniel. Daniel est le Raphaël de Susanne. C'est le représentant visible du Christ invisible que nous avons vu sortir du ciel et soutenir Susanne aux prises avec les menaces de mort des solliciteurs abominables.
Mais la peinture dit plus que cela. L'artiste, avec un esprit merveilleux, y a condensé tout le récit biblique. Le jugement de Daniel est ici avec sa protestation. Lisons la suite de la scène dans le texte sacré :
LA CAPPELLA 6RBGA 93
c Et tout le peuple s'en retourna à la hâte, et les vieillards dirent à Daniel : c Yiens, assieds-toi au milieu de nous et instruis-nous^ car Dieu t'a donné le c caractère de la vieillesse. > Et Daniel leur dit : a Séparez-les l'un de l'autre, c à une grande distance, et je les jugerai.. » Ayant donc été sépares l'un de l'autre, il appela l'un deux et lui dit : a Homme vieilli dans les jours mauvais, c maintenant sont revenus sur toi les péchés que tu as commis autrefois, jugeant « les jugements injustes, condamnant les innocents, acquittant les coupables, alors € que Dieu a dit : Tu ne tueras pas V innocent et le juste. Maintenant donc, puisque c tu l'as vue, dis sous quel arbre tu les a vus ayant commerce ensemble? » U répondit : <t Sous un schinon (axTvov). i Daniel lui répondit : Tu as menti jusf tement contre ta tète. Car voici que l'ange de Dieu, ayant reçu le mandat de I Dieu, te coupera (crxCÇei) en deux. » Après l'avoir fait retirer, il commanda qu'on fît venir l'autre et il lui dit : « Race de Chanaan et non de Juda, la beauté t'a c séduit et la concupiscence a bouleversé ton cœur. Ainsi vous faisiei aux filles c d'Israël, et elles, ayant peur, se livraient à vous ; mais la fille de Juda n'a pu c souffrir ton iniquité . Maintenant, dis-moi sous quel arbre tu les as vus ayant eCommerce ensemble. » Il dit : < Sous un prmon (irpCvov). • Daniel lui dit : c Tu €en as menti justement, 'toi aussi, contre ta tête ; car l'ange de Dieu t'attend c ayant son glaive pour te couper (Tcptaoct) pai* le milieu, et vous mettre à mort c tous les deux, b
Notre peintre a trouvé le moyen d'exprimer tant de choses avec la plus étonnante simplicité et la plus ravissante clarté. Il a réuni merveilleusement la seconde et la troisième scène en un seul tableau. Daniel est tourné vers Susanne et les anciens du peuple. Entre elle, qu'on conduit au supplice et eux qui, déposant contre elle, la main sur sa tête, l'y font conduire, il y a un arbre. C'est l'arbre sous lequel ils affirment l'avoir vu pécher : c'est leur pièce de conviction. Eh bien! c'est le symbole de leur condamnation. Cet arbre est brisé à moitié. Une des deux grosses branches qui sortent du tronc, est rompue. Elle s'écarte et s'arrête court, en heurtant les yeux. Il y a plus. Si l'on considère la forme générale de cet arbre^ son branchage, son feuillage, on arrive, en épuisant toutes les. autres hypothèses, à y reconnaître, me trompè-je ? un frêne *. Mais le frêne, fraocinus, n'est-ce pas l'arbre cassant, tirant son nom même de frango ? Daniel avait fait deux jeux de mots terribles, en parlant hébreu ou chaldéen aux deux vieillards. Le traducteur grec a pules imiter en sa langue; saint Jérùine eu a conservé un dans la Yulgate
^ J'ai remarqué nombre de frênes, sur la route de Gienoble à Gap^ présentant le même genre de tronc qui leur est particulier.
