‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella greca du cimetière apostolique de PriscilleChapitre 45 sur 99 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

LE SIGNE DU CHRIST DEPUIS LE SIÈCLE DE CONSTÂiniN.

Vers la fin du quatrième siècle, le signe de la croix commence à se substituer comme signe du Christ à son signe naturel et traditionnel, la marque de son nom, son monogranune. L'éclat de la Croix retrouvée au Calvaire ; deux grandes apparitions dans le ciel, à Jérusalem, d'un signe en rapport avec cette croix et pris par tous pour la croix même; diverses autres apparitions miraculeuses, telles que celles arrivées au milieu des travaux commandés par Julien TApostat pour la reconstruction du temple des juifs ; les prodiges opérés dans Funivers entier par les fragments du bois de la Croix qui, au témoignage de S. Paulin \ confirmé par des indications de S.Cyrille de Jérusalem S étaient détachés du tronc sans en diminuer le volume, et se multipliaient sur lui comme les pains dans les mains du Christ : tout cela explique bien cet ascendant, qui grandit toujours, de la croix.

Un seau ou vase de plomb à eau bénite, envoyé par la régence de Tunis à FExposition de Paris de 1867, nous présente, au quatrième siècle ou au commencement du cinquième, le signe du Christ dans TAfrique grecque, la Cyrénalque, avec les circonstances suivantes. En un jardin ou paradis marqué par deux palmiers et encadré d'une guirlande de vigne, de deux paons venant boire au vase mystique, d'une néréide se jouant sur un hypocampe, d'animaux figurant la chasse et de la légende tirée d'Isaîe : « ANTAHCATE T^P MET <c Er^POCYNHG^ puisez de teau avec allégresse, » le Bon Pasteur apparaît debout, sa chère brebis sur les épaules. A côté de lui est

^ Crux... ita pcsne quotidie hominum votis lignum âuum eommodat ui detri' menta nom sentiat et qua$i miacia permaneai. Epist XXXI ad Sevei*., col. 329. • CaUeh., X, 19.

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un gladiateur montrant sa couronne et une Victoire, la palme à la main, gui va couronner une Orante. C*est la grande martyre africaine Perpétue transformée en athlète dans sa vision et conduite après son beau combat dans le jardin céleste du divin Pasteur. Or, sous le Bon Pasteur et Tun des palmiers, sous Perpétue et le second palmier, on voit en double un monticule d'où s'échappent les quatre fleuves du paradis. Deux cerfs, représentant, comme les deux poissons ou les deux colombes^ les deux Églises des Juifs et des Gentils, y viennent boire. Sur le monticule est une croix grecque ^

Cest évidemment le ehi, le monogramme du Christ tenant la place où si souvent ailleurs il est en personne ou en agneau, ce monogramme traduisant le texte de S. Paul : Ils buvaierU de la pierre qui les suivait ; or la pierre était le Christ *.

Hais en ce temps-là même, à Rome, où, au treizième siècle, la mosaïque de Tabside de la basilique du Latran, au lieu delà croix grecque du seau tunisien, présentera la croix latine sur la montagne d*où s'échappent les quatre fleuves delavie^ à Rome, dis-je, la croix latine apparat déjà dessinée, comme de nos jours, sur la sainte montagne. L'an 398, trois ans après la mort du grand Théodose, la maison où Pudens avait reçu S. Pierre au pied de TEsquilin, l'église Pudentienne, dont la nécropole de Priscille est le cimetière, était magnifiquement reconstruite par les prêtres Ilius et Léopardus '. On composait, si on n'exécutait déjà, le dessin de sa fameuse mosaïque absidale, la plus belle de Rome. On y voit le Christ assis au milieu des douze Apôtres devant la Jérusalem céleste, jugeant les

t BuUelino, 1867, tav. VIII, p. 77-87. La forme n'est pas douteuse, au moins pour un des deux exemples.

' I Cor., X, 1. Si dans l'un des deux exemples la croix laUne est en Tariante de la croix grecque, le signe de la croix à la place même du signe du Christ, l'intérêt du monument s'accroit. Il nous fait assister à la substitution de la croix au monogramme comme signum Chriêii, liais le foit semble l»en douteux.

< BulUtino, 1867, p. 54.

