M8.,XIV
hk CAPPELLA GRECA 7S7
f C'est nne chose très connue, dit M. de Rossl, que le rite d'orienter les tombes^ c'est-à-dire d'ensevelir les corps, la face et les pieds tournés vers TOrient. Dans les galeries souterraines et dans !eur réseau compliqué en tout sens et en toute direction, l'observance de ce rite était plus ou moins impossible. Il n'en était pas ainsi sur terre. Dans les Gaules, les tombes chrétiennes à fleur de terre, dont les inscriptions antérieures au VII1« siècle ont été recueillies par M. Le Blant, et les innombrables tombes sans épitaphe des Grallo-Francs sont d'ordinaires toutes orientées. Le cimetière de Julia Concordiay exemple unique d'un cimetière chrétien à ciel ouvert venu à nous dans un état de grande intégrité, a ses arches en majeure partie orientées, si bien que les squelettes gisent tournés vers le soleil
levant La ligne très étendue et peut-être normale du cimetière de Galixte sur
terre est plus ou moins exactement dirigée de l'Occident à l'Orient ^ n
L*eDirée du sanctuaire de Féglise non orientée du cimetière de Priscille était, en retour, consacrée par la représentation de ce Soleil levant de la miséricorde de notre Dieu dont le père de Jean-Baptiste venait de proclamer l'apparition '. Né d'une Vierge, ou le voyait offert par elle à Tadoration des Mages, et eux conduits par son étoile qui, faisant pâlir le soleil de la nature, marchait devant eux pour s'arrêter sur le lieu où était l* Enfant ^ Ces rois de l'Orient qui s'étaient égarés jadis dans le culte du soleil, avec lequel tant de fois ils s'étaient follement identifiés, croyant atteindre ainsi l'immortalité et la divinité, accouraient après avoir retrouvé le bon chemin, et venaient, l'or, l'encens ^t la myrrhe dans les mains, se prosterner devant un Dieu mortel, auteur de Fimmortalité. C'est Jésus qui, adulte et sortant du baptême, sera proclamé le Fils bienaimé de Dieu \ On le trouve ici opérant le salut des hommes ; que dis je? on voit ce Verbe éternel y préludant dès avant sa naissance temporelle. Vis-à-vis de son image d'Eofant adoré par les Mages, c'est Moïse faisant jaillir du rocher l'eau de la vie, et ayant près de lui le palmier, l'arbre de vie. Verbe de Dieu, ayant ses traits anticipés de Christ, il vient du ciel au secours de Susanne aux prises avec le démon qui s'est incarné en deux juges d'Israël; sous ceux de Daniel, il la délivre de la mort et se révèle comme le-Jugement-
* Roma gott, t. III, p. 397.
« Luc, I, 78.
\Matt, II, 9.
* Matt., m, 17.
728 LA CAPPELLA GRECA
de-Dieu, lui qui a reçu jour pour juger le globe dans l'équité, comme, un peu avant notre fresque, disait saint Paul à FAréopage *. Sous ses traits de Christ encore, il étend la main contre la statue de Nabuchodonosor et abat les flammés de la fournaise où ce rival de Dieu a jeté les trois Hébreux qui, se prosternant devant Dieu, n'ont pas voulu se prosterner devant sa tyrannie. Il est incarné maintenant : à sa voix, le paralytique emporte son lit au-dessus de la tête de Susanne ; au-dessus peut-être de celle de Daniel, Lazare, faisant face au paralytique, sort du sépulcre, et Jonas, image du Christ luimême, renaît, après trois jours, du tombeau vivant d'un monstre marin ; enfin, il plane, grandiose, à la voûte du sanctuaire, dans son Paradis qu'embellissent, aux quatre angles de la voûte, les quatre Saisons : c'est le Bon-Pasteur portant en triomphe sa brebis humaine retrouvée, rendue à leur commun Père, ne craignant plus la Mort qu'il a vaincue, ayant, au lieu de l'Éden terrestre où le Serpent l'a perdue, l'éternel Éden d'où cet « Antique Serpent » a été précipité à jamais. Telles senties images dont Pierre et Paul ou leurs disciples, traducteurs religieux de leurs pensées, ont décoré le sanctuaire de l'église du cimetière où vont reposer les amis de Judée ou les hâtes de Rome de ces princes des Apôtres.
Nous avons dit que ces images répondent aux articles du Credo des Apôtres, qu'elles exposaient^ous des voiles d'une parfaite transparence aux yeux des fidèles. Ajoutons qu'elles répondent tout spécialement aux cinq grandes fêtes chrétiennes dont les Constitutions apostoliques, où on signale la main de saint Clément pape et de notre docteur romain saint Hjppolyte, nous donnent la liste au nom de « Paul » et de « Pierre *. » La Nativité du Christ, célébrée lo 25 décembre, était représentée, comme dans l'Évangile de saint Matthieu, celui des Apôtres, par l'Adoration des Mages : représentation glorieuse qui sera la seule de la Nativité jusqu'au triomphe de l'Église, où avec les abaissements de la Croix on exaltera ceux de la Crèche. L'Epiphanie, qui fut d'abord la fête propre du Baptême du Christ, fixée au 6 janvier ', était rappelée, en face de l'Adoration
' Act., XVII, 31.
« L. VIII, cap. XXXIII. Cf. 1. V, cap. XIII.
» Patrizzi, De Evangeliis, Friburgi, 1853, 1. III, diss. XIX, p. 276, tab. L
LA CAPPELLA 6REGA 729
des Mages, par Teau du salut que Moïse, représentant le Christ, fait jaillir du mystique rocher. Le paralytique, portant le bois de son lit, était — avec Jonas et Lazare peut-être, — Timago de la Résurrection du divin Crucifié. Dans le Bon-Pasteur planant dans la voûte, entre les quatre Saisons, au milieu des arbres et des oiseaux du Paradis» on voyait son Ascension au ciel. L*eau, ruisselant du rocher sous la verge du nouveau Moïse, représentait Teffusion du Saint-Esprit faite par lui à la Pentecôte, et, avec le baptême du Christ, celui des chrétiens inauguré en ce jour natal de TÉglise. « Frères, observez les <i jours de fêtes, » disaient les murs de la cappella greca comme les Constitutions apostoliques \
Le sanctuaire carré de Tauguste chapelle rappelle le Saint-des- Saints du Temple, réprouvé hier, de Jérusalem. Les palmiers et les chérubins, souvenirs du paradis terrestre, qui couvraient les parois du Saiut-des-Sainls sont remplacés ici, dans Timage du Paradis céleste, par Y arbre de vie unique de la nouvelle Jérusalem ', par VAnge unique du Testament éternel ^ qui toujours est le Christ. La chapelle dont ce sanctuaire est la tête, étant dessinée en cHi^ +, représente son monogramme, son signe, et rappelle en même temps le taujï, le signe de sa croix, Tinstrument de sa victoire et de notre salut. Ces deux signes que les fidèles se sont plu à identifier en un seul, le signe du chrétien^ sont doji identifiés sans doute dans cette chapelle apostolique.
On n'y a pas signalé de trace d'embaumement, aucun reste ne nous étant connu des corps déposés. Mais il est plus que probable que les juifs Aquila et Prisca ont été inhumés à la manière des Juifs, de Jacob et de Joseph, des rois fils de David et du Christ, avec ces aromates dont les Égyptiens avaient enseigné Tusage aux enfants d'Israël et qui attestaient la foi en Timmortalité *. « L'embaume- « ment était aussi en usage à Rome, dit M. Martigny, et Ton a « trouvé au cimetière Calixte un sarcophage renfermant un corps « embaumé, comme une momie égyptienne, more jEgyptio \ » Cet
« L. V, cap. XIII.
«Apoc., XXII, 2; m, 12.
» Mal., III, 1 ; Hebr., XIII, 20.
* Gen , L, 4, 25 ; II Parai., XVI, 14 ; Marc, XVI, l.
> Art. Sépultures, 2e édit.
730 LA CAPPELLA OREGA
usage était si répandu parmi les fldëles, au second siècle, que Tertullien, comparant les aromates des sépultures chrétiennes à Tencens des autels païens, pourra écrire : « Que les Sabéens sachent <c que leurs marchandises se débitent en plus grande quantité et à «c plus haut prix pour ensevelir les chrétiens que pour enfumer les <c dieux ^ » L*encens qui, dans la liturgie romaine, répand aujourd'hui ses vapeurs sacrées autour des corps des défunts et dans le lit même de leur sépulture, perpétue la tradition de cet embaumement et sa profession de foi sublime.
Un bel ouvrage qui vient de nous révéler le cimetière de Sainte- Agnès, nous suggère une dernière observation. Il contient cea lignes :
i Les Hébreux, en Palestine, n'avaient pas de cimetières communs, mais chaque famille avait son sépulcre spécial héréditaire, ou chaque individu le sien •. L'illustre P. Garucci *, avec la science qui lui est propre, a démontré que, chez ce peuple, on n'avait pas l'idée du commune sepulcrum ^. i
• Apol. XLH.
« l9., XXII, 16; Gén., XXIII, 47-20.
• Cimitero degli antichi Ebrei in vigna Randanini, Roma, 1862.
^ Il cimitero di S. Agnesc Bulla via Nomentana descritto ed illustrato da Mariano Armellini. Roma, tipografia poliglotta délia S. C. de Propaganda fide 1880, in-8^, p. 87. — Voici les principales découvertes, touchant aux questions traitées dans notre ouvrage, que présente cet important volume.
Un monument insigne du second siècle, trouvé intact dans l'arénaire qui sépare le vrai cimetière de Sainte-Agnès — situé sous la basilique et autour — de celui d'Ostrien, a offert, sur la plaque de marbre fermant le locultis, l'épitaphe suivante (ta?. Xî, VUI, p. 316) ;
M. AUR. VICTOR. VLPIAE. SIRICAE CONIVGI. CARISSIMAE. FECIT. IN. PAGE.
« H, ÂnreliuB Victor a fait à Ulpia Sirica, épouse très chère. Dans la paix. »
A gauche de l'épitaphe est le portrait de la défunte dans un cadre quadrangulaire inscrit dans un autre sexangulaire, en mosaïque de pierres dures, vert ou azur, et en petites lames d'or peintes de toutes couleurs : monument unique jusqu'ici dans Tantiquité païenne ou chrétierme. A droite est la croix gammatée, c'est-à-Klire le + orné de crochets, le chi, X, monogramme du Christ. Je ne puis douter qu'il ne faille lire : « IN PAGE + : dans la paix du Ohnst ». C'est le plus ancien exemple, semble-t-il, de la croix gammatée et l'un des plus anoiens du signe du Christ. Il est fourni par ce cimetière voisin de celui de Priseîlle et qui,
LA CAPPELLA' GRECA 731
Le commune sepulcrum serait ainsi une création toute chrétienne. D'après ce qui a été dit, on voit dans quel sens il faut Tentendre pour être exactement vrai. Le christianisme a réalisé Tégalité et la fraternité humaine dans la mort en y mettant le sceau même de la divinité. Mais il n'a fait que rétablir, perfectionner, réaliser en tout lieu ce qui était à Torigine. Il y avait des sépulcres corn* niuns chez les premiers peuples. La Terre Sainte était le sépulcre
chose remarquable! nous présente, à la fin au moins du second siècle, un Pudens
... 0 PVDE(nti)
Un graflte mutilé, tracé sur la cbaux fraîche à la marge supérieure d*un loeu» lus, fait lire : . . . N + ^ le + est inscrit dans un cercle, c II me semble, dit « M. Ârmellini (p. 185), que c'est la fin d'une acclamation de la teneur suivante : c IN CRISTO, ou à TX initial du saint nom du Rédempteur est substituée la « croix équilalérale encadrée dans une couronne. » A mon avis, c'est simplement le X redressé, et une nouvelle preuve que le 4- lui est identique. U y a en même temps ici la figure du pain eucharistique et l'image du Christ dans son sacrement.
Une partie du cimetière, assez postérieure à Constantin, a fourni l'inscription suivante :
M. Armrllini se demande s'il faut lire : « Léo. Signum cruds, Léon — Signe ff de la croix » ; et il ajoute : t En cette inscription que nous avons par fragments, c nous trouvons un cas assez rare de la croix éqnilatérale, -f-» ^^"^ l®s branches a sont terminées par de petites barres et croiséos d'un P, réminiscence du monot gramme ^ , Après le nom est écrit en forme do graflte un S. Je croîs qu'il • signifie signum et qu'il se rapporte au signiim Chrii'i par antonomase. Sur € un loculus de Saint-Calixte, on lit, après un monogramme, SINNATVM EST, « c'est-à-dire : {Christi sfgnum) signatum est {hic] (Rom. $ott., t. III, p. 283). » Je pense aussi que l'S doit s'interpréter signum, et il me semble évident que le -|- qui est mêlé au P est le X, et qu'il y a ici les deux initiales du nom du Christ, c'est-à-dire le monogramme constantinien sous une autre forme. Voilà une démonstration ntiuvelle, mais frappante et vraiment péremptoire, que le -|- est l'équivalent du X et le signum Christi,
Ce cimetière a offert 38 fois le X, 24 fois le -|- (p. 351), pa)*fbis isolés, parfois associés aux autres monogrammes. Le -{- ^^ ^'oit à côté du monogramme cons-
732 tA CAPPELLA GBECA
commun des Hébreux. Dès lors, et jusqu'à la fin chez les Hébreux, planait sur le Heu consacré du repos de ceux qu'on peut appeler tous ces morts dans la foi *, bien que la foi fut d'ordinaire si profondément mélangée, ce soleil de la divinité et de la résurrection qui, toujours voilé, se manifestera, avec la plénitude de ses splendeurs vivifiantes, dans le Christ.
tantinîen (p. 246, 251, 252), du monogramme cruciforme (p. 265), et parait être une simple varianle. qu'il est en effet, de ces monogrammes.
Une tombe (p. 332) offre à la fois le -|- inscrit dans un cercle, monogramme du Christ et figure du pain eucharistique, et le X traversé horizontalement de PI, monogramme de Jésus-Christ et image du denier sacré, récompense de la journée de la vie du fidèle, qui est le Christ lui-même.
Cinq tombes (p. 207, 209, 2i0, 2A4, 273, 282l présentent Toiseau portant la palme. Je ne doute pas que ce ne soit le phénix, le Christ.
M. Armellini (p. 52-57) conjecture que sainte Agnès dont il croit avoir reconnu
répitaphe primitive :
. AGNE. SANC.
TISSIMA
était de la gm$ Clodia, trois Clodii apparaissant dans la partie primitive du cimetière, fondé au II<i siècle par les ancêtres de la mattyre, et où elle sera déposée tiî prœdiolo suo. Mais le champ de famille s'étendait sur Tarénaire et par delà, sur le cimetière d'Ostrien, puisque sainte Éméren tienne, sœur de lait de sainte Agnès, fut déposée à l'extrémité de ce cimetière, la plus éloignée, dans la partie même où on reconnaît son noyau primitif, m confinio agelli,., Agnetis. On peut donc se demander, avec vraisemblance toujours, si sainte Agnès n'est pas une Oslriana, des Ostorius de Tacite, et même la croire de cette noble famille.
M. Armellini mentionne (p. 233i une découverte très récente qu'il a faite au cimetière d'Ostrien. < Dans une galerie dépendante de la crypte principale du « cimetière, dit-il, j'ai remarqué au commencement d'une inscription tracée sur c la chaux, un dauphin dessiné dans l'acte de dévorer un petit serpent. L'auteur c du grafit^ a voulu représenter très clairement la mission du Christ Sauveur qui • a vaincu Satan : Satan est figuré par le serpent que dévore le dauphin. » C'est une confirmation de l'interprétation que nous avons donnée {le Monde, 2 et3 janv. 1873) de la gemme, du second siècle, de V Anneau d'Angouléme. Là un dauphin nous a paru dévorer un polype et délivrer ainsi un petit poisson. La gemme de Fogs^v (DuUetino, 1870, tav. IV, 10], présentant un sujet semblable à celui de la précédente, nous en a fourni la clef avec sa légende : c IX SÛTHP 6Y« c Jésun Christ Sauveur Fils de Die^ >. C'est, dans les trois cas, le Christ apatant la Mort, l'Ange de la mort, deglutlens mortem^ qu'a énergiquement dépeint S. Pierre (L Pet, III, 22).
» Hebr., XI, 13.
LA CAPPELLA GREGA 733
Voilà le passé qui a précédé et préparé la cappella greca. Certes, il n'est pas inutile de le rappeler, et tout spécialement dans son côté païen, qui, malgré tout, ne cessa jamais d'être religieux, en ces jours où, sans que la France se soulève, on va bannissant la religion de la mort et de Tasile des morts, où on courbe la Fille aînée du Christ et de l'Église jusqu'à la brute et au delà, et où on lui imprime le stigmate que S. Paul voyait au front des Éphésiens quand ils étaient fanatiques de leur grande Diane et de leur gnose ou science de faux nom : Vous étiez en ce temps-là sans Christ, séparés de la société d'Israël, étrangers aux alliances, n'ayant point l'espérance de la promesse, et sans Dieu en ce monde *. Portons, maintenant, en franchissant dix-huit siècles, nos regards sur ce grave présent où nous sommes. La cappella greca a pour lui des lumières et des consolations.
IL C'est en l'année sainte 1875, en ce jubilé concordant avec le deuxième centenaire de la révélation que le Christ a faite de son Cœur à une de ses épouses — virginale Susanne du doux paradis de la Visitation, créé à son Maître par le suave docteur François de Sales — que nous étudiions Téglise du cimetière apostolique de Priscille. Vivant par la pensée au milieu des drames mortels du berceau de l'Église, nous les avions sous les yeux dans ces jours marqués trop lugubrement du cachet de la fin des temps. « Vous allez aux catacombes ! préparez-nous y une place : c'est « là que nous descendons, » me disait un jour un descendant des princes romains, un prince de TÉglise. Eh bien ! Si elle rentre aux catacombes, l'Église y pourra contempler avec les monuments matériels les plus anciens de ses croyances, les tableaux les plus frappants de ses vicissitudes actuelles, et la cappella greca lui sera le miroir de ses triomphes en même temps que de ses épreuves.
Nouveaux vieillards de Babylone, juges d'Israël, les princes des peuples chrétiens sont venus à l'Église, les fleurs dites de la civilisation moderne à la main. Elles s'appelaient le protestantisme, il y a trois siècles, le jansimisme ou le gallicanisme, hier encore : eUes 9'appellent aujourd'hui le libéralisme. Les vieillards étaient ceux
• Act., XIX, 27, 28, 34, 35; I Tim., VI, 20 ; Ephes., II, 12.
734 LA CAPPELLA GAECA
que montre la Passion du Christ, César et ces pontifes juifs qai veulent qu'avant tout on soit ami de César, transfuges du sacerdoce qui furent toigours la fatalité comme la honte des empires. Ils ont invité rÉglise à trahir non plus la loi de Moïse, mais celle même du Fils de Dieu, et lui ont dit le Commiscere nobiscum de Tinfamie antique. En lui notifiant leurs Mémorandum de toutes formes, ils les ont accompagnés du tumulte de leurs tribunes et de leurs chaires, de leurs feuilles volantes et de leurs livres, ils les ant soutenus de Tannée souterraine de leur Synagogue de Satan K Le Pape devait être rayé du rang des rois, s'il ne consentait à régner contre TÉvangile. Avec les fleurs de la corruption, les vieillards présentaient la pierre de la menace. Pie IX a repoussé du pied Tidole de Babylone et a proclamé le Syllabvs, Le Syllabus a été le grand cri de Susaone. L'Église Ta consacré en proclamant Tinfaillibilité pontificale au concile du Vatican.
On sait la suite, et Tintervontion du Christ avec les coups de tonnerre de la guerre franco-germanique, qui n'a pas moins frappé les vainqueurs que les vaincus, et la Commune, j'allais dire l'enfer de Paris: on sait ces fléaux apocalyptiques. L'univers insurgé contre l'Église s'est tù d'épouvante. Quant aux vieillards de Babylone,ils se sont remis de leur émoi, sitôt le coup de tonnerre de Nabuchodonosor passé. Satan, les dirigeant des antres de sa Synagogue, dont rAnglelerre, par la bouche d'un de ses pilotes d'État, vient de dire et la Russie de répéter : l'histoire de notre temps est l'histoire des sociétés secrètes^ y Us se sont empressés d'étendre leurs mains dénonciatrices sur la tète de Susanne, emprisonnée par eux dans sa propre maison. Ils l'ont déclarée coupable d'adultère avec le génie du mal, ennemie de toute civilisation^ « convaincue de haine du genre « humain, odio generis humani convicti, » comme disait le rhéteurconsul Tacite, à la suite de la plèbe de Néron'. Un « appel » a été fait u à tous les hommes de bonne volonté pour combattre le grand <c combat de la science contre l'obscurantisme, de la liberté contre
* Apoc, 11, 9;1II, 9.
'* Mot a amer et si vrai » de lord Bcaconsfield, cité par nn écrivain m^se. Le Monde, 10 décembre 1879.
« Annal, XV, 44.
« roppression, de la tolérance contre le fanatisme*. » Le cléricalisme^ remplaçant l'injure usée A'ultramorUanisme, a été déclaré <c Vennemi. » La juste peine est la lapidation , et il est assez clair que la sentence est rendue d'avance parle suffrage universel et que déjà TÉglise marche au supplice. Dieu sommeille; mais il reste le Dieu vi*vant. Il garde en son secret le jeune Daniel qui rendra son juge^^ ment et mènera qui de droit à la Rocbe-Tarpéienne. Si la fournaise devient ardente pour les trois amis de Daniel, Dieu changera les flammes en un vent frais et de là en un incendie foudroyant. On a vu, on reverra ces prodiges. Et cependant qui ne serait ému en contemplant sur les murs du cimetière Thôte de S. Pierre à Rome, ces prophéties cinquante fois réalisées qui vont se réaliser demain encore ?
Mais comment? Demandez à Dieu ! Nous sommes certains de ses hommes, de ses anges : lui seul sait les noms et les heures. Voici ce ^uHl a fait, il y a dix siècles.
Dioclétien avait une parente, nièce du pape S. Caius, fille de son frère, le martyr S. Gabinus : elle portait le nom de Susanne. Sa maison paternelle était voisine de remplacement où le César allait construire ses Thermes, sur le bord de la voie Salare ; la sépulture de famille où elle sera déposée était sur cette voie même. Il ne sem-
' Allocution de M. Gambetta pour Tinitiation maçonnique donnée, le 8 juillet 1875, à MM. Littré, Jules Ferry, H. Chavée, par le Grand-Orient de France, dans la loge la Clémence Amitié. Le XlXe Siècle, It juillet 1875.
Le 12 février 1880, le ministre de l'Intérieur vient d'autoriser la fondation, à Paris, de la Grande Loge symbolique écossaise dont le but, proclamé dans le Bulletin maçonnique de cette Loge, est « d'unir les Francs-Maçons de la France et du c monde entier dans une action commune contre les menées cléricales, p La déclaration qui suit nous dit ce qu'il faut entendre par ces « menées cléricales » prétendues : c La Franc-Maçonnerie et l'Église sont deux puissances contraires c qui ont toujours été en lutte depuis des siècles- L'une doit nécessairement dé- « truire l'autre. Longtemps on a pu croire que le catholicisme remporterait la c victoire, aujourd'hui le résultat n'est plus douteux. L'Église, redoutable encore c s'agite dans les convulsions de l'agonie; mais, malgré sa force apparente, elle c est condamnée à perdre peu à peu toute influence sur les sociétés humaines. c Déjà on peut prévoir le temps où elle rentrera dans les ténèbres, d'où elle c n'aurait jamais dû sortir, pour Mre place aux idées de la Révolution, dont le « triomphe assurera le règne de la justice sur la terre. » Voir le Monde du 19 juin 1880.
736 LA CAPPELLA GRECA
ble pas douteux qu'elle ne soit venue prier maintes fois au cimetière apostolique de Priscille, et il est probable qu'elle a reçu, soit à sa naissance, soit dans Téclat de ses vertus, son nom de Susanne sous rinfluence des images de Susanne si frappantes à la cappella greca et dans les chambres voisines, et dont nous trouvons une copie près de là, au cimetière d'Ostrien, appartenant à la famille de Tangélique Agnès. La Susanne romaine rivalisera avec la Susanne antique : elle effacera sa chasteté conjugale par la pureté virginale : elle cueillera cette palme du martyre dont sa devancière n'a pu avoir que le mérite. « Susanne, très noble vierge,; dit le Bréviaire « romain, refusant d'épouser Galère Maximilien, fils (adoptif) de € l'empereur Dioclétien, parce qu'elle avait voué sa virginité à Dieu, « après de nombreux tourments de divers genres employés pour « tenter la sainte résolution de la vierge, fut frappée du glaive en (c sa maison par ordre de l'empereur, et alla recevoir au ciel la a double récompense de sa* virginité et de sonmartjre *. »
D'après ses Actes, son corps fut déposé dans l'Arénaire, près des saints Chrysanthe et Daria, près encore de S. Alexandre. C'est Tarénaire où les époux vierges Chrysanthe et Daria furent plongés debout dans la terre et lapidés, puis reçurent la sépulture. Il fait suite, vers le nord, au cimetière de Thrason, et il précède celui des Jordani ou furent déposés les trois des ûls martyrs de sainte Félicité, Alexandre, Vital et Martial, après lequel vient aussitôt le cimetière de Priscille *. En quelques instants, on allait de la cappella greca
* Brev, roman. f XI aug., lectio IX.
• Voici d'après M. de Rossi, Bulletino, 1873, p 7 et suiv., la situa lion des divers cimetières chrétiens de la voie Salare-Neuve :
Cœmet.
Cœmet.
Cœmet.
Cœmet.
Priscillœ Via
Jordancrum
Basilica S. Agoetia
Ârenarium
Tlirasonis
seu S. Saturnini
Si
Maximi
tu
sea S. Felicitfttis
Roma
Roma
LA CAPPELLA GRECA 731
et de ses fresques de Susanne au tombeau de la Susanne chrétienne. Cette martyre était illustre puisqu'au IV« siècle, au V% au plus tard^ le martyrologe dit Géronimien enregistre au 11 août « le Natalice de «c sainte Susanne, aux Deux-Maisons, près des thermes de Dioclé- « tien, ad duos domos, juxta DiocletiahaSy Natale sanctx Smart- « nm ^ » Ces deux maisons sont celles contiguës des deux frères S. Caius et S. Gabinus^ où les Actes de sainte Susanne nous montrent que les chrétiens faisaient une station solennelle le jour de sa fête. Ce sera un titre appelé ad duos domos par le pape Sergius I, qui^ porté en 687 du titre de prêtre de sainte Susanne au souverain pontificat, donnera un diplôme pour assurer par des revenus la dignité et la splendeur de « Téglise de la sainte martyre Susanne. . . , « de la sainte vierga et martyre du Christ, Susanne *, » et, ornant son autel d'un ciborium de marbre, lui offrira divers ustensiles sacrés d*or et d'argent.
C'est là, si ce n'est au tombeau de la martyre, sur la voie de Salare, que Ligurius semble avoir appendu sa stèle votive, représentant l'antique Susanne victorieuse de la tentation et qui le sera de la mort '.
Combien ce culte de la martyre Susanne dut s'accroître quand, au VU!" siècle, son corps rentra de la sépulture paternelle, sur la voie Salare, dans la demeure paternelle urbaine, c'est-à-dire vint dans sa propre église, attenant aux deux maisons de son père Gabinus ou de oncle Caius, près des Thermes, croulant alors, de leur parent et bourreau Dioclétien ! On grava dans la confession, créée pour la recevoir, et son père avec elle, ces deux vers retrouvés par Bosio :
Olim presbyteri Gàbini filia felix Hic Susanna jacct in pace pâtre sodata.
t L'heureuse fiUe de Gabiiius, prêtre autrefois, repose ici associée dans la paix à son père ^. »
' BulletinOy 1870, p. 86.
• Voir le diplôme rétabli en partie et commenté par M. de Rossi, Ibid,, p. 92 et suiv., tav. VIII.
» Id, pL XV, 10.
* Aringhi, t. II, p. 228.
738 lA CAPPfiLLA aaECA
Cest dans ces circonstances que de grands événements vinrent mettre en scène la Papauté et les deux Susanne.
Un nouveau prêtre du titre de Sainte - Susanne avait été porté par saint Pierre sur son siège. Il avait pris ce nom de Léon devant lequel avait fui Attila et que deux pontifes romains avaient orné de Tauréole de la sainteté. C'était S. Léon III, destiné à rencontrer à Rome des barbares pires que ceux d'Attila. Il se vit assailli un jour, sous ses vêtements sacrés, aux Grandes Litanies de saint Marc, par des sicaires qu'avait soudoyas un ambitieux mécontent. On lui creva les yeux, on lui arracha la langue. Mais ces organes lui furent restitués par S. Pierre et S. Paul *. il vint alors en France réclamer Tappui de Charlemagne à qui, sur sa demande, il avait conféré le titre de Patrice romain, c'est-à-dire de Défenseur de l'Église romaine, en lui envoyant les clefs de S. Pierre et Tétendard de Rome. Puis il rentra à Rome le 29 novembre de l'an 800, ayant Charlemagne sur ses pas. Le i5 décembre, le roi franc convoquait les évéques et les grands pour examiner les accusations portées contre le pape. A«îcusations des vieillards contre Susanne I Personne n'osa se présenter pour les soutenir, et les évéques déclarèrent qu ils n'avaient pas le droit de juger le siège suprême. Léon se justifia par le serment à l'ambon do la basilique vaticane, et il fut acclamé par le peuple. Dix jours plus tard, à la messe de Noèl, il couronnait Charlemagne empereur d'Occident. Le triclinium du palais du Latran, en souvenir du festin de cette solennité, reçut la célèbre mosaïque qui consacre encore aujourd'hui sur les lieux, en plein ciel, le souvenir de cet événement, auquel Raphaël a consacré au Vatican deux fresques de ses fameuses Chambres. Une église debout toujours et une mosaïque, dont il ne reste plus, hélas! que les indications sommaires et deux fragments de dessin, consacraient aussi sur le Quirinal ce grand souvenir. C'est l'église et la mosaïque de Sainte-Susanne. *
S. Léon III avait fait reconstruire par les fondements cette église dont son prédécesseur, S. Adrien, pleuré par Charlemagne, avait renouvelé la toiture. « Dans le Titre de la bienheureuse Susanne, où '
^ Alcuin a décrit en vers le fait, également attesté par Ànastase-Ie-BiblioUié* eaire. Ce sont deux contemporains.