M ^LA CkàPtCLLA «RBCA
{^(Mfio... scindet) : le peintre de Ibl cappella ^eea les a coaslgiiés tous deux sur son tableau, avec Ibon arbre unique 'marquant la dou- 14e accusation et la double condamnation. G*est un fréne^ Tarbre du brisement; et ce n» serait pas un frêne, que ce serait Farbre du irmmerU toujouca. L'arbre, quel qu'il soit, apparaît ici brisé dans t^me dm deux grosses branches du tronc, traduisant aux yeux la «entence de Daniel portée contre les deux calomniateurs, et soitie tout d'abord à leur insu et par un à-propos divin de leur bouche h tops deux.
Cet Arbre estunsigne vraiment topique de Thistoire de Sj^sanpe. iNouft ¥oici devant un autre.
C'est le supplice. Daniel le montre, en même temps que par sa protestation il annonce leur condamnation prochaine aux d^ux scélériits, destinés à élre brisés comme Tarbre. Ce monticule que le jeune j^ophète indique de la main droite, d'un geste si vif et si affirmait;, 00 indiquant rOrante de la main gauche, x;'est le lieu de la lapidation. On y conduit Susanne. Les vieillards, comme témows» y 4(iff^ tmemà^ moins commenx^ spn exécution ; mais^ j^f^conmm /aux té;9aoins, c'est là qu'ils serpnt le^écjiités eux-même^. Ia §m»e 4u talion les attend a selon la loi de Moise \ »
C^ j?p|»t tout jftquveau de jaotre intQrprétç^Upu4enwai4e ses pjw- 'VfiS^M quelque dévelepjpemeoJt*
La peine de^ adi^ltères était la l^pvl^tioft. A,u tefpps deNotre-Seitgtofi^r .et plaideurs siëclias après, et ^si ap temps mên;Le 4^ uos jp^tuces, voioi comment elle se pratiquât. Lp tQpdamné, était préjcipUé d'im moftUcule sur la roche du.&oi^ où Uéj^it achevé à coups «de pierres, ai la ^ibute n'avait point causé ^ mprt. La MischmJJL fm Seconde Loi , ce code des anciens nsc^ges dps iuit^ rédigé dans la ^cms où nous l'Mons vers la fln,du,sec<wultsiècle, mais^.^uh^iajftce dès le' premier ou même avanl;, dit : que le lieu de lal^idi^iîoià4<Hyt'étre de de^vi:^^ la h^oUeur d*nQ bonime;, qfie )^ premier 4m deux tto(H>ins dpit en précipiter le cendwtpé, de ao^ ^^u'il éottnbe sur les épaaiies; que, s'il u'cfst point mpi;t, le secgnd.téqioin lui jettera ujîe pierre $ur la poitrine; et que, s'il n'est point wwt encore, tout Israël l'accablera de pierres, Moïse ayant dit : Que la
* Dan., Xm, 6; Deut., XIX, 16-19.
LA CAItSILA GRSCA 115
mmndes témoins soit d'abord sur àri, puis cèile de tout Je pempie,
c Locas lapidationis $dtus erat geminam hominis longitudinem. Testium alter inde reum detrudebat, ut in lumbos caderet. Si conyersus in pectns esset, in Inmbos convertebatur. Hoc casu mortous si esset, satisfaotum legi : «in, alter )apidem sublatum in pectus iinmitebat. Si hoc ictu morereiur, sAtifi&atum ; iJii, a 4»toisraele lfi|>idibU8 caBdebatur. Q. D. Deut., 17, 7. Mçttw ifistium pr\i(no in iU han sily et manus totius popiUi deinceps K »
Le Talmud de Jérusalem, qui commente Ifi Misehnah au III^ siècle, parle de « cette impulsion, précipitation ou projection éfms la lapidation, impulsio illa seu lapidafidi dejectio aut projtctii^, et la rattache au texte même de l'Exode (xix, i^)^ qui prescrit la k^idation pour certains crimes. Le Talmud de Babylone, autre eommaiïtaire de la Misehnah, achevé vers le VI' siècle, *t quo le «oupaM« à précipiter doit être nu, sauf la ceinture, «i e*est untionnaf , et que la femme ne doit avoir de découvert que ^la poitrine, destinée à être brisée sur le rocher *. Les rabbins Jarchi, au XP siècle, David Eimchi^ au XII®, Moïse Maimonide et Levi Ben Gersom, au XIII®, ces commentateurs classiques de la Misehnah et du Talmud de Babylone, nous attestent la perpétuité de ce mode de lapidation et nous font entrevoir sa haute antiquité. Maimonide trouve, lui aussi, Vùnpukion dans le texte hébreu deTExode, ainsi que iâ Ic^dation proprement dite '.
