TIBI . BENE . DICTE
Jnliusde Tarse a Gaia Secundina^ épouse très-douce. Paix I — A Aurelius Vanu. Très-doux et très-regretté époux. Paix à toi, béni I Ce nom Tarsahec, estropié par le graveur, doit être dérivé d'un adjectif grec venant de Tarse, la patrie de S. Paul. Pax est le salut du Christ ressuscité aux Apôtres, celui de Tôvôque aux vivants et aux morts, venu à nous, pour ceux-ci, sous la forme dérivée In pace. Bénis du Père céleste est le nom donné par le Christ à ses élus, et que se donnaient mutuellement les premiers chrétiens, comme on le voit dans les lettres de S. Ignaee aux Éphésiens et aux Magnésiens. L'épouse de Varus salue son mari dans le paradis où il l'attend.
En H 10 est un troisième Pierre, IlETROC, qui a vécu quinze ans^ cin" qyumte et un jours, et un Agathangelus [Bon-ange), inhumant sa ûlle Rufine, le même probablement que nous* trouverons en D, inhumant une de ses filles. Le passage en face avait en h" l'épi taphe peinte en rouge sur deux tuiles d'un AAKXIAC, Lancianus, avec la palme. Entre 9 et 12 a été trouvé à terre un marbre portant en lettres élégantes, mais non du type priacillien : MARCELLVS QVI ET EXSVPERIVS, Marcel appeU ausH Exupêre ; au pavé est attachée encore cette épitaphe : u AGAPE VIVAS IN DEO, Agapé vis en Dieu, formule de souhait non trouvée encore dans les anciennes épitaphes de l'étage supérieur et qu'on rencontre dans celle de l'étage inférieur. Vers H 9 des fragments de première antiquité montrent une Primitiva, un P(mp(onius) ?, une El{ecta) ?, un C\é{ment) (?), une Elpizusa, avec l'ancre, un Januarius. Un Statius Septimius Bassus, des ancêtres sans doute du consul de ce nom en 317, apparaît en grec, d'une époque moins reculée, mais cependant ancienne, le nom de son fils Parthius Paulut étant & l'accusatif absolu. A la paroi H 8 est en place, peinte en rouge sur tuile, l'épitaphe : MM SILVIN. FRT, près de laquelle, dans le couloir i, nous avons lu SILVINA SOROR, personne évidemment de la même famille. Rapprochant cette épitaphe des épitaphes voisines, celle de V^rtcundus que tious avons vue, celle de Justinus que nous allons voir, où M domine ou précède le nom du défunt, M. de Rossi arrive à lire : (duo) MM (martyres) SILVINt ou SILVINiam FRT (fratres), Les deux martyrs Silvinus ou Silvinianus frères. Et peut-être faut-il lire à côté : SiMna (leur) sceur. Près de là, gisaient en cent morceaux de très belles plaques de marbre. L'une d'elles, portant deux très grandes colombes, gravées avec une
élégance et une finesse rare et peintes en rouge — Tun des plus anciens exemples connus de la colombe comme marque chrétienne—, fait lire en grec cette inscription : A Flavia Arcas Chêra, qui a vécu 85 ans, mère trèsdouce, Flavia Theophila (Aimant Dieu) sa fille a fait. Une seconde présente en grec un Emilius et une Emilia Sancia; une troisième de même, une Soteris Emilitris (?) ; une quatrième, un enfant de quatre ans, aux trois noms • ....? Claudius Epictelus, alumnus très-cher^ qu'a inhumé sa patronne Canneia Satumina, et qui, esclave ou plutôt affranchi, comme presque tous les alumni, a reçu le nom de Claudius du mari de Satumina; une cinquième, une Elia nourrice, nutrix, (titre équivalent probablement à patronne) bien méritante, inhumée par son alumnus ou son alumna ; une sixième, une alumna bien méritante ; une septième, un alumnus très-fidèle, bien méritant ; ime huitième, un AlSWmnus encore probablement et sa patrOnA,\ une huitième, une auRELIA. Que d'enfants élevés, j'allais dire que d'enfants trouvés dans ce petit coin, et que de dames patronnesses inspirées par les Vincent de Paul du second siècle I
A la paroi H 7, un bisôme, fermé par des tuiles, présentait en lettres rouges les noms d'o/yMPlA et d'onESIM V, rappelant Olympiade que S. Paul salue à Rome, et Onésime que l'Apôtre, étant dans les fers, baptisera ^. Nous retrouverons ce nom d'Onésime en C. En face d'H 6, 7, dans le couloir h ', des briques attachées aux loculi font lire en grandes et belles lettres peintes : ZOSIME... — ... FLAVIA EVFROSyne — .... EIRHNij — IVNIE FlAE(filias);\xne brique tombée : STEFAnti^; une plaque céméténale gravée, de date plus récente : ... LIA REDEMPTA .... AE EVPORIAE filiœ? DVL- C1S61MAË. Ce sont ici des Elia ou des Aurélia. Une d'elle tient son surnom de Redempta, Rachetée, de la Rédemption chrétienne. En H 4, deux loculi rompus gardent sur des restes de briques : EVTICL..., et V...., avec l'ancre oblique ; un troisième, sur la chaux qui Ta clos : felXlL ROM... Le couloir h nous offre les plus précieux monuments. En I, sur trois briques» est peint, en très belles lettres rouges, du type de celles des programmée électoraux à Pompéi, ce nom de famille POMPONIVS ; dans le loculas au-dessus, sur deux briques, en lettres pareilles mais moins belles; SABINAE BEATAE *, l'épithète de « bienheureuse, » que nous trouvons pour la troisième fois appliquée à une femme, indiquant seulement la confiance où l'on est qu'elle jouit de la vie éternelle, vu son innocence pareille à celle de Tenfant à qui rexclamation : « Bienheureux I est adressée dans l'artère voisine. En face, la paroi 2 contient, entre autres, quatre loculi, dont un, ouvert, a sur brique ce surnom eAIIIC (^^^rance).Le plus bas des trois autres a gravé sur marbre : FORTVNATA MATER PHOEBIANAE FILIAE ; et au-dessous, entre deux ancres droites gravées aussi, cette répétition, moitié grecque, moitié latine, faite au pinceau FVlBIANTi (Phœbianeti) FIAIB {filiœ) AOYAKICICIM {dulcissimœ). C'est la troisième Phœbe que nous rencontrons ; et Ton dirait que ce nom tient à s'associer en ce cimetière, comme dans l'Épitre aux Romains, à ceux d'Aquila et de Prisca. Le loculus
« Rom. XVI, 15; Philem. 10.
« Bullet, 1881, tav. VII, 4,
Blé APPKKDICI
•upériour ^ait lire, gravé en belles fcltrcs, mais d'un petit module : FELI- CiSSiMA. HIC POSITA EST, Felicùsima a été déposée ici.
Le troisième loculoê^ plus élevé encore, a gardé sur trois briques cette inscription peinte au minium :
ZOYCTI
La troisième brique est brisée ; le fragment qui manque contenait probablement la palme ou l'ancre qui figurent sur les inscriptious de cette série. Faut-il lire : Mipxo; louortvoç? « Ce serait une chose étrange dans les inscriptions de cette famille, écrivait en 1887 M. de Rossi, que le prénom joint au surnom sans le nom de famille ; et cette anomalie se rencontrerait encore dans Tépitaphe voisine où la sigle MM, précédant les lettres SIL VIN. FRT,sc lirait duo Mcsrci Silvini ou Silviniani fratres. Mais Fépitaphe de Vericundus, appartenant au même lieu, nous enseigne manifestement que l'M isolé y a une valeur autre que celle de l'initiale du prénom... Il me semble qu'il faut appliquer également l'interprétation (martyr de TM) à M ZOVCTINOC. Je lis donc : Maptup lou^rryoç. » Le 20 mars 1888, au cimetière de Priscille, devant les RR. Abbés de Solesmes, de Ligugé, de Marseille et moi-même, M. de Rossi n'hésitait pas à voir ici le grand apologiste et martyr du second siècle, de la fête duquel Léon XIII a enrichi toute TÉglise en 1882, S. Justin. Après avoir enduré à Rome le fouet, bien que citoyen romain, il fut décapité, vers l'an 167, avec ses disciples Evelpiste, lerax, Cariton, Caritana, Péon, Libérien. « Certains fidèles, enlevant secrètement leurs corps, les placèrent en lieu convenable *. * Ce lieu est couvert du secret dans les Actes du martyr», recueillis au lendemain même ; et aucun Martyrologe ou document quelotmque n'indiquera plus tard en quel cimetière S. Justin a été déposé. Un martyr si célèbre ne jouira d'aucun autre culte que celui de son souvenir, à la paix de l'Église. C'est que sa tombe, placée ici au-dessus d'autres tombes, portant toutes le cachet du temps où il a vécu, ne tardera pas à être cachée avec elles par les murs de renfort construits dans le cimetière. Si zélé pour orner les tombes des martyrs^ S. Damase cherchera en vain celle de S. Justin. Et voilà que M. de Rossi, ayant eu, en 1880, l'heureuse inspira* tion de rompre ces murs, voit et nous fait voir ce que S. Damase n'a pas vu ! Ainsi s'expliqUe ce fait si étrange à première vue, « que les dépouilles des martyrs, expressément reconnus comme tels sur les épitaphes de leurs tom« beaux, aient été comme oubliées et négligées au cimetière de Priscille, quand, à l'époque de la paix et du triomphe de l'Église, l'amour qu'on portait aux confesseurs de la foi et le culte de leurs reliques vénérables transformèrent leurs pauvres lociUi primitifs et leurs étroits hypogées en nobles sanctuaires, tnôé ornés et fréquentés par de pieux visiteurs de toute nation \ n
« BuUet. 1881, tav. YII, 3 ; 1886, p. 85. « Acta, Pair, grmc*, t. VI, col. 1572. > BuU9t., 188e, p. 109.
tJn« brique à l'empreinte de Marc-Aurèle ferme un loculus en H ^ Audessous, une 0pitaphe grçivée en belles lettres, « non cependant du typq carré priscillio^, mais de celui imitant l'écriture allongée et serrée faite au pinceau, >> présente une Julia Hermione et sa fille Publia Herrfdone ; et audessous de cette épitaphe latine sont les restes d'une épitaphe grecque du type à peu près priscillien. En H 2 est sur un marbre, aux lettres ^rèle$i et pressées, Tépitaphe : DOMITIAE MARCIAE, et celle en mprceaux, du type priscillien en décadence, de Pollius Afrodisius, faite par 9^ Cçmme Peregrina. La voie céméteriale H 1, ajoutée par les fossoyeurs à la région primitive, est toute sçmée ^e fragments de brique^ avec lettre? peintes fie la plus ancienne famille. Une d'elles et deux restées encore en place 4pQt des Oceanœ majores ex prœd. Aug. n., Auguste qui paraît être lylarc- Aurèle. Cette voie offre en place, peinte en rouge pur trois briques, Tépitaphe : ZOSIME PAX TECVM — ancre droite *, et celle-ci : ancre, renversée, 8ILVIN0, qui rappelle les frères martyrs Silvin... et la sce^r Silmna voisins d'ici. Un fragment en lettres allongées, ramassé à terre, fait lire : PETR.... dulcisslMO,,., Avons-nous ici le nom de famille Petronius ou le surnom Petrus ? Le premier ne s'est jamais rencontré d^ns cette tfès ancienne région ; le second s'y trouve six ou sept fois. Il es.t donc très probablement ici. Ce serait le quatrième Pierre relevé s,ur nos inscriptions.
V. — Arrivons à DEFG, dernière des quatre artères parallèles, allant en s'allongeant de plus en plus. En D', la paroi 1 portait gravée, du type priscillien le moins élégant, l'épitaphe latine d'un nouveau Pierre : A AureUus Petrus, fils très-doux qui a vécu,,, années, Vil mois, vierge, Aureliuf 1».- Ella Donata ses parents {du collège) des Pelagii, Ce collège Pe^agiorum, rencontré ailleurs au revers d'une épitaphe païenne, était une association funéraire chrétienne du cimetière de Priscille, pareille ^ celle E^tyçhiorufJfl du cimetière de Sotère, attenant à celui de Calixte. Qu'on remarqua ce titre d'honneur VIRGO donné au défunt. C'est sous les Antonins, auxquels nous réfèrent ces noms de famille Aurelius, EHa, qu'pn honorait ai;^si la virginité et, avec elle, S. Pierre qui avait quitté son épouse pour s'attac^ier^ l'Église, Épouse du Christ. Un petit fragment porte : PACS, qu'on retjpouve une autre fois ici, comme on lit : PAXS sur les monnaies de Galba. Deux autres fragments ont rendu l'épitaphe de .... Marcellina, de XII ans, fille très-suave, très-innocente, et de Marcella qui a vécu f an^ X mois faite par... et Lucretia Ariagne (forme grecque d'Ariadne, Ariane) ses parent^. Le nom de famille Lucrèce, trouvé quatre fois en cette région de la Vierge, est celui qui, sous son image, en marque le plus insigne loculus, Eînfin^ trois fragments de brique présentent l'empreinte Domitiana major, que deux autres présentent à côté en G, empreinte des briques les plus anqiennçs de Priscille.