LA GAPPBLIA GltECA 739
(c il avait été établi prêtFe,Titre qui s'était promptement écroulé, les « murs ayant déjà fléchi par la longueur des années, cet éminent a pontife, poussé par un ardent amour, agrandit Tédiflce, creusa « à nouveau la profondeur voulue pour établir un très solide fonde- « ment, ût sortir du sol un plateau très élevé, et bâtit sur ces fon- « dations l'église avecun« très ample abside, aux sommets rendus (t merveilleux par une mosaïque, à la chambre, au presbytère bien <c décoré, et il orna le pavé de beaux marbrés. A droite et à gauche € il construisit aussi des portique* (des nefs) avec des colonnes de <c marbre. Il établit en outre un baptistère où il offrit des présents, « à savoir, etc. *. »
L'abside présentait cette inscription dessinée en mosaïque ' :
a Dudum hœc heais Svsannm martyris avla Coangvsto et ktro existons loco marcverat Qvam Dominvs Léo PP. III a fvndamentis erigens Et condens corpvs S, Felicitatis martyris Compte xdificans ornabit atque dedicabit. « Dès longtemps, cette aula (basilique servant de vestibule à la confession ou tombeau) de la bienheureuse martyre Susanne, étant dans un lieu étroit et sombre, s'était affaissée. Le seigneur Léon, pape, troisième du nom, relevant depuis les fondements et y déposant le corps de sainte Félicité, martyre. Ta construite avec soin, Ta ornée et dédiée. »
Au-dessus de lïnseription, elle présentait le tableau suivant composé par S. Léonin : « Au milieu, dit Alemannus, le Christ Seigneur ; « à droite, la Vierge mère, Pierre, apôtre, la vierge Susanne et lui- « même ; à gauche, S. Paul, apôtre, le pape Caïus, le prêtre Gabinus, « Charlemagne '. » Une note manuscrite accompagnant un dessin de Ciacconio qui nous a conservé les figures de S. Léon III et de Charlemagne ajoute : « Léon III tient l'église do Saînte-Susanne, qu'il « a construite, et Charlemagne étend la main droite pour la délî- « vrance du pape Léon III, qu'il a protégé contre les calomnies in-
* Lib, Pontif. Léo ITI. Ciampini, t. II, p. 139.
* Bibliothèque vaticane, Ms. 7407, fol. 956, dessins de Ciacconio ; Martinelli, Rôma sacra; Aringhi, t. II, p. 228; Ciampini, t. II, p. 140.
' Nicolaus Alemannus, De Lateran$n8ibu8 parteiinis, Dissertatio. Romœ, 1756, in-4*, p. 44.
740 LA CAPPELLA GREGA
(c tentées contre lui '. » Cbarlemagne met la main gauche sur son cœur en étendant la main droite vers le pape, qui est en face de lui. L'épée du roi franc sort de côté sous son manteau impérial. Il a la couronne d'Occident sur la tête. Le pape et l'empereur portent le nimbe carré, indice qu'ils sont vivants encore. « Cet ouvrage, dit la « note citée, a été détruit en 1595, où Tillustrissime cardinal Rusti- « cucci de Fano, vicaire du pape, renouvela le ciborium et l'orna « d'excellentes peintures et de marbres variés *. » Voici l'aspect delà précieuse mosaïque, avec les deux personnages, S. Léon III et Cbarlemagne, dont le dessin nous est parvenu :
Cbristus.
B.Virgo. S.Paulus.
S.Petrus. S.Gaius.
S.SusaoDa. S.Gabinus.
Celte scène historique^ à laquelle le Christ préside avec ses saints, est identique au fond à la double scène de la cappella greca, où le Christ vient au secours de Susanne et où Daniel, qui le représente, la délivre. Un lien réel les unit. Si S. Léon III a choisi pour y déposer Y ex-voto de sa délivrance l'église de la martyre Susanne, ce
' s Léo III ecclesiam habet S. Susannae quam SBdiHcavit, Garoliis autem Magnus c dexteram extendit ad liberationem Leoniô III P. P. quetn a calumniis objectis c tutatus est. i BibL yatic, Ms. 7407, fol. 96 a. Les figures de Léon III et de Cbarlemagne sont gravées dans Ciampini, 1. 1, tab, XLIL
« Ms. 7407, fol. 96 a.
LA CAPPELIA GRECA 741
n'est point tant parce que» cette église fut son titre cardinalice qu'à cause du nom de l'héroïque fille de Juda qu'elle porte. 11 a été éprouvé, comme Tantique Susanne, par la calomnie et la violence, et, comme elle, il a été sauvé par le Seigneur. C'est dans Téglise de la martyre Susanne, à qui elle a transmis son nom et son âme^ qu'il rend ses action» de grâces. Celui que le Christ lui a envoyé comme un nouveau Daniel apparaît vis-à-vis de lui ; il va au Christ à la suite des saints martyrs, parents de Susanne ; il descend ce mont du Vatican, d'où il a salué Rome et le tombeau de S. Pierre ; il accourt étendant vers le Pontife sa main impériale, et laissant percer sous son manteau son juste glaive ; et le Pontife est derrière Susanne, tenant sa basilique, monument d'un des plus illustres triomphes de l'innocence vengée ici-bas *.
Le souvenir do la Susanne biblique est si présent dans cette basilique de la Susanne chrétienne qu'en 1595^ huit siècles l'ayant de nouveau dépouillé de ses précieuses parures, le cardinal Rusticucci, héritier de la piété de S. Léon III ainsi que de son titre, en la restaurant de fond en comble, fit couvrir les murs de la nef de fresques où le dramatique pinceau de Ralthazar Croce retraça, comme sur un immense théâtre, toute l'histoire de la première Susanne. On y voit en six tableaux qui couvrent, les deux premiers, le mur de gauche, en partant de l'autel, les deux suivants, le mur du fond de l'église, les deux derniers, le mur de droite, sans interruption dans la peinture : Susanne dans le jardin au bain mystique et les
* Des reliques de sainte Susanne furent, ce semble, données par S. Léon III à Charlemagne. L'Empereur vint, cette année même, en pèlerinage au Mont- Saint-Michel et y fit de riches présents. Or, dans l'inventaire des reliques, dressé par D. Huynes, qui écrivait de 1638 à 1640, figure c le chef de sainte Susanne, c vierge et martyre, dans un reliquaire semblable (de cuivre doré, en forme de a globe), t Histoire de Vàbhaye du Mont-Saint-Michel, Bibliothèque nationale, fonds Saint-Germain, 924*, 924*. Cette relique, qui est plus précisément c une c portion fort notable du chef de sainte Susanne, > est toujours au trésor du Mont-Saint-Michel, dans son reliquaire même en cuivre doré et repoussé du XIII« siècle ou du commencement du XIVo. Une portion du chef d'une des compagnes de sainte Ursule est dans le même reliquaire. Sur une bande de parchemin, on lit : Capita tanctœ Suzannœ virginis et martyria, et unius XI^' virgi^ num. M. Pigeon, Description historique et monumentale du Mont-Saint-MicheU Avranchea, 1865, 2« éd., p. 91, 178.
742 LA CAPPELLA GaBCA
deux vieillards ; Susanne et ses enfants devant les deux vieillards gui la condamnent à mort; Daniel qui s*écrie : Je suis innocent de son sang ; les vieillards devant Daniel ; la lapidation des vieillards ; Susanne entre, son père d'un câté, son mari et ses enfants de l'autre, rendant grâces au Seigneur. C'est une des pages magistrales de la peinture à Rome.
Au commencement de ce seizième siècle, la gloire de Fantique Susanne avait éclaté dans tout le midi de la France. En 1495 ou 1496, un ecclésiastique appelé de Bosco, attaché à l'église de Saint- Michel de Bordeaux, se voyant accusé d'avoir dérobé les offrandes, eut recours à l'intercession de sainte Susanne de Babylone, l'innocente calomniée, protectrice des calonmiés innocents. Susanne lui apparut avec Daniel, lui promît de le délivrer et lui fit connaître que ses reliques à elle étaient cachées dans l'église de Saint-Sernixi de Toulouse, à tel endroit qu'elle désigna. Délivré en effet par l'aveu même de ses calomniateurs, l'ecclésiastique découvrit sa révélation àl'archevéque de Bordeaux, qui la transmit à l'abbé de Saint-Semin. Les os de sainte Susanne furent trouvés, au nombre de quatorze, dans une boite de cyprès déposée dans un petit tombeau de marbre contenant quarante-quatre os mêlés des saints ap6tres Simon et Jude. La translation s'en ût avec la plus grande magnificence le dimanche 25 janvier 1511 ^ Comment douter que ce ne soit en partie à la révélation arrivée à Bordeaux, et si retentissante dans le midi, qu'il faut attribuer cette place d'honneur, à côté de Marie, vis-à-vis d'Abraham, qui a été accordée à Susanne, à la voûte du chœur de la merveille du midi, la cathédrale d'Albi? Et n'est-ce pas l'explication naturelle de ce vitrail d'une des façades consacré à Susanne, dans la merveille de l'est, l'église de Brou? Peut-être l'Italie, dont les artistes avaient peint la voûte d'Albi et travaillé à la décoration de l'église de Brou, avait-elle émue par cette réapparition de l'antique Susanne en France quand, à Rome, elle consacra les murs de la basilique de la Susanne martyre à l'épopée de sa sublime devancière.
Cette épopée était l'histoire de l'élise. Elle venait de triompher de toutes les tentations, de toutes les calomnies, de toutes les vio-
' Baillet, les Vies des Saints^ t. I, xvi janvier, citant I^a Faille, Annuies d0 Toulouse, p. 315 et suiT.
LA CAPPELLA GRECA 743
lencés dii protestantisme et de ses deux vieillards de Babylone, Luther et Calvin. Le concile de Trente, au milieu d'une pléiade de saints et de grands hommes qui, avec les Philippe de Néri, les Camille do Lellîs, les grands successeurs de S. Pie V,les Baronius et les Bosio, ne baissait pas d'éclat à Rome, avait été le jugement de Daniel pour les réformateurs hypocrites et les censeurs homicides de la Susanne du Christ. N'était-ce pas justice que les saints combats et les divins triomphes de Susanne fussent étalés aux yeux de Rome, à côté du nouveau palais des Papes, et que la petite église apostolique du cimetière de Priscille sortit en quelque sorte de ses ténèbres de la campagne romaine pour étaler ses fresques démesurément agrandies sur les murailles d'une basilique, à la façade toute festivale, visà-vis des Thermes en ruines de Dioclétion, au sommet du Quirinal?
Ces jours sont redovenus les nôtres. Seulement leur série n'est pas avancée. Le concile du Vatican, en qui renaît le concile de Trente, n'a donné que vingt-cinq pages de son volume. Il a semé : c'est l'hiver, ce sont les glaces, les tourmentes ; le printemps n'a point encore émis ses ^haleines, et l'on regarde en vain au fiijuier dont parle le Sauveur pour y voir le rameau tendre et ces feuilles nouvelles nées qui annoncent que la saison chaude est proche et la rédemption des élus *. Il faut des larmes, il faudra du sang pour féconder les décrets du Concile, dont notre siècle d'incorrigible gallicanisme, envenimé d'hypocrite libéralisme, attend le salut, comme le siècle du luthéranisme et du calvinisme, l'a reçu, après les saintes Ligues catholiques, du concile de Trente. Puissent ces jours débande tribulation être abrégés à cause des élus */
J'écrivais ces lignes le 40 juillet 4876, fête des sept fils de sainte Félicité, mère desMacchabées romains, dont S. Léon III a réuni les os à ceux de la martyre Susanne, en sa basilique qu'on peut appeler des femmes fortes. Au moment où je les relis à dix-huit mois de là, quel coup de ténèbres vient de frapper soudain la face de la terre I
L'ange de la mort, pareil à Fange de Pierre, a fait sortir le Vicaire de Jésus-Christ de cette prison du Vatican où la Révolution
« Matth., XXIV, 32.
« Mâtth., XXIV, 21, 22.
744 LA CAPPELLA GRECA
l'avait obligé à s'enfermer lui-même. Pour avoir aimé la justice et haï l'iniquité^ ^ il est mort comme S. Grégoire VII en exil, mais chez les siens, en son propre palais. Depuis sept ans passés, il n'en avait pas franchi le seuil, qui s'ouvrira pour rendre seulement à Rome son corps de martyr. Son âme a retrouvé la liberté par la meilleure voie. Nous irons dans la maison du Seigneur *, murmurait-il en approchant de l'agonie ; et le prince de l'Église gui l'assistait, hésitant à lui donner le signal du départ: Proficiscere, — « Si, Proficiscere, » s'écriait cette ce âme chrétienne, » impatiente de rompre ses fers et de voir Dieu. C'est ainsi que le Christ a délivré l'immaculée Susanne *. Nos vœux appelaient une autre délivrance. Nous espérions que ce serait lui qui ferait la rédemption d'Israël *.La rédemption est venue pour lui seul. Dans la lumière inûuie, il s'écrie à la suite de son prédécesseur Pierre : Maintenant je sais vraiment que Dieu a envoyé son ange et m'a délivré de la main d'Hérode et de toute l'attente du peuple juif %• et la terre redit avec le ciel : Vous avez aimé la justice et haï l'iniquité, c'est pourquoi, ô Diêu, votre Dieu vous a oint d'une huile de joie à l'exclusion de vos rivaux *. Cependant, comme les disciples d'Emmaûs, nous sommes tristes \ A quand notre délivrance à nous, la délivrance de cette Susanne qui s'appelle l'Église, dont il fut près de trente-deux ans la tête glorieuse?
Dieu le sait. Ce que nous savons, c'est que la Susanne est immortelle ici-bas. Pie IX mortel a trouvé son triomphe dans l'éternité :
* Ps. XLIV, 8.
« Ps. CXXI, 1.
' < Air una pomeridiana rEminentissimo Bilio comlnciô la raccomandazione di c quell' anima benedetta, e Pio IX, da se stesso ripeteva, sebbene a stento, le pref ghiere, sforzandosi a dire col vostro sanlo aiuio^ nell* atto di contrizione. Poi f pronunzi5 commosso in domum Domini ibimus, ed essendosi al Proficiscere • arrestato rEminentissimo, il Santo Padre disse : Si, Proficiscere.., Insulletrec c 40... gli occhi comminciano a velarsi e... Tagonia coraincia. • UOsservatore romano, Sfebbraio 1878. — « Aile cinque, il dottore Geccarelli invité TEminen- < tissimo a repetere il Profi^siscere, ed infatti quaranta mlnuti dopo Pio IX diede f Fultimo respiro. » L'Ossei^û, rom,, 10 febbr.
* Luc, XXIV, 21.
* Act., XII, il.
« Ps. XLIV, 8.
^ Luc, XXIV, 17.
LA CAPPELLA 6REGA 745
rÉglîse doit le trouver encore dans le temps. Son ange, son Daniel, le Jugement de DieUy est dans la main de Dieu. 11 aura son congé ; et alors ces pierres du Vatican qui crient sortiront'pour lapider qui de droit, les adultères de la vérité, les trompeurs des peuples, les ravisseurs du bien d' autrui, les hommes dont les pieds ont marché dans le sang des justes et des vaillants, et dont les mains ne sont pas innocentes de celui même du Vicaire do Jésus-Christ qu'elles ont glacé avant Theure. Alors le Vatican reverra son Pontife-Roi, son Roi de la justice, son Melchisédech, sous la triple couronne, bénissant, au jour de la dernière Cène du Christ, au jour de sa Résurrection, Rome et le monde. Ils se sentent si mal depuis les sept années de famine d'Egypte où le représentant de Dieu ne bénit plus I
Mais nous parlons du triomphe au moment où à la prison on veut faire succéder l'exil, où Rome parle de bannir son Ange du Grand- Conseil^ pour devenir à Taise Babylone, où Tunivers va se lancer dans la nuit en bravant les foudres.. Il est vrai ; mais il est vrai aussi que ITieure où le démon achève son œuvre est celle où Dieu commence la sienne. Le successeur de cette abeille épiscopale, François de Sales, dont Pie IX mourant a doublé Vauréole do saint de celle de docteur, nous donnant aiivsi je ne sais quel arc-en-ciel nouveau avant nos orages, le noble exilé de Genève vient d'écrire à son troupeau, en lui annonçant la fin de Tincomparable pontificat qui vit la Définition de rimmaculée-Conception, le Syllabus des erreurs modernes, la Primauté et rinfaillibililé du successeur de Pierre sauvegardées par les anathèmes d'un Concile œcuménique : « Pie IX, il nous Ta « raconté lui-même, avait six ans, quand Pie VI mourut dans Texil « à Valence ; sa mère le faisait prier pour Tillustre captif de la Ré- « volution.Alors que les triomphateurs fermaient les églises etdres- « saient les échafauds etqu^ls écrivaient ironiquement sur la tombe « de Pie VI : CI-GIT LE DERNIER DES PAPES, Dieji préparait le « grand pontife Pie IX '. »
C^est dix ans après la mort de S. Grégoire VII à Salerne qu'Urbain II désigné par lui pour lui succéder, après un pape, désigné pareillement, du nom de Victor, présidait à Clermont la première croisade.
* Is., IX, 6. Septante.
' Mgr Mermillod, Lettre pastorale à Voccasion de la mort de Pie IX,
746 lA CAWILLA GHBCA
En revenant de la cappella greca, entrons près des Thermes écroulés de Dioclétien dans l'église de Sainte-Susanne. Prions les deux Susanne pour TÉglise dont la première fut le type, dont la seconde fut la gloire aux siècles de persécutions. Seigneur ne tardez pas I Le supplice s'apprête, les exécuteurs vont vite ; Susanne touche à la Roche Tarpéienne : Dieu de S.LéonlII et de Charlemagne, envoyez son Daniel à Susanne !
Daniel, le gage au moins do Daniel, n'a point tardé à se montrer. Treize jours après le dernier soupir de Pie IX, le monde a vu ren^tre la Papauté. Elle s'appelle Léon XIII. Comme Léon XII, elle fera sentir à la Révolution la bouche de lion qui contient le miel ; comme S. Léon I, elle se prépare à éconduire Attila; mais d'abord, comme S. Léon III, elle va expurger l'Église des calomnies de Tenfer, montrer aux barbares où est la civilisation et rappeler au monde que Charlemagne est le plus grand des noms couronnés de l'histoire.
Que le gage providentiel donne bientôt tous ses soulagements, tousses prodiges! Que la terre promise qu'ont contemplée les regards mourants de Pie IX, du bord de ce désert où Moïse de nos jours, il guida tant d'années le peuple de Dieu, voie son Josué en Léon Xlllî L'Église a épuisé toutes les angoisses. La pauvre brebis n'en peut plus dos hurlements et même des dents des loups. Christ, venez la prendre enfin ! « Que Dieu accorde à cette brebis reportée « sur les épaules du Bon-Pasteur dans le cortège du Roi éternel de a jouir de la joie perpétuelle et de l'association des saints I « C'est l'oraison qui clôt les obsèques des défunts dans Tantique liturgie de S. Gélase * : c'est notre prière au milieu de ces obsèques de TÉgl se que le monde, affolé par l'enfer, prétend mener.
Cependant, ne Toublions pas: le Christ ne se rendàTappel suppliant des siens que lorsqu'ils ont dit à Satan et aux princes et juges de la terre ' passés à ses ordres le non ! franc et ferme jusqu'à la mort de Susanne. En nos jours de défaillances et de dissimulations, où l'ignorance et la vue faible, pour ne pas dire la cécité, les fausses alliances, la désertion, la trahison même accaparent les noms de sagesse, de modération, de piété et parfois de courage,
• Muraton, Liturgia romana vêtus, p. 751.
«P8.cxi:Tin, 11.
XA CAPPELLA ORECA 747
(OÙ Ton voudrait faire 4e la direction des affaires civUes et même ecclésiastiques Tapanage sacré de rimbécUIité de cœur, d'intelligence et de foi; souvenons-nous de Téglise du cimetière de Priscille et de la voix éloquente de ses fresques. Rappelons-nous deux sentences du prêtre romain qui nous les a si bien expliquées, notre saint Hippolyte, debout entre ses hautes palmes du doctorat et du martyre.
La première est dans une homélie pour la sainte Théophame^ rÉpiphanie, fête du Baptême du Christ avant d'être celle aussi de FAdoration des Mages, ce Baptême que rappelle au fond dû sanctuaire de notre chapelle. Moïse frappant le rocher, qui fait face à FAdoration des Mages :
c Celui qui descend avec foi dans le bain de la renaissance renonce au Méchant et s'attache au Ghnst ; il renie rEnnemi, il confesse que le Chtist est Dieu ; il se dépouille delà servitude, il retèt d'adoption ; il sort du bapténae brillant comcne le soleil, lançant autour de kii les rayons de la justice; et, ce qui est la grande cbose, il revient fils de Dieu et co-héritier du Christ'. »
L*autre sentence est sur Susanne dont Timage remplit les côtés du sanctuaire :
c Et Dieu écouta sa voix. Car ceux qui l'invoquent d*un cœur pur. Dieu leur prête Toreille. Ceux, au contraire, qui le font avec feinte et hypocrisie, il détourne d*eux sa face '. •
Appelons ainsi de nos supplications ardentes,de nos efforts magnanimes le Royaume de Dieu sur la terre. Église de dion ^tii est dans Babylone, Église des élus % que Jéhovah te bénisse de Sion ! Et ^ois comblée de -bien Jérusalem tous les jours de ta vie *'!
Un fragment de sarcophage d'Arles ^ nous présente ici un tableau unique, qu'il est bien doux de conten^pler. A gauche, Moïse frappe le rocher dont la veine d'eau est recueillie par un hébreu agenouillé; à droite est Je Christ, annonçant probablement à Pierre ce triple
* Pair, grœc, t. X, col. 861.
* Fragmenta in DanieL^fXUly 44, col.
» 1 Pet, V, 13.
* Ps. CXXVU, 5.
> M. Le Blant, pi. XVn.
748 LA CAPPELLA GREGA
reniement qui doit amener le triple : Seigneur, vous savez que je vous aime * ; à côté, le Christ ressuscite la fille de Jaire, et Thémorrhoïsse, baisant le bord de sa robe, aspire la vertu qui la guérit : entre cette scène et Moïse, le Christ, qui siège avec un escabeau d'honneur sous les pieds, tient de la main gauche le rouleau de sa Loi et fait le geste de Torateur. Il prêche ; deux Apôtres, placés derrière lui, fixent leurs regards sur son visage ; deux hommes, étendus à terre, approchent avec respect et tendresse leurs mains de ses pieds ; deux autres se penchent vers lui en couvrant d'un linge leurs yeux voilés de larmes. N'est-il pas évident que c'est la scène du Sermon sur la Montagne dont le sarcophage de Rodez, dit de S. Amans, nous présente une esquisse bien caractérisée *, et que le Christ fait entendre la troisième des huit Béatitudes : Bienheureux ceux qui pleurent y car ils seront consolés^ ? A côté, en effet, sont consolés ces éplorés, Jaïre et sa famille, et Thémorrhoïsse. Qu'il était besoin de ces consolations, à la fin du quatrième siècle et au cinquième, quand les barbares du dehors et du dedans, les exacteurs fiscaux, les Ariens, les Donatistes, les Visigoths, les Vandales mettaient l'Empire pourri en pièces, et que S. Augustin composait sa Cité de Dieu pour montrer aux mourants, saisis de la fièvre des blasphèmes, que le Christ n'était pas la mort de l'Empire romain, mais l'auteur de toute vie dans le monde présent comme dans le monde à venir ! Et que ce magnifique tableau du Beati qui lugent, sculpté parmi des affres publiques inouïes, est mis à propos sous nos yeux à l'heure de haute angoisse où nous sommes I
A cotte époque de cataclysme, on voyait apparaître ou du moins se multiplier, les représentations de Job sur les monuments chrétiens. Jacques, le frère du Seigneur *, l'évêque de la Ville-Sainte qui s'obstinait à être la ville maudite, avait écrit aux Hébreux fidèles, persécutés par leurs frères : Voici que nous béatifions ceux qui ont
* Joan., XXI, 15, 16, 17; M. Le Blant, p. 29.
* Voir nos Anciens Monuments chrétiens de Rodez, dans la Revue de VArt chrétien, !!• série, t. II, 1875.
» Mattb., V, 5.
* Gai., I, 19.
LA CAPPELLA GRECA 749
souffert avec patience : vous avez appris la souffrance patiente de Job y et vous avez vu la fin qu'y a mise le Seigneur, car le Seigneur est plein d'entrailles et miséricordieux ^ Le disciple de S. Paul, le successeur de S. Pierre, S. Clément avait célébré la justice, unie à l'humilité, de cet homme de douleurs, et il avait rappelé ses paroles dans la version des Septante : Et vous ressusciterez ma chair que voilà, qui a souffert toutes ces choses *. TertuUien avait appelé Job « le cercueil « construit par Dieu au diable — l'ouvrier de la victoire de Dieu '.» Clément d'Alexandrie avait dit : « C'est lui qui a vaincu par sa patience « le Tentateur, rendant témoignage à Dieu et recevant en même temps « témoignage de Dieu, » ou pour citer littéralement le beau mot de ce docteur, « Thomme qui a été le martyr de Dieu et dont Dieu a été en
«même temps le martyr, fx^pcupT^aa; éfji* xa^ (jLaptupYiOeU ôwb tou 0s ou *. »
Ainsi parlaient de Job les Apôtres et les Pères. Au quatrième siècle, il passe de leurs écrits sur les fresques des catacombes, au milieu des sculptures des sarcophages : il est associé aux types classiques de la résurrection. Le cimetière do Domitille le présente dans deux de ses chambres \ celui des Saints-Marcellin-et-Pierre dans une des siennes ^. Sur le sarcophage de Junius Bassus, de Fan 359, on le voit au-dessous du tableau d'Isaac placé sur le bûcher, et du bas-relief des trois Hébreux dans la fournaise \ On le trouve sur un autre sarcophage du Latran *. Les Gaules et leurs alentours, Arles •, TArdè-
* Jac, V, il.
* I Ad Cor., XVII, XXVI.
' In aïo viro feretrum Deus diabolo extruxit... — Operarius ille victoriœ Dei. De Patientia, XIV.
» Strom., IV, 17.
' Aringhi, t. I, p. 551, 559. Le personnage, qui ressemble à Job dans ces deux chambres, p. 551, 567, et qui ne peut être une répétition de Job, semble être Élie assis sur le bord du ton'ent. La figure jeune du personnage, opposée à celle de Job vieillard, convient bien au prophète. Élie, qui, fortifié par le pain céleste, marchera quarante jours pour aller au mont Iloreb où il verra Dieu, ferait justement pendant à Moïse se déchaussant pour monter au Sinaï (p. 568).
* Aringhi, t. II, p. 71.
' Aringhi, t. I, p. 277.
" Photographie Parker, 2929. Job est assis sur un siège élégant, comme sur le sarcophage d'Arles, p. 63 de M. Le Blant. Cf. p. IX. » M. Le Blant, p, 63.
790 LA CAPfBIXA GREGA
die S Reims ^ Breseia '; Saragosse *, semblent représenter Job à Tenvî. S. PauHn de Bordeaux, ordonné prêtre en Espagne, no manquera pas de faire peindre son histoire avec celle de Tobie, de Judith, d'Esther, en avant des images des « martyrs » dans le portique de sa basilique de Noie :
Joh vuîneribus tentatuSi luminô Tobit *.
Mais voici, dans telles de ces représentations, une circonstance d'une mystérieuse et vive consolation. Sur le sarcophage de Junîus Bassus, sur ceux d^Ârles et de Reims, la femme de Job^ se bouchant les lèvres et les narines pour ne pas respirer Tinfection de ses plaies, lai présente un pain au bout d'un bâton \ Le pain est plus qu'un pain naturel, ce semble. Il est marqué de deux lignes croisées, X, où les monuments nous ont fait tant de fois reconnaître le ehi, le monogramme du Christ, son signe, celui de sa croix: il rappelle le pain eucharistique, ce pain qu'Habacuc^ sur les sarcophages, porte certainement à Daniel dans la fosse aux lions \ Job figure le Christ en sa passion : le Christ immolé, ressuscité, pain de vie, est par
* MoBée de LyoBy n» 764.
^ MabiiloQ, An. 0. S. B., t. lY, p. 569; D. Marlot» Histoirg de la vUle, ciU tt uiiivenilé de Reims^ 1 1, p. 603. ' Odorici, Monumenti cristiani di Breseia, tav. XII, n<> 5, et p. 69.
* M. Le Blant, D'une représentation inédite de Job, Bev, archéol.^ juill. 1860, p. 37. — Aureliano Orbe. Monumento Zaragozano dei ano 312. Job, appelé Izo, est entre le Christ et Aaron.,
* Na/alis dedmus S, Feiicis, an. 403.
* Un Ms. grec du VIIl® ou du IX^ siècle montre le pain traversé par le bout da bâton M. Le Blant, p. 61.
