Médaille de dévotion. BulUtino, 1869, tav. III
7. Croix pectorale d'or trouTée dans un tombeau, sous le payé de la basilique constantinienne
de Saint-Laurent. BulUtino, 1863, p. 34.
8. Ancre cruciforme gravée sur l'enseigne d'un hypogée de famille, du I«' ou du II* siècle,
au cimetière de Domi tille. BulUtino^ 4874, taf. 1, 1.
9. Pierre tombale, du VI» (?) siècle, trouyée à Vix en Bourgogne. Revue de l'Art chrétien,
1875, t. XIX, p. 25.
10. Pierre tombale de la fin du VII* siècle, trouvée à Mandourel ^Aude). Inscriptions chré-
tiennes de la Gaule, planches n« 606.
11. Cachet de la Compagnie de Jésus, en télé de la dédicace h Sixte V du 1«' volume des Con-
troverses de Bellarmin, imprimé à Ingolstadt en 1586.
434 LA CAPPELLA GRECA
Au commencement du cinquième siècle, les fils de Tbéodose, Arcadius et Honorius, occupante Constantinople et à Milan les deux moitiés de son trône qui avait réuni TOrient et TOccident, avaient adopté les mêmes types de monnaies, un moment frappées dans les même hôtels monétaires. Un sou d'or, au revers de Timage d'Eudoxie^ épouse d'Arcadius, offre le monogramme constantinien avec cette légende : « SALVS ORIENTIS FELICITAS OCCIDENTIS, salut «de rOrient, félicité de TOccident * ». Le monogramme fait sa première apparition sur le sceptre, avec la figure cruciforme*. Le globe crucifère devient commun '. Une petite croix grecque, qui est un chi en même temps qu'une croix, plane au-dessus des trois tètes réunies d'Honorius, d' Arcadius et de son fils Théodose-le-Jeune \ Placidie, sœur d*Honorius et d' Arcadius, porte le monogramme constantinien ou la croix sur l'épaule. Au revers de son buste, une Victoire, assise sur une cuirasse, écrit le monogramme sur un bouclier ; mais ailleurs cette Victoire, debout, s'appuie sur une longue croix surmontée d'une étoile \
Sous Valentinien III, fl!s de Placidie, et sous Théodose-le-Jeune, « la croix paraît sur presque toutes les pièces dans diverses posic( tiens, et remplace presque complètement les deux formes du «monogramme du Christ*.» On la voit sur le bouclier de Tempereur et au centre d'une couronne de laurier '.La croix grecque, +, figure au lieu du monogramme cruciforme au haut du sceptre de Valentinien III •, monogramme elle-même, rappelant le tau. Sous ce prince. Tan 455, la croix fait ainsi ce qu'on croit être sa première apparition sur le diadème impérial^. Le diadème de Licinie Eudoxie,
* Sabatier, Description génèrate des monnaiea byzantines frappées sous Vetn^ pire d'Orient, 2 vol. in-8^ Paris, 1862, pi. IV, 25.
• Cohen, Descript. hist, des monnaies frappées dans Vempire romain, communément appelées monnaies impériales, t. VI, Honor., n. 20. Paris, 1862, in-8*.
* Jbid., n. 24, pour Honorius. Sabatier, 1. 1, p. lOi, pour Arcadius.
♦ Sabatier, 1. 1, pi. 111.
* Banduri, t. U, p. 501.
• M. Martigny, p. 462.
' Banduri, t. II, p. 501. - Id pi. XI, 82.
• M. Martigny, p. 482.
• Banduri, t. II, p. 572 : Imperaior habitu consuiari cum stemmate crueigero, dextram porrigit figurœ semigenuflcxœ, sinistra lenet sceplrum crucigerum, — Nummus maximi moduli.