En 2 ont été gravées, avec la parfaite calligraphie priscillienne, les épitaphes de Papiria Procla, de Turcia Sabina et Venulius Charitonianus, ^(mx très-aimants, et de Basilica ; et ont été peintes sur briques, celles de Félicité — ancre droite, et de Lycentinus, En 3 est gravée de même l'épitaphe de
' Fac-similé, BulUt. iSSf, tav. VIII, 8.
ft8 APPENDICE
Timothée faite par son père Timocrate, et est peinte, celle de Marcianêie — ancre droite. Les fragments d'une épitaphe brève, mêlée de grec et do latin, avec l'ancre droite erraient en 2 et 5. Le cubiculum 4 présente sur marbre, en belles et grandes lettres gravées, Aurélia Secunda épouse incomparable; sur briques. Calpumia Primitiva et Euthyces, Tofficine Domitiana major offrant ici son cachet sur deux des trois briques ; sur la chaux ayant clos un loculus maintenant vide, Texclamation peinte : SPIRWut ttms REQVESQVAT, que ton esprit repose ; enfin un Agathangelus {Bon» ange), aimable nom, vu déjà, un Julius, un EY^PATA, Euphratas, les trois gravés. En D 5 je lis : DEO DOLENTE FELIX AMPLIATVS, à la volonté de Dieu, Félix Ampliatus, ou Ampliatus felix, sain et sauf, c'est-à-dire vivant et prêt à répondre à l'appel de Dieu. Sous cette épitaphe gravée en lettres prîscilliennes, est celle-ci gravée de même : CamUnea Victoria à Carminetu lÂberalii son alumnus ; entre les deux, en grec, sur brique : Agapet en paix. Ailleurs, une ancre est couchée sur une des deux briques fermant le loctUus, et le nom manque sur l'autre. En D 6 voici : MODESTINA A Û, citation dé l'Apocalypse, vers l'an 123, une date va le prouver, et Signe du Christ proclamant sa divinité ; MOTaa, Muse, avec l'ancre couchée, sur trois briques. Entre D 2 et D 6 ont été recueillis les fragments d'une brique portant ^oTAIANOC, Julien, une brique des Domiiianœ majores, et une autre datée de l'an 123 ; en D 5, 6, ces fragments d'une inscription gravée en grandes et belles lettres imitant celles peintes : « SALVIAe FILIAE dulcissimae AVRELL VIcto RICVS ET MANSVETA PARENTES, A Salvia, fille très-douce, AureUus Victoricus et Aurélia Mansueta ses parents. « Le nom de famille SalmcL, rare dans l'épigraphie chrétienne, est remarquable chez une fille de deux AureUus; il doit dériver du nom du grand-père qui le tint peut-être de l'empereur Salvius Othon, » qui régna trois mois en 69. Cette Mansueta est probablement la Mansueta d'une inscription du même type trouvée à, peu près là : aurelioE MA^suetae.
En D 7 l'épitaphe : MARCIANVS HIC nORMIT IN PACE, d'un style plus récent, se trouve être peinte en effet en lettres non rouges, mais noires, allongées et extraordinairement serrées; elle est postérieure à ses voisines. Le surnom Marcianus, trouvé déjà dans cette galerie D, va s'y rencontrer encore. En D. 9 : VICTORINA ; et sur la chaux et les restes de briques de deux loculi ouverts, ici, l'ancre droite, là, l'ancre droite et la palme ensemble. En D 10, en lettres grecques peintes : Aurélia Eliodora, avec l'ancre couchée, et la date très rare en cette région du jour de la mort ou de l'inhumation . En D 12 : CAELESTINO PAX *. En D 11 : maRCIANE, dont nous avons rencontré probablement deux parents dans la galerie.
Cette galerie D tournant à gauche en E, puis à droite en F, pour reprendre sa direction du nord au midi en G, le cubiculum E 2 gravée, offre l'épitaphe faite à PR DIOGENETÏ, enfant de trois ans par sa mère Euporia^ et celle faite à sa femme par Probus Fyrminus, double surnom, indice d'une moindre antiquité, en rapport avec l'éloignement du point de départ. L'enfant Diogène s'appelait^il aussi Probus avec le double surnom ? Des fragments de
• Fac-similé, Bullet. 1881, tav. Vin, 4.
pîeriHî céinétépialo, gravée en lettres non priscilliennes, bien que peintes en rouge, ont été recueillis devant ce cubiculum^ et ont donné : B. M. uZP PETRO . . . YEcerunt C. VLP .... et .,.. maTER, A Ulpiui Petrus, leur fils bien méritant C. Ulpius son père et ,.,, sa mère ont fait : sixième ou au moins cinquième Pierre trouvé dans cette région. Ce couloir E a fourni une tuile des Domilianx majores ; l'épi taphe peinte d'un Augurius faite par Au" gurius à son fils très-doux j ces deux noms écrits en grec, bien qu'en lettres latines, avec tocoto pour t&vw ; pax TEC VM, Paix à toi, salut au défimt A.... ; et enfin, l'épitaphe gravée en belles lettres, pareilles aux lettres peintes, dé Fulvie (Felic)ité fille douce, sainte qui a vécu treize ans trois mois, faite par . . • A Secundina et Fulvius Ideus ses parents, avec l'image à droite d'un agneau sur une cognée. Serait-ce une martyre ?
Le couloir suivant F était plein d'épitaphes peintes au minium sur des briques. Les fragments de ces briques nous offrent un exemplaire à l'enseigne du chien, de l'un des Antonins ; six exemplaires des Domitianœ majores, à l'empreinte de la pomme de pin, bien plus rares dans la partie primitive que les briques de la Domitiana major; et un cachet entier portant la date consulaire de l'an 110. En F 2, des fragments ont permis de recomposer cette inscription gra^ vée en lettres priscilliennes de la décadence : A Septimim Augurius, Septimius Augurius son fils et Companus et Yictorinus ses frères et Julia Chrysis son épouse ont fait; ces Augurius étant certainement de la famille de ceux rencontrés en E. Une partie d'épitaphe latine gravée, dont la seconde ligne est grecque en lettres latines, porto : . . . . Sa Facunda,. , , dont le souvenir est étemel, a fait. En F 4, des briques en place font lire, en grec, et suppléer : Profutura incomparable [Paix!], et à côté, en iatin, d'un style, comme d'un type d'écriture, plus récent : (Kal)imerus, Paix à toi de la part de Dieu ; puis, en latin toujours : . . . estinus, Paix à toi ; ancre droite — - C. :. . .; Paix à
toi Paix; Paix à toi — ancre droite; Félicité— ancre couchée.
Un loculus encore fermé conserve sur marbre gravé, en belles lettres priscilliennes, ce petit titre en trois lignes : A Novicia, son épouse, bien méritante. Avant de continuer en G, le couloir F a un appendice, qu'on voit à droite sur notice plan, fermé par un mur qui n'existait pas à l'origine. Ce mur a été fait pour soutenir un escalier descendant du dehors, mais sans communication avec l'étage inférieur. Sa construction a laissé en place des fragments
de brique où on lit en grec : Irène ; Philo ; Ce... .na, Sophro. . . et Phi-
landros ; Castor —ancre droite; en latin : Mile (sius?) ; Severa. Des fragments gisants ont donné : Justina ; palme; :^ Ter{entius?) C'est la
seconde fois que ce monogramme Christ-Jésus nous apparaît t dans les dernières épitaphes de cette très ancienne famille priscillienne » : monogramme composé, nous faisant entrevoir évidemment sur les premières le monogramme simple Christ, le Signum Christi primitif, le chi, X. Une tuile porte, sous la forme ++-+•» les initiales certaines, I H, du nom de Jésus *.
La galerie G était, comme les précédentes, riche en épitaphes peintes au minium sur briques. Voici ce qui reste de ces épitaphes et de celles gravées sur marbre. Vers G 1, des fi'agments d'inscription gravée, non en lettres priscilliennes, donnent : A Primilla alumna bien méritante Ur..,.s a fait.
* Bulletino, l*», p. 171.
C^ iPPXNDlGK
En 6 3, est en place, gravée en lettres pareilles à celles tracées au pinceaii« réinscription : Emilius Auspicalis a fait à Emilia Atigurina sa fille — ancre coucliée : Augunna parente probable des Augurii voisins. En G 3, un firagm^i^ de brique à terre a offert PAX au-dessus de l'ancre couchée ; je lis : Peux du Christ, notre espérance. Un loculus intact, en G 4, a sur trois briques : BTEAniCTOC — EVELPISTOS — ancre couchée * : Bonne-espérance (en grec et en latin) dans le Christ notre espérance. Evelpiste, Bonne-Espérance, •eraii;il le compagnon de martyre de S. Justin dont la tombe est voisine en A 2? En p', à l'extrémité de l'arénaire et du cimetière primitif, Victoria est en grec sur une brique en place. Les fragments de brique trouvés en G, ont donné ces noms : Agathe ; (Félicitas) ; I C. — ancre couchée au-dessus ; CorneUa G G (deux Comélie, germanœ, jumelles) ; Ermogyne {Eermogenes). . •; ils ont donné l'acclamation gréco-latine : ACYNKptu BEIBHC, Incomparable, tu vivras {vives) ; enfin, sur une même brique, deux ancres, l'une droite, l'autre coucbée. Une brique a le cachet Domitianœ majores et la pomme de pin ; une autre : EX Prœdiis EL TITIANI qu'on croit être le Flavius Tizianus qui a vécu sous Marc-Aurèle et Lucius Verus.
VI. — Pour achever cette section, il nous reste à voir le couloir C, terminant vers la section de la Cappella Greca, mais sans communication avec elle, l'artère H, lu»» qui, partie de l'escalier, tourne de l'ouest à Test et sert comme de base aux artères K, 1, H, D-G dirigées parallèlement du nord au midi. Ce couloir, très riche en inscriptions sur marbre ou briques, démontre l'antiquité de la galerie, qui rivalise avec celle de la galerie K. Trois briques, fermant encore un loculus, font lire en lettres mêlées d'alphabet grec et d'alphabet latin : EVHNOR (E«ï(va>p, Vaillant), avec le cachet entre l'H et l'N, de la Domitiana major, « trouvé si souvent sur les tuiles de la région la plus antique de Priscille. » Un fragment tombé : ... IME a le même cachet. Un autre a celui des fabriques Caniniennes de DomiUa lÀÂCilla, des années 108-123. Deux briques, en partie adhérentes au loculus, portent :... AIKINIA ... XPHCIMH... A Licinia ... obligeante..., ei: XARAAAMn... A Charalampus ou Charalampa (Brillant-de-joie), surnom très rare. Des briques tombées à terre nous donnent peintes au minium, ces épitaphes simples et primitives : AEPIC (pour 'Aépio;), Aerius ; ôNECIMOG, Onésime, nom rencontré en h»" et H 7, du néophyte à Rome de S. Paul;OnniOC AIOrENHG, Oppius Diogène, \e nom àe famille Oppttw étant des plus rares dans l'épigraphie chrétienne ; CELSVS ; PERTINAX; MARINA ; SECYSdinus?; lANVA... ; INGEnVA. Deux plaques de marbre cipollin, peintes aussi en rouge, portent : GERON FELICISSIM VS — SOTER. Trois plaques fragmentaires de marbre ordinaire, aux lettres gravées et teintes en rouge, font lire : ANTONI... — «aTVRNlN.... /"oNTEIO — L. LICINio ... INCONPArafeiZi. L. Licinius a ici une sœur et une parente, COGNATa: ils sont de la famille Licinia dont le nom se présente à nous pour la quatrième fois. Une petite plaque de marbre africain porte, en lettres priscilliennes, sur trois lignes : IVL CALPVRNIA — AGRIPPINO AIVMNO («c) — POS. « Le surnom Agrippinus chez un esclave ou afifranchi (alumnus) d'une Julia Calpumia peut être dérivé de l'appellatif Agrippinus
• f<ic-itmi(e, BM. 1881, tav. VIII, 2.