^ « Près de Daniel, dit M. Martigny, se trouve presque touj^Hirs Habacoc lui c présentant des pains croisés ou decussati, ordinai rendent placés dans un vase a (art« Daniel).., Si... la nourriture que le prophète Ilabacuclui apporte par l'ordre « de Dieu, et qui consiste ordinairement en un pain et un poisson, n'est pas la « figure de l'Eucharistie, ce pain des forts dont les fidèles se munissaient dans c leurs épreuves, et que souvent les diacres portaient aux confeasetirs de la foi c dans les prisons, nous ne saurions vraiment quelle interprétation lui donner c (art. Eucharistie] ! » Un sarcophage^de Breseia montre Hahaeuc soutenu en l'air par la main divine, et portant une corbeille qui contient un pain marqué du X, monogramme du Christ, et un poisson (Odoridi Mormm. di Breseia). Le poinon
LA GAP^£U.À GEEGA 751
anticipation le soutien de Job. Aux prises avee Satan, tous les fléaux, toutes les tortures, une femme qui le pousse au blasphème, trois amis qui- lui prêtent tous les crimes, un jeune inconsidéré qui le taxe d*orgueil et d'impiété, il est assisté par le Christ étant visité par cette grâce qui sera un jour TEucharistie. Variante inattendue mais bien naturelle de Tapparition du Christ à Susanne ou aux trois nébreux,que nous ont présentée les fresques de la cappella' greca !
C'est ainsi qu'au milieu des déchirements de la fln de Tancien monde qui semblaient ceux de la fin du monde lui-même, l'image de Job, ce Patient devenu Sauveur dans l'ère patriarcale, ce proto- Christ de la Gentilité et même du Judaïsme, avant la naissance de la Synagogue avec Moïse, cette incomparable figure des agonies et des délivrances de l'Église, venait compléter l'image de Susanne et les semblables, et soutenait les fidèles acx^ablés et défaillants. Jérémie et Zorobabel, à la fois, de la Jérusalem chrétienne, S. Grégoire-le- Grand, excité par son ami S. Léandre, évêque de Séville, commençait à Cunstantioople, étant moine, diacre et légat du pape, puis achevait à Rome, étant pape, ses trente-cinq Livres des Morales ou Exposition sttr le livre du bienheureux Job, trésor d'enseignement et de consolation pour ses contemporains, manuel chéri du Moyen-Age plus heureux, réconfort divin des derniers temps où tout indique que la Providence nous fait pleinement entrer. Le saint Pontife écrivait à S. Léandre en lui adressant son grand et sublime ouvrage : (( Les temps du monde, dont la fln approche, sont bouleversés par « l'accroissement des maux... Mon corpa est accablé par les spot- « frances... Et peut-être ce fut un dessein de la divine Providence « que, frappé, je commentasse Job frappé, et que, sous les fouets, «je sentisse mieux l'esprit du flagellé. » Il montre «le bienheureux « Job, qui a révélé les grands mystères de rincarnatiou du Christ et
et le X sont un double détorminatîf qui assurent au pain le sens 6uchari:»tiqiie4 Il y a sept étoiles sur la tèto d*Habâcuc. Comme il est dit du Christ quM tient 9ept étoiles dans sa droite (A;)oc., I, 16; II, l) et qu'une lampe nous montre le Bon-Pasteur avec sept étoiles sur la tète {UulUtuio, 187% tav. I), il est évident qu'Habacuc représente ici le Christ qui va secourir Daniel , comme, au cimetière de Prisdlle, on le voit secourir Susanne et les trois Hébreux.
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(c a prophétisé les sacrements de sa Passion par sa passion à lui* « même, devenu le type de la sainte Église. Sa femme, qui lepro- « voque à maudire Dieu, que désigne-t-elle sinon la dépravation « des bonunes charnels qui, vivant dans la sainte Église avec des « mœurs déréglées, tourmentent, d'autant plus durement qu'ils le « font de plus près, la vie des ûdèles? — Ses amis offrent la ûgure « des hérétiques qui, par ambition de la gloire temporelle, veulent « paraître prédicateurs... Ils n'ont des sentiments pervers de Dieu « que parce qu'ils le méprisent. — En la personne du jeune Elihu « est désignée l'espèce de certains docteurs fidèles, mais arrogants... « En ce qu'ils ont de sentiments droits sur Dieu, ils ne cherchent « pas la gloire de Dieu, mais la leur. — Le bienheureux Job, « matière du combat public entre Dieu et le diable, ne fait point ^ perdre Dieu qui avait parié pour lui^ prouvant par sa rémunérait tion et son intercession pour ses amis coupables que tout ce qu'il « a dit fut non vice, mais vertu, et, admonesté par la voix divine de « crainte que son innocence même ne s'enflât et ne devint tumeur « d'orgueil, atteignant cette grande justice qu'il se conforme à la « volonté du Juge dans la peine, sans avoir été en opposition avec « elle par la faute. » Le saint pape et docteur montre ensuite les grandes rémunérations ici-bas des souffrances de l'Église : les hérétiques, figurés par les amis perfides de Job, réconciliés à Dieu par elle qui, seule, a le pouvoir de la réconciliation ; à la fin les Juifs, tous les frères et toutes les sœurs de Job, entendez le Christ, se repentante leur tour et venant manger avec lui le pain dans sa maison, c'est-àdire dans l'Église, et lui offrir leurs présents d'argent et rf'or *. Joie
* Job, XLII, 11. — On trouvera avec plaisir ici le texte de ces passages importants qui résument la. théologie du magnifique ouvrage des Morales :
€ In nulla fiduciae consolatione respiro... Mundi jam tempora, malis crescentî- « bus, termino propinquante turbata sunt... Et fortasse hoc divins^ Providentiae a consilium fuit, ut percussum Job percussus exponerem, et flagellati mentem c meiius per flagella sentirem (Epist. ad Leandrum, Pair, lat., t LXXV, c coi. 515). — Beatus Job, qui tanta incamationis Cbristi mjsteria protuHt... et., ff passionis illius sacramenta... etiam patiendo prophetavit (Prœfatio, cap. YI)... c Beatus Job sanctae EdMësize typum tenet (1. XXXII, cap. III). — Uxorvero ejus, « quœ eum ad maledicendum provocat, quid aliud quam pravitatcm carnalium « signât? Qui intra sanctam Ecclesiam incorrectis moribus positi, eo durius vitam c ûdelibus quo vicinius premunt (1. XXXI, cap. I). — Amici ejus bsereticorom
LA CAPPELLA GEBCA 753
sans pareille de la sainte Église qui console d^avance toutes les douleurs de son si long enfantement !
En attendant le cri de Job : Je sais que mon Rédempteur est vivant, le pain de Job qui est le Rédempteur vivant lui-même, voilà la colonne de lumière de TÉglise dans les ténèbres d'Egypte, sa manne et son viatique dans le désert d'Arabie qui la sépare tant de jours encore de la Terre Promise *.
Marqués au front du signe du Christ, étant absolument de ceux qui n'ont point adoré la Bête ni son image et ri ont point reçu son caractère sur leur front ou sur leurs mains * ; n'ayant rien de cette révolte, dite Réforme ou Révolution, dont la France catholique a subi le virus sous ces quatre nomis dont le dernier, inoui chez les infi-
c figuram exprimunt... Appelitione temporàlis gloriae vider! prsedicatores appec tuitt... Nisi Deum conte mnerent, nequaquam de illo perversa sentirent... Prias « illos inordinatus calor accendit, nitor deinde loquacUatis etigit, et tune demum c decoros hominibus hypocridis ostendit (l'rœfatio, cap. VI, VIT; 1. UI, cap XX)I). « — £liu junior... ex cujus persona species quorumdam doctoruoi fidelium sed c tamen arrogantium designatur... In bis quœ recte de Deo seniiunt, non Dei sed « suatn gloriam quœrunt (1. XXIIl, cap. I, Ili). — Inter Deum... et diabolum a beatiis Job in medio materia certaminis fuit. Qui^qlli8 ergo sanctum virum inter c flagelU poâitum dictis suis peccasse asserit, quid aliud quam Deum^ qui pro illo c proposuei-at, perdidi;>se reprehendit... qui... duplicia rec(per<^ quœ amiserat « meruit ex renumemiione edoci.it, quia nequaquam vkium sed virtus fuit omne c quod dixit. Asserlioni quoque huic adjungitur, quod ipse pro amicis delinquena tibus intercedit. In gravibus namque peccatis quis positus, dum suis premitur, c aliéna non diluit (Prœfatio, cap. III)... Sed ne ipsa innocentia in tumorem elac tionis infletur, divina voce corripitur... et magna est jam justitia, quod vol unc tati judicis concordat in pœna, cui non discrepavit in culpa (l. XXXII, cap. IV). a — Quia vero nonnunquam hserettci divins gratiae largitate perfusi ad unitatem « sanct» Ecclesiœ redeunt, bene boc ipsa amicorum reconciliatione signatur. Pro
< quibus tamen beatus Job cxorare prœcipitur, quia hœreticorum sacrificia accepta
< Deo esse nequeunt, nisi pro eis universalis Ecclesiœ manibus ofierantur (f'rœc fatio, cap. Vlll). — Ea quœ subnexa sunt in fine magis hujus sœculi conversio- « nem se Judaici populi nuntiare testa ntur. Nam subditur : Vanerunl aule>n ad
< eum omnes fraires sut et universœ it^rores et cuncti qui noV'^raiU eum prius € et comederunt eum eo panem in domo ejus. Tune quippe fratres sut ac sorores € ad Christum veniunt quando ex plèbe Judaica quotquot inventl fuerunt converc tuntur 11. XXXV, cap. XIV). »
» Luc, XI, 3.
' Âpoc., XX, 4.
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dèles eux-mêmes, est celui du délire \ Calvinisme, Jansénisme, Gallicanisme, Libéralisme; nous rappelant bicnTobjurgHtion de S.Paul aux Gaulois d'Asio : 0 imensés (ialales, qui vous a fascinés que vous noiééissez pas à la vérité?,,. Ce qu'on vous a persuadé ne vient pas de Celui qui vous a appelés : un peu de levain corrompt toute la pâte '; attachés, mais en vérité, à Pierre, qui, en nous montrant les brebis errantes, nous félicite d'être retournés à PÉvéque et au Pas^ teur de nos âmes ' ; serrés en rang sous Timage du Bon-Pasteur planant sur nos têtes conmie eUe planait sur celle des premiers ûdèles réunis à Téglise du cimetière de Priscille ; joignant nos cris de détresse à ceux de Susanne, nos saintes protestations à celles de Daniel ^, nos accents de jubilation à ceux des trois Hébreux; tenant dans nos mains 1 or, Tencens et la myrrhe des Mages — travaillons, hors de Babylone, à la reconstruction de Jérusalem. Psalmodions des lèvres, psalmodions aussi du cœur ', surtout en ce Jour du Seigneur dont l'observance est le salut public, l'hymne au Christ. Traduits devant les représentants de César, les chrétiens, dit Pline en son rapport à Trajan, « affirmaient qu'ils avaient coutume de s'assembler à un « jour marqué, avant le lever du soleil et de chanter entre eux M tour à tour une hymne au Christ comme à un Dieu •. » On a cru
* « Erroneam illam opinionem... a recentis memori» Gregorio XVI, Prœdeces- « sore Nostro DELIRÂMENTUM appellatam, nimirum liberlatem conscientiœ et a cultuum.., i Encyclique Quanta cura du 8 déc. 1864.
« Gai., m, 1 ; V, 8, 9.
» I Pet., n, 25.
* Daniel — comme Susanne ou les trois Hébreux — est tellement Tirnage expresse des premiers chrétiens, que sur la fresque du cimetière de Domitiile qui offre, avec la cappella greca, la plus ancienne représentation de Daniel, il est figuré debout sur un échafaud, enti^e deux lions qui, par des rampes latérales, s^élancent sur lui. 11 semble y avoir là une allusion au supplice de quelque insigne martyr, peut-être à celui de S. Ignace, dans Tamphithéâtre. Bullttino, 1879, p. 25. On peut y voir aussi une allu>ion à la crucifixion du Christ qui disait sur la croix : Aperuerunt super me os suum sicut leo rapiens et rugiens,., Salva me ex ore feonis (Ps. XXI, 14, 22), et encore à sa résurrection et à son ascension au ciel. Daniel. Orante, a les bras en crrix; et sa nudité figure Tétat glorieux des corps des Bienheureux.
* I Cor., XIV, 15.
* Affirmabant... quod essent soliti slato die ante lueem convenii^e, carmenque Christo, quasi Deo dicere secum invicem. Lib. X, Epist, 97.
retrouver l'hymne antique, rhythmée plus tard par S, Hilaire de Poitiers, dans la pièce qui commence :
Hymnum dicat turba fratrum,
a Que la troupe des frères dise Thymne,
et qui, vers la fin, contient cette strophe :
Gain cantus, galli platuus Proxtmum sentit diem^ Et ante lucem nuntiemus Christum Regem sactdo.
c Le chant du coq, le battement des ailes du coq se ressent du jour qui est proche : Nous aussi, avant la lumière, annonçons au siècle le Ohrist-Roi ^ i
Clément d'Alexandrie a donné à Thymae toute la grâce et toute la splendeur orientale dans son Hymne du Sauveur- Christ, qui termine le Pédagogue. Peut-être faut-il voir cette hymne sous sa forme primordiale, dans la Prière de r aurore des Constitutions apostoliques ' qui, avec de légères variantes, est notre Gloria in excelsis, donnant encore aujourd'hui, dans la liturgie romaine, au matin de la nuit pascale et au réveil des cloches saintes, le signal de la Résurrection. Toujours est-il que voici, au quatrième siècle, dans ces derniers jours de TEmpire, si remplis des luttes radicales, des immenses terreurs, des hautes espérances des jours où nous sommes, un tableau sculptural du chant de cette h^mne et Thymne elle-même, enrichie de toute la théologie des catacombes et des basiliques par le prince des. poètes chrétiens, j'allais dire do tous les poètes, notre cher Prudence. Contemplons et prêtons l'oreille.
Un sarcophage, trop peu connu, de l'aristocratique cimetière de Prételtat ', offre la composition suivante. Au-devant du couvercle, à la haute bordure, sous l'épitaphe jadis peinte, apparaît un char vainqueur dans le cirque. Un char brisé est auprès ; deux sont en arrière. Le sens chréiien est évident. C'est la traduction du texte de S. Paul, transporté des jeux du stade à ceux du cirque : Tous
^ Muratori, Anecdota lalina, t. IV, Uilarii Hymnus; M. de Rossi, Bulletino, « L. VII, cap. XLVIL.
» Bottari, 1. 1, p. 122, 125. - Ici, pi. XVI, 17.
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courent, mais un seul reçoit le prix: courez de manière à le saisir^. Des deux côtés du cartouche du défunt et de cette image de ta course heureuse de sa vie, sont les joies de la vendange faite par vingt Génies, et aux extrémités, les grandes tètes du Soleil et de la Lune, réglant letemps, symbolisant réternité. Le devant du sarcophage présente, au milieu des strigiles qui paraissent s'ouvrir pour la montrer, Timage en miniature du Boa-Pasteur; Il porte sa brebis retrouvée ; il a à ses pieds ses brebis bienheureuses. A droite, assis sur un tabouret, entouré de trois hommes debout, qui sympathisent à ses chants, un jeune homme tient des tablettes de la main gauche, fait le geste de Torateur de la droite, et regarde au ciel qui visiblement rinspire. A gauche, une jeune femme, assise sur un tabouret, dont deux enfants qui s'embrassent, rappelant T Amour et Psyché, forment Tun des pieds, est entourée de trois femmes plus âgées. Elles Tnssistent, elles récouteiit. L*uno d'elles lui montre le cie*. La jeune femme chante en s'accompagnanl delà lyre. Ce senties louanges du Bou-Pastour qu'on dit ici à deux chœurs selon le tableau de Pline, ou mieux encore selon ce tableau d intérieur d'une faoïille chrétienne fait par Tertullien, catholique encore et dans tout son beau génie :
t Comment suffirons-nous à décrire la félicité de ce mariage que l'Église unit, que confirme Toblation, que scelle la bénédiction, que les anges annoncent, que ratifie le l'ère? Sur la leire, en effet, les fil.s ne contractant pas mariage convenablement et de droit saiiS le consentement des pèies. Quel couple e^t celui de deux fidèles d'une seule espcmnce, d'un seul vœu, d^une seule discipline, d'un même esclavage ! Tous deux frères, tous deux serviteurs du même Maître, snns séparation de l'esprit ni de la chair, ils sont vraiment deux dans une chair unique. Où la chair est urie, un est l'esprit. Ils prient ensemble, ils se prosternent ensemble, ils accomplissent ensemble les jeànes, s'enseignant l'un l'autre, s' exhortant l'un l'autre, se soutenant l'un l'autre. Us sont de compagnie à l'église de Dieu, de compagnie au banquet de Dieu« de compagnie dans les angoisses, dans les persécutions, dans les rafraîchissements do lu paix). L'un ne cache rien à l'autre, n'évite point l'autre, n'est point i» charge à l'autre. Le m ilade est visité, l'indigent sustenté librement ; les aumônes ne sont point «uivies de la que.-tion pour les esclaves, les sacrifices, accompagnés de soupçons; les pratiques religieuses quotidiennes sont sans empêchement. Point do signe furtif du chrétien, point d*acVion de grâce inquiète, point de muette bèuédiction. Les Psaumes, les hyomei
« I Cor., IX, 24.
LA CAPPELLA GBECA 757
retentissent entre eux deux : ils se provoquent mutuellement à qui clinntpm le mieux à son Dieu: SONANT INTER DUOS PSNLMI ET IIYMNI, ET MUTUO PilOVOCANT QUIS MELIUS DEO SUO CANTET. Le < hrist voyant et entendant ces cantiques. TAlIA AUOiENS, se réjouit. Il envoie sa paix à ces époux. Où deux se trouvent, il se trouve lui-même; où il se trouve lui-même, n*est pas le Méchant ^. >
L'hymne qu'on chantait à Vépoque où les deux époux qui devaient reposer au cimetière de Prétextât se faisaient ainsi représenter sur leur sarcophage, est en substance, en texte littéral peutêtre, VHymne de toute heure de Prudence, cet Hymne au Christ^ avec lequel Lamartine doit si noblement rivaliser ^ mais sans atteindre la solidité de sa splendeur, ni la vérité tranquille de sa foi. Il flnit par cette acclamation au Sauveur « rapportant au ciel la € gloire éclatante de sa Passion » :
Macie jxtdess mortuorum, macte rex viventium^ Dexier in Parentis arce qui cluis virtutibus, (hnnium venturus inde justus ulior criminum.
Te senes et tejnventus^ parvulorum te chorus, Turba matrum virginumque, simplices piielluls Voce concordes pudicis perstrepant concentibus.
Fluminum lapsus et umte, littorum crepidines^ Jmber^ xstus^ nix, pruina, silva et aura, nox, dies^ Omnibus te concélébrant secnlorum seculis.
f Salut à tu ! juge de^ morts. Saluri roi des vivant^, qui, pour tes puissances, es apf»elé l'homme <le la «Iroile dans la demeure élevée du Père, dttvant venir de là « umuie juhte vengeur de tous les cr uifs.
Ce&t tdi que l(*s vieillards, toi que la j^Minesse, Va que le chœur des petits enfants, la troupe des uières et des vii'rgeâ, les simples petites filles acclament d*uue voix concordante dans leurs pudiques concerts.
Que le cours des fleuves et leurs ondeb, que les f.ilaises de leurs rivages, la pluie, l'Mrdeur de Tair, la neige, la gelée, la forôt et son murmure, la nuit, le jour te célèbrent sans repo? aux siècles des siècles ' I t
^ II Ad Uxorem, YIII, edit. Rigaltii, 166i.
' Harmonies, Hymne au Christ A M. Manzoni, 1829.
' Cathewer non, IX, v. 106-14. ~ Qu*on me permette ici sur ce grand sujet du Bcn-Pabteur un dernier mot d*éclaircissemeut. Au chapitre XVII, j*ai incliné à croire que l* prophète, montrant Této le des Mnges devant la Vierge qui allaite FËnfant-JéâUs, dans la ci^pte voisine et contemporaine de la cappella greca, est Michée prononçant son célèbre oracle sur Bethléem, Michée qu'on voit montrant
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C'était, au sein d'une riche famille romaine, Tirnage du concert céleste que S. Jean avait vu fait par toute créature, angélique ou humaine, à V Agneau qui a été immolé et qui nous a reconquis à Dieu
la Tour»du-Troupeau de Bethléem sur une fresque de Domitille. Je pense, à cette heure, que c'est Isaïe disant; dans les Septante : Peuple^ qui avez marché dans les ténèbres, voyez une grande lumière ! Les trois sujets, évidemment connexes, de la fresque (voir le dessin, ici, pi. VII) se trouvent, en effet, tous trois, dans la prophétie dlsaïe,- appelée son Protévanglle, et au déhut de ses derniers et si splendides oracles messianiques, qui en sont le complément.
Voici le premier, celui de la Vierge, de l'Emmanuel, de l'Étoile et du prophète, dans le texte des Septante, le texte de l'Église romaine en ce temps :
Voici que la Vierge concevra et qu'elle enfantera un Fils, et tu appelleras son nom Emmanuel (VII, 14)... Peuple qui avez marché dcms les ténèbres, voyez une grande lumière ! Vous qui habitez dans la région (dite) l'Ombre-de^la-Mort^ une lumière brillera sur vous. . . Car un petit Enfant nous est né, et un Fils nous est donné, et la Principauté a été mise sur son épaule.^ et son nom est appelé Ange-du-Grand-Conseil (IX, 2, 6).
Voici le second, celui du Christ fabant aux trois memhres d'une famille, le père, la mère, l'enfant, le geste de la délivrance et du rappel :
El il arrivera en ce jour-là : le Rejeton de Jessé, Celui qui s'est levé pour cornmander aux nations, les nations espèreronl en lui, et son lieu de repos sera en honneur. Et voici gu*en ce jour-là le Seigneur montrera sa main pour témoigner de son zèle en faveur du reste qui a été laissé du peuple, qui a été lahsé par les A>isyriens, et par VÉgypte, et par Babylone, et par VÉthiopie, et par les Élamites, et par ceux du Lever-du-Soleil, et par l'Arabie. Et il lèvera un signe sitr les nations, et il rassemblera ceux qui étaient perdus d'Israël, et il r^uremblera les dispersés de Juda des quatre ailes de la terre (XI, 11-13).
Le Christ dira plus loin : Écoutez-moi, Mes, et soyez attentives, nations,.. Ainsi parle le Seigneur qui m'a formé dès le sein maternel pour être son servi» teur, pour lui rassenibler Jacob et Israël. . . Et il me dit : Cest pour toi une grande chose Sétre appelé mon serviteur pour relever les tribus de Jacob et ra-^ mener les dispensés d'Israël. Voici que je t'ai établi en alliance à la postérité, en lumière aux nations, pour être le salut jusqu'à l'extrémité de la terre (XLIX, i-6). — Et encore : Sois illuminée, sois illuminée, Jérusalem, car elle vient, ta lumière, et la gloire du Seigneur s'est levée sur toi... Lève autour de toi les yeux et vois tes fils rjossemblés. Ils sont venus de loin, tous tes fils.., (LX,l-4). Cf.XLIII,S,6.
Voici le troisième, celui des deux Bons-Pasteurs, c'est-à-dire du Pasteur imique qui fait un bercail unique des Juifs et des Gentils :
Consolez, consolez mon peuple, dit Dieu. . . Monte sur une haute montagne, Evangéliste de Sion, élève avec force la voix, Évangéliste de Jérusalem : élewz la voix, ne craignez pas, dites aux tilles de Juda : Voici votre Dieu, voiei le Seigneur. Le Seig}ieur vient avec la force, et son bras avec la domination. Voici
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dans son sang \ au Bon-Pasteur à gui nous chantons bien dans les joies pascales : « TAgneau a racheté les brebis*. » Doux et fortifiant concert, que, durant le règne de mille ans du Christ avec ses martyrs ', rÉglise a fait retentir dans le champ du laboureur ou l'atelier de Touvrier, comme dans le sanctuaire ouïe cloître, que j'ai entendu sur les lèvres de mon père et de ma mère au» milieu du travail quotidien, que Rome nous donnait en permanence pendant le Concile du Vatican et ces derniers jours si beaux du Pontife-Roi I II achève, hélas I de s'éteindre au sein des familles chrétiennes ; on veut le faire cesser dans les temples ; il faudra bientôt aller aux cieux pour l'entendre. L'enfer a gagné pour la banalité ou pour le mal le monopole des chants. En estrce donc fait de la terre ? Non certes encore î L'heure n'est pas venue où le Fils de t homme venant n'y
que son salaire est avec lui, et devant lui est son œuvre. Comme un pasteur, il paîtra son troupeau, et de son bras il groupera les agneaux, et il consolera les brebis qui sont pleines (XL, 1, 9-11).
Le prophète a été placé par le peintre à la jonction des trois sujets. C^est une manière de dire que les trois scènes prophétiques lui appartiennent, et qu*ainsi c'est Isaïe En rencontrant cette exacte correspondance des textes et des tableaux, ce serait aller contre toute critique de ne pas songer à leur identification. Je crois avoir frappé cette fois dans le but. De Michée, d'ailleurs, à Isaïe, la distance n'est pas grande. Ils sont contemporains; l'un cite l'autre, Michée, ce semble, Isaîe (Is., II, 2-4; Mich , IV, 2-4); l'un annonce la naissance du Messie de la Vierge, l'autre sa naissance à Bethléem : tous deux sont cités ensemble par S. Matthieu, au début de son Évangile. Il est naturel de les trouver Tun et Tautre aux catacombes, près de l'Ënfont-Dieu, Isaïe au cimetière de Prisdlle, Michée à celui de Domitille.
La raison de la présence d'Isaïe et de ce sujet mystique de l'Étoile et de l'Ëmmanuel en un cimetière, est assez évidente. Isaïe parle du peuple qui a marché dans les ténèbres, des habitants de VOmbre-de-la-Mort : ce sont bien les habi" tanls, c'est bien le peuple du lieu où nous sommes. Reprenant, sur le berceau du Précurseur du Christ, la prophétie d'Isaïe, Zacharie célébrera Dieu,,, se levant des Hauti'L'eux pour illuminer ceux qui sont assis dans les ténèbres et l'Ombrede-la-Mort (Luc, I^ 78, 79), et l'Église répète son cantique en conduisant ses fils défunts à leur derni^re demeure. Certes, il est beau de voir le Benedictus de l'Office des morts illustré, dès le berceau de l'Église, au-dessus des tombes primitives de notre cimetière de Priscille, à côté de sa chapelle funéraire I
* ApoL, V, 9, 12.
* Séquence Viotimw paseali laudes.
* Apoc., XX, 4, 6.
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trouvera plus de foi \ Tout nous fait espérer que le règne du Christ qui va cessant ici- bas aura son printemps d'automne avant l'hiver éternel. Le siècle de Dioclétien, d'Adus, des deux Donat, de Julien, eut ses Constantin et ses Théodose, avant Alaric, Genseric, et /e cri plein de force de l'Ange : Elle est tombée, elle est tombée Babylone '. Les chants de triompha de TÉglise ne sont donc pas épuisés ; et on parlera encore de la paix dans son enceinte fortifiée^ de la sécurité dans ses palais '.
Quelle que soit Theure de cette visite tant désirée du Christ à Susanne, quelle que soit Thenre aussi où le Christ nous visitera, nous, les enfants de TÉglise, pour nous donner ce congé du monde après lequel soupirait S. Paul *, notre titre de citoyen est dans les cietex '. Si la consigne du Verbe de Dieu est bien gardée : Sois fidèle jusqu'à la mort *, ce n'est pas le Bon-Pasteur qui récusera le titre de sa brebis. Que le Dieu du ciel, comme on disait à Babylone, aux jours de la chaste, de l'héroïque Susanne\ écoute ainsi, sortant de nos lèvres, la prière qui, après le prélude, ouvre le Chant pascal in prêtre Sedulius :
f Dieu toat-puissant, éternel, espérance du inonde, qui avez fabriqué le del, qui avez organisé le inonde; qui interdisez aux tempêtes retentissantes des eaux et à leurs flats dressés de submerger les i)ord8 des terres voisines; qui donnez au soleil la plénitude de ses rayons et celle de ses cornes à la lune, et mesurez l'une et l'autre lumière au jour et à la nuit; qui comptez les étoiles dont seul vous connaissez les noms, les signes, les puissances, les mouvements, les lieux, les temps; qui avez façonné la teiTe nouvelle en différents corps, et du soi engourdi avez tiré des membres vivants ; qui restaurez l'bomme, qu'avait fait périr la douceur d'un fruit défendu, par une meilleure nourriture, et qui chassez le venin, qu'avait inoculé le Serpent, par le breuvage d'un sang sacré ; qui créez une seconde fois d'une souche unique le genre humain enseveli, excepté ceux qu'enfermait TArche, sous la masse qui se ruait d'un déluge écumant, afin qu'une mystique vertu montrât que ce qui meurt violemment par les viee;i de la chair, un bois conducteur peut le renouveler à travers les ondes liquides, - car vous lavez tout le monde daos un
* Luc, xvni, 8.
« Apôc., xvni, 2.
» Ps. CXXI, 7.
♦ Philip., I, 23.
» Philip., m, 20.
•Apec, 1,2; II, 10.
' Dan., II, 18, etc.
LA OAPPBLLA GREGA "Ml
baptême unique, ^ ouvrez-moi la voie salutaire qui, par un étroit sentier, conduit un petit nombre dMiommes à la Ciié. et faites luire devant mes pied» la lampe du "Verbe, pour que le cheiuin de la vie me conduise à ce parc champêtre où le B-jn- Pastenr garde i'i.imabie bercail, où l'Agneau de la Brebis- Vierge entre le premier avec sa blanche toison et puis tout le blanc troupeau *. »
* Omnipotena œiern'> Deus, spes unicainundi,
Qti eœU fabrualor adea, qui conditor orbU, Qui maris undisonat fluclu surgt^te procellas Meryere vicinœ prohibes confinia terrœ.