On a voulu appliquer à Jésus-Christ ce double mode de lapidation, en le précipitant à Nazareth du haut d'un rocher, et en lui jetant à Jérusalem des pierres dans le Temple. Et ne fait-U pa3 allusion à<^e double mode de lapidation en disant de lui^ la pierre célébrée dans les Psaumes, qui, rejetée par les constructeurs, est devenue la pierre
» Sanhédrin, cap. VI, 4. edid. Surenhusiw, Âmstelsdami, l€^1703. 6 vol inibi., t. IV, p. 285.
* c Lapidabtttiir rens ad faimc modnm. E suggeetu bmis homiDis staAmâsjalto, a testibos pronns in saxum dejiciebatar, nudus prœter «vierenda. Bed finmina non alibi nuda, quam in pectore quod in saxiim ilbdendiim. ai non ita morerator, jaetu lapidum^ poptihis cîrcomstans eum interficielNuat. » Seldenus, i)e Synedrdis veterum Ebrworum, Franeofurti, 1696, p. 83; .
* a Lapidatio aut impalsio ât e loco alto^ ut il)e cadat in petram'Tfl petra-oadat in inum, ctgos rei idem dobr est sicut soHptnm ait Exod , lUV, 43. m Oisokimh Sorenhns. Ibid,
96 LA CAPPELLA 6RBCA
fondamentale de Tédiflce : « Celui qui tombera sur cette pierre sera « brisé, et celui sur qui elle tombera, elle le broiera *? »
Dans les premiers siècles du christianisme, il parait qu'on expliquait le supplice destiné à Susanne par ce mode de lapidation appelé impulsion. Un des deux textes syriaques de l'histoire de Susanne, qui nous représentent le texte sémitique original, plus ou moins remanié, selon Tusage des copistes et des interprètes juifs, est exprès à cet égard. Il nous donne avec une précision si frappante tout le double sujet de notre second tableau, y compris Daniel, qui, debout et non assis, comme le montrent les autres textes, juge Susanne et les anciens du peuple, qu'on dirait le tableau sorti de ce texte même *.
Le texte des Septante, qui maintes fois ne fait qu'une analyse plus ou moins sommaire de l'original, et presque toujours l'interprète fort librement^ ce texte que notre peintre n'a pas suivi, mais ne devait pas ignorer, parle aussi de cette précipitation des anciens
* Matth., XXI,44 ; Ps. CXVH, 22.
< Voici les traits les plus importants de ce texte syriaque (II* version , Wsdton) : c Archisynagogi aatem isti, praBcepti Dei transgressores, revelari capui Susannœ jusserunt, quodTelatum erat, ut explerenturcupiditate formas ejus. Stantesque ambo in meûio populo imposuerunt manus capiti Susannae, dicentes... Credidit... totus populus testimonio ipsorum, tanquam principibus sacerdotum : et judicantes Susannam morte damnarunt dicentes : qui adulterium commisitdignus est mon, conjectis in eum lapidibus. Et horà nona tradita est Susanna ut dejicereDt eam de loco uude pi*œcipitantur adultérée. Gongregatique sunt multi ad spectandum. Flens autem Susanna oculos adcœlum sustulit ... clamansque al ta voce dizit.. . Audivitque Dominus clamorem Susanns^ cum ducentes eam irent ut eam occiderent Statimque resedit Spiritus Sanctus in Daniele duodecim annorum puero, clamavitque voce magnà dicens : Inncicens sum sanguine fœminœ hujus quia ipsa est innocens hujus turpitudinis. . . Et miratus est omnis populus. Dixeruntque Danieli Archisynagogi illi : Age, conside, utsciamus Deum dédisse tibi presbyterium. Etallatam ex Gazophylacio seilam posuerunt Danieli ut sederet... Dixitque Daniel, non de subselliojudicabo Susannam, sed statis in pedibus... Et vocavit alterum eomm et dixit ei... Sub quanam arbore vidisti banc. Mentitus es... Angélus Domini. .. ab extremo te in extremum difiisurus est. Postea vocavit alterum socium ejus et dixit ei. . . Sub quanam arbore vidisti eos. . . Ascendit malum tuum in caput tuum. . . Angélus Domini missus est adversus te. . .ut findat te ab extremo ad extremum, et ambos simul perdat. . . Surrexitque in eos totus cœtus, et fecerunt ipsis secundum prseceptum Mosis. Et occiderunt eos. . . 9
LA CAPPELLA 6RECA 97
du peuple qui avait failli être celle de Susanne. Ils sont précipités dans une sorte de géhenne où Tange du Seigneur allume le feu pour leurs cadavres *.
