‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella greca du cimetière apostolique de PriscilleChapitre 24 sur 99 · LE BON PASTEUR RASSEMBLANT SC;S BRERIS · texte numérisé non relu

LE BON PASTEUR RASSEMBLANT SC;S BRERIS

Les Livres saints nous présentent le Bon Pasteur dans trois scènes principales : il rassemble ses brebis errantes, il rapporte sa brebis égarée, il pait ses brebis. La première scène abonde dans TAncien et le Nouveau Testament ; la seconde est particulière au Nouveau où elle se rencontre deux fois ; la troisièpie est commune aux deux^ mais elle a des développements singuliers dans FÉvangile de S. Jean.

C'est à la sortie d'Egypte que Dieu apparaît pour la première fois en Pasteur. Asaph lui chante par trois fois : Vous avez conduitvotre peuple comme un troupeau par la main de Moïse et d'Aaron *... —

Il a frappé tous les premiers-nés dans la terre d'Egypte Ha fait

sortir comme des brebis son peuple et l'a conduit comme un troupeau dans le désert : il les a conduits dans l'espérance ; ils n'ont pas eu peur et la mer a couvert leurs ennemis *... — Pasteur d'Israël, prête l'oreille, toi qui conduis comme des brebis Joseph, toi qui siège sur les Chérubins, manifeste-toi devant Ephraîm, Benjamin et Manasse : éveille ta puissance et viens nous sauver *. Dieu, Pasteur, était représenté par Moïse avec sa verge : Moïse pasteur hier des brebis de Jethro, et qui, trois siècles avant Agamemnon, va être ce « pasteur des peuples » chanté par Homère \ Avant de mourir, Moïse demandera avec instance à Dieu un remplaçant dans ses fonctions de Pasteur dTsraêl : Que Jéhovah, le Dieu des esprits pour toute chair, établisse un homme sur Rassemblée, qui sorte devant eux et rentre

> Planche YUI.

» Ps. LXXVÏ, 21.

* Ps. LXXVn, 51-58.

* Ps. LXXIX, 2, 3. Hébreu.

* Uàiyiiyfa lam. II., II, v. 243.

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devant eux, et gui les fasse sortir et rentrer, et que l'assemblée de Jéhovah ne soit pas comme des brebis qui n'ont point de pasteur^ ! Et Dieu donne pour nouveau Pasteur à son peuple Josué, qui porte le nom de Jésus, le vrai Moïse à venir.

Dieu, cependant, reste le Pasteur en titre d'Israël : Moïse ou Josué ne sont que ses vicaires. C'est à lui que David, toujours persécuté et toujotws délivré-, adressera Thymne ravissant de foi et de charme qui conunence ainsi Jéhovah est mon Pasteur, je ne manquerai de rien : il me fera reposer dans des parcs herbeux, il me conduira vers des eaux tranquilles... Même quand f irais dans la vallée de l'ombre de la mort, je 7ie craindrais aucun mal, car vous, vous êtes avec moi : votre verge, voire houlette, c'est là ce qui me console *.

Vienne une nouvelle captivité d'Egypte, celle de Babylone, Dieu sauvera son peuple, comme un berger plein de cœur sauve ses brebis. Voici, dans Isaïe, chantre incomparable de cette délivrance, un petit tableau que nous allons voir, traduit a côté de la cappella greca, et à sa date même, sur les parois du cimetière de Priscille : nous le donnons dans les trois textes sémitiques, plus ou moins en usage à Forigine chez les juifs de Rome, et dans celui des Septante consacré alors par T Eglise :

Hébreu, Comme un pasteur, il pattra son troupeau, il rassemblera les agneaux •nr son bras et les portera sur son sein : il sera le conducteur des brebis qui viennent d'être mères.

Chaldéen, Il sera comme un pasteur paissant son troupeau, rassemblant les agneaux sur son bras, les portant tendres encore sur son sein : il mène doucement les brebis qui viennent dV^tre mères.

Syriaque. Comme un pasteur qui paît son troupeau et rassemble les agneaux sur son bras et les porte sur son sein : celles qui allaitent, il les nourrit.

Septante. Gomme un pasteur il paîtra son troupeau, et de son bras il groupera les agneaux et il consolera les brebis qui sont pleines '.

