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qui estoient commandez par le capitaine du Pré, ils retournèrent l’onzième de ce mois à Dieppe, où fut apportée le même jour, de la part du roy Henry HIT, cette déclaration de sa volonté, laquelle avoit esté écrite au camp de Saint-Clou, le 2 jour d’aoust, en ces termes :
Chers et bien aimez, la rage et la cruauté des ennemis du Roy et de l'Estat les a poussez si avant que d'avoir fait entreprendre malheureusement sur sa vie par un Jacobin, introduit de bonne foy pour la révérence de son habit à luy parler en sa chambre, hier au matin, où il luy a donné un coup de couteau dans le ventre, qui ne monstroit apparemment le danger au premier appareil, ni tout le long de la journée. Néantmoins il a rendu l'âme cette nuit, laissant à ses serviteurs qui sont icy un extrême ennui et déplaisir, tous bien résolus d'en poursuivre avec nous la justice. À quoy de nostre part nous n’épargnerons jusqu'à la dernière goutte de nostre sang, puisqu'il a plû à Dieu nous appeller en son lieu à la succession de la Couronne. Ayans delibéré aussi de donner les meilleurs ordres que faire se pourra, avec le bon conseil et avis des Princes et autres principaux Seigneurs, à ce qui sera du bien et conservation de l'Estat, sans y rien innover au fait de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine et à la conservation de nostre pouvoir, comme nous en fairons plus particulière et expresse déclaration. Et ne fairons aussi, en ce qui concerne l’Estat, aucune chose qui ne soit trouvée bonne pour le bien public. Sur quoy nous avons bien voulu écrire la présente, pour vous assurer de nostre intention, à ce que vous soyez d'autant plus confortez à persévérer en la fidélité que vous avez par cy-devant gardée à vostre Rov, vous assurant que, ce faisant, vous recevrez de nous le meilleur traittement et soulagement en ce qui concernera vostre particulier qui nous sera possible. Sur ce nous prions Dieu qu'il vous ait (chers et bien aimez) en sa sainte garde. Ecrit du camp de Saint-Clou, le 2 jour d’aoust 1589. Signé HENRY, et plus bas POTHIER. Le tout scellé de cire jaune.
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Le Roy fit encore, le même jour, une déclaration plus spéciale (a). Les princes du sang et de la couronne de France, les seigneurs et les gentilshommes en firent aussi une en même temps, promettans à Sa Maiesté et jurans de luy rendre toute la fidélité que tous bons et fidèles suiets doivent à leur Roy légitime et naturel, sur le serment solennel qu’elle fit de maintenir et conserver la Religion Catholique, Apostolique et Romaine, et de se faire instruire par un bon, légitime et libre Concile nationnal, etc.
Un si notable changement d’affaires mit bien des gens en peine, entre autres ceux des Estats de Picardie. Si bien qu’ils donnèrent commission à Mons’ de Launoy, Gouverneur de la ville d’Eu, de communiquer de leur part avec Mons’ de Chaste. Mais Mons’ de Launoy luy ayant écrit, le 18 de ce mois, et demandé pour ce suiet un passeport pour venir à Dieppe, M' de Chaste luy fit réponce qu'il n’avoit que faire aux Estats de Picardie, et que, pour son regard, s’il luy plaisoit y venir le voir, il luy fairoit bonne chère, et que, pour assurance de sa personne, il luy envoyoit M° de Bellengreville au lieu de passeport.
Ce même jour ayant esté destiné à la célébration d’un service pour l’âme de feu Henry III, la ville luy rendit ce devoir dans l’église de Saint-Remy (b), où une partie de la noblesse se trouva avec les bourgeois catholiques ; et M' de Chaste, ensuite de cette action de piété, se trouva à deux heures après midy en l’Hôtel-de-Ville, où il avoit fait convoquer tous les habitans, afin de leur faire signer la fidélité que chacun d’eux devoit au Roy Henry HIT,
(a) Le même Journal, -- /b) Le mème Journal du sieur Estancelin,
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Une conduite si sage et si juste devoit estre approuvée universellement, et avoir une issue conforme à celle que M' le Gouverneur s’estoit proposée ; néantmoins, il en arriva autrement par la mauvaise humeur des Religionnaires, lesquels, ayans fait bande à part, obligèrent nonseulement les Catholiques de se séparer d’eux avec dédain, mais aussi Mons’ le Gouverneur à leur faire dire que chacun se retiràt, et que l’assemblée ne se tenoit que pour les conseillers, les capitaines et Messieurs de la justice. En effet, il leur fit la lecture de la déclaration du Roy, selon la forme et teneur que j’ay rapportée, après quoy il leur fit signer comme ils estoient bons et fidèles serviteurs de Sa Maiesté.
