PI. XI
» PI. XI, 73 bis.
• PI. XI, 73 ter.
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rexplication du chi et de la palme de Tépitaphe de Mercunis. L'épigraphe X YIC, '( Christus vicit, le Christ a vaincu » que le R. P. Garucci a lue sur la chaux fraîche d'un loculus\ en est une traduction encore ; et le monogramme constaptinien accosté de C V {Christus vincit), au lieu d'A û, qu'on trouve sur une lampe sépulcrale, est peut-être une simple variante de tout ce sujet de Tépitaphe de Mercunis, qui lui donne et en reçoit une complète lumière '.
Le groupe du monogramme et de la palme est, d'ailleurs, trèsfréquent. « Sur les tombeaux, dit M. Martigny, la palme est le plus « souvent accompagnée du monogramme du Christ '. » Une fois, sur un monument de la voie Nomentane, le monogramme constantinien est garni à ses interstices de six petites palmes ^ ; une autre fois sur deux gemmes annulaires, il est flanqué de deux palmes \ La colombe, un des symboles du Christ^ tient maintes fois, assure-t-on, la palme au lieu du rameau d'olivier, le Christ apportant la victoire comme la paix. L'oiseau, ce semble, est alors un phénix ; mais le phénix, n'est-ce pas le Christ?
On me reprocherait assurément de ne point parler ici d'une lampe d'argile de la fin du IIP siècle ou du commencement du IV*, que nous admirons à la bibliothèque vaticane et qui est bien autrement précieuse encore que l'épitaphe de Mercurus avec laquelle elle a plus d'affinité qu'il ne semble tout d'abord.
« Dans une lampe très-singulière, dessinée par Boldetti, p. 63, « dit M. de Rossi, l'anse en forme d'anneau est appliquée au buste
* Veiri, p. 257.
• Boldetti, p. 63. — M. de Rossi, qui trouve l'interprétation c naturelle •, ne Fadmet cependant pas, et, lisant autour de la. lampe les noms If (a)cci Manw\ de celui pour qui elle fut faite, il interprète G V par clarissimi viri {Rom, sotU^ t. III> p. 614). Des lampes chrétiennes de bronze présentent en effet le V C qu'il faut lire elarisaimi viri. Mais il est diiïïcile de croire que Mœcus Mannus ait voulu faire prendre à son titre la place même de celui du Christ, A û. Peut-être y a-t41 un jeu d'esprit et un double sens dans le C V. En retournant son titre V C, Mannus fait lire le Christus vincit bien connu.
• M. Martigny, p. 498. — Voir l'inscription de 33i, Inscript, christ. , p. 38; Boldetti, p. 341, 346, etc.
* Aringhi, t. II, p. 173.
» Boldetti, p. 502.
LA GAPPEUA 6REGA 375
« d'une femme àlatéte ceinte de palmes, aux bras croisés, qui tient « de la main droite une branche de palmes... Cette lampe repré- « sente probablement une martyre ^ » Bien que la/>a/me se trouve sur les tombes des simples fidèles, comme l'Apocalypse la montre dans leurs mains ', elle n'en est pas moins consacrée tout particulièrement aux martyrs. Nous nous rappelons la palme de S. Yincenl, Vincenti, tua palma, dans Prudence ^ La défunte qui tient ainsi sa palme et dort le visage dans les palmes, est une martyre, ou il semble qu'il faut renoncer à trouver quelque part la palme avec sa signification spéciale. C'est le plus ancien exemple connu de ce type que les siècles consacreront aux martyrs parmi les saints, et auquel chacun les reconnaît aujourd'hui. Mais que dit celle qu'il faut, en toute hypothèse, nommer une victorieuse, car aussi bien avec son geste si remarquable, elle parle? Elle dessine sur sa poitrine une croix, selon le précepte chrétien relatif au sommeil et qui s'étend bien au sommeil suprême :
Frontem locumque cordis Crucis figura signet,
« Que la figure de la croix signe ton front et le lieu de ton « cœur', «Mais cette croix est un chi, le monogramme du Christ; et à l'extrémité de ce monogramme, la main élève une palme. A cette vue je me rappelle la martyre Perpétue, disant du dragon infernal : a II ne me fera pas de mal, au nom du Seigneur Jésus-Christ *, » et lui mettant le pied sur la tète. C'est par le nom du Christ que j'ai conquis la palme, semble dire notre victorieuse ; et la légende céleste : « par ceci vaincs, IN HOC VINCE » apparaît ici avec la simple variante : « par ceci j'ai vaincu, IN HOC VICI. » Il y a plus. La compagne de prison de Perpétue, l'esclave Félicité, parlait ainsi de sa prochaine exposition aux bêtes : a Là il y aura en moi un
» Rom. sotL, t. HT, p. 6i5.
* Apoc, VIT, 9. La scène de l'Apocalypse est traduite sur la mosaïque da IXe siècle de Tare triomphal de Sainte-Praxède. Ciampini, l.ll, tab. XLV.
* Cathemerinon, TI, 131-2.
* Acta, 4.
376 LA CASPBUA GRBGA
« autre qui souffrira pour moi, puisque moi je souffirirai pour lui *.» S. Augustin dit des martyrs : « Quand ils donnent leur vie, le Christ « la donne ', m et encore : « Si ceux qui ont fait cela (donné leur vie « pour leurs brebis), sont les membres du Christ, c'est lui encore (( qui seul Fa fait, idem ipse unus hoc fecit '. L'Eglise enfin chante au Christ cette hymne attribuée à S. 6régoire-le-Grand :
Rex glorxose martyrum.,.
Tu vincis in martyribus,
ce Roi glorieux des martyrs... C'est toi qui vaincs dans les marte tyrs *. » L'héroïne chrétienne, en proclamant son triomphe par le Christ, proclame donc celui du Christ lui-même. Nous retrouvons notre X ou ^ accompagné de la palme, ou enveloppé de palmes ; et cette palme, à Vextrémité droite et supérieure du X formée par les bras de la défunte, est tout-à-fait l'équivalent du X et de la palme de répitaphe de Mercurus.
En même temps l'épouse du Christ, posant son monogramme sur sa propre poitrine, semble murmurer le mot du divin Épîthalame : Mon bien-aimé... c'est entre mes seins qu'il repose ^ et le mot du chrétien qui s'endort : « Dans les bras mêmes du sommeil nous « méditerons le Christ. »
Christum tamen sub ipso Meditabimur sopore *.
Boldetti ne nous dit pas dans quel cimetière il a trouvé cette lampe, un des monuments les plus ravissants do l'antiquité chrétienne. Elle a été peut-être imaginée pour Prisca ou Philomène du cimetière de Priscille, allumée près de la tombe de l'une, du loculus de l'autre. En voici le dessin d'après Boldetti ;
» Acia, 15. ,
« In Pa. CXLl, 11.
» In Joan., Tract XLYII, 2.
^ Le texte ancien» conservé par S. Pie V, porte : in marlyribus; la correction d'Urbain VIII : inier martyres.
•Cant.,1,12.
^Çathmerinon, VI, 151-2.
LA CAPPEUA GBEGA 377
Signalons maintenant, d après les monuments, une transformation du monogramme constantinien due à Tin telligence poétique etérudite des pieux Qdèles. Le mon'ogranune^ par la suppression de la boucle du P, devient ime étoile. « Quelques médailles de Constan- « tin et de ses fils, dit M. Martigny, font voir sur le casque de Tem- « pereur le monogramme constantinien accosté de deux étoiles à six « rayons (Baron ad an. 312). Quelquefois, ce n'est autre chose que « ce monogramme lui-même qui altecte souvent cette forme *• « Mais alors les rayons sont terminés par de petits globes ou par « une ligne transversale, au lieu que les rayons des étoiles se ter- « minent en pointes aiguës *. » L'intention d'identifier le monogramme avec l'étoile n'en est pas moins évidente. C'est pourquoi, sur une peinture du cimetière de Cyriaque, l'étoile des Mages est remplacée par le monogramme constantinien *. Une des fioles, apportées de Jérusalem à Monza, nous offre, d'autre part, le tableau suivant. Le sigle du trigramme X P I a perdu la boucle du P et est devenue une étoile à huit branches, l'étoile des Mages. Elle est grande et splendide, entre deux anges qui la montrent, au-dessus de la tête de la. Vierge présentant l'Enfant-Jésus aux adorations des bergers et des Mages réunis dans ce tableau. Au-dessus de cette étoile est le signe du Christ et de la croix, +, en têtje de la légende indiquant
« P. 241. - R. P. Garucd, Yetri, p. 196, 253. 2?ttUe(tno, 1863, p. 76.
378 LA CAPFBLLÂ GREGA
Téglise de la Résurrection construite sur le Calvaire, où des lampes brûlaient devant le nouvel arbre de vie, le bois de la croix : « Huile « du bois de la vie des Saints-Lieux du Christ *. »
Une gemme annulaire célèbre * présente le monogramme * entouré d'une couronne faite de globules et de petits rayons ou pointes, qui repose sur le siège d'un trône à escabeau, dont le dossier élevé est orné d'un encarpe et de bandelettes flottantes et porte cette inscription : « IX V0, Jésus-Christ, Fils de Dieu. » La face antérieure d'un sarcophage de Tusculum,du Y siècle euviron,présenlc le même monogramme de dimension très-grande, dans une couronne suspendue entre deux colonnes, au centre d'une espèce de portique. Un siège d'honneur apparaît, couvert d'une draperie qui tombe par devant : il porte un coussin que la couronne semble, toucher, en remplissant tout le dossier. Deux colonnes marquées du -f, monogramme du Christ et flgure de sa croix, sont aux extrémités. Elles semblent représenter aux deux côtés du Christ les deux Églises des Juifs et des Gentils ou Pierre et Paul, leurs Apôtres, que deux colonnes incomparables de marbre africain figuraient a l'entrée de la nef de la basilique vaticane constantinienne et figurent encore à l'entrée de l'atrium delà basilique actuelle. Quantaumonogramme, je ne puis douter que sur le trône de ce sarcophage et sur celui delà gemme il ne représente, avec le chiffre du Christ, tout spécialement son étoile. L'ampoule des Lieux-Saints éclaire ce sujet et il s'éclaire assez de lui-même. M. de Rossi voit là, sans hésitation, « l'étoile à six « rayons, semblable au monogramme * '. » Ce sujet est la traduction bien manifeste du discours de .l'archange Gabriel à Marie : Vous enfanterez un fils et vous lui donnerez le nom de Jésus, Il sera grand et il sera appelé le Fils du Très-Haut et le Seigneur-Dieu lui donnera le trône de David, son Père, et il régnera dans la maison de Jacob pour l'éternité et son règne n'aura point de fin *.Mais Balaam n'a-t-il point chanté de ce règne : Une étoile sortira de Jacob, et il s'élèvera un
* Mozzoni, Tav. isior. eccU, sec. VIF. — M. Martigny, p. 292.
• Éditée par Posseri, Gcmmœ àstriferrœ, t. III, p. 221 et suiv. Elle est passée au Cabinet d'antiquités de BerFin. M. de Rossi l'a reproduite d'après l'original, Bullelino, 4872, tav. IX, 3. — Ici pi. XI, 74.
» Bulletino, 1872, p. 133,
♦ Luc, I, 31-33.
LA CAPPELLA GRECA 379
sceptre d Israël * ? Et Jésus ne dit-il pas, en prononçant à la fin de TApocalypse les dernières paroles qu'il ait léguées au monde : Moi, Jésus... je suis la tige et la race de David, t Étoile splendide et matutinale *? C'est donc le Christ Étoile qu'il f^ut saluer sur l'un et l'autre exemplaire de ce trône mis en relief sur le marbre» en creux sur la pierre précieuse, par le sculpteur et par le joaillier.
Il faut faire de même pour ce monogramme * couronné qu'un mosaïste a dessiné deux fois sur les murs du mausolée de Galla Placidia^ à l'extrémité de l'atrium de la basilique de la Croix bâtie par elle à Ravenne vers l'an 440 ' ; et de même pour ce monogramme à huit rayons qu'un autre mosaïste a placé au centre de l'arc intérieur de l'abside, en avant du Christ trônant au fond sur le globe, dans la basilique de Saint-Vital de Ravenne, postérieure d'un siècle à la précédente *. Cette figure, reproduite plus tard sur l'ampoule de Jérusalem, no laisse lieu à aucun doute. Sur tous ces monuments, le monogramme du Christ s'est transfiguré en étoile.
On peut se demander alors si le + inscrit au front des chrétiens, désignant phonétiquement le nom du Christ et graphiquement sa croix, ne désignait pas aussi son étoile dont il dit dans l'Apocalypse : Celui qui aura vaincu et aura gardé mes œuvres jusqu'à la fin, je lui donnerai la puissance sur les nations et il les gouvernera avec un sceptre de fer... de même que j'ai reçu les pouvoirs de mon Père, et je lui donnerai l'étoile du matin '. C'est cette étoile que les païens donnaient à leurs dieux, à leurs héros, à leurs potentats. Ils la dessinaient avec quatre branches, comme avec cinq^ six ou un plus grand nombre, indiquant sommairement les rayons sans les compter. Une prêtresse a sa robe couverte d*étoiles à quatre branches, tracées en chi, X •. Il ne serait pas étonnant que les fidèles eussent attribué ce troisième sens au X, signe du Christ. 11 s'offrait trop naturellement à l'esprit, il était trop bien indiqué par l'Apocalypse et en même temps par l'art païen pour que leur esprit si mystiquement sagace
« Nom., XXIV, 17.
» Apoc., XXn, 26.
» Ciampini, 1. 1, tab. LXVI, LXVII.
« Ciampini, 1. 1, tab. XIX.
» Apoc., U, 26-28.
* Hontbucon, Antiquité, t. II, supplément, pi. XXVI
38Q LA €1PP«UA êJHEf^A
ne Tait pas rencontré. En fait, une gemme nou5 montre une étoijiQ à cinq branches au-dessus d*une colombe portant aux pattes le rameau d'olivier ; et une seconde nous offre le même sujet avec Taddition d'un nombre indéfini de rayons à Tétoile faite en disque et ressemblant à un soleil : le monogramme constantinien du Chrisit est devant la colombe \ Cette colombe est le Christ, marqué par son étoile et désigné par son nom qui a apporté la paix au genre humain. Ailleurs, Tétoile est au-dessus du Bon Pasteur, accompagnée de « IXC, Jésus-Christ Sauveur *. » La colombe, dosignajat aussi très-souvent Tâme fidèle, il n'y aurait rien que de naturel de la voir ^écorée de Tétoile comme nous Favons vue décorée^ sur la tête ou à la poitrine, du signe +.