Qui solem radiis et lunam oomibua impies, Inque diem ac noctem lumen melirU utrumque; Qiii stellas numéros, quarum tu nornina solus, Signa, potestateSy cursus, Inca, tempora nosti. Qui diversa noram formasti in corpora terrant, Torpeniique solo vioenlia membra dedi^ti; Qui percuritem hominem veiti dulcedine pwni Instauras metiore ctbo, potuque sàcrati Sanguinis ivfa»um depellis ab angue veuen%im ; Qui genus humanum {prceter quos cluuserai arca) DiluvU rapida spumantis mole sepultum Vna iterum de slirpe créas, ut mystica vîrtus Quod cumiâ dcl cta necant, hoc prœsule ligno^ Monstruret liquidas renovari posse per undus; Totum narnque luvas uno baptismale muhdum : Pande salutarem, poucos quœ duat in Urbctn^ Angusfo mihi catle viam, Verbique luc*riiam Du pedibus lucrre mris, ut semtta vitœ Ad cuulob me ruris ugul, qua ae^vat amœnum Pastor ovile bonus, qua vellere ptœvius albo Virginis aguuà ovis, gtuxque omnis candidus mtrat,
Cannen Puschale, 1. I, 43-67.
Une pierre de clôture d'un loculus, mise au jour en 1878, au cimetière d'Ostiien, où Mgr CiObtiiro>a me i'u montrée, jette un jour précieux sur ces derniers vers de Sédulius, et en reçoit à scn lour une éclaiante lumière. Qrosiâèremeni gravée au trait, elle présente une Oniote ayant à sa droite un personnage de la main droite duquel pend une lampe allumée, et, à sa gauche, un autre personnage portant la main droite sur sa poitrine. Les deux sont vêtus de la tunique et du manteau Au-dessus, Tépitaphe contient deux lignes oo l'on a pu discerner le« lettres suivantes, de la un du troisième siècle ou du quatrième :
CïUSC m pXCe
BeNE merenti ET...
M. de B<ftsi a publié le dessin de ee nonument ^aas le Bullêtinù àm 1880, tav. VIII, et Fa heureusement commenté, p. 66-8, en rappdani le Tenet t05 4u
762 LA CAPPBLU GEECA
Certes, « le blanc troupeau m'effraie. » Je sais, je vois mes taches : « Mon visage rougit de ma faute \ » Et cependant le Paradis est pour moi ! N'est-ce pas la brebis perdue dans le désert, que
Psaume CXVIII : Lucerna pedihus meis verhum tuum et lumen semitis mets, et ce passage des Actes du martyre des SS. Montanus, Lucius et leurs compagnons qui souffiirent, Tan 259, à Garlhage. • Renus, qui avait été avec nous saisi par le f sommeil, eut une vision, Il nous vit conduits les uns après les autres au supc plice. A ce moment, devant chacun de nous était portée une lampe : celui que c ne précédait pas la lampe n'avançait pas. Et après que nous nous fûmes avanf ces avec nos lampes, il se réveilla. Quand il nous eut rapporté sa vision, noua f nous réjouîmes, ayant la confiance que nous marchions avec le Christ qui est f la Lampe pour nos pieds, et qui est le Verbe même de Dieu : QVI EST tLVCERNA PEDIBVS NOSTRIS ET QVI EST SERMO SCILICET DEI. » (D. Ruinart, Acta martyrum smcera, Pcusio SS. Montant, etc ,% V.)
Une épitaphe du cimetière de Priscille, celle de Maritima dont la tombe est marquée de l'ancre du Christ, flanquée des deux poissons du Judaïsme et de la Oi^ntiiité, disait de môme vers cette époque : c Maritima vénérable, tu n'as point < perdu la douce lumière, car tu avais avec toi le pleinement Immortel en tout, c car ta piété te fait en tout temps progresser : MAPITIMA SEMNH TATKE- « PON 4>A0S OY KATEAEI^AS • ESXE2 TA? META SOT HANAGANA- • TON KATA HANTA • ETSEBEIA TAP SH DANTOTE 2B nPOAFEI. » (Boldetti, p. 370.)
Le personnage qui est à droite de Cresceti/ia (?) est donc le Christ, et le passage de Sédulius i<ous fuit bien comprendre que, guiiant la défunte avec sa lumière, lui qui a dit : Je suis la lumière du monde (Joan., Vill, 12), U la conduit au Paradis. C'est ici une variante du Christ de la caitpella greca, sortant du ta* bernacle du ciel et venant sauver Susanne.
Quel personnage fait pendant au Christ? Ce doit être un saint ou un ange, puisque l'Église chante aux obs^èques du fidèle : Suboenite Sancti Dei, occurrite Angeli Domini, suscipientes animam ejus, off> rentes eum in conspectu AltissimL Susdpiai te Christus qui vocavit te, etc. Je soupçonne que c'est S. Paul. U est le Vase d'élection à qui le Christ a rendu, avec sa lampe, la lumière de l'àmc et celle du corps (Act , IX, 15, 18), et qui a été ravi au Paradis, jusqu'au troisième ciel (II Cor., XII, 2, 4). Paul fait bien vis-à-vis au Christ, Lumière du monde ; c'est un introducteur tout spécial dans le Paradis. On le trouve, d'ailleurs, deux fois, et lui seulement, sur les monuments chrétiens, en pendant du Christ. Une fresque du cimetière de Priscille montre, au-dessus d'une tombe, le Bon- Pasteur et Paul, PAVLVS PASTOR APOSTOLVS (Aringhi, t, II, p. 273); et un fond de coupe (R. P. Garucd, tav. XVI, 7) offre deux bustes en regard avec les noms CRISTVS, PAVLVS.
^ Guipa rubet vultos meus. — Séquence Dies irœ du franciscain Thomas de Celano qui vivait en 4255.
LA CAPPELLA GRECA 763
dîs-je? le loup attaché déjà à la potence publique, que « FAgneau de « la Brebis Vierge » a fait entrer à sa suite dans le bienheureux bercail? Ils étaient deux voleurs de grand chemin, blasphémant sur leur croix le Bon-Pasteur qui pour eux mourait sur la sienne. Un de ces loups resta forcené sous le regard de TAgneau : il refusa de devenir une brebis.
€ L'autre, dit Sédulius, adorant le Christ par des paroles suppliantes, baissait, épuisé, ses yeux sanglants, car des liens retenaient ses deux mains. Le Seigneur recueille cet égaré, comme un pasteur sa brebis dans un champ désert, et se fait une fôte de l'amener en ces champs qui sont les vôtres, ô Paradis 1 où le sol couvert de gazon charme les yeux par ses fleurs perpétuelles, où la volupté des bois est nourrie par des eaux courantes, où, au milieu des jardins étalant des fruits qui ne manquent jamais, le Serpent gémit de voir l'antique colon habiter.... de voleur, avec ses rapines, a enlevé le Royaume des deux ^ »
« Vous qui avez absous Marie et qui avez exaucé le larron, à « moi aussi vous avez donné l'espérance •! » Seigneur^ à qui j'ai consacré ces pages, y recueillant ce que j'ai pu des fleurs des Saintes-Ecritures, des Saints-Pères, de la sainte antiquité chrétienne, au soleil de votre Nom, pour en faire cette livre de parfums de Marie qui, versée sur vos pieds, célébra avec votre sépulture votre résurrection ', avec votre résurrection la nôtre, Seigneur, souvenezvous de moi, dans votre Royaume *.
Je scelle trois fois ce livre de voire signé.
* Alter, adorato per verha precantia Chrislo, Saucia dejectus fleclehat îumina, tantum Lumina, nam geminM arcebant vincula 2ialmas. Quem Dominus, ceu pastor ovem déserta per arva Colligit errantem, secumque adducere gaudet
In campas, Paradise tuos, ubi flore perenni Gramineus blandiiur ager, nemorumque voluptas Irriguis nutritur aquis; interque bénigne Conspicuos potnis non deficientibus hortos Ingemit antiquum Serpens habitare colonum,,, Âbsiulit iste suis ccelorum régna rapinis,
Carmen Paschale, 1. V, v. 216-230
* Seq. Lies irœ, «Joan.. XII, 3, 7.
* Luc, XXin, 42.
764* Uk CAPPKUA GRECA
Le voici, pris du sarcophnge de Junius Bassus. G*ost le chi, X, rinitîale de votre nom de Christ, marquant le pain offert à Job pour son soutien en son martyre, le pain qui est vous-même, FËucharistie.
Le voici, en triple exemplaire, transcrit d*une stèle dressée à ciel ouvert près du tombeau de Cecilia Metella, et offrant aux païens, avec leur formule de consécration des tombeaux, M. S. {Manibtts sacrum)^ un triple mystère chrétien. C'est votre double monogramme X, I, Christ'Jésus, inscrit dans un cercle figurant rEucharistie et le denier de la vie éternelle ; c'est l'ancre, sigle voilée de Christ-Jésus, symbole de V espérance qui ne confond pas * et qui a pénétré les cienx*; c'est le Poisson, Jésus-Christ-Fils-de-Dieu-Sauveur, et, ce semble même, le dauphin, dont la poésie fait le sauveur des naufragés. Ce groupe, offrant votre signe sous ses trois formes principales, teroftine l'épitaphe « d'JlgriUus Botlus Philadès, Boltus * très doux, « très tendre, à qui ses parents ont fait ce monument et qui a vécu « neuf ans, quarante jours, de sainte mémoire : AEGRILIVS — BOTTVS — PHILADES — POTVS DVL — CISSIMVS — ET PIENTIS — SIMVS &VI — PARENTES ~ FECERVNT — VIXIT AN — YIIII ML — MS....\»
Le voici enfin, en double sjrmbole, sur la tunique et sur le pallium de sainte Agnès, dans l'image en mosaïque dont le pieux pape Honoriusa paré l'abside de sa basilique et de son tombeau. Celle tunique de pourpre porte sur ses plis, dans un cercle d'or bordé de pourpre, un phénix peint d'or, de pourpre et d'azur ; le blanc pallium est marqué d'une grosse étoile d'or à huit branches, intérieurement diaprée en pourpre, lait et azur, de rayons et de fleurons. Le Christ qui a dit : Je suis la résurrection et la vie^ a dit aussi : Je suis rétoile splendide et matutinale ^ ; et comme son titre de Roi des
« Rom., V, 5.
• Hebr., IV, 14.
• Pour Boitus le graveur a écrit Potun, d'où le jeu de mot diarmant : Potus (breuvage) très doux, etc. Philadès, est-ce 9iXaOeiç, bien-aimè f
^ Musée du Latran XtV, E sepuloro subdiali ad moiiumentum Cœcil. MeUllœ, via Appia^ dans M. de Rossi, Il mu^eo Laleran , etc. J'ai déjà mentionné ce monument à la fin du chapitre XXIL
• Joan., XI, 25; Apoc., XXII, 16.
LA CAPP8UiA QRBGA 765
rots, de Dominateur des dominateurs est écrit sur son vêtement et sur sa cuisse \ le$ deux précédents sont représentés par le phénix et par Tétoile sur le vêtement de son épouse virginale, de sa glorieuse martyre, Agnès. N'a t-il pas dit aussi : Celui qui voit le Fils et croit en lui,., je le ressusciterai*;" et: Celui qui sefa victorieux... je lui donnerai N toile du matin * ?
Voici mon si/ne [thau), disait Job à Dieu^, en provoquant à la latte, avec une confiance filiale, mais trop libre et trop peu réfléchie, sa justiceet sa Biiséricorde. Puis se ravisant, à la présence et à la voix du Tout-Puissant, le saint « martyr, » comme rappellent les vietix martyrologes ^, se proslernait dans la poussière et la cendre, disant à Dieu : Je s^is que vous pouvez tout et qu'il tiy pas de disposition qtn vous soii interdite^ et répétant plus que jamais en son Cœur : Que le nom de Jéhovah soit bénit * ! Ainsi sous votre signe^ sous votre nom, ô Christ, nous attendous le secours du temps, la paix de Téternité.
Mais, à côté de cette dernière pensée au Christ, ponvons^-noas ne pfas déposer une dernière pensée à TÉglise, à VÉglise que le Christ a aimée et pour qui il s'est livré à la mort ^ ? Elle nous «st offerte d'abord, et comme imposée, par un précieux sarcophage du V* siècle, aux bas-reliefe polychromes, récemment trouvé dans la catacombe de Saint-Jean, à Syracuse, et contenant un si^îet unique âtos les antiquités chrétiennes, dont le voile mystérieuine semble point levA encore.
C*est Turne sépulcrale « d*Ade1phia, femme clarissime, épouse du « comte Valérius, » avec qui elle est représentée en buste dans une
' Apoc, XIX, 46.
« Joan , VI, 40.
» Apoc , y, 28.
* "^in i;r\. Job, xxxi, 35.
• D. Calmet, Dict. de la Bihl, Job.
•Job,XUI,2;I,Sl, Uébrea.
^ Epbes., V, 25.
766 LA CAPPEUA GRECA
iarge coquille, au centre de la face antérieure. Trois rangs de sujets bibliques ornent cette face. Au rang inférieur, à partir de la gaucbe, ce sont les trois Hébreux refusant d'adorer le buste de Nabucbodonosor dressé sur la colonne, le miracle de Cana, rAdoration des Mages, Adam et Eve aux côtés de Tarbre et du Serpent, rentrée triomphale du Christ à Jérusalem. Au rang du milieu c'est, d'un côté des bustes, le Christ donnant la gerbe de blé à Adam, la brebis laineuse à Eve, symboles de leur travail, le Christ annonçant à Pierre son triple reniement qui doit être suivi, au chant du coq, de ses nobles larmes et puis de sa triple déclaration d'amour, l'hémorrholsse aux pieds du Christ, la main de Dieu donnant à Moïse les tables de la Loi ; de l'autre côté, la main de Dieu arrêtant le glaive d'Abraham qui va frapper Isaac, la guérison de l'aveugle-né, la multiplication des pains et des poissons, la résurrection de Lazare. Au rang supérieur, à droite du cartouche de la défunte, tenu par deux Génies, on voit l'Ënfant-Jésus dans la crèche, Joseph debout et Marie assise, le bœuf et l'âne à l'opposé, el trois bergers accourant, dont le premier montre l'étoile toute grande des Mages ; à gauche, à l'extrémité de la bande, une immense figure apparaît sur le creux d'un rocher, un ancien d'Israël debout montre le ciel comme pour nous indiquer que c'est Jéhovah sur la pierre d'Horeb *, et Moïse, un genou en terre devant lui, fait avec sa vergé jaillir l'eau de la pierre qui était le Christ^; puis un personnage, tête nue, est conduit par deux autres, tête nue aussi, vers une matrone voilée, assise sur un siège et entourée de quatre femmes voilées, trois debout, une quatrième assise à terre qui, tenant un grand vase, regarde en haut, d'où elle semble attendre une inspiration.
* Exod., XVII, 5, 6.
» I Cor., X, 4.
LA CAPPELLA GRBCA 7C7
On a VU dans cette matrone la « Vierge au ciel » parmi les saintes de l'Ancien Testament, Sara, Rébecca, Rachel, Lia, Susanne, que nous montrent autour d'elle les Actes de la martyre Héliconis \ ou les saintes du Nouveau, selon des textes des Pères et la mosaïque de Saint-Apollinaire de Ravenne : la Vierge accueillant Adelphia présentée par deux autres saintes ^ Mais les trois personnages à tète nue, en regard des cinq femmes voilées, doivent être des honunes ; et ce sujet mystique de la Vierge no serait-il pas bien extraordinaire, tout seul, sans que rien nerannonce, parmi ces quinze sujets exclusivement pris de la Bible et de FÉvangile, et étant associé par le rapprochement des personnages avec celui de Moïse ? Une explication plus simple se présente ou plutôt s'impose. Nous lisons au livre des Juges, en ces premiers temps de la république dont Moïse est le législateur :
« Et les enfants d^Israël continuèrent de faire le mal aux yeux de Jéhovah, Aod étant mort. Et Jéhovah les vendit entre les mains do Jahin, roi de Canaan, qui régnait dans Asor. Le prince de son armée était Sisara, et lui habitait à Harosheth-goïm. Et les ûls d'Israël crièrent vers Jéhovah, car il avait neuf cents chars de ter et il opprimail les enfants d'Israël avec violence depuis vingt ans. Et Déborah, femmtvprophétesse, femme de Lapidoth, était, elle, jugeant Israël en ce temps-là. Elle siégerait sous le palmier de Déborah entre Ramah et Bethel, dans la montagne d'Ephraïm ; et les fik d'Israël montaient vers elle pour le jugement. Et elle envoya appeler Barac, fils d'Abinoham de Cédès-Nephtali et lui dit : Est" ce que Jéhovah^ Dieu d'hraéf^ n'a p<u donné un ordre ? Va et aWre les gens sur le mtmt Thabor, et tu prendras avec toi dix mille hommes des fils Je Nephtali et des fils de Zabulon. Et f attirerai vers toi, au torrent de Cison, Sisara, prince de V armée de Jabin, et ses chars et sa multitude, et je le livrerai entre tes mains.Et Barac lui dit : Si tu viens avec moi, firai, et si tu ne viens pas avec moi, je n'irai pas. Et elle dit : f irai, j'irai avec toi. Mais il n'y aura pas de gloire pour toi dans la voie où tu marches, car c^est dan«c la main d^une femme que Jéhovah vendra Sisarah. Et Déborah se leva et elle alla avec Barach à Cédèç *.f
Voilà bien le tableau gravé sur notre sarcophage : c'est Débora, juge d'Israël, servant de variante à Daniel que maintes fois les monuments chrétiens nous ont ainsi présenté ; c'est Barac, sourd à Tordre de Dieu, peu sensible au péril de son peuple et de la loi de
> BoUand., 28 maii, t. VI, p. 743.
* M. E. Le Blant, La Vierge au Ciel représentée sur un sarcophaje antique, Revue archéologique, 1877, t. XXXI, p. 353-59. » Jadic, IV, U9.
768 LA CAPraiXÂ GRBGA
Moïse que veulent effacer de la terre de féroces idolâtres, qui est amené devant Débora par deux officiers de justice comme Tun ou Tautre des vieillards calomniateurs de Susanne devant Daniel* c'est, parmi les dames d'honneur de Débora, Jahel, femme fidèle i Dieu d'un mari qui a fait paix avec le roi de ses ennemis \ Jahei tenant le vase d'honneur plein de lait dont le cruel Sisara, leur géserai, doit boire pour un sommeil éternel, Jahel regardant au ciel qui déjà Tillumine ; c'est enfin, toute prête à cette heure, la victoire après laquelle Débora ayant à son côté le trop médiocre Barac, Barac devenu un homme, grâce à cette femme, dira dans son hymne d'actions de grâces :
Ils avaient laissé tomber leurs bratt les commandants ; En Israël ils avaient laissé tomber leurs bras. Jusqu'à ce qun je me lève, Débora, Jusqu'à ce que je me lève, la Mère m Israël.... Réveille-toi, réveille-toi, Débora, Réveil'e-toi. réveil h*- toi, diH un cantique I Lève^toi, Barac, et fais captifs Tes captifs, flls d'Abinoam !
Alors un petit reste dominera les puissants du peuple, Ji'liovah dominera pour moi sur les forts... Bénie soit enti e les femmes, Jahel, L'épouse d'iléber le Cinéen :
Entre les femmes bénie soit-elle 1 De l'eau il demanda, du lait elle donna : Dans ta coupe des puissants elle offrit de la crème. De sa main elle a saisi le dou Et de sa droite le marteau des travailleurs ; Elle a meurtri Sisara, elle a brisé su tète, Elle a fendu, elle a transpercé sa tempe, Entre ses pieds, il s'est tordu, il est retombé, il s'est couché : Entre ses pieds il s'est tordu, il est retombé : Là où il s'est tordu, il est retombé anéaiti... AiDsi périssent tous ceux qui te haïssent, Jéhovah f £t que ceux qui Taiment soient comme la sortie du soleil en sa force * !
Anx deux groupes de Moïse et de Débora une grande sc^no fait pendant de Tautre côté, celle de la Crèche. Le parallélisme est évi-
« Judic/.IV, 17.
«Judic., V, 7-31.
dent : à Moïse répond le Christ, à Débora, la Vierge. Comme Marie, Débora représente TÉglise. Marie a devant elle cet Emmanuel dont elle a chanté, le portant dans son sein : // a fait descendre les puissants de leur trône et il a élevé les humbles * ; Débora a devant elle Barac avec lequel elle chantera le cantique de la défaite des rois de Chanaan, contre qui les anges ont combattu des deux et les étoile^ de leurs sefitiers ^ On sculptait et ou enluminait à Syracuse, sur le sarcophage de la fllle d'un sénateur qui avait baissé, avec son époux, comte romaiû, la tête dans Tonde purificatrice du Christ, sous la main de ses Pontifes, cette double prophétie du triomphe de TÉglise au moment où venait de tomber la grande Babylone des Césars, et où la Rome de Pierre, crucifié la tête en bas en face des sept collines, surgissait parmi leurs ruines comme la Jérusalem illuminée de la gloire de r Étemel ', comme le doux et invincible soleil du Royaume, enfin arrivé, de Dieu *.
Mais voici qu'un second monument, bien autrement insigne, vient se joindre à celui de Syracuse, comme pour donner pleinement à cette heure la force et Tespérance à nos cœurs. Rome possède, debout encore, un édifice sacré de Constantin, un seul, le mausolée de sa fille Constance ou Constantine, placé auprès de la basilique de Ste-Agnès, construite par cette princesse qui avait fondé là un collège de Vestales chrétiennes et y avait gravi les degrés de la sainteté. Chambre des catacombes transportée en plein soleil, comme le tombeau même de la martyre Agnès, qui l'emportait alors sur « tous les temples et toutes les constructions terrestres '^, » ce mausolée reçut en marbres et en mosaïques une des décorations les plus magnifiques qui fût jamais, et des plus sublimes. Une partie s'est conservée : ce sont les plus anciennes mosaïques chrétiennes du monde. Noiis avons, en parlant du Bon-Pasteur, rappelé leurs précieuses splendeurs, et nous y avons deviné justement une certaine image du Christ paissant ses brebis divines, dont le temps
> Luc, I, 52.
« Judic, V, 1, 19, 20.
• l8., LX, 1.
* Matih., VI, 20.
^ Inscription dédicatoire placée par sainte Constance : Consianlina Deum, M* - Ici, chap. XVII.
770 LA CAfPBCLA 6&ËCA
semblait avoir effacé jusqu^an souvenir *. Tout vient Ûe lions êtrfe rendu, au moins sommairement, par une note, retrouvée à Ferrare, du maître et de Tami de Bosio, Pompeo Ugonio*. Dans « les dernières années du XYI® siècle*, n il décrivit ce monument qu! possédait encore, intègres ou fragmentaires, ht plupart de ses mostiques, et laissait voir sûrement toute la somme dé ses grandes leçons de théologie et de politique vraiment impériale, qui avaient rendu au inondé, après Favoir fait à ttomé, sa liberté, i^n honneur, sa prospérité, sa paix. Nous savons ^nsi que sous Constantin ou ses fils, exécuteuris de ses inspirations, ce pieux et solennel monument dis famille présentait rensemble des tableaux suivants.
« Le temple sphérique de Sainte-Constance ^, » orné extérieurement et intérieurement d'une couronne de colonnes soutenant la voûte d*un portique circulaire, et, à l'intérieur, où les colonnes soirt géminées, soutenant de plus la coupole même de TédiOce, contenait dans répaisseur de sa puissante muraille, au dehors, une série de niches cintrées ^ destinées à des statues*^, » au-dedans, douze niches rectangulaires séparées, trois à trois, par la porte d'entrée, l'abside du fond et deux petites absides latérales. Des guirlandes de feuillage avec leurs bandelettes, des étoiles noir&tres ou verdàtres et des monogrammes du Christ se détachant sur un fond blanc, composaient leur di^coration en mosaïque *. En se rappelant que Cons- ^ntin avait fait placer, à Constantinople, son sarcophage parmi douze monuments en l'honneur des Apôtres, ces futurs Juges des vivants et des morts avec le Christ, on est porté à croire que ces douze niches leur étaient consacrées. Peut-être contenaient-elles
* Ciiap. XVII, fin.
* Mûnts, Notes sur les'fnoioSquei ekrétiennes de l'ItaUe, Sainie-Cônstancê de Rome, Nouveaux doeumenU, Revue archèoU, 1878, t. XXXV, p. 331-67.
' M. de Ro88i, Rom. koU.. 1. 1, p 19.
^ c Templum S. ConstantisB spherîcum, > écrit Panvinio dans sa notice De pr»' staniia Basilicm S. Pétri, rédigée avant 1568, date de lu mort de cet illustre savant Bibl vat , n« 6780. M Mûntz. Revue archéol . 4875, t. XXX, p 225
' c In exteriori porticu sunt miilti nit bî qui ad statuas usii erant.i Panvinio, ibid,
' c 2* (Alisia) habet arcum, videlicet circuitioneni superioreiu ex musivo, in quo minutis tesselis albU ûmul compactitf dispen»» suiit stelluls nigncitanieâ, vel virides, dreumque hune Telut sertum ex ramis vel fascioUs. » Ugonio, dans M. Mttntz, Revue arehéol, 1878^ p. 360.
L4 CAPP9LU GRSa 771
leurs statues, qui allaient bientôt, avec celle du Christ, briller en argent à la façade de la basilique constantinienne du Sauveur au Latran. L'abside, que précédait un segment du portique circulaire spécialement décoré d'une mosaïque sur fond or, splendeur que Tàrt chrétien, s'inspirant des présents des Mages, commençait à appliquer au sanctuaire, offrait dans Tare, sur un fond blanc, au milieu de nombreuses étoiles noirâtres, un grand monogramme du Christ *, non sans allusion, ce semble, à la célèbre vision de l'Empereur. Au fond d'un petit dôme qui recouvrait le gigantesque sarcophage de porphyre rouge de sainte Constance, orné en reliefs de vendanges, de paons, de béliers mystiques pris des catacombes, et, en avant du sarcophage, Tautel eucharistique réalisant la résurrection figurée par ces symboles, une mosaïque préludait complètement à Tadmirabla mosaïque de Sainte-Pudentienne. On y voyait la Jérusalem céleste, le Christ siégeant devant avec les Apôtres, sous une galerie de feuillage, pour le jugement du monde ; et, au-dessous d'eux et comme au-dessus de l'autel par la perspective, l'Agneau de Dieu portant le diadème de son Nom sur la tête, et entouré des brebis dont il est le Pasteur et à qui il a donné sa vie. Deux femmes, à la taille élancée, aux vêtements blancs, debout vers lefs angles repré sentaient, sans doute, comme plus tard à Sainte-Sabine, ^ l'Éçlise de la Circoncision » et « l'Église des Gentils ^ »
* ■ Vni absis est in medio illa in qua est sepulcrum porphjretieam collocaturo. Eju8 superior circuitio est ex musivo, ut 2' supra, steUulis in albo nigri* cantibiis exornata, ubi et hoc est fignum setnifractum : :^. > Ugoiiio, p. 361. ^ M. Armelliui vient de découvrir en place plusieurs de ces étoiles et quelques cubi's de Tancien monogramme. Conférence du 28 déc, 1818, Bulletino 1880, p. 61.
' fl Arcus est in medio ecclesiae. ubi altare majus et sepulcrum porphyieticum^ ubi... instar testudinis altius spatium attolitur, mûris hinc inde circumseptum. Qui locus varits musivis flguris erat ornatus, qu» partim deciderunt, partiiu vix apparent In iacie supra sepulcrum videntur quidam sedentes qua fera specie tunt ad S. Padentianam in abside majore, et sine dubio'hic erat Salvador, quan* tum opinari possum... Supra hos sedentes ornatus est quidam ex frondibus contextus inter ceu candelabra quasdam. £ regione videntur... similes qusçdam Qgarte sedentes. Et duae in angulis pblong» mulieres alba veste sti^ntes (?). C^cum pi in sublimi omnia ex^oleverunt et cori uerunt. • Ugonio, p. 362.
f N«>lla capella maggior (?) ... che è sopra l'alt&r vi è fi urato Fagnello col diadema çqo certe pecorelle sotto, il qua^e tta dinanxi (?) ^\^ çit^ diOerusalem... (suit un croquis). » P. 367.
773 LA CAPPELLA GRECA
A Tabsidiole de droite, à partir de Tautel, le Christ apparaissait montant au ciel. Il laissait sons ses pieds à la terre les quatre fleuves du Paradis céleste de sa grâce, où venaient se désaltérer les brebis du Judaïsme et delà Gentilité, sortant de Jérusalem et deBethléhem ; à Pierre, qui portait à sa gauche Tétendard de son Nom et de sa Croix, il donnait sa Loi et son Nom même dont il devait établir le règne, DOMINVS LEGEM DAT | ; à Paul, qui prêtait Toreille à sa gauche, il confiait la mission spéciale d'annoncer TÉvangile de sa résurrection ; et, montrant un des deux palmiers qui encadrent la scène, rhomonyme du phénix, sur lequel se dressait le phénix peut-être, il disait bien clairement aux Princes des Apôtres : On m'a vu ressuscité... Prêchez la bonne nouvelle à toute créature \ A rabsidiole de gauche, le Christ était assis sur le globe céleste. Sept palmiers, en forme de candélabres, montaient à côté de lui, représentant les sept Églises, toutes les Églises, que surveille d'en haut cet Évêgue de nos âmes ', dans la main droite duquel sont les sept étoiles, les Anges des sept Eglises, les Évêques, ses lieutenants ici-bas, et qui se promène au milieu des sept candélabres d'or, c'est-à-dire des sept Eglises même ', pour examiner, consoler, réprimander, réprouver, couronner. Pierre était en face de lui, sous les traits d'un « vieillard *, » en avant de deux palmiers, les deux Églises des Juifs et des Gentils auxquelles il préside : incliné devant le Christ, il recevait de lui, pour ouvrir on fermer en son nom, les clefs du Royaume des deux '.