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nations et admettant à la béatitude Pudentienne et Praxède qui lui oflhrent leurs couronnes. La Jérusalem céleste est une magnifique cité, au milieu de laquelle se dresse sur un monticule une immense croix diamaotée, escortée en Tair des quatre animaux de l'Apocalypse, symbole des quatre Évangélistes *. Elle rappelle évidemment la croix entourée d'or et de pierres précieuses qu'on vénérait à Jérusalem, et la croix apparue deux fois au-dessus de la Ville sainte. Rome avait À Sainte-Croix-en-Jérusalem une Croix plus ou moins pareille à celle de Jérusalem elle-même. La croix de la mosaïque de « TEglise Pudentienne » procède de tout cela et semble bien être <c le signe du Fils de THomme, » comme S. Cyrille appelait à Jérusalem la Croix.

Vers ce temps environ, un sarcophage du cimetière du Vatican nous présente le Christ debout sur la montagne céleste d'où s'échappent les quatre fleuves de l'eau de la vie, s'appuyant de la main droite sur une croix splendide ^ C'est bien son étendard et on peut l'appeler « son signe ». Sur sept sarcophages de ce cimetière, Pierre, recevant du Christ monté au ciel le rouleau de la Loi évangélique, en même temps que Paul reçoit sa mission, porte comme un sceptre la croix constantinienne, mais sans le monogramme en haut ; et trois fois cette croix est ornée de pierres précieuses '. C'est l'étendard de son Maître que Pierre a fait sien, en étant lui aussi crucifié; c'est l'étendard des chrétiens, dont il est le guidje et ledocteur : quoi de plus naturel que de l'appeler « le signe du Christ? » Deux fois ailleurs, dans une statuette * et sur une médaille de dévotion *, postérieures aux sarcophages, cette même croix dans la main de Pierre a un crochet en haut, à droite, ou à gauche : c'est le monogramme cruciforme. Le monogramme a repris en quelque sorte sa place de « signe du Christ » occupée par la croix ; maisc'est un monogramme qui est comme tranformé en croix ; et la croix prévaut évidemment toujours.

* La Bibliothèque Vaticane en possède un précieux dessin colorié. M. de Rossi Ta* donnée dans ses Mosaïques de Rome en voie de publication.

« Aringbi, 1. 1, p. 321.

* Aringhi, t I, p. 281, 293, 295, 297, 299, 301, 307.

* Bellori, Luceme ant, part. III, n, 27.

* BulUtino, 1869, tav. III, 4.

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En ce quatrième siècle plus ou moins avancé, nous rencontrons une esquisse, j'allais dire une image ravissante, de la croix, bien en rapport avec les belles images précédentes. C'est au cimetière de Sainte-Sotère * attenant à celui de Saint-Calixte avec lequel il est aujourd'hui réuni. Un arcosolium, dont Tare formant berceau est couvert des méandres de deux vignes entrelacées, aux grappes desquelles s'attachent nombre d'oiseaux, offre dans sa lunette un jardin fleuri. Au milieu un fût, couvert de verdure et traversé d'un tronc également vert, présente l'image faite à dessein d'une croix latine. Deux oiseaux, un de chaque côté, sont au pied accourant à la croix comme on voit ailleurs deux colombes venir au monogramme du Christ, ati vase, à la grappe de raisin ou à tel autre symbole qui le représente, et d'abord deux poissons venir à Fancre. « La croix, dit « M. de Rossi, est ici gracieusement dissimulée sous une sorte de « jet de treillage ou espalier verdoyant et orné de festons fleuris'. » Ajoutons que cette croix peut compter pour uncAi, largement tracée d'autant plus que ses bras sont irréguliers et que celui de droite approche en longueur du bras inférieur. Ainsi le monogramme, au milieu de ses deux colombes accoutumées, se transforme en croix ; et Ton est à moitié, pour ainsi dire, de sa métamorphose visible.