Au cimetière deCyriaque,surlatombod'Aspra Secundia, reposant « dans la paix du Christ, m pace (mon<H{r. oonaunt.), » une colombe — le Christ évidemment — tenant aux pattes un rameau d'olivier, a au bec une étoile à six branches '. Un fond de coupe du cimetière de Priscille montre le Christ couronnant deux époux qui ont entre leurs fronts une étoile *, comme nous avons vu deux fois des époux ayant le + entre leurs fronts \Le X, tkau des Hébreux, monogramme du Christ, figure de sa croix, peut donc être considéré aussi comme le dessin de son étoile. C'est le signe du SAlut, le signe du Christ avec les trois significations de son nom, de sa crèche, de sa croix, son signe on ne peut plus absolu.
Arrivé ici, mon soupçon va plus loin. Si les fidèles ont vu l'étoile dans le monogramme du Christ, pourquoi n'auraient-ils pas vu le monogramme dans l'étoile? Nous savons que parfois ils remplaceront, dans la scène des Mages, l'étoile parle monogramme. Ils l'y voyaient donc. Ainsi l'étoile à huit branches que le prophète montre sur la tête de l'Enfant-DieU;» allaité parla Vierge, au cubiculum voisin et contemporain de la cappella greca, pourrait bien cacheté + dan$ quatre de ses rayons, les quatre autres formant la gloire die ce signe du nom du Christ. Ainsi fait l'étoile à huit branches
* M. Perret, t. IV, pi. XVI, 22-81. - Le n« 22 est reproduit ici pi. XI, Ç. » M. Perret, t. IV, pi. XVI, 8.
* Boldetti, p. 367.
* Aringhi, t. U, p. 265.
•Ici pi. XI, 17-18.
tA tknÊtLA GRBGA 381
dans le tableau de la Nativité du Christ, venu dé Jérusalem à Monza. Ainsi une épitaphe du cimetière de Thrason, voisin de celui de Priscille, porte au-dessus de
LEONTIAE FlUAE SVAE
ime étoile à huit branches, dont quatre forment le + et paraissent pirinoipales et les quatre autres ne semblent que de simples rayontr décoratifs *. C'est bien Tétoile du Christ; mais dans cette étoile se dessine son nom avec le chi ; et c'est le signe du Christ, transformé en son étoile, qui marque et protège, selon Tusage, la tombe dô Léontia. L'étoile pareille du cubiculum de la Vierge cacherait-elle de même le signe du Christ, et serait-elle, sous une forme dissimulée, le plus ancien monument' du monogramme original du Christ le X ou + ?
Un passage mystérieiii de Prudence permet peut-être de le soupçonner. 11 demande aux Mages, accourant de l'Orient avec leurs présents royaux sur des plats d'or aux pieds de la Vierge qui tient en son sein un Dieu au maillot, quel message rapide leur a appris « que le « jour a lui, aux heures qui allaitent, où aune mamelle étrangère « au mariage doit être suspendu le Christ tendre encore » ,
Illuxisse diem lactantilms horis Quâ tener innupto penderct ab ubere Christus ?
Il met cette réponse dans leur bouche :
f Nous avons va^ disent-ils, cet en^t emporté à travers les astres et étlncef lant plus que les antiques sillons des signes célestes »,
Vidimus hune, aiuntj puerum per sidéra ferri Et super antiquos signorum ardescere tractus *.
Puis chacun d'eux s'écrie :
c Je ne vénérerais pas, vu au ciel et rencontré sur la terre» le Roi et le Dieu qui « règle Tun et l'autre exemplaire de la nature...! »
* Marangoni, Acta S, Victorini, p. 90.
« ApolheoBie, v. 613-16.
382 LA CAPPELLA 6REGA
Hune ego non tenerer, qui eœlo visus humique Inventus rex atque Deus moderatur utrumque Naturss spécimen ^.,.\
Prudence veul-il dire que les Mages ont vu dans Fétoile du Christ limage du Christ enfant? Il se pourrait bien qu*il entendit parler seulement, d'accord avec les monuments de son temps, du signe du Christ, XPIST02, X, dont Fétoile-offrait par ses rayons le dessin, de ce /au connu de tout Tunivers comme étant le isigne de la vie, et qui, pour les Ghaldéens étrangers au grec et au rapport du chi avec le Christ, ne laissait pas que d'être le signe naturel du Christ qu'ils attendaient. Mais nlnsistons pas sur cette interprétation possible d'un texte difficile de Prudence. L'identification de l'étoile du Christ et de son monogramme est d'ailleurs certaine, au moins sur les monuments du lY*" siècle.
L'étoile du Christ nous amène à son soleil. Deux médailles semblables de 1' « empereur Constantin, pieux, heureux, auguste, » portent au revers l'image païenne et classique du soleil, héros qui s'élance la tète ceinte de rayons, tenant dans la main gauche le globe qu'il éclaire et féconde, et faisant de la main droite le geste du commandement ou plutôt celui de la victoire. uSOLI INVICTO, ausoleil « toujours victorieux, » porte l'exergue. Devant le soleil on voit sur une médaille le monogramme constantinien du Christ, confinant par l'extrême faiblesse du crochet du P au sigle *, «Jésus-Christ. » Sur une autre, c'est le 4- ayant pour pendant derrière le soleil une étoile à huit branches *. Le Christ, désigné par le monogramme constantinien ou le -4-, dont on voit l'identité, et peut-être par son double nom « Jésus-Christ, » est donc l'étoile que les païens prêtaient à leurs dieux et le soleil qu'ils confondaient plus ou moins avec la divinité suprême. C'est en effet l'^/oi/^ annoncée par Balaam qui devait sortir de Jacob ; c'est le soleil dont Isale a dit à Jérusalem, rendez-vous des nations les plus lointaines : et le soleil ne te servira plus de lumière pendant le jour et le lever de la lune ne féclairera pas durant la nuit ; mais le Seigneur sera pour toi une lumière étemelle et Dieu sera ta gloire. Le soleil ne se couchera pas
« R. P. Garacd, Vetrî, planche dernière, 8, 9. — Ici pi. XI, 75, 76.
LA CAPPELLA GRECA 383
pour toi, et pour toi la lumière ne s'éclipsera pas; car le Seigneur sera pour toi une lumière étemelle et ce sera la fin des jours de ton deuil \ On s'est demandé si sur ces médailles Constantin avait conservé imprudemment des restes de son ancien paganisme, et, à la suite des Césars, à commencer par Néron, s'il s'était présenté au monde comme son soleil. Qui ne voit, bien au contraire, qu'il s'efiface devant le soleil du Christ, et que, rappelant son nom puissant avec lequel il a vaincu Maxence, en attendant Licinius, il le proclame le « Soleil toujours victorieux? »
Je ne saurais Unir avec les monuments du signe du Christ sous Constantin, sans en rappeler un des principaux, non remarqué jusqu'ici, celui placé par Constantin lui-même sur le sarcophage des SS. Pierre et Paul à la basilique vaticane. La moitié, paralt-il, du corps de l'un des Apôtres fut déposée avec la moitié du corps de l'autre dans un vrai bisôme. C'était un cercueil d'argent, enfermé dans un autre de cyprès doublé d'airain qui formait un cube exact de cinq pieds de côté. Constantin fit mettre dessus « une croix d'or très-pré- « cieuse du poids de cent cinquante livres^ à la mesure de l'espace^ « in mensuram loci ' ». Cette croix étendue sur une surface carrée était donc une croix grecque et le sarcophage devait présenter cette apparence :
L'inscription gravée sur la croix en lettres niellées, scriptum ex litteris nigellis in cruce, et qui, faisant allusion, ce semble, à la construction en activité de la basilique et à sa couverture de tuiles de bronze doré^ comme est celle de la basilique de Sainte-Agnès, porte : « CONSTANTINVS AYGVSTVS ET HELENA AYGVSTA HANC DOMVM ic REGALEM [regali?) SIMILI FULGORE CORVSCANTEM AVRO CIR- « CVMDANT, Constantin auguste et Hélène auguste environnent
« Is., LX, 19, 20. Septante.
« Liber Ponlificaiia. In S. Silvestrum.
384 LA CAPPBLIA eREGA
a d'or cette maison royale, resplendissant d'un éclat semblable, y cette inscription, avec sa longuem*, démontre bien aussi l'étendue des bras de la croix et qu'elle allait d'une extrémité à l'autre de la surface du sarrophage. Et qui ne voit dès lors que cette croix +, est tout d'abord un cAz, cet antique monogramme du Christ, dont le Christ disait à saint Jean, au lendemain même du martyre des saints Pierre et Paul : Celui qui sera victorieux je ferai de lui une colonne dans le temple de mon Dieu et il ne sortira plus dehors et j'écrirai sur lui,,, mon nom nouveau * ? (îe nom du Christ proclamé par Pierre le jour de la Pentecôte et avec lequel il a opéré son premier miracle à la porte du Temple, ce nom porté par Paul jusqu'aux extrémités de la terre, ce nom qui scelle la tombe de tous les chrétiens après avoir marqué leur front, est bien celui qu'il convenait de lire en un sigle gigantesque d'or massif sur le sarcophage des deux princes des Apôtres.
En bâtissant à Constantinople la basilique des Douze Apôtres, dans le portique de laquelle devait reposer, parmi douze monuments érigés à leur gloire* son propre sarcophage^ marqué pour toute épitaphe du grand monogramme couronné du Christ qu'il avait vu par-dessus le soleil et puis en songe, Constantin parait s'être souvenu du signe du Christ déposé par lui sur le sarcophage des saints Pierre et Paul. Cette basilique, dit M. Lanciani, « était cruciforme et « peut-être équilatérale. L'épigramme connue de saint Grégoire de « NaziancOî nous confirme lé fait :
'H [A^v 0^ ?roX4o7atv àyaXXofiévi) (AtYaXotCTt nXeupata ataupoTuiraia Ttxpa^^a Te(jivo(Aevov
« Elle él»it ornée de plusieurs grands côtés... le temple était trace versé par quatre nefs en forme de croix *. »
Achevant sa vie au milieu des luttes de l'Arianisme qui ébranlent le monde et vont renverser sa dynastie, Constantin paraît, d'ailleurs, avoir préparé à ses fils un salut dont Constance ne voudra pas, en proclamant la divinité du Christ avec sa voix à lui-même
^ Apoc., UT, 12. Peat-ètre le cercueil portait-il un X ordinaire. Cf. pi. XI, 64, 65. « Bulleiino, 1866, p. 74.
LA CAPPELLA GRECA 385
dans l'Apocalypse, et en ajoutant à son monogramme la marque de TEteruel, Y Alpha et VOméga, Une médaille d'or de Constantin gravée par Jacques de Bie * et illustrée par le chanoine Amalari * offre d*un côté la tête couronnée de laurier de Constantin, de Tautre, le monogramme constantinien, avec A et il entre les branches du X et autour cette légende : « VICTORIA MAXVMA, « la très-grande victoire». L'authenticité de cette médaille est contestée, mais appuyée par un petit bronze semblable, à part la Irgende qui manque, décrit par Vettori dans son Catalogue manuscrit du musée chrétien du Vatican '\ Quoi qu'il en soit, Tépitaphe de Marcellinus, déposé dans le cimetière de Balbine, créé par le pape saint Marc à côté de celui de Saint-Calixte, l'an 340, trois ans après la mort de Constantin, nous offre l'A O aux côtés du monogramme constanlinien * et semble bien indiquer que cette addition avait déjà cours sous l'autorité de l'Eglise et de l'Empereur. Elle remonte probablement au lendemain de la condamnation d'Arius à Nicée ^
L^indigûe ûls de Constantin, le persécuteur de saint Athanase, ( onstance, placera ainsi que son père, le chi sur ses monnaies comme signe du Christ, avec la légende : *< VIRTVSEXERC, force « de l'armée '^ ; » et le chi simple, ou le chi croisé du rho, y marque le laharum impérial avec les légendes : « VICTORIA AVGGG., victoire « des trois augustes — , PAX AVGVSTORVM, paix des augustes — , « FEL. TEMP. REPARATIO, heureuse réparation des temps —, ce TRIVMPHATOR GENTIVM BARBARARVM, triomphateur des na- « tions barbares—, VICTOR OMNIVM GENTIVM, vainqueur de toutes « les nations ^ . » Quelques-unes de ses médailles portent l'A Q aux côtés du monogramme constantinien % bien que ce César refuse l'éternité au Fils de Dieu en se faisant appeler lui-même Éternité. C'est qu'il est plus facile d'être hérétique que d'abjurer publique-
* Numiam, aurea, tab. Lï, Antuerp., 1615. ' Imp, rom. num. au}\ Antuerp., 1627.
^ R. P. Garucci, Velri, p. 253.
* JBulletino, 4868, p. 13.
« M. Martigny, p. 458.
* Banduri, t. n, p. 229.
' Ibid., p. 225,227.
» Banduri, t. II, p. 368; M. Martigny, p. 458.
386 LA CAPPELLA 6RECA
ment les marques consacrées de Torthodoxie, et qu'avec de Thypocrisie on peut admettre la formule de Téternité du Christ en entendant plus ou moins le temps par cette éternité même.
Un neveu de Constantin sera le châtiment de son fils arien. C'est Julien, dit l'Apostat. Nommé César et gouverneur des Gaules en 355, il professait encore extérieurement le christianisme qu'il avait abjuré dans le cœur quand faisant, en 356, la guerre aux Germains et distribuant à Worms le donativum à ses soldats, il rencontra un tribun qui lui dit : Jusqu'à présent j'ai combattu pour toi : souffre que je combatte maintenant pour Dieu. Que celui qui doit combattre reçoive le donativum : c'est du Christ que je suis soldat, il ne m'est pas permis de combattre. C'était S. Martin, âgé de 24 ans^ depuis deux ans baptisé st qui venait de se consacrer définitivement au Christ. Un César chrétien eût compris ce noble tribun. Apostat secret, « le tyran frémit à cette parole, disant qu'il voulait abandon- « ner la milice par peur du combat qui devait avoir lieu le lende- « main, non par motif de religion. Mais, Martin intrépide, et d'autant « plus hardi qu'on voulait l'effrayer : Si ce parti, dit-il, est attribué « à la lâcheté, non à la foi, demain je serai debout sans armes de- « vant le front de l'armée et, au nom du Seigneur Jésus, protégé du « signe de la croix, non du bouclier ou du casque, in nomineDomint « Jesu, signo çrucis non clypeo protectus aut galea, je pénétrerai en « sécurité dans les phalanges ennemies ». Ainsi rapporte le fait et les paroles de S. Martin, Sulpice-Sévère, son disciple, écrivant sa vie de son vivant vers 396 ou 397 *. Paulin, de Périgueux, au siècle suivant, traduira ainsi les paroles du saint :
Primus ego abjectis prœcedens agmina telis, Non arma arripiens hominis, sed signa salutis, Tegmine nec fidens clypei, sed nomine Christi, Atque crucem fronti auxilium pro casside ponens Intrepido cunctis occurram corde periclis,
a Moi le premier, précédant les rangs après avoir rejeté mes javelots, ne prenant point les armes de Thomme mais les signes du salut, ne me fiant point à la protection du bouclier, mais au nom du Christ et mettant pour secours à mon front la croix au lieu du casque, j'irai d'un cœur intrépide au-devant de tous les périls *. »
» Patrol lat, t. XX, col. 162.
