‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella greca du cimetière apostolique de PriscilleChapitre 30 sur 99 · SABBATIVS QUI VIXIT IN I · texte numérisé non relu

SABBATIVS QUI VIXIT IN I

or Sabhatius qui a vécu dans le Christ "'. »

«IITiin.,IV, 7.

« PhUip., I, 23.

» M. Perret, t. V, pi. LXIX; t. VI, p. 184. — Voir ici pi. XI. li. — Nous saisissons cette occasion pour rectifier ce qui est peut-ôtre une inexactitude. Nous avons, au chapitre III, attribué à M. Rénier Tinte rprétation des fresques de la cappeUa greca, dessinées dans le 3* volump de M. Perret. M. L. Rénier n'a donné, sous sa signature du moins, que Tinterprétation des monuments contenus dans le 5° volume. Le texte des dessins du 3' volume est sous la signature de M. Perret.

^ Todlenbuch, Leipzig, 1842, in-fol , kapitel i.

» Gen., Vni, ^.

• Colos., III, 3, 4. .

'^ Acta S. Vicîorini, p. 96.

268 LA CAPPELLA GRBCA

Aussi la pierre qui fermail la tombe du martyr Genialis, au cimetière de Priscille, offre-t-elle au-dessous de Finscription GENIALIS IN PAGE une barque sur la pouppe de laquelle est posée une colombe tenant au bec un rameau d'olivier *. Une autre barque offre, au lieu de la colombe, le monogranune du Christ *. Sur une troisième barque, la colombe est au haut du mât du navire, et le monogramme du Christ est en avant des deux '. Le monogramme indique que la barque va au Christ, mais il pourrait bien être aussi le déterminatif de la colombe et signifier qu'elle est le Christ luimême. Nous venons de voir, en effet, qu'elle lui sert de variante au-dessus d'une barque. Mais nous avons bien d'autres preuves que la colombe figure ici le Christ.

Sur une gemme annulaire ^, où la colombe tient aux pattes le rameau d'olivier, elle a au-dessus d'elle l'étoile qui révéla le Chjrîst aux Gentils et qu'un sarcophage de Saragosse met toujours sur sa tête ^ Ailleurs, sur un locuhts antérieur à Constantin du cimetière de Priscille, où la colombe porte au bec le rameau d'olivier, elle apparaît avec un poisson venant derrière elle. Le poisson est le Christ, et elle, c'est le Christ aussi: je ne vois pas qu'on puisse donner un autre sens facile et solide à ce petit tableau *. Une fresque du cimetière de Priscille en donne bien la clef. La colombe, portant au bec le rameau d'olivier, vient au secours des trois Hébreux dans la fournaise. Certainement elle représente ici le Christ, qu'on voit ailleurs venir à leur secours sous sa figure humaine. « 0 Christ, « tu es ma colombe puissante. Tu mihi, Christe, columba potens, » s'écriera Prudence '. Ennodius et un certain Sylvius, dont Son

^ La pierre est dans la chapelle du collège de Brugelette. — H. Perret, t. Y, pi. XXXIl, 80 bis ; t. VI, p. 159. — Ici pi. XI, 3.

• Cimetière de Sainte-Hélène. — 'Boldetti, p. 346. — Ici pi. XI, 4. » M. Perret, t. V, pi. LXIX, 7. — Ici pi. XI, 5.

• M. Perret, t. IV, pi XVI, 22. — Ici pi. XI, 6.

• Historia del subterraneo de Santa-Engracia de Zaragoça escrita por el P, F. Léon Benito Marlon. Zaragoza, 1737, p. 59.— M. Aureliano Orbes Yquerra a publié dernièrement un dessin bien meilleur de ce précieux sarcophage. Je dois ces indications à iM. de Rossi.

• Bulletino, 1864, p. 9. ~ Ici pi. XI, 7. '' Aringhi, t. II, p. 311.

• Caihemerinon, III, p. 166.

