‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella greca du cimetière apostolique de PriscilleChapitre 28 sur 99 · NAVIGI VI VAS IN I · texte numérisé non relu

NAVIGI VI VAS IN I

C'est la recommandation au Christ de l'àme du défunt Navigius.

Elle rappelle celle de l'âme d'un mowant dans le Rituel romain. Susanne, Daniel, les trois Hébreux y figurent comme à la cappella greca^ et on y lit ces paroles : •

« Recevez, Seigneur, votre serviteur au lieu du salut qu'il espère de votre miséricorde. Délivrez, Seigneur, l'âme de votre serviteur de tous les périls de Tenfer, des enlacements des peines et de toutes les tribulations... JDélivrez, Seigneur, l'âme de votre serviteur comme vous avez délivré Susanne de l'accusation d'un faux crime, sicut lilcrasli Susannam de falsocrimine. i

La recommandation au Christ, déposée par le pèlerin aux pieds en quelque sorte du mystérieux personnage qui sort de sa tente à l'appel de Susanne, serait-elle un indice qu'il a reconnu en lui le Christ lui-même ? Je n'oserais l'assurer : je le nierais encore moins.

Analysons le graphique. Il offre matière à la plus intéressante étude. La poésie y donne la main à la théologie, qui voit s'ouvrir

'-* Planche XI, i. — Le dessin ne représente le grapliite que sommairement. En 1875, les deux premières lettres étaient effacées et une partie du monogramme ; mais M. de Rossi avait déjà relevé le graphite dans son intégrité.

266 LA CAPPELLA GRECA

devant elle ses plus beaux dogmes et Tune des pages capitales de son histoire. Il y a deux mots et un signe dans cette inscription. Les deux mots ne demandent que quelques pages de conunentaire ; mais le signe réclamera toute une longue dissertation.

I. Le défunt s'appelle Navîgius. Ce nom est le même que Navigium [bâtiment de navigation) y qui a quitté sa forme neutre et pris la forme masculine pour devenir un nom propre. C'est le Navigio des italiens. Navire est le nom du défunt. On a rencontré ailleurs Navigius * et Nabigia {Navigia) qu'une variante lit Navicia * ; et le cimetière d'Ostrien ou de Sainte-Agnès, voisin de celui dePriscille a donné l'épitaphe de Nabira, jeune fille de seize ans, « âme douce, <( âme de miel, meleiea, » avec un navire aux voiles enflées qui court au port, comme hiéroglyphe de son nom et son signe distinctif au cimetière, signum nabe ^.

Le navire étant le symbole de FEglise, soit dans l'ancien Testament avec Noé, soit dans le nouveau avec le Christ, Pierre et les Apôtres, et aussi chez les Pères, témoins les Constitutions apostoligues * et le docteur romain, S. Hippolyte ^ c'est un nom que les fidèles devaient prendre volontiers. Ce nom convenait merveilleusement au chrétien. Sa vie n'est-ce pas la course d'un navire à travers la mer orageuse du monde ? Une pierre tombale du cimetière des saints Gordien et Epimaque silr la voie Latine, celle de « Firmia «< Victoria qui a vécu soixante-cinq ans, » présente un navire cinglant à pleines voiles vers un phare à quatre étages au sommet duquel on voit les flammes d'un brasier figurant l'éternelle lumière *. Quel est ce phare, quelle est cette lumière, sinon le Christ, disant au milieu de ses Apôtres, après la dernière cène : Philippe, qui me voit, voit mon Père ' ? C'est pourquoi le grand Apôtre, en achevant ce qu'il

* Muratori, Novus thésaurus veterum inscr'qHionum. Milani, 4739-52, n^ 1924.

• Ibid., n» 1997; M. de Rossi, Inscript, christ., 1. 1, p. 40. » Boldetti, p. 63. - PL XI, 2.

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