OU Agrippianus et Agrippiarms Germaniciis, propre à beaucoup d'esclaves des Jules et à leurs familles, au premier siècle de l'Empire. » Mais voici deux ôpitaphes plus intéressantes encore, toutes deux gravées sur marbre en caractères priscilliens et appartenant « au groupe des plus anciennes inscriptions. »
La première, que j'ai rencontrée le 22 mai 1875, sur le sol auquel elle semblait attachée — j'étais avec S. Éminence le cardinal Pitra, qui a tressailli à sa vue, — porte en lettres d'un module un peu au-dessus de l'ordinaire :
HETFOG
C'est le septième, ou au moins le sixième Pierre» trouvé en cette région antique de si peu d'étendue. Voici la seconde inscription, avec le nom de famille Lucretius qui trois fois déjà s'est offert à nous :
LVCRETIO PAVto inFANTI DVLQS 8IM0 QVI BIXIT AnNO VNO MENS (sic) HT DIES XVI LVCRETIVS EVTYCHES ET LVCRETIA MAXIMILLA PARENTES
A Lucre titis Paulm enfant très-doux qui a vécu un an, huit (?) mois, seize jours, Lucretius Eutyches et Lucre tia MciximiUia ses parents. « Notons dit M. de Rossi, le surnom, de Paul imposé par ses parents à cet enfant. Le surnom grec du père, Eutyches, indique un affranchi ou un étranger d'origine ; le surnom romain Paul peut avoir été imposé à l'enfant non à cause de son grand-père, mais en souvenir de l'Apôtre. » Ne sommes nous pas à côté d'un souvenir pareil de S. Pierre ?
Et puis, n'a-t-on pas trouvé sur cette voie Salare qui conduit au cimetière de Priscille, non loin de la ville, dans un groupe de sarcophages du temps environ des derniers Antonins, celui de la jeune Publia Œlia Proba qui, au rebord du couvercle, porte en lettres différentes de l'épitaphe de la défunte, mais en lettres anciennes, cette épitaphe d'un défunt inhumé au pied du monument : PETRO. LILLVTL PAVLO • ? Ce Pierre-Paul, esclave ou affranchi de LillutUs, fait voir combien il est naturel, étant à côté du nom de l'apôtre Pierre, de reconnaître dans un Paul le nom de l'Apôtre des nations. Ce nom de Pierre, se trouvant une huitième, ou, si l'on veut, une septième fois dans les catacombes romaines, se rencontre précisément sur le chemin du cimetière des hôtes de l'apôtre, des Pudens. Qui ne sent en tout cela cette ombre de Pierre si célèbre dans l'Église, et son passage si bienfaisant et si désiré * ?
Une autre raison nous invite à voir dans Lucretius Paulus un nom de baptême pris de S. Paul et donné à l'enfant. Dans ce petit couloir C une tombe placée sous le pavé nous présente en lettres moins belles que celles des épi-
< BuUet 1884-85, p. 84.
» Aot. V, 15.
922 APPKNDICB
taphes des parois, mais « non de basse époque,» cette ôpitaphe d'une « diction très élégante, » et par conséquent ancienne encore :
ALLIVS METHIVS PAter de
CEPTVS AB ALLIO AQVILa fi
LIO Q. V. AN XXXV. M. VIII. d....
Allius Melhius trompé par Allius AquUa son fils, qui a vécu trente cinq ans y huit mois y . . . jours. Ce jeune homme, dont la mort prématurée a trompé Taffection de son père s'appelait Aquila — je dis Aquila plutôt qu'Aquilinui, la mesure de Tespace vide appelant la première leçon. « Le nom de famille Allius, dit M. de Rossi, est très rare après le premier siècle ; le surnom Aquila ou Aquilinus est notable dans le cimetière de Priscillê, » où ont été trouvés les restes des compagnons de S. Paul, Aquila et Prisca et le prœpO' situs tabernaculorum, faiseur de tentes, comme eux et Tapôtre. Déjà, â quelques pas d'ici, près de la Cappella Greca^nous avons rencontré un Aquila ou Aquilinus. Il est bien difficile de ne pas supposer ici d'autre lien que le voisinage avec V Aquila de S. Paul. Et dès lors, Lucretius Paulus, inhumé dans ce milieu, no se réclame-t-il pas naturellement de S. Paul pour patron?
Ce Lucretius Paulus se trouve ici, d'ailleurs, avec deux Lucretia et le Lucretius Cresces, rappelant le Crescent de S. Paul, dont le loailus, par la splendeur do ses peintures, prime tout en cette section. Les Lucretii ne doivent-ils rien à S. Paul de leur place si éclatante au cimetière de Priscillê?
En finissant l'examen de cette section, ajoutons qu'avec les noms des apôtres du Christ, Pierre et Paul, nous y avons rencontré non seulement cette variante si hautement divine, A Û, de son nom, et ces dérivés de son monogramme X, l'Ancre, le Poisson, la sigle :\c joignant l'initiale de Jésus à celle de Christ, mais ce monogramme X lui-même nombre de fois. Le 14 décembre 1881, étant avec M. de Rossi, qui achevait de préparer son plan de la partie primitive de Priscillê, je l'ai vu peint en rouge sur le mur en H 4 environ, non loin de la tombe de S. Justin ; en h", au-dessus des fragments de brique offrant Lancianus et la palme; en E, vers les fragments lapidaires à'Ulpius Petrus. Je l'ai vu là et de tous côtés peint en blanc sur les murs ; et la preuve que ce n'est point un signe quelconque, mais bien le monogramme du Christ, c'est que, non loin de la célèbre fresque de la Vierge on trouve, peint de même en blanc, ce Monogramme constantinien. Je l'ai vu aussi plusieurs fois gravé au trait sec. Ces monogrammes X sont de grande et saisissante dimension. Aucun, à ce qu'il m'a paru, n'est tourné de manière à figurer, avec ce qu'on appellera la croix grecque, +, une image plus ou moins rapprochée du tau, T, c'est-à-dire de la croix attribuée au Christ par la tradition. L'image ignominieuse de la croix n'affronte pas encore ici, même de loin, les regards. Le Christ ne paraît qu'avec son nom glorieux d'Orne divin et éternel, ou bien en Bon-Pasteur, Seigneur des Saisons, Rédempteur de l'humanité, Roi du Paradis céleste.
Mentionnons encore deux épitaphes tii*ées du cimetière de Pris<îillc, de la section où nous sommes, sans doute, mais de points non indiqués.'Voici
l'une, peinte au miniuin sur quatre briques, qui, à la fin du dernier siècle, a été portée au musée Borgia de la Propagande :
Palme SEP TIMI VSMA XIMVS IN PACE ancre ancre
Septimius Maximus dans la paix du Christ notre espérance, du Christ notre espérance *.
L'autre est celle trouvée au môme temps, et qui est du même type sur trois briques, de sainte Philomène :
Palme PAX TE CVM FI LVMENA
ancre ancre
La paix du Christ notre espérance, du Christ notre espérance, à toi, Philomène. Peut-être, avons nous dit ailleurs, l'ancre placée sous le nom de Philomène, cache-t-il ce jeu délicat d'esprit : Philomène {Bien-^aimée) du Christ.
Bullet 1880, p. 16.
L^hypogée des ACILIl GLABRIONES.
M. de Rossi qui pensait encore, en 1885, c que les crypies insignes... bs plus antiques » de PrUcille étaient « entièrement découvertes » à l'étage supérieur, « la dernière et la plus minutieuse exploration en ayant été accomplie en 1883 *, » ne devait pas tarder à éprouver une ravissante surprise. « Explorant, écrira-t-il au commencement de 1887, ce cimetière dans les parties non encore creusées ni retracées sur le plan que nous parcourons (noire Planche xvii), j'ai pénétré dans un ambulacre grandiose, semblable à Fambulacrc K, tout revêtu de stuc peint avec des bandes et des étoiles^ et tout encombré de débris de sarcophages dont on voit le long des parois les niches arquées. Cet ambulacre est voisin de Tescalier qui descendait à la galerie principale K, dont il est la continuation... C'est un lieu insigne qui donnerait de belles espérances si les barbares ne l'avaient pas dévasté *.»
Au commencement de 1888 ces espérances se réalisaient au-delà de l'attente. A la deuxième réunion de l'Académie d'archéologie chrétienne, tenue à Rome le 8 janvier, surlendemain de l'ouverture de la prodigieuse Exposition des dons offerts à Léon XIII à l'occasion de son jubilé sacerdotal, M. ds Rossi faisait d'importantes comniunications. M. Le Blant, qui était présent, entretenant l'Académie des Inscriptions de Paris des fouilles opérées à la catacombe de Priscille, rappellera d'abord que,« jusqu'ici elles étaient demeurées infructueuses : aux dévastations antiques étaient venues s'ajouter, pour la partie récemment abordée, celles de Boldetti, qui, en explorant ce grand hypogée, en a achevé la ruine, rejetant au hasard avec des masses de terre, dans les galeries qu'il avait déblayées, des débris pour lui sans intérêt, mais qui, rencontrées en place par M. de Rossi, auraient été autant de jalons précieux pour la topographie et pour l'histoire de ce lieu vénérable. » Puis il ajoutera : « M. de Rossi a déjà retrouvé, au bas d'un escalier, plusieurs gi*andes chambres, offrant dans leurs parois des niches destinées à recevoir des sarcophages. Le 5 janvier, on a signalé une vaste crypte, autrefois entièrement plaquée de marbre, avec plafond orné
l BulleU, 1884h85, p. 59.
' BuUet. 1886, p. 137. — L'ambulacre est la continuation de la galerie K, en passant à l'extrémité de la galerie H.
APPBNDICfi 82S
de mosaïques '. » Ijn autre compte-rendu de la séance donnait ces détails aux lecteurs de VUnivers : « Dans un grand ambulacre du premier étage, on a retrouvé les niches ornées de marbre et de mosaïques dont d'Agincourl, qui avait eu le bonheur de les voir intactes, avait pris des dessins qui existent encore à la bibliothèque vaticane... Cet ambulacre mène à une porte de vaste chapelle de sept mètres de long sur quatre de large, que Ton est en train de déblayer. En s'aidant de ses pieds et de ses mains, M. de Rossî a réussi à y pénétrer et à explorer la partie haute. Il a reconnu qu'autrefois la voûte était tapissée de mosaïques et les murailles revêtues de marbre. Tant de splendeur, jointe aux dimensions extraordinaires de la pièce ne permet pas de douter qu'elle n'ait servi d'asile à quelqu'un des plus éminents héros de la foi *. » C'est ce que M. de Rossi nous répétait le 20 mars, dans la chapelle môme, nous faisant remarquer les débris de deux colonnes de jaune antique, cannelées en spirales, qui achevaient de donner la mesure de la très riche décoration faite, au quatrième siècle, pour honorer le martyr ou leé martyrs déposés là. Il allait envoyer au Congrès scientifique international des catholiques, tenu à Paris en avril, la relation suivante ^ :
« Dans la partie centrale et primitive du cimetière de Priscilla, nous venons de déblayer un hypogée qui, à l'origine, était tout-à-fait isolé et séparé des galeries de la nécropole. Plus tard, ces galeries l'enveloppèrent de tous les côtés. Les fidèles entourèrent ce lieu d'un culte aflFectueux , et l'ornèrent avec une splendeur inaccoutumée. L'hypogée était, à l'origine, une simple galerie, grande et large, creusée en gamma (F), comme disaient les anciens, destinée uniquement à recevoir de grands sarcophages de marbre placés dans des niches spacieuses le long des parois. Pas un seul loculus de la forme ordinaire des cimetières souterrains. Un escalier spécial descendait du sol extérieur à l'hypogée. Les vestiges qui restent de l'ancienne décoration nous montrent seulement un chevreau. L'analogie entre cet hypogée et celui de l'entrée primitive du cimetière de Domitilla, sur la voie Ardeatina, est très frappante. Là aussi se trouvent des places pour les sarcophages sans loculi creusés dans les parois, lesquelles étaient toutes couvertes d'enduit blanc et ornées de peintures.
