LEO
Une troisième, ayant l'A Q, aux côtés du monogramme constantinien, offre aux revers le portrait de l'inconnu qui la portait. Le trou de suspension de la médaille est fait sur sa poitrine et sur le bas du monogramme, qui est une des deux formes de la croix, comme si le pieux fidèle voulait dire expressément avec S. Paul : Je suis attaché avec le Christ à la croix, Christo confixus sum cruci^. Une quatrième sans anieau et non forée encore; ayant ainsi la forme d'un simple jeton, porte au revers du monogramme le nom du propriétaire :
VINA NTII
« De Venant» , c'est-à-dire, appartenant à Venant *. »
Mais une médaille du cinquième siècle ou plus récente, trouée en haut et suspendue au cou, nous offre en variante du monogramme la croix latine accompagnée au bas de l'A ^ ^
Nous savons que cette croix contient le monogramme même -fou X. C'est, l'origine sur une médaille, de notre croix pectorale.
J Bulletino, 1860, p. 'li, 3.
« Buiietiho, 1809, p. 4'k 6.
^ Gai., II, 9. hulelino, 1869, tav. III, 6. — Ici pi. XII, 6.
* BuUetino, 1869, tav. III, 6.
» Bulleiino, 1869, p. 44, 4.
LA CAPPELLA QaBGA 467
Le plus ancien monument connu delà croix pectorale vient d'être^ retrouvé sur la poitrine d'un défunt inhumé dans la basilique constantinienne de Saint-Laurent *. C'est un bijou d'or admirablement ciselé, ayant un bel anneau de suspension, qui servait de clef à la croix, vraie boîte destinée à contenir des reliques. On appelait encolpium, du grec IyxoXtciCo), contenir dans son sein, ces petits reliquaires faits en croix ou autrement, qu'on portait sur la poitrine. Celui-ci a deux inscriptions, l'une tracée d'un bras à l'autre de la croix, l'autre de haut en bas. D'un côté, c'est horizontalement le mot hébreu : Emmanuel écrit en lettres grecques, et verticalement la traduction latine dec» mot : « NOBISCVM DEYS, Dieu avec nous. » De l'autre côté, c'est verticalement cette moitié de vers pentamètre : CRVX EST VITA MIHI — les trois dernières lettres, qui n'ont pu trouver place, se lisant sur le côté — , et horizontalement l'autre moitié du vers : MORS INIMICE TIBI. On dit au démon : « La croix « est pour moi la vie : pour toi c'est la mort, o Ennemi ! :&. Là, c'est un des noms du Sauveur, Emmanuel, répondant à son nom par excellence le Christ et à son monogramme ; ici, c'est le nom de la croix. Le bijou donc représente le Christ et sa croix tout ensemble. Ses deux inscriptions disent ses deux signiQcations ; et il rappelle à point les deux épigrammes de S. Basile sur le signe du Christ :
< Fuis devant rinscription que je porte, 6 Barbare, ne m'importune pas I Fuis Méchant qui n*es que méchanceté : sur moi Christ est écrit. — Fuis de mon coeur, 6 Trompeur, fuis au plus vite, fuis de mes membres, fuis de ma vie.... Je porte la croix dans mes membres, la croix dans mes démarches, la croix ^im% mon cœur : la croix c'est ma gloire '. >
Cette croix était portée par un romain dont le tombeau indique la richesse. Elle contient son monogramme qu'on n'a pu lire encore avec certitude. Il s'appelait peut-être THEODERICVS '. La croix pectorale, ornement spécial dos évêquesaujourd'hui, était alors portée à l'envi par tons les chrétiens. Les chrétiennes seules de nos provinces, où avec les ancien^ costumes se sont heureusement attardées les anciennes mœurs, en représentent encore la tradition.
1 Bulleiino, 1863, p, 31. — Ici pi XII, 7. ' Ci-dessus chapitre XXIV.
' Bulltiino, 1863, p. 34.
468 LA CAPPELLA GRBCA
Si on rapproche cette croix avec son anneau de Tancre sous sa -forme primitive, celle que nous offre un marbre du commencement du second siècle, au cimetière de Domitille, à l'entrée peut-être du sépulcre des Flaviens, sepulcRMS. F/«riORVM ', on ne laissera pas que d'être frappé d'une certaine ressemblance de forme générale. Qui sait si les premiers chrétiens, avant de graver Tancre sur le marbre, ne la portaient pas en or, argent ou pierre précieuse, suspendue par son anneau, et si ce nVst pas une des croix pectorales primordiales ? Aujourd'hui même cette ancre de Domitille pourrait bien, comme bijou, compter pour une croix ornementée ; et maintes croix, même antiques, ont au pied, comme support, et ornement ces volutes simples qui sont ici les crochols de l'ancre.
Mais qu'on n'oublie pas que cette croix figure le monogramme du Christ en même temps que sa croix ; et qu'on ne l'oublie pas en contemplant la croix gravée ou arborée sur nos tombes.
Nous savons que le plus ancien symbole sur les tombes chrétiennes, c'est le + ou X, et qu'il représente le nom du Christ avant de représenter sa croix. L'an 327, on le voit ainsi sur Tépitaphe de Priscus, évêque de Noie :