DPS. V. KL. MART. FL. MAXIMO. V. C. CON
Mais déjà il avait été tracé avec l'addition du r/io, P, sous la forme du monogramme constantinien ^, en. qui on reconnaissait la croix sous une de ses deux formes. C^est de là que par le monogramme cruciforme, dit croix monogrammatique« il s'est acheminé à la croix simple, à la croix latine. Cette croix que Ton connaît seule aujourd'hui en Occident trahit manifestement son origine sur les monuments de transition des cinquième, sixième et septième siècles. En voici deux exemples.
* BuUelino, 1874, tav. I. 1; p. 17. — Ici pi. XII, 8.
* c Ici repose Priscus, évèque de sainte mémoire, en paix. Déposé le v des ca- < lendesdemars(25tévrier), Flavius Maximus, homme clarissime, étant consul. » Donaii, /V diitici ..cyL anlichi^ profani e sacri, Ubri tre, coW appendice ti'a/cuni necrologi e calendari. Lucca, 1753, CLXXXIII, 2.
LA CAPPELLA GREGA 469
Sur la montagne do Vix qui domine Pothiéres, entre Dijon et Troycs, près du lieu où avait été rencontrée une inscription métrique datée de 461 ou 482, on vient de trouver une pierre tombale de 1 m. 10 do longueur, Je 57 c. de largeur, ayant gravé aux deux tiers de sa longueur et de sa largeur un monogramme cruciforme qui ressemble à peu près à nos croix tombales. La branche supérieure seule porlo nu sommet comme une sorte d'ornement la boucle du rho P, les trois autres branches étant ornées de crochets. Des deux côtés de la branche supérieure, au-dessus des bras, on lit, moitié en grec, moitié en latin : « XPC — HIC EST, le Christ est « ici •. » C'est une citation non improbable de V Hymne avant le sommeil de Prudence. Quoi qu'il en s'oit, on dit ici du sommeil de la tombe ce que le pobte chrétien a dit du sommeil de la nuit, en sa belle prière du soir déjà citée :
a Quand donc, à Tappel du sommeil, tu gagnes un lit chaste, que la figure de la croix scelle ton front «»l la pince de ton cœur. Lacroix chasse tout crime ; les esprits de ténèbres fuient la croix. . 0 Serpent tortueux... va-t*eD, le Christ est ici ! le (.hrist est ici, évanouis-toi !
Discede, Christuê hic est, H te Chrisius est, liquesce.
Le signe que tu connais bien condamne tes cohortes. Si notre corps qui s'affuisse git un moment courbé, même dans le sommeil nous méditerons le Christ'.»
On a cru voir sur la tombe de Vix la preuve que le défunt avait été enseveli avec l'Eucharistie. Il n'en est rien. Le Christ est ici non par son corps, mais par son nom, devant qui tout genou fléchit, même aux enfers ; et ce nom sur la couverture du lit fourni par la terre, comme sur le front de celui qui dort le premier sommeil, est dessiné de manière à ofl*rir la ligure de la croix. La croix, on la voit ; le nom on le lit : « le Christ est ici, CHRISTVS HIC EST. » Le Christ, avec sa croix, garde la tombe contre Tinfernai Serpent.
Cette tombe parait être du temps environ de Clovis. En voici une autre de la fin du Yll*' siècle et contemporaine de Charles Martel '.
* Revue de l'Art chrétien, 1875, t. II, p. 25, article de M. E. Le Blant. — là pi. XII, 9.
* Calhemerinon, VI, v. 129-52.
» M. E. Le Blant, Inécriptions chrétiernes de la Gaule, t. II, p. 482, pi. 85. — Ici pi. XII, 10.
