‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella greca du cimetière apostolique de PriscilleChapitre 23 sur 99 · LES SAISONS. — LE BON PASTEIIR · texte numérisé non relu

LES SAISONS. — LE BON PASTEIIR

Le Rédempteur d'Israël, qui doit le ramener de Babylone à Jérusalem, changer pour lui le désert en Eden, guérir les infirmes, ressusciter les morts, le Moïse incomparable, le Christ n'est point un homme, c'est un Dieu. Consolez, consolez mon peuple , dit Dieu, c'est son premier mot dans Isaïe. Après l'annonce de la transformation du désert, il dira encore : la gloire du Seigneur — terme équivalent à Jehovah, l'Eternel — apparaîtra, et toute chair verra le salut de Dieu, Il ajoutera enfin, pour achever d'écarter tout doute : Evartgéliste de Sion.., Evangéliste de Jérusalem,., dis aux cités de Juda : Voici votre Dieu, Voici le Seigneur, Le Seigneur vient avec la force, et son bras avec l'autorité. Voici que son salaire est avec lui et S07i oeuvre devant lui. Comme un pasteur il paîtra son troupeau et de son bras il groupera les agneaux et il consolera les brebis qui portent dans leur sein. Qui a mesuré de la main les eaux et le ciel de tempan et toute la terre du poing ? Qui a établi les montagnes avec la balance et les collines avec le fléau? Qui connaît l'Esprit du Sei-

gneur et qui a été son conseiller et lui a donné des leçons Elevez

en haut vos yeux et voyez ! Qui vous a donné en spectacle tout cela? Celui qui produit ce monde d'étoiles, en les comptaiit, qui les appelle toutes par leur nom, du sein de sa grande gloire, par la force de sa puissance, et à qui rien n'est caché ^, Le Rédempteur, c'est donc le Créateur ; l'auteur de la grâce, c'est l'auteur de la nature : ainsi l'a célébré le prophète, ainsi va le montrer le peintre de la cappella greca. Voici aux angles delà voûte de la chapelle les quatre Saisons, représentant la nature et la création : au centre, était, nous le verrons, leur auteur, celui de la rédemption et de la grâce, le Bon Pasteur.

» Planche VU, 3.

' l8., XL, 1-26. Sept.

LA CAPPELLA GKECA 191

Sur la ligne du paralytique, à l'angle, adouci en pendentif, du fond de la chapelle, est un buste gigantesque de femme. Il se penche à droite et se tourne vers le mur du fond. Un cercle léger, marqué de cinq traînées de fleurs l'encadre. La tête est circonscrite du nimbe^ irradiation de gloire dont les anciens entouraient la tête des êtres célestes apparaissant à la terre. La poitrine, à peine naissante, s'épanouit en courts ailerons de feuillage qu'on peut compter au nombre de six et finit en un bouquet'. Ce médaillon est d'une majesté et d'une élégance rare. Le personnage est facile à reconnaître. Il est couronné de fleurs et d'épis. Deux épis se dressent en haut; un troisième se détache de la figure. Les fleurs sont des bleuets ou autres fleurs bleues, rappelant le volubilis. C'est ici une des quatre Saisons qu'on rencontre maintes fois sur les monuments chrétiens : c'est l'Été.

' A l'angle opposé de la chapelle, au-dessus des vieillards mettant la main sur la tête de Susanne, on reconnaît encore un fragment du cercle fleuri qui encadrait une autre Saison. Toute trace des deux autres a disparu. Mais l'existence des quatre aux pendentifs de la voûte est certaine et ne sera pas contestée.