« Les peintures primitives de l'hypogée priscillien ont disparu à la suite des nouvelles décorations dont on a voulu les embellir à plusieurs reprises. La dernière forme de ces décorations a été la mosaïque. Les voûtes des niches pour les sarcophages, les lunettes du fond de ces niches, leurs façades extérieures ont été couvertes de mosaïques : le reste des parois a été plaqué de marbre. Malheureusement, tout a été dévasté à une époque inconnue. Les cubes des mosaïques ont été entièrement enlevés, les plaques de marbre détachées, les sarcophages brisés en cent menus morceaux, dont on a laissé sur place une partie seulement, ce qui ne permet pas de les recomposer. Ils étaient fort simples, cannelés en spirales, sans bas-reliefsi comme ceux du cimetière de Domitilla.
« Au fond de rhypogéCi on a ouvert la communication avec une très vaste
• VUni^^ers, Revue LiUérairej janvier 1888.
• L'abt)é J. Bonnet, lettre du 8 janvier, dans le n« du 15«
• BulUtim 1888-1889, p. 17.
galle, qui paraît avoir été d'abord la réserve d'une piscina Umaria de la villa ou du prxdium ntsticum dans lequel a été creusé le cimetière souterrain. Le but de la communication ouverte entre Thypogée primitif et la grande salle en question a été de trouver une place particulièrement honorable pour un tombeau probablement transporté de l'hypogée au fond de Vaula, qui avait prés de 8 mètres de long et près de 4 mètres de large. Elle a été toute revêtue de marbre sur les parois ; la voûte a été toutecouverte de mosaïques ; les morceaux ôjq colonnes très belles en marbre numidique {giallo antico)^ cannelées en spirales, appartiennent évidemment à la décoration du seul tombeau dont on voit l'emplacement et la base au fond de la crypte. De môme, dans la crypte papale du cimetière de Calliste, nous avons trouvé deux colonnes cannelées, qui soutenaient un epUtylium devant Tautel. Excepté ces fûts brisés de colonnes de marbre numidique, tout a été enlevé de la grande aula ou crypte priscillienne, comme dans Thypogée qui maintenant lui sert de vestibule. »
tt 11 (l'hypogée), m'écrira le 28 novembre 1889 M. de Rossi, se trouve peu loin de l'artère K, à droite de celui qui regarde le plan du noyau central de la catacombe de Priscilla {notre Planche xvii). »
Voici le plan de cet hypogée, B D D, F G, dont l'escalier était en A 1 ; de la vaste salle ajoutée, E ; de l'appendice également postérieur 1 H K L, avec un escalier desservant aussi l'hypogée et im autre propre à cet appendice ; d'un commencement enfin M N de galeries cémétériales ajoutées sur un des côtés, mais séparées, avec un escalier propre en A 2, la communication vers 12 étant moderne — les points indiquent la place du quadrilatère de la basilique supérieure de S. Sylvestre — :
Et voici la position de cet hypogée par rapport à la Cappella Greca. Un petit hypogée N, MM, dont nous parlerons plus loin, qui a son escalier près de celui de Thypogée des Aciliiy est entre deux, ainsi qu'une longue galerie prolongeant à l'origine la nef de la Cappella Greca^ mais séparée d'elle lors de la création, pour un tombeau, d'une abside qui remplacera le sanctuaire primitif. Nous l'écevions, le 9 décembre 1890, de M. de Rossi ce plan inédit :
£cAé//€ cfr/A
Peut-on indiquer un personnage illustre, un martyr, ayant reposé ici? « A cette demande, nous disait, le 20 mars 1888, M. de Rossi, le doute répondait, il y a vingt jours encore, et maintenant c'est presque la certitude. *»
Un fragment de couvercle, probablement d'un des grands sarcophages brisés, a fait lire * :
ACILIO GLABRIONI FILIO
la lacune réclamant : M{anii) Acilii Glabrionis cos, ou : M (anius) Acilitis Glabriopater •; — un fragment d'inscription de loculus : AKEIA..., commencement certain du nom d'un Acilius ; — un fragment de marbre très épais, qui semble être le devant d'un sarcophage : AGI... M' ACILIO... Acilius.,. à Manius Acilius;^ un autre fragment : KA AKEIAIOY OYAAEPIom... vea?NICKOY (sépulture) de Claudius Acilius Valerius,,. Jeune homme ?, noble personnage, la polyphonie étant une marque certaine de noblesse ; — une plaque de marbre ayant fermé un loculus, au fond de l'hypogée, en face de la grande crypte, sur la fin du second siècle ou au troisième :
aKIAIOC P0Y4»EIN0C xHCHC EN 0Eci>,
« M. de Rossi, Les Nouvelles fouilles du cimetièiè de Priscilla. — Sépulture des Acilii Glabi'iones. — Congrès soientifique international des catholiques tenu â Paris^ du 8 au 13 avril 1888, t. II, Paris, 1889, p. 262. - BulUtinOy 1888-1889, p. 20.
• BulUtinOt p. 28, et tav. je.
828 APPBIfDICE
AcUius BufinuSj vU en Dieu, un Acilius Rufus (cognomen d'où est déduit celui de Rufinus) ayant été consul désigné Tan 106, et déjà, sous un des Flaviens, l'histoire nous présentant un Acilius Rufinus, fils d'un Aciliua Rufinus. Un gros quartier de marbre, ayant appartenu à un sarcophage, a fait lire encore :... ociLlael.,. M (arcus) A.C\Llus ; — puis un fragment de marbre, pareil à celui de Manius Acilius, et dont les lettres sont du type exact de l'épitaphe précédente :
M' AGILIVS V.,.
et PRISCILLA C...
Manius Acilitu Verus clarissimus vir (et) Acilia — nom de famille aousentendu, indiqué par Acilius — Priscilta clarissima (femina ou puella), claiissimes, non époux, mais frère et sœur, nés du consul de Tan 152, Manius Acilius Glabrio, ou plutôt de celui de 186, et desa femme Arria Plaria Vera Priscilla, dont la statue à Pesaro nous a donné les noms ^, et passés du paganisme de leurs parents au christianisme. M. de Rossi, dont la sagacité a rétabli leur état civil •, nous donnait le 13 mars 188$, à M. le comte de Mérode, à M. Tristan de THéraule, deux insignes bienfaiteurs des catacombes, et à moi l'annonce de la découverte faite, le 11, de cette Priscille chrétienne, de cette Priscille acilienne, dans le cimetière de Priscille. Sans doute, elle ne descend pas de la fondatrice du cimetière, puisque sa mère est païenne; mais n'est-elle pas sa parente, puisqu'elle est venue reposer ici? Enfin, nous nous souvenons d'avoir rencontré plus haut, en h m, un Acilius Quintus et une Acilia M... parents d'un enfîemt d'un an, Attalus. « Cette inscription, m'écrira, le 10 février 1889, M. de Rossi, appartient, elle aussi, à la région des Acilii, mais à une des dernières branches de ses galeries. » Pour lui, œs « deux Acilii » sont « peut-être » des (c affranchis ou descendants des affranchis des AciUi *. »
Dès le 20 mars 1888, tenant six des sept épitaphes des Acilii nobles, M. de Rossi n'hésitait pas, devant nous, à placer ici l'hypogée de la famille consulaire de ce nom. « M. le Blant, écrivait-on déjà en janvier, estime que la partie de la catacombe présentement explorée a servi de sépulture à la famille Acilia'', » Ce fait acquis, voici les lumières qu'il reçoit de l'histoire et celles qu'il projette sur elle.
Les Acilii Glabriones, d'origine plébéienne, ne s'élevèrent aux suprêmes honneurs de la République qu'au sixième siècle de Rome. Manius Acilius Glabrio, tribun du peuple l'an 201 avant J.-C, consul et vainqueur d'Antiochus l'an 191, triomphateur l'année suivante, est appelé par Tite-Live « un homme nouveau. » Mais, après quatre siècles, cette famille avait jeté on
» Olivieri, Marm. Pisaur, p. 14, no xxxu.
• Bulletino, 1888-89, p. 21, 118.
• P. 23. M. de Rossi disait dans sa lettre du 10 février : « Les Acilii sont à peu de distance de la grande galerie K, dans le grandioso ambulacro indiqué, BulleiinOy 1886, p. 137 «. Leur présence inattendue ne s'est révélée qu'à deux ans delà.
• L'Univers, 15 janv. 1888.
APPENDICE WW
tel éclat qu'en 186, Pertinax, voulant abdiquer la pourpre impériale et la céder au plus illustre et au plus digne des sénateurs, prit par la main et conduisit au trône Manius Acilius Glabrio, alors consul pour la seconde fois, comme étant réputé « le plus noble de tous les patriciens et descendant d'Anchise et d'Énée *. » k Dardana prog entes ^ descendant de Dardanus, • Taleul d'Anchise et le fondateur d'ilion, c'est le titre que donnera Aiisone à son collègue Acilius Glabrio, professeur de lettres à Bordeaux, en pleurant sa mort prématurée *. Manius Acilius Glabrio est consul en 91 avec Trajan, non Auguste encore ; Acilius Rufus, consul désigné en 105 ou 106 ; Manius Acilius Glabrio, fils probablement du consul de 91, consul en 124 ; le fils de celui-ci, appelé Manius Acilius Senior, consul en 152; son fils, consul substitué en une année incertaine, consul ordinaire en 186; le fils de celui-ci, Manius Acilius Faustinus, consul en 210; le fils de Faustinus, Claudius Acilius Cleoboles, consul substitué, en une année incertaine ; Marcus Acilius Glabrio, consul en 256 ; Acilius Severus, consul et préfet de Rome en 395. Nous verrons encore en 438 Anicius Acilius Glabrio Faustin, consul en 438| en Occident, avec Théodose le Jeune, empereur et consul en Orient.
Le premier des consuls de cette liste peut être revendiqué par les gloires chrétiennes comme par les gloires romaines. Baronius Taffirme, suivi avec quelque hésitation par l'anglican Dodwel ; Tillemont le nie; Tabbô Lenglet-Dufresnoy, au dernier siècle, l'abbé Greppo, au nôtre, tiennent pour Baronius ; M. de Rossi, enfin, écrii*a dès 1863 : « Acilius Glabrio, consul en 91, contemporain de S. Clament, fut condamné à mort par Domitien. Il était coupable de nouveautés, au dire de Suétone. Il était coupable du même crime qui en avait déjà fait condamner tant d'autres, suivant Dion, qui raconte l'exil et la mort de plusieurs illustres per8onna^;es accusés uniquement de professer le christianisme. Aussi, divers savants, et avec toute raison, l'ont jugé chrétien et martyr de la foi *. • Ce crime capital, cause en 95 de la mort de S. Clément, cousin de Domitien et consul avec lui cette année, et de l'exil de Flavie Domitille, cousine aussi de Tem* pereur, était manifestement d'après Dion, celui « d'athéisme, aOecki^Toa, » et d'« aberration du côté des mœurs des Juifs, w ta twv 'IouSo^cuv tjôij tÇoxAXovrgç, a ce qui désigne le christianisme doublement et exclusivement. Acilius Gla* brio, étant consul, avait été condamné par Domitien à combattre, dans l'amphithéâtre de la magnifique villa impériale d'Albano, un lion, d'après Dion, deux ours féroces, d'après Juvénal, et avait vaincu. Jaloux et irrité, de ce triomphe inattendu, l'empereur ne devait pas oublier Acilius dans la persécution où, quatre ans plus tard, il n'épargnait ni un consul, ni son propre sang. En 95, u il le fit mettre à mort, en exil, dit Suétone, comme ourdissant des révolutions, quasi motitorem novarum rerum, » La cause de sa mort, toutefois, n'ayant point eu la claire évidence de celle de S. Clément, on comprend que l'Église n'ait point donné le titre solennel de martyr à Acilius Glabrio; qu'aucun martyrologe ne contienne son nom; qu'aucun pèlerin n'ait signalé son culte au cimetière de Priscille. Mais on comprend aussi que son
* Hérodien, Hist, II, 3.
« Prof. Burdigal, 24.
s Suéton. in Domitt X; Dion^Cassius, Bistor., lxvii. -^ Bullet.^ p. 29.