La voûte annulaire du portique intérieur étalait, sur un fond blanc, dont les teintes semblent d'argent encore, tout ce que la nature a de grâces pour symboliser la Grâce elle-même. La scène des vendanges est répétée onze fois ; d'immenses vignes déroulent et enroulent leurs branches, et les enfants et les oiseaux folâtrent
« Marc, XVI, 14, 15.
* I Pet., II, 23.
»Apoc.,I, 16, 20; n, 1.
^ c nie senex. > Ugonio, p. 360. Une restauration a donné à ce personnage une figure juvénile et a fait à tort douter que ce ne soit S. Pierre. Rev. ar^h., t. XXX, pi. XXIIL
' * Matt, XVI, 19. Les deux tableaux des petites absides existent, mais avec des ' réparations qui sont trop souvent des altérations.
LA GAPPELIA GREGA 773'
dans les pampres ; rAmour joue avec Psyché ; les colombes sont assises au bord des vases d'eau fraîche ; la brebis porte, comme aux catacombes, le vase de lait au bout d'une houlette, maîtresse brebis qui est le Pasteur, le Christ; le monogramme du Christ, \echi, +, est yn plus d'un endroit, la base de l'ornementation; les fleurs le dessinent, il sert de centre aux étoiles : il est multiplié en grandes figures d'orfèvrerie, et prime tout, au segment qui fait face à la porte, saisissant les yeux de celui qui met le pied dans le temple *.
A la première zone de la coupole, une rivière étendait le cercle sans fin de ses eaux, et présentait les scènes les plus variées et les plus riantes. « Ici des enfants ailés péchaient à la ligne ou au filet, « ou bien lançaient des harpons sur des poissons presque aussi gros « qu'eux; ailleurs ilsjouaient au milieu de l'onde avec des cygnes, « ou faisaient manœuvrer des barques légères *. » C'est le Jourdain céleste avec ses joies, dont la basilique constantinienne du Sauveur et la basilique libérienne de la Vierge offriront bientôt des copies à leurs absides sacrées. Des eaux du Jourdain s'élevaient, sur des ilôts plats, douze caryatides s'échappant de la corolle d'une fleur, . flanquée chacune de deux tigres ou lions captifs, et portant sur leurs têtes une tige de fleurs vers laquelle s'inclinaient deux dauphins enroulés. Elles encadraient ainsi douze tableaux bibliques. Uuatre nous sont connus. C'était en face de l'entrée, en avant de l'autel, Élie faisant descendre le feu du ciel sur l'autel du vrai Dieu, et confondant devant le peuple les prêtres de Baal. Heureuse image de l'Église triomphant de l'idolâtrie, aux jours de Constantin, par des prodiges célestes éprouvés de lui-même et de sa fille, de sa fille Constance, guérie, à quelques pas d'ici, au tombeau de sainte Agnès.! C'était Tobie, son poisson mystique à la main, et l'archange Raphaël. C'était Moïse frappant le rocher, en portant un vêtement marqué du thau qui symbolise le Christ. C'était Susanne '.
^ La décoration originale de la voûte annulaire est à peu près intègre.
* M, Miintz, Revue arch,, t XXX, p. 225. — a Pueri natantes, «caphis vecti, » écrivait, au XVI* siècle, Schraderus, Monumentorum Italies.,, libri quatuor , Ilelmstett, 1592, f» 120 v». Cité ibid.
'In prima arcu est aliare.cum tauro superimposito llammia circum arden- . t(iba8), descenditque super altare ignis e eœlo. Âstat a dextr* sacerdof , leu pro<^
774 Ll CàPPBIXA 6UCA
« Matrone^ éorîl Ugonio, d'an aspect très grave, d'une taille élan- « cée, vêtue d'une tunique d*or, avec une bandelette couleur agate, « descendant de son cou à terre, sa tête et son cou jusqu'à la ce poitrine sont enveloppés d'une étoffe ou voile blanc. EUe étend fc la main droite ouverte; elle tient un livre ouvert de la main ii gauche. » Derrière elle, sur un tribunal à six hautes assises, siège le jeune Daniel, tourné de son côté et avançant pour ainsi dire sur. sa tète la main qui doit la délivrer. Do l'autre c6té, « debout », au bas d'une des deux portes latérales du siège du juge, son assesseur, sur son ordre, expulse les deux vieillards qui vont être rappelés et interrogés séparément, et dont s'écroule dès cet instant la coalition infâmeu « Tous deux paraissent fuir devant lui et à la face de la
pheU, rétro qaem eti igura tem)»li. ad laeiram ante altare nuiHîtado popaK. Hce historia esae vide! or qusp Rf>g. 111. cap. 18, h;ibetar, qu. Uelias. bove sup«*r altare imposito, ad ronfundcndfS sanei dotes B^al igni-m dt> cœlo miui impetraVit. Tamen bos Helue erat seaus in partes, hic viJetur integer. Sed pictoribus omnia Ikent. . .
Vni aspicitnr tiîe anas (?< (raetera enim deddenint) habitu ft*re. . herenritioo... Hic mana teiift grandem ot pulckerrimiiro piscem, ajfparetqiia latro eum comH tari (?) aJiift (?) cuju^t Êides nofi extar. Quid kî bic Tobias?. . .
In arcu X cerniUir gravûssi.iti a:ipectu:i matrona. proceraa staturae, aarea Testa induta, eu m fasda quailam leonati coloris ad terrain a collo descendente ; capot autem et coUucn usque ad pcctus involuta aibo qoodacn panne, seo vélo. Dexteram apertacn extendit, laeva vero librum apertum tenet scriptiim, in qoo tamen i?) legi non \HÂe6i Ante earn sed^t qui-laro j iveuis in sub'irai sede anta quoidam ediftcium, manos^ne ita extenlit (?) ut dm* ionari vidrt.iiur. In di(*ti autam »liAcii porta. qu« e^^t riftro hune juvenem, videtor. . iinii$ ntare, duoque ante ipsuio qoasi fugere a ùcie ?i poi* 1» El bi sont, quantum apparat, aenes. Quure facile hanc credideriui Danîelis, S'isaiin» et duorum senom amanliumt aeu amentium, historiam. * {suit un croquis).».
Arcos XII. Vid' Tir q^ldâm firgam... ad lapidem et aqmm edacere, ante qaeoi stant alli très progredientes...
Air arco 12 q«ella igura die dlœvamo parère (?) Meie ciie con la verga capit l'acqoa del saxo, non si vede bene che fosse (?) ma che sia figura cristianm lo ia« dica quai segno, cbel del tau, nel fia dalla veste ceeâ... il quale sol di piagenî a cristiam santi. — Ugonio, p 365-7.
Les notes d Ugonto ne nous permettent pas d*idantifi*>r avec ceriHade W ti^ bleaox H, III, VU, IX. XI Peut-être le VI ooolenaiit-il Molsa recevant la loi, le XI, Abel offrant soB ilCfteatt w Cbriiit, Gâte w épia. I^
LA CAl^PËLLÀ 6RB€A 775
« Jetitie înatrbne. >> A. elle est la victoire : elle lève au icîel la tnain él les yeux pour rendre grâce ; elle montre déployé le livi'e de la loi de Moïse où il est écrit : Vous garderez mes préceptes et mesjuge^ menu : r homme qui ks accomplira y trouvera la tie. Moi Jéhovah \
Au-deasns des douze sujets bibliques contenant tes saints qui, par la foi, ont vaincu le royaume, opéré la justice, obtenu l* effet des pro^ messes, fermé la gueuk aux lions *, et qui, dans le paradîs de la coupole de Sainte-Constance, ainsi que dans S. Paul, apparaissaient comme une grande nuée de témoins, planant sur nos têtes ', étaient douze cartouches rectangulaires. Des groupes de trois femmes, émergeant d'une rose de feuillage, dont la lige reposait :^panouie
* Niim. XVin, 5. -- On conmiît di*ux dessHns conconlants de ce sujet de 4Su8<)nne. L'un est le croquis d'Ugomo (\\te n*a pas publié id. Miintz, mais qu'il « -apprécié. L'autre est celui de Francesco d'Olanda, peintre hollandais £zé en Italie, qui est à la bibliothèque de TE curial Le cardinal Massimo, nonco en Espa- :gne sous Philippe IV, en fit prendre une copie. Santé Bartoli la reçut de lui et la eommuntqua à Ciflmpîni qui, dans ses Vetera monimerUa, t. Il, tab. I, publia, en 1699, une moitié de la vue de la coupole, où le sujet de Susanne se trouve précfsément. Santé Bartoli publia ensuite une vue entière, repioduite en 1740 dans ses Picturw antiqux, mais dont rauthenticité est très contestée Le R. P. GaruiMÛ a retrouvé à rE>curial le dessin d'Olauda relatif:) Susanne; il le considère comme très authentique, et l'a donné dans >a Sloria dell' Arte crisUafia, Musaici. tav. 20i. A la place de Susanne, il voit IM'^lise; à celle de Daniel, le Christ; dans le» deux vieillards, deux jeunes gens qui relusent de re(!ev«iir la doctrine de l'Église et du Christ La pitblicution du ra.lliu^crlt d'U^ouio lui fera sans doute changer 8on sentiment, dont on ne voit pas bien« d'ailleurs, les bases. C'est le dessin d'Olanda, publié par Ciarnpiui, que nous reproduisons.
» Heb., XI, 33.
> Heb., XII, 1.
776 LA CAPPELLA GRECA
sur la tête des douze cariatides, les présentaîeDt*. Ils contenaient, s'ébattant dans Fallégresse, douze Génies en qui je verrais volon-
* Voir le dessin, à la plume, du milieu du XVI» siècle, appartenant à la bibl. de Saint-Marc de Venise, fond:» italien cl. IV, n» H9. dont M. Muntz a publié le focwniU dans la R.rue archéoî., 1878, t. XXXV, pi. XL — Dans cette B.vue, 1877, t. XXXIV, p. 145-7, M. Mûntz venait de publier, d'après le n»s. A 168, fol. 92 et suiv. de TAmbrosienne de Milan, la description faite, à la fin du XVI* siècle, par Giimaldi, archivi&te du Chapitre de Saint-Pierre, du célèbre Oratoire, la Capella del Prwsepio, orné de mosaïques, que Jean VII (705-7) consacra à la Vierge dans l'ancienne basilique Vaticane, auprès des portes, à Textrémité de la nef septentrionale qui éUiit alors fermée. Il a, pi. XVII, donné de ces mosaïques le principal dessin, gravé d'une manière inintelligible par Ciam|iini, t. lil tab. XXIII. Voici ce qu'offre de plus important pour les sujets que nous avons traités, ce précieux monument ressaisi.
A l'ubside, vis-à-vis de la nef, apparaissait la Vierge portant T Enfant-Dieu sur ses genoux, entre S. Pierre à gauche, S. Paul a droite. Au dessus, l'histoire du Christ était retracée en sept tableaux. La mumille de droite, du côté du palais Apostolique, contenait, en pendant, l'histoire de S. Pieire augmentée de celle de S. Paul, à partir de la lutte des Apôtros contre Simon-le-Magicien jusqu'à leur martyre Un des sept tableaux de l'histoire du Christ, multiple comme cinq autres, représentait la guéris^on de l'aveugle-né, celle de l'hémorrhoïsse et la conversion de Zachée Sur le dessin de Grimildi, on voit Zuchée sur l'arbre, un pauvre assis au pied et un homme debout devant, qui, sauf le nimbe que Grimaldi a pu oublier, ressemble au Christ qu'on trouve à côté. Il est accompagné de cette légende : f Zacchseus in siccomoro hubens bajuluro sarcinam bcnorum anto se porc tantem, ut inquit Evangelium : Ecce dimidium honorum meorum do pauperibus. i Je soupçonne fort que le bajulus surcinam portans est le Bon-Pasteur portant sa brebis retrouvée, qui dit à Zachée : Zachxe festinans descende, quia hodie in domo iua oportet me manere. Zachée était descendu quand il dit : Ecce dimidium^ etc.; et le Christ doit se trouver nécessairement dans la scène. Voilà donc très probablement une nouvelle image, et combien piquimte et touchaute ! du Bon-Pabteur, en même temps qu'un des plus frappants enseignements de l'autorité du Christ, représentée en Pierre son vicaire, et aussi de la maternelle protection de la Mère de Dieu sur l'Église. La Vierge, d'ailleurs, apparaît entre les sept tibleaux de l'histoire du Christ, trois et trois à ses côtés et un, celui de la Nativité, sur sa tôte, de taille gigantesque, en Crante, une haute couronne ûeuronnée au front, ayant tout petit à sa droite le pape qui lui offre son oratoire, et à sa gauche, en lettres verticales, cette légende : BEATAE DEl GENETRICIS SERVVS. Sous ses pieds on lit en grands caractères :
+ lOANNES INDIGNVS EPISCOPVS • FECIT
PlanchelM.
^LLA GRECA
Archeologia Cristiana 1884-85
clirétiens •outerrauw sou» l'aire putUique a» cette voie, et ta preuve oe le origine chrétieooe tréa ancienne. » BMetiiw de 1887, paru en nov. 18W, p. 88.
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LA RÉGION DE LA CAPPELLA GREC A d'après lbs dbrniérbs décodvkrtis 1880-1891
Au moment où ce volume achevait de paraître dans la Revue de CArt Chrétien, M. de Rossi, ayant la bonté de le signaler plusieurs fois, en appelant l'auteur mio ottimo amico, publiait, dans son Bulletino di ArcheiH logia cristiana de 1880, la première partie de ses Escavazioni e scoperte nel cimetiro di PrisciUa. Il débutait par cette page :
« Le titre du présent écrit éveillera, chez ceux qui s'appliquent à Tétudo de l'archéologie chrétienne, la joyeuse attente d'insignes découvertes et de progrès non médiocres dans la science que nous professons et que nous aimons. Le cimetière de Priscilie a la réputation d'un des plus anciens cimetières, d'un des cimetières primordiaux de l'Église romaine : mes écrits lui ont généralement confirmé la prérogative du plus haut archaïsme ; elle me semble dorénavant acceptée de tous ceux qui se livreront à nos études ^ Cette nécropole, dans sa région centrale, fut très riche de mona« ments de tout genre, peinture, sculpture, architecture, épigraphie, de très ancien style. Là, probablement, reposa Priscilie, la fondatrice du cimetière, mère de Pudens. contemporaine des Apôtres. Là, les topographes, les lettres publiées sous les noms de Pasteur et de Timothée, les compilateurs des Martyrologes historiques, montrent les tombeaux de Pudens» de ses filles Pudentienne et Praxède, du prêtre Symeti-ius et d'autres martyrs dont la
1 M. de Rossi a présenté, le 5 décembre 1886, à la Conférence d'Archéologie chrétienne, un plan topographique de la Via Salaria et de ses alentours, prés des murs de Home. « Il a déclaré, dit le compte-rendu, d'après les récentes découvertes d'insignes tombeaux païens, que la Salaria nuova avait d'abord un niveau plus bas que le niveau actuel et une direction un peu divergente ; ce qui lui a révélé la raison, ignorée jusqu'ici, du libre développement des cimetières chrétiens souterrains sous l'aire publique de cette voie, et la preuve de leur origine chrétienne très ancienne, n Bulletino de 1887, paru en nov. 1889, p. 88.
i^i ÀPPINDICX
sépulture est dite avoir été procurée par ces deux saintes sœurs, au tempâ d*Antonin-le-Pieux. Là, est une Prisca que certains indices me font soupçonner être parente des époux Aquila et Priçca ou Priscilla nommés par S. Paiïl dans ses Épitres et par S. Luc dans les Actes. Quand, au neuvième siècle, les reliques des martyrs du cimetière de Priscillo furent transportées dans rintèrieur de Rome, y corilpriseà celles d* Aquila, Prisca, Aquilinus, les deux premiers furent expressément dits et jugés être les coopérateurs de S. Paul. Finalement, Philippe et Félix, deux des sept célèbres martyrs, fils de sainte Félicité, mis à mort (selon Topinion de Borghesi et la mienne) l'an 162, sous Marc-Aurèle, illustrèrent par leurs tombes le plus noble et le plus visité des sanctuaires du cimetière de Priscille. Des problèmes très graves et d'une importance capitale, se présentent dès lors à nous. Quelle est la cnrdnolôgîe vvdîe et prouvée des monuments prîscilUèns ? Quelles sont leurs relations avec les souvenirs susdits de ce premier siècle de l'Église romaine qui va depuis Tàge des Apôtres jusqu'au temps environ des premiers Antonins? Quelle est, en somme, la valeur critique de ces notices et de ces traditions? »
Ce sont les problèmes que M. de Rossi veut tenter enfin de résoudre avec les éléments fournis par de nouvelles découvertes.
Mais d'abord, il fait l'histoire du cimetière de Priscille depuis ses pretniô^s dévastations, au riiilieu du sixième sièëlfe, partr lèi barbares, jusqu'à ttos jouts; lés fbtiilïes de la fin de 1890 devant Idi permettre heuretisement 3e la fcbniiilëtcr, et de porter, môtne en arrière, leë ptos pt^cteusès lutmèrék.
LE CiMETlÉRB DE PRISGILLB
DBPUIS LES RAVAGES DBS âOTBS.
Après avoir rappelé que sept papeô, Marcel, Maircellin, martyrig^ toirt àé\ïx par Dioclétien, Sylvestre, Libère, Sirice, Célestin, Vigile, fidèles chatri' pions de la foi à la paix de l'Église, ont été inhumés dans le cimetièi^e de Priscille, M. de Rossi eotùmeilce ainsi le tableau de ses annales de désolation :
c Les Goths, durant le siège de Rome, que dirigeait en 537 Vitij^, déchargèrent leur haine contre les Romains sur les sanctuaires suburbains et sûr les cimetières des martyrs : à ce siège se rapportent les paroles du Liber PontificalU : les églises et les corps des saints martyrs furent ànéanHi^
exterminata sunt, par les Goths * Les plus grands dégâts forent ceut
commis sur les monuments des deux voies Salare, car c'est de ce côté qu^ l'armée vint contre Rome et que les assauts des Goths furent les plus fréquents et les plus vigoureux. Les tombeaux des saints étaient la proie du soldat en fureur^ dit une épigraphe métrique placée précisément sur la voie Salare neuve, en souvenir de ces dévastations sacrilèges et des pieuses restaurations subséquentes *. Une épigraphe pareille sur la voie Salare ancienne parle des violences furibondes de Tarmée ennemie dans les saints temples, quand le Gèle assiégeait les remparts ceints dun fossé*. Le pape Vigile, dans fépigraphe connue, qui fut dictée, après le siège, probablement par le poète Aratus et qui, répétée à plusieurs exemplaires dans divers cimetières, l'a été dans un au moins de la voie Salare neuve, raconte les méfaits des Goths, à l'endroit des sépulcres des saints. Ils firent aux saints^ dit-il, une guerre abominable ; animés d'un esprit sacrilège^ ils renversèrent les sépulcres : sur quoi il déplore expressément la perte des inscriptions sépulcrales et des vers damasiens qui ont péri avec le marbre brisé. Dans la période suivante de la guerre des Goths et dans les assauts donnés à Rome par Totila, jene trouvé pas de souvenir exprès de Thostilité contre les sépulcres des martyrs. Une épigraphe mutilée du sixième siècle, parlant des violences des barbares dans les cryptes des martyrs, fait entrevoir cependant une seconde période : . • . De nouveau soulevée Les antres sacrés avaient perdu leur antique splendeur. Quant aux Lombards, le saccage fait par eux dans les sanctuaires suburbains, en 755, fut horrible. Alors Astolfe enleva, comme butin de guerre, de nombreux corps des saints qu'il porta à Pavie. L'abbaye de Nonantola prétendait avoir reçu d' Astolfe, en 753, le pape y consentaiit, le coi'ps de S. Sylvestre. La date et le consentement du pape sont faussetés évidentes, comme Ta bien démontré Tiraboschi, qui admet néanmoins que les reliques, crues de S. Sylvestre, ont été transportées de Rome à Nonantola en 756,
* în Silverio, 8 V.
• V. Gruter. 1176, 6.
> Gruter 1170, 18«
c'est-A-dife après le siège de Rome et les dévastations et vols sacrilèges de Tarmée d'Astolfe Tannée précédente. Cela me parait un indice spécial que la basilique de S. Sylvestre aussi a été ravagée par les Lombards. »
« Ainsi donc, cette d estruction furieuse et barbare, dont nos yeux sont témoins, des sarcophages de marbre, mis en pièces et en petits morceaux, plus encore dans le cimetière de Priscille que dans lea autres hypogées des diverses régions suburbaines, est démontrée par l'histoire et par les témoignages monumentaux. Et puisque les sarcophages de marbre furent dans la nécropole primitive de Priscille, comme dans celle de Domitille, le rite et le mode de sépulture le plus ancien, spécialement pour les tombeaux les plus nobles, il est naturel que Priscille ou Prisca, Pudens, Pudentienoe, Praxède et les autres illustres fondateurs et hôtes du cimetière des Pudens, ayant été déposés dans des arches de marbre, ce soit sur ces arches qu*aient été déchaînés les premiers coups de la rage impie et sauvage, de la bestialité de ces ennemis des Romains et de tout ce qui leur était cher et saint. »
Le pape Jean !•' (523-526) renouvela le cimetière de Priscille sur la voie Salare, écrit son biographe et contemporain, dans le Liber Pontificalis. Après le siège de Rome par Vi tiges et une nouvelle dévastation des cimetières en 537, 538, le pape Vigile renouvela en gémissant ce qui avait été détruit f porte l'épigraphe citée plus haut. Et de même après la prise de Rome par Totila et sa reprise par Narsès, le pape Jean III (560-573), dit son biographe, aima et restaura les cimetières des saints martyrs. Nous n'avons aucun renseignement particulier sur les restaurations faites par ces deux papes au cimetière de Priscille. Mais la déposition en 554 de Vigile, mort en Sicile, dans la basilique de S. Sylvestre, ad S, Marcellum, parait être, non sans raison, à M. de Rossi, « l'indice que quand il répara les dommages faits par les Goths, il prit, avec un respect et une dévotion spéciale, soin de la sépulture et des reliques de son ancien prédécesseur, » de S. Marcel, dont « il fit peut-être la translation des cryptes à la basilique, t D'autre part, le pont Salare, voisin du cimetière, détruit par Totila, puis refait et pompeusement inauguré, avec une épigraphe solennelle, par Narsès, nous indique assez que le cimetière eut sa part des restaurations nouvelles. « C'est au temps de Vigile ou de Jean III, après les violations et les profanations des tombeaux faites par les Goths, qu'il me semble plus vraisemblable, ajoute M. de Rossi, d'attribuer le placement des reliques des martyrs (Félix et Philippe, et un groupe d'anonymes) sous Tautel majeur de la basilique de S. Sylvestre. » Les pèlerins topographes du VII« siècle nous montrent ces reliques transportées là des cryptes souterraines, ce qui, vu le respect des tombes, si sévère, si invétéré chez les chrétiens, vu leur inviolabilité sanctionnée par les lois civiles elles-mêmes, n'a pu être que la suite de circonstances majeures, c'est-à-dire de catastrophes.
La basilique de S. Sylvestre, qui s'élevait au-dessus du cimetière et de ses cryptes primitives, servait de rendez-vous aux pèlerins, si bien qu'au huL tième siècle le cimetière est appelé cœmeterium S, Silvestri *. En 962, on montrera encore l'église de S. Sylvestre, placée dans des lieux déserts.,, hors de la porte Salare *. Depuis il n'en est plus fait mention, sinon qu'à la fin du
« Lib, Pontif., in Hadriano h ' Marini, Papiri, p. 4&,
APPENDIC8 78S
eeiziôme siècle, Bosio signale, dans la vigne dé Cuppeis, des ruines qu'il conjecture bien être celles de « l'église du cimetière, appelée par quelques uns de S. Sylvestre. » Ces ruines ne laissaient pas la moindre trace, quand des fouilles, exécutées en novembre et décembre 1890, sont venues mettre à nu les fondements de la basilique et de divers mausolées ou tombeaux qui l'environnaient, ainsi que de divers tombeaux renfermés dans son enceinte même.
Suspendons un instant l'histoire du cimetière de Priscille depuis les ravages des barbares, pour contempler, au septième siècle, et au dixième encore, ces précieux monuments. Il a fallu, hélas ! en enfouir de nouveau les restes. En voici le plan publié par M. de Rossi en septembre 1891 :
JUO.
■1.11 iVi ^ ■
7i6 APPiyoïcB
it L'églife centrale A» dit M. de Rossi, est un quadrilatère, i trois neft.
Bile parait être construite d'une manière anormale et peu régulière, parce que Tarchitecte a profité des murs d*une fabrique préexistante, divisée en chambres, dont il reste encore, sous le plan de l'église, les murs de sépara* tîon et les pavés de mosaïque à cubes de pierres noires et blanches, au fond des tombeaux que le pavé de la basilique recouvre. Ainsi la bordure a, en cubes noirs sur fond blanc, appartient^à une de ces chambres, subdivisée depuis par de petits murs élevés sur le pavé antique en mosaïque, pour la construction des tombeaux de ceux qui ont été ensevelis sous l'étage du temple sacré. Les murs marqués par les traits les plus forts sont ceux de la fabrique antique, dont le plan était à un niveau inférieur du plan de la basilique. C'est pourquoi il en reste assez pour reconnaître le mode de construction, qui fut tout en briques, avec peu de chaux entre les lignes de briques, comme dans les fabriques de ce genre des bons temps de l'Empire. Les murs marqués par des traits moins forts sont ceux de la basilique, des chambres environnantes et des petits tours de séparation des tombeaux construits sous le pavé. La construction des murs principaux est très irrégulière, mêlée de tufs, de fragments de marbre et de briques ; il n'est question, toutefois, que des fondements de l'édifice 'et non des murs s'élevant au-dessus de terre. Les canaux b, couverts par des tuiles inclinées, qui se sont trouvés ensevelis dans le nouvel édifice, recevaient l'eau de la pluie et des gouttières de l'édifice antérieur et conduisaient cette eau à la piscine limaria {faite paur clarifier Veau) 5, changée depuis en crypte sépulcrale, sur les murs de laquelle porte la nef de gauche de l'église supérieure. En somme, la petite basilique de S. Sylvestre fut construite en adaptant à son usage et en transformant la maison superposée à l'hypogée des Acilii. En d'autres termes, la maison rustique du domaine des ÂcUii Glabriones, c'està-dire le prétoire de leur villa, devint l'oratoire et l'église centrale du cimetière de Priscille *. »
Nous parlerons plus loin de ces illustrissimes Acilii Glabriones et de leur hypogée, dont la découverte a précédé et amené celle de la basilique. Achevant de parler de celle-ci, disons qu'elle n'existait probablement pas en 327 : une inscription céméteriale portant cette date a été trouvée sous un lucemaire, existant au point i de l'hémicycle de gauche, bouché lors de la construction de cet hémicycle et réouvert dernièrement par les fossoyeurs. Un graphite de 375, qui parait postérieur à ces changements, nous indique qu'elle existait à cette date. L'épitaphe d'un lector de Palacine, l'église de Saint-Marc, érigée par le pape de ce nom, successeur, en 336, de 8. Sylvestre, cette épitaphe, datée de 848 et appartenant au cimetière sur-terre qui enveloppait la basilique de S. Sylvestre, semble bien indiquer que la basilique existait déjà. Le passage des Actes apocryphes de S. Sylvest|re où on lit que sa déposition fut faite c par son ordre dans le cimetière de Priscille », mérite donc d'être pris en considération, et M. de Rossi le prend ainsi, f Sous le pontificat de Sylvestre, dit-il, vécut et fleurit à Roipe Acilius Severus, consul en 323, préfet de la cité en 325, ami de Lactance, le célèbre rhéteur chrétien, le précepteur de Crispus, fils de Constantin. Dans l'examen
» BtiUêtiM, 1890, p. 107.
ÀPPBNDIOI ' 791
de la tgénéalogie des AciUi î'ai démontré lé ohrisiiatiisin^ de ce Severus et ■^ desqeoiiai^ce des Qlabrianes inhumés dans le cimetiôre de Prisoille. Syl« vestce donc, dans les premières a,nnées de ia Paix, choisissant pour sa sépuU ture le cimetière de Priscille, et, <[ans ce cimetiôre, l-endroit précis où las cryptes des Act^ii et les cryptes adjacentes fureot véaérées à Inégal des aaito tuaioes les plus augustes de Rome {limina scmeLortam), sanctionna de quelque manière la vénération due à ce martyrium ; et lui*méme probablement, «vao la coopération au au moins le consentement d'Acilius Severus, ti^ansfiDnaa en or&toire sacré public la àfOmm superposée à L'hypogée aciliea, où ief fidèles et les pasteurs s'étaient réunis ou retirés durant les persécutions. Il dédia la basiHque que nous venons de cetrouver, comme désignant le point le plus noble, le plus historique, le plus central de la très antique nécropole pciscillienne. £n ce même temps a dû être faite la noble décoration de mosaïques, de marbres, de colonnes dans l'bypo^ des Aciiti, ^ en partioulfer dans lia piscine diangée en une grande crypte : le tout ouvert é iU ^oération de^ fidèles et rendu faci-lem^nt accessible par Tiescalier, qui débouchait près de la tribune de la basilique et du tombeaq de S. 8yi[ves|«*e K >»
Ce que la Cappella Greca, Féglise du cimetière souterrain de Priscille, a été durant les trois siècles de persécutions, la basilique de S. Sylvestre le sera de pair, danp le cimetière syr-tcrre, aux siècles f^t^int^ enfin de la paix de TÉglise
Le tombeau de S. Sylvestre étajt sîjins aucun doute au chevet de la première abside de sa basilique, en c, l'autel devant être derrière, en face de la seconde abside occupée par le clergé. « D'abord, Sylvestre, pape et confesseur, t dit le pèlerin do 625-628, du manuscrit de Salzbourg, qui ajoute : « Et à ses pieds S. Sirice, pape. » C'est donc en d qu*ètait le tombeau de S. Sirice. f^e pèlerin poursuit : « Et du côté droit, Célestin, pape el Marcel, évoque, n In dexiera parte désigne-t-il la nef droite de la basiliique? Il est probable, les deux mentions suivantes de Philippe et Félix et de Crescention se rattachant à elle, et la seconde môme à son intérieur. Quoi qu'il en soit, le pape S. Adrien écrira à Char! e magne, en parlant du monunient où il voulait reposer près des papes martyrs Marcellin et Marcel : « Le pape S. Célestin décora de peintures inspirées par le troisième saint Concile (celui d'Éphèse) son propre cimetière *. » Ces peintures, où Nestorius était assez visé, représentaient le Christ, vrai Dieu, vrai homme, admettant au Paradis ses témoins^ ses martyrs et y appelant ses suivants, les fidèles. On y voyait un tableau de la Nativité, un de la Passion, un de TAscension, celui-ci avec le mot des deux Anges aux Apôtres, annonçant la descente du Cliristdu ciel pour le Jugement dernier. On lisait au-dessous :
Qvi natvm passvroque dcMTi repotisse patemas Sedes atcjve itervm ventvrvin ex aethere crédit Jvdicet vt yIvos rediens parit^rc^ve sepvlto3 Martyribv3 sanctis pateat qvûd J^g^A coeli Respicit interior seqvitvr si praemia Cbristi.
