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corder la demande de M' de Villars, lui dit qu’il estoit François, et qu’il verroit que l'Espagnol estoit le véritable chef de la Ligue en France (a).
Comme il n’en falloit pas davantage pour exciter en l’âme des Dieppois une aversion extrême de ces sentiments et de ces desseins de ceux du parti de la Ligue, aussi en eurent-ils, dez lors qu'ils en furent informez, une si extrême indignation, qu’ils se préparèrent à leur faire une vigoureuse résistance, et mème à les poursuivre et les attaquer incessamment et dans toutes les rencontres qu’ils en pourroient avoir, depuis particulièrement que quelqu'un d’eux eut sonné ce Boute-Selle (b) :
Brave jeunesse, effroyable à l'Espagne, Qui pour le Roy vous venez enrôler,
Il n'est plus temps de rien dissimuler ; Sus, que chacun son enseigne accompagne, Sonnez, tambours, effrayez la campagne, Fifres hautains, éclattez dedans l'air, Harquebusiers, faites tout esbranler,
Et le Piquier ses armes ne dédaigne ; Courez, entrez, à la brèche montez,
De ces Ligueux ne vous épouvantez, :
Remplissez tout de butin et de gloire.
Comme un torrent au milieu du danger J'ay fait ces vers pour vous encourager Et pour avoir ma part en la victoire.
Le temps de la trève estant expiré, les Dieppois vinrent bientost après des paroles aux actions. En effet, les sieurs de Monts, d’Allaigre, Fournier (1) et d’autres habitans de Dieppe se mirent en campagne et allèrent à
(a) Le Journal du sieur Estancelin. -- (b) Au commencement du Journal du sieur Estancelin.
(1) Sans doute l'un des ancêtres d'Adrien Fournier, curé de Saint- Jacques, dont nous avons parlé à la page 113 du tome précédent, et de Thomas Le Fournier, religieux bénédictin, l’un des auteurs de la continuation de Du Cange ct du Gallia Christiana. Moréri, VIT, 280.
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Périers, près de Rouen, et, ayans rencontré en cet endroit-là la compagnie du sieur Fonteine-Martel, donnèrent dessus et la mirent en déroute, après avoir tué quelques-uns de ses soldats (a).
Mais, le 9 jour de may, douze cents hommes, tant de pied que de cheval, estans venus se loger au village de Saint-Martin, distant de deux lieues de Dieppe (1), Monsieur de Chaste, qui en eut avis, sortit le même jour de cette ville, sur les cinq heures après-midy, à la teste de deux cent cinquante chevaux et de six vingt mousquetaires, qui estoient à pied et conduits par le sieur des Moulins, et alla jusques aux hayes de ce village, où les Ligueux s’estoient si avantageusement postez qu’il fut impossible de les forcer sans s’exposer à un danger très grand et très évident, ce qui fit qu’il se contenta de les harceler et de retourner sans aucun succez à Dieppe sur le soir du même jour. Le lendemain, les ennemis vinrent se loger à une lieuë de Dieppe, et mêmes firent avancer huit à dix de leurs chevaux jusqu’au village de Neuville, qui est au dessus du Pollet; mais Mons’ le commandeur de Chaste, ayant fait sortir 200 chevaux et trois cents harquebusiers (dont cinquante chevaux seulement se présentèrent devant les Ligueux, à dessein de les attirer plus aisément en la campagne), ceux-cy, bien loing d’approcher, abandonnèrent leurs postes, et allèrent au bourg d’Anvremeu, à trois lieues de cette ville, et au village d’Aliermont, où ils causèrent de grands dommages aux fermiers des Dieppois et à ceux qui tenoient le parti du Roy.
(a) Le même Journal.
4) Saint-Martin-en-Campagne, canton d'Envermeu.
D'autant que l’on avoit alors besoin d’argent, que quelqu'un a nommé bien à propos le nerf de la guerre, on tint une assemblée de ville, le 15 jour de may, pour trouver dix mille escus et les constituer en mille escus de rente. Cent des plus riches bourgeois de Dieppe soussignèrent avec les eschevins l’assurance qu’ils en donnérent. Toutesfois Mons’ le Gouverneur, voyans que la ville estoit dans l’impuissance de fournir une si grosse somme, se contenta d'envoyer en Angleterre le nommé Nicolas Gruren, lequel fut bientost après suivi des sieurs Nicolas Le Balleur et Pierre Martel, parce qu’un peu après son arrivée en ce pays-là, il avoit mandé qu’il estoit nécessaire d’y envoyer deux conseillers de la ville.
Cependant Mons’ de Chaste et Mons’ de Villars firent trève, mais elle fut rompue dès le 17 de ce mois, ce qui fit que M' de Chaste et les principaux de Dieppe tinrent, le même jour, une assemblée dans l’'Hôtel-de-Ville, en laquelle il fut arrêté que chaque jour, à huit heures du matin, on y tiendrait conseil sur les affaires publiques, en la présence de Mons’ le Gouverneur, de Messieurs de Ravetot, de Boudeville, de Longueil, des conseillers en charge, du syndic, du lieutenant Soyer, et des officiers du Roy.