Ce monticule que le jeune Daniel désigne du geste, c'est donc le monticule haut de deux fois la hauteur d'un homme que la Mischnah prescrit comme devant être « le lieu de la lapidation. » Il n'est guère plus élevé, sur la peinture, que le jeune homme, car c'est à une certaine distance qu'il apparaît. Mais il est fort bien caractérisé par sa forme et par une éminence oblongue en retrait d'une éminence pareille. Du sommet de la première, le condamné sera précipité sur le plateau de la seconde. Le supplice apparaît en quelque sorte aux yeux;
Cette manière d'indiquer le supplice de la femme adultère était claire pour les Romains comme pour les Juifs, et ne pouvait laisser un instant d'hésitation à Tintelligence des chrétiens^ On était au pied de la Roche Tarpélenne. Les récents exemples de condamnés jetés en bas de cette roche ne manquaient pas. Tacite en cite deux arrivés sous Tibère. Un homme avait été précipité pour cause de magie, un autre pour cause d'inceste. Un sénatusH^onsulte avait précédé la première exécution ; la confiscation par Tibère des mines d'or du condamné, la seconde '. Ces exécutions étaient célèbres ; et c'est une sorte db Roche Tarpéîenne qui apparaissait naturellement à côté de Daniel, condamnant les deux infâmes juges au supplice dont il délivre Susanne.^
La scène biblique est d'ailleurs si bien expliquée dans tous ses détails par la Mischnah, qu'on ne peut s'empêcher d'admirer et l'exactitude de ce livre à consigner les usages des Juifs et la permanence de ces usages à travers les siècles et parmi les fortune» les plus diverses du peuple juif. D'après la Mischnah, on conduit le condamné au lieu de la lapidation, qui doit être autre que celui du
' c Et ut lex praecipit, feceront eis, quemadmedum improbe egenmt in isororem^ Et coUîgavenmt eos capistro (1^ tiMo^av), et abducentes projeceront in Tallem. Eodem tempore Angehis Domini immisit ignem inter eos (dik |A<aOu fltutél>f)| et salvatos est sanguis îimoxias in die illa. »
* c Faeta et de mathematids mag^ue ItaHa pellendiB senatusconsulta : quorum e numéro L. Pîtaanins saxo dejectos est. — Sez. Marins Hispaniarum ditissimns, deiertor inoestaose filiam et saxo Tarpeio dejidtur. » ( An. II, 33; VI, i9.