« Patrol lat, t, LXI, col. 1013.
Le nopi du Christ, c'étaâl le cri de guerre qui, jeté en ayant, servait à Martin de bouclier ; la croix du Christ, tracée sur son front, c'était le casque de sa tète nue. De ces deux « signes du salut », Tun apparaît assez comme Téquivalènt de Fautre ; et en réalité cette croix offre en monogramme le dessin même du nom. Bouclier et casque, le nom est tracé sur le front du soldat en même temps que proféré par ses lèvres. Disons, cependant, pour achever le récit de cette fapaeuse scène, que le tribun Martin fut pris au mot par le césar Julien. Il le fit mettre en prison la nuit, craignant qu'il n'échappât à répreuve du lendemain. Mais ce jour-là les Germains vinrent d'eux-mêmes rendre les armes. Le Christ avait accordé une victoire plus complète et non sanglante à celui qui avait su exalter son nom et sa croix. J'ajoute : le labarum de l'armée. On voit assez que Martin ne voulait pas d'autres armes que ce labarum, et qu'à lui comme à Constantin une voix céleste et irrésistible avait dit : « par « ceci vaincs ».
Julien qui a fixé son séjour à Lutëce, y lève en 360 l'étendard contre l'Empereur, son cousin et bienfaiteur, et aussitôt après contre le Christ. Constance allant à la rencontre du perfide, meurt en 361, au pi d du Taurus. L'année suivante, Julien, maître de tout l'empire, écrit à Antioche trois livres contre la divinité du Christ et porte, au sujet de son signe, cette accusation contre les chrétiens : « Vous adorez le bois delà croix.... en dessinant ses images sur vos
« fronts, to Tou orraupou... $uXov, et/covaq aÙTOu ffxiaypaçouvxeff, et en los trace çant au-devant de vos maisons ^ » Mais il ne tarde pas à écrire d'autres lignes démontrant sans réplique que cette image de la croix n'est autre chose que le cA«, soit du monogramme constantinieny soit du monogramme simple, que nous avons vus gravé sur les monnaies de Constantin et de Constance, d'après les étendards. Les habitants d'Antioche ayant fait de lui des satires piquantes, il leur répond en janvier ou février 363, par son Mtsopogon, FEnnemi de la barbe, où on lit :
f MaiSjdit V écrivain d'Antioche Je CHI n*a point fait tort à la ville ni leCkPPA, xh Xt, îpyiatv, oOSâv i^8txYiae njv irfXïv ôuSâ to Kawna, — Cette énigme de votre sagesse est difficile à comprendre. Cependant, quelques-uns des tôtres lui sei^vant
» Dans S. Cyrill., t. VI, Contr, Jul.
388 LA CAPPELLA 6RBCA
d'interprètes nous ont appris que ces deux lettres marquaient les initiales de deux noms et que l'une devait désigner le Christ, l'autre Constance, Sr,Xduv ScôAsiv to |jLev Xpiffrèv, xè Si KwvcTavTiov. . . Vous diles, en premier lieu, que j'ai bouleversé le monde. Pour moi, je ne sache pas avoir rien bouleversé ni de gré ni par violence. Vous ajoutez, enfin, que je fais la guerre au CHI, xal Sxe TroXcpiG tw Xl, et vous désirez le CAPPA, etc. ^ »
Le chi, X, d'après ces deux textes péremptoîres, était donc le signe du Christ; et, d'après le texte précédent, il présentait la figure" de la croix. C'est dire clairement qu'il avait cette forme, +, voisine du tau, T, première forme de la croix, ou que, dans sa forme directe, X, on voyait la seconde forme de la croix. En réalité, l'une et l'autre étaient employées indifféremment par les chrétiens et toujours avec les deux sens du nom du Christ et de sa croix. Mais le nom était bien le premier dans la pensée de tous : c'est le chi que les chrétiens arboraient et qu'attaquait Julien. Avec les chrétiens, le Christ ; contre eux, Julien, un Ante-christ : le monogramme du Christ est entre deux le signe de contradiction. Ce monogramme, ce nom, le X, voilà bien le signum Christi,
Julien écrivait ces deux passages sur le chi à quatre ou cinq mois de sa mort, qui aura lieu au-delà du Tigre en 363. Us nous font bien comprendre les détails d'une aventure célèbre arrivée un peu auparavant, à Constantinople, à l'empereur apostat. Il faisait, au milieu de ses gardes, je ne sais quel sacrifice mythriaque à Hécate, et l'on interrogeait les entrailles des victimes. Pas de signe, pas de murmure desm&nes évoqués; le feu de l'autel languit ; « le ministre paie latin » ne peut retenir en sa main la patère de sang ; le laurier tombe du front du flamine ; le fer manque la victime qu'il veut frapper ; le prêtre s'écrie :
« Un inconnu des jeunes adorateurs du Christ s'est glissé certainement ici : le bandeau des sacrificateurs et tous les lits de pompe des dieux craignent cette race d'hommes. Loin d'ici le baptisé et l'oint t Qu'en ce sacrifice réformé revienne la belle Proserpinel
Il dit, et il s'affaisse, le visage blômé, comme s'il voyait le Christ qui le menace, un foudre à la main. Le prince lui-même, saisi d'effroi, dépose son diadème, pâlit et regarde parmi ceux qui l'entourent si quoique élève du Chrême signerait
^ Juliani, Opera^ Parisiis, 1630, in-i<>, t. II, p. 88, 95.
LA GAPPBLLA GRBGA 389
ses tempes en y dessinant le bois (de la croix), après avoir troublé par (la marque de) son front les murmures des mystères de Zoroastre. On en découvre un : c'était un écuyer de la troupe des jeunes gens, à la chevelure blonde, qui faisait la garde aux côtés de la pourpre impériale. Il ne nie point, il jette devant les spectateurs des javelots dont la hampe est gemmée d'une double lame de fer et confesse qu'il porte le signe du Christ. Le prince s'élance épouvanté d'auprès du grand-prêtre gisant, et fuit sans escorte le petit sanctuaire aux parois de marbre, pendant que la cohorte tremblante, qui a oublié son maître^ élève ses regards vers le ciel et invoque Jésus. »
f Nescio quis certe subrepsit Chris ticolarum « Hic juvenum : genus hoc hominum tremit infula et omne « Pulvinar Divum : lotus procul absit et unctus : « Pulcra rcformatis redeat Proserpina sacris, Dixit et exanguxs collabitui\ ac velut ipsum Cerneret exerto minitantem fulmine Christum. Ipse quoque cxanimis posito diadcmate princeps Pallet et adstantes circuinspidt^ ecquis alumnus Chrismatis inscriplo signaret tempora ligno, Qui Zoroastreos turbasset fronte susurres. Armiger e cuneo puerorum flammicomantum Purpuret custos lateris deprenditur unus, Nec negat et gemino gemmata hastilia ferro Projicit ac signum Christo se ferre fatetur. Prosiluit pavidus dejecto antistite princeps ^ Marmoreum fugiens nulle comitante sacelluniy Dum trente facta cohors dominique oblita supinas Erigit ad cœlum faciès atque invocat Jesum *.
Ce garde-du-corps,àlablonde chevelure, était uq de ces Germains que Julien, chrétien encore, s'était attachés après ses victoires en Germanie, comme César Tavait fait des Gaulois lors de la guerre des Gaules. Se rappelant le labarum de Constantin il avait, pour vaincre ses ennemis, garni ses javelots, à l'endroit sans doute moins remarqué de la main et de la courroie, de deux petites barres de fer formant le chi, le signe du Christ. C'était aussi celui de la croix, car nous venons de voir le bois de la croix secrètement dessiné sur les tempes du soldat ; et Prudence, qui nous fait ce récit d'un événement arrivé dans son enfance et qu'il n'avait pu oublier, mepuero,
' ApotheosU. V. 485-502.
390 LA CAPPELt GRe6a
Ut memini, le fait précéder de ce bref et saisissaùt tableau dont il est la contre-épreuve :
f Déjà la pourpre suppliante da rectéor de la race d £née est prosternée aux atriums du Christ et le souvendo dominateur adore l'étendard de la croix. »
... Jam purpura supplex Sternituf ^neadm rectoris ad atria Christi Vexillumque crucis summus dominator adorât * .
A Julien r Apostat va succéder Jovien, capitaine des gardes, chré- • tien fidèle. Sauvant Tannée perdue par Julien en Perse, il fait reparaître à sa tête le labarum de Constantin. Une médaille frappée à Rome et rappelant rentrée dans cette ville du vainqueur de Maxence, avec la légende « ADVENTVS AVGVSTI, arrivée de TAuguste, » annonçait d'avance Feutrée du nouvel empereur à Constantinople. On le voit à cheval, étendant la main droite vers le ciel auquel il rend grâces, suivi d'une Victoire qui tient une couronne et précédé d'un soldat portant le labarum. La croix grecque s'y dessine parfaitement en haut, le monogramme constantinien étant tracé au-dessous sur une étoffe suspendue à une traverse *. On dirait une bannière religieuse du Moyen-Age ou de nos jours. C'est le monogramme et la croix du labarum de Constantin changés de place pour que la croix ressorte mieux. Mais on peut dire aussi que ce sont les deux formes du monogramme, le chi simple, +, et le chz uni au rho, $^ , ce dernier étant sur le drapeau comme un nom écrit sur un livre de pourpre et d'or, pour servir de cri de guerre.
A Jovien, qui ne régna que huit mois, succéda en 364 Valentinien, qui s'associa Valons, lirî donnattt l'Oriôtit à gouverner et gardant l'Occident. La croix latine qui a commencé à poindre sur léd monnaies de Constantin, se montre bien dessinée sur leâf nàonnaies de Valentinien, au lieu du chi ou du monogramme constantinien, et de pair avec eux. On la voit au haut de la lance sur laquelle s'appuie l'empereur. Une Victoire, appelée « la victofire des deux « Augustes, » s'apptde également sur une croix latine à larges botàé pointillés, au revers d'une médaille f^a^pée à Constantinople \
* Banduri, t. H, p. 444. — Ici pi. XI, 77.
' Banduri, t. n, p. 449.
LA CAPPELLA GREGA 391,
Ce^Q nxéo^, croix^ avec des globules ornant les extrémités de la tète et. .des bras, apparaît plantée sur un globe que soutient une Concorde assise, devajpit laquelle est une étoile \ Le monogramme se transforme en croix latine^i mais en trahissant visiblement son origine.
Sous Gratien, qui succéda e^ 375 à. Yalentinien en Occident, une monnaie de b^oi^ze offre un magnifique X, seul dans le champ, entouré d'une couronne de chêne '. C'est un souvenir du denier romain, c'est Tinitiale du nom du Christ qui a donné et donne la victoire, et c'est peut-être une certaine image de la marque faite au pain eucharistique que S. Zenon compare en ce temps au denier. A coup sûr, c'est un dessin grandiose du signe du Christ, au moment où, transformé en monogramme constantinien, il se tranforme aussi en croix latine. « Cette monnaie compte parmi les plus rares, » dit Banduri '.
Le trône de Constantinople, étant vacant en 379, parla mort de Valons, Gratien y plaça Théodose, le plus habile de ses généraux, qui sera Théodose-le-Grand. On a un insigne monument de sa piété et peut-être de son repentir chrétien. C'est une médaille d'or frappée à Thessalonique, où un emportement lui fit commettre, en 390, cette sévérité injuste et cruelle qui amena S. Ambroise à lui interdire la porte de l'église, et un César à donner au monde par sa pénitence le spectacle d'un autre David. D'un côté de la médaille, Théodose est en buste, casqué, portant la lance et le bouclier : il est qualifié « PFAYG, pieux, heureux, auguste.» De l'autre, il est debout, tenant de la main droite une haste dont le sommet porte un chi inscrit dans un carré, et de la main gauche un globe symbole de cet univers qui,* en 394, devint pleinement son empire. Au lieu . du monogramme cruciforme qu'on voyait sous Constantin, ce globe est surmonté de la croix latine qui a fait soU apparition sous Yalentinien. Une étoile à huit branches est à côté de la haste et fait comme pendant au globe crucifère, le monogramme X étant entre deux et au-dessus. Le nom du Christ, son étoile, sa croix sont ici
1 Ibid. € On a observé, dit M. Martigny, que la croix Mi son apparition sur les Diédaillès de Valentinien !•«• qui mourut en 375. » P. 186. « Banduri, t. II, p. 449. - Id pi. XI, 78. ' T. II, p. 489.
392 LA CAPPELLA GRECA
réunis, et le grand Théodose en fait comme une ostension solennelle. L exergue porte : « GLOR ORVIS TERRAR, gloire du globe « des terres, » et s'applique à la croix du Christ, contenant d'ailleurs son monogramme, que Constantin a déjà proclamée sur une monnaie : « GLORIA EXERCITVS, la gloire de Tannée *. » Que disaient en ce temps-là les Pères du signe du Christ ?
• Banduri, t II, p. 505. - Ici pi. XI, 79.
IMAPITRE XXIV.
LE SIGNE DU CHRÏST Al» SIÈCLE DE CONSTANTIN. — LES PÈRES.
Nous avons entendu Lactance, au lendemain de l'apparition du signe céleste à Constantin : nous ne pouvions différer de l'entendre. C'est maintenant le tour des autres Pères de l'Église, en ce quatrième siècle, dit de sa paix, mais trop plein, hélas! des guerres les plus cruelles.