LA CAPPELLA GRECA 269

Em. le cardinal Pitra a retrouvé le nom et les vers mis avec des variantes au compte de S. Damase, indiqueront la colombe, columbuy parmi les surnoms du Sauveur *. La colombe descendant sur le Christ, à son baptême, désignait TEsprit-Saint : lui-même Ta révélé à Jean-Baptiste '. Mais la colombe, venant vers les hommes, à commencer par Noé, c'est le Christ, en qui TEsprit-Saint a résidé dan? sa plénitude et qui a fait par ses assistances charitables envers nous ces fameux essais de rincarnation dont parlent les Pères. C'est le Christ qui, le soir de sa résurrection, est apparu aux Apôtres, enfermés dans le Cénacle comme Noé dans l'arche au sein d'un déluge de haines juives pire que celui des eaux, est apparu, dis-je, tel que la colombe de Noé avec son rameau d'olivier, disant et répétant : « Paix à vous, Pax vobis. »

On voit, d'autre part, une barque figurant l'Eglise, portée par un dauphin sauveur, image indubitable du Sauveur des hommes *. Même une fois ce dauphin est dessiné au-dessus du navire, pour qui la mer est devenue tranquille, après que Jonas y a été jeté, indiquant ainsi que le Christ est l'auteur de ce salut *.

Maintes fois aussi, le Christ est avec sa figure humaine dans la barque mystique qu'il dirige. Ainsi sur la célèbre lampe de bronze en forme de barque, donnée en étrenne baptismale à Valerius Severus et passée du mont Cœlius au musée de Florence, Valerius est en Orante au-devant du Christ ; et en dressant son acte de baptême : « DOMINYS LEGEM DAT VALERIO SEVERO, le Seigneur donne la « loi à Valerius Severus, » on y a joint ce souhait, avec son nouveau nom chrétien probablement : « EVTROPI VIVAS, Eutrope vis ^ »

Le navire donc, qu'il porte le Christ, sous l'image de son monogramme, de la colombe, du dauphin ou sous les traits du Christ luimême, ou bien qu'étant seul il fasse seulement mais inévitablement songer au Christ, le navire représente toiyours l'Eglise ou un enfant de TEglise avec qui le Christ a promis d'être jusqu'à la

t Spiciîeg., t. III, p. XII, XIIî;

Moan., I, 33.

» Bulletino, 1870, tav. IV, 12.

^ Bulletino, 1864. p. 91.

' Mélanges d'archéologie ^ t. lllf pi. !•

270 lA CAPPELLA GRECA

consommaliou des siècles, c'est-à-dire jusqu'au siècle éternel et bienheureux.

Voilà ce que rappelle le nom de Navigius. La sagacité du lecteur a bien reconnu que les navires ou barques dont nous venons de parler, sont l'équivalent parfait, et une espèce de traduction en dessin du graphite : NAVIGl VIVAS IN CHRISTO. La barque où Yalérius Severus est avec le Christ et où on lit EVTROPI VIVAS, a même avec ce graphite une sorte d'identité complète.

IL — La vie est Tépanouissement de Têtre et sa félicité. C'était le souhait par excellence des anciens. On le trouve exprimé en particulier sur des fonds de coupe où l'époux boit àla santé de l'épouse, les gens de la noce à celle des époux, Thôte à celle de ses amis. Il comprenait la multitude des jours^ mais surtout leurs joies. (( Celui, dit le grammairien Nonius, écrivain du IIP siècle, qui est <c maintenant dans une souveraine allégresse, nous disons qu'il vit : « Qui nunc est in summa Uetitia^ vivere eum dicimus \ » Catulle, Pétrone, Martial, à la suite des Grecs, entendent par vivre, jouir de la vie* ; et Tertullien rapporte le proverbe des paiens : « Vis pence dant que tu es en vie, vive dum vivis ^ » C'est à leurs dieux que les païens demandaient cette vie heureuse, en invoquant le nom de tel ou tel qu'ils croyaient plus puissant que les autres. « ORFITVS « ET COSTANTIA IN NOMINE HERCVLIS A CERENTINO FELICES « BIBATIS : Orfltus et Constantia, vivez heureux au nom d'Hercule « d'Achéronte, » lit-on autour d'un fond de coupe où sont représentés deux époux, entre lesquels est une statuette d'Hercule sur son piédestal*. Le souhait païen delà vie, qui est par trop sensuel, sera rectifié parles chrétiens. Aux joies légitimes de la nature, ils joindront les joies sublimes de la grâce, aux biens du temps, ceux de l'éternité ; et, au lieu des dieux faux et impurs, ils invoqueront le Christ et ses saints. « VI.. TO (t;e)VAS IN NOMINE LAURETI : « Victor (?), vis au nom de Laurent, » c'est Tacclamation qui accompagne sur un fond de coupe l'image du martyr qui a si bien porté