Les ennemis, ayans formé des partis en divers endroits de la campagne, entreprirent de s’en rendre les maistres et d’incommoder la ville de Dieppe. Le premier dont M' de Chaste eut connoïissance fut celuy du capitaine La Chenaye, lequel s’estoit logé avec sa compagnie dans le bourg de Criel. Mais ce brave et vigilant Gouverneur, ne pouvant souffrir ses approches, sortit de Dieppe, sur le minuit du 20 de ce même mois de may, avec une pièce de canon, 200 chevaux et 200 harquebuziers à
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pied, la plr apart (1) conduite par le capitaine des Moulins, et le reste, qui estoit composé de plusieurs bourgeois, par le sieur de Saint-Martin, et alla les attaquer ; ce qu’il fit si brusquement que les barricades des Ligueux furent faussées, et eux obligez de se réfugier en des endroits capables (à ce qu’ils croyoient) de les mettre à l’abry du canon. Néantmoins, lorsqu'ils s’y virent pressez de prez et poussez à bout, ils se rendirent à la discrétion de ce redoutable Gouverneur, qui les amena avec leur capitaine-enseigne, et les traitta avec tant de douceur et de générosité, qu’il se contenta de leur faire prester serment de fidélité et de donner la liberté à ces prisonniers de guerre. Quelques-uns toutefois, ensuite de cette louable action, se firent enrôler dans les compagnies des sieurs de Montpellier, de Rufosse et Chevalier (2). Bien que le choq eut esté assez rude, les Ligueux n’y perdirent pourtant que dix hommes, et le sieur des Moulins un soldat seule:nent et un sergeant, nommé Picard.
Quelques jours après cette expédition, le sieur de Rufosse, gentilhomme Religionnaire, se mit en campagne, et marcha à la teste de sa compagnie vers le village d’Offranville et de Neumesnil, distans d’une lieue de Dieppe. Le sieur Fonteine-Martel et le chevalier Doche, frère du sieur de Villars, ayans eu avis qu’il s’y estoit logé, vinrent le trouver, le 30 de may, et ils le chargèrent avec beaucoup :le fureur ; mais Mons’ de Rufosse et ses Dieppois firent si bien, qu’ils soutinrent les efforts des Ligueux pendant toute la nuit, et jusqu’à ce qu’ils eurent mis le feu dans la grange où ce commandant s’estoit cantonné, car alors il fut contraint de déloger et de
4) C'est-à-dire La plus grande partie 2) Capitaines dieppois.
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s’exposer aux descharges des ennemis, qui le tuérent d’un coup d’harquebuse qu’ils avoient chargée de deux bales, le 31 de ce même mois. Le sieur Policien a remarqué (a) que deux autres perdirent aussi la vie en cette occasion. Mons' de Chaste, estant sorti avec 350 chevaux et deux cents hommes de pied à dessein de secourir ces Dieppois (b), leurs ennemis eurent avis de sa marche, et, ayans levé le siége, évitèrent sa rencontre par une fuite si précipitée, qu’ils n’osèrent lui tourner visage ni faire ferme, lorsqu’il se mit en effet de les poursuivre.
Le lendemain, premier jour de juin, on apporta à Dieppe le corps du sieur de Rufosse, selon un des mémoires du sieur Policien (c); il fut porté au cimetière des Religionnaires, estant précédé de sa compagnie et suivi d’un grand nombre de noblesse. Ce qui se fit sans murmure (dit-il encore) et fraya le chemin à ceux que l’on y enterra depuis. Néantmoins (selon le Journal du sieur Estancelin) (d) le corps de ce gentilhomme ne fut porté en terre qu'après la tenue d’une assemblée de ville, en laquelle Mons’ de Chaste, ayant proposé qu’il estoit question de donner la sépulture au corps de M' de Rufosse et remonstré à Messieurs les curez des deux paroisses, lesquels y avoient esté appellez, aussi bien que M° de Ravetot, que M le lieutenant Soyer, que le sieur Estancelin (autheur de ce Journal) et deux ou trois autres notables bourgeois, que le défunt avoit esté bon serviteur du Roy, et qu’il estoit mort pour le service de Sa Maiesté dans la rencontre qu’ils pouvoient sçavoir, et enfin, quoy qu’il ne l’eut jamais reconnu que pour hu-
(a) Le sieur Policien Religionnaire. -- /b) Le Journal du sieur Estancelin, -- {c) Le sieur Polic. Relig. -- (d) Le Journal du sieur Estancelin,
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guenot, pria la compagnie de résoudre quels honneurs on pouvoit luy rendre. Messieurs les curez répondirent unanimement qu’ils ne permettroient jamais qu’il fut mis en terre sainte. Quant à l'assemblée (selon le même Journal) elle approuva ce sentiment, et Mons’ de Ravetot dit qu’il trouvoit bon que le corps du défunt fut conduit par les soldats de sa compagnie jusqu’à la porte de la Barre seulement, et qu’il y fut laissé entre les mains de ses parens pour l’enterrer où ils voudroient, sans permettre que ce convoy allât jusqu’à sa fosse, de peur (dit encore Mons" de Ravetot) que nos ennemis ne voulussent estimer que nous fussions tous huguenots, selon qu’ils ont eu opinion, quoyqu’à tort. Et ensuite de cette résolution, on arrêta dans la même assemblée que les Religionnaires qui mourroient en leurs lits seroient portez sans convoy hors la ville pour y estre enterrez. Après tout, entre les blessez qui furent apportez à Dieppe, on trouva un soldat de la Ligue : on ne laissa pas pour cela de le panser avec les Dieppois, jusqu’au premier jour de juin, que la mort le guérit de tous ses maux.