Au moment de nos peintures, deux poètes latins, suivant les Grecs, venaient de faire le portrait des quatre Saisons. L un est un inconnu, qui les a caractérisées dans ces quatre vers :

Carpit blanda suût Vvr almum dona rosetis; Torrida collectis exultai frugibus jEstas; Iiidicat Autumnum redimilus palmile vertex; Frigore pnllet Hyems, designans alite tempus.

t Le Printemps nourricier cueille sur des haies de rosier ses dons charmants ; l'Été brûlant prend ses ébats^ après avoir ramassé les grains ; sa tète, ceinte du bois de la vigne, indique l'Automne ; l'Hiver est pâle de froid et désigne le temps par son oiseau '. »

* fl II restait encore, dit le R. P. Garucci, parlant de ce qu'il a trouvé de décorations à la cappella greva, un morceau de la voûte, sur lequel était conservée une tète couronnée de fleurs peut-être, qui sortait du milieu de larges feuilles. » «» Planche VU, 3. Le diadème du cercle mesure 0"51^

• esté par Bartoli, Picturœ antiquœ. Romœ, 1740, p. 59, d's^rès Bellori, Le pitture antiche del sepolcro de^ Nasoni nella via Flaminia. Roma« 1680, p. 67. — L'oiseau indique la chasse qui se fait en hiver.

192 LA Cappella greca

L'autre est Ovide, dont les Métamorphoses sont une encyclopédie de la mythologie grecque. Voici ce que Phaëton aperçoit dans le palais de Phébus, le Soleil :

Purpureo velatus veste sedebat

In iolio Phœbus, Claris lucente smaragdis. A dextra lœvaque Diesy et Mensis, et Annus, Sceculaque, et positœ spatiis œqualibus Horœ, Vergue novum stabat cinctum florente corona ; Siabat nuda jEstas, et spicea séria gerebat ; Siabat et Autumnus calcatis sordibus uvis ; Et glacialis Hyems conos hirsuta capillos,

Inde loco médius

Sol

c Phébus, «ouvert d*un vêtement de pourpre, siégeait sur un trône brillant de claires émeraudes. A droite, à gauche, étaient les Jours, les Mois^ les Années, les Siècles et les Heures, placées à distances égales. Le Printemps nouveau était debout, ceint d'une couronne de fleurs ; debout était TÉté nu, portant des tresses d*épis ; debout l'Automne, barbouillée des raisins qu'elle a foulés, et l'Hiver glacial, aux cheveux blancs hérissés. Au milieu donc le Soleil, etc '. i

Stabat nuda JEstas^ et spicea serta gerebaf :

C'est bien la tète de TÉté à la cappella greca, où Ton ne s'étonnera pas de voir sa nudité classique évitée. La tête du Printemps était assurément caractérisée par sa couronne de fleurs. Celle de TAutomne était parée de raisins, sans ce barbouillage bachique dont parle Ovide. Celle de FHiver ne devait pas avoir « ces cheveux blancs « hérissés, » symbole de mort. Ailleurs, sur les monuments chrétiens, THiver est caractérisé par le laurier * ou Tolivier ', arbres toujours verts, ou par tm personnage ayant près de lui un brasier*, et tenant même un flambeau ^ symboles de la vie qui va renaître au printemps. Le laurier ou Folivier devait ceindre la tête de FHiver à la cappella greca.

Il est très-vraisemblable que TAutomne faisait vis-à-vis à TÉté des deux côtés de Tautel, une Saison portant les épis, d'où sort le

' II Uêtam., 27-31.

' Ciypte de S. Janvier au cimetière de Prétextât. Bulletino, 1863, p. 3.

' Minutius Félix, OctatHus, XVIL

^ Cimet. de Domitille. Aringhi, 1. 1, p. 531.

* Cimet. de Pontien. Ariagtai, 1. 1^ p. 389.

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pain du sacrifice eucharistique, l'autre les raisins d'où sort le vin. L'Été, à la cappella greca, regarde, penché vers le mur de l'autel, le mur qui est de l'autre côté, où une tète devait répondre à ses regards. Quelles peuvent être les deux sœurs liées ainsi d'un lien spécial, sinon celles qui représentent les fruits de la terre, le froment qui nourrit l'homme, le nectar de la vigne qui réjouit son cœur, image des deux éléments indissolubles du divin sacrifice ? Si cette hypothèse est vraie, et l'on inclinera à le croire, le Printemps sans doute, était du côté de l'Été, le paralytique refleurissant et déployant sa vigueur entre les deux ; et en face, l'Hiver faisait pendant à l'Automne, ayant au milieu peut-être Lazare rappelé de la mort à la vie. En toute hypothèse, l'Automne, coiuronnée de raisins, était à la cappella greca avec l'Été couronné d'épis ; et les deux symboles eucharistiques étaient portés en triomphe sur leurs têtes superbes, ceintes du nimbe céleste. Tout fidèle en les voyant autour de l'autel songeait à l'Eucharistie,