8îW ÀPPENt^Cf
illustre famille ait gardé le souvenir de son martyre, appuyé par deux auteurs païens, aux renseignements desquels elle n*avait peut-être pas été étrangère, et qu'à la paix de l'Église, elle ait décoré le mausolée où il reposait au milieu des siens d'une manière digne de lui, digne d'elle, avec une splendeur incomparable. M. de Rossi déclare, nous l'avons entendu, que le martyre d'Acilius Glabrio et sa sépulture dans la grande crypte sont « presque » \me « certitude. »
VAcUius Glabrio fils, d'un des tombeaux de Thypogée, est probablement le fils du consul de l'an 124, le petit-fils de celui de 91, de la victime de Dioclétien. L'inscription pouvait donc se terminer par la première des d^ix lignes suivantes ou par ces deux lignes :
M' ACILI GLABRIONIS COS N M' ACILI GLABRIONIS COS
La restitution n'est qu'hypothétique. Manius Acilius Verus, homme clarissime, et sa sœur Prisciile, fenune ou jeune fille clarissime, sont, avons-nous dit, les enfants de Manius Acilius, consul en 152, ou plutôt les enfants de son fils, consul en 186, à qui Pertinax voulut céder la pourpre impériale. Leurs surnoms Venu et PrisciUa viennent de leur mère Arria Plaria Vera Priscilla, d'une noble et riche famille d'Ostie, qualifiée flaminica — épouse du fiamine et prétresse elle-même — sur la base de la statue à elle érigée À Pesaro. Elle eut pour fille ou petite fille Acilia Vera, inhumée dans les cryptes de Lucine attenantes au cimetière de Calixte. « Cela, dit M. de Rossi, n'exclut pas l'affinité d'Acilia Vera avec de nobles parents des Antonins Augustes, parmi lesquels elle a reçu ime digne sépulture. C'est à Vera Priscilla, sa mère ou aïeule, que se rattache sa généalogie ; son premier nom est ainsi celui de la famille Arria : or, Arrius Antonin fut l'aïeul maternel d'Antoninle-Pieux ^ » Marcus Acilius fut contemporain de Manius Acilius Veros, comme l'indique la paléographie toute semblable de leurs épitaphes. Claudius Acilius Valerius vivait au troisième siècle. Le premier de ses trois noms de famille lui vient de Claudius Acilius, fils du consul de 210. Son surnom était probablement Severus. On le retrouvera dans un Acilius Severus, correspondant de Lactance et, ce semble, chrétien ; et dans le consul de l'an 323 qui mourra sous le règne de Valentinien l'ancien (364-375), et est inscrit par S. Jérôme au catalogue des Écrivains ecclésiastiques.
u £n présence des nouvelles découvertes et des faits ci-dessus exposés , il est manifeste, conclut M. de Rossi, que les paroles de Dion, concernant l'accusation dont fut victime Acilius Glabrion, semblable à celle qui fut cause de la condamnation à mort de Flavius Clément et à l'exil de Flavia Domitilla, doivent être interprétées dans le sens naturel, comme ont déjà fait beaucoup de commentateurs et d'historiens au XV1« siècle ; que cette accusation ne fut pas calomnieuse, que le soupçon du tyran ne fut pas sans fondement ; que la semence évangélique répandue dès l'ère apostolique dans la maison des AeilU Olabriones y fructifia et s'y maintint par des générations successives, ^i hommes et en femmes de cette illustre lignée, depuis les temps environ de
i BuUetinOf 1888-89. p« 67,
APPENDICE â3l
Domitien jusqu'à ceux de Constantin et du triomphe de la religion chrétienne '. » Chose bien remarquable k de^ns cette famille réputée alors la plus noble de toutes les familles patriciennes, toujours restée au sommet des honneurs civils et des fonctions publiques, et engagée dans les liens, qui en étaient comme inséparables, des différents sacerdoces et du culte idol&irique'. I »
La découverte de l'hypogée des ^cilii va fournir une autre série de révélations, de premier ordre comme les précédentes.
Il n'y a rien à faire observer sur les galeries cémétériales adjacentes M, N, desservies par l'escalier A 2, sinon que ces galeries et d'autres régnant tout autour de l'antique hypogée, sont venues l'envelopper comme pour faire honneur à ses vénérés défunts et obtenir à de nouveaux venus leur céleste patronage. Mais les galeries H, 1, K, L, postérieures comme les précédentes, nous apportent les plus surprenantes et les plus capitales Imnières sur notre cimetière de Priscille.
A la paix de l'Église, quand on construira au-dessus du cimetière la basilique de S. Sylvestre, où seront inhumés les papes S. Libère et S. Sirice, Fescalier A ' sera fermé. Un escalier monimiental lui sera substitué, ayant un vestibule extérieur orné de colonnes de brèche coralline, dont deux de grand diamètre encadrant des cancels, et débouchant dans l'ambulacre G un peu rétréci. Il desservira ainsi, par l'artère F, l'antique hypogée, et de plus, par une descente de trois degrés, pratiquée en rompant la paroi qui fait face à F, et par l'artère K, une crypte L, plus récente, mais l'objet d'une vénération non moindre. Cette crypte avait d'abord son escalier propre en H, petit escalier ordinaire, débouchant dans un vestibule L Le vestibule est devenu une sorte de carrefour réimissant ces deux entrées qui seront pratiquées ensemble. Au bas du petit escalier H, dont les parois sont remplies d'exclamations et d'invocations tracées à la pointe du fer par les antiques visiteurs, comme le vestibule même tout entier, on lit, en 18, au retour du mur, ce graphite : « LIMINA 8ANCT0RVM, Entrée du séjour des saints. » « Si l'on demande, dit M. de Rossi, quels ont été les sancti vénérés et invoqués en cet insigne lieu souterrain, les graphites, sur la paroi qui fait proprement face à celle où est écrit : LlMlNA SANCTORVM, répondent : Priscille et Crescenlion ». » On lit en effet sur la paroi 19 : DOMNAE PRISCILLE, et au-dessus : DOMN VS CRESCENTIO. Domnus et domna, titres donnés aux dieux, notanunent à Isis, sur les inscriptions païennes, sont, avec sanctus et sanctUf ou seuls, des qualificatifs spécialement employés en l'honneur des martyrs dans l'épigraphie chrétienne du 1V« siècle et de la première moitié environ du V®. Le graphite relatif à la domna Priscilla porte : Cito cuncti suscipia*.. Que bientôt tous ceux qui viennent prier ici reçoivent l'accomplissement de leurs vœux — ou Que bientôt tous les défunts pour lesquels on vient prier soient reçus dans le Paradis, par l'intercession de la sainte et puissante dame, les arrêts du péché, (de)licti kausis, étant par elle levés pour eux.
i Bulletino, 1888-89, p. 57.
» Ibid p. 65.
» Ibid , p. 104.
Le-î tombeaux de Priscille et de Cicscjiition sont donc près d*ici. II ne faut pas les chercher i6i môme. Crescention, nous le verrons, est dans la crypte L ; et notre Vestibule 1 ne présente qu'un arcosolium du IV» siècle, revêtu d'un e*iduit grossier et sombre, sans aucun ornement, qui ne saurait être la tombe d'une sainte vénérée comme Priscille. Il faut chercher cette tombe, selon toutes les probabilités, au fond de la crypte G où débouche rescalier monumental, dans Tarcosolium 17.
Cet arcosolium, comme la crypte, appartient au très ancien hypogée des Acilii La crypte, le long de ses parois plaquées de marbre, était garnie de sarcophages, dont les fragments jonchaient naguère le sol, Tun d'eux faisant lire le nom du jeune et clarissime Claudius Acilius Valerius. Un de ces sar^ cophages a échappé à la dévastation, sous l'escalier, au point 15. Rayé en spirales et jadis orné de grandes têtes de lion aux extrémités, il est semblable aux autres sarcophages de l'hypogée et à ceux du cimetière de Domitîlle» qui sont de l'âge environ des Flaviens. Une sépulture à gueule de four, où le cercueil s'enfbnce dans le sens de sa longueur — rite commun à Rome chez les Juifs, rare chez les Chrétiens — , lui fait presque face, au point 16. Au fond de cette crypte si visiblement antique et qui forme une petite chapelle, est l'arcosolium, dont la décoration primitive a été remplacée au IV* siècle par une riche mosaïque. Des barbares modernes en ont arraché tous les cubes. Mais d'Aginoourt qui, en 1780, Ta vue conservée en partie, nous en a transm:is un petit dessin '. Confrontation faite avec les indications' que fournit encore l'enduit dévasté, l'identification sur place est certaine.
Le sous-aTc de l'arcosolium était tout orné de méandres d'un bon style, soutenant dans un cercle, au sommet de la voûte, le monogramme constantihien du Christ, i|c, dont l'empreinte est très visible encore. Dans la lunette dominait une grande figure de matrone, enveloppée dans un ample manteau qui descendait de sa tète, et ayant les bras élevés en orante. Elle étiût aècompagnée de quatre figures plus petites, deux de chaque côté, dont d'Aginoourt n'a trouvé et n'a dessiné que les têtes. Une telle image, en pareil Keu, a une raison d'être particulière. « Les images peintes à fresque ou en mosaïque, dit M. de Rossi, faites longtemps après la sépulture, pour orner davantage les cryptes et les tombeaux vénérés et rendus accessibles, par de nouveaux travaux, au concours des visiteurs, eurejit un caractère non privé et de famille, mais public et sacré, et représentent toujours les martyrs et des personnages de sainte et illustre mémoire, dont le culte était la cause de la fréquentation fervente de ces lieux regardés comme des sanctuaires, limina sanctorum. C'est le cas de cet arcosolium *. » Le nom de la matrone orante se présente ici ou plutôt s'impose bien vite à la pensée. La dame Priscilte figurant à l'entrée de l'hypogée parmi les saints qu'on vient y invoquer ; la sépulture présente, répondant précisément à, l'époque où Priscille, la fondatrice du cimetière de son nom, a dû finir sa vie ; ces quatre
• Histoire de la décadence de l'art, t. V, pi. xni, 16. — D'Agincourt écrit à Im Table des plancJies, p. 13 : « Figures et ornemeats arabesques, exécutés en mosaïque sur un monument sépulcral que j'ai découvert en 17^, dans la catacombe do Crucifix, partie de celle de Priscille, vers le pont Salaro. n
* BuUetino, 1888-89, p. 110.
APPENDICB
personnages quî entourent Torante rappelant les quatre noms, illustres entretous, de la sainte famille de Prisrille, son fils — M. de Rossi d\t son ftls plutôt que son époux — Pudens, le fils de Pudens, le prêtre Pastor, ses fille», les vierges Pudentienne et Praxèdo, tous formant la couronne de leur mère, comme sur des compositions antiques, parfaitement semblables, les sept fito martyrs de sainte Félicité forment la couronne de la leur : tout cela porta « au plus haut degré de probabilité » la croyance que la domna Priscilla est ici Priscille, la célèbre fondatrice du cimetière.
Nous avons vu les liens de sa famille avec les Acilii an second siècle. Aux deux Priscille, Tune épouse, Tautre fille du consul Acilîus Glabrîo la jeune, sinon l'ancien, il faut joindre une Prt^GlLLA ACILIANA qui figuré sur une pierre mutilée de Marine, concernant Adliils Glabrio, rafacian, consul en 152. M. Acilius Priscus Egrilfus Plarianus, consul substitué d'une année incertaine de la seconde moitié environ du second siècle, tentfnt ses trois premiers noms de sa famille naturelle, a tiré les deux derniers diB son père adoptif A Egrilius Plarianus, de la famille des mêmes deu^ Prîscflle* Une inscription de Tivoli vient de nous révéler que T Acilius,. consul en 152; comptait dans ses noms de famille celui de Cornélius^ venant de ses ascendants maternels, qui ont pu être les Cornelii Prisci, dont l'un était consul substitué vers l'an 103, et proconsul d'Asie en 120-121. Un tombeau chrétien, établi dans le fond rustique des Adlii Glabriones, vient de nouçr montrer enfin une M PRISCILLA. sur l'épitaphe métrique d'un insigne magistrat du ÏV» ou du V« siècle, qui paraît avoir été Anicius Acilius Glabrio Faustus, consul ordinaire en 438, préfet de Rome et du préto^ d'Italie, Illyrie et Afrique cette année, et présidant, à ces titres, à la proiïMilgation du code Théodosien au Sénat et dans tout l'Occident, a Rien donc, a conclu M. de Rossi, dès avant ce dernier document, ne s'oppose, et tout, au contraire, nous engage à supposer que la Priscille, éponyme du cimetière, a été de la parenté des Acilii Glabriones; que l'hypogée heureusement découvert à cette heure est le premier noyau de cette nécropole ; et qu'en sommQ le cœmeterium PiiscilUe a été établi m prœdio Aciliorum .. Les Aciin eurent certainement des villas ot des fonds rustiques en divers lieux de la Rome suburbaine, attendu la richesse de leur très ample censive '. »
Hôtesse de saint Pierre, d'après la tradition, dans cette maison du bas de l'Esquilin qui deviendra le titulus Pudentis, l'église Sainte-Pudentiennè d'aujourd'hui, il était naturel que cette pieuse matrone, Priscille, s'occup&t, comme feront ailleurs les Domitille, les Lucine, les Cyriaque, de la sépuHure dos chrétiens de son quartier, et obtint des Acilii, é, qui l'unissaient des * liens de parenté ou du moins de grande amitié, et à qui le christianisme est ou va n'être pas étranger, de l'établir dans leur fonds rustique de la voie Salare voisine. Divers hypogées y seront de fait créés plus ou moins en même temps par diverses riches familles, notamment ces deux hypogées de la région de la Cappella Greca et de celle de la Vierge dans un arénaire préexistant, et celui des Acilii creusé exprès, sur un plan géométrique en gamma. S'il fallait donner une priorité, il semble que ce serait aux premiers, et que la sémiltiirp d'Aquila et Prisca, ces époux Israélites, compagnons de
EU A^PEVDICB
S. Paul, ayant eu lieu au cimetière de Priscitle, dont ils ont dû être des plus anciens hôtes, c'est de ce côté qu'il la faut chercher, ainsi que certains indices nous y ont invités. Que les Acilii chrétiens s'étant fait ensuite un hypogée de famille près de ces coadjuteurs dam le Christ Jésus du grand Apôtre, qui a chargé les Romains de les saluer, eux et leur église domestique, que les Acilii aient voulu consacrer leur hypogée par le tombeau de la fondatrice du cimetière, de cette Marthe de Rome qui a reçu le Vicaire du Christ, comme Marthe de Jérusalem a reçu le Christ lui-même, quoi de plus vraisemblable? Et la réalité paraît s'ajouter à la vraisemblance, quand on voit un couloir partir du milieu de la branche principale du gamma pour aboutir à un tombeau, devant lequel s'étend une galerie formant la nef d'une chapelle dont il est comme le fond d'autel ; ce qu'il deviendra manifestement, avec son tableau en mosaïque, à la paix de l'Église.