Quant à ceux de Saint-Valery-en-Caux, ils tenoient encore pour la Ligue; mais parce que M° de Chaste voulut s’assurer du pays voisin et mettre cette place sous l’obéissance du Roy, il sortit de Dieppe, le 21 d’aoust, à dix heures du soir, avec Mons’ de Monts, le capitaine Fournier, quelque infanterie et deux pièces de canon, et il alla l’attaquer. Les habitans d’abord entreprirent de se deffendre, mais les Dieppois les ayans pressez avec la vigueur qui leur estoit ordinaire, les assiégez furent enfin contraints de se rendre, de racheter leurs vies et leurs biens moyennant la somme de 2,500 escus, et de jurer fidélité au Roy. De sorte que M' de Chaste, qui n’en demandoit pas davantage, retourna à Dieppe avec bien de la satisfaction et de la gloire.
Le Roy, de son costé, ne se sentant pas assez fort pour continuer le siége de Paris (a), mit ordre à toutes les choses qui estoient (selon Davila) (b) autant de fon-
(a) Selon l'Abrégé du sieur de Rriauville. -- (b) Selon Davila sur cette même année.
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demens pour s'établir dans la royauté. Et quoyque plusieurs (dit un autheur anonyme) (4) se fussent retirez et dispensez de son service, à cause de la religion prétendue réformée, dont il faisoit profession, et à cause de l’excommunication que le Pape avoit fulminée, Sa Maiesté ne laissa pas de se mettre en campagne pour n’attendre pas d’avoir en queuë l’armée de la Ligue, qui se préparoit en effet de le suivre en peu de jours (b), et, après avoir conduit le corps du Roy défunt à Compiègne, de tirer droit en Normandie avec toute la diligence possible, etc.; toutesfois, l'Histoire de France dit (c) que ce fut après avoir envoyé une partie de son armée en Champagne, sous le mareschal d’Aumont, pour s’opposer à la Ligue qui estoit plus forte, etc., et avoir fait marcher le duc de Longueville en Picardie avec une autre partie de son armée, et avoir retenu avec soy la troisième et la plus forte partie, qui consistait en douze mille chevaux et deux mille hommes de pied François, et en deux mille suisses. Davila a remarqué (d) qu’à l’arrivée du Roy en nostre province, pour un commencement de bonne fortune, il y fut joint par le capitaine Rolet (1), homme qui n’avoit pas moins de courage que dejbon sens, et qui tenoit alors le Pont-de-l'Arche, d’où Sa Maiesté ne fit que trois logemens jusqu’à Dernetal, bourgade située à deux lieues de Rouen.
Le Roy, ayant laissé le soin de son armée au duc de Montpensier et au mareschal de Biron (e), partit (selon nostre Journal) (f) du bourg de Dernetal, le 25 d’aoust,
(a) L'autheur de l'Invent, de l'Hist, de Norm. au chap. 8. -- (b) Davila, la même. -- (c) Le sieur Dupleix, en son Hist. -- {d) Davila sur cette année. -- {e) Davila, là même, -- (f) Le Journal du sieur Estancelin,
(4) Le Blanc du Raulet.
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accompagné de 00 chevaux, ou seulement de 300 (selon Daviia) (a), et vint coucher au bourg de Longueville, à trois lieuës de Dieppe. Mons’ de Chaste, ayant eu avis que Sa Maiesté y estoit arrivée, monta aussitost à cheval, et alla, avec un nombre considérable de la noblesse de cette ville, pour la saluer et recevoir ses ordres (b). Ce qui fut exécuté avec tant de sincérité, de soumission et de fidélité, qu’Elle (ainsi qu’a dit l’histoire) (c) s’assura de la ville de Dieppe sur la foy de Mons’ de Chaste, qui en estoit gouverneur, et qui luy rendit touiours depuis (ainsi que nous fairons voir) des preuves signalées de sa fidélité et de son service.
En effet, dez le lendemain, samedy, 26 jour d’aoust, le Roy se mit en chemin pour venir à Dieppe (d), estant accompagné de plusieurs princes et suivi d’un grand nombre de gentilshommes, et Mons" de Chaste, qui estoit retourné de Longueville, sur les onze heures de nuit, monta à cheval et alla avec sa cornette une lieuë loing au devant de Sa Maiesté. Les habitans de Dieppe s’acquittèrent aussi de ce devoir, et, lorsque Sa Maiesté fut arrivée aux portes de cette (e) ville, ils luy en présentèrent les clefs et la conduisirent en la grande et magnifique maison du sieur Jean Ango (1), où, dez le même jour, elle donna ordre à M" d’Allaigre, de Monts et Fournier d’aller attaquer le Neuchâtel. Ces capitaines obéirent aussitost ; et, après avoir disposé leurs compagnies et toutes les choses nécessaires pour l’exécution de cette entreprise, ils marchèrent vers cette place,
(a) Davila, là même. -- (b) Le même Journal, -- (ce) L'Hist. de France du siour Dupleix. -- (d) Le Journal du sieur Estancelin. -- (‘e) Selon le sieur Policien,
(1) Là où fut établie depuis la maison des Pères de l’Oratoire et où se trouve aujourd’hui le Collége.