C'est surtout en Afrique qu'on reconnaît cette prédominance de la croix sur le monogramme, qui commence son mouvement vers la fin du lY* siècle. Là on n'avait pas d'aussi près les traditions de Rome et son influence sur le monogramme ; l'éclat de la Croix de Jérusalem arrivait plus vif par Alexandrie ; et le monogramme constantinien, se rapprochant de la croix unsée des Égyptiens, affectait surtout le type le moins commun à Rome, le type cruciforme. Des épitaphes de Carthage, « dont la plus grande partie présente des € caractères trahissant un siècle antérieur au cinquième, portent

' Le III« vol. de la Rom. sotLf p. 74, nous apprend que la fresque publiée par Bodo et non retrouvée que j*ai attribuée au cimetière de Domitille, pi. Vin, 2. 3, appartient plus probablement à celui de Sainte-Sotère. Les deux cimetières sont limitrophes.

• Rom. 80lt., t. III, p. 78; tav. Xll. Le dessin donné par M. Perret, 1. 1, pi. LV, présente une croix latine très- régulière et de couleur noire ; mais il n'est point exact.

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« presque toutes la croix nue et que nous appelons latine ^ ». Sur deux de ces épitaphes on lit, aux côtés de la branche supérieure et des bras, la traduction libre de la légende tracée dans le ciel aux yeux de Constantin : IN HOC SIGNVM SEMPER YINCE oix vinces \ On n'a gardé du labarum de Constantin que la croix ; et c'est à elle seule qu'on applique la légende qui sur une tombe romaine est appliquée au monogramme seul. Deux épitaphes romaines de la seconde moitié du q\iatrième siècle, présentant la croix latine, se trouvent précisément porter les noms africains de Maurentia et Maurentius * et de Magus, dérivé de Magon; cette dernière est composée en somme de paroles empruntées à S. Cyprien \

S. Augustin ne parait guère se douter que le signe du Christ ait jamais été son monogramme. 11 n'hésite pas à déclarer expressément que « le signe du Christ », c'est sa croix.

c Quel est le signe du Christ connu de tous, dit-il^ sinon la rroix da Christ? Que le s'gne ne soit pâs appliqué au front des croyants, ou h Feau par laquelle ils sont régénérés, ou à Thuile dont ils sont enduits par l'onction ou au sacrifice qui les nourrit, rien de tout cela n'est accompli selon les rites *.

Parlant en 419 de ce que le comte Marcellin, en sa Chronique, va appeler la croix du Christ, crux Christi, il rapporte ce fait miraculeux :

< Nous apprenons qu'il y a eu de grands tremblements de terre en Orient

Epouvantés, les juifs les païens, les catéchumènes qui étaient à Jérusalem ont tous été baptisés. On dit qu'il y a eu de baptisés sept mille hommes peut-être. Le signe du Christ, signum Christi^ est apparu sur les vêtements des juifs baptisés. Cest ce que nous apprend une relation très-constante de nos frères fidèles *• •

Ailleurs il dit aux catéchumènes, au moment de « la tradition du c( Symbole : »

» De tituliê carth., p. 535.

• Ibid., p. 503,

• Boldetti, p. 58.

• De Ut carth., p. 536.

• In Joav., CXVIII, 5.

• Sermo XIX, 6.

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€ Tous VOS péchés passés qui vous poursuivaient seront détruits là (dans le bain du Baptême). Vos péchés étaient semblables aux Egyptiens poursuivant les Israélites, mais jusqu'à la mer Rouge. Qu'est-ce à dire jusqu'à la mer Rouge? Entendez jusqu'à la fontaine consacrée par la croix et par le sang du Christ. Interroge les yeux de la foi. Si tu vois la croix, remarque aussi le sang. Si tu vois ce qui est suspendu, remarque ce qui est épandu. Le côté du Christ a été perforé par la lance et il s'en est écoulé notre prix. C'est pourquoi le Baptême, c'est-à-dire l'eau où TOUS êtes plongés, est signe du signe du Christ, signo Christi signatur BaptiS' tntitf, et vous passez comlne dans la mer Rouge. Vos péchés sont vos ennemis. Ils TOUS suivent mais jusqu'à la mer. Quand vous y serez entrés vous vous en échapperez, eux seront détruits, ainsi que, les Israélites s' échappant par un chemin sec, l'eau couvrit les Egyptiens *.