Voici d'abord le grand athlète, S. Athanase. Jeune diacre encore d'Alexandrie, il écrivit ces deux livres connexes Contre les Gentils et De l'Incarnation du Verbe, antérieurement, penso-t-on, à l'an 319, où fut excommunié Arius. Il n'y est fait aucune allusion en effet aux blasphèmes de l'hérésiarque contre le Verbe. Athanase nous montre le nom du Christ intimement uni au signe de la croix, et ce nom prononcé au moment où l'on traçait ce signe, comme si le signe de la croix était le monogramme même du Christ.
a Si la croix survenant, dit S. Athanase, toute Tidolâtric est renversée, si tout-: les prestiges des démons sont mis en déroute par ce signe, si le Christ seul est adoré et si par lui est connu le Père. . ., comment se peut-il qu'on appeHe encore cela une œuvre humaine et qu'on ne confesse pas plutôt que celui qui a été élevé
sur la croix est le Verbe de Dieu et le Sauveur de toute créature ' ? Que celui
qui voudra expérimenter les choses que nous avons dites, vienne et qu'il se serve contre les prestiges des démons, les tromperies des oracles et les prodiges de la magie; du signe de la croix dont on rit chez eux (les Gentils), ayant prononcé le seul nom du Christ, xov XpiTcov 6vo(xa<7(x; ^ovov, et il verra comment par lui les démons fuient, les oracles se taisent, toute magie, tout maléfice egt réduit à néant. Quel est donc et combien grand ce Ohrist qui à Tappei de son nom et par sa présence obscurcit et anéantit de toutes parts tout obsta le, seul est plus fort que tous, et remplit tout l'univers de son enseignement ' I •
^ Oratio contra génies, 1. Patr. grœc.^ t. XXV, col. 5.
• Oraiio de Jncamatione Verbi, 18. Pair, grœc, t. XXV, col: 181.
394 LA CAPPELLA GREGA
Plus tard, au milieu des luttes de rArianisme, Athanase nous montre Antoine, l'anachorète, nullement initié aux lettres humaines, grandement à la sagesse divine, qui, après être descendu de sa montagne à Alexandrie, pour confondre les hérétiques, est visité sur cette m >ntagne par des philosophes grecs païens. Antoine, qui ne sait que Tégyptien, lejur d^t pay. interprète :
« Quel est leplufi beau de e(mi^er la crçix pu de prêter V adultère et la pé^ dérasiie à te que voue appelez les dieux ?. . . Pour nous, en prononçant le nom du Christ crucifié^ ôvofiaÇovreç xov EfjTowpwfi^vov Xptorov, nous mettons en fuite totis les démons que voiis craignez comme des dieux; et là où se fait le sigm de la croix, TÔ ai]tJiiTov to0 <TTaupovi, la mag.ie, est impuij^ante^ les maléfices sont sans verfu. 1
Il y avait là des hommes tourmentés par les démons. Antoine les fait amener au milieu de l'assistance, puis il dit aux philosophes :
« Vous par vos paroles ou par t^l art ou magie que vous voudrez^ guérissçz^ les, en invoquant vos idoles ; et si vous ne pouvez pas, cessez de nous combattre^ et vous verrez la puissance de la croix du Christ. Ayant dit cela, il invoqua le Christ et marqua deux et trois fois ceux qui étaient là présents du signe de la croix. A rinstant ces hommes se redressèrent sains et saufs, pleins de sens et. rendant, d'ailleurs, grâces au Seigneur. Et ceux qu*on appelait philosophes étaient dans rétonnement et dans une vraie stupéfaction de la sagesse de cet homme et du signe fait par lui. Antoine leur dit : Pourquoi vous étonnez-vous de cela ? Ce n'est pas nous qui Vavons fait : &est le Christ qui fait de telles choses par ceux qui croient en lui ^. •
Antoine prononce le nom du Christ et trace le signe de la croix sur les démoniaques : ils sont délivrés : « le Christ, » dit Antoine, a fait cela. Comme tout devient clair si l'on songe que le nom et le signe sont identiques, et que le signe de la croix c'est le signe du Christ !
En 347 ou 348^ S. Cyrille de Jérusalem faisait dans la basilique de la Résurrection, où était la Croix triomphante, ses fameuses catéchèses. Le premier des Pères, ce semble, il interpréta de la croix le mot du Christ : Ei alors apparattra le signe du Fils de r homme dans le ciel, a Le vrai et propre signe du Christ, dit-il, c'est
> Yita S. iintom», 78. Pair, grasc., t. XXVÏ, col. 952-3.
LA CAPPELLA GREGA 395
(f la croix, SiifJietov 5à «Xyiô^ç loixiv tou Xpi<rT63 loriv ô aTfltup<5; *. » H appelle
Ificroix « le signe royal » et s*écrie : « Ne rougissons pas de la «croix, mais alors même qu'un autre latiendrait'cachée, toi metsce en publiquement lé sceau (a^payiCou) sur ton front, afin que lès dé- « mons, en voyant le signe, le signe royal (^o (r/i|xicov ISovrsç xh « pacnXixàv) fuient au^ loin saisis de terreur ". » La croix apparue dans le ciel, à Jérusalem, le 7 mai 351, jour de la Pentecôte, cette croix' lumineuse, qui s'étendait du Golgotha au Mont des Oliviers et plaûail sur toute la ville, parut à S^ Cyrille le commentaire saisissant du texte évangélique sur le signe du Fils de rhomme dans le ciel. Mais, à coup sûr, il ne devait pas exclure de ce signe le chi, le monogramme du Christ ; car la croix même, apparue à Jérusalem, avait la fbrme du chiy X ou +. Ceux qui ont parlé du prodige après S. Cyrille, Philostorge ^ Tauteur de la Chronique d'Alexandne, Tii'éophané et Nicéphore *, observent en effet que la croix lumineuse était inscrite dans une couronne semblable. C'est inscrite aussi dans une couronne que 1^ croix apparaîtra de nouveau à férusalem, au moment où Julien l'Apostat entreprendra d'y relever le temple judaïque, et que ce César, sacrifiant aux idoles, la verra dans les entrailles des victimes : S. Grégoire de Nazianze nous est garant de ces deux faits ^. Le prêtre Lucien, à qui S. Gamaliel apparaîtra en 415, dans le baptistère de Jérusalem, lui faisant la révélation dti corps dte S. Etienne, verra pareillement sur la tunique blanche de ce disciple de S. Paul <c de petites gemmes d'or ayant au dedans le « signe de la sainte croix, gemmulm aurex habeiites intrinseçus « sancisB crucis signum ® ». C'était donc, très-probablement au moîùs, dâris ces cas divers, la croix carrée, -f, c'était le chi ; et le nom du Christ resplendissait sur Jérusalem en même temps que sa croix. Ces apparitions célestes n'étaient en réalité que des variaÈites de celle dont Constanfia et son armée avaient été témoins devant Home.
' Catech., XV, 22. *
« Catech., IV, 14.
» Hlslor. eccles., 1. III, cap. XXVL
* Cités avcé Philostorge, Patrol. grœc, t. XXXIII, col. 116 1. » Orat IV in Julian, 10; OraU III, 18.
• EpUtola Luciani ad omnem Eccîesiam. S. Augustini Opcrîr, t. Vil. Appendix.
396 LA CAPPELLA GRECA
Je viens de nommer S. Grégoire de Nazianze. Son ami S. Basile, le frère de S. Basile, S. Grégoire de Nysse, et S. Grégoire de Nazianze lui-même vont nous donner les renseignements les plus importants sur ridentité du monogramme du Christ et de sa croix, comme signe du Christ.
Dans son traité du Baptême, parlant de la Confirmation qui en était régulièrement inséparable, S. Basile écrit :
c Ceux qui dans ce Baptême ont &it profession d'être crudûés avec le Christ, vuvEdToupcoaOai T(j> Xpiirru, morts avec lui, ensevelis avec lui, entés en lui, ressuscites avec lui d'entre les morts, qu'ils aient l'assurance de dire en vérité : Moi je suis crucifié pour le monde (à plus forte raison pour le diable) : je vis donc, non plii$ moi, mais le Christ vit en moi * . •
Les allusions au nom du Christ et à sa croix, marqués ensemble par le + sur le front des baptisés, semblent assez manifestes.
Dans son livre du Saint-Esprit, • S. Basile fait remonter aux Apôtres le signe dont étaient marqués les chrétiens ; et^ laissant transpirer la double signification de ce signe, il dit que ceux qui espéraient « au nom du Seigneur » étaient marqués du « type de « la croix » :
• Des dogmes et des enseignements conservés dans l'Église, nous tenons les uns de la doctrine mise par écrit, nous avons reçu les autres de la tradition des Apôtres, arrivée à nous dans le ro3r8tère. . . Par exemple, pour parler de ce qui est le premier et le plus vulgaire* xotï ^cpcotou xal xoivotoctou, qui nous a appris par l'écriture à marquer du type de la croix ceux qui ont mis leur espérance dans le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, xco rùnta tou otaupou toù; et; to ovofxa tou Kup^oS f][X(5v Irjaoî» Xpioiou riXiztxé'caç xataoTj^ai^vgoOai x^ç 6 Sià Ypdc{ji(jLaxo( 6i8aÇà( 7 ' 9
Il voit, d'ailleurs, dans la croix le signe par excellence. « Nous « savons, dit-il, que dans TÉcriture la croix est proprement appert lée le signe. Moïse, dit-elle, mit le serpent sur le signe, c'est-à- « dire sur la croix '. » D'après S. Basile, le signe, le tau des élus, la croix est gravée sur le front de « ceux qui ont mis leur espérance a dans le nom » du Christ attendu : n'est-ce pas qu'il sous-entend qu'elle représente ce nom même ?
* De Bapiismo, I. I, cap. XI, XIX, Pair, grœc, t. XXXI, col. 1550. » Cap. XXVII.
' EpUL CCLX, 8t
LA CAPPELLA GBECA 397
S. Grégoire de Nysse rend la chose de plus en plus claire. Dans sa vie de S. Grégoire le Thaumaturge, le « Moïse, » comme il rappelle bien, du troisième siècle, il raconte le fait suivant. Le diacre du grand évêque de Néocésarée alla un soir se baigner dans les thermes où le démon avait établi son empire et qui étaient inabordables durant les ténèbres. Aussitôt il se vit entouré de larves de feu et de fumée à formes d'hommes et de bêtes fauves ; mais o fai- « sant devant lui le sceau (des chrétiens) et prononçant à haute voix
« le nom du Christ, tyjv c^pY^^^ lauxotî irpoêaXXojjievo;, xal to tou Xpiatou ava-
« xaXwv ^vofA», il traversa sain et sauf la première pièce de Tédiflce. » Arrivé à Tintérieur, voici que la chambre s'agite comme par un tremblement de terre, le pavé en tr 'ouvert laisse voir les flammes de la chaudière qui est dessous, les eaux dardent des étincelles ; « et de nouveau, les mêmes armes, le sceau et le nom du Christ, « ^1 «y^payU xii TO Tovî XpidTou ^vojjLa, et le secours obtenu par les prières « de son maître dispersent ces fantômes et réalités terribles. » Après le bain, il veut sortir : le démon tient la porte inébranlable- « Mais le nouvel obstacle est spontanément rompu par la même « puissance : devant le sceau la porte cède, f9i açpaytôi r7iç Oupac; ôico- « /(iipouarj; *. » Le saint évêque de Nysse ne nous dit pas si le sceau était le signe de la croix ou celui du nom du Christ. Mais la liaison intime du sceau avec le nom est au moins manifeste. Le nom succède deux fois au sceau comme sa traduction phonétique ; et la troisième fois le sec au tient lieu du nom lui-même, qui n'est plus prononcé, mais seulement dessiné, ce qui suffit pour sa vertu. Que le sceau dessine la croix, il est bien probable : ce qui est certain c'est qu'il paraît dessiner le monogramme du Christ.
Du reste, S. Grégoire de Nysse nous dit très-nettement ailleurs que le signe de la croix avait la forme du chi. Il enseigne que S. Paul a révélé le mystère de la croix en écrivant aux Éphésiens : Afin que vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la longueur et la largeur et la pro fondeur et la hauteur et connaître la charité du Christ surpassant toute connaissance , afin que vons soyez remplis de toute la plénitude de Dieu . <c Cet œil divin de l'apôtre,
* FatroL grœc,, t. XLtl, col. 952.
«Ephe8.,in, 18,19.
308 LA CAPPELLA GRBCA
(( dit-il , n'^ point remarqué à tort la figure de la croix. . . cette figure « divisée en quatre rayons partant d'un même centre, xb cx^ijA» tou
a (iraupovî... TÉTtapai irpoêoÀaî; aTco tîî<; Iv Ttj) (lédw ^(AêoXijç jupiÇofjL^vov . . . :
« il appelle profondeur ce qui va du milieu en bas.hauteur ce qui s'é- « lève, largeur et longueur ce qui s'étend depuis le centre en tra- « vers de chaque côté *. » Qui ne voit le H-, le signe du Christ, la croix carrée que les monuments nous montrent en ce temps pième sur le front des chrétiens ?
Avec Tami de S. Basile, S. Grégoire de Nazianze, il ne re^te plus l'ombre d'un doute sur la double signification du sceau sacré. Il repousse ainsi le démon dans un de ses poèmes :
c Fuis de' mon oœury 6 Trompeur, fuis au plus vite, fuis de mes membres, fuis de ma \ie... Je porte la croix dans mes membres, la croix dans mes démarches, la croix dans mon cceur : la croix c'est ma gloire !
^xaupov l{i.oî; ^ukhcct cpCptd, OTaupov os iropsiT), Sxaupov 5s xpoSCTQ • axaupo; I|jlo\ to xXso; *.
Mais cette croix^ c'est le Christ, c'est son nom, c'est le chL Dans le poème suivant : <c Kaxà tow ico«îpov, contre le Méchant » il le conjure ainsi :
€ Fuis devant Tinscription que je porte, 6 Barbare, ne m'importune pas ! Fuis, Méchant, qui n'es que méchanceté : sur moi Christ est écrit :
^vjy à'KO xàç ypajjLp.àç, & B^pêape, |jlt^ fxe Sio/Xfi, 4h^€, irovv)po< dfica; • Xpiorèç ^|jlo\ Yp«?8xai *. »
Il ne se peut rien de plus exprès, de plus décisif. Le même signe tracé sur le front ou sur les membres désigne la croix, oxaupov cplp«f>, il désigne le Christ, Xpicxbç è^oX ypa^ixai. Ce signe ne peut être que le chi de cette forme -|-, qui, nous le répétons, est sur les monuments le sceau appliqué à ceux qui sont régénérés dans le Christ. • S. Epîphane confirme merveilleusement S, Grégoire de Nazianze, et n est pas moins péremptoire. Il raconte que le patriarche des Juifs de Tibériade, Joseph, se sentant mourir, fit venir l'évêque, en le réclamant comme médecin et « lui demanda le Bain sacré, xo ër(A0^
' In ChfHsti resurreclionem, orat. I. Pair, grœc, t XLVI, col. 624. • Patrol. grœc, t. XXXVII, col. 1401.
» Col. 1402.