• ConcîL, éd. Mansi» t. XIII, p. SDl.
fc Celui qui croit que Dieu, étant né et ajant souffert, a regagné la demeure de son Père, et qu*il descendra de nouveau des régions célestes, pour juger, étant de retour, et les vivants et ceux qui reposent dans les tombeaux, voit comment, s'il s'attache aux récompenses du Christ, s'ouvre aux saints Mar^rs la cour intérieure du ciel. »
f Philippe et Félix et une multittide de saints sont sous l'autel majeur, y* poursuit le pèlerin. Il s'agit, avec nombre de martyrs anonymes, de deux des sept fils martyrs de la martyre sainte Félicité, tous transportés des cryptes du cimetière sous un autel qui, avec de pareils trésors, et sans doute avec un éclat correspondant, portait naturellement le titre de « majeur. » On pense avec raison qu'il était en /", dans l'édifice B, qui devait correspondre par une ouverture avec l'abside contiguê de la basilique A de Saint- Sylvestre. Les tombeaux dont on voit les traces dans cet édifice, montrent l'empressement qu'on avait à reposer auprès des saints martyrs. Les hexamètres suivants de S. Damase se lisaient près de l'autel ou devant, et ont été transcrits par les pèlerins à la suite des précédents, avec lesquels ils forment un seul tout dans les manuscrits :
Cvltores domini Félix pariterque PhiUppus Hic virtvte pares contempto principe mundi Aetberiam petiere domvm regnaque piorvm Sangvine qvod proprio XPI mervere coronas His Damasvs svpplex volvit sva reddere vota.
• Attachés au Seigneur, Félix et Philippe, égaux ici en vertu, a^-ant méprisé le Prince du monde, sont allés dans la demeure céleste et les royaumes des pieux. Puisqu'ils ont mérité avec leur propre sang les couronnes du Christ, Damase suppliant a voulu leur offrir ses vœux. »
M. de Rossi me disait, en mars 1888 : « M. Le Blant vient d'acheter un fragment de base de colonne poKant les noms de Félix et de Philippe, qui semble provenir de la base du ciborium de l'autel des Martyrs à la basilique de Saint-Sylvestre, et avoir été dérobé pendant les dernières fouilles *. »
Le pèlerin qui vient d'écrire : « Philippe et Félix et une multitude de Saints sont sous l'autel majeur, t ajoute : « et dans la crypte (m speluncd) Crescentius (lisez : Crescention) martyr. » L'escalier descendant à cette crypte partait de l'intérieur de la basilique, d'au-dessous de la tribune, sur le côté gauche de la nef centrale. On le voit sur le plan marqué par le chiffre 1. Les chiffres 2 et 3 indiquent un couloir conduisant de l'escalier à l'hypogée 4 des Adlii et à la piscine limaria 5, transformée par eux en une splendide chambre sépulcrale, vers le temps de la construction de la basilique.
Deux des trois monuments que nous offre notre plan, à gauche de la basilique de S. Sylvestre, renfermaient probablement les tombeaux des papes Libère et Vigile. L'épitaphe de Libère, en cinquante-quatre hexamètres, si même nous l'avons sans lacune — étendue sans exemple —, a été retrouvée
* Le dessin de ce fragment, où figurent encore les noms de deux autres des sapt fils de sainte Félicité, a été publié en mai 18S8 dans les Mélavge$ c^Archéo^ (ogie et cTHiitoire de l'École française de Rome, p. 294»
par M. de Rossi dans un manuscrit de l'abbaye de Corbie, maintenant à Saint-Pétersbourg. Document insigne qui montre combien S. Grégoire VII avait raison de restituer à Libère le titre de saint, et combien Bossuet a eu tort d'écrire : « Chute de Libère — Libère... de tout son pouvoir anéantissait la foi, omni ope infringebat fidem * ! »
* Defensio Declaralionis, 1. IX, c. 33. — « La chute d'un seul pape, quelque affreuse qu'elle soit.. , » Deuxième Lettre pastorale sur les promesses de VÈglise, 1701.— L'épitaphe de S. Libère a été publiée par M. de Rossi, dans le BuUetino de 1883, p. 8 et suiv., et dans les Inscriptiones Christianœ, t. II (1888), p. 83, 85. Voioi la traduotion de ce précieux monument :
« Combien grand avait été lé dévouement au Seigneur des parents qui engendrèrent un tel et si puissant confesseur, saint prêtre, colombe sans fiel, maître au cœur pur de la divine Loi !
« Naissant, tu fus reçu par cette Église, ta mère ; elle te nourrit avec dévouement, toi fils heureux, qui devais pour elle souffrir volontiers tous les maux. Enfant, tu as commencé à prononcer de douces paroles. Bientôt, d'un ton naturel et pieux, tu es devenu lecteur des Écritures, et ta langue a moins fait entendre les paroles de la loi que la Loi elle-même. Ton enfance appelée simple flit chérie du Seigneur. Aucune maligne tromperie n'altérait artificieusemeut le texte des pages en ton office exact et pur de lecteur. Adolescent, tu conservas la même simplicité de cœur, mûr d'esprit dans les ardeurs de l'âge, modeste, ami de la retraite, prudent, doux, grave, intègre, plein d'équité. Lecteur sans reproche, cette vie d'or fut la tienne.
« De là, jeune homme, tu fus, par ton mérite soutenu, créé diacre pour servir sans tromperie et d'un cœur pur et sincère Dieu dans la chasteté, l'intégrité, la pudeur, et pour être digne, après quelques années de cette vie de lévite sévère, de cette conduite juste et bienheureuse, d'être élu à bon droit et par un droit perpétuel, étant sans tache et plein de foi, à ce si grand siège où brille avec sérénité la splendeur du Christ. Tu y siégeras, avec ton âme pure, Pape immaculé, enseignant bien et saintement, toi fait Maître de par la loi céleste, la doctrine apostolique à un peuple vertueux.
« Quand tu donnais tes traités, qui ne pleurait ses péchés de nouveau? Dans un synode où tous les iniques sacrilèges sont confondus, la foi embrassée à Nicée triomphe après que, seul contre une multitude, tu as entrepris la lutte et, par la foi catholique, gagné tout le monde autour de toi. Ta voix sincère de combattant fut salutaire, disant : Je n'ai point peur de ceci, et je ne consens point à commettre cela.
« Ce fût là toujours la ferme constance de ton âme. Déchiré, arraché de ton siège, tratné au loin afin que, prêtre, tu voilasses de quelque noirceur ta face, que ta noble main portât faussement les Clefs émules du ciel, et que tu souillasses la figure du Seigneur resplendissante de lumière, voilà qu'une seule lutte véhémente ne te suffit pas. En sus, par l'exil, tu prends, martyr, le chemin des astres ; et parmi les Patriarches et les Prophètes révélateurs de l'avenir, parmi la troupe des Apôtres et des Martyrs puissants, trouvé digne avec cette troupe et placé avec honneur au milieu d'elle, tu es justement admis comme prêtre en la présence du Seigneur.
« C'est ainsi que par ton mérite une puissance si grande t'est concédée, qu'étant de la maison du Christ, tu tends la main à ceux qui souffrent, que tu chasses les démons, que tu purges et purifies ceux qui sont accablés de maladies, que tu rends les hommes saints et vigoureux par le nom du Père et du Fils, à qui nous croyons tous. Et lorsque nous voyons ce trépas éminent qui est le tieii, nous portons tous en nous l'espérance que nous serons tous bienheureux, nous qui avons suivi ton mérite et ta foi. »
Les «ftveâm, formsej g, g^ sont des sépultures de fidèles qvi, aux abords comme dans l'intérieur de la basrilique de Saint-Sylvestre; se pressaient 4 r^nvi auprès des tombeaux remplis de bénédictions des martyrs et des saints.
Tel est le spectacle qu'offrait au septième siècle la basilique de S. Sry4vestre, avec ses alentours. La création de cette basilique et la sépulture des Papes au cimetière de Priscille s'expliquent d'ailleurs très bien par l'histoire, pour six papes du moins sur les sept. En 303, durant la furieuse pêrsècuHion de Dioclétien, les cimetières qui appartenaient à la communauté des chrétiens étant confisqués, notamment le premier de tous, celjuî de Calixte, ou depuis un siècle on déposait tous les papes, le corpç du pape paanyr Marcelhn fut reçu par les j^cilii dans leur domainç de la yoie Ç^l^ire, pi:è4 de leur hypogée, dans la nécropole chrétienne des tepips apostolic^ue^. Com- P^g^on d'armes e* successeur de Marcellin, Marcel voulut naturQUwient reposer près de lui. Très lié avec tes deux,fiylvestre voulut de même reposer près d eux, et transforma la maison rustique des Acilii en basilique cémétériale. Lecteur et diacre de Sylvestre, Libère rejoignit pareillement Sylvestre; Sirice, ayant suivi Libère comme lecteur et diacre, d'après le début de son épitaphe, rejoignit Libère ; Célestin, diacre 4ç Sirice, rejpignit Sirice aussi. Quaqt à Vigile, mort en Sicile en 555, c'est probablement à une translation des reliques de S. Marcel qu'il doit d'avoir été dépp^é prè^ de S. it^rcçl^ tur la voie Salàre ^ .
Reprenons l'histoire du cimetière de Priscilie.
En 7&5, Astolfe assiégeant Rome, « les cimetières, écrit Le pape I^aul I»', furent démolis de fond en comble par les attaques impies des Lombards, qui, creusant divers tombeaux, même ceux des martyrs, et les ravageant avec impiété, dérobèrent les corps de quelques saints et les emportèrent avec eux *. » Paul !•••, dé§espérapt de pouv9ir réparer de telç désastres, prît le parti de transporter les corps des saints, des lieux ravages, dans les églises de la cité. Le 19 juillet 761, il transporta le corps de S. Sylvestre ^u nionas-^ tère fondé par lui dans sa maison paternelle, à gain^-Sylvestre in CQpite ^ Le catalogue des reliques, en forme de calendrier, gravé si|r marbre dans le portique, montre que cette église ne reçut alors aucune autre reliqpe du cimetière de Priscille. La paix étant rendue à Rome, le pape Adrien entreprit avec ardeur la réparation des sanctuaires et des cimetières suburbains. Il restaura sur la voie Salare le cimetière tombé en ruines, dé 5. Sylvestre, confesseur et pontife et de plusieurs autres saints *. » Cette restauration générale des cimetières, qui dut concerner les églises sur-terre plus que les cryptes, ne put en arrêter l'abandon et la ruine, peu d'années après la mort d'Adrien, nous trouvons les cryptes détruites, et les corp^ dep martyrs CQUtinuent à en être tirés et à être transportés dans les ^lises de Rome. Lç cimetière de Priscille est dépouillé de ses reliques les plus vénérables. Parmi les translations qu'on en fait, est celle accomplie par S. Léon IV (847-55
I Bulletino 1890, p. 119-122.
• Ep. XII, in Candi, éd. Coleti, t. VIII, p. 446,
I Liber Poniif. in PomIo.
^ Uber Pontif in Hadriano,
APPIOÏPICP TJtt
dans TégUse des Quatre^Sainte-Couponnés. Il porta là, des cîmetières, beaur coup de corps des saints qui depuis longtemps gisaient sam honneur^ inculta *. Dans le nombre, le biographe contemporain et un marbre gravé d'après lui, à la suite de l'incendie de la basilique en 1112, nous montrent un groupe de saints, jadis ensevelis dans le cimetière de Priscille, parmi lesquels sont Aquilinus, Aquila et Prisca. « J'ai exposé, dit M. de Rossi, dansleBulletino de 1867, les raisons et les cor^jectures qui me donnent la quasi-persuasioo que ce sept là les membres de la famille d'Aquila et Prisca ou Priscilla qu*pnt rendus célèbres les Actes des Apôtres et les Épltres de S. Paul et qui ont donn^ leur nom au Titre de TAventin plus communément appelé de Sainte-Prisque. »
Là, flnit pour plus de sept siècles l'histoire du cimetière de Priscille. Abandonné désormais, il va être oublié. Pomponius Lœtus et ses compagnons, les Académiciens, qui ont laissé dans une crypte du cimetière de Calixte leurs tristes preuves d'impies sectaires, y pénétrèrent sur la fin du quinzième siècle, et y écrivirent au charbon sur les murs leurs noms retrouvés par M. de Rossi, mais sans rien de plus. L'histoire littéraire moderne de cet ancien cimetière ne date vraiment que de 1590, où le flamand Philippe de Winghe en examina les restes sur-terre et sous-terre, et consigna ses observations dans un autographe que possède la bibliothèque de Bruxelles. Ciacconio et Baronius le visitèrent vers le môme temps et le reconnurent bien pour le « cimetière de Priscille. » Bosio et Ugonio y firent, le 28 avril 1594, une visite décrite par ce dernier dans son journal autographe conservé à la bibliothèque de JFerrare. Bosio décrivit et fit dessiner ensuite dans sa Roma sott^rmnea tout ce qu'on en connaissait alors d'intéressant. Fabretti, Boldetti, Marangoni, Bottari transcrivirent, aux XVII» et XVIII* siècles, nombres d'épitaphes tirées des hypogées chrétiens des deux voies Salare, sans distinguer celles appar^nant à celui de Priscille, Vers la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci, cette noble nécropole en vint jusqu'à perdre son nom. D'Agincourt ne la connaît que sous le nom vulgaire de Catacombe du Crucifix, pris d'une chapelle moderne voisine. Ce docte français y a dessiné de très nobles fresques oubliées par ses prédécesseurs, dont celles de la crypte appelée Cappella Greca par les fossoyeurs, et la mosaïque d'un arcosolium • « représentant peut-être des martyrs inhumés là. i Nous parlerons de ce « si précieux monument, » enfin retrouvé en janvier 1888.
En 1851, M. de Rossi entreprit l'examen du cimetière et de ses monuments visibles alors. Il publia en 1863, dans les Immagini scelle délia B. Vergine, en 1864, dans lel*" volume de sa. Roma sotterranea, divers résultats de ses études. Les fouilles faites cette année 1864 dans la grande basilique, dont fait partie la Cappella Grecc^y par la Commission d'archéologie sacrée et exposées par son secrétaire Profili, dans le Giomale di RoTna, et les découvertes faites près de là, de 1868 à 1870, de tombeaux primitifs intacts, protégés contre les dévastateurs par d'anciens murs de soutènement qui les cachaient, vinrent confirmer ces résultats, que M. de Rossi remit
» lAb. PonHf. in Uone IV.
» Histoire de l'art depuis sa décadence. Peinture, PI. IX; XIII, 16,
en 1880 sous les yeux du lecteur. En 1883, considérant comme « entièrement découvertes n les « cryptes in?ignes les plus anciennes » du cimetière de Priscille, celles de l'étage supérieur, il appliqua Targent qui accompagnait la médaille d'or à lui offerte par tout l'univers savant, le 24 juin 1882, pour le soixante et unième anniversaire de sa fête de S. Jean-Baptiste, aux fouilles de Tétage inférieur. 11 rendit compte de ces fouilles dans le Bulletino de 1884- 85. Il publiait en môme temps le plan de la partie primitive de Tétage supérieur, dont il donnera toutes les inscriptions anciennes subsistantes dans le Bulletino de 1886, paru en juin 1887. Le commencement de janvier 1888 est venu causer à l'illustre archéologue et à nous tous la plus agréable surprise. Les « cryptes insignes les plus anciennes » n'étaient point « entièrement découvertes. » Une crypte nouvelle est apparue, près de « la mosaïque » dessinée par d'Agincourt, apportant les plus piquantes et les plus ' décisives confirmations des origines apostoliques attribuées par la science et la sagacité du grand archéologue romain, comme par la tradition, au cimetière do Priscille.
Le 19 mars» après avoir fêté sous le patronage de S. Joseph les noces d'argent cardinalices de Son Éminence le cardinal Pitra, avec les RR. Abbés de Solesmes, de Ligugé et de Marseille, M. de Rossi nous donnait rendez-vous pour le lendemain en ce cimetière de Priscille, où le 16 mai 1871, il avait déjà conduit l'illustre Éminence bénédictine et moi-même. Pendant une heure, il nous résumait, avec sa charmante clarté et sa verve chaleureuse, ses vues sur le vénérable cimetière dont il nous montrait les trésors anciennement ou récemment retrouvés. C'est au retour de cette visite mémorable entre tant d'autres faites depuis dix-huit ans, plusieurs fois avec M. de Rossi lui-même, et me sentant sous la main les éléments essentiels d'une conclusion, que j'ai pu achever, à part quelques détails, l'étude entreprise sur l'église de ce cimetière, dite Cappella Greca, prise pour cadre d'une étude sur toutes les antiquités chrétiennes.
Après le complément, qu'on vient de lire, des faits historiques concernant le cimetièi^ de Priscille et intéressant aussi son église, il nous reste, pour achever l'illustration de la Cappella Greca^ à tracer et à commenter brièvement le tableau détaillé des monuments funéraires formant son entourage au premier siècle de l'Église romaine, en suivant pas à pas le plan topographique que M. de Rossi a gracieusement transporté de son Bulletino dans ce livre. C'est bien VÉglise des premiers-nés qui sont inscrits dans le ciely dont nons allons, à leurs tombes, reconnaître les citoyens, c'est bien la montagne de Sion, la ville du Dieu vivant, de la nation sainte ,dont nous parcourrons, sur les traces mêmes de S. Pierre et de S. Paul qui parlent ainsi ', le réseau des voies sacrées.
La région primitive du cimetière souterrain de Priscille se divise en trois sections, contiguês mais séparées, ayant chacune son escalier particulier, et marquées par ces trois monuments insignes, la Cappella dite Greca, la crypte de la fresque de la Vierge et du Prophète, l'hypogée des AciUi Glabriones.
f Hebr. XII, 22, 23 ; I Pet. U, 9.
La Section de la CAPPELLA GRECA.
Nous avons, le lecteur et moi, devant les yeux, le plan topographique publié par M. de Rossi et reproduit ici, la planche XVH, tirée du Bulletino Di Archeologia christiana, 1884-85 :
CAPPELLA GRECA. Que le lecteur remarque dans le couloir C, à gauche, un étroit passage, près d'un mur de soutènement teinté en noir, conduisant dans la galerie B. Ce passage était fermé et n'a été ouvert que par les fossoyeurs modernes. Il séparait la vaste région occidentale où en K 1 on trouve la célèbre fresque du Prophète montrant l'étoile de l'Enfant-Dieu, en face de la Vierge qui l'allaite, de la petite région orientale où la Cappella Greca porte le n« A^i.
La Cappella Greca était primitivement fermée du côté de la grande galerie souterraine A, et ouverte au côté opposé, au bas de notre planche, à l'abside rectangulaire qui, défoncée tout récemment, a fait reconnaître l'antique ouverture. La chapelle du cimetière avait cette entrée en face du sanctuaire; elle en avait une seconde latérale en 1, le mur, où les fossoyeurs modernes ont pratiqué l'étroit passage 1, n'existant pas. On y arrivait par l'escalier 2, débouchant dans la grande galerie A, et conduisant à la galerie B, et de là, à travers le passage 1, à une longue galerie qui avait lé sanctuaire en face et lui servait de nef. La galerie B était comme une nef latérale adjacente au sanctuaire et en communication avec lui, où le pontife et les fidèles s'entendaient sans se voir durant la célébration des saints mystères. Les femmes, séparées des hommes, étaient probablement ici, et les hommes, dans la longue galerie d'où on contemplait Tautel.
Aux côtés et au chevet de l'église étaient des galeries et des cryptes pour des tombes, lesquelles consistaient généralement en des sarcophages de marbre, dont on n'a retrouvé que de menus débris. La grande galerie A, d'environ douze mètres de long et quatre de large, après avoir été le quartier central assez visible de l'arénaire transformé depuis en cimetière, et un vaste atrium pour l'église, deviendra, au quatrième siècle une grande église souterraine. Elle apparaît alors bordée de chambres funéraires et de deux églises, la basilique A', crypte à laquelle a été ajoutée une abside, et la Cappella Greca, au fond du sanctuaire de laquelle une porte a été percée. L'entrée directe a été fermée par une niche, l'entrée latérale par une autre, l'auiel porté vers l'extrémité oppoiée, toute la chapelle retournée enfin. Parcourons une à une les parties si diverses de cette grande église, unique peut-être en importance dans les catacombes, en y recueillant précieusement
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les trop rares monuments échappés aux dévastations. Que ce soit en ayant toujours présentes à la pensée ces paroles de M. de Rossi : « Dans la grotte majeure {spelonca maggiore) les topographes du septième et du huitième siècle virent et signalèrent distinctement les tombeaux de Prisca, Pudentienne, Praxède, Symetrius *. »
I — A — « En 1864, la grotte majeure (A) produisit au jour le fragment suivant d'une très noble épitaphe sépulcrale écrite en lettres antiques, grandes et fort belles : ... ne ? RATINE ...AQ VI la? ... feci T. Cest, paraîtil, Tépitaphe faite par un Aquila ou un Aquilinus à sa fenmie, sa mère ou sa sœur ; et chacun comprend combien elle est importante et digne d'attention dans de telles conditions et circonstances de lieux, de temps et de souvenirs •. » Plus tard, d'ailleurs, un Aquilina apparaîtra près d'ici, en C. Une autre épitaphe retrouvée en morceaux, « de belle paléographie et de style pareil à celui de la plus ancienne famille priscillienne, > est celle d'une VLPIA HKLias? faite par son mari PRISCVS. Telle autre épitaphe du cimetière, dont les caractères et le style conviennent au temps des JuIob, des Claûdès, des Flaviens, des Ulpiens comme à celui des Antonins, celle d'un c( affranchi d'Auguste, préposé aux faiseurs de tentes, AVG. LIB. PRAEPOSITVS. TABERNACVLO nm doit être rapprochée des précédentes. Le métier des tabernacularH fût précisément celui d'Aquilà et de Tapôtre S. Paul lui-même. « La mention des faiseurs de tentes dans le palais des Césars, unique dans Tépigraphie des cimetières souterrains, se trouvant exactement sur une épitaphe de celui de Priscille, ne me parait pas, dit M. de Rossi, sa>is quelque relation avec les premiers fidèles qui exercèrent èet art à Rome, ou avec leurs proches descendants '. » Qu'on se rappelle, avec cela, que parmi les saints transportés par S. Léon IV du cimetière de Priscille à l'église des Quatre-Saints-Couronnés, figurent AqidUnus^ AqvHa et Prisca, ces deùx-ci étant considérés comme les coopérateurs de S. Paul. Est-ce le hasard qui a pu rattacher à ce cimetière, et au point même où nous sommes, tùus ces détails concordants pour nous montrer, noms, profes* sîon et traditions, les Aquila et Prisca du Nouveau-Testament? Gomment douter que nous touchions de près le lieu de leur sépulture?
Un fragment de sarcophage, faisant lire : PAVLI, trouvé près d*un graphite tracé sur un fragment d'enduit qui porte cette acclamation PAVLfi VIVES, Paul, vis ! nous présente un défunt portant le nom de l'Apôtre, et un sbuhait qui n'est peut-être pas sans alhisioki au mot de S. Paul : Je vis dans la foi au Fils de Dieu ^.
Dans cette « grotte majeure » on trouva encore en 1864 un fragment contenant en grandes lettres à pointes frisées : ... ISM .... CPR (tcmeUs martyribus.... hoc precor ?). M. de Rossi estima que c'était un fragment d'inscription damasienne originale ou restituée vers le temps du pape Vigile. Mais elle ne répond à aucune inscription damasienne transmise par les eopistes. Un fragment de l'épitaphe d'un notaire, probablement ecclésiastique,
« BulteHno, 1880, p. U.
• IM. p. 52-54.
• tbid. p. 28* - Galat. il, 20.
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d^, àix4iuit aaa» tràuTéô là ou auprès, faisait lire : .... N MAUTYRIBYC,, vis avec les martyrs, ou : pâte a toi,, o^^c les martyrs ; une ôpitaphe métrique : ... PETATIS ... VT VIVAT IN AEVVM, Demandez (ô martyrs!) •.. qu'il (U défunt) vive à jamais. C'est la preuve qu'on vénérait, qu'on invoquait ici dfts martyre Hélas 1 aucun fragment n'a livré un seul de leurs noms. Mais ne sont-ce pas Symetrius, Pnsca et Pudentienne méme^ qualifiée de martyr, 5. Patentiana martyr, par le topographe du VII* siècle î
Une épitaphe grecque d'un loculus, du type priscillien, mais non primitif, a donné la formule solennelle : ev EIRHNHy en p^ix, non primitive non plus^ Deux autres pareilles ont donné les noms de FÏILIX et de VALE riits, ou VALE ria ; une quatrième, en lettres grandes mais non belles, celui de Maximilla, femme de clarissime mémoire, c'est-à-dire de famille consulaire : MAXIMILAE C. M. P <: Ce qui est phis important encore, trois fragments d'épitaphes grecques, se rattachant à l'épigraphie priscillienne primitive, ont présenté deux Aurelius et un Flavius, et une épigraphe latine a présenté de môme un Aurelius Bràc (cdrns ?). Ajoutons que Boldetti a lu ici même, ou tout près, cette épitaphe aux trois noms, se rattachant à l'épigraphie primitive : P. AEUVS LVaVS *. Op sait qu'Adrieti était un JElius, Antonin un Auretixs;, Marc-Aurèle un ^Uus-Aurelius.
Sous le pavé on a trouvé des tombes, non de marbre, mais construites avec des briques et à toit aigu. Trois, briques ont Tempreinte PORTu LICtni,qui dénomme Marc-Auréle ; une d'elles porte la date de 164, troisième année de son règne; Une autre cellb de 159; une autre celle de 147; d'autres sont du temps environ de Marc-Auréle et de Commode'. Elles nous indiquent assez qu'ici il n'y avait plus de places pour les sépultures que sous le pavé, les parois étant pleines, quelques années seulement après le milieu du second siècle.
Passons aux cryptes qui entourent « là grotte majeure, w la grande église.
tr. — A' — Cette crypte k\ ornéfe d*une abside vers le teinps de la paîtdé rÉglisé, Ta été pareillement d'un revêtement dé marbre doni oh aperçoit les traces. Sous le revêtement, elle offre, placée en 1, T inscription suivantes-— une cavité ronde paraissant avoir contenu un médaillon — :
KHÏA O *OIBH
TH^IAANÀPûKA
rilTûNOCTNBlOC
KAIEAYTÛ
A Céta Phœb9 qui a aimé son mari, Capiton ion conjoint : {à elle) et à hUmême. Les lettres grandes et régulières, mais non ùe forme calligraphique, ne petmettent ps» d'assigner une date à cette épitaphe. Cependant le nom de famille Ceia, très rare, et le surnom PAcsfte, d'un usage assez antique
• Bullet., 1886, p. 155; 1880, p. 31.
• BUtUt., 1886, p 157-8.
1 ihi^ n liSÛ
• Ibid., p. m.
796 APÏ-ÉNDICB
chez les chrétiens et qu'on trouve même dans les Épttres de S. Paul (Rom. XVI, 1), répété plusieurs fois dans les galeries de l'arénaire du cimetière de Priscille, rattachent en quelque sorte cette épitaphe à celles de la famille primitive de Tépigraphie prisciliienne. » Ce surnom, Phœbe, de la diaconesse de Corinthe dont S. Paul écrit aux Romains fJe vous recommande notre sœur Phœbe, ajoutant : Saluez Pritca et Aquilames auxiliaires dans le Christ, ce surnom, rencontré ici à côté des surnoms Aquila et Prisca, précisément comme dans l'Épitre de S. Paul, mérite assurément attention. Le passage de T Apôtre jette sur lui un reflet apostolique qui saisit.