D'où la juive Prisca et le juif Aquila avaient-ils pris ces surnoms latins sous lesquels ont disparu, de leur vivant même, leurs propres noms ? M. de Rossi en est arrivé à entrevoir un lien probable de clientèle entre la Priscille romaine et Prisca, entre un Acilius et Aquila : Acilius, avec l'ancienne prononciation dure du c, équivalant à Aquilius, et les deux se confondant souvent ensemble. Aquilinus dérivant d'Aquilius et d'Aquîla, Ausone n'appellera-t-il pas un « Glabrion, rejeton de Dardanus par Aquilinus, Crlabrio Aquilini Dardana progenies? • Les liens d' Aquila et de Prisca avec Priscille et son fils Pudens semblent se trahir d'autre part par le diplôme de bronze en l'honneur d'un noble personnage du temps d'Alexandre-Sévère, C. Marins Pudens Comelianus, diplôme trouvé, au dernier siècle, au mont Aventin, dans une maison romaine, que ses peintures et ses monuments montrent avoir été chrétienne, près du Htulus Pi^cœ, dit ensuite tituius AquUxet Pn«ca?, l'église actuelle de Sainte-Prisque. Ce personnage, qui prît le nom de Marins de son père adoptif, s'appelait Cornélius Pudens de ses nom et surnom primitifs. Il pouvait descendre de l' Acilius Cornélius, consul en Ifô. D'où lui venait son surnom de Pudens, surnom aussi du fils de Priscille et de sa petite fille Pudentienne? On a trouvé ce surnom dans les fastes consulaires, aux années 155, 156, joint aux noms de famille Arrius et ServiHus ; on n'en connaît pas encore d'exemple chez les Acilii, Les traits d'union du Pudens de l'Esquilin avec Cornélius Pudens de la maison voisine de Sainte-Prisque, sur l'Aventin, laissent à désirer une plus ample lumière. Il en est ainsi de la noblesse même de son origine. Mais, dès à présent, on voit ces grandes familles patriciennes, les Comelii comme les Acilii f rapprocher leurs noms et leurs cendres des membres de sa sainte famille, même adoptive ; et si le mot de Baronius, au Mart^'rologe romain, Sancti Pudentis senatoriSy ne se trouvait pas exact au sens littéral, il le serait toujours et au-delà, de l'aveu manifeste des plus clarissimes de Rome, au sens le plus sublime et le plus vrai. Prudence pourrait dire de S. Pudens comme de S. Laurent : « C*est l'homme que la Rome céleste s'est élu pour consul perpétuel, quem Roma casleslis sibi — legit perennem consulem '. »
Achevons rapidement de faire connaître l'hypogée des Acilii avant de passer à son Appendice qu'a tant illustré le nom du martyr Crescention.
* Feristephanon, III, 559.
APPENDICE è3i
L'hypogée n'avait d'abord que quatre arcosolium, on 4, 7, 8 et derrière 6. Celui en 4, faisant face à rescalicr, possède encore à la cime de la lunette, sur un stuc fin peint à fresque d'un bon style, deux paons affrontés aux côtés d'un vase : symbole des Juifs et des Gentils ressuscites, allant goûter le vin céleste du Christ, qui est lui-même. En 3, 5, 6 sont des arcosolium plus récents ; de même en 10, 11. La crypte C est une des premières additions. Sous le pavé, devant 4, est un trisôme, antérieur à l'arcosolium 5, qui Ta 'recouvert en partie, et qui offre en mosaïque, dans de grandes proportions, le monogramme constantinien du Christ, ceint d'une couronne. Ce tris6me fait lire sur une grande plaque de marbre restée en place, cette inscription grecque, d'une belle écriture, mais non de la vraie calligraphie priscillienne : 0 Pèrt de tous ceux que vous avez créés et pris avec vous : en paix, Irène, Zoé^ Marcel, A vous gloire dans le ^ — ancre (le Christ, notre espérance). Le Monogramme dit constantinien apparaît ici bien avant Constantin. En 12 a été trouvée, détachée d'un loculus, l'inscription : AKEIA ; en 14. dans la galerie cémétériale qui est derrière la grande salle E, détachée de môme, celle : aKIAlOC POY^INOC. Dans cette galerie, un loculus de la série primitive présente en place cette épitaphe, en belles lettres priscilliennea :
<v HH I KAPnOC AQY
Aoc ev,
En Jé^us-Christ, Carpus, serviteur de SHeu. Voilà encore, avant Constantin, le monogramme >^. Il est précédé du monogramme W-l» présentant les deux premières lettres de IHCOYC, comme lui présente les deux premières de XPICTOC. Ce monogramme du nom de Jésus remonte au premier siècle. L'Épltre dite de S. Barnabe nous montre dans les 318 serviteurs avec lesquels Abraham a vaincu quatre rois, le nom de Jésus, dont le monogramme, |-|-j, représente le nombre 18, comme la Croix, dont le T est la figure, représente le nombre 300. Venons à S. Crescention.
C'est un pauvre aveugle, guéri par S. Laurent, et compagnon de son martyre, un peu après la seconde moitié du troisième siècle. Une addition a été faite à l'hypogée des Acilii pour sa sépulture, qui a eu lieu dans la chambre L. Spacieuse et ornée d'un ample lucernaire, elle a été appelée de 1& cubiculum ciarum. L'auteur du Liber Pontiflcalis écrira que le pape Marcellin, martyr de la persécution de Dioclétien, voulut être enterré près de ce martyr « dans le culkculum (ciarum), qui est visible jusqu'à ce jour. » Les dévastations ne nous ont malheureusement laissé aucune trace du tombeau de S. Marcellin. Celui de S. Crescention était sans doute dans l'arcosolium qu'on voit au fond de la chambre, à la place d'honneur. Les parois de cette chambre offrent de précieux lambeaux, permettant de reconstituer l?urs fresques. A droite, c'est Nabuchodonosor assis sur un escabeau, commandant aux trois jeunes Hébreux d'adorer son buste dressé devant lui sur une colonne ; et les trois Hébreux, préférant le martyre à l'apostasie, s'enfuient avec un geste unanime d'horreur. Ce buste rappelle bien celui de la Cappella Greca, dont une ouverture dans le mur a supprimé la colonne. A gauche, c'e[St, dans un cadre, la résurrection de Lazare, avec Marthe prosternée aux pieds du Christ, au
milieu d'une foule de graphites parmi lesquels on lit : Laurentit Deus, et on trouve divers monogrammes constantiniens du Christ '; c'est, dans un second CQ^re, la résurrection de la fille du chef de la Synagogue. On voit assez dans ces trois fresques, comme dans le graphite Laurentii Deus, des allusioni au généreux martyr à qui la rétribution est assurée dans la résurrection des Justes. Dès le 10 février 1889, M. de Rossi m'écrivait : « La crypte de Cresoention est au premier étage, à un niveau peu inférieur à celui de l'hypogée des Adlii avec lequel cette crypte a été mise en communication, à l'époque surtout de la Paix et des pèlerinages. »
Contiguô à rhypogée des Acilii, entre cet hypogée et la Cappella Greca, est une courte galerie MM, dont l'escalier A part du même point que celui de» Acilii même (Voir les plans ci-dessus, pages 826, 827). Cette galerie a été flanquée à l'origine, de sept niches pour des sarcophages, quatre d'un côté, trois de l'autre, et depuis occupée par divers tombeaux, dont un, au commencement environ du troisième siècle, do L. Petronius Secundus. Aucun indice ne nous révèle à quelle famille appartenait cet hypogée privé. Une des niches, offre au haut de la lunette, la trace de deux paons aux côtés du vase mystique que nous avons vus dans l'arcosolium faisant face à l'escalier de l'hypogée des Acilii. Au-dessous, le sujet de gauche ayant péri, on voit à droite le Christ guérissant un aveugle, l'aveugle-né probablement. Dans la voûte de l'arc, le sujet de gauche a péri. A droite, Jonas repose sous l'ombrage : Ère est à sa droite, cachant sa nudité, et, devant elle, le Serpent qui se dresse, et l'arbre fatal ; Adam, cachant sa nudité aussi, était à sa gauche. C'est l'image de la résurrection et de l'immortalité bienheureuse entre les images de la chute et de la mort : c'est le nouvel Adam au milieu de nos premiers parents pécheurs, dont son expiation doit effacer la faute et si grandement restaurer la race. Belle et profonde composition sans exemple ailleurs ! Elle paraît être antérieuro A la seconde moitié du troisième siècle *.
A droite de l'hypogée des Acilii et de la crypte de S. Crescention est le grand escalier, descendu par Boldetti, qui traverse tous les étages du cimetière, n aboutit à une extrémité de l'immense artère rectiligne du second étage, au milieu de laquelle descend le grand lucemaire K 6 de notre planche xvii. Parlant de cet escalier « très ample et très profond, » M. de Rossi dit : « Arrivé au second étage, il s'enfonce par un bras latéral de quarante deux degrés jusqu'au niveau des eaux souterraines où il finit dans une sorte de bassin rectangulaire. Le bassin n'est pas très profond et il n'aurait pas été suffisant pour l'immersion. Mais anciennement l'eau fut probablement beaucoup plus abondante qu'aujourd'hui; et son niveau s'éleva sur les derniers degrés de l'escalier, si bien qu'ils servaient à descendre et à s'immerger, comme au cimetière de Pontien, dans une véritable piscine baptismale. Ce bras de l'escalier n'a pas de loculi creusés dans les parois et il ne donne pas accès à des galeries cémétériafes : le but de cette descente parait avoir été uniquement d'atteindre le niveau de l'eau et de desservir le susdit bassin ou piscine '. »
Voilà donc le baptistère du cimetière de Priscille I le baptistère de son
• BulUtino, 1888^, tav. IV, Vîll.
* BuUetino, 1888-89, tav. III,
église .primitive, la Cappella Greca ! Avec celui du cimetière de Pontîen, celui du cimetière de S. Alexandre, au septième mille de la voie NomentanCi et celui, dont on n*a que la mention, du cimetière d'Ostrien, où Pierre baptisait, c'est le quatrième connu dans les catacombes romaines. Remontet-il à S. Pierre ? La proximité du cimetière d'Ostrien et la création vers la fin seulement du second siècle des galeries cèmètériales du second étage ne sont assurément pas des raisons pour le nier. Il parait difficile d'admettre que l'église d'un cimetière aussi important, dès les temps apostoliques, que celui de l'église de Priscille, fut sans baptistère. Les fresques de la Cappella Greca, avec l'eau jaillissant du rocher sous la verge de Moïse, figure de la croix du Christ, avec le paralytique sortant plein de vie de la piscine où apparaît le Christ, semblent bien nous dire aussi que l'eau salutaire, la piscine salutaire, n'est pas loin.