Les quatre Saisons semblent, d'ailleurs, aux quatre coins de la cappella greca, répondre à l'appel des trois Hébreux dans la fournaise, chantant derrière l'autel : Bénissez de toutes parts ^ œuvres du Seigneur, le Seigneur,,., Bénissez, feux et chaleurs de l'été, le Seigneur.,. Bénissez, glaces et neiges, le Seigneur : louez-le et exaltez le dans les siècles *. Elles tiennent lieu ici des quatre animaux mystiques de l'Apocalypse : l'homme, le Iron, le bceuf, l'aigle, représentant d'une autre manière la création. Ce dernier symbolisme était moins fait pour des païens nouvellement convertis que l'autre ; et sa représentation graphique pouvait paraître tenir de trop près aux images idolâtriques. On ne le trouve jamais aux catacombes durant les persécutions. A la paix de l'Église, il figurera toujours au front de l'abside et parfois à la façade des basiliques. Les quatre Animaux remplacent les quatre Saisons et chantent, autour du trône de Dieu et de l'Agneau, l'éternel cantique. Qui ne voit dès-lors que ce cantique est pareillement chanté à la cappella greca par les quatre Saisons, à la figure colossale et marquée de l'auréole ? Les six ailerons que présente l'Été seraient-ils une réminiscence intentionnelle des six ailes des séraphins d'Isale? Les têtes qui se regar-

» ï)an., m, 57, 66, 70.

494 LA CAPPELLA GRBCA

dent semblent du moins se renvoyer l'une à Tautre le trisa^ôû^ dti temple céleste : Saint, Sainte Saint, le Seigneur Dieu des armées : toute la terre est pleine de sa gloire *.

Mais les quatre Saisons ont un auteur, un chef, un modérateur. Regardez au-dessus d'elles : il est à la voûte du sanctuaire de la cappella greca. C'est le Principe et la Fin, c'est le Bon Pasteur que nous venons d'entrevoir dans Isaïe. A sa lumière nous comprendrons le symbolisme des Saisons, simple à première vue, et finalement sublime.

Elles-mêmes, tout d'abord, nous le montrent.

Les anciens plaçaient les Saisons autour d'Apollon, le dieu de là lumière, Phébus, ou autour de Pégase, le cheval ailé, autre personnification du soleil. C'est ce que prouvent les peintures de divers tombeaux, des lampes sépulcrales et la médaille de Gallien, faisant lire autour de l'image de Pégase : « SOLI CO^S{ervatori) AUG(w5/e), « au Soleil conservateur d'Auguste ; » et c'est ainsi qu'on voit Pégase au centre de la voûte du sépulcre des Nasous, dont les peintures sont rapportées au temps des premiers^ Antonins et ainsi postérieures de peu à celles de la cappella greca *. On plaçait encore les Saisons autoiu* de Bacchus ', dieu des conquêtes et de l'agriculture, que plusieurs pensent être Brahma, l'Etre Suprême des Indiens. Apollon, Pégase ou Bacchus, les quatre Saisons accompagnent les plus hautes représentations de la Divinité chez les païens ; et dans ces images fausses, bizares et trop peu saintes, il est facile de recoçinaître une ombre de la Sagesse étemelle des Juifs et du Verbe de Dieu des chrétiens.

C'est autour du Verbe incamé, sous sa figure aimable et préférée de Bon Pasteur, que les chrétiens grouperont les quatre Saisons. Ils présenteront la vérité des fables d'Apollon Soleil' ou Pasteur, de Pégase montant au ciel, de Bacchus parcourant la terre en vainqueiu'etlui donnant ses précieux aliments et ses mystiques ivresses. Le sarcophage d* Aurélia Agapetilla, servante de Dieu qui doft en

* Is,, VI, a.