Jérémie peint le retour de Babylone sous les mêmes images. Tonnant contre les mauvais pasteurs, prêtres ou rois d'Israël, il fait entendre ainsi la voix de Dieu : O pasteurs qui avez perdu et

« Num., XXVII, 16, 17.

« Ps. XXU, 1, 2, 4. M8.,XL,11.

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dispersé les brebis de mes pâturages.... Je tirerai sur vous vengeance de vos abominables machinations.... et je leur susciterai des pasteurs qui les paîtront.... je susciterai à David un Orient juste, et le Roi régnera, et il aura l'intelligence et il exercera le jugement et la justice sur la terre *.

Ainsi fait Ezéchiel dans un grand tableau dont voici les traits essentiels :

c Voici ce que dit le Seigneur Dieu : comme un pasteur recherche son troupeau au jour où robscurité et la nuée viennent parmi les brebis dispersées, ainsi je rechercherai mes brebis et je les retirerai de tous les lieux où elles avaient été dispersées au jour de la nuée et de l'obscurité. Je les tirerai du milieu des nations, je les rassemblerai des régions diverses, je les conduirai dans leur terre, je les pattrai sur les montagnes d'Israël et dans les vallées et dans les parties habitables de la terre.. .. Ce qui était perdu, je le rechercherai : ce qui était égaré, je le ramènerai ; ce qui était fi*actnré, je le banderai ; ce qui était défaillant, je le fortifierai ; ce qui était fort, je le garderai ; et je paîtrai ces brebis avec jugement.... et je sauverai mes brebis.... et je susciterai sur eux un pasteur qui los paîtra, mon serviteur David. Et il sera leur pasteur et moi^ le Seigneur, je serai leur Dieu : David sera le prince au milieu d'eux. Moi, le Seigneur, j'ai parlé '. >

Ce Bon Pasteur de Moïse, du Psalmiste et des Prophètes se retrouve partout dans FÉvangile. Le voici dans S. Matthieu :

c Et Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages, enseignant dans les synagogues des Juifs, prêchant TEvanglle (la bonne nouvelle) du Royaume (de Dieu) et guérissant toute maladie et toute infirmité. Et voyant ces troupes de gens, il en eut compassion parce qu'ils étaient accablés de maux et jetés çà et là, comme des brebis sans pasteur '. »

Et dans S. Marc, quand le Christ arrive au désert où il doit nourrir cinq mille hommes avec cinq pains et deux poissons :

Et débarquant, il vit une grande multitude et il eut compassion d'eux, car ils étaient comme des brebis sans pasteur et il se mit à les instruire de beaucoup de choses ^ .

< Jer., XXIII, 1-5. Septante.

< Ezech., XXXIV, 11-24. Septante.

» Matth., IX, 35, 36.

* Marc, VI, 34.

LA CAPPELLA GRECA 205

Allez plutôt aux brebis qui ont péri de la maison d'Israël, disait le Christ à ses Apôtres ^...je n'ai été envoyé qu'aux brebis qui ont péri de la maison d'Israël^, Au moment de sa Passion, il leur dira encore : Vous serez tous scandalisés à mon sujet, cette nuit, car il est écrit : Je frapperai le Pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées \ Le Christ, en un mot, c'est le Bon Pasteur des saints Oracles, qui rassemble les brebis dispersées d'Israël et vient leur réunir celles plus dispersées encore des Gentils, pour qu'il n'y ait qu'un bercail et qu'un Pasteur. Jésus devait mourir pour la nation (des Juifs) , dit S. Jean, et non pas seulement pour cette nation, mais pour qu'il rassemblât aussi dans tunité les enfants de Dieu qui étaient dispersés *. C'est le Bon Pasteur qui a fait et si bien justifié cette déclaration : Je suis le bon Pasteur. . . le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis, . . je suis le bon Pasteur et je connais mes brebis et mes brebis me connaissent'^ ; c'est le Bon Pasteur, dont le Vicaire, Pierre, a écrit aux Juifs et aux Gentils : Vous étiez comme des brebis errantes : mais vous êtes retournés maintenant au Pasteur et à PEvêque de vos âmes^.