LA GAPPEIXA GRECA 435
épouse de Valentinien *, porte également par-devant cette croix,+, de grande dimension, sur une petite boule qui figure le globe ; et le X de la légende EVDOXIA, dessiné de même, 4-, près de la croix du diadème, indique bien que la première signification de ce signe c'est le chiy la lettre initiale de Christ. Au revers de cette médaille, rinipératrîee, non plus en buste, mais assise, tient de la droite un globe surmonté d'une croix latine et de la gauche cette même croix en guise de sceptre, avec la légende « SALVS REIPVBLICAE, salut de <( la république. » Le monogramme persévèi:e donc toujours, mais sous sa forme primitive de chi, confinant à la croix ; et la croix proprement dite tend de plus en plus à prévaloir comme signe du Christ et signe de christianisme.
Un fait célèbre réclame à cette époque notre attention.
L'an 429, S. Germain, évêque d'Auxerre, et S. Loup, évêque de Troye, faisant route pour la Grande-Bretagne, où ils allaient combattre le Pélagianisme, passèrent à Lutècp et de là àNanterre. Dans la foule des villageois, accourue sur les pas de ces hommes de Dieu, S. Germain remarqua une petite fille d'environ sept ans qui sera la Tierge Geneviève, Tange de la monarchie française.
a S. Germain lui dk : /e Cm prie, n'hésite pas à m'avouer 6% tu veu», dans Vélat de sainteté et consacrée au Christ^ conserver, comme son épouse, ion corps immaculé et intact *. — Je Le veux, saint père, dit-elle. •. Sitôt que la lampe du soleil éclaira la ten^e, son père la conduisit à S. Germain, comme il Tavait ordonné. Reconnaissant alors en elle je ne sais quoi de céleste, il lui dit : Salut ma fille, Genebiève! Te so^iens^iu de àe que tu m*a>^ promis hier touchant i'mtéçrité de ton corps? Genevièfe loi répondit : Je me souviens de ce que je Vai promis et à Dieu, père saint ; et en effet je désire conset^ver, Dieu m'aidant, la chasteté de l'esprit et du corps très-intègre jusqu'à la fin, S. Germain, ramassant à terre une monnaie de bronze marquée du signe de la croix, qui se trouvait appoi^ée là par la volonté de Dieu', la lui donna comme un grand présent^ lui disant : Après l'avoir percée, porte-la toujours suspendue au cou en mémoire de moi. Ne souffre pas qu'aucun ornement de métal, soit d'or, soit d'argent, ou de quelque pien*e précieuse ne charge même ton cou ni tes doigts. Car si la
> M. Martigny, p. 462.
* Si vis in sanctimonio consecrata Ghristo immaculatum et intactum corpus, quemadmodum sponsa ejus, servare.
* Nummum œreum, Dei nutu aHatum^ habentem si^um crucis a tellure collinges.
436 LA CAPPELLA GRECA
plus petite paruredu êièclea la victoire sur ion esprit, tu seras alors pi^ivée des otmrments éternels et célestes. Et lui disant adieu, la suppliant «le se souvenir Boutent de lui, dans le Christ seulement, et la recommandant à son père Sévère, S. (rei-main et S. Loup continuèrent le chemin qu'ils avaient entrepris avec l'aide du Seigneur *. »
Ainsi parle le biographe de sainte Geneviève qui écrivait dix-huit ans après sa mort, c'est-à-dire vers Tan 530. Un autre biographe ancien dit que S. Germain donna à la petite Geneviève la lùonnaie de bronze marquée de la croix « conune le gage d'un office reli- M gieux, et lui ordonna, l'ayant percée, de la tenir attachée à son « cou ^ w L'abbé de Sainte-Geneviève, Etienne, qui fut fait évêque de Tournai en 1192, expliquant le récit des biographes dira : «Notre M vierge, tant qu'elle a vécu, a méprisé les séductions charnelles, a et, au lieu de gemmes ou de bijoux d'or, a mis au-dessus « de toutes délices, de toutes richesses, une monnaie d'airain « marquée du titre de la croix que Germain, seigneur d'Auxerre, « avait suspendue à son cou, en signe et comme étant les arrhes « de ses épousailles avec le Christ '. » Voilà bien le sens de l'action du saint évêque Germain et de l'objet que la main de la Providence et la sienne laissent ici en mémorial. L'évêque ratifie solennellement l'hymen virginal de la jeune fille, et suspend à son cou l'image de son divin Époux, la suppliant de se souvenir de lui auprès de cet Époux même et de lui seul, obsecrans ut sut memor tantum crebro in Christo esset, auprès du Christ auquel elle est consacrée par un saint état, in sanctimonio consecrata Christo.