* Bellori, Le pUiwre, aie», t«y. XXI.

' Montfaucon, L'antiquité expliquée, 1. 1, 719, pi. XLV^ tombeau découTert à Athènes ; pi. GLIII^ vase de la villa Justiniani à Rome. — Boldetti, Osserv<izioni sopra i cimiteri. Borna, 1720, p. 466.

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paix, osera nous offrir Bacchus lui-même, qui, le thyrse à la main et assisté des quatre Saisons, domine la Terre et TOcéan. Dans ce Bacchus, il est évident qu'il faut voir le Christ *. Mais cette hardie représentation ne s* est vue qu'une fois. Ce qui se rencontre assez souvent, c'est le Christ Bon Pasteur au milieu des quatre Saisons, n apparaît ainsi au cimetière de Domitille, sur une peinture du IV* siècle % et à celui de Pontien sur une autre qui n'est pas plus récente '. M. de Rossi conjecture avec vraisemblance que le Bon Pasteur était au centre d'un arcosolium de la. seconde moitié du IIP siècle du cimetière de Saint-Callixte,à un des quatre angles duquel est une tête « faisant probablement allusion aux Saisons *. » Il est au centre de l'arc principal d'une chambre du milieu de ce siècle au même cimetière ; et dans la chambre contiguè, éclairée par un même lucemaire, on voit aux côtés du lucemaire même les quatre Saisons. Il est ainsi, mais dans une chambre simple et non double, au cimetière de Prétextât, la chambre de S. Janvier, martyrisé l'an 162 ^ Un sarcophage du Musée de Latran offre sur sa face antérieure les quatre Saisons et le Bon Pasteur au milieu. Ce groupe du Christ et des quatre Saisons, est un des groupes classiques de l'antiquité chrétienne.

Il présente un sens obvie et naturel. Voilà manifestement le Fils de Dieu a par qui il a fait les siècles, dit S. Paul, et qui, étant la splendeur de sa gloire et la figure de sa substance et soutenant toutes choses par sa parole puissante-.,, est assis à la droite de la Majesté au haut des deux » ^ ; Voilà le Verbe, « par qui toutes choses ont été faites, » dit S. Jean' ; voilà la Sagesse, qui « permanente en ellemême, imiove toutes choses. . . atteint d'une extrémité à l'autre avec force, et dispose tout avec suavité, dit Salomon * : vous avez posé toutes les limites de la terre, vous avez formé l'été et l'hiver,

* Boldetti, p. 466. — Le sarcophage est du cimetière de Sainte-Agnès. « AriBfghi, 1. 1. p. 531.

» Aringhi, t I, p. 389.

* Roma sott, t. H, p. 268, ta?. XXIV, '6.

* Builetino, 1863, p. 3.

* Hebr., I, 2, 3.

' Joan., I, 3.

* Sap., Vn, 27; Vin. l.

196 LA CAPPELLA 6RECA

chante le Psalmiste *. C'estpourquoi Clément d'Alexandrie, célébrant « le très-saint Pasteur et Pédagogue, qui est omnipojtent et le Verbe « du Père S » lui adresse cette prière qui nous donne si bien la signification immédiate des quatre Saisons auprès du Bon Pasteur :

c A toi, conducteur des enfants, j^ofiTre moi aussi cette couronne que je t'ai tissée avec des paroles cueillies de la prairie pure où tu nous as accordé de paître... Bien que je sois petit parmi tes serviteurs, il faut que je te loue (eôXoYctv), grand Roi des mortels, distributeur des biens, chef des hommes vertueux^ Père qui as fondé toute» choses, qui seul as établi le ciel et le monde du ciel en rharmonisant avec ton Verbe divin, toi qui as produit le jour et la lumière et marqué leur route infaillible aux astres tournants et la place où doivent se tenir la terre et la mer, liant avec justesse en son cercle l'opportunité des saisons, le printemps après rhiver, Tété et Tautomno. terme de la série^ etc. '. >