J'omets les textes des Pères concordant avec les passages si nombreux et si éclatants de l'Écriture. Qu'il suffise de rappeler ces mots des Constitutions apostoliques^ dans les avis adressés à l'évèque auquel est offert en exemple le bon Pasteur d'Isaïe : « Etant donc le « médecin de l'Église du Seigneur... rends à l'Église des membres « sains et saufs : pais le troupeau, non impérieusement et en te « jouant comme un tyran, mais comme un pasteur plein de bé- « nignité, rassemblant dans son sein les agneaux et réconfortant M celles qui ont des agneaiujc dans leur sein\ »

Telle est si je ne me trompe, l'idée primitive, trop peu remarquée, du Bon Pasteur des Catacombes. Elle est expliquée avec tout l'ensemble de ses traits dans une chambre contemporaine et voisine de

« Mattb., X, 16.

* Matth., XV, 24.

• Matth., XXYI, 3i.

♦ Joan., XI, bi, 52.

• Joan., X, 11, 14.

•IPet.,U.5.

' n CansHt, Apost., XX.

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la cappella greca, où est la plus ancienne image connue de la Vierge. C'est là qu'est aussi peut-être lé^lus ancien Bon Pasteur.

Un arc surbaissé, coupé à gauche par un mur droit, mais retombant vis-à-vis en courbe, s'avance au-dessus d'un loculus très-haut, sous lequel plusieurs loculi s'étagent. Il semble à la fois honorer et protéger ces tombes. A droite, dans la courbure verticale de Tare, et comme dans un coin de grotte, apparaît la Vierge allaitant son Fils. Devailt elle un prophète, le rouleau de ses prophéties à la main, montre au ciel une étoile à huit branches qui est un peu audevant de la tête de l'Enfant. Est-ce Isaîe annonçant l'enfantement de la Vierge et l'illumination de Jérusalem ? Je croirais plutôt que c'est Michée, cité comme Isaïe par S. Matthieu, dans son récit de la naissance du Christ. C'est Hichée qui a chanté Bethléhem oâ Marie d non-seulement enfanté, maïs encore allaité le Sauveur, et proféré l'oracle déjà allégué, qui répond si parfaitement à cette scène et à deux autres, que nous allons voir, de là magnifique et profonde composition :

c Et toi, Bethléem, maison d'Ephrata, tu es trop petite pour former un corps de mille hommes en Juda. De toi cependant me sortira celui qui doit être le Prince disraël ; et sa sortie est du comraencement,de8 jours de rétemité. C'est pourquoi il (Dieu) les livrera jusqu'au temps de Celle qui enfante : elle enfantera, et les restes de leurs frères reviendront aux fils dlsraél . Et le Sëi^eur' se tiendra debout, et il verra, et il pattra son troupeau dans la force ; et ils se glorifieront du nom de leur Dieu, et ils seront ainsi proclamés grands jusqu'aux extrémités de la terre. Et ce sera la paix ^ »

L'étoîle radieuse est celle du Prince â^ Israël — du Dominateur en Israël, comme dit bien S. Jérôme, d'après lé texte original. Les païens mettaient souvent une étoile sur la tête de leurs dieux ou auprès d'eux, pour marquer leur divinité. L'idolâtrie avait commencé par le culte des astres, comme étant des dieux ; et, en s'étendant aux hommes, elle les avait plus ou moins identifiés aux astres. Apollon, Diane, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne étaient sept dieux présidant aux jours de la semaine, et c'étaient sept planètes régnant au ciel par leur éclat. Neptune, Cérès, Castor et Pollux, la Fortune et le dieu persan Mithras apparaissent également avec leur

» Mich., V, 2-4.

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LA CAP^ELtA GttECA 207

éloîl'ë V Isaïe a'ppelle le roi de Babylone Lucifer, nom qu'il avait probablement usurpé*. Ovide change César en comète : Stella micat ^ Un faux Messie, opposé par les Juifs au vrai, s'appellera Barchochebah, ou lé fils dk l'étoile. Insolente iimagination que n'a pu faire tomber le christianisme ! Les grands hommes, et combien de petits àe traitent de grands I ont prétendu voir leur étoile dans le ciel, réglant leur destinée sur la terre. On connaît les étoiles des deux Napoléon, trop vrais et trop sinistres météores. En réalité, un seul homme a eu son étoile au cieï, c'feàt' le Dieu fait homme : « Enfant, « dont son étoile n'a point été le destin, mais qui a été le destin de « son étoile, en apparaissant au monde : non Stella fatum pueri, « sed fatum stellm is quis apparuit, puer fuit, » dit S. Grégoîrele-Grand *.