* De proprietate sermonum, c. 1.

' Cités par Buonarniotti, Oaservazioni, p. 204. ' De resurrectione camis, c. III, p. 327.

* R. P. Garucci, Vetri, p. 186.

LA GAPPeUA O^QJk 27ir

le nom de laurier. Cette acclamation a retenti sans doute à Tagape de la fête anniversaire célébrée à son tombeau.

IIVTA OMNIBVS SVBDITA ET ATPABI Fiole de saaj. LIS BIBET IN NOMINfi PETIU IN PACE I

« Ruta, soumise et affable à tous, vivra au nom de Pierre, dans « la paiK du Christ, » c'est Tépitaphe d'une chrétienne, d'une martyre peut-être, à notre cimetière dePriscUle*, auquel le nom de Pierre est si particulièrement cher. Ce nom est placé, non sans intention ce semble, au-dessus de celui du Christ. Pierre est sour Vicaire ; il introduit à la paix que le Christ donne ; et le nom de Pierre est comme le mot de passe de l'éternelle vie. De l'Hercule fabuleux et non digne, l'acclamation YIYAS a été transportée à Laurent, le véritable et saint hercule, l'athlète géant du Christ, et à Pierre qui ouvre vraiment les cieux aux défunts, comme on dit mensongèrement qu'Hercule les a tirés des enfers.

C'est par le Christ, cependant, qu'ont commencé et c'est à lui que se rapporteront finalement toutes les acclamations nouvelles du souhait de la vie, tous les vivat chrétiens.* Il est Dieu : les dieux romains, nationaux, grecs ou barbares, ne sont que des démons. C'est pourquoi au cimetière de Priscille, à côté du Christ enfant^ présenté par la Vierge aux adorations des Mages, l'image de la défunte Severa est accompagnée de la légende : SEVEBA IN DEO VIVAS. Une plaque d'ivoire, trouvée dans ce cimetière, portait, avec la variante de l'afûruiation de la vie au souhait de la vie :

BENERIA VIBIS IN DEO «.

« Veneritty tu vis en Dieu. »

Un marbre de ce cimetière encore, répétant le mot de S. Pierre en son premier discours : le Seigneur Jésus, Dominus Jésus ', le mot

* Boldetti, p. 388.

' Marangoni, Délie cose gentiîesche e profane trasportate ad uao e omamento délie chle$e^ in Roma, 17H, in-i*», p. 416« 'Act.,1,21.

272 LA CAPPELLA GRECA

de S. Etienne expirant : Seigneur Jésus, Domine Jesu, recevez mon esprit *, offrait cette inscription entre deux palmes droites î

BEGINA VIBAS IN DOMINO ZESU *.

« Regina^ vis dans le Seigneur Jésus, »

Ce sont les acclamations dont s*est inspiré sur place Tauteur du graphite de la cappella greca : NAVIGI VIVAS IN *.

La vie nous est donnée au nom du Christ, et par son intercession perpétuelle auprès de son Père et du nôtre, à laquelle il suffit d'avoir recours. Toul ce que vous demanderez au Père en mon nom, je le ferae, dit le Christ'; quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé, dit S. Pierre après le prophète Joël *. On peut donner au vivas in Christo de la cappella greca ce premier sens : vivas in nomine Christi, comme nous venons d'entendre : vivas in nomine Laureti, comme les païens disaient : in nomine Herculis... bibatis, d'autant plus que le Christ est ici désigné par son monogrsmfune, c'est-à-dire par son nom.