En janvier 1888, dans une chambre située à gauche du grand escalier, au premier étage, M. de Rossi a reconnu la scène de S. Pierre qui reçoit du Christ, debout sur le globe et montant au ciel, le rouleau de sa Loi, pendant que S. Paul reçoit la mission d'évangéliser les nations. Cette fresque du IV* siècle parait ôti'e une imitation de la composition des absides des basiliques constantiniennes de S. Pierre et de S. Paul. La scène est à la voûte de l'arcosolium. A la lunette est Orphée, charmant avec sa cithare non plus les bètes féroces, comme on le voit deux fois au cimetière de Domitille, selon la légende païenne appliquée au Christ, mais bien u les troupeaux et les oiseaux ». Cest l'Orphée-pasteur, comme on le voit une fois au cimetière de Calixte, et comme S. Damase et S. Jérôme célèbrent le Christ dans leur dialogue en l'honneur de David *. S. Pierre et S. Paul reparaissent aux côtés du Christ, à la lunette d'un arcosolium orné de mosaïques, dans la grande artère du second étage. Une orante est à la voûte entre l'Adoration des Mages et la comparution devant Pilate du Christ nimbé, c'est-à-dire prêt à la résurrection. Le voile étant donné aux vierges à l'Epiphanie et à Pâques explique ces deux tableaux. L'orante est sans doute la bienheureuse vierge dame Tkeodora, à qui son frère Alexandre a fait ce magnifique tombeau *. Pouvions-nous ne pas signaler, bien que plus récents, ces deux nouveaux témoignages du souvenir particulier qu'ont laissé au cimetière de Priscille les Princes des Apôtres, Pierre, l'hôte de Priscille et de Pudens, Paul, celui d'Aquila et de Prisca?
Nous achevons ici notre Appendice. Voilà dans quel milieu de monuments et de dates antiques se trouve encadrée la chapelle du cimetière de Priscille, dite Cappella Greca, M. de Rossi avait donc raison de dire, le 22 mai 1885, au cimetière de Priscille, à M. le Blant et à moi, qu'il démontrerait par tout un ensemble d'indices que la partie primitive de ce cimetière représente le siècle chrétien qui va de l'an 60, du vivant de S. Pierre, à l'an 160. Il avait raison d'écrire au commencement de 1887, un an avant les derni(>rps découvertes : « L'époque qui domine ou prévaut dans les tombes du noyau primitif des cryptes de l'arénaire... est antérieure au temps de Marc-Aurèle et de Commode, à la fin du second siècle, et doit remonter du milieu environ de
« Imcnpt Christ, t. Il, p. 449. — BuUetino, 1887, p. 23-35. - L'Univers, 15 janv. 1888, » BulMino, 1887, p. 9-16; tav, I, II.
838 APPENDîca
ce siècle dans le coups des longs règnes des Éliens Antonîn et Adrien (117-161), et peut-être plus loin encore jusqu'aux Flaviens et aux Claudes *.» 11 peut écrire enfin en 1890, en achevant Tétude de Thypogée propre des Acilii : « Rien ne s'oppose, tout, au contraire, nous invite èl supposer que la Priscille, éponyme du cimetière, a été de la parenté des ActZu Glabriones ;.,. qu'en somme le ccemeterium PriscUlœ a été établi in prœdio Aciliorum; et il peut ajouter : « Les révélations inattendues faites dans le cimetière de Priscille non seulement ne m'invitent pas à rétracter les conjectures émises longtemps avant les nouvelles découvertes touchant Aquila et Prises, mais fournissent, au contraire, des dates et des indices qui semblent les confirmer •. » La Cappella Grecay pour conclure, se trouve bien être au foyer d une Pompéï apostolique ayant son développement au premier siècle de l'Église romaine.
Pour nous, la découverte de la crypte de S. Crescention nous ramène, avec une base fondamentale devenue précise, à nos conjectures sur les tombeaux de la Cappella Greca et de la petite basilique, voisine comme elle de l'escalier qui débouche dans la grande église souterraine, rendez-vous des pèlerins à la paix de l'Église. Le pèlerin qui, en l'une des quatre années 62&-628, a visité les sanctuaires de notre voie Salare, range ainsi, dans son Itinéraire, ceux du cimetière de Priscille. Tournant le dos à Rome, et venant du cimetière des Jordani placé à l'endroit où un chemin quitte à angle droit la voie Salare qui va vers le nord, pour aller vers l'orient à la basilique de Sainte- Agnès — cimetière où « à une grande distance, dans une crypte intérieure, longe in interiore speluncâ, repose le martyr Alexandre », fils de sainte Félicité — , il continue en ces termes :
« Ensuite vous montez par la môme voie^à l'église de S. Sylvestre. Là, repose une multitude de saints. D'abord, S. Sylvestre, pape et confesseur, et, à ses pieds, S. Sirice, pape, et, à droite, Célestin, pape et Marcel, évèque; Philippe et Félix, martyrs (ftis de sainte Félicité), et une multitude de saint» sous l'autel majeur. Puis, dans une crypte, inspeluncà, Crescontîon, martyr; et dans une autre, et in altéra, sainte Prisque martyre, et Symetrius reposent dans une chambre près de la sortie, in cubiculo quando exeas, et dans uae autre, et in altéra, sainte Pudentienne martyre et Praxède. Ensuite vous allez à l'orient jusqu'à ce que vous parveniez à sainte Émérentienne, qui repose dans l'église sur-terre ; et deux martyrs sont dans la crypte sousterre, Victor et Alexandre '. »
La leçon du second et in altéra paraîtra justement suspecte à qui sait combien abondent les fautes de transcription dans cette copie, où on vient de voir ascendens pour ascendis, Fimitis pour Symetrius, Praxidis pour Praxedes. L'auteur qui met ailleurs: Et in uno loco... et in altero.,, elin tertio, et encore: Et in altero loco... et in tertio *, aurait pareillement mis ici : et in ter lia, s'il s'agissait de speluncâ II s'agit donc très probablement de cubiculo ; et il faut lire : et in altero. Ainsi Pudentienne et Praxède sont
« Bulletino, 1887, p. 117.
* Bulletino, 1888-89, p. 120, 133. Ces a»* du Bullet, n'ont paru qu'en août 1890. ■ Itinerarium Salisburgense, — Roma Sotleiranea^ t. I, p. 176,
APrSNDICB 889
a dans une autre chambre », in altero cubiculo^ voisine aussi « de la sortie. »
Et la sortie ici représente l'entrée, comme le pèlerin dira plus loin, parlant de • la grande église » des SS. Abdon et Sennen, au cimetière de Pontien : Deinde intrabU in ecclesiam magnam... deinde exeas *. Puisqu'il s'agit d'une crypte, quando exeas est l'escalier de quando inires. Chaque crypte avait à l'origine son escalier, un seul, un second n'ayant pas de raison d'ôtre. Plus tard, les pèlerins ne descendant pas dans les catacombes pour y circuler, mais pour aller prier à tel ou tel sanctuaire, il n'y avait pas de communication souterraine, au moins pratiquée, d'un sanctuaire à un autre, ni par conséquent d'escalier d'entrée et d'escalier de sortie. Quand, au quatrième siècle, on créa un escalier monumental à une extrémité de l'hypogée des Acilii, on ferma l'escalier primitif à l'autre extrémité. C'est par un seul couloir qu'on arrive à la crypte de S. Crescention et qu'on en revient. Encore une fois, le quando exeas paraît bien indiquer l'escalier unique de cette crypte majeure où, dans une chambre voisine dudit escalier, le pèlerin du septième siècle a vénéré Prisca et Symetrius, et dans une autre chambre, Pudentienne et Praxède. Mais où est cette crypte? Voici le plan sommaire des lieux pris sur terre *.
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La voie Salare allant du midi au nord, on ne peut placer la crypte du quando exeas au midi d'où vient le pèlerin ; il y serait descendu avant de descendre dans la crypte de S. Crescention. On ne peut la placer à l'orient de cette crypte, qui, de ce côté, touche à la voie Salare. Serait-elle à l'occident? Mais alors le pèlerin l'aurait sans doute visitée d'abord, pour n'avoir pas a revenir sur ses pas; car il nous dit que de là il est allé à l'orient, vers Sainte-Émérentienne. Reste le nord. Là, à quelque soixante-dix mètres de l'escalier de S. Crescention, se trouve un escalier descendant dans une grande église souterraine de près de 20 mètres de long. Presque vis-à-vis
' Je dois ce plan à l'obligeance de Mgr Battandier et de Mgr Grimaldi.
du bas de rescalier, sur la gauche et à l'extrémité de Téglise qui, par une ouverture, débouche sur une sorte d'ample atrium, est la Cappella Greca. Ne répond-elle pas bien au quando exeas, soit que ce terme désigne l'escalier de descente, celui de sortie, soit qu'il désigne peut-être une sortie vers l'atrium? Du côté opposé, à Tautre extrémité du rectangle de la grande église est une basilique remarquable par sa dimension, sa riche décoration d'autrefois, ses tombeaux pressés, dont deux sont déjà, sous le sol a la fin dti second siècle. La grande église, n'est-ce pas la crypte majeure, tpelunca^ que nous cherchons, avec ses tombeaux des martyrs Prisca et Symétrius d'un côté, des saintes Pudcntienne et Praxôde de l'autre?
On ne peut douter que le pèlerin, qui était à quelques pas de notre grande église, n'y soit descendu. Cette église comprend, disait en 1836 M. de Roasi, « le groupe des cryptes les plus insignes connues jusqu'ici de la région primordiale du cimetière do Priscille >>, cryptes dont « les nobles décorations en stuc, les fresques et les marbres démontrent la dignité », et dont les transformations au 1V« siècle et depuis, pour faire converger leurs entrées vers l'église, « sont un argument évident de la fréquentation du lieu â l'époque des pèlerinî^ges aux tombeaux des martyrs •. » Comment le pèlerin, ayant ces fameuses cryples devant lui, ne les aurait-il pas visitées? Et s'il l'a fait, ce sont donc bien elles qu'il a couchées sur son itinéraire, en indiquant, ici, près de l'escalier, ou d'une issue de plain-pied de la grande église, le sanciuaire de Prisca et de Symetrius, là, d'un autre côté, celui dé Pudentienne et de Praxède.
Les trois invocations aux Martyrs, trouvées dans cette grande église, nous disent enfin que c'est bien là qu'étaient Prisca, Symetrius et Puden tienne, vénérés comme martyrs par le pèlerin.
N'avons-nous pas dès lors le droit d'entrevoir, dans une chambre très antique de cette église, la sépulture, au moins probable, d'Aquila et de Prisca ?
On croyait, il y a quinze ans, que la partie primitive du cimetière de Priscille était entièrement découverte. C'est là-dessus que nous avions assis notre opinion qui, dans l'hypothèse, s'imposait. De nouveaux noyaux du cimetière, qui vieimcnt d'être découverts, la confirment, loin de l'infirmer. Ces noyaux sont-ils les derniers à découvrir? Les galeries cémétériales postérieures qui les enveloppent semblent le faire croire, d'autant plus qu'elles nous éloignent des galeries de Tarénaire, point de départ des hypogées primitifs. Quoi qu'il en soit, il est plus qu'invraisemblable qu'on rencontre jamais une crypte comparable à la grande église et à ses deux si importantes chapelles, s'adaptant si bien à la description faite par le pèlerin du septième siècle, une crypte, dis-je, qui rejetterait au rang des cryptes vulgaires un monument presque sans égal dans les catacombes •.
« Bulletino 1886, p. 150, 151.
« Le 9 avril 1876, M. U Commandeur Michel de Rossi, à la suite des articles parus dans Le Monde, les 2, 5, 8 janvier, voulait bien me dire que mes preuves donnaient toute la certitude possible, sauf la certitude mathématique qui ne peut résulter que du déblaiement complet de la région centrale du cimetière, A cette heure, il semble que la certitude morale touche à cette c^tude mathématique
Les tombeaux des filles de Pudens, ceux des martyrs Symetrius et Priaca, seraient tout près d'ici au lieu d'être ici môme, que ce que nous avons écrit sur la Cappella Greca et toutes les Antiquités chrétiennes rapportées à ses antiquités, n'en serait pas, d'ailleurs, modifié avec quelque importance. Notre livre resterait eu somme ce qu'il est. Mais encore une fois, il nous semble que nous avons mis la main sur ces précieux tombeaux dont les barbares, j'allais dire l'enfer, se sont tant acharnés à effacer les noms et à faire perdre toutes les traces.