Balaam Tàvait chante dans un oracle dont l'écho, après quinze siècles, se retrouvait vivant, chez lès Mages, en Orient, éhez Tacite et Suétone, en Occident :

Je le vois, et ce n'est pas maintenant. Je le contemple, et il n'est pas près, il est sorti de Jacob une Etoile, £t ii s'est élevé un Sceptre dlsraôl, Et il a fVappé les diefs de Mbab, Btiil a déiÉtiit'totisiës ertfants de Se4li: Et Edotn sera la possession.

Et Seîr, la possession de ses ennemis : Et Israël se montrera fort *.

Ouest le nouveau-né, Roi des Juifk, car nous avons vu son étoile en Orient, dîroiit les Mages arrivant' ai Jérusaleln ; et ce Roi des Icdfs, qui doit l'êttie de Tunivers, n'est pas moins Tobjet de la préoccupatiott publique à Rome qu'en Babylbnie. Du haut du ciel où a brillé son étbilè", le Christ déclaré expressément, ailrès avoir réglé les destinées du âitfïide jiisqli'à la fin dei^ siècles et au-delà, qtlHl

> Mont&ucon, L'antiquité expliquée, 1. 1, 1719, et 1. 1. SupiAémeiït, 1724. « Is., XIV, 12.

• Mèîàmotph., XV, r. 850.

• Num., XXIV, 17-19. Hébreu.

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est cette étoile même, dont le synonyme est un sceptre : Je suis le Rejeton et la lignée de David, l'Étoile splendide et matutinale \

Et c'est pourquoi le peintre, traduisant Michée, devait mettre sur la tête du Prince d'Israël, cette étoile splendide que nous y voyons au cubiculum voisin de la cappella greca,

Devapt ce groupe qui apparaît sur le mur de côté, se dessine, sur le mur de face, une figure de grande taille. Elle fait, à droite de la tombe, un geste de commandement à un groupe de trois personnes qui est à gauche, formant un tout visible avec lui. Ces trois personnes sont une femme voilée, un homme levant les mains au ciel, et un enfant, dont on ne voit plus la partie supérieure du corps, lequel était, sans doute, pareillement orante. On trouve ainsi dans une des chambres des sacrements ', Abraham et le petit Isaac rendant grâces, à côté du bélier qui vient s'offrir pour victime. Ici, il ne peut être question d'eux. Un arcosolium du cimetière de Domitille nous met sur la voie de l'intelligence du groupe resté mystérieux jusqu'à présent, et du non moins mystérieux personnage qui est en rapport avec ce groupe.

Cet arcosolium offre trois sujets, sur quatre principaux qui le décorent, dont le parallélisme est manifeste avec les trois de notre monument : le groupe des trois personnes, la Vierge et l'Enfant- Dieu, le Bon Pasteur. Or voici dans quelle situation est le groupe du cimetière de Domitille, et la clef qui parait en ressortir. Il est dans la lunette de l' arcosolium. A gauche, dans le bas de la voûte, sont les trois Hébreux qui refusent d'adorer la statue de Nabuchodonosor ; à droite, ris-à-vis, est l'adoration des Mages. La femme indique du geste le côté du premier groupe ; l'homme, qui est au milieu, indique le second ; l'enfant bénit Dieu. Je ne vois pas d'autre interprétation possible à ces trois scènes manifestement liées ensemble que celleci : la nation juive, représentée par les trois éléments de la famille, selon une manière de parler déjà familière à Moïse ', fuit Babylone

» Apoc, XXII, 16.

• Roma sott, t II, tav. XVI.

£.' Interfectis habitatoribus earum {urbium), viris ac mulieribus etparvulis, non reliqmmus in eis quidquam. Deut., II, 34. — Disperdentes onmem civitatem, virosque ac mulieres et parvulos. Deut.^ m, 6.

