LES PEINTURES DE LÀ CAPPELLA GRECA
Maintenant que nous connaissons les origines, la topographie et peut-être le nom de la cappella greca^ parlons de ses peintures. Nous en avons déjà entrevu la physionomie générale et les différences. La région inférieure présente une suite de panneaux rectangulaires où le pinceau a simulé le marbre : ils portent le cachet de la fin du IIP siècle où a eu lieu un remaniement de la chapelle, n n'y arien de plus, ou peu s'en faut, dans les bras de la croix. Mais la nef rectangulaire, qui est l'ancien sanctuaire, a été couverte de peintures à partir de ce soubassement. Immédiatement au-dessus, dans la région moyenne, règne une plinthe offrant à gauche un revêtement simulé de marbre * ; à droite, vers le haut, deux lignes de demi-rosettes, opposées par les circonférences qui se croisent, et au-dessous, des sujets à personnages ; au fond, les mêmes rosettes et une bande rectangulaire, dans le champ. Un arc surbaissé, appuyé sur les murs latéraux, s'avance sur la place que devait ocper la chaire du Pontife, durant les saints mystères. Il est tapissé intérieurement d'un large rinceau en stuc, bordé d'une moulure, d'un style classique*. Un arc pareil lui fait face, à l'ancienne entrée du sanctuaire, et un troisième à l'entrée du bras de gauche. Cet arc est le principe assez manifeste de l'arcosolium des catacombes, de l'arc triomphal ou absidal des basiliques. Toute la région moyenne au-dessus de la plinthe et toute la région supérieure du sanctuaire, les deux murs latéraux et celui du fond, les quatre naissances de la voûte, la voûte même ont été couverts de saintes images. Une d'elles à part, celle des trois Hébreux dans la fournaise,
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qui est une peinture faite au IIP siècle sur enduit sec, copie sur place, ce semble, d'un original peint à fresque, et une seconde peut-être du même style^ TAdoration des Mages, ce sont là des fresques contemporaines de la construction de la chambre. C'est dire qu'elles remontent ou touchent au I"' siècle.
Non loin de la cappella greca, au bord de la région primordiale du cimetière de Priscille, est la peinture de la Vierge dont nous avons parlé, située sous l'emplacement de la basilique de Saint- Sylvestre. M. de Rossi appelle cette peinture et celles de la cappella greca « très-anciennes, jotrtwre antichissime\ » Il dit de la première : <c Nous la jugerons ou contemporaine, ou voisine des premières « origines chrétiennes ; en un mot, nous la rapporterons soit au a temps des Flavienset de la prédication apostolique, soit à l'époque « d^ Trsyan et d'Hadrien, et au plus tard des premiers Antonins '. » Or, les peintures de la cappella greca, pour le genre et la manière, si ce n'est pour la perfection de la forme, qui peut tenir en partie au lalent personnel de l'artiste, seraient plus anciennes encore. « Là, écrit le grand archéologue romain, se trouve cette crypte merw veilleuse dont j'ai parlé et qui se nomme chapelle grecque : on y « admire des fresques qui approchent de la nôtre par leur style et « qui représentent des femmes vêtues comme la Vierge, rtj'y re- « connais le type classique gréco-romain, encore plus fortement « rendu que dans notre planche I ^ » On peut donc répéter des fresques de la cappella greca ce que M. do Rossi dit un peu plus loin de « cette image de la Sainte- Vierge tenant son divin Fis et reproduite sur cette planche : c' « est une œuvre exécutée sous les « yeux des Apôtres, ou peu s'en faut*. »
Eh bien ! cette œuvre est restée jusqu'à présent en grande partie inexpliquée, et en partie même inaperçue.
Bosio qui a vu ces peintures, sa signature à la cappella greca le prouve, n'en a rien dit. Une partie des figures était cachée sous Tenduit déposé par le temps, et la chapelle était encombrée en partie
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deterreftiet de graviers. C'est ainsi que Ta trouviéa.ei desstnéf^i d*Aginoourt qui y a mis deux fois sa signature que nous avons lue avec les dates de 1782 et 1786. La commission d'archéologie sacrée Ta rendu en 1863 à sa forme, et une partie des figures est ressusci* tée sous les nettoyages. En somme, on a reconnu au-dessus de rentrée primitive TAdoration des Mages ; sur la paroi en face, Moise frappant le rocher, et au-dessous les trois Hébreux dans la fournaiee; à gauche^ des restes du Paralytique emportant son lit, et Tune des quatre Saisons ; de ce côté, et en face, deux grandes compositions connexes couvrant 'sur une large zone toute la partie centrale de la muraille. Des copies de ces peintures, les Mages, le Paralytique et la Saison exceptés, sont au musée sacré du Latran. Sjei!Oux d'Agincourt, qui les a vues imparfaitement et les a dessinées sommairement, en a le premier donné connaissance au public dans son Histoire de r Art par les monuments, depuis sa décadence, au, /P siècle, jusqu'à son renouvellemmt au XVP y publiée de 1809 à 1823,, t. YI, pi. ft. Le R. P. Garucci, jésuite, vient d'en publier des dessioii meilleurs à certains égards, mais qui ne sont pas satisfaisants encore, dans sa Storia délia Arte Cristiana nei primi otto secoli délia Chiesa, en voie de publication à Prato, t. II, 1873 *, tav. lxxx* et lxxx*». L'illustre archéologue écrit, en parlant de la cappella greca : « Le « eulHCulum, dont je donne quasi toutes les peintures dans cette (( planche et la suivante. » On verra combien cette assertion laisse à désirer, surtout pour les détails. Ce qui est trop exactement vrai, c'est que la majeure partie des peintures publiées, à savoir les deux grands tableaux, couvrant pour ainsi dire les murs latéraux, est restée jusqu'à ce jour un problème ou plutôt une énigme. D'Agincourt écrit : Autres peintures de la même chapelle, inédites, » sans un mot d'interprétation. M. Perret, reproduisant deux des trois siqet» que présentent les deux tableaux, appelle l'un : Couronnement d'une martyre, et Tautre : Un monument et quatre /i§ure$ ^ M. Léon Réniar, de l'Institut, reproduisant le premier titre, le commente ainsi :
* Le tome I** a paru en 1872.
*T. m, pi. zxiv, zzv.