L'avocat Minutius Félix venait d'écrire à Rome :

n Quoi donc ! L'ordre des temps et des fruits de la terre étant distingué comme il Test par une variété stable, est-ce que le printemps avec ses Heurs, et Tété avec ses moissons et Tagréable maturité de l'automne et la récolte des olives assignée à l'hiver n'attestent pas également leur auteur et leur père? Cet ordre serait fieunlement troublé, si la plus haute raison ne le maintenait. Quelle providence, pour empêcher l'hiver de l)rûler tout de ses seules glaces, et l'été de torréfier tout de ses ardeurs, d'insérer le tempérament moyen de l'automne et du printemps, sur les traces desquels les révolutions de l'année de retour glissent insensibles et sans dommage ^ ! »

Mais cette providence, cet auteur, cjb père — Auctorem suum pa^ rentemque testatur ver œque. . . et œstas — nous savons que c'est le Verbe, notre Christ, Créateur avant d'être Rédempteur. Et comment. Rédempteur, si ce n'est sous les traits du Bon Pasteur, reportant au Père suprême sa chère créature recueillie dans l'abyme ? Prudence a un Noël où est résumée à merveille la profonde et ravissante théologie du groupe des Saisons et du Bon Pasteur.

c Émerge comme un soleil, doux petit Enfant, qu'a mis au jour une mère qui est la chasteté, une femme qui enfante sans époux, toi le Médiateur, à la double race !

» Ps. Lxxra, 17.

« Pœdag.; Pairol, grœc, t. VIII, col. 349.

' Pœdag,, ad fin.

* Octavius, XVH; PaivoL lai, t. m, col. 286.

Bien que sorti de la bouche du Père, produit par sa parole, tu étais d'abord dans la poitrine paternelle la Sagesse industrieuse.

Qui, prête à tout, a produit le ciel, le ciel, dis-je, le jour et tout le reste : tout a été fait par la vertu du Verbe, car le Verbe est Dieu.

Mais, Tordre des siècles étant réglé, et Tétat des choses bien distribué^ le Fondateur lui-même et l'Ouvrier est demeuré dans le sein de son Père,

Jusqu'à ce que des milliers d'années se fussent déroulés dans leur rotation et que lui-même, faisant cet honneur au globe longtemps pécheur, vint le visiter.

Car le génie aveugle des mortels, vénérant des bouffonneries creuses, prenait ou l'airain, ou la froide pierre, ou le bois pour Dieu.

Dans cette voie, ils étaient venus au pouvoir d'un perfide Larron, et lui, propriétaire de leur vie, l'avait immergée en un barathre fumeux.

Mais le Christ ne put souffrir ce carnage des nations tombant les unes sur les autres, ni qu'impunément l'œuvre de son Père pérît peut-être.

Il revêtit un corps mortel, pour que, ce corps ressuscitant^ lui rompit la chaîne de la mort et portât l'homme au Père \ p

Et n*est-ce pas ce que TÉglise chante au Christ sur la lyre qui porte le nom de S. Ambroise, dans Thymne des Laudes du

dimanche ?

jEieme rerum Conditm\ Noctem diemque qui regis^ Et temporum das tempora Ut alleves fastidium . . .

Jesu labantes reapice Et nos videndo corrige, etc.

Emerge, dulcis pusio, Quem mater edit caatitas, Parens et expers conjugis, Mediator et duplex genus.

Ex ore quamlibet Patris Sis ortus et verbo editus Tamen paterno in pectore Sophia callebas prius,

Quœ prompta cœlum condidit Cœlum diemque et cœtera :

Virtute Vet*bi effecta sunt Hœc cuncta, nam Verbum Ûeus.

Sed ordinatis sœculis Rerumque digesto btatu Fundator ipse et artifex Permansit in Patrii sinu^ .

Donec rotata annalium Transvolverentur milHUy

Atque ipse peccantem diu Dignatus orbem viseret,

Nam cœca vis mortalium, Venerans inanes nenias, Vel œra vel saxa algida Vel ligna credebat Deum.

Hœc dum sequuntur, perfidi Prœdonis in jus vénérant, Et mandpatam fumido Vilam barathro immerserant,

Stragem sed istam non tulit Christus cadentem gentium, Impune ne forsan sui Patris periret fabrica.