LA CAPPELLA 6RECA 209

et prend le chemin de Jérusalem, où Tattend le Messie, qui doit naître à ses portes, à Bethléem, et y recevoir, en la personne des Mages, les prémices d'un empire éternel. Au centre de la voûte est le Bon Pasteur, portant sa douce pécore : il est précisément à cette place sur le monument que nous étudions. Il s'agit donc également ici des captifs libérés de Babylone, allant à Jérusalem, où le Messie de Bethléem leur sera donné. Et alors quel est le grand personnage qui leur annonce d'autorité leur liberté ? N'est-ce pas évidemment le Christ ? L'attitude et le geste du personnage sont ceux du Christ venant abattre les flammes des trois Hébreux à la cappella greca. Si ce n'était pas le Christ, ce serait un prophète. Mais il y a plus qu'un prophète ici. Je reconnais Dieu lui-même, dont le bras fort, le bras étendu opère, dans les prophètes, un Isaïe, un Jérémie, pour ne citer que ces grands évangélistes du retour de la captivité, la rédemption de son peuple. Dieu parle ainsi à Isaïe :

c Dis aux cités de Juda : voici votre Dieu, voici le Seigneur. Le Seigneur vient avec force et son bras avec domination. Voici que le salaire est avec lui et l'œu» vre devant lui. Comme un pasteur, il paitra son troupeau et de son bras il groupera les agneaux et il consolera les brebis qui sont pleines '. >

Quant à Jérémie qui, après ses lamentations sur Jérusalem, a compté d'avance les années de la captivité et marqué au cadran l'heure de la délivrance, voici un de ses textes, dont notre fresque semble l'interprétation encore plus immédiate que de celui d'Isaîe :

a Parole du Seigneur, dite par lui sur Babylone.

Annoncez ceci parmi les nations et faites-le entendre et ne le cachez pas. Dites : Elle est prise Babylone, Bel est confondu, Tintrépide, la délicate Merodach est livrée à l'ennemi '... Mn ces jours-là et en ce temps, les ûls d'Israël viendront et les fils de Juda tous ensemble ; ils iront marchant et pleurant et cherchant le Seigneur leur Dieu. Ils demanderont le chemin vers Sion ; ils tourneront là leur face et ils viendront et ils se réfugieront auprès du Seigneur leur Dieu .' car l'alliance étemelle ne sera point oubliée . Des brebis perdues, voilà ce qu'est devenu mon peuple ; leurs pasteurs les ont poussés dehors^ ils les ont fait errer sur les montagnes ; de la montagne ils sont allés sur la colline : ils ont oublié leur lieu de repos. Tous ceux qui les trouvaient les anéantissaient. Leurs ennemis ont dit : ne les laissons point aller, car ils ont péché contre le Seigneur : c'est la part de

• Is., XL, 9-11. Septante.

' La divinité de Merodach, roi de Babylone, adorée par les Babyloniens.

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justice due à celui qui avait recueilli leurs pèrea — Sortez du milieu de Babylone et de la terre des Chaldéens, éloignez-vous-en et soyez comme des dragons en face des brebis... Voix de ceux qui fuient et de ceux qui se sont sauvés de la terre de Babylone, pour annoncer à Sion la vengeance qu'a tirée le Seigneur notre Dieu !... Et celui qui les a rachetés, c'est le Fort: le Seigneur Tout-Puissant est son nom. . Fuyez du milieu de Babylone et sauvez chacun votre âme et ne succombez pas dans son iniquité, car c'est le temps de la vengeance du Seigneur sur elle : luimême lui rétribuera sa rétribution. C'est une coupe d'or, Babylone, dans la main du Seigneur, enivrant toute la terre : de son vin ont bu les nations et elles ont chancelé. Et tout à coup elle est tombée, Babylone, et elle s'est brisée . . Le Seigneur a rendu son jugement. Venez et annonçons dans Sioii les œuvres du Seigneur, notre Dieu *. •

Jérémie s'écrie encore, en montrant Dieu, c'est-à-dire son Verbe, comme le véritable auteur et agent du retour de la captivité :

t Voici que des jours viennent, dit le Seigneur, où on ne dira plus : Vive le Seigneur qui a fait remonter les ûls d'Israël de la terre d'Egypte, mais : Vive le Seigneur, qui a fait remonter la maison dlsraël de la terre de Bosra et de tous les lieux où ils ont été expulsés. Et je les rétablirai dans leur terre, la terre que j'ai donnée à leurs pères '. »