LA CAPPELLA GRECA . 399
« XouTpôv — Donne-moi, lui dit-il, ce sceau qui est dans le Christ, « &î)pifi(ja\ 1*01 T^v Iv XpKrctj) a^ppaY^ôot. » C'était donc le Christ qui imprimait le sceau au Baptême, le sceau à la Confirmation : c^était le chi, dessiné, nous le savons, en forme de croix.
Le même S. Epiphane parle d'une femme de Gadara qui se voyant dans ce bain public exposée aux poursuites criminelles du fils du patriarche « se signa elle-même d'un sceau au nom du « Christ, attendu qu'elle était chrétienne, ^ Se èaur^v e<T!ppaY^<ï«To e\; ^vojxa « XptcrcGu, oïa 8?) ypt<rciav9i dSoa \ i> \\ ajoute un peu plus loin que « cette « femme se donnait du secours par le sceau du Christ et de la foi,
« ôii Y^p TY)ç a^payiSo; xou'Xpicrou xai w(ffT8(«)ç sêoTjOiîOT) ^ yuvtq *.»
Ainsi le sceau du Christ, le signe du Christ, c'est le nom du Christ. Hais c'est en même temps sa croix. S. Epiphane va nous le dire expressément et amplement. « La troisième preuve, raconte-t-il, ce que Joseph (le patriarche juif) eut de la religion chrétienne, c'est « que la puissance des maléfices n'a aucune force là où est le nom a du Christ et le sceau de la croix, S^i ol»x tcx/^uaev, £vôa 5vo{ia Xpwiou xa\ « ccppa^U a-caopou, çapjxaxeiaç ouva[xii; ^. » Ce même double signe du Christ et de la croix est tout-puissant contre les démons. Joseph rencontra un jour un possédé furieux. « Prenant de l'eau dans sa « main et la marquant du sceau, <rppaY'<^«' «^^» il ©n aspergea cet « insensé disant : Au nom de Jésus deNazareth crucifié, sors de cet « homme, ô démon, et qu'il soit rendu à la santé *. » Une autre fois Joseph, étant à Tibériado aux prises avec les maléfices des juifs qui empêchaient des fours à chaux servant à la construction d'une église de s'allumer, fit ainsi l'expérience de ce que nous appelons aujourd'hui l'eau bénite. « Ayant appliqué sur le vase avec son doigt le « SCeaudelacroix,ff'caupoû <y<pp«Yt3a ImOelçtS dtYYei SiJt tou i8(oo ôaxtuXoo, et « invoquant au-dessus, ^TcixaXiaaixtvoç, le nom de Jésus, il parla ainsi: « Au nom de Jésus de Nazareth qu'ont crucifié mes pères et les « pères de tous ceux qui sont ici autour de moi, qu'il y ait dans cette « eau une puissance contre l'annulation produite par tout maléfice
* Eœres., XXX, 4.
« Hœres., XXX, 7, 8.
» Hœres., XXX, 9.
* Eœres., XXX, 10.
400 LA CAPPELLA GHBCA
« et toute magie et pour Fénergie de la puissance propre au feu, « afin d'achever la maison du Seigneur. » Il jeta là-dessus avec la main de Teau sur les fours à chaux, et la flamme s'en élança *.
Celui des Pères chez qui le signe du Christ est le plus nettement et le plus parfaitement expliqué est peut-être S. Epiphane. Il a de plus cette autorité qu'étant né en Palestine, il a puisé la tradition de ce signe au berceau du christianisme. L'éclat jeté par la sainte Croix à Jérusalem au quatrième siècle n'a pu y faire oublier ni reléguer au second plan la valeur fondamentale de ce signe, qui est d'être le monogramme du Christ.
ftufln qui passa en Egypte six ans de 374 à 380 environ, nous montre les maisons d'Alexandrie couvertes de croix. Mais ces croix ne sont que le monogramme cruciforme en qui les Egyptiens reconnaissaient leur signe de la vie, le tau surmonté d'une boucle, la croix ansée, dont une tradition sacerdotale disait que le culte devait succéder à celui des dieux. Lisons le curieux récit de Ruûn :
c II arriva, à Alexandrie, que les bustes de Sérapis qu'on voyait dans chaque maison sur les murs, aux entrées, aux jambages des portes et aux fenêtres furent tous arrachés et rasés, sans qu'il en restât aucun vestige, ni aucune désignation de divinité, ni de celle-là, ni de tout autre démon ; et qu'à leur place chacun peignit le signe de la croix du Seigneur aux jambages des portes, aux entrées, aux fenêtres, sur les murs, sur les colonnes. On dit que ce qui restait de païens voyant cela se rappela une grande chose rapportée par une antique tradition. Notre signe de la eroix du Seigneur est tenu, à ce qu'on assure, par les Egyptiens pour un des éléments de leui's lettres, parmi celles qu'ils appellent sacerdotales, Upartxaç. Ils affirment que le sens de cette lettre ou vocable est la vie à venir. Ceux donc qui, en admirant ce qui arrivait, se convertissaient alors à la foi disaient avoir appris de l'antique tradition que les objets du culte présent subsisteraient jusqu'àce qu'ils vissent venir le signe où serait la vie. C'est pourquoi les prêtres ou les ministres des temples se convertissaient plutôt à la foi que ceux dont les prestiges d'erreur et les machines de déception faisaient les délices '. d
Nous avons vu qu'à Edesse où S. Ephrem explique les mystères de «Tusagede la croix», cette image est précisément le monogramme cruciforme.
En Syrie^ entre Antioche, Alep et Apamée, sur un espace de
VHœres.. XXX, 12.
* Historia ecclesiastica^ 1. Il, cap, XXIX. PatroU iat., t. XXI, col. 537.
LA CAPPELLA GRECA 401
trente à quarante lieues, M. de Vogué a rencontré les restes debout d'un grand nombre de villes et de villages subitement abandonnés, paraît-il lors deTinvasion musulmane : sorte de Pompéi chrétienne, du quatrième siècle et des suivants. Le monogramme et la croix s'y montrent à tous les pas ^ C'est la double forme du signe du Christ, où chacun savait en même temps lire son nom et reconnaître sa croix, cette double forme, dis-je, dont le monogramme cruciforme était le résumé 5 Edesse.
• S. JeanChrysostome,à AntiocheouàConstantinople, et S.Jérôme, à Bethléem^ semblent ne connaître que la croix comme signe du Christ. Le premier écrit ces magnifiques paroles :
« Que pei^onne ne rougisse des symboles augustes denotre salut et du principe des biens par lesquels nous vivons et nous sommes ; mais, comme une couronne, portons en tous lieux la croix du Christ. CTest par elle en effet que tout ce qui nous concerne 6'acc9mplit. S'il faut être régénéré, la croix est là ; s'il faut être nourri de Taliment mystique, s'il faut recevoir Timposition des mains ou faire quelque autre chose, partout est présent à nous ce symbole de victoire. C'est pourquoi sur ijos maisons, sur les murs, sur les fenêtres^ sur nos fronts, sur nos esprits mêmes p.ous récrivons avec empressement. C'est là le signe de notre salut, delà commune I berté,de la mansuétude de notre Seigneur, qui comme une brebis a été conduit à lu boucherie. Lors donc que tu te marques du sceau, a^pay^^r], songe atout ce que représente la croix et éteins la colère et toutes les autres passions. Lorsque tu te marques du sceau, remplis ton front d'une grande assurance et rends libre ton
âme Il ne faut pas tracer la croix simplement avec le doigt, mais tout d'abord
avec la volonté dans une grande foi. Si tu en formes ainsi le type, Ev-ru;cciS<77)ç auT^v,
sur ta face, aucun des démons impurs ne pourra tenir près de toi Ne rougis
donc pas d'un tel bien^ afin que le Christ ne rougisse pas de toi quand il viendra avec sa gloire, et que le Signe apparaîtra devant lui plus brillant que les rayons du soleil * — • .
c Les rois, déposant leur diadème, prennent sur le front le symbole de sa mort : sur les vêtements de pourpre est la croix; sur les diadèmes, la croix; sur les objets votifs^ la croix ; sur les armes, la croix ; sur la table sacrée, la croix; et de toutes parts dans l'univers la croix resplendit plus que le soleil. Son lit de repos sera un monument d'honneur ' ».
S- Jérôme, suivant le commentaire d'Origène et des juifs chrétiens, chez qui Origène s'était renseigné, sur le passage d'Ezéchiel
' Revue archéologique^ avril 1863.
» In Mat th., UV. Patrol. firme, t. LVIII, col. 537.
* Contra Judœos et Oe>\^iles quod Chriaius ait Deus. Ibid., 1. 1. Oper. col. 824.
402 LA GAPPKLLA GRECA
relatif au signe des élus, écrit à son tour : « La dernière lettre de « Talphabet hébreu, le thau, a la ressemblance de la croix qui est « peinte sur le front des chrétiens * et dont le signe est souvent « dessiné par leur main '. » Il montre S. Antoine qui c< arme son <( front de Fimpiression du signe salutaire» contre le démon déguisé en hippocentaure '; S. Hilarion qui, aux prises avec les démons, tombe à genoux et « met conune un sceau la croix du Christ sur sou (c front ^ ; » sainte Paule qui, à la mort de son mari et de ses filles étant toujours en péril elle-même, « signe sa bouche et son estomac a et s'efforce d'adoucir la douleur de sa mère par Fimpression de la « croix ^ » Il écrit à Eustochium, fille de Paule : « A tout acte, à « toute démarche que ta main dessine la croix du Seigneur ^ ; » et à la vierge Demédriade : « Clos la chambre de ta poitrine et munis « ton front avec le signe souvent répété de la croix, pour que Fange « exterminateur d'Egypte n'ait pas de prise sur toi \ »
Hais, d'autre part, S. Jean Chrysostome attribue au nom du Christ les mêmes propriétés, le même rôle qu'à sa croix, et il le montre pareillement resplendissant comme un diamant sur le front des chrétiens :
« Et quoi que vous fasiiet en parole ou enœuvre,dit S. Paul, que tout soit au nom de Nôtres Seigneur Jésua-Chriet, en rendant grâce par lui au Dieu et Père, Si nous faisons ainsi il n'y aura rien de souillé, rien qui ne soit pur là où le Christ sera invoqué. Si vous mangez, si vous buvez, si vous contractez mariage, si vous allez loin de votre maison, Mtes toutes choses au nom de Dieu, c'est-ii-dire en l'appelant à votre aide. En toutes choses priez-le d'abord, puis mettez la main à l'œuvre. Voulez-vous parler ? Commencez par faire ainsi. C'est pourquoi nous aussi nous mettons en tète de nos lettres le nom du Seigneur. Car si les noms
des consuls rendent un écrit inébranlable, combien plus le nom du Gbrist !
Là où on place le nom de Dieu, tout est de bon augure. S'il met en fuite les démons, s'il chasse les maladies, à plus forte raison fera-t-il le succès des affaires.... Par ce nom l'univers a été converti, la tyrannie a été brisée, le diable a été foulé
^ Avec l'huile sainte.
« In Ezech., IX, 4.
' Vita S. Pauli, 7.
* Vita S. Bilarionis, 6.
^ Epitaphium Paulœ, ad Eustochium, 20.
« Epist. XXII, 37.
• Epist. OXXX, 9. •
LA CAPPELLA ^a«CA 40S
aux pieds, les deux ont été ouverts. Que dis-je, les cieux? Nous-xfiémes nous avons étérégénéréfi par ce nom. Si nous Tavons, nous resplendissons. Il fait et les martyrs et les confesseurs. Conservons-le comme notre grand don, afin que nous levions dans la gloire, (|ue nous plaisions à Dieu et que nous soyons dignes des biens promis à ceux qu'il aime, la grâce et la philanthropie (l'amour de Vhomme par Dieu) '.
L'identité du signe représentant la croix et de celui re{)résentant le nom du Christ ressort naturellement des textes comparés de S. Jean Chrysostome. N'est-elle pas également insinuée dans ce passage de S. Jérôme comparé au précédent :
c Maintenant les voix et les lettres de toutes nattons font entendre la passion
du Christ et sa résurrection La barbarie des Besses (de Tkraçe) et les ti'oupes
des peuples couverts de peaux qui jadis immolaient les hommes aux dieux infernaux ont rompu leurs cris sauvages pour faire une douce mélodie de la croix et le monde entier n'a qu'une voix, le Christ, stridorem suum in dulce crucis fregeru^H melûs, eltctius tmmdiunavox Chri8tU8 0si\ r>
La tradition sur le monogramme comme signe premier du Christ ne persistait pas moins en Occident qu'en Orient.
Un texte semble tout d'abord, il est vrai, la contredire. Dans l'inscription du Constgnatonum attenant au baptistère de la basilique vatieane, lieu où, à la Confirmation, le Pontife marquait du signe les enfants, c'est-à-dire les néophytes, ubi Pontifex consignabcU infantes, dans cette inscription, dis-je, attribuée à S. Damase, constructeur du baptistère, et qui est de son temps, le signe du Christ ne porte que le nom de « croix ».
Istic insontes cœlesti flvmine lotos
Posions svmmi dextera signot oves.
Hue, vndis generote, veni, quo Sandvs, ad vnvm
Spiritvs vt copias te sva dona vocat, Tv, Crvce svscepta, mvndi vitare procellos
Disce magis monitos hoc rotione loci '.
1 In Epist. ad Colosê., cap. IIL Homil. IX ad finem.
* Epist, LX ad Heliodorum, 4. An. 396.
' L'inscription a été publiée par M. de Rossi, De iU. carth», p. 520. Il lit monitus (Bulletino, 1867, p. 88) là où le ms. donne monitos. Monitos pouvant rigoureusement s'expliquer, nous le maintenons, d'après la règle critique qu'il faut préférer une leçon difficile à une leçon facile, et parce que monitw est une faute trop criante contre la prosodie.
404 LA CAPPELLA GREGA
€ Cest ici que la droite du Pasteur suprême marque du signe les brebis imiocentes lavées dans le fleuve céleste. Engendré de l'eau, viens en ce lieu où le Saint-Esprit t'appelle, pour recevoir absolument tous ses dons. Ayant pris sur toi la croix, apprends de plus en plus que ceux qu'avertit la destination de ce lieu évitent les tempêtes du monde, i
Mais Tallusion évidente au texte de S. Paul : Loin de moi de me glorifier autre part que dans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, parce que le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde. Dans le Christ Jésus. ^, il y a une nouvelle créature *, et le souvenir assez clair aussi de la doctrine de tant de Pères, professée à Rome par S. Hippolyte, que le vaisseau de l'Église échappe aux tempêtes du monde parce qu'il est en forme de croix, mais de croix carrée ou chi, + ', montrent bien que le nom du Christ, au lieu d'être exclu par la croix, dans l'inscription du Consignatorium, doit bien plutôt y être compris. La croix faite là sur le front des néophytes était en effet, tant de monuments nous l'ont montré, cette croix carrée. H-, que nous savons être le monogramme du Christ. S'il pouvait y avoir du doute sur cette extension du texte tu, cruce suscepta, ce doute serait écarté par les textes contemporains eux-mêmes.