470 LA CAPPELLA GHECA
Elle a été trouvée à Mandourel, près de Darban, dans ranclen dio* cèse de Narbonne. C'est celle de Trasemirus, nom qu'on rencontre chez les Yisigoths d'Espagne. L'épitaphe gravée sur les rebords supérieur et de droite de la pierre se lit :
+ IN XPI NE OPATE HOMS PRO ANIMA TRASEMIRI QVIeVIT DE OC^sœculo... CVIVS CORPVS jACEt IN HOC TVMVLO VIBAT CV XPÔ IN ETERNÛ AMÉ.
c -|- Au nom du Christ^ piiez tous (omnes) pour Tàme de Trasemirus. Il a pris son repos de ce (siècle)... Son corps gît dans le tombeau. Qu'il vive avec le Christ éternellement. Amen .
Le signe + avant « au nom du Christ » nous indique bien qu'il est la marque de ce nom, en étant aussi celle do la croix. Il est gravé trois fois en grand sur la pierre tombale, non sans allusion à la Trinité qui nous a été révélée si expressément par le Christ ressuscité. Nous trouvons ces trois monogrammes ou croix sur la tombe de Caletricus, évêque de Chartres inhumé vers Tan 573 *. Deux colombes, représentant TÉglise des Juifs et celle des Gentils, que nous avons vues aux côtés du monogramme constanlinien sur un sarcophage du musée du Vatican, sont, à Mandourcl, aux côtés du monogramme primordial +. Mais les trois croix équilatérales, aux branches légèrement pattées, sont portées sur une hampe, qui en fait des croix latines. Elles sont probablement à Timage des croix liturgiques, et notamment des croix stationales, du temps. Elles représentent d'une manière bien claire le monogramme du Christ et la croix du Christ, distincts et réunis ; et elles nous disent le double sens qu'il faut attacher à la croix de nos tombes chrétiennes.
Nous avons fini cette longue étude. Puisse-t-elle, en ajoutant quelque lumière à la science chrétienne, causer aussi quelque joie à la piété I qu'elle contribue à nous rendre pleinement l'antique intelligence du signe du Christ et ces deux yeux avec lesquels les Pères voyaient sa précieuse polyphonie, le nom du Christ d'abord, sa croix ensuite I Comprenons ainsi le signe que nous portons sur nos fronts, que nous faisons sur notre corps, qui est tracé sur l'autel et sur les
^ ln$cnpiUm$ chrétiennes de la Gaule, pi. 22> 139.
LA CAPPELLA GREGA iTi
murs de nos temples, qui brille en Tair sur leurs dômes ou sur leurs flèches, qui repose sur la poitrine de l'évéque, de la femme chrétienne, du brave soldat, qui protège nos tombes. Que je le porte ainsi sur ma chair ; que je lo contemple ainsi de mes derniers regards, que je le baise de rcffort agonisant de mes lèvres, que je le murmure des restes de battements de ma poitrine, que je l'entende sous la mort, une voix charitable disant au nom de l'Église : « Nous vous adorons, ô CHRIST, et nous vous « bénissons — car par votre siinte CROIX vous avez racheté le ce monde ^ ; » et qu'ainsi ma cendre soit gardée sous ses ailes pour la résurrection !
Cependant je le salue avec nos chers poètes Prudence et Paulin, astres gémeaux du soir du siècle de Constantin, qui, en nous expliquant une fois encore sa double théologie, vont nous laisser tout le parfum de son baume.
Dans son Apothéose^ Prudence adresse aux Juifs ce sublime et touchant discours :
c Tu blasphèmes, nation très-ingrato, ton Seigneur, le Christ !
Dis moi, dis-moi de qui est le sang qui rend si solennelle la fête de ta Pâque? Quel est enfln cet agneau d'un an, immolé au retour de chaque année, sacré jiour toi, mais sacre en tant que bétail ? W est insensé de le croire sacré ainsi, de L.arquer le haut des portes dorf maisons du san-^ d'un animal bêlant, de s'ébattre dans les danses et de mrnger le pain a^^uiede la flour de farine, alors que les K:œurs fermentées sont gonflées du levain des crimes. Tu ne comprends pas, ignorant, que c'est notre Pâque qut* tu représentes et qu'avec les sillons prophétiques de l'Ancien ne-Loi tu peins tout le mystèrt' qui est renfermé dans la Passion véritable. Passion qui avec le sang défend notte front et oint notre waiflon corporelle en marquant du signe notre face !... Il est une vraie race d'Abraham sur la face de laquelle apparaît tout rouge ce ^ang déposé et inscrit, une race à qui, la foi n'en doute pas, Dieu s'est montré sur cette terre, un vrai'hieu émané du Père... C'est lui qu'avait vu d'abord la foi d'Abraham et que le Père avait promis autrefois comme devant être contemplé par nos yeux et reconnu vrai par la voix de la Loi, mais non de la Loi seulement : car quel alphabet déjà ne contient pas le Christ ou quelles sont les bibliothèques d'écrivains qui ne soient pleines de la louange du Christ et ne célèbrent dans des livres nouveaux ses miracles ?