Le disciple de Jérémie, Baruch, était le parfait écho de son maître quand il proférait à Babylone cet oracle dont la fresque du cimetière de Priscille semble porter aussi la trace :

a Lève-toi, Jérusalem, et monte sur la hauteur et promène ton regard à l'Orient, et vois tes fils rassemblés du coucher du soleil à son lever, par la parole du Saint, se réjouissant du souvenir que Dieu a eu d'eux... Les forêts et tout bois odoriférant ont ombragé Israël par l'ordre de Dieu, car le Dieu d'Israël le ramènera dans la joie, à la lumière de sa gloire, avec la miséricorde et la justice qui lui sont propres '• »

Une preuve frappante, péremptoire peut-être, que la prophétie de Jérémie, le hérault par excellence du retour de la captivité de Babylone, est celle que notre peintre a eue spécialement en vue, c'est ce groupe du père, de la mère et de l'enfant^ dont la formule est familière à Jérémie^ chez qui on la retrouve quatre fois ^ et à

* Septante, XXVII, 1, 2, 4-8, 28, 34; XXVIU, 6^, 10. - Vulgate, L, LI. « Jer.. XVI, 14, 15. Septante.

* Baruch., V, 5, 9. Septante.

* Jer., XL, 7; XLI, 16; XLUI, 6, 7; XUV, 7.

LA CAPPELLA 6RECA 21 i

qui elle appartient en propre. Elle se rencontre précisément dans un passage où il est question de Tordre donné, au nom de Dieu, par Jérémie aux restes d'Israël échappés au fer et aux chaînes des Chaldéens, de retourner sur le territoire de Jérusalem au lieu d*aller en Egypte. Et Johanan, dit le texte des Septante, et les chefs de l'armée et tout le peuple n'écoutèrent pas la voix du Seigneur, de demeurer dans la terre de Juda, Et Johanan^ et tous les chefs de l'armée prireyit tous ceux qui étaient restés de Juda^ qui étaient revenus dans la terre, les hommes puissants et les femmes e( les enfants ^eic. \

Zacharie, au retour de la captivité, peindra avec des couleurs exactement pareilles, l'achèvement de ce retour parle Messie, et le rappel^ non plus de quelques centaines de mille exilés, mais de tous les enfants de Dieu, tenus en captivité par tous les tyrans de l'univers, représentés par ces deux, qui sont passés en proverbe chez le peuple de Dieu, Assur et TÉgypte :

f Je leur ferai le signal du pasteur et je les recueillerai, car je les aurai rachetés : et ils se multiplieront, comme ils étaient nombreux jadis. Ec je les sèmerai parmi les peuples ; ceux qui sont loin se soutiendront de moi ; ils élèveront leurs enfants et ils reviendront. Et je les ramènerai de la terre d'Egypte, et je les recueillerai du milieu des Assyriens, et je les introduirai dans la terre de Galaad et dans le Liban, et pas un d'eux ne sera laissé. Et ils passeront le bras de mer, ils finapperont sur la mer et ses flots, et tous lesabymesdes fleuves seront desséchés, et toute l'insolence des Assyriens tombera et le sceptre de l'Egypte sera enlevé. Et je les réconforterai dans le Seigneur Dieu et ils se glorifieront en son nom, dit le Seigneur *. »

Tous ces textes si concordants [entre eux, pour des détails spéciaux, et si concordants, pour ces détails mêmes, avec notre fresque, me semblent lever tout doute sur son interprétation jusqu'ici problématique et plus ou moins désespérée. Nous avons, sur ce tableau, à côté du Christ enfant, le Christ, dans sa puissance ramenant d'un geste de son bras souverain, les captifs de Babylone, les hommes puissants et les femmes et les enfants ; et des-deux côtés d'une tombe, c'est l'image de notre rachat par le Christ de la captivité de la mort. Mais après la résurrection, vient la béatitude. Isaïe,

> Zach , X, 8-12. Septante.

« Sept., L, 4 6. Vulg., XUIl.

212 LA CAPPELLA GRBCA

Jérémie, Ézéchiel nous ont dépeint les captifs tirés de Fombre de la mort, sous Timage d'un troupeau rassemblé des lieux de perdition par le Pasteur divin et conduit par lui dans des lieux de délices, c'est-à-dire, en un mot, passant de leur enfer dans son paradis.