S. Augustin, à qui l'antique tradition sur « le signe du Christ » semble avoir échappé en ce qui regarde son nom, la traduit cependant à son insu dans un passage vraiment énigmatique au premier abord de son commentaire sur S. Jean :

€ Tous les catéchumènes croient déjà au nom du Christ.... Si nous disons à un catéchumène : CroiS'tn au Christi il répond : je crois^ et lise signe. Déjà il porte sur le front la croix du Christ, et il ne rougit pas de la croix de son Seigneur. Voici qu'il a cru en son nom '. »

Le catéchumène, qui pour répondre à la question s'il croit au Christ, au nom du CAm/ fait sur son front un signe, fait évidemment le signe de ce nom, le monogramme du Christ, le chi. Il est évident que c'était Tintention primitive et la réponse naïve et directe à la question. Le signe de la croix est bien une réponse aussi, mais plus éloignée. C'est à une de ces questions : Croyez-vous que le Christ ait été crucifié ? — Rougissez-vous de la croix du Christ? qu'elle revient précisément. S. Augustin, avec l'explication africaine qui ne voyait que la croix dans le signe tracé sur le front des chrétiens, a été amené à une certaine cacophonie, très-instructive pour nous, de la formule traditionnelle d'interrogation des catéchumènes et de leur réponse plastique traditionnelle. Entre la demande rapportée par S. Augustin et la croix mise en vis-à-vis comme réponse, intercalez le monogramme du Christ, voyez tout d'abord le

> Sermo CGXXIV, 8.

* In Joan., XI, 3.

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chi daas la croix, et tout devient correct et limpide. C* est là manifestement la vérité dont S. Augustin n'a pu faire l'analyse, mais nous a livré de la manière la plus piquante tous les éléments, pour que nous fassions cette analyse nous-mêmes.

Avec cela, on dirait que S. Augustin a eu le souvenir ou quelque intuition de Tantique tradition faisant du monogramme du Christ le signe du Christ, puisqu'il écrit du chrétien marqué du signe du Christ : « L'homme est la monnaie du Christ. Là est l'image du Christ, « là est le nom du Christ, la fonction du Christ et les offices du « Christ — Moneta Christi komo est. Ibi imago Christi, ibi namen « Christi^ munus Christi et officia Christi *. » En déclarant que la croix est le signe du Christ, S. Augustin voyait donc dans cette croix son monogramme, le X ; et, tout en expliquant autrement qu'à Rome ou à Constantinople la tradition sur le signe du Christ, ce docteur africain la continuait, en somme, tout entière.

Mais la croix primait de plus en plus le monogramme dans le signe du Christ et allait, pour ainsi dire, l'effaçant. On le voit bien dans S. Cyrille d'Alexandrie.

Répondant à Julien l'Apostat qui accusait les chrétiens de dessiner sur leur front et sur le devant de leurs maisons «le bois de la croix, » il ne voit pas autre chose dans le signe dessiné que ce « bois salutaire, » principe et enseignement de toute vertu *. Parlant du vieillard Siméon et de sa fameuse prophétie, il dit : « il appelle signe « auquel on contredira la croix précieuse, ivxiXiyoîAtvo* Bï cy,iiLeîov tov

Cette prédominance delà croix^ comme signe du Christ^ s'étendra partout au cinquième siècle. S. Cyrille d'Alexandrie est mort en 444. S. Maxime, évêque de Turin, qui assistait au concile de Milan en 451 appelle expressément, comme S. Augustin, la croix « le « signe du Seigneur ». «La croix du Seigneur, dit-il, c'est par ce « signe du Seigneur, que les nautonniers gagnent en sécurité le «port du salut.... C'est par ce signe du Seigneur, que les enfers (( mêmes sont ouverts ; car depuis que cethomme, le Seigneur Jésus,

i Sermo XC, 10.

« Contra Julian., 1. VI ; Pair, grœe.^ t. LXXVI, col. 706.

* Homilia XU In occurtum D. N. J. C; Pair, grœc., t LXXVII, col. 104M.

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« qui portait la croix a été ensevali^dans la terre, la terre fendue « et comme labourée par lui a fait germer les morts retenus « dans son sein — Cmx Domini,.. hoc dominico securi signo portum nsalutis petunt..,. Hoc, inquam, dominico etiam reserantur in" « fema *. »

c< Le signe du salut, » c'est le nom que Sedulius^ Tauteur du Chant Pciscal, à qui Théodose-le-Jeune a dit de consacrer au Christ la lyre de Virgile rendue meilleure et douée d'un sens divin *, s'est complu à donner à la croix, « supplice, dit-il, dont le Christ a fait c< le signe du salut, »

Suppliciumque dédit signum magis esse salutis ^.