Si le sieur Fonteine-Martel continuoit de battre aux champs, M' de Chaste ne cessoit d’observer ses démarches, à dessein de donner sur ses gens, ou pour les battre dans la rencontre, ou bien pour les empescher de se loger en des lieux desavantageux et incommodes à ceux de Dieppe, ou bien encore pour leur faire abandonner leurs postes, ainsi que le brave Gouverneur de cette ville fit le 8 jour de juin, qu’il alla au Bourdun, et y laissa la compagnie du sieur de Cusson, son lieutenant, sous la conduite du sieur Baron, lieutenant de cette compagnie.
Il est vray que les ennemis, qui n’estoient pas loing
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de là, vinrent le même jour dans le Bourdun ; mais, Mons’ de Chaste, en ayant esté informé par un député de la part du sieur Baron, il fit sonner la trompette à onze heures de nuit, et, au point du jour, il marcha vers ce lieu-là à la teste de sa cavalerie ; et les ennemis, en ayant eu avis, sortirent aussitost de leurs postes et allèrent audelà de la vallée s’y ranger en bataille. Mons’ de Chaste ne laissa pas de continuer sa marche, et ses approches causèrent tant d’appréhension à ses ennemis, qu’ils commencèreni à s’esbransler et faire retirer le reste de leur infanterie, avec tant de précipitation qu’elle laissa son bagage dans le Bourdun, et une pièce de canon, que les Dieppois lui prirent lorsqu'elle montoit la colline pour aller se joindre au gros des troupes de son parti. On n’en demeura pas là ; ce parti des Ligueux ayant esté, non-seulement renforcé des deux compagnies que ceux de Rouen luy avoient envoyées avec deux pièces de canon, et des secours que les habitans de Saint-Valery luy avoient donnez avec la pièce de canon dont nous venons de parler, mais aussi de quelque nombre de paysans que le sieur Dausebosq (1) lui amena, vint tout de nouveau se saisir du Bourdun. Mais le capitaine Fournier y estant survenu avec sa compagnie de cinquante harquebusiers à cheval, vestus d’une cuirasse, mit pied. à terre, et, sans rien reconnoître, donna sur la première barricade avec tant de vigueur, qu’il la força et la garda ensuite, avec une pièce de canon que les ennemis y avoient laissée et qu’ils vinrent luy enlever un quart d'heure après. Le capitaine Des Moulins, qui s’estoit mis en campagne, et qui, pour aller avec plus de diligence
(1) D'Auzebose.
au Bourdun, avoit laissé son canon au village de Varangeville, estant arrivé assez à temps pour les empescher de se fortifier dans ce bourg, aussitost qu’il y fut descendu, donna dans leurs barricades avec le capitaine Barrois (1), lequel sortit alors de l’église avec environ quatre-vingt bourgeois de Dieppe, et l'attaque fut faite avec tant d’ardeur et si brusquement, que les Ligueux, n'ayans pu soutenir leurs efforts, abandonnèrent les barricades, à la réserve de la dernière en laquelle ils se ralièrent et se maintinrent, seulement jusques à l’arrivée du renfort que ceux d’Arques envoyèrent aux Dieppois ; car ils furent peu de temps après contraints d’en sortir, et d’assurer leur vie par la fuite et la retraitte qu’ils firent au bourg de Canny. Les Ligueux perdirent en cette déroute un enseigne, qui fut tué, et deux capitaines, qui furent pris et faits prisonniers, et plus de six-vingt de leurs soldats y furent en partie tuez et en partie faits prisonniers. Du costé des Dieppois il y eut un bourgeois, nommé Vasal, deux gentilshommes et plusieurs soldats qui perdirent la vie. Pour le regard de ceux d’Arques, il y eut un de leurs hommes qui fut blessé, et trois autres qui furent tuez. L’autheur du Journal nous assure que, si les troupes d’Arques fussent arrivées une heure plustost, les Ligueux eussent esté entièrement défaits. Néantmoins Mons' de Chaste fut tellement satisfait des services des Dieppois qu’il leur en donna des grandes louanges, déclarant hautement qu'il avoit de bons compagnons bourgeois. De sorte que ce sage Gouverneur de Dieppe se comporta en leur endroit de même que fit autresfois Mons’ le Daufin (qui
(1) Ce capitaine Barrois est-il le même que le lieutenant Baron, dont Asseline parle plus haut? Cela paraît assez probable.
fut depuis le Roy Louis onzième) après la deffaite des gens de Talbot et la levée du siège qu’ils avoient mis devant cette ville, selon ce témoigage du Père Gaguin (a) : Laudatis militibus quibusque quorum diligenti opera parta de hoste victoria erat.