^ Riiuale romanum, Ordo commendationis animaa — Oratio ad Dominum Jesum Christum, de singuUs articulis Passionis ejus, dicenda a moriente^ vei alio pro eo.
472 LA CAPPELLA GRBCA
Le style de riJébreu le préconise ; la richesse attiqne le préconise ; elle le préconise, elle troisième, la faconde de la langue d*Ausonie. Pilate ordonne sans le saToir : c Va scribe, explique en trois petites lignes quel pouvoir est attaché au c front de la cro^x : que le titre soit triple en trois langues, i Qnela Judée lisant l'apprenne, que là Orèce le reconnaisse et que Rome, la dorée, ayant vénéré Dieu, Tapprécie. Tout ce que la trompette recourbée a de rougissements dans son airain creux, tout ce qu*un souffle immense secrètement concentré vomit de son, tout ce qu'une chaste lyre, tout re qu'une cithare a de vibrations ce que des syrinx harmonisés mêlent de notes sorties de tuyaux inégaux, ce que les antres faisant écho aux pasteurs rendent de voix célèbre le Christ, fait retentir le Christ : tout dit le nom du Christ, même les êtres muets qui animent des cordes saintes. 0 nom doux pour moi plus que toute chose, ma lumière, ma parure, mon espérance, mon secours, le repos certain de mes travaux, saveur caressante à la bouche, odeur suave, fontaine qui arrose, belle forme, pore volupté ^ ! d
* Blasphémas Dominum, gens ingraiissima^ Christum
Pascha tuum die, die, cujus de sanguine festum Tarn solemne tihi est f Quis tandem eœditur agnus Àmieuîus^ sacer We tibi redeunlihus annis, Sed sacer in peeudef Stultum est sic credete sacrum^ Sanguine balantis summos conlingere postes^ Lasdvire ehoris^ similaginis azymon esse, Cum fermentati turgescant crlmlne mores.
Non sapis, imprudens, nostram le effingere pascha, Legis et antiquœ prœdictis pingere sulcvt Omne saeramentum retinet quod passio vera, Passio quœ nostram défendit sanguine frontem Corporeamqne domum signato collinit ore?.,. Abraham genus est verum, cui sanguis in ore Creditus imcriptusque rubet, cui visus in orbe Haud dubitante fide Deus est, Deus ex Pâtre verus,..
.. Quem viderat Abrœ Prima fides nostrisque Pater promiserat olim Perspieiendum oculis et Legis voce probandum. Nec solum Legis : nam quœ jam iittera Christum Non hubet, aut qum non seriptorum armar'a Christi Laude referta ngffis célébrant miracula librisf
BebrcBus pangit stylm, Attica copia pangit, Pangit et Ausoniœ faeundia tertia linguœ. Pilatusjubetignorans: < Y scriba, tripictis € Digère versieulis quœ sit suffixa potesta, € ÏFronte crue», titulus sit triplex trlpUce Ungua. > Agnoscat Judœa legens et Grmeia norit.