Rappelons-nous les paroles si décisives de S. Ambroise dans l'oraison funèbre de Yalentinien :
c Mon Yalentinien, mon jeune 'homme est blanc et vermeil^ ayant sur lui l'image du Christ... Ne voyez point là d'ii^ure : les jeunes esclaves portent inscrit sur leur corps le caractère de leur seigneur et les soldats sont marqués du nom de l'empereur... Qu'il me soit donc permis de marquer du caractère du Christ son jeune esclave '. i
S. Ambroise dit ailleurs, en conmientant la Genèse :
c Ceux-là sont enfantés en qui est formée l'image du Christ... Aussi l'Épouse en qui était déjà formé le Christ, dit : Place moi comme un sceau sur ion cosur,
^ * Gai., VI, 14, 15.
' De Christo et Aniichristo, LIX. — M. de Rossi dit des deux derniers vers : « Ces paroles font allusion à des images qui avertissaient le néophyte d'éviter les orages de ce monde. La mer et le navire battu par la tempête avaient donc leur rôle dans les décoi-atlons du fameux édlGce baptismal où était conservée la chaire de S. Pierre, i Bulleiino, 18G7, p. 88. Il y a au moins une allusion à la croix, forme du navire qui échappe aux tempêtes ; et peut-être est-ce la seule.
> Patrol. lat, t. XVI, col. 1376.
LA CAPPELLA GREGA 405
comme un sceau sur ion hraa (Cant.VIII, 6). Le Christ est un sceau sur le front, c'est un sceau sur le cœur, aignaeulum Christus in fronte est, signaculum in corde^ sur le front pour que nous le confessions toujours, sur le cœur pour que nous Taimions toujours : c'est un sceau sur le bras pour que nous le traduisions toujours en œuvres... Qu'il soit notre tète car la tête de l'homme c^est le Christ, ipse sit caput nostrum^ quia caput viri Christus *. »
Avec cela S. Ambroîse ne laisse pas d'entrevoir dans le « caractère du Christ, » c'est-à-dire dans son monogramme, la figure de sa croix. Ne dit-il pas, à la suite de l'auteur de l'épitre attribuée à S. Barnabe, en parlant des 310 serviteurs d'Abraham : « Il s'ad- « joignit ceux qu'il juga dignes d'être du nombre des fidèles qui « devaient croire en la passion de Notie-Seigneur Jésus-Christ. Car « la lettre grecque T signifie 300, et IH exprime un total de 48 *. » T c'est la croix, IH sont les initiales de Jésus. Les fidèles sont donc marqués à ce double cachet; la croix est l'associée du monogramme du Christ ; et S. Ambroise ne s'abstenait pas sans doute de la reconnaître avec tout le monde dans le monogramme même qui la dessinait.
S. Paulin qui, à Milan, en 394, écrit de S. Ambroise à Alypîus, son propre ami et celui de S. Augustin : « J'ai été toujours nourri « dans la foi par la dilection d' Ambroise, et maintenant par elle je « suis reconforté dans l'ordre du sacerdode : enfin il a voulu m'at- « tacher à son clergé pour que dans les divers lieux où je passerai « ma vie, je sois son prêtre % » S. Paulin écrit à Noie, en 401, en suivant les pas de S. Ambroise : « Abraham ne vainquit pas les « princes ses adverss^ires par la multitude et le courage des légions, « mais par le sacrement de la croix dont la figure est représentée « par la lettre grecque T indiquée par le nombre 300 *. » 11 appelle la oroix « le signe du Seigneur, de signo Domini *, le signe céleste, « signum... cœleste^. » Mais nous avons dit qu'il distingue deux sortes de croix, et voit la croix non-seulement dans le tau, mais
' De Isaac et anima, cap. VIII. PatroL lat,, t. XIV, col. 530
*L, de Abrah,, cap. II.
» Patrol lat., t LXI, Epist. IH, col. 463.
* Epist. XXIV, ad Severum, col. 300.
* EpUt: XXIII, ad Severum, col. 336.
* Ihid., col. 337.
406 LA CAPnaLLA grega
encore dans le monogramme du Christ. Donnons ici avec tous ses précieux développements, tout son importantet varié symbolisme, le texte de S. Paulin sur la croix. Un voleur ayant enlevé la croix de l'autel de la basilique de Noie qui, à l'inverse du labarum de Constantin, offrait en bas de la tige d'une croix latine le monogramme dit constantinien, S. Paulin, dans son poème sur la récupération miraculeuse de cet étendard sacré, écrit, en 404, cette admirable page :
< Je parlerai tout d'abord, puisque mon sujet le demande, des dessins de la crohi et dirai comment la peinture a coutume de la figurer de deux manières, ou avec une transenne à deux cornes sur un bâton droit^ou déployée au moyen de trois verges en cinq cornes, l.a forme de la croix ofire en son arrangement deux aspects. Tantôt elle présente sur un mât de navire Tapparence d'une antenne, c'est-à-dire la lettre qui chez les Grecs a coutume de désigner le nombre 300, dont la tige unique a transversalement au sommet une barre en forme de jong (T). Tantôt cette même croix, composée avec un appareil différent, fa,ït entendre comme en son monogramme le nom du Christ Seigneur (Jl)j car le signe qui dansles chiffres de numération des Latins désigne le nombre dix (X) est le chi de Talphabet des Grecs. Au milieu est le rho (P), dont la cime a un sigma (o) qui, courbé vers la tige où il s'applique, fait un 0 en exécutant une espèce de cercle. La ligne droite penchée (X) fait un I, qoi chez les Grecs s'appelle iota. Cette même tige s'en allant en arrière par un trait court T forme un l«ii. Et ainsi les six lettres (G P I C T G C), exprimant le Nom qui est au dessus de tous les noms, sont réunies dans une seule figure, et trois verges forment un seul caractère. Etant un il dessin^ en même temps six lettres, de sorte qu'en son unité et avec ses trois verges il signifie que le Seigneur est trine et un tout ensemble. Et Dieu est dans le Christ que la concorde des trois pensées divines a fkit naître pour nous revêtu d'un eorps. C'est là le mystère de ces deux verges (X) qui sont inclinées avec des faites également étendus et qui, attachées et cohérentes par une embotture médiane, regardent leurs extrémités d'en bas qui sont écartées, de leurs sommets pareils. Au point où elles se rencontrent, c'est-à-dire au milieu, une verge, telle qu'un sceptre royal.s'élève au-dessus plus superbe, signifiant que le Christ Dieu règne sur toutes choses, lui qui, étendant sa croix par les quatre exti:émités du bois, atteint avec leurs quatre parties les dimensions de l'univers pour attirer de tous ses lK>rds les peuples à la vie. Et parce que le Christ, Dieu qui est tout, est devenu pour tous, par la mort de la croix, le commencement de la vie et la fin des maux, V Alpha entoure la croix avec l'Om^^a, l'une et l'autre lettre formant avec trois verges deux figures diverses de trois lignes (A co), cai* c'est la perfection qu'un esprit unique et une triple iorce. C'est V Alpha aussi pour moi et c'est l'Onu^a, le Christ, qui, embrassant également 'es extrémités.de ce qui est en bas et do ce qui est en haut jusqu'aux dernière limites, a conquis en vainqueur les lieux itifemaux et
LA CAPPELLA 6REGA 407
aussi les lieux célestes, et, brisant les abîmes, a pénétré dans lès deux ouverts, n4>portant, après avoir dompté la mort, le salut Tictorieux. Dès que la victoire l'a eu réuni à la droite du ^ère, il a placé sur le trône céleste le trophée de son corps et fixé par-dessus tous les astres Tétendard de sa croix.
Cette image donc que le voleur, agité vainement des furies de l'avarice, avait emportée avec sa main polluée de la maison sainte, elle est ainsi disposée par Fart d*une manière admirable, qu'elle représente l'une et l'autre effigie de l'éternelle croix A celle qu'une double barre compose de son poids solide est jointe
en bas, à l'extrémité du métal prolongé, une petite couronne entourée de gemmes vaiiées : c'est aussi la croix du Seigneur, qui, ceinte, comme d'un diadème^ resplendit avec l'image étemelle du bois vital *. i
Ante tamen, quia res h<ec postulat, ipsius instar Enan*abo crucis, qualem et pictura biformem Pingere consuevit, baculo vel stante bicomem Vel per quinque Iribus dispansam cornua virgis. Forma cruels gemina specie componitur ; et nunc Antenn» speciém navalis imagine m/ili Sive notam grxds solitam signare trecentos Explicat existensy cum stipite figitur uno, Quaque cacumen habet transverso vectejugatur, Nunc eadem crux dissimili compacta paratu Etoquitur Dominum tanquam monogrammate Christum, Nam nota, qua bis quinque fwtat numerante Laiino CalculuSy hscgrxcis Chi scribituret mediataBho. Cujus apex et Sigma tenet^ quod rursus ad ipsam Curvatum virgam facit 0 velut orbe peracto. Nam rigor obstipus facit quod in Hellade Yota est. Tau idem sty^lus ipse brevi rétro -a eumine ductus Efflcit, atque ita sex, quibus omni nomine Nomen Celsius exprimitur^ coeunt elementa sub uno Jndice, et una tribtu firmatur littera virgis, Sex itaque una notas simul exprimit, ut tribus una Significet virgis Dominum simul esse ter unum. Et Deus in Christo est^ qi^em sumpto corpore nasci Pro nobis voluit trinss concordia mentis, Idque sacramenti est, gemina quod in utraque virgx Ut deducta pari fastigia fine supinant, Infra autem distante situ parili pede constant, Affixaque sibi média compage coharent, Etparibus spectant ddscreta cacumina summis, His intermedio coeuntibus insista puncto Virga velut sceptrum régale superbius extat,
406 LA CAPPELLA GRBCA
S. Paulin, dit M. de*Rossi, à propos de ces vers, indique manifestement qu'il faut reconnaître proprement la croix dans la lettre chi, crucem in ipsa proprie littera + agnocendam esse aperte significat '.
Nous comprendrons maintenant le sens de quatre épigrammes célèbres de S. Paulin, lequel a pu échapper à plus d'un archéologue.
Au-dessus de la porte d'une des cinq basiliques conjointes formant son église cathédrale, il avait fait peindre « le signe du Sei- « gneur, de signo Domini super ingressum picto, » accompagné de ccfs trois vers • :
Signifkans legnarc Deum super omnia Christum
Qui cruce dispansâ per quatuor extima ligni
Quatuor ailingit dimensum partibus orbem
Ut trahat ad vitam populos ex omnibus oris.
Et quia morte crucis cunctis Deus omnia Christus
Exstat in exortum vitx^ finemque malorum^
Alpha crucem eircum^taty et w, tribus utraque virgis
Littera diversam terna ratione figuram
Perficiens, quia per fectum est mens una^ triplex vis.
Alpha itidem.mihi Christus et w, qui summa supremis
Finibus excelsi pariter complexus et imi
Victor et infema et pariter cœlestia cepit^
E/fractisquc abyssis cœlos penetravit apertos
Vîctricem referens superata morte salutem,
Utque illum Patries junxit Victoria dextrx,
Corporeum statuit cœlesti in sede tropœum,
Vcxillumque cruci super omnia sidéra fixit.
nia igitur species quam fur agitatus avaris ïncassum furiis pendente refixerat unco Pollutaquc manu sançta amandaverat aula^ Hoc opère est perfecta modis ut consita miris jEtems crucis efftgiem designet utramque.,, Huic autem solido quam pondère régula duplex Jungit^ in extrema producti calce metalli Parva corona subest variis circumdata gemmis Hxc quoque crux Domini tanquam diademate dncta Emicat xtema vitalis imagine ligni,
Poema XIX, v. 608-676.
« De tit. carth., p. 523.
« Ibid., col. 336.
LA CAPPELLA GRECA 409
Cerne coronatam Domini super atria Christi Stare Crucem duro spondentem celsa lahori Prxmia : toile Crucem^ qui vis auferre coronam.
a Contemple sur cet atrium la croix couronnée du Christ Seigneur : ello promet à un dur labeur une haute récompense : porte la croix, toi qui veux enlever la couronne. i>
A rentrée d'un autre basilique, << à droite et à gauche, avec des croix peintes en vermillon, » « il y a, écrit le saint lui-même, « ces épigrammes * :
Ardua floriferx Crux cingitur orbe coronœ,
Et Domini fuso tincta cruore rubet, Quxquc super signum résident cœleste columbx
Simpîicibus produnt régna patere Dei.
a La croix élevée est ceinte du cercle d'une couronne ti'essée de fleurs : elle est rouge étant teinte du sang que le Seigneur a versé. Les colombes qui reposmt sur le signe céleste montrent que c'est aux simples qu'est ouvert le Royaume de Dieu. »
Hac Cruce nos mundo et nabis interfice mundum^
Interitu culps vivi/lcans animam.
Nos quoque perfides placitas tibi, Christe^ columbas,
Si vigeat puris pars tua pectoribus.
t Par cette croix fais-nous mourir au monde et le monde h nous, en vivifiant l'âme par l'anéantissement des fautes. De nous aussi tu feras des colombes qui te plairont, 6 Christ, si en des poitrines pures tiioraphe ton influence. •
Enfin, à Tabside d'une des basiliques ornée d'une mosaïque, où parmi les palmes et la pourpre, insignes du triomphe, on voit en bas l'Agneau de Dieu, pierre angulaire de l'Église, debout sur un rocher d'où s'échappent quatre sources sonores, « fleuves de vie, « Évangélistes du Christ, » apparaissent en haut une couronne encadrant une croix, sur la couronne la colombe du Saint-Esprit et sur la colombe une image du Père se rapportant à cette scène qui suivit l'entrée triomphale à Jérusalem : Jésus leur répondit (à André et à Philippe), disant : t heure est venue où le Fils de l'homme sera glorifié... Père, glorifiez votre nom. Une voix vint donc du ciel: Et je Pai glorifié et je le glorifierai encore. La foule qui était debout et qui
' /l»»d., col. 337.
410 LA CAPPELLA GRECA
avait entendu la voix, disait que c'était un coup de tonnerre \ Sur les monuments chrétiens, cette scène est rappelée par une main * émergeant d'un nuage au-dessus de la tête du Christ, le montrant du doigt et lui apportant une couronne '. Le tableau en mosaïque de la basilique de Noie, était expliqué par une épigramme commençant par ces vers * :
Pleno coruscat Trinitas mysterio\^ Stat Christus Agno, vox Patris cœlo tonaty Et per Columbam Spiritus Sanctus finit.