L’onzième de ce même mois de juin (b), Mons’ de Monts et le capitaine Fournier sortirent de Dieppe, sur les deux heures du matin, à dessein d’exécuter une nouvelle entreprise près de la ville d’Eu, et d'attaquer le capitaine La Chesnaye, qui estoit en ces quartiers là avec deux cents harquebuziers. Les jours suivants, les Dieppois firent encore plusieurs autres expéditions pour esloigner de leur ville divers partis des Ligueux; et, le 17 jour, M° d’Ausboseq, qui estoit un de leurs premiers fauteurs, vint trouver Mons" de Chaste au village de Varangeville, estant résolu de prendre (ainsi qu’il fit dez lors) le parti du Roy, promettant de rendre à Sa Maiesté tous les services dont il estoit capable.
Cependant le sieur de Fonteine-Martel délogea le même jour du bourg d’Aufay pour aller à Pavilly, d’où il sortit dez la nuit suivante, parce que peut estre il eut avis que M. de Chaste avoit dessein d’y venir, et qu’il avoit déjà donné ordre de tenir prest tout ce qui estoit nécessaire pour ce voyage.
Ce brave Gouverneur de Dieppe, s’estant ainsi rendu redoutable au sieur de Xonteine-Martel par sa vigilance et par sa valeur, ne se fit pas moins craindre aux places voisines qui tenoient pour la Ligue. La ville d'Eu le témoigna assez, lorsqu'elle députa le sieur de Bellengreville pour conclure une trève avec luy, et en
(a) P. KR. Gaguinus, libro 10 de origine et gestis Franc. sub Carolo 7, -- (b) Le Journal du sieur &stancelin,
its
obtenir en même temps la liberté du commerce, promettant de payer la taille au Roy, d’empescher les gendarmes de passer dans le comté d’Eu pour faire la guerre dans le pays, et de faire mettre les communes sous les armes pour leur en disputer le passage, s'ils vouloient le prendre de force. Au reste, M. de Bellengreville, non seulement remonstra à Mons’ de Chaste (outre les motifs pour lesquels il estoit venu) que les habitans de la ville d’Eu estoient serviteurs de Sa Maiesté ct qu'ils n’avoient pas signé la Ligue, mais aussi il le pria instamment de luy accorder la demande qu’il venoit de luy faire, eu égard particulièrement qu’au pays de Vimeu, toute la noblesse demeuroit dans sa maison, sans oser se déclarer pour le Roy, de peur que le Gouverneur de la ville d’Eu vint les ruiner pour ce suiet ; au lieu que, si la trève estoit accordée, elle se déclareroit librement en faveur de Sa Maiesté. Toutes ces considérations furent pressantes, néantmoins Mons’ de Chaste ne souscrivit au traitté de cette trève qu’au 4 jour de juillet, en la manière que nous dirons.
La Ligue, toutesfois, ne fut pas entièrement exterminée, non pas même éloignée du voisinage de Dieppe, après tant d'avantages que ses habitans avoient remportez sur ceux de son parti; mais, comme une hydre furieusement animée contre eux, elle foisoit renoistre des nouvelles testes au lieu de celles que M' de Chaste, de même qu'un Hercule indomté, lui avoit coupées. Car, dez le 21 de ce mois, deux cents chevaux parurent, et vinrent loger, par l’ordre de Mons’ d’Aumale, au village de Bures, à trois lieues de cette ville. M' de Chaste, en ayant eu connoissance, fit aussitôt sortir une partie de sa cavalerie pour les faire desloger, mais les
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Ligueux, les sentans venir, abandonnèrent leurs postes et se retirèrent au Neuchatel, où Mons’ d’Aumale estoit, et où les Dieppois coururent, à dessein de les attirer en se monstrant devant les portes de cette ville, d’où pourtant personne n’osa sortir. Ce qui fit tout l’avantage aussi bien que toute la gloire de cette entreprise.