Sur le pavé et en place on lit cette épitaphe, de même diction que la précédente :
«p? HNHTH CEMNOTATH
xAI ^lAANAPû AoTKIC
O CTNBIOC
A Irénété (?) très digne, qui a aimé son mart, Lucius son conjoint. A cùté de sa femme, Lucius a placé sa fille avec cette épitaphe :
ATPHA- AOYKIAAA
TH PATKTTATH 0TrATPI
AOYKIC O nATHP
A Aurélia Lucilla, fille très chère, Lucius son père. « Lucilla tenant son surnom de son père Lucius, le nom de famille Aurélia a dû être commun à la fille et au père, qui fut donc un Aurelius Lucius. Le prénom Lucius est très connu pour avoir été employé comme surnom aux second et troisième siècle de l'Empire ^ »
On a trouvé, épars dans la crypte, trois fragments d'une inscription latine, unique dans l'épigraphie chrétienne. C'est la table des dépositions de différentes personnes d'une même famille, au moins certaines d'entre elles, avec
ces trois dates consulaires : 182, 228, 233 ou 269. On y lit M-qFILlAE-
EIV*, qu'il convient d'interpréter: ... de clarissime mémoire, jeune fille (q), sa fille, en se rappelant le C. M. F. ci-dessus de Maximilla. u L'album donc des dépositions, qui semble continué du second siècle au troisième, offrait les noms d'une famille et descendance presque certainement clarissima, c'està-dire consulaire, qui avait ses tombeaux et son hypogée spécial dans un des plus nobles centres du cimetière de Priscille. Qui ne songera aux Pudens et à leurs tombeaux ? Dans les lettres ATVS de la seconde ligne (du premier fragment retrouvé), ne devrons-nous pas peut-être reconnaître le reste de not? ATVS, nom d'un des fils de Pudens, qui a, dit-on, donné son nom aux thermes célèbres où fut le titulus Pudentis sur le Viminal ? » M. de Rossi qui a pesé pendant des aniièei ces pensées, les communiquant k ses
* Jbid.p.lh1.
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tmtBy les a livrées au public en 1888, quand il a eu perdu l'espoir de découvrir d'autres lettres de cette inscription propre à les confirmer où à les infir* . mer. Aucun souvenir n'étant resté de la descendance de Pudens vers la fin du second siècle et au troisième, aucune base pour attribuer des fils à Novat et À son frère Timothée, dont les thermes ont aussi porté le nom, le prudent archéologue se contente de soumettre avec réserve ces conjectures aux savants '•
Sous le pavé de la crypte <c furent ensevelis des sarcophages de marbre^ alors naturellement qu'il n*y avait plus de place pour les mettre au-dessus.» M. de Rossi en découvrit deux en 1881, et il me les montrait, le 14 décembre, Tun devant l'autre, au pied de la paroi de gauche. Le plus voisin, à cannelures droites sur la face principale, a le cadre pour le buste du défunt, clipeui, et le cartel, pour le nom, simplement ébauchés. L'autre, à cannelures en spirale, offre un buste viril dans le clipeus, deux cornes d'abondance croisées au-dessous, et, aux deux extrémités^ le Grénie du sommeil qui éteint sa torche. Ces deux sarcophages étaient, par l'archéologue, jugés du second siècle. Un troisième ne présente aucun ornement. Vers la fin du second siècle, cette crypte funéraire devait donc être au complet. ' Au fond de la crypte, en 3, c à l'endroit que nous appellerions de l'autel isolé, était irrégulièrement construit un tombeau fermé par une table, portant l'épitaphe d'une fidèle morte en 394, » celle d'Urama Aurélia Damnaf faite par Léonce néophyte. Sur les marges de la table était étendue la chaux qui scellait le tombeau. M. de Rossi y lut les restes d'un graphite : MARTYR. Il eut un rayon d'espérance de trouver le nom du plus illustre martyr inhumé dans la crypte. Vaine illusion I 11 finit par lire sur la chaux crevassée, croulante, maintenant anéantie : LOC VS MARTVRIAB d p XII... Place de Marturia dépoeée le XII,.. C'est la simple indication de la sépulture d'une autre fidèle à côté de ce tombeau *. On voit cependant avec quel empressement, plus ou moins discret, on recherchait, vers la fin du IV« siècloi Une place dans la mort auprès du saint ou des saints vénérés à l'abside de cette crypte.
Après ces documents nouveaux, nous trouvera-t-on téméraire si nous nous sentons fortifié dans les conjectures que nous ont fait proposer les indications des pèlerins du VU* siècle, et de plus en plus incliné à voir dans « la petite basilique revêtue de marbre » la « sépulture de Pudens, Pudentienne etPraxède»?»
m -* A" — Rien de nouveau sur cette crypte dont les restes de fresque rappellent le II* siècle.
IV — Al" — Même observation sur celle-ci, où d'Agincourt parait avoir vu à la voûte le Bon-Pasteur et les Saisons, du style du II* siècle environ, qu'il a publiés, t VI, pi. vi, 15.
V — A^ — Même observation. Chambre sans ornement. On y lit sur une plaque de marbre : 1864. C'est la date des fouilles et de quelques réparations.
^ BuUet. 1880, p. 30-31
• ÈulUUno, 1880, p« 19; 1866, p. 65.
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Vi -^ ▲▼ •-- Bléone ob«ervaition encore. Petite chambre, qai pcraii M» aficienne, toute revôtue de feuiUaget en stuc, dont on voit les restes.
VU — AVI — Église du cimetière, dite Cappella Greca. Depuis 1885, M, de Rossi a fait défoncer Tabaide rectangulaire, qu'on Toit sur le plan, faisant face à rentrée actuelle, ouverte dans le mur qui sellait primitivement de fond éi la chapelle. L'entrée primitive de la chapelle était par le couloir 1, fermé depuis par un mur ; et une galerie, fermée aussi depuis par le mur du foi^ de Tabside rectangulaire, servait de nef principale. La galerie B formait uqe nef latérale.
Les fidèles^ Juifs oaGieotils, maia Gentils ea gran/de maj(H*ité, étaient bieo reiMPésentés par ces Mages, peints à rentrée du sanctuaire, et vis-à-via Fautelf qu'on voit accourir, avec des pcéâents^ de Jérusalem à Bethléem vers r£nlant-UiQu qui» sur les genoux de la Vierge, leur tend les bras. Les trois Héhoeux délivrés de la fournaise par le Christ— lequel, sur une autre (re&fêa du cimietiére» vienL à leur secours en Phénix planant sur les flammes —, c^était un tableau d'autel bien naturel en cette cna^^lie easentietUemant fuséraine, .où l'Agneau de Dieu s'offrait spé&alement en sacrifice pour la délivrance des 4mes du Purgatoire. Ce tableau était à bon droit couronné par une lunette otfraat le Christ sous les traits de Moiae, qui fait jaillir l'eau de la vie éternelle et apaise la soif ardente des âmes retenues dans les flammes de l'expiation. Susanne en butte aux poursuites des deux infftmea magistrats, c'est-à-dire l'Église continuant la passion du Christ sous les persécutions des rabbins juifs et des proconsuia romains, Susanne condamnée sur leur taux témoignage, Susanne délivrée par Daniel, U Jugement de Dieu^qui les envoie au supplice qu'ils lui ont préparé; la résttcrection du Christ sous la figure de celle du paralytique, et peut-être de celle de Jonaa ou de Lazare; son ascension au ciel où, Bon-Pasteur, il reporte la brebis humaine perdue, et l'installe parmi les délices des quatre Saisons d'un éternel Paradis : c'étaient bien les sujets qu'il fallait représ^ter en ce lieu sacré où le peuple devait lire en images les articles de son Credo, et célébrer bien des fois dans le secret ces fêtes qui les résumaient, l'Epiphanie, Pâques, l'Ascension, la Pentecôte, jour de naissance, de gloire et déjà de combats mortels de l'Église. M. de Rossi, qui avait hésité sur le symbolisme de l'orante de la Cappella Greca, disait, le 20 mars 1888, devant cette crante, en présence des trois abbés bénédictins de la congrégation de Fjrance et de moi-même : « On est à peu prés d'accord que l'orante est Susanne. »
Quant au style des peintures de la Cappella Greca, M. de Rossi le qualifiait de <c style le plus classique, » d'un « art plutôt grec que romain ; » et, comparant les figures de ces peintures à des statues grecques, » il finissait sur ce mot : « rien de plus beau. » Ce n'est pas à Rome, en effet, c'est à Pompéi qu'on croit être en les regardant. Les protestants sont contraints d'avouer qu'elles sont du second siècle au moins ; et tel d'entré eux, chicaneur écrasé par l'évidence, leur a, de belle fantaisie, assigné, disait M. de Rossi, la date de Tan 170. C'est dire combien elles reportent le cimetière de Priscille et sa chapelle aux temps apostoliques et au berceau de l'Église romaine.
Postérieurement à ces fresques insignes, et à un intervalle de temps asseï notable, fut construite, en face de l'entrée de la chapelle, l'àbsidé triangulaire, où, le long des deux côtés, Obrimos déposa dans deux sarcophages
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000 cousin et condisciple Palladius et sa femme Nestoriané. Il fit peindre dans la conque les deux ôpitaphes grecques qui feront appeler par nos fossoyeurs Cappella Greca la chapelle tout entière.
Déjà peut-être cette chapelle a subi une transformation radicale. L'entrée, qui était latérale, est fermée par un mur et portée au fond du sanctuaire percé par une ouverture cintrée ; l'autel et la chaire quittent leur place, consacrée par tant de souvenirs augustes et que l'entourage fait exprès des ' admirables fresques semblait avoir fixée à jamais, pour ^venir à une abside rectangulaire opposée qui coupe la galerie formant nef. Qui a pu causer cette étonnante transformation ? Elle s'explique avec la tombe d'un martyr placée ici et devenue l'autel : elle ne s'expliquerait guère autrement. Or le pèlerin du VU» siècle, qui était à l'hypogée où nous sommes, a vu, près de l'escalier de sortie, quando exeas, d'un côté la crypte de Pudentienne et de Praxède, qui est probablement la petite basilique ci-dessus décrite, de l'autre, celle de Symetrius et de Prisca, qui alors ne peut être que la Cappella Greca. Le prêtre Symetrius, martyrisé vers le milieu du second siècle, ayant été inhumé par Praxède chez qui il avait été saisi tenant une assemblée chrétienne, on comprend qu'elle lui ait consacré cette chapelle, en reportant l'autel à l'abside construite pour son tombeau. La vierge Prisca mar^isée près d'Ostie, entre 275 et 283, sera inhumée en ce cimetière par le pape S. Eutychien ; on comprend aussi qu'on ait fermé la seconde entrée de la Cappella Greca pour y établir son tombeau non moins précieux. Symetrius se trouverait ici et Prisca là, que la raison de la transformation de la chapelle resterait la môme. Le tombeau d'un martyr a pu seul, ou je me trompe, être cause de la grande transformation qui est sous nos yeux '
Le pèlerin du VII- siècle, qui a lu SimUris le nom de Symetrius,' nous montre, d'aïUeurs, que ce nom était écrit en grec SYMMHTRIC, et conservé encore, en original, paraît-il, à cette époque *.
A la fin du IIP siècle ou au commencement du IV% la Cappella Greca présentait l'aspect que nous lui avons vu avant 1885. Elle formait une croix grecque irrégulière, l'ancien sanctuaire, devenu la nef, précédant le nouveau & trois absides. Au centre des absides s'élevait une sorte de dôme, portant un lucemaire. M. de Rossi nous signalait, le 20 mars 1888, «des femmes orantes très belles à la voûte. » Il écrivait l'année précédente : « Le cubiculum à trois absides, fut lui aussi orné de peintures, non encore publiées Sur un fond rouge furent tracés des ornements et des figures, dont il reste des parties notables. Au pied d'un des quatre angles de la voûte, ouverte au miheu et terminée en puits de lucernaire, on voit Noé dans l'Arche de bon style, mais de style différent de celui des pein.ures insignes du cubiculum rectangulaire. Celles-ci paraissent plus anciennes que celles du second cubù
i • M. de nosni BUUet 1880, p. 27. ~ « Je ne tiens pas compte, dit M. de Rossi. des briques sigUlées déposées dans la Cappella Greca, parce que leur provenance est variée et incertaine, due aux décombres et aux ruines des cryptes A - A"
^''il"^'.^^''w°'^'' ^^' *'"^''^ *"*'^'' ^" '««*^» ^^^^P^ "« petit nombre, sont sorties des fabriques ci^essus mentionnées (à propos de la grande église A fabrique, du !!• siècle) et des Qceanw majores e/pria. Aug. Z AufiSimU paraît être Murc-Aurôle). • Bullet., 1886, p. 159. ^^ ^
800 '^ appêïTdicb
culum à trois absides : elles n*ont môme aucun rapport avec les épîtaphes grecques d'Obrimos qui inhuma des personnes à lui chères sous Tabside de droite *. »
Ces peintures de la Cappella Greca ont été retouchées au moment du remaniement de la chapelle. Les trois Hébreux dans la fournaise, détruits sans doute ou endommagés par le percement de la porte, ont été peints non plus ' à fresque, mais à sec, le personnage qui de l'autre côté de la porte étend la main vers eux, restant seul de la fresque primitive. Des additions de détail ont été faites à la paroi où Susanne est entre ses criminels assaillants et le Christ : un grand globe rouge, près du pied droit du Christ et d'autres moindres paraissant rouler au-dessous, que j'ai vus en 1870 et 1871 encore et que présente la photographie faite précédemment, ont disparu sous le lavage que m'a dit avoir fait le capo-fossore, Valentino. Ayant cherché, pour ne rien omettre, à reconnaître et à interpréter ces additions aujourd'hui effacées; je n'ai pas entendu donner à des apparences plus de certitude que de raison.
VIII — B — « Dans la crypte B, dit M. de Rossi, nous avons retrouvé les morceaux barbarement concassés & coup de massue d'un très grand sarcophage, orné de creux en spirales, avec des figures drapées d'un art antique, mais non de celui des sarcophages chrétiens '. i
IX — I — Entre les chambres A"' et A^^, au point 1, une ouverture fait pénétrer aujourd'hui à un second et plus récent étage. Parlant de cet étage, hfi. de Rossi écrivait en 18tt3 : a La preuve que les Pudens se sont fait inhumer dans ce cimetière m'est fournie par un titre qui s'y trouve encore aujourd'hui à son étage inférieur. C'est l'empreinte du cachet d'un Pudem FeUx plusieurs fois répétée sur le ciment qui scelle im loculm. Ces deox prénoms accolés l'un à l'autre, conviennent merveilleusement aux descendants des Cornélius, puisque Cornélius Sylla fut le premier parmi les Romains qui s'arrogea le surnom de Félix et qui le transmit à sa postérité, et les Pudens chrétiens passent pour appartenir à la gens Comelia *. > Bn 1885, il écrira, rappelant ce qu'il a dit dans le BuUetino de 1880 : c Là, je démontrai que les cryptes rendues insignes par les tombeaux des martyrs historiques et des pontifes, et visitées aux siècles de la paix de l'Église, paraissent avoir occupé deux étages, les plus anciennes étant dans l'étage supérieur, les plus récentes, contemporaines de la persécution de Dioclétien, dans l'étage inférieur. Les premières sont entièrement découvertes, et j'en rendrai compte en son lieu. Elles se trouvent dans le groupe principal des galeries de l'arénaire transformées en cimetière : c'est le petit coin de sépulture très antique des fidèles primitifs de l'Église romaine. Le plan de la partie complètement déblayée de cette archaïque et très noble région de la nécropole de Priscilie est tracé dans la planche VII- VIII (celle que notre lecteur a sous les yeux) : le groupe des cryptes que j'appelle historiques est indiqué sur ce plan par la lettre A {celle qui marque la grande église itant la Cappella Greca est devenue l'appendice A^). Au point K, 6 de la planche un lucernaire d'une ampleur extraordinaire traverse l'étage supérieur et éclaire l'étage inférieur... Le lucernaire étant ouvert et les terres retirées
• BulleL de 1886, paru en juin 1887, p. 154.
• Bullet. 1886, p. 150.
• Itnagini scetk délia b, Virgine, p. 17*
APPBNDICB 80t
flu-dessous à une grande profondeur, nous nous sommes trouvés... dans un vaste carrefour... De la ligne centrale, garnie d'une série d*arceaux construits à de réguliers intervalles, qui soutiennent la 'poussée des longues et hautes parois taillées dans le tuf, partent plus de vingt embranchements de chacun des deux côtés, tous encombrés do terre *. « Boldetti qui en 1715 descendit là par « un escalier très profond, sous une voûte de construction en grande partie détruite, » aboutissant immédiatement à gauche & une chapelle, au fond de laquelle on rencontre à droite cette voie centrale rectiligne, dit que la voie est « longue de soixante-treize cannes, » c'est*-^ dire de 163 mètres, 082 * — 22 mètres seulement de moins que Saint*Pierre de Rome.
Le 22 mai 1885, M. de Rossi nous conduisait, M. Edmond le Blant et moi, dans cette région retrouvée, où le déblai du grand ambulacre lui avait rendu deux des quinze inscriptions relevées par Boldetti de 1715 à 1720, année de la publication de ses Osservazioni sopra i cmiteri di SS, martiri. Ayant fait placer une lumière à l'extrémité de l'ambulaore, il nous mena* geait le merveilleux spectacle d'une galerie de 504 pieds. Il nous dit que la récente découverte de cet étage inférieur, postérieur à celui du dessus, venait fortifier sa thèse, portant sur tout un ensemble d'indices, que la partie primitive du cimetière de Priscille représente le siècle chrétien allant de l'an 60 à l'an 160. Cet étage lui apparaissait plus ancien qu'il ne le pensait d'abord : il date du second siècle.
En octobre de cette année 1885, M. de Rossi publiera les premières notices de cette importante découverte, et 23 inscriptions appartenant à cet étage. Aucune n'est de la belle calligraphie de la partie primitive de l'étage supérieur; aucune n'est tracée, comme tant d'inscriptions là, au minium. Mais, signe d'ancienneté, l'ancre y apparaît seule, sans le poisson ; et l'épitaphe, en très belles lettres, profondément gravées en deux lignes sur une brique : EYCARPE — IN DEO, avec l'ancre debout, la pointe en bas, doit être rapprochée de l'inscription insigne, conservée au musée de Marseille, des martyrs Qui vim ignis passi sunU dont l'ancre est absolument semblable, et dont « la nomeiclature, le style, la paléographie font un monument du second siècle, • avait écrit en 1864 M. de Rossi '. Avec une hy relia PRISCILLA, ces inscriptions nous présentent, d'ailleurs, l'ancre et le navire, comme marques de sépultures chrétiennes, et «sur un loculus, l'initiale du nom du Christ, qui est un signe cruciforme en même temps, X. i> Voici l'épitaphe :
KAPA MNHMONEYE MOY X *
que je traduirais : Cara — Souvient-toi de moi, Christ, Christ ! La défunte
* BuUet,, 1885, p. 59, 60. Le luceraaire, dit-il ailleurs, « centre et principal carrefour du prodigieux système de galeries de l'étage inférieur. » BuUet 1836, p. 124.
* La canne architectonique est de 2 m., 234 mil.
* Roma sotterranea, t. I, p. 98. — Bullet. 1884-5, p. 63.
^ Ibid. p. 62. ~ « La initiale del nome di Gristo e segno cruciforme X* » c'est précisément notre théorie du Signum Christi, confirmée par ce document et les . paroles de l'illustre maître, p. 67.
dira répMe dans la tombe TinTocation du bon larron sur la croix. Un graphite présente ailleurs deux Xt Tun sur l'autre pareillement, traversés de ri, et qu'il faut lire : Christ Jéiut, Christ Jésus. L'épitaphe de Marcianus, de Tan 268 ou de Tan 279, nous a déjà présenté cette marque chrétienne. Le Monogramme constantinien, le X traversé du P, n'a pas été rencontré dans la partie explorée de cet étage inférieur. Les tombes « vues jusqu'à présent sont antérieures au quatrième siècle et aux dernières années ou dixaines d'années environ du troisième ». » Mais le second siècle se trahit, comme M. de Rossl l'indique assez en parlant de l'épitaphe d'Eucarpus, et comme il nous le disait résolument sur place.
A ce moment, vers la fin de mai 1885, il allait écrire : « Au fond d'un des cètés de la très longue voie principale, nous avons atteint déjà l'escalier par lequel est descendu Boldetti, et nous voyons les indices certains et caractéristiques des... cryptes historiques visitées par les topographes du Vil* siècle. » n espérait reconnaître dans une de ces cryptes celle du martyr du III» siècle, Crescention, visitée par un des pèlerins du VII« siècle, à sa descente dans le cimeUère souterrain, et in speluncâ Crescentius martyr. Mais cela ne lui faisait point songer à voir l'escalier de Boldetti dans l'escalier de sortie du pèlerin, quando exeas, cet escalier voisin de la crypte de Prisca et Symetrius d'un côté, de celle de Pudentienne et Praxôde de l'autre. Quelques lignes plus haut, en effet, visant évidemment le lieu de sépulture de Pudens, Pudentienne et Praxède, et parlant d'un plan (ici Planche rvu) qui, en comprenant la Cappella Greca, exclut l'escalier de Boldetti *, il a écrit : « Le cimetière de Priscille, à l'étage supérieur, et notamment daiM les galeries dont je donne aujourd'hui le plan, présente un très ancien petit cimetière (sepolcreto), slybc des cryptes insignes, des peintures et une double famille d'inscriptions gravées sur marbre et tracées en rouge sur des tuiles, qui est peut-être le groupe le plus abondant et le plus important connu jusqu'à présent dans la Rome souterraine pour établir sur des bases solides la chronologie des origines et du premier siècle environ des monuments de l'Église romaine '. j»
n avait écrit du reste, en 1880, venant de parier de la crypte de S. Crescention, où le Liber PontificaUs neus montre avec d'autres martyrs, le pape S. Marcellin : « Je viens aux deux autres cryptes illustres indiquées sous la basilique de S. Sylvestre par le plus précis des topographes, celui du manuscrit de Salzbourg. Ce sont V altéra speluncâ Sivec le cubiculum de Prisca et Symetrius près de l'escalier de sortie (quando exeas), et Valtera de Pudentienne et Praxède qui furent déposées près de leur père Pudens. A cette heure; c'est une chose très connue et rendue manifeste à tous ceux qui étudient et visitent la Rome souterraine que ces sépultures insignes doivent être placées dans la grande speluncâ de l'étage supérieur du cimetière, là
» « Le grand escaher qui traverse tous les étages est à la droite de qui regarde la crypte de S. Crescention et Thypogée des Aciiii, » m'écrivait M. de Bossi, le 12 décembre 1890. Nous verrons plus loin la place de cet hypogée et de cette crypte. Elle est approximativement vers la pointe d'un triangle ayant pour base une ligne tirée de la Cappella Qreca à la petite basilique M* de notre planche xvu*
APPENDICS 803
OÙ sont la chapelle dite Cappella Greca^ un cubiculum orné à l'origine de très beaux stucs en style classique, et une petite ôglise souterraine terminée en abside, voisino de Tescalier qui servait anciennement pour la fréquentation du lieu. M. Tabbé Davin, dans l'ouvrage inachevé que j'ai cité, s'applique à reconnaître avec précision dans lesquelles de ces cryptes ou des cryptes voisines étaient les tombeaux de la famille de Pudens, et dans quelles autres étaient celles dos autres martyrs et saints mentionnéB par les topographes et d'autres documents. Les paroles du pèlerin du manuscrit de Salzbourg nous invitent vraiment à cette difficile reconnaissance : je ne veux point pour moi, quant à présent, entreprendre ce subtil examen et cette démonstration topographique '. »
Que le maître de l'archéologie sacrée nous permette de le remercier sur ces paroles, non de sa trop bianveillante prise en considération de nos simples conjectures, mais de son adoption de l'opinion que nous a fait émettre le quando exeas appliqué aux lieux, à savoir que nous sommes vraiment ici auprès des tombeaux « de la famille de Pudens, > du prêtre • Symetrius n et de la martyre « Prisca, » Symetrius au moins, & défaut de Prisca, aj'ant des liens certains avec cette famille.
Nous en avons fini avec le petit cimetière, sepolcreto, dont la Cappella Greca fait la gloire. Il était jusqu'à ces derniers temps séparé du sepokreto voisin par une clôture fermant, du côté de la galerie B, la galerie C. Parcourons ce second petit cimetière qu'a illustré la plus ancienne image de la Vierge-Mère, et l'une des plus belles qui soient au monde.
• BuUet 1880, p. 27.
La Seotton de la TIBRGB et du PROPBDâTTB.
L'escalier de cette section est « à l'endroit où notre Planche est interrompue en bas, à Tangle droit de la feuille placée vis-à-vis du spectateur ^ » On peut le voir dans le plan d'une partie de la région primitive du cimetière de Priscille, donné en 1864 par M. Michel de Rossi, page 32 de l'Appendice du tome !•' de la Roma sotterranea de son frère. Il est à gauche au milieu de la page, vis-à-vis la lettre A. Il débouche donc, à angle droit, près du coin gauche delà courte artère verticale non fermée qui termine notre Planche.
Ce second cimetière est triple de celui de la Cappella Greca^ que de proche en proche il finira par toucher, sans avoir jamais avec lui de communication souterraine. Signalons ses principaux monuments anciens. Nous en avons devant nous le plus riche trésor.
I. Entrant dans « l'artère K, » qui a son point de départ au pied de Tantique escalier •, » supprimons d'abord, afin d'avoir l'état primitif,- le puits ou grand lucemaire 6, ouvert pour éclairer « le centre et le principal carrefour de l'étonnant système de l'étage inférieur». » Interrompant l'artère, il occupe en partie trois niches latérales destinées à des sarcophages. Cette large artère tournante K, qui fut d'abord une galerie d'arénaire, et ses prochains appendices en M et L, ainsi que le voisinage de l'escalier, sont généralement garnis de niches destinées à contenir des sarcophages de marbre ou de grandes arches sépulcrales construites en maçonnerie pour recevoir plusieurs corps. A l'un de ces polyandres, M. de Rossi pense qu'il faut restituer l'inscription, semblable aux plus a»ciennes de Priscille, trouvée dans Fartère 1, qu'a faite pour cinq défunts, sa sœur, son aïeul (?), son père, son ft*ère, sa sœur vivante, Ghrysidis, et lui-même, « par la volonté de la même Chrysidis, » un <c.... affranchi de... Auguste, préposé aux tentes,.... AVG. LIB. PRAEPOSITVS. TABERNACVLORVM. Les tabemaculani domut Augufiœ formaient, en effet, une corporation, collegium. Cet officier de la cour impériale, « faiseur de tentes, » comme Aquila et Prisca, inhumés ici, et comme S. Paul, leur hôte, n'est peut-être pas sans lien avec eux, n'étant pas loin, d'ailleurs, d'être leur contemporain. « Et peut-être, ajoute M. de Rossi, est-ce au front d'un semblable arcosolium, plutôt qu'à un grand locului, que conviennent les deux tables de marbre de l'insigne épigraphe
• BuUeUno, 1886, p, 133.
s « Dal stto priacipio(d9 rartéreK}apiè délia antioascala,eto.»JNiUtfl<iio, 1886^ p. m.
d'Agapé) » dont le tombeau était dans cette artère K, proche de l'etcalier. L'épigraphe, du type priscillien, avec les lettres teintes en rouge, est privée de l'exorde qui rapportait, je n'en doute pas, plus ou moins textuellement, ces paroles du Christ : La, volonté de mon Père,,, est que celui qui voit le Fils et croit en lui ait la vie étemelle ; Et moi je le ressusciterai *. Elle continuait par ces deux strophes, où la défunte prend à la an la parole :
Dixit et hoc Pater omnipotens, cum (pelleret Adam) : De terra sumptus terrœ traderis hu(mandus). Sic nobis slta filia e(s)t Agape ; Christ(umque secuta?) Bis de nos septem annos eme(n)sa (resurget) : Hœc illi per Christum fuerat sic (plena senectus).
Bucharis est mater, Pius et pater est (mi). Vos precor, o fratres, orare hue quando Yeni(tis) Bt precibus totis Patrem Natumque rogatis, Sit vestrœ mentis Agapes carœ mçminisse, Ut Deus omnipotens Agapen in sœcula servet <.
« Le Père tout-puissant dit aussi, quand il chassait Adam : Tiré de la terre, tu lui seras rendu pour y être inhumé. C'est ainsi que notre fille est déposée ici ; et, ayant suivi le Christ, elle ressuscitera, après avoir accompli une carrière de vingt-sept ans, qui lui avait été, de par le Christ, une pleine vieillesse.
— Bucharis est ma mère. Pie est mon père. Je vous en prie, ô mes frères, quand vous venez prier ici, et que dans des oraisons en commun vous invoquez le Père et le Fils, ayez dans l'esprit de vous souvenir d'Agapé qui vous fut chère^ afin que le Dieu tout-puissant sauve Agapé dans l'éternité, n
Cette inscription romaine où l'on voit si bien la raison de la représenta- , tion dans les catacombes de la chute d'Adam et d'Eve, auteurs de la mort comme le Christ l'est de la vie, et la prière publique qu*on y faisait pour les morts, prend place à côté des inscriptions grecques d'Abercius à Hieropolis, de Pectorius à Autun et de l'inscription latine d'Bvelpius à Gésaréc de Mauritanie, en tète des rares épigrammes chrétiennes des trois premiers siècles. Peut-être prime-t-elle, pour l'antiquité, ses célèbres rivales, celle même d'Abercius, de l'an 160 environ*.
* Bulletino, 1884, 5.
* On trouvera plus loin les inscriptions d'Abercius et de Pectorius. Voici, traduite, celle d'Evelpius en quasi-vers :
Cette aire auprès des tombeaux a été donnée par un partisan du Verbe,
Et la chapelle a été construite entièrement à ses frais.
A la sainte Église il a laissé cette Mémoire.
Salut, Frères, au cœur pur et simple I
Evelpius vous salue dans le Saint-Esprit. VÈglise des Frères a rétabli cette inscription de M, A, S, âeverianus homme elarissime, composée par Asterius — (Corpus inscriptionum latinarum, Berolini, i. VIII, pars post, 1881, n* 9589. — L'original est au musée d'Alger).