Aussi, au-dessus de la tombe que bordent le Cbrist Libérateur et la famille des libérés, dans Tare surbaissé qui lui fait comme un ciel, voici le Bon Pasteur, planant sur nos têtes et venant à nous, comme à travers la région éthérée. 11 est en bas-reliefs coloriés et d'une grandeur qui saisit. 11 s'avance, il court : sa tunique de berger, qui ne descend pas aux genoux, est enflée et arrondie au bord comme un cercle. Sur ssLpenula, casaque courte, sorte de pèlerine, couvrant la poitrine et formant capuchon sur la tête, qui caractérise aussi le berger, sur cette penula dont le bord flotte au vent, il tient de la main gauche un agneau qui tourne en haut vers lui sa gentille tête. De la main droite, aujourd'hui anéantie, il soulevait la penula et faisait le geste de l'orateur, s'exclamant à la course. Deux brebis en relief sont à ses côtés, levant amoureusement la tête vers sa tête. L'une a tant d'ardeur et de fixité qu'elle semble en vérité être la mère de l'agneau qui est en haut. Elle est effilée de corps et marche légèrement. Sa compagne est plus grosse et a ses quatre pieds à terre. Est-elle mère aussi et se recommande-t-elle à la charité du Pasteur? Deux cerisiers, -^ bel arbre apporté par Lucullus du Pont en Italie — aux feuilles approchant du laurier, aux petites pommes de pourpre, s'épanouissent des deux côtés du Pasteur, en s'inclinant vers lui et sur les brebis. Un laurier-rose nain fait un éventail charmant à côté de sa jambe et monte jusqu'au bord de sa tunique. Ces arbres sont peints, mais non sans quelques reliefs. Il ne peut y avoir de doute : c'est ici le tableau du retour de la captivité qu'ont chanté les Prophètes et auquel préside le Bon Pasteur. C'est ce Bon Pasteur dont Isaïe a dit dans sa langue : // rassemblera les açneauq; sur son bras et les portera sur son sein, il sera le conducteur des brebis qui viennent d'être mèreSy et dans la langue de l'Église chrétienne : De son bras il groupera les agneaux et il consolera les brebis qui sont pleines ; c'est le Bon Pasteur d' Isaïe qui va s'écrier lui-même : Je suis ton Dieu, qui te tiens par la main, qui te dis : Ne crains pas Jacob, petit Israël, je t'ai secouru, dit ton Dieu,

LA CAPPELLA GRBGA 213

Um Rédempteur, Israël M Et ce mot ton Rédempteur, votre Rédempteur, appliqué à Dieu ou dans sa bouche, n'est pas moins de huit fois en cette prophétie. Il me semble, pour moi, que Tattitude du Bon Pasteur sur notre fresque, son mouvement, son geste ont pour but de traduire, entre toutes les autres, ces paroles du prophète : Moiy je suis le Seigneur qui t'ai délivré et qui soutient les forces de Jaeob *, ou comme dit THébreu bien traduit par S. Jérôme : Ego Dominas (Jehovah) salvans te et Redemptor tuus, Fortis Israël,

Ou va le Bon Pasteur, avec son agneau et ses brebis, en sa course légère et triomphale ? Est-il besoin de le dire ? et, en voyant derrière lui Babylone, qui ne voit devant lui Jérusalem ? Le désert, que traverse ce nouveau Moïse et dont il fait un paradis, en estTimage, le vestibule. Jérusalem est au-delà : et, au-dessus de la Jérusalem terrestre qui sera déicide et réprouvée, resplendit cette Jérusalem nouvelle, cette Jérusalem céleste montrée par le Bon Pasteur à sa brebis bien-aimée, à Tapôtre S. Jean, comme descendant du ciel, du ciel de Tinllni, et venant de Dieu même '. Quand au sommet du fronton moderne de la basilique constantinienne du Sauveur, Saint- Jean-de-Latran, j'aperçois le Christ, appuyé sur sa croix, qui montre en face de lui, à l'extrémité d'un champ désert, Sainte-Croix en Jérusalem, je me rappelle le Bon Pasteur du cubiculum de la Vierge, au cimetière de Friscille, et son mouvement d'une ineffable sublimité.