Un parti ayant esté formé à Dieppe de toute la cavalerie de Mons’ son Gouverneur, du régiment de Monsieur d’Allaigre, qui estoit à Arques, de la compagnie du capitaine des Moulins, et de 230 bons soldats du sieur de Vidausen, lequel avoit manqué à surprendre la ville de Rue et avoit esté obligé d’aller à Dieppe par l’impétuosité du vent de Nord, qui l’empeschoit de retourner à Calais, ce généreux Gouverneur sortit de Dieppe, le 24 de ce mois, à deux heures après minuit, et conduisit ces troupes vers le bourg d’Auffay, où la compagnie de la Vallée-Maynet et celle d’un autre capitaine ligueux estoient logées. Aussitost que Mons’ de Chaste y fut arrivé, il fit sommer les ennemis de se rendre, et, ensuite du refus qu’ils en firent, tirer trois coups de canon qui les obligèrent de parlementer. Mais le sieur de Vidausen et le capitaine des Moulins ayant avancé jusqu’à la porte de l’église avant que les conditions de la capitulation eussent été accordées, les Ligueux, qui s’y estoient cantonnez,
| en furent tellement surpris et effrayez, qu’ils se rendirent À à la discrétion de Mons’ le Commandeur, qui les fit tous | prisonniers, à la réserve du capitaine la Vallée, lequel estoit alors à Rouen. Il y eut de leur costé environ 30 soldats tuez, tant dans les barricades que dans l’église, et, du costé des Dieppois, il n’y en eut que deux ; mais le capitaine Montpellier fut blessé d’un coup de mousquet qu’il receut en la cuisse. Le bourg et l’église
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furent entièrement pillez; et, pendant que les soldats commettoient cette profanation dans ce lieu saint, un Religionnaire, confondant par une manière (pour ne dire une manie) lche et détestable les intérests de sa créance avec ceux du Roy, posa un crucifix sur le ventre d’un Ligueux et le foula à deux pieds. L’autheur du Journal, qui en fut in'ormé par un des soldats du sieur Vidausen, a écrit que si Mons’ de Chaste eut eu connoïssance de cet excez il n’eut pas manqué à le faire punir.
Après que les troupes de M' le commandeur de Chaste eurent mis fin à ce démeslé qu’ils avoient avec leurs ennemis, il fallut terminer le différent qui survint à l’occasion de deux drapeaux, que quelques capitaines du régiment d’Allaigre avoient pris et emportez sans en faire part au capitaine de Monts qui prétendoit y avoir droit. Pour cet effet, Mons’ de Chaste, qui en fut l’arbitre, ayant fait venir une assemblée au château, l'affaire y fut enfin décidée en la présence des capitaines, des gentilshommes et du sieur de Vidausen, lequel s’embarqua ensuite avec sa compagnie, le 26 de ce mois, pour retourner à Calais, dont Monsieur de Gourdan, son oncle, estoit gouverneur. Le dernier jour de ce même mois de juin, Mons’ de Chaste, voyant que peu de monde montoit à cheval lorsque la trompette sonnoit le boute-selle dans la ville, fit faire commandement à toute la noblesse et aux autres qui n’estoient pas enrolez dans les compagnies, de se ranger sous telle cornette qu’ils voudroient.
Mais le dimanche 2 jour de juillet, Monsieur d’Allaigre, M' de Monts et le capitaine Fournier sortirent de Dieppe avec leurs troupes et une pièce de canon, et marchèrent vers le Neuchatel, à dessein de le surprendre. Néansmoins, leur entreprise fut sans effet, par les dé-
sordres et le bruit que les soldats du sieur d’Allaigre causèrent dans les fauxbourgs de cette place, dont les habitans, qui en furent alarmez, prirent les armes avec tant de cœur et de résolution qu’ils osèrent se moquer des assiégeans, leur dire des iniures et tirer sur eux plusieurs coups de canon. De sorte que ceux de Dieppe, voyans qu’il n’y avoit que des coups à gagner, furent obligez de retourner sur leurs pas, avec le déplaisir d’avoir eu un si mauvais SuCCez.
Le 4 de juillet, le capitaine Nicolas Gruren amena d'Angleterre à Dieppe 300 soldats, tant Anglois que Wallons et François. Le même jour, M le Gouverneur ne laissa pas pour cela d’accorder aux habitans de la ville d’Eu la trève qu’ils avoient demandée le mois précédent.
Lorsque ces nouvelles troupes entrèrent dans Dieppe, le sieur d’Allaigre en sortit, accompagné de 40 chevaux, pour aller en sa maison de Blainville, et exécuter une entreprise dont les ennemis eurent connoissance et luy le chagrin de s’estre fatigué en vain. Il est vray qu’il eut la satisfaction de battre et de défendre une recrue de soldats qu’il rencontra sur le chemin de Blainville, au Pont de l'Arche.