Crucem corona lucido cingit globo^ Gui corons suru corona Apostoli^ Quorum figura est in columbarum choro.
ff La Trinité brille pleinement dans ce mystère : le Chr>st est debout en agneau, la voix du Père tonne du haut du ciel, et par la colombe découle la rosée de TEsprit-Saint. Une couronne ceint la croix de son globe lumineux : cette couronne a pour couronne les Apôtres représentés par un chœur de colombes, t
Cette croix inscrite dans une couronne est, selon toutes les probabilités, la croix de la seconde forme indiquée par S. Paulin, le monogramme du Christ. Dans les nombreux exemples, en effet, où on voit les colombes — qui d^ordinaire sont deux, figurant le Judaïsme et la Gentilité — en rapport avec la mystique couronne, cette couronne contient toujours le monogramme \ Le monogramme constanlinicn est escorté de six colombes d'un côté, de six de
» Joan., XII, 23-29.
* a Votre droite, Jéhovah, a été magnifique en force, » chantait Moïse, Exod. XV, 6.
' Mosaïque des Saints-C6me-et-Damien, vers 530. Ciampini, 1. 11, tab. XVI. •— Mosaïque de Saint-Apollinaire, vers 567. Ibid., tab. XXIV.
^ PatroL lat.f col. 336'. La mosaïque de l'abside de la' basilique de Fondi était pareille en somme. Mais les Apôtres manquaient ; et, aux côtés de TAgneau, il y avait à droite, les brebis, les élus; à gaucho, les boucs/ les réprouvés. Voir répigramme de S. Paulin, col. 339.
* Aringfai. 1. 1, p. 311, sarcophage du dmetiàre du Vatican. — Ici pi. XII, 1. Un sarcophage du Musée de Latran présente le même sujet, et aussi un sarco*phage du Musée d'Arles, Millin, pi. LXV, 3. Contentons-nous de signaler encore quatre inscriptions datées de 378, 384 oa 385, 409, 431 , dans les Inscript, christ, de M« de Rossi, et, pour finir, Tépitaphe de la lyonnaise Merula. M. Le Blant, Inscript» chrèt,, pi. 8, 33.
LA CAPPELLA GREGA 411
l'autre, sur la frise d'un sarcophage d'Arles *. C'est lui qu'on voit dans la couronne remplaçant la figure du Christ, au milieu des figures des douze Apôtres ^ Le monogramme cruciforme est au milieu de douze colombes et encore de douze agneaux sur une table d'autel gallo-romain du musée do Saint- Germainen-Laye, dont nous parlerons plus loin. Sur une des ampoules de Jérusalem conservées à Monza, le monogramme a cette forme -h, au milieu d'une zone circulaire offrant les têtes des douze Apâtres •. Que ce monogramme du Christ, où apparaît sa croix, convient bien, d'ailleurs, comme insigne, à une basilique que S. Paulin nous dit être « dédiée au nom du Christ Seigneur, Basilica,:. « in nomine Domini Christijam dedicata celebratur! * »
Pendant que S. Paulin de Noie s'exprime ainsi sur le signe du Christ au midi de l'Italie, écoutons ce que dit au nord S. Zenon de Vérone. Comment ne pas donner ici en entier ses précieux textes déjà cités et commentés? A la dédicace de §on église il fait une description du temple vivant des fidèles, dont le temple matériel est l'image mystique. Ce temple vivant a pour colonnes les sept dons du Saint-Esprit; il a trois parties unissant l'unité à la plénitude selon le texte de S. Jean : Il y en a trois qui renderit témoignage sur la terre, tesprit, l'eau et le sang, et ces trois sont un %• il a un lieu secret au sanctuaire, celui du cœur et de la prière, d'après le mot du Christ : Priez votre Père dans le secret %• il a douze portes, trois sur chacune des quati*e faces du corps : le front, je pense, la bouche, la poitrine sur celle de devant; les bras, les flancs et les jambes sur les côtés ; le cou, les épaules et les reins sur la face postérieure : toutes portes gardées contre le démon par le bois de la croix, puisque tout le corps était oint à la Confirmation et que l'onction se faisait en forme de croix. La croix I il semble qu'on la retrouve dans ce bois que S. Zenon adjoint au pain eucharis-
* Bfillin, pi. LVI, 6.
« AriDghi, 1. 1, p. 311 ; Millin, ph LXY, 3.
' Mozzoni, Tavole chronologiche-criiice délia êtoria délia chiesa univertale, VU» secolo.
* Co. 335.
» I Joan., V, 8.
« Matth., VI, 4.
tique et qu'il parle du signe dont était marqué le pain. Si c*est le coffret dans lequel on emportait TEuçharistie qu'il indique, il ne laisse pas de faire allusion probablement au bois sacré représenté sur TEucharistie elle-même. Yoici les paroles de S. Zenon :
c Tressaillez donc d'allégresse et connaissez pir ce nouvel édlûce, dont votre heureux nombre a rendu ]a capacité étroite quelle construction vous êtes vousmêmes....
Dans les fondements de tout cet édifice il n'y a pas plusieurs pierres comme dans le Temple des juifs, mais une seule pierre, grande, éclatante, précieuse et belle qui soutient seule toute la masse de la tour carrée ( Ephes. 11, 20). La tour n*est pas desservie par des files variées de colonnes innombrables et puissantes. Sept colonnes lui suffisent. Elle ne contient point de mer d'airain : elle a la mer vive de sa source qui coule toujours, mer qui ne doit pas causer de naufrages, mais conduire les naufragés à une vie suave. Elle n'a ni or, ni argent : les martyrs sont tous ses trésors. Elle ne demande pas la lumière au.x fenêtres: en elle réside le soleil éternel Elle a trois parties inestimables dans Tunité de sa plénitude (ine:timabilia unius pîeniiudinis tria iîli sunt membra)^ un lieu secret {secretarlum) et douze portes toujours ouvertes que défend de l'attaque de l'ennemi un bois proéminent, ayant la fora\e de la lettre tau. Chose vraiment admirable ! Chaque jour le temple est construit, chaque jour il a sa dédicace : de moment en moment il est émaillé de fleurs peipétuelles ,et de gemmes diverses, de pierres (précieuses), de perles; et, comme c'est une œuvre vivante, il n'a point d'autre toit que le ciel.
c Je dirai ensuite quel salaire, quelle ration y estdislribuéechaque jour.Atous on donne également un pain avec le bois, l'eau avec le vin, le sel, le feu et l'huile, la tunique neuve et un denier ; et celui qui le reçoit de bon cœur et, reçu, ne le néglige pas, mais qni persévère dans le travail jusqu'à la fin, la tour étant achevée, il demeurera toujours en elle et possédera des richesses innombrables *. »
Le denier baptismal va revenir deux fois : d^abord dans cette invitation sacrée aux catéchumènes :
f Accourez, accourez, frères, vous serez bien lavés ! L'eau vive tempérée par l'Esprit-Saint et un feu très doux, vous invite de son caressant murmure. Déjà le maître du bain, ayant ceint ses reins, vous attend, prêt à vous donner ce qu'il faut pour l'onction et pour essuyer vos membres, et de plus le denier d'or marqué de trois empreintes unies ensemble {triplicis numismatis unione signatum)'. Réjouissez-vous donc ' ! y>
* Lib. I, tract. XV. Patr. lot., t. XI, col. 356« » Lib. n, tract. XXXV, col. 480.
LA CAPPELLA GRECA ^ 413
Puis dans ces congratulations aux néophytes :
« Salut, frères, nés aujourd'hui dans le Christ.... 0 grande Providence de notre Dieu! 0 charité pure d'une bonne Mère !.... Pour que rien d'adultérin ne soit enfanté par elle, pour qu'elle ne paraisse pas aimer plus ou moins tel enfant, elle donne à tous une seule nativité, un seul lait, une solde unique, une seule dignité, celle de l'Ësprit-Saint ^. ]»
Le signe du Christ apparaît donc dans S. Zenon comme un T et comme la marque du denier, ^ ; et Ton voit que c'est le monogramme du Christ en même temps que sa croix.
Et maintenant nous allons comprendre des textes de prime abord ambigus, j'allais dire presque inintelligibles, de Prudence.
Dans son Hymnaire quotidien^ Cathemerinoriy composé Tan 405, il adresse avant le repas cette prière au Christ :
0 crucifer bone, lucisator^ Omniparens pie, Verbigena, Edite corpore virgineo, Sed prius in genitore potens, Astra, solum, mare quam fièrent,
Hue nitido precor intuitu Flecte salutiferam faciem, Fronte serenus et irradia Nominis ut sub honore tui Has epulas liceat capere.
Te sine dulce nihil^ Domine, Nec juvat ore quid appetere, Poeula ni prius atque cibos, Christe, tuus favor imbuerit^ Omnia sanctificante fide.
Fereula nostra Deum sapiant Chrisius et influât in pateras, etc,
c 0 porte-croix plein de bonté, semeur de la lumière, pieux auteur de toutes choses, Verbe incamé, produit d'un corps virginal, mais déjà puissant dans le sein du Générateur avant que les astres, le sol terrestre, la mer, fussent faits.
Incline ici, je t'en prie, avec un regard souriant, ta face salutaire, envoie-nous plein de sérénité les rayons de ton front, afin qu'étant sous l'honneur de ton Nom il nouQ soit permis de | rendre ces mets.
€ Sans toi rien n'est doux, Seigneurj et il n'y a point de charme à approcher
» Ub. II, tract. XLD, col. 491.
444 I^ GAlPPELLA GREGA
quelque chose de ses lèvres, si d'abord les coupes et les aliments n'ont été imprégnés de ta faveur, 6 Christ, la foi sanctifiant toutes choses.
f Que nos plats aient la saveur de Dieu^ et que le Christ pénètre dans nos coupes etc. *. »
Comment le Christ est-il appelé du premier mot, avant qu'il soit question de la Création et de Tlncarnation, « porte-croix, » si ce n'est que son nom figure cette croix que ses épaules doivent porter, que la croix est attachée à son nom et identifiée à ce nom même ? J'avoue que je ne puis comprendre cette expression crucifer si elle ne se rapporte pas au monogramme du Christ, X, qui est en même temps la figure de la croix. C'est le Christ, c'est son nom dont il est question dans tout le début de cette prière, selon la prescription de S. Paul, à l'occasion spéciale des repas : Rendant toujours grâces pour toutes choses, au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, au Dieu et Père ^ C'est le monogramme du Christ que nous trouvons le plus souvent sur les fonds de coupe ; et le voici précisément, avec la forme + du chi et de la croix, sur trois cuillers romaines d'argent, du cinquième ou du sixième siècle, portant les noms des trois propriétaires Alexandre, Faustus, Quadragesima '. Trois cuillers d'argent de ce même temps, trouvées à Bordeaux, présentent le monogramme cruciforme *. Voilà qui explique bien le crucifer qui commence le Bénédicité de Prudence.
U Hymne de Prudence après le repas finit par cette strophe :
Nos semper Dominum Patrem fatentes
In te, Christe Deus, Deum loquemur unum,
Conatanterque iuam crucem feremus,
« Nous, reconnaissant toujours le Père pour Seigneur, nous proclamerons, en vous, 6 Christ-Dieu, un Dieu unique, et nous porterons avec constance votre croix •. »
Etant fc dans le Christ n , c'est-à-dire marqué du signe du Christ, de son monogramme, on porte sa croix : in te, Christe... iuam cru-
* Cathemwrinon, Ul, v, 1-17.
» Ephes., V, 20.
3 Bulletino, 1868, tav. VIU.
* M. E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t II, p 370 » Cathemerinon, IV, v. iOO-'i.
LA CAPPELLA 6REGA 415
cem feremus : n'est-ce pas que le monogramme et la croix sont tout un?
Dans V Hymne avant le sommeil, il y a un mélange du nom du Christ et de sa eroix^ une sorte de confusion des deux par une substitution brusque de Tun à l'autre qui déroute en apparence le discours et le rend incompréhensible à première vue. Tout s'explique, tout devient clair, et ce jeu de mutation est un vrai charme si Ton songe que le signe *de la croix et le signe du Christ sont le même signe. Voici le texte de Prudence :
Christus
Huic inclitus perenne Tribuit Pater tribunal^ Hune obtinere jussit Nomen supra omne nomen.
Hic prmpotens cruenti Extinctor antichrisH
. . . Qua) (bestia) sacratnm Prœ ferre nonwn ausa est, Imam petit gehennam Christo perempta vero,.,
Cultor Dei mémento Te fontis et lavacri Rorem subisse sanetum, Te chrismate innotatum
Fac, cum vacante somno Gastum petis cubilCy Prontem iocumque cordis Cruois figura signet
iJrux peint omne crimen, Fugiunt crucem tenebrx :
Tali dicata signo Mens fluctuare nescit
Procul, 0 procul vagantum Portmta somniorum, Procul esta 'pervicaci PrsBstigiator astu I .
0 tortuose Serpens Qui mille per meandros Fraudesque fluctuosas Agitas quieta corda,
416 LA CAPPELLA GRECA
Uùcede, Christus hic est.
Hic Christus «/, liqucsce :
Signum qnod ipse nosU\ Damnât tuam catervam.
Corpus licet faticescens Jaceat reclinepaultum, Christum tamen sub ipso Meditabimur sopore.
€ Le Cbrist... . C'est à lai' que le Père connu de tous a concédé le tribunal perpétuel, à lui qu'il a ordonné de porter un Nom au-dessus de tous les noms. —
C'est lui le destructeur tout-puissant du sanglant Antéchrist — La Bête qui a
osé prendre sur elle son Nom consacré % s'en va au fond de la géhenne^ anéantie par le Christ véritable
c Adorateur de Dieu, souviens-toi que tu as passé sous la rosée sainte de la fontaine et du Bain, que tu as été marqué avec le chrême.
<L Quand donc à Tappel du sommeil tu gagnes un lit chaste, que la figure de la croix scelle ton front et la place de ton cœur.
cLa croix chasse tout crime ; les esprits do ténèbres fuient la croix: consacré par an tel signe l'espnt ne connaît plus de fluctuations.