806 APPENDICB
Les grands sarcophages, presque tous ornés de strîgiles en spirales, sans aucune trace d'art chrétien, n'ont donné que ce reste d'épitaphe élégamment gravé sur le listel :... TVS. IN DEO. In Deo, c'est in Christo qu'on rencontre à chaque instant dans S. Paul : c'est la traduction du Signe du Christ^ msu^ quant le front des fidèles, et, sous diverses formes, leur tombe. C'est le plus ancien exemple de cette formule assez ancienne, qu'aucune des épitaphes priscilliennes primitives n'a présentée encore, mais dont celle de Modestina a donné l'équivalent et l'interprétation certaine avec son A Q. De petits sarcophages furent placés plus tard sur les grands. Il« nous font lire : memORIÂB. a IVLI ^XVPERI. EQR. A la Mémoire de C Julius Exupère^ chevalier Romain; IVLIAe MATRi dulClSSimae, A Julia,mère très douce; DORMtiioni POMP. TER eniiani,,. SCAmsîwt, à la dormition (au repos) de Pom-
peius Pomponius ? Verentianus ? très cher ; dORMITIONI... ISIDORAE,
A la dormition d'Isidora; rfoRMlTIoni... O. IVC , A la dormition de
Jucundus ? ; DISIDIo.... amBROSIo.... Mo FAV^^nwS FILIVS ET SABINV5 PARENS B. M. F., A Desidius,,., Ambrosius.,.. bien méritant Faustinm son fils et Sabinus son père ont fait; ... aEMlLIC... Emilicia? AVRELÏA. Remarquons que la formule solennelle « A la dormition, » d'où est venu le nom de cimetière, dortoir, est d'usage sur les plus anciens monuments des catacombes.
^ Aux sarcophages et aux arches succédèrent les loculi, La paroi K 5 offre les premiers et les seuls jusqu'au carrefour KL*. Elle en est toute garnie. C'est de là probablement que vient cette épitaphe en lettres du type priscillien primitif, peintes en rouge, qui avait été précipitée à l'étage inférieur par le lucernaire : « ... INIANÛ AAEA*Û PATRYTATÛ, A Lic{?) tnwmw. frère très chéri. En bas, le dernier loculus présente en place, sur une plaque de marbre, en lettres grecques bonnes, mais non du type primitif, l'épitaphe latine de BARBiuiENE faite par sa mère BAKXTAAIC, Bacchuiis, nom grec féminin très rare, rappelant Bacohus et les Bacchantes. L'avantdernier loculus conserve de sa clôture une brique marquée DOMITIANA MAIOR, cachet souvent répété sur les briques de la région la plus ancienne du cimetière. Une palme, rappelant le Phénix et proclamant la résurrection, y a été peinte en rouge. Un fragment de brique, errant dans cette galerie, offre de môme la palme. Près de K 4 des fragments de tablette réunis ont donné cette épitaphe du type primitif: G. IVL. CHRYSOGONVS. P. ET. AVR. HELiAS M. C. FRVCTVOSO FIL. D. D., C Julius Chrysogonus, son père, et Aurélia Hélias, sa mère, ont donné (cette sépulture) à C. Julius Fructuosus, fils très doux. Ce genre d'abréviation^ D. D. dulcissimo dédit, se retrouve dans l'épitaphe du même type trouvée entre 1 et K : .... VAL. F D .... hera? CLES P F., à Valerius fils très doux, Héraclès? son père a fait,et dans les inscriptions de l'épigraphie primitive, remontant au I»' siècle, du cimetière voisin, d'Ostrien. Jules Chrysogone est probablement le fils de celui dont le nom figure dans l'épitaphe suivante trouvée dans la galerie K, qui est du môme type, mais en lettres plus grandes et plus parfaites : C IVLIVS
' Dans les alentours du puits K 6, M. de Rossi a pourtant trouvé, en 1851, sur un marbre à son poste, cette épitaphe latine en lettres grecques, qui ne sont pas, H est vrai, du type proprement priscillien : A Antifftme, mwi tris dout.
APPENncs 807
CHRYSOGonta CONIVX ET AELIA .... aMICA CAECIDIAB CABTAB
FïDeliisimae benemeréNTl Fecerunt, C. JuUus Chrysogonus son époux et Elia ... son amie ont fait à Cecidia ... chaste, très fidèle, bien méritante.
L'espace K 1, 2» 3 présente, en 2, une grande niche arquée, depuis res« treinte par deux pilastres de renfort, qui contenait un sarcophage ; tout le reste est pour des locuU portant les indices d'une haute antiquité. Presque en face de la grande niche, en 1, est le loculus le plus important de toute la région primitive de Priscille. Il domine toute une série de loculi étages jusqu*au sol, auxquels des loculi nouveaux, qu'on vient de découvrir, ont été ajoutés, en prolongeant la série au-dessous du sol même, à une époque déjà très ancienne. Un arc le recouvre et ombrage en quelque sorte tou^ ces étages de morts. A droite, penché sur eux, est un Bon-Pasteur entre deux arbres fleuris; à gauche — un fragment que j'ai vu à terre me le fait croire — était un autre Bon-Pasteur : c'est le Christ rapportant au Paradis sa brebis retrouvée des Juifs, sa brebis retrouvée des Gentils, et disant : Il y aura un seul bercail et un seul Pasteur. Sur la retombée de l'arc,. à Tangle de droite, on voit la Vierge allaitant l'Emmanuel, et devant elle un prophète, Isaie, montrant l'étoile qui est au-dessus de la tète de TËnfant, et sa lumière éclairant ceux gui sont assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort. A côté, à l'extrémité droite du loculus, est un personnage faisant un geste à une famille^ père, mère, enfant, qui, à. 1 extrémité gauche, élèvent les mains, glorifient Dieu : c'est le Christ, à mon avis, annonçant, dans Isaîe leur délivrance aux captifs de Babylone, et symboliquement, leur résurrection aux morts. Le loculus est vide. M. de Rossi, ayant trouvé, au pied de cet insigne monument, d'un art classique et de la plus grande beauté, deux fragments d'une plaque cémétériale, donnant, avec une troisième qui errait près de là, ces deux noms : [VCRetius cresSCES^ écrit : « les très belles et très grandes lettres (peintes en rouge), prototype de la calligraphie priscillienne, de cette épitaphe semblent tombées proprement du loculus le plus insigne, orné de peintures et de stucs. > Le nom de famille Lucretius se retrouve deux fois ailleurs dans la partie primitive de Priscille, Le surnom Cresces, qui se retrouve une fois, est la forme grecque de Crescens que présente la seconde Épltre de S. Paul à Timothée (iv, 10). Un autre fragment de la même calligraphie, mais d'un module un peu moindre, a été rencontré en cet endroit. Le dernier loculus^ au pied du mur, fermé, moitié par une plaque de marbre, moitié par une brique sans inscription, fait lire sur cette brique en place la marque de fabrique : ex prœd domini, n. aug , à l'enseigne du chien. Une brique pareille glt près de là. L'Auguste des domaines, prœdiQy de qui elle vient, est un des Antonins. »
Pendant qu'on faisait un mur de renfort près de la paroi que domine le loculus de la Vierge et du Prophète, a eu lieu, vers la fin de 1887, « une découverte tout-à-fait inattendue et d'une grande importance pour la date chronologique de ce point et cette peinture insigne. Nous avons, dit M. de Rossi, trouvé que le plan primitif et actuel de la crypte, d'où l'on peut apercevoir régulièrement les petites figures peintes en haut de la paroi, près de la voûte, fut anciennement abaissé pour faire place à d'autres loculi sépulcraux. Tout ce plan fut alors transformé en un vaste escalier descendant à la profondeur de 1 mètre ôû, et à des galeries creusées à ce niveau.
A cette profondeur on perd de vue la peinture, qui appartient ainsi manifestement à Tétat primitif de la crypte. » Or, les épitaphes des nouveaux loculi « appartiennent toutes aux deux groupes ou familles les plus anciennes du cimetière... Beaucoup sont peintes au minium sur des tuiles; d'autres sont gravées sur marbre en lettres les plus belles du type classique que j'ai appelé priscillien. Le creusement fut donc exécuté durant la première et la plus ancienne période des excavations et des sépultures dans la nécropole; et la peinture, faite antérieurement, et assez antérieurement, comme il est probable, à ce creusement, n'est pas des derniers temps du noyau primordial et central du cimetière do Priscille et n'appartient pas aux derniers travaux qui y ont été faits. »
Donnons les inscriptions relevées dans l'escalier et les galeries. Les tuiles peintes au minium offrent les suivantes : CAECILIANO ... — ancre renversée, PAX TECVM VALERIA, ancre couchée, palme — AVRELIA IRENE ... VICTORIA * - IVLIA PROFVTVRA .... - IVLIA .... vniGO ANNiMA siMPlex — palme, fortvntvs — ALEXander, ancre renversée — .... OYPBIKA — SILVINfA — AAEIC (Lais) .... - GRHVFO (grypho)oCTAVIVS .... - FOR .... — et//YCES • — ancre, PAX TECVM - EIPHNH, ancre couchée sous le nom — eîprîvT) COI ACxXHIIic ... Paix à Un Asclepius .... Une des tuiles porte la marque de fabrique : PRIMITIVI DOMITIa? Lucillœ. Un marbre en place fait lire : SYNBIO ET BENE MERENTI, A son conjoint et à lui bien méritant. Des fragments de marbre, gisant sur le^ sol, offrent ces trois inscriptions : FORTVNIVS ForfVNatAB COIVGI CXRisSmXe - QVINTIANV*.... FIL ? DVLCI^«mae ET St«.... Quintianus ,,.. à sa fille très douce et à lui-même — M IVL. E ..../iLIO... Un dernier fragment de marbre présente la moitié d'une ancre qui était isolée.
Le système général de la nomenclature, l'archaïsme du style épigraphique, l'ancre sans le poisson, la confrontation avec les épitaphes de la fin du second siècle et celles du troisième « démontrent que ce groupe d'épitaphes et de tombeaux doit être réputé antérieur au troisième siècle et même à la fin du second. On doit prêter une attention spéciale au nom de famille Julius répété trois fois et à celui d'Octavius, » Une Octavia, trois JuUus, deux Julia se voient ailleurs dans cette partie primitive du cimetière de Priscille. « Ce groupe, conclut M. de Rossi, de tombeaux creusés en abaissant le sol de la crypte ornée de la peinture représentant la B. Vierge, est évidemment la continuation, immédiate et sans notable intervalle de temps^ de la double série de loculi et d'inscriptions du noyau primordial et très ancien du cimetière.... Cette peinture nous apparaît donc, avec la preuve que donne un ^it matériel et palpable, comme étant antérieure au temps où durait encore la plus ancienne période des sépultures dans la nécropole priscillienne... Elle n'est pas des derniers temps, mais des temps moyens, sinon des origines de la période primordiale de ce cimetière : période que tant d'indices concordants et abondamment multipliés à cette heure nous disent
» M. de Rôssi pense qu'il faut lire Aurélia Irène et (Aurélia) Victoria. * Il est probable qu'un de ces deux surnoms appartient à OCtwius,
APPENDICIt 809
de circonscrira entre les trente dernières années environ du premier siôcle et les dernières du second. ' »
Reprenons notre parcours. Aux flancs de la niche 2 étaient des loculi, couverts en partie depuis par des pilastres. Celui de droite présente en place la moitié de sa plaque de marbre où fut gravée en lettres du type priscillien, coloriées en rouge vif, Tinscription latine-grecque : hiLa?R]ANo tlp^vU COI, A Hilarianus? Paix a toi, une ancre couchée étant peinte en rouge au-dessous. Cest la Paix de Diev ... dans le Christ Jésus, la Paix du Christ dont parle S. Paul*, Tancre étant le Christ, notre espérance. Derrière le pilastre de gauche, un loculus de la paroi 3 conserve en place quelques grandes et belles lettres des loculi les plus antiques. Au pied de cette paroi a été retrouvée par fragments la moitié de Tépitaphe grecque, gravée en belles lettres priscilliennes rouges, d'Antonia ou Antonina. Commençant par trois lignes en prose elle continue par un distique et un hexamètre, fragments, ce semble, d'une insigne épi gramme inconnue. « E^aov aou -^ï (voç ?) tlyl, Je suis de la même race que toiy dit l'auteur à la défunte, c'est-à-dire la race élue, fiwç hCksxxéy, les chrétiens qu'exalte S. Pierre ; et il ajoute : EKadOsov ô(iSp7](jia fipiii, tu as en partage un don qui te rend semblable à Dieu, selon le mot de l'Apôtre à ceux qui ont la même foi, tadrijjLov tc^otiv, que lui : les biens les plus grands et les plus précieux qui avaient été promis vous ont été donnés afin que par eux vous deveniez participants de la nature divine '• Ne nous étonnons pas de voir citer S. Pierre dans un milieu où nous allons retrouver si souvent son nom.
Avant de passer à la galerie 1, disons un mot de la crypte M' qu'on aperçoit sur la planche à droite de la galerie K, dont l'escalier y conduit par un détour. Ses murs paraissent être du quatrième siècle. Elle a un grand arcosolium à abside. « Aucun marbre gravé, dit M. de Rossi, n'a été trouvé là ; les murs sont nus de tout ornement ; aucun soupirail n'y a fait pénétrer la lumière. Supposé que cette crypte ait été visitée à la paix de l'Église pour y vénérer quelque insigne tombeau (ce que je ne crois pas) nous ne pourrions y reconnaître le cubiculum clarum des martyrs de Dioclétien. » Ce cubiculum de S. Ci^escention est ailleurs en effet. Ne nous arrêtons pas à cette crypte *.
II. L*artère I a été radicalement transformée au IV« siècle environ. Des épitaphes du type le plus ancien y sont donc mêlées à d'autres d'un type différent. Dans les premières, signalons ces noms : ...LA VIO, Flavius probablement ; . .CES, crescent ? appelant conserva (servant avec lui le Christ) son épouse Octavia ; BEoôUPA, Dieu-donnée ; mACARE, à bienheureux, exclamation adressée à un enfant; ... A8ANACI... Immortalité; a&A,^...
• Bulletino de 1887, paru en novembre 1889, p. 109-117. « Philip. IV, 7; Colos. III, 15.
•I Pet.II, 9;IIPet, 1,4.
♦ Bulletino 1886, p. 135. — Devant la crypte, en M, a été construit un petit escalier pour pénétrer dans le sol et multiplier les loculi sur la paroi du IV« siècle environ, qui fait face. Dans les intervalles de deux de ces locuUj des graphites, tracés sur la chaux, en grandes lettres curslves du type oncial, font lire î Verecundiano, Urbico, Ce sont les noms des défunts de ces deux ioculi.
810 APpma^icÉ
Immortel ou Immortelle : nOATNnH, souvent-nictorietae^ nom extrêmement rare ; çEIAOnATPOC, aimant-son-pêre, QVINTA, ^AIAODAIG, olnkme-fonfilSy sur un loculus à trois places; REnaTA^ Renée dans les eaux du Baptême; trois Aurelius^ près d'une brique errante de l'an 164 ; FLAVIA DONATA, près de BIRICIA ( Viricia) PRIMA, ma étant peint sur une brique de la />omitiana major; VIPRIA, nom très rare, qu'on lit deux fois à Pompéi, et qui est ici sur une ancre couchée; apoLLONIVS, avec la palme; BcoS? ÛPA, Tkeodora ? avec la colombe peinte en rouge comme le nom, exemple unique ; HlLARitas ; /iiLARITAS ; HlLAr.... ; BIBIA ( Vitna) ; doMITIA MASYNA; DVLCIS ;... CP(Claris8imiupuer?); CRESCES. L'ancre, couchée ou droite, domine dans cette galerie : une brique l'offre couchée sous FAX TECVM DATIVE, Donné (de Dieu ?). Vers l'extrémité 13 de la galerie, où finit Tarénaire, l'ancfe présente l'aspect cruciforme bien accusé ; et nous rencontrons là le monogramme )I(, le chi traversé par Ttote, faisant lire : Christ-Jésus, Un signe en forme d'étoile, semblable à ce monogramme, avait été mis par les potiers païens sur leurs briques dans les dernières années du premier siècle ; ils continuaient à le mettre au second : c'est dans la seconde moitié de oe «iècle, ce semble, qu'il apparaît ici, et qa'û apparaîtra encore en F, avec sa signification chrétienne.
La niche en 13 semble avoir contenu un petit sarcophage rayé en spirales, dont les fragments, recueillis en face, ont donné en grec cette inscription grayée au front en sept lignes' : <* Artoria, patronne^ à Euporia qu'elle a élevée ( 6 P E n T H ), très sincère, fidèle. Années 29, C'est la preuve que les enfants recueillis, les alumni si fréquents dans la partie primitive de Priscille, et dont un... <t«ant£# apparaît à cété, ayant inhumé sa jm^rona ...RIDI, Sotere (?), n'étaient pas simplement des enfants recueillis par les niUritoreSf mais presque tous des esclaves ou affranchis ayant des patronL
A l'entrée de la voie céméteriale partant de la galerie 1 3, une plaque de marbre teinte en rouge, aux lettres peu difl'érentes de celles de la table ftméraire d'une famille sénatoriale trouvée dans la basilique voisine delà Cappella Greca, a fait lire en latin : A Emilie f(emme clarissime?) sa mère,.. ^ Julie a fait Qu'elle ait le rafraîchissement et la pais: IN REFR.... PACEM. Cest là qu'a été trouvée, en deux morceaux, l'inscription du polyandre fait par le prœpositus tabemaculorum, La galerie 1 ne contenant pas de grandes niches on l'a rendue non sans raison à la galerie K. Il ne faut pas faire de même pour une autre inscription non moins importante, dont les fragments gisaient pareillement ici, et qui porte : TIT VS FLA — VIVS FE — LICI8S1MVS — POSIT VS, (Ici) a été posé Titus Flavius, Felicissimus. « La formule classique positus (non depositus) a déjà été lue par nous, dit M. de Rossi, sur des épitaphes (en H) des deux familles primitives d'inscriptions, dans les limites des galeries primordiales de l'arénaire. Les tria nomina de Titus Flavius Felicissimus conviennent à l'époque des affranchis et civitate donati des Flaviens Augustes et de leiu^ proches descendants. Il est probable que cette inscription sera tombée d'un loculus de l'artère droite 1, où en 1851 j'en vis les fragments dispersés et errants. » Deux épi taphes de la môme paléographie étaient ensevelies dans cette artère céméteriale, l'une présentant Vin pace, l'autre le Poisson, qu'on ne trouve pas sur les monuments primitifs. En beUea lettres, mais nnn du type priscillion, était aussi l'inscripUon grecque, avec les
noms mis à Taccusatif, de Pactumia Paula et Flaviçmus Olympiw % surmontant une ancre droite entre deux poissons qui viennent à elle, c'est-à-dire les deux fidèles qui s'attachent au CUrist, notre espérance. Les inscriptions, serait-ce un liasard ? répondent exactement au lieu, et nous montrent le passage de la première à la seconde époque du cimetière.
m. Les couloirs i, i', qui joignant i'ar-tère 1 à l'artère voisine H, petits de dimensions, sont très grands d'intérêt. Derrière le pylône i, défoncé au milieu pour découvrir les locuLi^ on voit une série verticale de Loculi: les uns sont anonymes, quatre ont des épitaphes '. En Uaut, sur deux briques, on lit en lettres rouges : VEKiC VNDVS^ Entre les deux parties du mot, sur la chaux quj joint les briques, a été ajoutée en rouge, d'uu type plus étroit et plus éiégant> la lettre M, traversée du signe d'abréviation — , et sui^montée Ue « la partie supérieure de TS tinale ^. » Elle occupe dans le nom du défunt, le centre d'honneur, la place oix on trouvera maintes fois plus tard le monogramme du Christ, u Après bien des années de prudente réserve et d'examen embrassant toutes les données de la question, je pi*ends sur moi de lire : VEKICVNDVS Martyr (Mapiu^), » écrit M. de Hossi, étendant cette interprétation de la sigie M a deux autres épitaphes que nous verrons prés d'ici. Au-dessous du tocutui de Véricundus est un locuttu sans nom, puis un autre avec cette inscription gravée, du.môillQur type :
AËLIABVS SfiRËNAË ET NOIUCAË
Coiotnèe FILIABV8 P1ENT1SS1MI8 Palme
P. AEL. NORICVS PATER POSVIT
A Elia Serena et Elia Norica, jutes très pieuses^ Pubiius Elius Noricus, leur père, a posé. « Notons, dit M. de Rossi, le prénom Publias joint au nom de famille Etius, adopté et propagé par ceux qui obtinrent de l'empereur Adnon{Pubtius Etius Adrianus, llî-148) le titre de citoyen romain ou la liberté. » Les deux épitaphes, peintes en rouge sur tuile : MAHCO K, à Mareus, mon fils — AOAliNa>fOC ErilPASiVC, Domninus qui a fait du bien^ viennent après celle des deux Elia, ces deux colombes montant au ciel avec la palme du phénix.
Sur la paroi en face 1 2 est une série de loculi intacts, dont quatre présentent du haut en bas ces épitaphes : SILVINA bOH, Silvina, ma sœur — ARSINOE — IIETPOC . PETRVS FlLl V8 AVSANONTIS * — S VSANNA. Le surnom d'Arsinoé, très usité en Egypte, assez rare dans l'épigi-aphie romaine, surtout chrétienne, est gravée en très belles lettres priscilliennes. Les trois autres épitaphes sont peintes sur brique, en lettres de belles formes semblables à celles des programmes électoraux à Pompéi '^. Le nom de la Susanne biblique, dont Thistoire est retracée à la Cappella Greca, nom porté
> Bullet. 1880, tav. II, 7, 6. - Ici pi. xi, 44, page 343.
* La tav I, du Bulletino de 1880, représente le pylône ouvert. » Bulletino, 1886, p. 171.
» Non a sanctiSf comme on avait lu d'abord. BuUeUnOy 1886, p. 171*
* Voir le fac-^imil^ de celle de Silvma, danti ie Buikwio de X681, tav* VII, 1.
812 APPRKTDlCtf '
par une des femmes pieuses qui, guéries par le Christ, l'accompagnaient avec Madeleine et pourvoyaient à ses besoins^ apparaît ici pour la première fois, et très heureusement. Il est doux et piquant de voir ce nom de Susanne ', de la figure par excellence de l'Église, placé au-dessous de celui, en grec et en latin, dans la langue de TOrient et dans celle de TOccident, du Chef de l'Église, de Pierre I Ce nom de Pierre, dont « Rome montre à peine quelques exemples isolés sur les tombes des quatre premiers siècles,» Rome va nous en offirir tout « un groupe, précisément sur les monuments de la première ou des premières périodes de ce cimetière qui servit à la sépulture de la domus Pudentis et de la paroisse des fidèles, comme nous dirions aujourd'hui, que nos traditions placent dans la plus intime relation de temps ou de souvenir avec Tàge apostolique et les premiers prédicateurs de l'Évangile à Rome *. » S. Denys d'Alexandrie écrira : • Je pense que beaucoup ont porté le nom de Tapôtre Jean par amour et admiration pour lui, et par un vif désir d'être aimé comme lui du Seigneur, de même que parmi les fils des fidèles beaucoup se sont appelés Paul ou Pierre *. » Un papyrus copte vient de nous révéler les anathèmes d'une païenne contre son fils qui s'étant fait baptiser avait diangéson nom de Petesar {Doa^'Osiris) en celui de Pierre ^. Nous trouvons, pour inaugurer les homonymes du Prince des Apôtres, deux l'ierre ici, car bien que le locultu ait été reconnu être d'un seul défunt, Pierre fili suppose Pierre père.
]Le couloir T offre sur des briques ces quatre épitaphes peintes au mîninin : FAVIS MYRO (Fabios Myros)), avec deux palmes croisées et l'empreinte DamUiana major sur une brique — APTËMIAOPOC, Artemidare — oNTONl, avec l'ancre couchée -- avIKHToc ? Anicei? Il offre, -gravée en lettres du plus beau type, l'épitaphe grecque: A Irène bienheureuse, Pamphile Theios a placé -^ l'épithète de bienheureuse, trouvée près d'ici sur la tombe d'un enfant, ne supposant pas le martyre; en lettres d'un type moins parfait, l'épitaphe grecque : Comelia Juliané à ComeUa Vera, son affranchie^ en souvenir; en lettres du premier type, l'épitaphe latine fragmentaire : A celle qui m'a
■ * Ajoutons ici la mention des représentations de Susanne que nous avons notées depuis notre travaiL Susanne n^us apparaît entre les deux vieillards, sur deux restes de sarcophages, vus par nous, le 28 novembre 1881, au petit musée de S* Calixte ; sur un sarcophage de Pérouse où, à droite du Christ assis, elle représente l'Église et fait pendant à Pierre qui est à gauche ; sur un sarcophage ds Tarascon(M. Le Blant, Us Sarcophages chrétiens de la Gaule, 1886, planche ix, 3); deux d'Auch (xxv, 1 ; xxxv, 2) ; un de Bagnols (xxix, 1) ; un de Toulouse (xl, t^ déjà signalé ici; un de Narbonne (xuv, 1); un d'Aix (lu, 1); un autre de Marbonne (xliv, 1} montre Susanne orante et les vieillards condamnés, comme fait un sarcophage d* Arles. Un sarcophage et une grande plaque gravée de Saint- Maximin présentent une orante, là entre deux arbres, ici faisant pendant à Marie ministre du temple de Jérusalem (lv, 2 ; Lvin), que nous croyons être Susanne* C'est Susanne aussi que nous voyons dans l'orante d'un sarcophage de Carthage récemment découvert (VUnivers, Revue liUéraire, février 1888), et dans celle d'un sarcophage de notre voie Salare qui vient d'entrer au musée du Latran, où il est sans rival pour l'antiquité. Bulletino, 1891, tav. ll-IIl.
< BuUet. 1884-85, p. 82.
i Dans Eusébe, Hist. Eccl VII, 25.
^ M Révillout, Cours de langue démolique H de droit Égyplien, 1883, p. Si^
APP8KDICB 81Ï
toujours beaucoup aimé? Furia..,, épouse bien méritante qui a vécu et a
passé avec moi xxx ans ; enfin, en lettres peu régulières, mais d'un type ancien, une autre épitaphe latine qui, brisée en menus morceaux par les barbares^ fait lire encore : Félicité^ épouse incomparable. Son époux Valère lui dit : Souviens'toi de moi, excellente (optimaj. Il a fait cette tombe ayec les très-doux parents de Félicité.
IV. — Nous voici dans Tartère H, que nous parcourrons de 12 à 1, en allant des tombes les plus anciennes à celles qui le sont moins. L'arénàire^ écroulée vers l'entrée de h^^, avait probablement à ses loculi les épita|^hes peintes en rouge sur tuiles : IVLIA — SABINA, et celle gravée sur marbre : OeOAOTH, Dieu-donnéef qu'on a trouvées en h}^ parmi des fragmente de diverses époques. Les JulU sont fréquents ici, et en allant de K à C par h'». La chambre h'"^ 1, avec son appendice postérieur h>^ 2, a été peinte à traits légers : le Bon-Pasteur est au centre de la voûte ; aux parois sont deux crantes, et une colombe qui vole vers l'une d'elles. Ces peintures^ qui aofnt anciennes, le sont moins que celles du loculus de la Vierge en K 1 '. Cette chambre est un premier appendice à l'arénaire. Le large couloir h>^> nous offre en 1, sur le loculus le plus élevé, une voûte ornée de stucs représentant de petits enfants assis et des encarpes d'un 8t3'le assez antique. Les épitaphes tombées de la paroi montrent, en belles lettres de gravure priBciUâenne, un Publius Julius Maron et un Claudius, rappelant les premiers Césars ; en lettres irrégulières, un Mumerius Aurelius Crescentiniu et une Aurélia; un ONHCIMOC, rappelant l'esclave Onésime que S. Paul convertit à Rome ; un AKEIAIOC KOINToa {Acilius Quintus) et une AKEIAIA M.... (Acitia M....) deux époux de la très illustre famille des Acilii, dont nous trouverons ailleurs l'hypogée, qui étendait jusqu'ici une de ses dernières ramifications. J'omete en grec Tryphon et Tryphainé, en latin Sotericus, Félicité^ PrimiliouSf et Grat.,.. dont la moitié du nom, pointe sur une tuile, est encore À son po«to» Un tombeau intact sous le sol nous fait lire dans une épitaphe, bien gravécr avec lettres peintes en rouge, mais moine belle que les primitives, les nonur' des époux StaHlius Moderaius et Statilia Phœbe '. C'est la seconde fois que ce nom de Phœbe, de l'Épltre aux Romajns, apparaît ici. Des fragments d'une grande table de marbre, aux lettres priscilliennes les plus belle», ont permis à la sagacité de M. de Rossi d'y reconnaître une imitation partielle de Uépigramme d'Agapé, comme en 216 fut imitée en Phrygie la célèbro épigramme de S. Abercius. Le nom de Marcia, sainte âme, a remplacé celvi d'Agapé, et les vers ont été transcrit ainsi comme de la prose :
DVLcESSIA ....
. ... vos precor o fraires, oRARE HVC QUAnrfo
venitis et precibus lotis Patrem Natumquo rÔGATIS SU vestrœ
mcnTIS SA{ncto aninwe) wieMINwE VT Dew*
omnijw^eNS wiARCIA IN ««CVLA SKrveL
Des fhkgments, mêlés aux précédents, de Tépitaphe métrique moins an-
i Aringhi, t. Il, p. 291, 293, Cubic. tert. cœmet. Priscillss; BuWef., 1886, p. 148. ' C'est ici peut-être que Boldetti a trouvé, au cimetière de Priscille, cette épitaphe très simple et antique (p. 386) : Statilib pbstivab comvoi fiOBussuiAF.
oiennç de Leaparda, font lire parcilloment : PETATIS.... setemVM VT VIVAT IN AEWM.
En 12 l'artère H garde sur le pavé, côté à côte, deux tombes avec ces épitaphes de la plus belle gravure priscillienne :