Or quelle image du divin Époux était sur la médaille suspendue au cou de l'angélique épouse? La monnaie de bronze, dit le biographe de la sainte, était marquée du « signe de la croix, nummiim œreum habentem signum crucis, » Il se pourrait que le mot de croix désignât ici le monogramme du Christ, considéré, sous sa forme constantinienne, par S. Paulin et par Prudence comme une des deux formes de la croix. Sous Constantin, Magnence, Décence, Jovien, Gratien, et encore sous Livîus Severus, un des derniers empereurs
* Acta SS,, IIÏ janiarii, p. 138.
* Quasi quoddain pignus rcligiosi muneris atque ut perforatus coUo ejus inhaereret indixit. Acta SS., p. 143.
3 Episl. CLXI. Patr. lit., t. CGXI, col. 451.
LA CAPPELLA GRCCA 437
d'Occident, qui régnera de 461 à 465, on trouve le monogramme constantinien occupant, dessiné en grand, le centre du champ d'une monnaie *. Des médailles de dévotion, suspendues au cou, nous le montrent de même aux quatrième e,t cinquième siècles et au-delà '. Cependant il est probable que la croix de la médaille de Geneviève était une croix proprement dite, une croix latine et non le monogramme, qu'on rencontre d'ailleurs, et plusieurs fois, sur lea monnaies de Théodose-le-Jeune, de Valentinien III et des Augustes, c'est-à-dire à notre date de 429 ^ Une de ces monnaies si nombreuses « de la fin du quatrième siècle et du cinquième, au revers « desquelles domine la croix, a du être trouvée par S. Germain « d'Auxerre pour être suspendue au cou de la vierge Geneviève », dit M. de Rossi *. Le premier historien de la sainte, qui semble l'avoir connue, avait probablement vu à son cou sa fameuse médaille. 11 pouvait même avoir sous les yeux cette relique en écrivant. L'abbé Etienne l'avait peut-être encore au douzième siècle ; au moins les images de la sainte représentaient-elles sa médaille traditionnelle. Or le premier y a vu « le symbole de la croix, signum crucis^ le second « la marque, le titre de la croix, nummum eereum titulo « crucis insignem; » et ce qu'on appelait croix, au moins communément, du sixième siècle au douzième, c'est bien la croix ressemblant au tau, la croix latine. Encore une fois la croix de la médaiUe de sainte Geneviève semble avoir été la croix proprement dite.
Prenons bien garde, cependant, à toute la signification de cette croix. C'est un chi, +, dont la branche inférieure est plus allongée que les autres ; mais le chi est toujours là; et le prolongement de la branche supérieure ei de Tinférieure à la fois n'a pas empêché que nous n'ayons reconnu le chi sur une colonne d'un sarcophage de Tusculum de ce temps '. Une médaille de dévotion du cinquième siècle ou plus récente nous présente une croix latine dont le rapport avec le monogramme est indiscutable, puisqu'elle est accostée de
^ R. P. Garucci, Velri, p. 253, Constantin ; Bandari, t. II, p. 233, Magnence, Décence ; p. 444, Jovien; p. 451» Gratien ; p. 584, Livius Severus.
« BuUelino, 1869, tav. III, 6, 7; p. 44, 3, 6. — Ici pi. XII, 5. - » Banduri, t II, p. 501. — Ici pi. XI, 82,
* BulUiino, 1869, p 43.