LA CAPPELLA GRBGA 473
Pendant que Prudence, revenu de Rome et de Constantinople, exaltait ainsi en Espagne la croix el le nom du Christ, S. l^aulin, disciple de S. Dolphin, évêque de Bordeaux, et Tami des Souverains- Pontifes, terminait Tan 404 son poème sur la croix reconquise de son église de Noie. Nous l'avons dit : cette croix représentait à la fois les deux formes de la croix, étant un grand tau T, et ayant au pied le monogramme constantinien dans une couronne. Lo voleur qui avait brisé le tau n'avait pu briser le monogramme. Une secrète puissance, une invincible terreur avaient arrêté son bras armé du fer contre ce médaillon ; et, tout ayant été rapporté par ce voleur lui-même, cédant au prodige, on admirait sur Tautel de la basilique « la vertu de la croix et le signe inviolable du Christ, »
Virtutem crucis et signum inviolabile ChiHsti.
S. Paulin s*épanche alors en cette oraison :
c Maintenant, c'est à toi, vénérable croix de Dieu, que je m'adresse, et je conclurai ce discours d'actions de grâces par tes louanges. 0 croix, grande piété de Dieu, croix, la gloire du ciel, croix, Téternel salut des hommes, croix, terreur pour les iniques, force pour les justes, lumière pour les ûdèles ! 0 croix qui as donné à Dieu de servir sur la teiTc et à rhomino de régner en Dieu dans le ciel l Par toi s'est manifestée la lumière de la vérité et a fui la nuit impie. Tu as détruit pour les Gentils devenus croyants les temples renversés des idoles. Tu es l'agrafe unissante de la paix, réconciliant l'homme par l'alliance du Christ Médiateur. Tu es devenue l'échelle de l'homme par laquelle il peut s'élever au haut des airs. Sois toujours la colonne des hommes pieux, sois notre ancre pour que notre maison se tienne
Et tenerata Deum percenseat aurea Roma, Quidquid in œre cavo rehoana tuba curva remugit^ Quidquid ab areano vomit ingens spiritus hawtUy Quidqu(d casta chelgs, quidquid textudo rebultat^ Organa disparibus calami$ quod consona mUcent, jEmulapastorumquod reddunt vocibus antra, Christum concélébrât, Chriatum sonat, omnia Chrî$tum Muta etiam fidibus êanctis animata loquuntur, 0 nomen prœdulce mihi, lux et decus et $pe$, Prœidiumque meum, requies o eerta laborum, Blanduê in ore sapor, fragranê odor, irriguuê fon$^ Castuê amar^pulcra epedei, êineera voluptaê! '
Apôtheoeit, ▼. 347-96.
474 LA CAPPELLA GRECA
bien ferme, pour que notre flotte soit bien conduite, appuyant sa foi sur la croix ou de la croix recevant sa couronne ^ »
Voilà comment nous devons appuyer notre foi sur la croix en y reconnaisj*ant et le Christ médiateur et son instrument de médiation; et cette foi complètement éclairée, voyant avec les regards de nos pères le nom du Christ dans sa croix, y verra pareillement autour cette couronne qui, en l'inscrivant un jour, s'étendait sur Jérusalem, du mont du Calvaire à celui des Oliviers et de TAscension. Cette couronne du signe du Christ que nous portons sur le front y deviendra un jour notre auréole.
Mais rentrons dans la cappella greca, après cette petite odyssée sous le signe du Christ, due au graphite de la chapelle : NAVKil VI VAS IN |.
Disons ce que nous avons pu savoir de son histoire.
* Nunc ad te^ veneranda Dei crux, verto loquelas
Gratantrsque tua coticludam laude profatus. 0 crux magna Dei pietas, crux gloria cceli, Crux œierna sulu^ fwmirtum, crux terror iniquis, Et virtus jii.st»s, lumenque fidel hu^ ! 0 crux, Q'fŒ terris in carne Deum .servirc saluti, Inque Deo cœiis hominem regnnre dédiât ! Per te lux patuit veri, nox tmpia fagit. Tu de>ttuxi^ti credentibus erutn fana Gentibiis, humanœ concors iu fihula pacis, Concilians homtnem medH per foulera Christi, Facta hominis graduses, quo possU m œlhira ferri, Esto columna piis tu semf/er, et anchora nobts, Ut bene nostru domus muneat^ bene classis ag tur, In cruce fixa fidem, vel décrues nacta coronam,
PocmoXIX, V. 716-30.