Mons’ de Chaste, continuant de donner la chasse aux Ligueux partout où il pensoit en trouver, sortit de Dieppe, sur les 10 heures du matin du samedy 8 de juillet, et alla, à la tête de toute sa cavalerie et de 400 hommes de pied, au bourg de Doudeville, où le sieur de Fonteine-Martel et les troupes du Hâvre s’estoient retirées. Bien que ce fut un poste assez avantageux, les ennemis ne laïssèrent pas de l’abandonner pour se retirer au village de Graville et au Hâvre, dez qu'ils sentirent venir nostre Gouverneur, lequel, en
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ayant eu avis, prit le chemin du village de l’abbaye de Saint-Victor, afin d’y visiter deux compagnies des troupes de Rouen et les obliger de se rendre ou de quitter l’abbaye de ce village. Ces deux compagnies estoient composées d'environ cent cinquante harquebuziers, commandez par le capitaine Vimont, et par un autre dont l’autheur du Journal n’a pu rapporter le nom. Mons' de Chaste y estant arrivé, le samedy 7 de juillet, et voyant qu’ils s’estoient très bien retranchez dans cette abbaye, ne laissa pas, dez le lendemain, de les faire sommer de se rendre et de se soumettre à l’obéissance du Roy ; à quoy n’ayant répondu que par la bouche de leurs mousquets, il en fut tellement irrité qu’outre les deux pièces qu’il avoit, il en fit venir une troisième que les bourgeois de Dieppe conduisirent en diligence jusques au lieu de l'attaque, où, le lundy 9 de ce mois, plusieurs coups d’harquebuzes furent tirez de part et d’autre. Mais les Ligueux, remarquant que M' de Chaste s’opiniâtroit pour en tirer raison, et mêmes qu’il disposoit toutes choses pour forcer l’abbaye, demandèrent à parlementer ; ce qui leur ayant esté accordé, ils firent en sorte qu’ils obtinrent de Monsieur de Chaste la vie sauve, et la liberté de sortir de l’abbaye et de s’en retourner où ils trouveroient bon.
Tandis que tout se passoit ainsi à Saint-Victor, Monsieur d’Aumale, Messieurs de Brissac et de la Londe sortirent de Rouen et vinrent au secours des Ligueux, accompagnez de 400 hommes de cheval et de 300 harquebuziers à pied. M. de Chaste en fut informé par trois fois la nuit suivante, mais il ne se mit pas en peine de faire monter ses gens à cheval, ni de les disposer pour faire teste à ce secours. De sorte que, négligeant de pro-
fiter des avis qu’il en avoit reçeus, et se contentans de les avertir que les ennemis estoient en campagne, chacun d’eux pensa que c’estoit seulement le sieur de Fonteine- Martel et le sieur de Villars, sans avoir la moindre deffiance de ceux de Rouen. Monsieur de Monts, qui avoit battu l’estrade toute la nuit, n’en eut pas luy-même connoissance, quoyque les ennemis le suivissent de si près qu’il ne fut pas plutost de retour en son quartier qu’ils y donnèrent l’alarme. Il n’y eut que le sieur de Vardes et vingt-cinq lanciers qui furent à cheval, mais ils furent enclos par deux cornettes des Ligueux, tellement que, dans cette conioncture, ils furent obligez de combattre, bien que la partie fut très-inégale. Néantmoins, comme ils s’en mirent en effet avec toute la vigueur et la résolution possible, ils se firent jour à travers des deux cornettes avec perte de deux hommes. Ils n’en furent pas toutesfois quittes à si bon marché lorsqu’ils tiroient chemin, car 60 harquebuziers, que ce parti de la Ligue avoit apportez en croupe pour les jetter dans l’abbaye, et qu'il avoit laissez, en attendant l’occasion, dans un lieu clos de fossez, ayans découvert les Dieppois, et leur ayans demandé : Qui vive ? presqu’aussitost qu’ils eurent répondu : Vive le Roy! les chargèrent si brusquement qu’ils furent contraints de retourner el d’essuyer les descharges de leurs mousquets, qui tuèrent sur la place le-porte-guidon, le lieutenant, un gentilhomme nommé Clercy, et quelques soldats de la compagnie des gens de pied. Un si grand bruit mit l’alarme au camp des Dieppois, et ayans obligé M' d’Allaigre et le capitaine Fournier de monter à cheval à dessein de charger les ennemis, ceux-ci, qui en eurent le vent, furent saisis d’une telle crainte que, bien loin de
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venir les attaquer ou de les attendre, ils prirent la fuite et le chemin de Rouen, enlevans le trompette de M' de Vardes.
Ces désavantages causèrent de l’étonnement et du chagrin à plusieurs dieppois qui, pour estre accoutumez à vaincre, trouvoient mauvois que les armes fussent journalières et suiettes aux vicissitudes aussi bien que toutes les autres choses du monde. Les premiers qui retournèrent à Dieppe dirent hautement que tout estoit perdu, et les mécontents, qui s’estoient retirez de toute part dans cette ville, estimans avoir une occasion favorable d’exécuter leurs mauvois desseins, publioient avec une impudence extrême que les habitans vouloient fermer les portes à toute la noblesse, et que Mons’ le Gouverneur venoit le premier pour ce suiet. Îs adioustoient que les Ligueux et les Huguenots estoient aussi gens de bien les uns que les autres, Mais la présence de M' de Chaste dissipa bientost tous ces faux bruits et ces impostures, puisque l’on n’en vid aucune mauvaise suite, ét que ce brave Gouverneur ne laissa pas de sortir de Dieppe, le 16 de juillet, avec Mons’ de Monts, Mons’ de Cusson et le capitaine Fournier, et d’aller au Neuchatel exécuter l’entreprise qu’ils avoient formée.