Mais ce premier sens ne suffit pas. Le Christ n'est pas seulement pour nous la cause de la vie, il en est l'auteur, il est la vie même. Je siiis la résurrection et la vie,.., je suis la voie, la vérité et la vie, dit-il*. C'est la vigne dont nous sommes les branches, recevant de sa tige, et ne pouvant recevoir que de là toute notre sève * : c'est la chair qui doit être notre nourriture, le sang qui doit être notre breuvage. Si vous ne mangez pas la chair du Fils de r homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie étemelle : telle est sa déclaration solennelle ^ Aussi S. Paul montre-t-il aux Romains les Gentils greffés sur l'arbre du Christ, et participant au suc onctueux

* Act., VU, 58.

« Aririghi, t. II, p. 262.

» Joan., XIV. 13. ^Act.. II,2l;Jo^., II, 32.

»Joan.,II, 25;X1V, 6.

• Joan., XV, 5, 6.

7 Joan., VI, 54, 55.

LA CAPPEUA GRECA 273

de cet. olivier, socius pinguedhiis olivse ^ ; aussi écrit-il aux Colossiens : le Christ votre vie, Christtis vita vestra ', aux Philippiens : ma vie à moi, c'est le Christ, mihi vivere Christus est ', aux Galates : je vis y non pas moi, mais le Christ vit en moi, vivo autem jam non ego, vivit vero in me Christus *. S. Jean, de son côté, termine sa première Épître qui est la préface, la lettre d'envoi de son Évangile, par ces paroles : Nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu'il nous a donné rintelligence afin que nous connaissions le vrai Dieu, et que nous soyons en son vrai Fils, Celui-ci est vrai Dieu et la vie éternelle, hic est verus Deus et vita œtema * ; et, dans son Évangile, il rapporte ces paroles du Fils de Dieu : comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné aussi au Fils d avoir la vie en lui-même *, et quantité de pareilles sur la communication que le Christ nous fait de la vie de Dieu, étant notre nouvel être, notre nourriture, notre boisson. C'est pourquoi, au cimetière de Thrason, qui fait à peu près vis-à-vis à celui de Priscille, de l'autre côté de la voie Salare, on lit cette inscription, où le Christ est proclamé Valpha et l'oméga, c'està-dire l'Éternel :

Mercuriane tt^tt , ^^^/.rw^^.^^^ rrx a

quœvixUannis gj K [Z^^ZZ) " TA

u Mcrcuriana qui a vécu trcnte-et-uD ans. Le Christ, l'alpha et Toméga, est la vie '^. »

C'est en nous transmettant l'Esprit-Saint que le Christ est notre vie. Le Christ a la vie éternelle, il est la vie éternelle. Mais c'est l'Esprit-Saint qui est l'expansion de cette vie, qui en est le don. Le caractère constitutif do sa personnalité est d'être « le don de Dieu, » comme l'appelle le Christ ', comme le nomme S. Pierre % comme le

« Rom., M, 17.

* Colos., III, 4.

•Philip., î, 21.

*► Gai., Il, 20.

» I Joan., V, 20.

\Joan., V, 26.

' Marangoni, Acla S. Yictorini, R^mœ, 1740, in-4o, p. 98.

•Joan., IV, 10.

» Act. VllI, 20.

274 LA CAPPKLLA GRECA

célèrfrenlles Pères et en particulier S. Augustin \ L'Esprit-Saint, c est l'amour éternel tendant librement à communiquer Dieu. 11 est doue l'agent de notre vie divine qui est le Christ. Aussi le Christ ditil : c'est r Esprit qui vivifie^, S. Paul repète-t-il : V Esprit vivifie ^^ l'Église chante-t-elle en son symbole : je crois en l'Esprit-Saint vivifiant, C7*edo... in Spiritum Sanctum vivificantcm ; et l'acte le plus éclatant de notre vie, la résurrection, est-il attribué à rilsprit-Saint, qui Ta inauguré dans l'humanité du Christ. Celuiy écrit S.Paul aux Romains, qui a ressuscité Jésus-Christ d'entre les morts vivifiera aussi nos corps mortels à cause de son Esprit habitant en vous *

Nous comprenons le vivas in Christo. Mais nous le comprendrons bien davantage en rapprochant cette antique acclamation d'une autre non moins antique et qui lui sert de variante sur les tombes chrétiennes, notamment au cimetière de Priscille : Pax tecum.