98 LA CAPPELLA (JIRKCA
jugement. Si quelqu'un, sur le parcours, déclare le condamné innocent, ou si lui-même proteste de son innocence, pour peu qu'il y ait de sérieux dans cette réclamation, il est ramené jusqu'à quatre ou cinq fois ; et si, malgré la sentence où les sentences rendues, il est trouvé innocent, il est renvoyé libre :
ff Locus lapidationis extra locum judicii fuit... Tum si quis se offerat, qui damnatnm insontem esse doceat... Quinetiam si ipse quid pro innoceatia ostendenda sebabere asserat, quater quinquiesve reducitur ; dum modo in verbis ejus sitsolidi quippiam. Siboc modo innocentia ejus comprobetur, liberum dimittunt. d
N*est-ce pas Tétonnante intervention de Daniel, expliquée, justifiée et rendue naturelle sous Tintervention surnaturelle de TEsprit-Saint ? Et Ton voit combien le peintre de la cappella greca suit de près non-seulement la Bible, mais encore la Mischnah, puisque le lieu où il a placé Daniel, sur le chemin de Susanne conduite à l'exécution, est autre que celui du jugement porté contre elle après la déposition des deux anciens du peuple, celui-ci étant marqué par l'arbre du pomarium, celui-là par un monticule. Il me paraît assez clair que nos peintures ont été faites sous l'inspiration de juifs chrétiens connaissant à fond les coutumes de leur nation. Elles nous reportent aux origines du christianisme, où l'influence des juifs, qui en furent les premiers disciples, devait être si grande et laisser des traces ineffaçables.
Le mysticisme profbnd et subtil qu'on trouve partout ici est bien, d'ailleurs^ dans les traditions juives telles que nous les révèlent la Bible des Septante, les Targums, les Epitres de saint Paul, les premiers Pères de l'Eglise, continuant, en le transformant, l'enseignement de la Synagogue.
Nous avons tout dit d'avaiice sur le symbolisme de cette troisième scène de l'histoire de Susanne, figurant la délivrance de l'Eglise. Saint Hippolyte, commentant les paroles prononcées par Daniel sur son tribunal^ y revient en ces termes :
c Homme vieilli dans les jours mauvais. Ayant expliqué dès Iç commencement que les deux vieillards sont le type de deux peuples, celui de la Circoncision et celui des G«itils, qui dressent des embûches à FÉglise, moyens les paroles de Daniel lui-même et. apprenons que rËcritore est yéridique dans les moindres détails. Adressant la parole au premier des vieillards, le prophète le réprimande, en
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effet, corôme un homme de la Loi, tandis qu*il parle à Tautre comme a un Gentil, l'appelant race de Chanaatij quoiqu'il fût de la Circoncision...
Et ils s^élevèrent contre les deux vieillards. Afin que fClt accomplie la parole : ff Qui creuse une fosse à son prochain y tombera. »
Fosse du samaritain Simon-le-Magicien î Fosse du césar Néron I Fosses des persécuteurs dont les tragédies célèbres formeront sous Dioclétien un si épouvantable catalogue que Constantin lui devra en partie sa conversion ! Ce catalogue commence, avec les vieillards allégoriques de Thistoire de Susanne, h la cappella greca.
Dans le cours du catalogue lugubre, saint Hippolyte écrit, au commencement du III'' siècle, cette conclusion de son commentaire sur Susanne :
c Nous devons donc, mes bien-aimés, veiller à toutes nos actions^ craignant que si quelqu'un est surpris dans quelque faute, lui-même ne devienne l'accusateur de son âme, et sachant que Dieu se montre justicier ^n toutes choses. Son Verbe est son oail, et rien a'^t caché à son Verbe de ce qui se fait dans le monde. Ainsi veillant toujours dân>: notre cœur et vivant sagement, imitons Susanne. »
Le Christ nous voit, le Christ nous jugera : tels sont les deux oracles qui sortaient pour les fidèles des deux murs latéraux du sanctuaire de T église de Priscille et ne cessaient d*y retentir. A gauche est le Christ qui vient pour le jugement ; à droite est Daniel qui, poussé par TEsprit du Christ, instruit et rend le jugement^ montrant « Talige de Dieu » qui accourt « avec son glaive » pour l'exécuter. Daniel, c'est le Jugement de Dieu. Ici donc on entend les paroles avec lesquelles saint Paul conclut son discours à TÂréopage, ces paroles qtii bouleversèrent toutes les âmes et conquirent au Christ Denys rÂréopagite,Damaris, illustre femme, et d'autres : « Dieu » annonce maintenant aux hommes que tous en tous lieux fassent » pénitence, parce qu'il a fixé un jour auquel il doit juger le globe » dans l'équité par l'Homme qu'il a établi juge, comme il en a fait foi » à tous en le ressuscitant d'entre les morts. \ » On voit enfin au sanctuaire de cette église souterraine, ce tableau du Jugement qui doit occuper la façade de toutes nos cathédrales après l'an mil, et le fond de la chapelle papale au Vatican^ avec la signature de Michel- Ange. Le plus ancien Jugement dernier produit par l'art chrétien
* Act., IVU, 30, 31.