La fidélité, les soins et la générosité de Mons’ de Chaste l’ayant rendu de plus en plus redoutable aux ennemis du Roy et de l’Estat, Sa Maiesté, qui en avoit esté bien informée, luy en sçut si bon gré qu’elle luy en témoigna ses remerciements, l’exhortant, dans la lettre qu’elle luy envoya et qu’il receut le 17 de ce mois, de luy continuer ses services. Sa Maiesté, qui avoit de l'estime pour les habitans de Dieppe, et se confioit en la fidélité et au zèle qu’ils avoient pour sa personne sacrée
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et pour son Estat, eut aussi la bonté d’escrire aux Eschevins de cette ville, et, leur ayans demandé trente milliers de poudres, de leur permettre d’en prendre la valeur sur les deniers des tailles, si toutesfois ils n’aimoient mieux qu’on leur rendit les poudres que la Reine d'Angleterre et les Estats de Holande luy devoient faire apporter. Mais M' de Chaste, sans différer plus longtemps, se mit en devoir, dez le 20 de ce mois, d’envoyer à ce monarque trois chariots chargez de poudre.
Le 29 de ce même mois, le capitaine Fournier alla au village de Grainville, où, ayant trouvé des soldats de Ja Ligue, les fit charger, en sorte qu’il y en eut quelquesuns qui furent tuez, et firent qu’il retourna à Dieppe, emmenant plusieurs chevaux de labour. Monsieur de Cusson et M' de Monts sortirent de cette ville à deux heures du soir avec leurs compagnies, pour l’exécution d’un plus grand et d’un plus glorieux dessein, car ce fut pour aller surprendre la ville de Caudebec et pour en avoir le succez que M' d’Auzeboscq avoit fait espérer ; M' de Chaste sortit aussi le lendemain afin de se trouver au rendez-vous, et fortifier d'autant plus ces partis qu’ils menoient de bonnes troupes. Néantmoins, parce qu’elles s’arrêtèrent à Yvetot et que leurs pilleries donnèrent l'alarme au pays, les habitane de cette ville, en ayant esté avertis, coururent aussitost aux armes, et se mirent si bien en deffence que M' de Cusson, qui estoit arrivé près des portes, fut obligé de retourner sur ses pas avec le déplaisir qu’il n’est pas aisé d'exprimer. Quant à M' de Vardes, il partit de Dieppe, le premier jour d’aoust, à la teste de sa compagnie pour aller trouver le Roy. Le Journal fait mention qu’il mena un jeune seigneur Anglois, dont l’équipage consistoit en sept chevaux, qui
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avoient un très magnifique harnois, et en plusieurs hommes si bien armez que chacun admira le train de cet étranger.
Le lendemain, M' de Chaste eut avis que les habitans du Neuchatel vouloient se ranger du parti du Roy. Pour la confirmation de cette nouvelle, quelques-uns d’eux vinrent exprez à Dieppe assurer M' de Chaste que, lorsqu’il luy plairoit aller en leur ville, les portes lui seroient ouvertes. Néantmoins, après qu’il leur eut fait sçavoir son arrivée à Saint-Vaast, où il estoit venu, le lendemain matin, avec 20 chevaux, trouver le capitaine Gruren et de l’Eclache, qui s’estoient rendus en ce lieu là le jour précédent, à la teste de leurs compagnies, ces mêmes habitans se contentèrent de luy députer quelques-uns, entre lesquels on remarqua un charettier qui eut la hardiesse de lui demander à voir sa commission. Ce procédé fut surprenant ; néantmoïins, quoyqu’un capitaine moins sage et moins modéré que M" de Chaste l’eut trouvé extrêèmement mauvois, il le souffrit sans s’en offencer, et il leur répondit, pour satisfaire à leur demande, que sa commission estoit au château de Dieppe et qu’il falloit la faire apporter. Mais ces députez ayant demandé quatre jours pour délibérer sur une affaire de cette importance, Mons’ le Commandeur fut obligé de retourner en cette ville. La cause de ce fâcheux délay fut que ceux du Neuchatel reconnurent que les troupes destinées pour la garnison de leur ville estoient la pluspart composées de Religionnaires et commandées par le capitaine Gruren et le capitaine de l’Eclache, lesquels haïssoient les catholiques ; ce qui fit (ce me semble) que M. de Chaste, ayant eu égard à ces sentiments qu’il estima assez raisonnables, ne fut pas indigné de ce refus, et qu’il n'en tira pas ven-
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geance ; si toutesfois on ne veut dire qu’il en fut diverti par les tristes nouvelles de la mort du Roy Henry I, lesquelles luy furent apportées le cinquième jour d’aoust, à dix heures du matin.
