‹ Les antiquitez [sic] et chroniques de la ville de Dieppe [microforme]Chapitre 18 sur 61 · PE ER À · texte numérisé non relu

PE ER À

Eu au ddl re De ui à monts dl. ae 5

La ville de Dieppe, voulans témoigner son déplaisir après la mort de M' de Sigongnes et donner des marques de sa reconnoissance à cet illustre défunt, lequel, de même que fit autresfois Publicola, avoit aimé le peuple et deffendu ses intérests, fit célébrer ses obsèques à ses despens. Ce qui ne se fit pas toutesfois avec toute la pompe que l’on pouvoit souhoitter, à cause que M'de Saint- Jean, appréhendant qu’il n’arrivât du trouble entre les officiers de la jurisdiction d’Arques et ceux du bailliage de Dieppe, leur avoit fait défence de s’y trouver. Mais les juges d’Arques ne laissèrent pas de se pourvoir, et d’obtenir le règlement dont nous avons parlé l’année précédente.

Au reste, M' de Sigongnes estant enfant de Dieppe, aussi bien que son frère M' de la Renaudière, estoit d'humeur à rechercher les compagnies des habitans de cette ville ; mais il estoit tellement amoureux d’honneur et de gloire, qu'il se laissoit gouverner par ceux qui luy en donnoient davantage. Ce qui fut peut-estre cause qu’il fit des profusions immenses, lesquelles luy firent consumer (ainsi que quelqu’un a dit) (a) non-seulement les grands biens que son père luy avoit laissez, mais aussi ceux que sa femme luy avoit apportez, et que l’on a fait monter à vingt mille livres de rente. Néantmoins, une de ses filles fut mariée à M' de Monpipeau, de la maison de Mortemer, et l’autre se fit religieuse.

Charron dit de luy (b) qu’il estoit du nombre des seigneurs qui accompagnèrent le duc de Mayenne lorsqu'il fut défait à la bataille d’Ivry par le Roy Henri HIT, qui le connut bientosi après (selon que l’on pourra voir dans

(a) Le sieur Policien --/b) Le sieur Charron, en son Histoire universelle des Gauloië et Françots ous Henry HI!

les Mémoires de M' de Sully) (a) et luy donna enfin le gouvernement de Dieppe.

On a remarqué qu’il n’a augmenté les revenus de sa charge que par les congez de quelques bateaux qui furent privilégiez, et que, pendant qu’il laissoit goûter aux habitans les douceurs d’une paix qui fut d’aussi longue durée que le temps de son gouvernement, il vivoit dans les délices et s’occupoit à rendre le château et plus beau et plus commode. Car il y fit la clôture de deux chambres, ct la salle qui regarde sur la ville et sur une partie de la campagne, aussi bien que sur la cour du château. Il y fit aussi bâtir le corps de logis que l’on y trouve à main gauche, et percer l’épaisse muraille qui aboutit à la grande salle (dont nous venons de parler), à dessein de donner entrée en la grosse tour, où il vouloit faire la chambre ronde que son successeur rendit si belle et si agréable, l’an 1614, qu’elle mérita d’estre appellée la chambre du Roy.

Quant au sieur de Pontrincourt, duquel nous avons fait mention au commencement de l’année présente, il retourna en France à la fin du mois d’aoust (b), et, ayans fait équiper et fretter un vaisseau pour aller en Canada, sous la conduite (ainsi que le factum porte) du capitaine L’Abbé et du sieur Imbert, serviteur de M" de Pontrincourt. Depuis ce temps là, on a fait beaucoup d’autres équipemens dans le Port de Dieppe pour porter des secours en la nouvelle France, sous la conduite du sieur de May, du sieur de Caën, du sieur Emery, de Caën et de plusieurs autres capitaines dont je n’ay rien à dire, si ce n’est qu’ils retournèrent heureusement de leurs

(a) Au chap. 30 des Mémoires de M. de Sully. -- (b\ Le sicur Champlain, au 1 chap. da 3 livre de ses Voyages,

voyages, et qu’ils apportèrent un très grand nombre de bonnes marchandises, d’année en année, selon que l’on pourra apprendre, tant des relations qui en ont esté données au public, que du livre des Voyages du sieur Champlain (a).

La charge de Gouverneur de Dieppe ayant esté donnée à Messire François de Monceaux, gentilhomme de Picardie et seigneur de Villers-Houdan, il vint en prendre possession dez le 29 jour d'avril. Il fut reçeu dans Dieppe par les huit compagnies des bourgeois, et salué par les descharges de l’artillerie du château du fort du Pollet et des navires du port. Et le lendemain, ayans fait lire ses lettres en l’'Hôtel-de-Ville en la présence d’une grande partie de ses habitans, le syndie, qui avoit eu charge de luy faire quelque remonstrance, luy fit la lecture de celle qu’il avoit écrite. Mais ce nouveau Gouverneur, dont l'esprit estoit aussi pénétrant que son expérience estoit graude jugeant que les eschevins vouloient le prier de les laisser dans l’authorité de leurs anciens prédécesseurs, leur fit voir qu’il n’estoit pas moins considérable que les autres Gouverneurs. Pour cet effet, il obtint du Roy une commission pour faire revoir et examiner tout de nouveau les comptes des deniers d’octroy de la ville, et le sieur de la Haulle, en vertu de cette commission, vint à Dieppe, le 9 de mars 1612 ; mais les comptes de M'° de ville ayans esté bien et dûment rendus, il en partit satisfait. Mons’ de Villers-Houdan n’oublia pas cependant à se faire pourvoir de l'office de vice-amiral de Normandie. Dez lors qu’il en eut obtenu des lettres de provision, il alla en la jurisdiction de l’amirauté, et, s’estans assis en

(a) Le sieur Champlain, là même.

mie

la chaire du juge, il se fit recevoir selon les formes ordinaires, mais je doute si ce fut cette année.

Au mois d'avril, M' Renard, M'° des Requestes, et le sieur Jean-Antoine de Saint-Simon de Courtomer, commissaire de l’Edit de Nantes, vinrent à Dieppe, où, après plusieurs contestations, ils ordonnèrent, le 13 jour de ce mois, que le cimetière des prétendus Réformez seroit augmenté de soixante perches de terre aux dépens de la communauté de la ville, ou bien (comme M. Dablon a dit,) aux dépens du Roy. Mais les Religionnaires ayans esté traversez par M! le lieutenant Soyer et par M' de Grèges, propriétaire de cette terre, ne purent en prendre possession qu’au 13 de février de l’année 1613, après avoir obtenu trois arrests du conseil; et ils ne le firent clorre de fossez qu’au commencement de l’année 1614, tellement que ce cimetière, qui avoit eu son commencement l’an 1600, fut rendu cette année aussi grand et tel que nous le voyons de nos jours.

Les catholiques de leur part, prenant le soin de leur cimetière de Saint-Jaques, y eslevèrent cette année 1612 la belle et grande croix de pierre qui est près le pied de la grosse tour de cette église, et celle de bois qui avoit esté placée en cet endroit là fut transportée et plantée Sur la plus haute arche du grand pont, où, depuis ce temps-là, la ville a toujours continué de mettre une neuve de temps en temps, pour marque de sa piété et de l’honneur qu’elle porte à ce signe salutaire. Comme cette croix de pierre estoit grande et bien travaillée, et ornée et enrichie d’images fort bien dorées elle contribua en quelque manière à la solennité de la feste suivante.

Mons’ le comte de Soissons, Gouverneur de la Normandie, s’estans mis en chemin pour venir à Dieppe,

dAS PRET 10 2

ananas mosnsnte-nr rs fé ER

Page 1