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se reconnaît, sous un voile facilement transparent, à la cappella greca,
A cette interprétation si spontanée, si concordante en toutes ses parties, si motivée par nombre de traits caractéristiques, des deux grandes fresques de la chapelle, on ne peut faire que deux objections. La pfemiè^ est celle-ci : Les deux personnages en qui nous avons m les vieillards de l'Écriture ne paraissent point tels : leurs figures sont celles de jeunes hommes en qui on a pu reconnaîtra les fils de sainte Félicité couronnant leur mère ou des anges couronnant une martyre. Cette objection tombe devant trois réponses.
Leff signes de la jeunesse ne sont point si expressément accusés sur les traits des deux personnages qu'ils n'aient pu être pris par M. l'abbé Martigny pour « Dieu le Père et Dieu le. Fils » couronnant « un martyr ; » et l'un des deux a bien plutôt sur le premier tableau les traits d'un âge avancé.
En second lieu, c'est assez Pusage des peintres grecs, auxquels il faut associer celui ou ceux de la cappella greca, de rajeunir leurs personnages. Des peintures du cimetière de Prétextât qui sont, bien qu'un peu moins, de celte éeole^ nous offrent^ dans la scène de rHéoiorl^holsse, les deux Apôtres aooompagnant le Christ sous des traâté qu'on n'durait pasr soupçonnés devoir être les leurs. Us sont imberbas' et sémbieùt adolescents^ tandià que, partout ailleurs, ils portent la l)&rbB«auprès du Christ qui^ ressuscité, joàit: seul du pri-^ vilége de réteraelle jeunesse:
BuftOr îl' ^^ ftLUt'pasi oublier que lès vieillards^ de Pfalitoire de SusèmDÀ>n6 sont point des vielUaM^ dans la décrépitude de l'âge; Leurs pas^ioms^ tiennent trop,< e^n vérité, de la jeunes^e^. La beauté le» séduisait partout) où leurs^ yeux^ lar rencontmiënt^ et la ooncupisoenoe boasAeversàit leur cœur : SpeoieB deeepit te et cùnvupis- 6èntiw i^thDêrHtcop tuumi Sic fadebatis /iiiûàuê Israël, dit Daniel à Pun d'eux. Ce sont peut-être ces passions violentes, en face de la vartû inaltévâb^ de Susanne, que le peintre a voulu ihieux accuser par œs'âgured de débauchés^où la* vieillesse n'a point encore marqué sestrae^s ou les a habilement dissimulées^ Les'jugesj d'ail- Imirs^ étaient pris au' sein du peuple, dansla classe detthonaane» en qui paraissait résider la sagesse des vieillards, qu'ils en eussent l'âge ou non. L'Ecriture dit expressément que ce n'est point aux
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années qu^il faut regarder pour trouver « une vieillesse véuéral^le » et « que les sages pensées de Thomme sont ses cheveux blancs, et c( sa vie immaculée son titre de vieillesse : Senecttisenimveneraliiiis « est non diutuma, neque annorum mêmero .computata : çaniautem « suni sensus hominis et œtas >$enectutis vita mmaculata ^ C'est ainsi qu*on appelle, dans TEglise, prêtres, c^est-à-dire « vieillards, ifp«rôurépoi, senioresj tous les hommes, même jeunes, .déeorés du sacerdoce *, et, dans le siècle, sénateurs, c'est-à-dire « vieillards » encore, des hommes souvent peu avancés len Age. Aussi, dans la Bible, le vrai nom des deux tentateurs et accusateurs de Susanne, ce n'est point « les vieillards » ou « les anciens » simplement « (ot TCpi<T^uT€poi) mais « les anciens du peuple (iictattuaev oôtoîc ii avvoiifû^ « â; ^p£(T6uTspoi(r twi Xotou) » '. Des sarcophages du cimetière du Yatican^ nous présenteront, d'ailleurs, les vieillards de l'histoire de Susanne avec des traits qui ne sont point précisément de la vieillesse et qui, une fois, paraissent tenir à la jeunesse d'assez près *. Rien ne s'oppose donc à ce que ces deux personnages de nos fresques soient ceux de cette histoire.
