‹ Les antiquitez [sic] et chroniques de la ville de Dieppe [microforme]Chapitre 17 sur 61 · RP ST CR · texte numérisé non relu

RP ST CR

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(selon le sieur Champlain) (a) Josué Flesché, surnommé le Patriarche, lequel avoit jusqu'alors baptisé en diverses fois plusieurs personnes, que l’autheur du factum a fait monter au nombre de quatre-vingt, à qui il avoit imposé les noms de Leurs Maiestez, des princes et des princesses, et de plusieurs seigneurs et dames de la cour.

Pendant que les Dieppois faisoient ce voyage, lequel a esté aussi avantageux à l’Eglise, à l’Estat et à nostre ville, qu'il a donné lieu aux grands progrez que l’on a fait depuis dans le Canada en toutes les manières, dont les relations qui en sont venues font foy, le sieur Pierre de Saint-Prix, ou (comme dit un autre) de Saint-Paix, gentilhomme gascon, escuyer et sieur de Saint-Jean, vint à Dieppe au mois de mars (selon que porte un mémoire) et il y prit possession de la charge de lieutenant du château, en ayant esté pourvu par la Reine mère, après la démission que M’ de Vaulsay en avoit faite.

Au temps de ce changement de la charge de lieutenant du château, plusieurs libelles furent semez par la ville contre l’honneur de M' de Sigongnes. Mais il ne s’en mit pas beaucoup en peine. Ce qui l’affligea davantage fut une fièvre dont il fut travaillé diversement chaque jour jusqu’au mois d’avril, qu’elle devint continue et redoubla ses accez avec tant de violence qu’il reconnut que sa maladie estoit mortelle, et qu'il falloit se disposer à sortir de ce monde; mais comme il vouloit que ce fut de la bonne manière, il se réconcilia avec plusieurs bourgeois qu’il avoit traittez avec trop de sévérité, parce qu’ils s’estoient bandez contre luy en faveur de M' de Cusson, et il tascha d’obtenir de la miséricorde de Dieu le pardon de ses péchez par un sensible regret et une syncère

(a) Le sieur Champlain, au chap. ! de la 3 partie du Livre de 8es Voyages.

confession, et par tous les autres devoirs d’un bon chrestien et d’un véritable fidèle. Si bien que, s’en estant aquitté, la mort, qui le pressoit, le priva de la vie, et luy fit rendre son âme à son Créateur, le 16 jour d’avril, dans le bâtiment qu’il avoit fait construire au château, selon que nous dirons incontinent.

La veuve de cet illustre défunt ayant fait ouvrir son corps, on reconnut que deux grosses pierres qui furent trouvées dans ses reins, en forme de deux rochers, avec plusieurs autres plus petites, furent la cause de sa rétention d’urine, de sa fièvre et de sa mort.

Son corps fut exposé, la face et les mains découvertes, et assis sur le lit où il avait expiré, et la liberté de le voir ayans esté donnée aux habitans de la ville, ils ne manquèrent pas de monr'er au château et d’y faire des prières à Dieu pour le salut de son âme, jusques au lundy en suivant, qu’il fut porté dans la chapelle de Nostre-Dame de la paroisse de Saint-Remy, et enfin enfermé dans le sépulchre de son père. Depuis, on a eslevé dessus sa statue, qui le représente en la posture d’un homme qui prie Dieu à genoux et qui est couvert de ses armes, non pas toutesfois de pied en cap, car il a la teste et les mains nuës, et ses gantelets et son casque sont posez derrière sa représentation. Au dessus de ce tombeau, on voit cet épitaphe sur une pierre de marbre noir:

CHARLES-TIMOLÉON DE BEAUXONCLES, CHEYALIER SEIGNEUR DE SIGONGNES, ROCHEVEUX ET SAINT SIMON, CAPITAINE DE CINQUANTE HOMMES D’ARMES DES ORDONNANCES DU Roy,

VicE-AMIRAL DE NORMANDIE, GOUVERNEUR POUR SA MAIESTÉ DE LA VILLE ET CHATEAU ET CITADELLE DE DIEPPE, LEQUEL Y DÉCÉDA LE {6 D'AVRIL.

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