11 célèbre « la vie ramenée par le secours de la croix seule, »

Vitamque reduclam Unius cruciê auxilio ^ ;

Et il décrit dans ces vers vraiment épiques le règne de la croix sur l'univers que ses quatre branches enveloppent, soutiennent et vivifient :

Neve quis ignoret speciem crucis esse colendam, Quœ Dominum portavit ovans, rations potenti Quatuor tnde plagas quadraii colligit orbis, Splendidus auctoriê de verlice fulget Eous^ Occiduo sacrœ lambuntur sidéra planiœ^ Cunciaque de mcwbris vivit natura creantis Et cruceeomplexum Christus régit undique mundum,

c Et pour que personne n^ignore que Timage de la croix doit être honorée, elle qui triomphante a porté le Seigneur, elle réunit, par un procédé puissant, les quatre plages du globe. L'Orient spiendide lance des feux de la tête de son auteur; les astres sont effleurés par F Occident de ses pieds sacrés ; sa droite tient

^ UomU L; Patr. lat., t. LVU, col. 341-4.

* . dignare Maronem MutcUum in tneltHs, divine agnoscere bensu Scribendum famulo quem jussisti.

Ad Theodosium Augustum dedicatio.

* Carmen pascale, t. 185.

^ Ad Theod. Aug. dedc.

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le Septentrion ; sa gauche élève Taxe du Midi : toute la nature yit des memhtei de celui qui la crée, et le Christ régît de toutes parts le monde qu'il embrasse ^ »

Nous ne pousserons pas plusloinTexposédes textes des Pères relatifs au signe du Christ. 11 est évident qu'au cinquième siècle la croix est considérée comme ce signe et qu*il en sera ainsi désormais. Tout souvenir du signe primitif ne disparaîtra pas cependant de renseignement. S. Augustin aura des imitateurs. On observera que le chi et la croix sont identiques de figure et on invitera ainsi à voir le ehi encore dans la croix même. Nous trouvons en preuve deux textes attribués Tun à S. Jérôme, Tautre à S. Isidore de Séville par Justelipse ', mais qui ne figurent pas dans leurs œuvres authentiques et sont^ sans doute, des additions d'anciens copistes. « Decussare, c( aurait dit S. Jérôme, c'est couper par le milieu, comme si deux « lignes droites se rencontrent pour dessiner la lettre X qui est la « figure de la croix, ad speciem litterœ X, qum figura est crucis. » — « La lettre X, aurait dit à son tour S. Isidore, désigne en figure la « croix et en signe numérique le nombre dix, X Uttera et m figwra c< crucem et in numéro decem demanstrat. » Ces deux textes, qui semblent inspirés par S. Paulin, sont des échos manifestes de la tradition primitive.

Elle devait naturellement mieux persévérer sur les monuments matériels où les types sont reproduits d*àge en àge^ en dehors plus ou moins de leur explication dogmatique. C'est ce qui est arrivé en effet pendant des siècles et jusqu'à nous-mêmes.

* V. 189-94 Nous avons déjà tu dans S. Hippolyte (col. 777) cette orientation remarquable de la croix. Elle semble £edre allusion au titre d'Orient, ecce vir Oriem, donné par le prophète Zacharie au Christ (VI, 12) et au mot du prêtre Zacharie : Dieu nous a visiléa se levait t d^en hauU Oriens ex alto [Luc, I^ 78). Mais peut-être fait-elle aussi allusion à la situation qu'on croit avoir été celle du Christ sur la croii. Gomme condamné, il tournait le dos à la Ville-Sainte, regardait notre Occident et Rome, la future Jérusalem, et avait le Nord à sa droite, le Midi à sa gaucl^.

* De cruce libri ires, 2* editio. Antaerpie, 1595, in-8^ p. 27. Il renvoie pour S. Jérôme à In Hierem,, cap. XXXI; pour S. Isidore à lib. I. OriV., cap. 111. Vallarsi ne donne pas le premier texte. Arevalo rejette positivement le second.

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