Leur figure même peut être un trait historique de plus. Intrigants autant qu'infâmes^ ces effrénés luxurieux jouaient, panni les passions de la jeunesse, les mœurs graves de la vieillesse poUr capter les suffrages du peuple. C'étaient des imposteurs d'austérité et de sainteté, des Tartuffe comme les célèbres originaux que la secte janséniste doit fournir à l'immortelle copie du prince des comiques. En prêtant des charmes juvénils à ces scélérats, on dirait que les fresques de la cappella greca aient voulu démasquer à fond leur noirceur, signaler leur fascination à la fois physique, doctorale et religieuse, si redoutable à la multitude et aux femmes, et dire le dernier mot sur ces faux prophètes tant abhorrés des chrétiens et
» Sap., IV, 8, 9.
* c Scribes ergo duos Ubellos et mittes unum démenti et unum Ghn^tœ... taau* tem leges in bac civitate cum senioribus qui praesunt Ecclesiâe (toIç irpsaSur^tç TTÎ; 'ExxXijaCaç, écrit Hermas à Rome, vers Tan 92. » (Pasior, 1. 1, vis. II, cap. IV.) Assurément tous les seniores de TEglise romaine n'étaient point des vieillards.
«Dan., Xm,41.
* Aringhi, 1. 1, p. 305, 309, 315.
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des païens mêmes sous les noms de sophistes, de pharisiens et de gnostiques. Leur signalement, donné avec tant de soin par saint Pierre, saint Paul, saint Jean^ saint Jude, sera utile jusqu'à la fin des sièdes. Il Test trop de nos jours !
Mais, dit-on, les figures des deux hommes ne se ressemblent pas dans les deux tableaux : autres sont-ils s' avançant vers TOrante, autres mettant la main sur sa tête. L*Orante elle-même a des traits divers d'un tableau à l'autre et jusque sur le même tableau. Ce n'est donc pas ici l'histoire suivie de Susanne et des vieillards. La réponse à cette seconde objection n'est point difficile.
Les monuments chrétiens nous offrent à chaque instant des diversités de figure pour le même personnage, à moins qu'il n'ait un type consacré conmie saint Pierre ou saint Paul à Rome ; et la plupart des interprètes n'ont pas hésité à voir la même personne, quelle qu'elle soit^ dans l'Orante aux traits trois fois divers de la cappella greca. Mais il peut y avoir une autre raison de ces différences.
Tout semble nous indiquer que ce n'est pas le même artiste qui a peint les deux tableaux. Sur un double champ parfaitement libre la même Orante a différentes grandeurs. Elle mesure 69 centimètres sur le premier tableau^ 59 sur le second. La fresque là, pleine de brusques fiertés^ est moins soignée et ne manque pas d'incorrection. Ici, tempérant la force par le moelleux et la grâce, elle est d'un fini parfait. Ainsi, du moins, en ont jugé, sur place et devant nous, des connaisseurs familiers avec les catacombes. Chaque peintre a donc fait à sa manière et à son aise sa partie de l'histoire de Susanne; et l'un ne s'est pas inquiété de copier les traits de l'autre. Le même n'a point attaché d'importance à garder l'exacte identité des figures. Les deux Orantesdu second tableau, où chacun reconnaît la même, ne sont pas d'une ressemblance frappante. Ainsi, les deux tableaux seraient du même peintre que l'objection ne serait point fondée. Mais, encore une fois, s'il y a diverses figures, il parait bien que c'est parce qu'il y a diverses mains.