«Vie et paix, » c'est le fruit double et unique que S. Paul attribue à « la sagesse » qui vient de « l'Esprit, » prudentia autem SpirituSy vitaetpax '%

La vie, sur la terre comme au ciel, atteignant la tranquille béatude de Tordre, prend un nom qui cause le ravissement, la paix. Les Anges ont dit ce nom sur le berceau du Christ : Pax hominibus^; le Christ l'a dit, à sa dernière cène, en faisant devant ses Apôtres et pour eux son testament : Pacem reliquo vobis, pacem meam do vobis ^ ; il Ta dit, en venant, au sortir du tombeau, saluer ses Apôtres, le soir de sa résurrection. Au souhait ordinaire de la paix, il en a joint un second spécial et solennel, après lequel il a soufflé sur eux et leur a émis l'Esprit-Saint : Pax vobis,., Pax vobis,,, Accipite Spiritum Sanctum ^ Ce mot Pax vobiSy l'ange de

* Rectissime Spiritus Sanctus, cum sit Deus, vocatur etiam Donum Dei

Testimonia Sc^'ipturàrum concorditev attestanlur Donum Dei esse Spiri-

lum Sanctum. S. Aug., De Trinilaté, 1. XY, 32, 35.

« Joan., VI, 23.

' 11 Cor., m, 6. Cf. Rom., VlIT, 1 1 ; I Pet., I, 18.

* Rom., VIII, 11.

» Rom., VIII, G.

« Luc, II, 44.

' Joan., XIV, 27.

8 Joan., XX, 19-22.

LA CAPPELLA GRECA 275

TEglise, le représentant du Christ, Tévêque le dit à rentrée et à la clôture des saints mystères. Il a été dit ainsi par les successeurs de S. Pierre à Téglise du cimetière de Priscille ; et il a passé de leur bouche sur les tombes environnantes où on suit de proche en proche les formes de son épanouissement jusqu'à la formule !n pace qui consacre aujourd'hui presque toutes nos tombes.

D'abord, c'est à côté du nom du défunt, écrit primitivement tout seul, ce simple mot en grec ou en latin : FAX. On le lit en latin tout près de la cappella greca. Puis la paix est adressée directement au défunt. « PAX TECVM FILYMENA, la paix soit avec « toi, Philomène, » c'est l'épitaphe de la martyre Philomène, l'un des plus anciens hôtes du cimetière de Priscille, où elle a été retrouvée de nos jours, pour être glorifiée par toute la terre d'une sorte de pléiade de miracles *. L'épitaphe d'un Dativus inconnu est également : PAX TECYM DATIVE \ A côté de l'épitaphe qui a le simple PAX, une autre fait lire « PAX TIBI BENEDICTAE, paix à toi, « Benedicta. » Je suis ému encore en me rappelant cette épitaphe que M. de Rossi montrait sur place à S. Em. le cardinal Pitra et à moi-même, le 16 mai 1871. C'est dès le second siècle la devise Pax de l'ordre de Saint-Benoît, jointe, avec la seule variante du genre, au nom même du grand patriarche. C'est la devise même de S. Em. bénédictine. Mais c'est d'abord, dans le nom propre de la défunte, une allusion, ce semble, aux paroles que le Christ, jugeant le monde, dira aux brebis placées à sa droite : Venez ^ les BÉNIS de mon Père \ L'allusion est évidente dans cette autre inscription du même cimetière, laquelle étant très-antique, est de l'entourage de la cappella greca : « RVFINAE FILIAE BENEDICTAE \ à Rufine, fllle « bénie. » Elle est évidente encore dans cette inscription du cimetière de Thrason : « ANIMA DVLCIS, AYSENIA, VIRGO BENEDICTA, « âme douce, Ausenia, vierge bénie ^. » Au 11I<^ siècle le souhait de la paix sur les tombes devient IN PACE. GENIALIS IN PACE, porte la tombe du martyr Genialis, au cimetière de Priscille.