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estans suivis de leur infanterie et de trois pièces de canon (a). Dez qu’ils y furent arrivez, ils la battirent et la pressèrent si fortement que les habitans furent contraints de se rendre par composition, après deux jours de siége. Davila a écrit (b) que ce fut à dessein d’oster des lieux d’alentour de Dieppe tout ce qui luy pouvoit nuire, et que la cavalerie du Roy fut de la partie, de laquelle nostre journal n’a pourtant pas fait mention, non plus que des sieurs Halot et Guitry, à qui l’autheur de l’Inventaire de l'Histoire de Normandie (c) a voulu donner la gloire d’avoir forcé le Neuchatel, sous prétexte que le s° Halot et Colombières (ainsi qu’a dit l’autheur du Journal) passant par le pays de Bray, le 27 jour d’aoust, avec cinquante cuirassiers, défirent le nommé Castillon, qui avoit plus de cinq cents hommes, dont plus de deux cent cinquante furent tuez sur la place, et quatre vingt furent pris et amenez prisonniers à Dieppe.
Le même jour, 27 d’aoust, le Roy fut visiter le château et la citadelle de cette ville (d), tous les endroits luy ayans esté ouverts contre l’opinion de quelques mauvais esprits. Si bien (ainsi que Davila a remarqué) (e) il considéra non-seulement la beauté du port, mais aussi la force de la ville, et il en jugea si avantageusement qu’il s’assura dans sa résolution de résister à ceux de la Ligue. Ce qui fit qu’il dépescha vers la Reine d'Angleterre le nommé Philippe du Fresne (f), qui estoit nouvellement retourné de ce pays là, où il avoit esté envoyé de la part du Roy Henry III, et qu’il eut la bonté d’accorder à cette ville
(a) Le Journal du sieur Estancelin, -- (b) Davila sur cette même année. -- (c) L'autheur anonyme de l’Invent. de l'Hist. de Norm. au chap. 8. -- (d) Le Journal du sieur Estancelin, -- (e) Davila au livre 10. -- (f) Le Journal du sieur Estancelin,
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la confirmation de tous les privilèges dont elle avoit esté gratifiée par les Roys ses prédécesseurs. Aussi un un registre de la Maison de Ville, qui en a fait mention (a), porte que ce fut au mois d’aoust de la présente année 1589 ; mais comme il adioute que les patentes en furent données au camp de Dieppe, il faut luy faire dire : le Roy estant à Dieppe, ou bien changer le mois d’aoust en celuy de septembre, auquel le Roy estoit au camp de cette ville, ainsi que nous pourrons remarquer.
Pendant que Sa Maiesté séjournoit à Dieppe, elle faisoit prescher publiquement en son logis (b). Les Religionnaires qui s’estoient réfugiez en Angleterre en eurent des nouvehss, et, pensant que leur condition en seroit meilleure, prirent la peine de repasser en cette ville, après un exil de quatre années.
Après que ce monarque se fut assuré de Dieppe et de la fidélité de son Gouverneur, il partit de cette ville, le 29 du mois d’aoust, et alla joindre le reste de ses troupes, qu’il avoit laissées à Dernetal, à dessein (dit J’autheur du Journal) (c) d’assiéger Rouen; de quoy (selon le même Journal) quelques-uns de ses habitans, qui s’estoient retirez à Dieppe et à Caen, eurent tant de satisfaction, qu’ils luy offrirent dix milles escus par chaque semaine pour aider à l’exécution de cette entreprise. Mais le duc de Mayenne, sçachant que Henry avoit divisé son armée et menacé Rouen, sortit de Paris avec 15,000 hommes de pied et 2,500 chevaux, espérans grossir ses troupes par celles qui se joindroient à luy en chemin, et s’assurer ensuite de la victoire et de la prise du Roy (d); et, son armée s’estant augmentée en effet
(a) Selon le registre de l'invent. des escrits de la Mais, de Ville, -- (b) Le sieur Policien Relig. -- (c) Le sieur Estancelin, en son Journal. -- (d) Dupleix, en son Hist,
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180. lJUCHEREAU DE SAINT IGNACE (sœur Françoise). Hisrore pe L'Hôrerz-Dieu pe Querec. Montauban, Jerosme Legier, (1751), in-8, rel.
Ce volume est une histoire complète de l’établissement des religieuses hospitalières de Dieppe au Canada, Elle a été composée sur les mss, laissés par plusieurs religieuses,
181. LA CONDAMINE. Journal du Voyage fait par ordre du Roi à l'Équateur, servant d'introduction historique à la mesure des trois premiers degrés du méridien. Paris, Imprimerie Royale, A751, 2 parties en { vol. in-4, cartes et pl., mar, rouge, filets, d.s.t.