« Loin, loin les prestiges des songes errants, loin le Trompeur aux fourberies obstinées !
c 0 Serpent tortueux qui par mille méandres et par des fraudes survenant à flots agites les cœurs en repos,
a Va-t-en, le Christ est ici ! Le Christ est ici, évanouis -toi ! Le signe que tu connais bien condamne tes cohortes.
c Si notre corps qui s'afiiEiise git un moment couché^ même dans le sommeil nous méditerons le Christ '. §
« Le Christ est ici, CHRISTVS HIC EST, » c'est ce que nous lirons dans un siècle, au temps de Clovis, sur les bras d'une grande croix ayant au haut la boucle du rho, qui est gravée sur une tombe en Bourgogne ^ C'est le monogramme cruciforme disparaissant dans la croix, mais c'est lui tout d'abord, c'est tout d'abord le nom du Christ : Christus hic est.
La même confusion, qui pour nous n'en est plus une, a lieu dans les vers où, quelque temps auparavant. Prudence, dépeignant
* Le nombre de la Bête dans l'Apocalypse est 666. Le chi vaut 600. La Bête a donc usurpé le c/it, le signe du nom du Christ. C'est ce que veut dire Prudence, ce me semble.
* Cathemerinon, VI, v. 97-152.
^ Revue de l'Art chrélien, t. XIX, 1875, p. 25. — Ici pi. XII, 7.
LA CAPPELLA GRECA 417
rentrée triomphale de Coiistaiitiii à Rome et parlant da signum vmdex, du « signe vengeur », qall tenait en sa main droite, fait un échange subit du monogramme du Christ en sa croix :
Christus purpureum gcinmanii textus in auro Signabat labarum^ clypeorum insignia Christus Scripseraty ardebat summis crux addila cristis.
a Le Chiist, tissé en or relevé de pierreries, scellait le iabarum de pourpre; le Christ marquait les insignes des boucliers : la croix étincelait, ajoutée au haut des aigrettes*, i
Les monuments nous montrent le monogramme sur le drapeau des étendards, sur le bouclier des soldats, sur le casque de Constantin. Dans le chi du monogramme, on voyait donc la croiz,car elle n*est point autrement figurée. C'est pourquoi Prudence, par une piquante surprise de style, appelle subitement « la croix » le même signe qu'il vient d'appeler « le Christ ».
Comme S. Paulin, d'ailleurs. Prudence distingue expressément deux sortes de croix, celle du monogramme faite de pierres précieuses et celle formée par une longue tige; surmontée d'une traverse, en or plus ou moins massif : les deux formaient ensemble le Iabarum de Constantin. « Reconnais, dit le Christ à Rome,
c Reconnais, 6 Reine, de bon gré, il est nécessaire, mes enseignes, où la figure de la croix resplendit ornée de gemmes, ou bien se révèle dans les longues hastes d*un or solidn. )»
Agnoscas^ regina^ libem mea signa necesse est, In quibus effigies crucis aut gemmata refulget, Aut longis solido ex auro prxfertur in hastis *.
Nous voyons plus loin que cette croix ornée de gemmes n'est pas autre chose que le monogramme lui-même. Parlant de la victoire remportée par Stilicon sur Àlaric, à PoUentie, en 403, Prudence dit :
< Pour commandant des troupes et de l'empire nous avions un jeune homme puissant dans le Christ, et son compagnon et beau-père, Slilicon : l'un et l'autre ont un seul Dieu, le Christ. Après l'adoration faite à ses autels, après la croix
^ Contra Symmach., I, v. 486-8. —L'ouvrage parait à Tillemont être de la fin de l'an 403. Mémoires, t. X. p. 502.
* Contra Symmach.^ I, v. 464-6.
418 LA CAPPBUA GRECA
inscrite an front des soldats, les trompettes ont sonné : une haste a coaru se placer la première devant les dragonê^^ celle qui plus haute que les autres élève la première lettre du nom du Christ, b
.... Dux agminis imperiiqtie^ Christi potens nobis juvenù fuit, et cornes ejjus^ Atque parens Stilico : Deus unus Ckristus utrique. Hujus adoratù altaribus et cruce fronti Fnscriptâ cecinere tubs *: prima hasta dracones^ Prscurrit^ quw Chruti apicem sublimior effert *.
Prudence nous montre les soldats chrétiens d*Honorius faisant sur leur front, au moment de la bataille, le signe de la croix. Ce n'était qu'une réitération, un rappel pieux, du signe qu'ils avaient reçu à la Confirmation. Le poète exalte ailleurs, dans son livre De$ Couronnes, deux soldats de Dioclétien, deux martyrs de Calagurre, qui ont renoncé à la milice, ne voulant pas d'autre étendard que ce signe et répudiant l'image du Dragon infernal :
« Us abandonnent Fétendard de César, ils choisissent le signe de la croix ; aux étoffes enflées de vent des dragons ' qu*ils portaient, il préfèrent Tinsigue bois qui a écrasé le Dragon. »
Cssaris vexilla linquuntj eligunt signum crucis, Proque ventosis draconum, guos gerebant, palliis, PrwferurU insigne lignum, qîu>d Draconem subdidit ^.
Ailleurs, dans son Diumal, le poète s'écrie :
€ Délie, 6 mon &me, ma voix sonore, délie ma langue mobile, dis le trophée de la Passion, dis la croix triomphale, célèbre Tétendard qui brille sur les fronts marqué du sceau. »
Solve vocem mens sonaram, solve lingiuim mobilem, Die trophsum passioniSy die triumphalem crucem, Pange vexillumj notatis quod reftUget frontibus *.
Ailleurs encore, dans son Combat de l'âme, Prudence met en scène la Sobriété qui ne veut pas de mitre d'or aux liens de pourpre,
* Les étendarts romains portant un dragon.
* Contra Symmach.^ H, v. 709-14.
* Les dragons des étendarts romains étaient des mannequins creux, tournant en haut des hastes, au gré du vent qui entrait par la gueule. Voir Rich, Draco.
* Periatephanon, I, v. 34-6.
' Cathemerinony IX, 824.
LA CAPPELLA GRECA 419
ni de nard sur une chevelure virile, « après les marques du front <c inscrites avec de l'huile, par lesquelles a été donné Fonguent « royal et le chrême perpétuel,
Post inscripta oleo frontis signacula^ per qus Unguentum regale datum est et chrinna perenne *.
On voit quels étaient ces « sceaux. » C'est la croix du Christ qu'on peignait sur le front avec l'huile sacramentelle et ineffaçable. L'huile désignait et inoculait TEsprit-Saint et tous ses dons de lumière, de force et de paix ; la croix rappelait le sang de l'Agneau divin d'où émane pour nous cette vie nouvelle et surnaturelle. Aussi, dans son Apothéose du Christ, Prudence, défendant sa divinité contre les Juifs, leur dit-il à propos de leur Pâque charnelle et du sang de Tagneau, simple animal, dont ils marquent le sommet de leurs portes ' :
Non sapis, imprudens, nostrum te effingere pascha^ Legis et antiqux prœductis pingere sulcis Omne sacramentum retinet quod passio vera, Passio, quœ noslram défendit sanguine frontem Corporeamque domum signala collinit ore f
• Tu ne comprends pas, ignorant, que c*est notre Pâque que tu représentes et ({u'avec les sillons prophétiques de TÂncienne Loi tu peins le mystère qui est renfermé dans la Passion véritable, Passion qui avec le sang défend notre front et oint notre maison corporelle, en mettant son signe sur notre face ? »
Mais ces o sillons », ces oc marques », ces deux lignes dessinant « la croix » ne figuraient-ils pas autre chose? Prudence nous a montré la croix dans le monogramme : le monogramme pourrait bien être ici dans la croix. « Le monogramme, dit M. Martigny, était « souvent en ce temps-là appelé croix ^ » En réalité, nous savons par les monuments ^ que la croix était tracée sur le front des néophytes en cette forme +, et que cette croix grecque ou carrée n'est autre chose que le chi, le monogramme du Christ. C'est ponr-
* Psycomachia^ v. 360.
' Âpotheosiê, v. 355-9.
Mdpl.XI, 16, 17,18, 19,20.
420 LA GAPPBLLÀ 6RBGA
quoi Prudence, bien instruit du double sens du sceau chrétien, passera sans transition de la croix au nom du Christ dans le passage cité de son Apothéose. Après avoir montré la croix sur le front des fidèles, il montre ce nom sur toutes les lèvres, dans toutes les langues des peuples civilisés ou barbares ; et il finit par une effusion d'ardente piété dont voici le premier mot: « 0 nom plus doux pour < moi que toute chose, 0 nomen prmdulce mihi ' ! »
' Prudence avait été chargé par Théodose-le-Grand de deux préfectures en Espagne, puis attaché de très-près, ordine proximo *, à la personne du prince son compatriote. Ses poésies nous le montrent tout inspiré de Tesprit de Théodose !, nouveau Constantin, à qui le paganisme ne doit pas moins sa ruine et le christianisme son établissement qu'au premier. On dirait que cet Homère du siècle de Constantin n'a fait que commenter, en tant de textes sur le signe du Christ, la précieuse médaille où Théodose apparaît portant le cAt sur un étendard et la croix proprement dite, la croix latine^ sur le globe dont elle est proclamée la gloire : GLORIA ORVIS TERR *.
Ce grand siècle, le plus beau, sinon le plus heureux, de l'humanité, celui où la Jérusalem céleste est apparue descendant sur la terre, « le siècle constantien, SECVLO CONSTANTIANO », comme on lit sur une brique contemporaine des fils de Constantin ^ ne pouvait finir par un monument plus complet et une plus riche escorte de vers sublimes sur le signe du Christ.
Reprenons haleine encore une fois pour terminer ce noble sujet. Reposons notre esprit en jetant les yeux sur trois exemplaires rares du signe du Christ dont l'archéologie vient de s'enrichir. Us résument ce que nous ont présenté les monuments, ce que nous ont expliqué les Pères.
Le 30 mai 1876, le chevalier Gamurrini apportait à la conférence d'archéologie sacrée, fraîchement fondée par M. de Rossi sous la présidence du R. P. Bruzza barnabite, la cime de bronze d'un labarum du temps de Constantin ou de ses successeurs. Sur une
^ Apotheosis, v. 355. — Voir ce magnifique passage à la fin du chapitre XXV.
« Prœfatio, v 21.
* Contra Symmcuih., 1. 1, v. 6, sqq.; 1. II, v. 11, 17, sqq.
4 Bandori, t. H, p. 505. - Ici pi. XI, 79.
■ Bam. iott., t. m, p. 347.
LA CAPPELLA GBEGA 421
sorte de boule terminant une demi-sphère qui recouvrait l'anneau où entrait la hampe deTétendard, s'élève le monogramme constantinien du Christ inscrit dans un cercle de 15 centimètres environ de diamètre ^ Cette pointe de labarum est semblable à une figure que M. de Rossi avait trouvée empreinte dans la chaux par une lame de bronze, près d'un loculus portant la date de 438, au cimetière de Saint-Calixte, et dont il n'avait pu se rendre compte'. C^est bien là en nature un labarum constantinien.
A côté de ce bronze, voici deux piastres de marbre. Sur la première est gravé le monogramme constantinien. Elle a été trouvée au cimetière de Sainte-Sotère, attenant à celui de Saint-Calixte. Elle était attachée à la chaux, au milieu de la marge inférieure d'un loculus de la première moitié du quatrième siècle, la marge supérieure présentant ce graphite : CRESCENTINA IN PAGE. Deux loculi voisins offrent en graphite sur la chaux le X et le +, c'est-à-dire l'ancien monogranune du Christ dont le monogramme constantinien est le développement ^
La seconde piastre a le monogramme cruciforme. Elle marquait, au cimetière de Saint-Calixte, une tombe de la seconde moitié du quatrième siècle. Une tombe voisine a la même piastre dessinée sur un marbre, avec l'addition de l'A et de VQ suspendus aux bras du monogramme \ Une autre tombe voisine a le monogramme constantinien dessiné dans une palme en cercle ; et sous le cercle on lit le seul mot hébreu rencontré jusqu'ici dans les catacombes chrétiennes, bîWB5?, Schephael {abondance de Dieu). Ce n'est point là un de ces Juifs que va gourmander Prudence. Schephael reconnaît Jésus pour le Messie ; et, enveloppant le nom du Christ de la palme, il semble lui chanter comme les Hébreux, à son entrée triomphale à Jérusalem, quatre jours avant cette Pàque qui deviendra la Pâque éternelle : Hosannah au Fils de David ! Béni soil le Roi qui vient au
« BulUiino, 1877, p. 56.
« BulUtino, 1877, p. 68; Rom. boU., t. III, p. 340-41. — On voit, p. 341, U cime de bronze et l'empreinte sur la chaux dessinées en regard.
' Rom. soit, t. m, p. 175-7. — On trouve ailleurs sur un seul marbre le + 6t les deux monogrammes constantinien et cruciforme. P)id,, p. 343. — Il est clair que + égale X, et qu'il y a réunies ici trois formes du même monogramme.
* Rom. sou., t. III, p. 386, tav. XXYm, 36.
422 Lk CAPPELLA GKECA
nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire dans les hauts lieux ' I Ces deuK piastres de marbre, marquées du nom du Christ, Tune avec les trois barres où S. Paulin voit Timage de la Trinité, rappellent le jet07i blanc donné au victorieux dans l'Apocalypse, la tessère baptismale, le pain eucharistique, le denier de la récompense éternelle. Elles offrent le signe du Christ dans toute l'étendue de ses significations mystiques, comme la cime de labarum nous montre ce signe apparu au ciel pour guider les troupes de Constantin et le monde après elles à toutes les victoires.
Voici la cime de labarum de grandeur naturelle, et la figure des deux piastres dont M. de Rossi n'a point marqué la .dimension. Nous représentons la seconde, M. de Rossi n'en ayant point donné le dessin, d'après celle qui est dessinée à côté avec l'A Û.
Ajoutons à ces trois précieux exemplaires du signe du Christ la mention d'une statuette en terre cuite du Bon Pasteur portant sa brebis sur les épaules que la collection Basilewski vient de mettre
« Matt., XXI, 16; Luc, XIX, 38. - Rom.iott., 1. 111, p. 386, tav. XXVIII, 35.
LA CAPPELLA GREGA 423
SOUS nos yeux à l'Exposition de Paris (juin 1878). Sur la tète de la brebis est le monogramme cruciforme, représentant le signe du Christ et celui de sa croix, qu'un seul caractère imprimait sur le front du fidèle. Mais la tige inférieure du monogramme est remplacée par un N sur lequel reposent les bras de la croix. Il faut lire : le Christ vainc (Nix^), la Croix vainc ^ le Christ vainc par la croix. Ce n'est plus, comme ailleurs, sur le Christ, sur le Bon Paisteur, c'est sur le chrétien, sur la brebis portée par le Bon Pasteur luimême qu'on nous montre en abrégé le talisman céleste et sa glorieuse devise révélés à Constantin, c'est-à-dire toute la vertu comme tous les sens du signum Christi,