Avant de nous séparer de Susanne, qui nous a tant et si justement occupés, nous avons à signaler l'importance capitale des peintures de la cappella greca au point de vue de la critique biblique.
On lit dans saint Hippolyte :
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c Et les deux vieillards la considéraient. Les princes des Juifs veulent maintenant retrancher cela du Livre (de Ja Bible), disant que rien de pareil n'a eu lieu à Cabylone ; car ils rougissent du forfait commis en ce temps par les vieillards ^ »
Josëphe, rhistorien juif, contemporain de nos peintures, ne dit mot, en effet, de Susanne, non plus que de Thistoire de Bel et du Dragon. Joseph ben Gorion, autre historien juif, du IX* siècle^ au plus tard, qui mentionne Thistoire de Bel et du Dragon, omet celle de Susanne. David Ganz, chronologiste juif de Prague, écrivant en 1592, dit : « L'histoire de Susanne, fille d'Helcias, telle qu'elle est « consignée dans le livre de Susanne, est reçue de tradition par les « chrétiens^ mais non par nous. » Il observe cependant qu* Abraham Sacut « rapporte une partie de cette histoire dans le livre Juchasm,» livre généalogique édité à Cracovie en 1581 *. Cette exception même prouve combien Texclusion que font les Juifs du livre de Susanne est systématique. Luther, les protestants, les rationalistes, ont été fidèles sur ce point, comme sur tant d'autres, à la trace des Juifs. Eh bien ! voilà l'histoire de Susanne peinte dès le premier siècle ou le commencement du second, dans un des plus illustres cimetières de Rome, celui de la famille des Pudens, qui accueillirent saint Pierre, et plus ou moins sous les yeux et la direction des Pontifes romains. Ce sujet est en compagnie, nous l'avons vu et nous Talions voir, des scènes authentiques de l'Ancien et du Nouveau- Testament ; il va de pair avec elle ; il les prime même toutes par son importance comme tableau et comme étendue de symbolisme. Qui ne voit que l'histoire de Susanne était considérée à Rome, dès les temps apostoliques^ comme faisant partie des Saintes-Ecritures ?
Nous entrevoyons en même temps, aux détails fixés par le pinceau, que le texte grec de l'histoire de Susanne en faveur à Rome n'était point celui abrégé des Septante, mais le texte intégral qui nous viendra du juif Théodotion, à la fin du second siècle^ et que saint Hippolyte a commenté à Rome au commencement du troisième. C'est là, non âans les Septante, qu'on trouve, accourant de la maison de Susanne, au cri qu'elle pousse dans le jardin, ces gens
< In Susa»., ▼. 8.
' Chronologia a mundi conditu ad annum Christi 1592 dicta Gertnen Davidis. Logd., Batav., 1644, in-4% p. 17t.
104 LA CAPPELLA GRECA
que le peintre a remplacés par le Christ, en faisant de la maison le ciel. L'Eglise a adopté dans la Bible grecque la traduction de Daniel par Théodotion, et saint Jérôme nous Fa transmise dans la Yulgate latine. L'adoption, nos peintures en donnent certain indice, a commencé en principe à Rome dès Torigine de TÉglise, en même temps que la réception au canon des Écritures de Thistoire de Susanne. L'influence des Juifs, dont nos peintures donnent des preuves si frappantes, expliqua bien cette adoption. Ils lisaient le texte hébreu ou araméen, sur lequel Théodotion fera sa traduction, destinée à remplacer et même à faire oublier celle des Septante.
Et que Luther et ses disciples viennent contester aussi l'authenticité de l'Apocalypse I En voici plus d'une citation peinte sur les murs d'une église apostolique, et dans les temps voisins des Apôtres.