Une autre image du Bon Pasteur était à côté de celle-là et lui faisait pendant sous la voûte de l'arc. Un fragment considérable du stuc tombé de la voûte, que j'ai remarqué à terre, le 23 avril 4871, présente des restes de feuillage peint, semblable au feuillage de la scène voisine, les jambes et le pied en relief d'un homme, et, en relief aussi, les traces d'une pécore tenue sur les épaules. Il y avait donc ici un second Bon Pasteur. M. de Rossi en a jugé ainsi devant moi, le 16 mai *. Le Bon Pasteur portait de ce côté une brebis sur les épaules comme de l'autre un agneau sur le bras et le sein gauche. Et c'est précisément ce qu'avait prédit Isaïe : Usera le con-

1 Is., XLI, 13, 14. Septante.

* Is., XUX, 26. Septante.

» Apoc., MI, 2.

^ li avait conjecturé, dans les Immagini scelte, qu'il y avait, à cette place, une Orante en rapport avec le Bon Pasteur.

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ducteur des brebis qui viennent d'être mères, ou comme on lit dans les Septante : il consolera les brebis qui sont pleines. Dans la marche du troupeau, il soulagera, en les portant, les brebis qui viennent de mettre ou qui vont mettre bas. Elles sont faibles comme des agneaux, et Tobjet spécial des soins paternels, je devrais dire maternels, du divin Pasteur. Le peintre a traduit le prophète avec une intelligence religieusement minutieuse et, sans doute, profondément attendrie. Cette répétition plastique ayant lieu sur des tombes, et FEden que le Bon Pasteur fait au désert pour son troupeau étant rimage du Paradis, c'est ici le symbole du transfert au ciel par le Christ, de tous les fidèles, adultes ou enfants, puissants du siècle ou pauvres, pasteurs de TÉglise ou simples auditeurs. Comme le Christ entra à Jérusalem monté sur Tânesse et Fanon, on le voit courir ici à la Jérusalem d'en-haût, portant une brebis sur ses épaules, un agneau sur son bras, en un mot, tout le divin troupeau.

Et cette brebis et cet agneau, portés par le Bon Pasteur, indiquent bien, comme Fânesse et Fanon qu'il a montés, FÉglise des juifs, la mère, et celle des gentils, la fille, qu'il a réunies en une seule Église et qu'il fait ainsi entrer au ciel à sa suite. On retrouvera maintes fois ce double Bon Pasteur portant deux pécores plus ou moins variées ou semblables, sur les sarcophages chrétiens *. Il rappelle la parole du Christ aux Juifs, qui est notre titre de salut et de noblesse à nous Gentils : Je suis le Bon Pasteur et je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Pèi^e me connaît et je connais moi aussi le Père : et je donne ma vie pour mes brebis. Et j'ai d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie : et il faut que je les rassemble aussi, et elles écouteront ma voix, et il y aura un seul bercail et un seul Pasteur '.

Telle est, ou je me trompe, l'idée primitive du Bon Pasteur des catacombes, celle fournie par tout l'ensemble des textes des Prophètes et de FÉvangile, celle qu'on trouve exprimée clairement dans une des plus anciennes images du Bon Pasteur, au cubiculum de la

' On le voit, par exemple, aux deux extrémités du devant d'un sarcophage orné de strigiles qui est au cimetière de Saint-Gallixte, contenant encore le corps d'un défunt, et devant lequel s'arrêtent tous les visiteurs.

» Joan., X. 14-16.

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Vierge, à côté de la cappella greca et au temps de ses premières peintures : le Christ rassemblant ses brebis et les ramenant de Babylone à Jérusalem, à travers le désert qu'il transforme en un paradis, ima^e et gage du paradis qui les attend au retour et qui sera finalement le ciel même.

L'idée du Bon Pasteur retrouvant sa brebis perdue, c'est à dire le pécheur faisant pénitence, est une idée secondaire détachée de cette idée générale du Bon Pasteur ramenant au bercail toutes les brebis de la dispersion soit des Juifs, soit des Gentils, pour en composer le troupeau de son Eglise. Cette idée secondaire, éclose dans TEvaugile, jouera le plus grand rôle dans Timage chrétienne du Bon Pasteur. Il faut nous en occuper maintenant ; car nous avons à nous demander quelle place elle a pu avoir, ainsi que la précédente, à la voûte de la cappella greca. Mais lî course est déjà longue et pourra l'être encore. Renvoyons la suite de ce noble sujet à un autre chapitre.

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