> L'original est «\ N61e. Une copie est au musée lapidmre du Latran. « Bulletino, 1869, p. 16.

' Matth., XXV, 3i.

* Aringhi, t. U, p. 263.

* Marangoni, Acia S, Victor,, p. 88.

276 L\ CAPPEUA GRECA

DEPOSITVS IN PAGE, REQVIESCIT IN FACE, teUes sont les variantes par lesquelles passera cette formule, pour aboutir au RE- OVIESCAT IN PAGE consacré par la liturgie des défunts et l'épigraphîe universelle.

A côte de TIN PAGE, sur la tombe de Genialis est la colombe représentant le Gbrist, auteur de la paix ; et au bec de la colombe est le rameau d'olivier, symbole de TEsprit-Saint qui est celte paix ellemême. Le Royaume de Dieu est justice et paix, et joie dam t Esprit- Saint, dit S. Paul*. S. Augustin écrit là-dessus ces paroles où Ton respire le Paradis :

c Mon Dieu... c'est de votre Esprit seulement qu'il a été dit qu'il est votre Don. En votre Don nous nous reposons, et nous jouissons de vous. Notre re|)os c'est notre Lieu. L'Amour nous y élève et voti'e Esprit bon exalte notre humilité des portes de la mort. Dans sa bonne volonté il est pour nous la paix : Spiritus iuus bonus... pax nobis est ^. ^

C'est pourquoi une coupe de verre, à fond d'or, incrustée pour son image dans la chaux fermant un loculus du cimetière de Priscille, représente ce mythe de l'Amour et de Psyché qu'on trouve, dès le Iir siècle au plus tard, à côté du vestibule du cimetière de Domitille. Les épreuves de Psyché, Vâme, sont terminées : l'Amour l'embrasse : ce sont leurs noces dans l'Olympe. Autour de leur groupe, on lit ces paroles de l'époux à l'épouse : « ANIMA DVLCIS « FRYAMVR NOS SINE BILE ZEZES, âme douce, jouissons, nous « autres, sans flel : vis ' ! » C'est une coupe nuptiale, qui, après avoir figuré aux noces temporelles de deux époux, offre, sous une poésie innocente, l'image de leurs noces éternelles. L'amour est ici l'Amour éternel, l'Esprit-Saint, et l'âme goûte son inaltérable et inénarrable paix. Mais cet Amour est rendu visible ici-bas .dans le Christ conçu de TEsprit-Saint, fleur de Jessé sur qui l'Esprit du Seigneur a reposé avec ses sept dons. L'âme, dans son chaste hyménée avec le Yerbe incarné, s'écrie : ma vie, à moi, c'est le Christ; et l'Esprit et l'Épouse, à qui l'Esprit est uni comme à

» Rom., XIV, 17.

« Canfes., 1. XIII, cap. IX.

' Buonarruoti, Osservazioni, tav. XXVIII, 3. ^ Le fond de coupe a été trouvé en février 1693.

LA CAPPELLA GRECA 277

l'Époux, disent à l'Époux même : Venez.,. Venez, Seigneur Jésus ^ ! C'est ce que dit ce fond de coupe appliqué à une tombe. Écho mystérieux en langage vulgaire ou, si Ton veut, païen, du sacré Cantique des Cantiques, de l'hymne du Paradis céleste composé par Dieu même avec les images du Paradis terrestre !

On saisit maintenant toute la signification et la portée théologique du vœu fait pour Navigius : YIVAS IN )K.

11 nous reste à expliquer le monogramme du Christ. Le sujet tant étudié de ce monogramme est loin d'être épuisé encore. Puissionsnous y apporter quelques nouveaux rayons de lumière ! C'est le foyer primordial, ce nous semble, qui doit éclairer toute l'archéologie chrétienne.

> Apoc., XXII. 17, 20.

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