Quoy qu’il en soit, l’épouvante fut alors si grande parmi les catholiques de Dieppe, que le sieur Estancelin, qui estoit de leur parti, l’a laissée à penser, s’estans contenté de dire que les huguenots estimoient être au-dessus de leurs affaires, et que, le Roy de Navarre estant monté sur le trône de la France, leur parti en recevroit toutes sortes d’avantages. En effet, le même jour, cinquième d’aoust, un gentilhomme, nommé Du Fossé, qui s’estoit réfugié à Dieppe aussi bien que plusieurs autres, le témoigna assez, lors même qu'il estoit à la table du sieur Estancelin, luy disant qu’il seroit bien ébahi si on l'envoyoit à la messe en Espagne ; et, après que ce catholique luy eut répondu sagement que Dieu ne le permettroit pas, luy répliquant : Je ne sçay! comme s’il eut voulu dire : Je n’en voudrois pas jurer, ou bien au moins comme s’il eut douté et même appréhendé le contraire, selon qu’il en avoit bien du suiet, soit qu’il l’eut déià appris de l’histoire, soit qu’il en eut esté informé par ceux de sa créance, qui sçavoient que le Roy Henry III, successeur légitime de Henry III, avoit touiours eu beaucoup de bienveillance pour les Catholiques, lors même qu’il estoit Roy de Navarre et chef des Religionnaires; suivant qu’il le déclara dans l’apologie qu’il fit contre ceux qui vouloient le rendre odieux à ceux de la Ligue, leur faisant sçavoir, l'an 1585, qu'il aimoit, défendoit, conservoit et eslevoit des Catholiques dans son Estat ; et, lorsqu'il fut accusé d’avoir persécuté les Catholiques, répondant que c’estoit faussement, mais au contraire qu’il en avoit touiours
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caressé plusieurs, qu’il avoit près de sa personne et dont il s’estoit servi dans les principales charges de son Estat et de sa maison. Davila (a) adioute qu’il interposa son authorité pour moyenner envers les Rochelois la permission qu’ils donnèrent de faire dans leur ville les exercices de ia religion catholique, qu’il voulut même, avant que d’en partir, que la messe fut dite dans une petite chapelle où plusieurs y assistèrent ; qu'après la bataille de Courtras, estant de retour au champ de bataille, il fit cesser le carnage de l'infanterie catholique et qu'il reçeut courtoisement les prisonniers; enfin, qu’en cette présente année 1589, plusieurs villes du Poitou et de Xaintonge s’estans rendües à ce généreux Roy de Navarre, après le départ du duc de Nevers, il commanda expressément qu’on ne fit aucun mal aux Catholiques (b). Bien davantage, il voulut qu’en tous les lieux qui relevoient de luy on vescut en liberté de conscience, que chacun à son exemple y honorût et favorisât les Ecclésiastiques, et qu’il leur fut permis de dire publiquement la messe. Et ce fut ce que ce redoutable monarque continua de faire dans Dieppe (ainsi que nous verrons), contre la vaine attente des Religionnaires, dont nous avons parlé. :
Mons’ de Chaste (qui pouvoit estre bien informé de cette conduite aussi bien que de la magnanimité de ce grand Roy Henry III) voulut calmer les esprits des habitans de Dieppe. Pour cet effet il fit assembler, le 5 jour d’aoust, en l’Hôtel-de-Ville, tous les gentilshommes et les bourgeois (c), et, après leur avoir parlé de la mort du Roy Henry NI, il les pria de vivre en paix les uns avec les autres, les assurant qu’il les conserveroit. Le
(a) Davila sur l'an 1585. -- (b) Davila au livre 10, -- (ce) Le Journal du sieur Estancelin.
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lendemain, ce brave Gouverneur fit appeler tous les capitaines de la ville, et, lorsqu'ils furent montez au chàteau, il leur fit réitérer le serment de fidélité. Il en fit faire autant aux soldats, bien qu’ils fussent très affectionnez au service du Roy (1).
Cependant les Religionnaires de Dieppe faisoient en secret les exercices de leur Religion ; un mémoire porte que c’estoit hors de la ville, et qu’ils les continuèrent en cette manière jusqu’au siége de Dieppe. M° Dablon adioute que M' le Gouverneur leur fit deffence sur peine de la vie de se comporter autrement. Cette ordonnance fut un frein capable de retenir la présomption et l’insolence que les Religionnaires pouvoient avoir en la présente conioncture des affaires de l’Estat, de sorte qu’au rapport du sieur Estancelin, qui faisoit alors registre de tout ce qui se passoit à Dieppe, il n’y eut que la femme d’un marinier, laquelle osa regimber et proférer des paroles iniurieuses contre la messe. Mais, le 9 de ce mois, elle fut condamnée, par l’ordre de M" de Chaste et l'ordonnance de la justice, à faire amande honorable, nuë, en chemise et la torche au poing, devant les deux églises parroissiales.
Mons’ d’Ausboscq, dont la compagnie estoit logée au Bourdun, vint le 10 jour d’aoust à Dieppe, et le sieur de Monts et les capitaines Fournier et Barrois sortirent de cette ville, le même jour, pour aller en parti vers Abbeville, et, après avoir attaqué et défait à deux lieuës de cette place une compagnie d’harquebuziers à cheval,
4) M. R. d'Estaintot a publié la lettre par laquelle M. le commandeur de Chastes faisait part de sa résolution et de celle du corps de ville au
Parlement royaliste de Caen, qui la reçut seulement le 16 août, La Ligue en Normandie, p. 41-42.
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