Mortale corpus induit, Ut excitato corpore Mortis catenam frangeret Hominemque portaret Patri.

Cathemerinon, XI, 13-48.

198 LA CAPPELLA GREC A

c Auteur éternel des choses, qui régis la nuit et le jour et donnes les temps des temps (les saisons) pour alléger le dégoût de l'existence.. Jésus, regarde ceux qui tombent (comme Pierre) et, en nous voyant, corrige-nous, elc. •

N*est-ce pas ce que l'Eglise chante encore au Christ, dans Thymne des Matines de Tofflce de la Vierge, attribuée à S. Grégoire-le- Grand ou à S. Fortunat?

Quem terra, pontus, œthera Colunt, adorant, prœdicant, Trinam regentem machinam Claustrum Mariœ bajulat.

Cui luna^ sol ei omnia Deserviunt per tempora, etc.

« Celui que la terre, la mer, les airs honorent, adorent, prêchent, celui qui régit la triple machine du monde est porté dans le sein claustral de Marie. Celui à qui la lune, le soleil et toutes choses obéibsent dans les temps divers etc. > »

Les Quatre-temps, dans le langage de TËglise, ce sont les quatre Saisons.

J'ai dû insister sur cette signification du groupe des Saisons et du Christ, parce qu'elle me semble avoir été peu signalée, et que cependant l'Ecriture, les Pères, et la nature même du sujet doivent nous la faire tenir pour fondamentale. Les Saisons proclament la divinité du Christ, leur auteur et leur recteur, le Bon Pasteur de toute créature. Elles sont la voix de l'Eglise dîsaut avec les trois Hébreux dans la fournaise : Benedicite omnia opéra Domini Domino : laudate et superexaltate eum in sœcula.

Et c'est ainsi que nous devons reconnaître le Christ à la voûte de la cappella greca. Cette voûte est privée de son revêtement de stuc écroulé, et aucun indice matériel ne reste de son sujet central. Nous sommes certains cependant que le Christ était là sous les traits du Bon Pasteur.

Le Bon Pasteur est le sujet ordinaire des contres de voûte. On le voit fréquemment au cimetière de PrisciUe. <( Dans le très-antique « cimetière de PrisciUe, sur la voie Salare, découvert en 1578, « nous avons contemplé — la Ville en étant témoin et dans l'admi- « ration — bon nombre {complures) d'images de ce genre, » dit

^ Officium B. Mariœ in sabhaio ad Matutinum,

LA GAPP£IXA 6RBGA 199

Baronius, parlant de « Timage du Christ sous les traits du Pasteur, « portant sur les épaules la brebis perdue '. » On voit des restes du Bon Pasteur à la voûte d'une chambre ouvrant sur la grande église contiguê à la cappella greca. Il est, près de la cappella, à Tare cintré de la chambre de la Vierge et à celle appelée des câpre par les fossoyeurs, à cause de quatre chevrettes élégantes qui sont aux coins de la voûte *, monuments du second siècle, si celui-là n'est pas du premier. Il est sur divers monuments du troisième. On n'a trouvé que deux exceptions au cimetière de Priscille : Elie montant au Ciel, fresque du second siècle, ce semble ', et le Christ réconfortant une femme en pleurs qui doit être Susanne, fresque du même temps * ; et ce sont des variantes, nous le verrons, du Bon Pasteur. Ce sujet du Christ et de Susanne n'était pas à la voûte, à la cappella greca, puisque était sur une des parois. Le sujet d'Elie ne s'est vu qu'une fois à cette place, et cette variante du Bon Pasteur doit être moins ancienne que son original. On peut faire l'une ou l'autre de ces observations sur certains sujets qu'on trouve au centre des voûtes dans d'autres cimetières : Daniel entre les lions, aux cryptes de Lucine ^ ; la résurrection de Lazare, au cimetière de Saint-Callixte * ; Moïse tenant les Tables de la Loi, au cimetière de Domitille ^ ; Noê sauvé du déluge, variante, comme symbole du Baptême, du paralytique de la piscine * ; le Christ enseignant devant les vases de manne, variante, comme symbole de l'Eucharistie, de Moïse frappant le rocher • ; Orphée enfln, variante du Bon Pasteur, venue, sans doute après lui, et qui se rencontre dès la seconde moitié du second siècle *°. Chacun de ces sujets a donc ici quelque raison d'exclusion. Mais il y a une raison décisive pour prouver que le

• An. 57, CXIV.