Finissons cet Appendice par deux mots que le lecteur aura, croyons-nous, pour agréables.
Le 4 mars 1888, à la Conférence d'archéologie chrétienne, M. de Rossi nous faisait part de la découverte d'un précieux sarcophage d'enfant, du second siècle, trouvé é. côté de la grande chambre de l'hypogée des Acilii ; et, le 20, je le voyais encastré au bas de la paroi d'une galerie. A gauche de l'épitaphe, il offre, gravée, l'ancre droite, traversée d'un trait horizontal ; à droite, de môme, cinq pains, en forme d'X, dits decyssaii. L'ancre rappelle le chif 4-, l'initiale du nom du Christ, et sa croix, et de toute manière désigne le Christ notre espérance. Les cinq pains, où les deux traits, X> présentaient aux chrétiens l'initiale du nom du Christ, sont l'image certaine de l'Eucharistie, la multiplication des cinq pains avant la Pàque, ayant été accompagnée du discours du Christ sur l'Eucharistie môme, avec cette déclaration : Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel '. L'enfant qui, avec le Baptême dans le sang du Christ, et le signe du Christ à la Confirmation conférant la plénitude des dons de son Esprit, a reçu, selon l'usage d'alors, le corps et le sang du Christ dans l'Eucharistie, s'appuie donc, au sein de la mort, sur cette autre déclaration du divin Rédempteur : Celui qui mange ma chair et boit mM sang a la vie étemelle et je le ressusciterai au dernier jour. Il dit ici, d'un côté, par l'ancre : le Christ est mon espérance; de l'autre, par les cinq pains : le Christ eucharistique. Aussi, le 20 mars, près de ce sarcophage, M. de Rossi— rappelant l'épitaphe d'Abercius, à Hiéropolis, en Phrygie, et celle signée de Pectorius à Autun, deux conquêtes de Son Éminence le cardinal Pitra, qui, au second siècle, concordent si explicitement avec le monument romain — insistait-il avec raison syr le sens eucharistique du Poisson qu'on voit apparaître à la suite de l'Ancre, vers le troisième siècle, sur les tombes chrétiennes. S'il proclame Jésus-Christy Fils de Dieu, Sauveur ^ c'est tout particulièrement comme viatique des défunts, devenu « le gage de la future gloire, » ainsi que le chantera l'Ange de l'École, prêtant sa voix à l'Église. Poisson,... pain qu'on doit manger toiu les jours, dit Abertius ; Pow^on,... lumière des moris^ dit Pectorius.
Le 13 mars, en nous faisant part de la découverte, faite le 11, de la Priscilla Acilia dans l'hypogée des Acilii Glabriones, M. de Rossi nous réjouissait d'une autre communication. Il avait demandé au Sultan pour le Très-Saint-Pôre, à l'occasion de son jubilé sacerdotal, trois pierres non moins précieuses que le diamant, offert par le successeur de Mahomet, qui a jeté un si merveilleux éclat, parmi les dons des souverains, à l'Exposition vati<*
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cane ; et il avait boQ espoir de les obtenir. Ce sont trois épitaphes, plus ou moins fragmentaires, découvertes en Asie-Mineure. La première est celle de S. Abercius, évoque d'Hiéropolis, dont la partie centrale et principale est, parmi des matériaux de construction, à Osroum ; la seconde, celle d*un Alexandre Antoine, à Kélendres, près d'Hiéropolis, reproduisant, à. la date de l'an 216, sur un cippe de marbre, six vers altérés de la précédente, et, par les différences paléographiques, d'accord avec les données historiques, la reportant un demi-siècle en arrière ^. La troisième, est une épitaphe
« Bullet. 1882, p. 77; Card. Pitra, Analecta Sacra, t, II (1884), p. xxvi C'est un jeune Anglais, M. W. Ramsay, qui a fait cea découvertes, annoncées par lui* en 1882, dans le Bulletin de Correspondance hellénique de If École française d'Athènes, t. VI, p. 518. C'est lui qui devait aller conquérir sur les lieux, à la prière de M, de Rossi, ces insignes monuments pour les offrir au Souverain Pontée. — Voici l'épitaphe de S. Abercius, selon rédition donnée, en 1888, par M. de Rossi, t. Il, p. xv-xviii de ses lnscriptione$ Christianœ, d'après les manuscrits et le fragment de Toriginal, qui « leur a donné raison, • m'a-t-il dit :
Citoyen d'une ville distinguée, j'ai fait ce monument
De mon vivant, pour avoir là publiquement la place de mon corps.
Mon nom est Abercius : je suis le disciple du Pasteur chaste,
Qui patt des troupeaux de brebis sur les montagnes et dans les plaines.
Qui a de grands yeux regardaat.de haut partout ;
Car il m'a enseigné de la vie les Écritures fidèles.
Il m'a envoyé à Rome contempler la Cité reine.
Et voir la Reine à la robe d'or, à la chaussure d'or.
J'ai vu là un peuple ayant un sceau resplendissant.
J'ai vu aussi les champs et toutes les villes de la Syrie, Nisibe,
Par delà l'Ëuphrate. Et partout j'ai trouvé des confrères.
Ayant Paul, je (le) suivais, et Pistis (la Foi) partout allait devant ;
Et partout elle a servi en ttourriture un poisson de source.
Très grand, pur, qu'a pris une Vierge chaste (ÏÉglise) ;
Et celle-ci l'a donné aux amis pour le manger tous les jours.
Ayant un vin excellent, que, mélangé, elle donnait avec le pain.
Ces choses, moi Abercius, présent, j'ai dit de les écrire.
Quand j'accomplissais exactement ma soixante-douxiéme année.
Que tout homme à l'unisson avec moi, les comprenant, prie pour Abercius.
Que, d'ailleurs, personne ne place un autre tombeau sur le mien,
Sinon il paiera deux mille pièces d'or au fisc des Romains,
Et à mon excellente patrie Hiéropoiis, mille pièces d'or.
De ces spirituels hexamètres, que les païens comprenaient obscurément dans le sens de leur mytholo^^ie, et les chrétiens très clairement dans celui de leurs mystères, voici l'imitation faite en 212 par un chrétien (Ibid., p. xui-xviii) :
Citoyen d'une ville distinguée, j'ai fait ce monument De mon vivant pour avoir publiquement la place de mon corps. Mon nom est Alexandre (fils) d* Antoine ; je suis le disciple du Pasteur chaste. Que personne, d'ailleurs, ne place un autre tombeau sur le mien, Sinon il paiera deux mille florins d'or au fisc des Romains Et à mon excellente patrie, Hiéropoiis, mille pièces d'or. Écrit l'an 300, le sixième mois, de mon vivant. Paix aux passants et à ceux qui
[se souviendront de moi 1 A l'épitaphe d' Abercius joignons, transcrite par nous, avec le plus de soin possible, sur la photographie de l'original et sur l'original même, celle composée, vers ce
chrétienne de la Biihynie, datée de quelques années après la fameuse letu-e où Pline, gouverneur, écrivait à Trajan, au milieu des poursuites et des supplices pour cause de christianisme : « Un très grand nombre de personnes de tout âge, de tout ordre, de tout sexe, sont et seront tous les jours impliquées dans cette accusation. Ce mal contagieux n'a pas seulement infecté les villes, il a gagné les villages et les campagnes, » Pline venait de dire que des chrétiens, après avoir renoncé, « affirmaient qu'en somme leur faute ou erreur consistait en ceci, qu'ils avaient coutume, à un jour marqué, de s'assembler avant le lever du soleil et de dire entre eux, tour à tour, un chant au Christ comme à un Dieu, carmenque Chris to quasi Deo dicere secum inmcem, etc. » Un de ces chrétiens qui, après la cène des Agapes et de l'Eucharistie, improvisait, sous l'action de l'Esprit-Saint, son
temps, à Autun par Pectorius. L'auteur se présente ici, ce nous semble, comme un évéque ou un prêtre catéchiste, faisant, au sein d'un baptistère qui sert de mausolée, son homélie au peuple, célébrant les saints mystères, se communiant, disant d'avance le Lux œtema de la Postcommunion de notre Messe des défunts, et consignant enfin, dans ses hexamètres et pentamètres, en même temps que le vivant tableau d'une messe de Requiem dans les Gaules au second siècle, un merveilleux et complet Credo :
ixeroc Oupaviou «y? ion tenoc htopi semnû
XPHSE • AABÛv ZcoT) ? V AMBPOTON EN BPOTOIC eESHESIÛN YAATÛN • THN SHN 4>IAE OAAnEO ^Tx^iv
YAASIN AENAOIC nAOTTOYAOTOY 20^IHS • EÛTHPOC APIÛN MEAIHAEA AAMBANE Bp(oaiv
ECeiE niNAûN, IXeYN EXÛN HAAAMAIC.
IXei XEIP APAPA, AIAAIÛ, AECHOTA SÛMA.
EY EYAOI MHTHP, SE AITA^OMB, *ÛS TO 0ANONTÛN- A22XANAIE IIATEP, TÛ MÛ XEXAPICMBNE OYMÛ, SYN MijTpt *** xai a8eX^eio?ICIN E^fOICIN,
Ix^v opwv çavepov?, MNHSEO HEKTOPIOY.
Du Poisson céleste race sainte, montre un cœur auguste, Ayant reçu, parmi les mortels, la vie immortelle
Des eaux divines. Ami, entretiens ton âme
Avec les eaux qui coulent toujours de la Sagesse donnant la richesse ;
Du Sauveur des Saints reçois la nourriture douce comme le miel : Mange, affamé, ayant le Poisson dans le creux des mains.
Au Poisson j'ai Ajusté mes deux mains ; je désire ardemment, Maître (ton)
[corps.
Que ma mère repose heureusement, je t'en supplie, Lumière des morts.
Aschandée, mon père, très cher à mon amour,
Avec ma mère •••et mes frères.
Voyant le Poisson à découvert, souviens-toi de Pectorius.
Ce n'est pas ici le lieu de justifier les lectures préférées, les conjectures, les traductions. Chaque détail appelle un commentaire. Après avoir tenté ce travail dans le Monde des U, 15, 18 mai, 20, 28, 30 juin 1873, nous l'avons repris dans V Univers du 4 octobre 1889, en étudiant de même l'épitaphe d'Abercius. Nous annoncions à cette date le 2* volume des Intcriptiones chriêtianw.
I Jésus
X ChrUt
co
e de Dieu
Y Fils
PU
S Sauveur
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hyaiiie au Christ, son Dieu — en se rappelant les paroles de S. Pierre aux Bithyniens : Si vous souffrez opprobre pour le nom du Christ, vous êtes heureux... Si quelqu'un de vous souffre comme chrétien, qu*ii ne rougisse pas, mais qu'il glorifie Dieu en ce nom * — un de ces chrétiens a le nom du Christ gravé sur 8£i tombe. L'inscription porte, assure-t-on, un + : « croix dissimulée, » dit bien M. de Rossi, mais d'abord monogramme du Christ, X, tourné de manière à rappeler sa croix. C'est le plus ancien exemple daté de ce X, que nous venons de rencontrer maintes fois, en rouge, couleur du sang, en bktnc, couleur de la lumière et de la gloire, sur les murs du premier çt du second siècle du cimetière de Priscille. Cet exemple nous représente le Monogramme du Christ, dans cette forme +, visant à dessiner la Croix, que nous n'avons pas rencontrée en ce cimetière. Mais c'est ainsi, qu'au lendemain des Apôtres, comme aujourd'hui, on le traçait à la Confirmation, avec l'onction de l'Esprit-Saint faite sur le front des fidèles sortis de l'eau baptismale, et que, par ce signe du Christ, VOint par excellence, on les sacrait Oints, Chrétiens, pour la vie éternelle : Signum Christi in vifam œtemam.
Terminons cet Appendice, coram^ nous avons fait ce livre, sur ce sig^nj^ -[- Inscrit sur notre chair en ce pèlerinage mortel, qu'il soit, rediâoaâ«le| inscrit sur notre tombe ; et qu'au dernier jour il y ait pour nous une humble place dans cette sainte Cité, la Jérusalem nouvelle dont i'Apétre bien-aimô a résumé en ces mois le tableau béatiftqjae.; Le trône de Dieu et de l'Agneau est au milieu d'elle, et les serviteurs de Dieu l'adoreront^ et ils vendant sa faCe, et son Nom sera sur leur front ■.
22 Mai 4888 — 8 Décembre 4890 — iS Octobre 4894.
t 1 Pet. IV, 14, 16.
« Apoc.XXI, 2;XXII,3, 4.