' D'Agincouit, t. VI, pi. VI, 4. - Voir ici pi. IX, 6.

• Aringhi, t. II, p. 297. - Voir pi. XIII, l .

• Bom. sott., 1. 1, tav. X. — Daniel avait été pris d*abord pour le Bon Pasteur. « Rom. sotL, t. II, tav. XXIV.

' Aringhi, t. I, p. 555.

• Aringhi, 1. 1, p. 551.

» Aringhi, 1. 1, p. 539.

*• Rom. $ott., t. II, tav. X. - Cf. Aringhi, 1. 1, p. 547.

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peintre a inauguré ou suivi ici la règle si particulièrement observée au cimetière de Priscille. Les Saisons font escorte à quelqu'un qui ne peut être que leur Prince, le Verbe, le Christ; et toujours au milieu d'elles on Ta vu en Bon Pasteur. « La figure du Bon Pasteur, « observe M. Martigny, ne manque presque jamais d'accompagner « les symboles des Saisons ^ »

Jamais, aurait-il pu ajouter, on n'a vu les Saisons présidées par un autre que par lui. On les a trouvées une seconde fois au cimetière de Priscille, aux quatre coins d'une voûte ; et c'est précisément le Bon Pasteur qui est au centre *. Si bien que M. de Rossi, reconnaissant avec probabilité une des Saisons au coin d'une voûte, conjecture aussitôt que le sujet disparu au centre est celui du Bon Pasteur ^ C'est le Bon Pasteur qu'il m'a indiqué' avec confiance, comme ayant présidé à la voûte de la cappella greca.

Après toutes ces raisons, le lecteur n'hésitera pas, sans doute, à l'y voir. Une dernière réflexion viendrait au besoin le décider. N'est-ce pas le Bon Pasteur que réclame finalement le grand tableau d'Isaie, d'après lequel, le peintre de la cappella greca a dessiné Moïse frappant le rocher, le paralytique guéri, Lazare ressuscité peut-être et les Saisons dont le Rédempteur d'Israël est l'auteur et le seigneur ? Le Bon Pasteur n'est-il pas la grande figure de la Rédemption, celle que le Sauveur lui-même a prise dans l'Evangile, et que l'Eglise des premiers siècles a consacrée par mille monuments venus jusqu'à nous ? En vérité, il serait incroyable que dans une église de l'importance de celle du cimetière de Priscille, où la théologie et la poésie ont déployé tous leurs trésors et qui prime, on peut le dire, toutes les églises connues des catacombes, l'Eglise romaine ait banni ou oublié la principale et la plus populaire des images du Christ, celle du Bon Pasteur.

On peut donc l'affirmer en toute assurance : le Bon Pasteur était au centre de la voûte de la cappella greca. Les fidèles, en entrant, l'y apercevaient, tourné, comme il est toujours ailleurs, vers l'entrée ; et ils saluaient celui que S. Pierre avait appris à appeler le Prince

* D'Agincourt, t. VI, pi. IX, 15. - Voir ici pi. IX, 1. ' Rom. soit., t. n, p. 268.

LA CAPPELLA GRECA 201

des Pasteurs \ celui auquel ils allaient chanter avec David : Adorons en sa présence et pleurons devant le Seigneur qui nous a faits, car c'est lui notre Dieu, et nous sommes le peuple qu'il paît et les brebis qu'il a sous la main '.

Mais comment était peint le Bon Pasteur? Intéressant problème que nous allons tenter de résoudre, en approfondissant la question du Bon Pasteur sur les anciens monuments chrétiens, où tout n*a pas été dit, ce nous semble.

• I Pet , V, 4.

« Ps. XCIV, 7. Sept.

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