‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 124 sur 156 · COUP D*(BIL SUR LES TEMPS POSTÉRIEURS · texte numérisé non relu

COUP D*(BIL SUR LES TEMPS POSTÉRIEURS

narcbie du duc de Choiseul et toutes les monarchies de TEurope, vingt-cluq ans après leur coup d'État simultané contre les jésuites f Qu'était devenue la monarchie de Napoléon, cinq ans après son coup d'État contre le pape T Celle d'Espartero, deux ou trois ans après son schisme ? Celles môme de Charles X et de Louis-Philippe, trois ou quatre ans après ces concussions anticatholiques de 1828 et de 1845, acceptées par l'une avec tant de répugnance et même chez l'autre si combattues ? Qu'était devenue la République romaine de 1848 un an après sa naissance ? Où en était la royauté de Berlin, tremblante devant rémeute de 1848, quelques années après la persécution contre les évoques catholiques ^? L'expérience est donc fidte, il y a là un ennemi qu'on ne touche pas sans qu'il frémisse et qu'on ne touche pas impunément. On le blesse, oui sans doute, et on le blesse profondément ; mais on laisse dans sa blessure son aiguillon et sa vie, animas in vulnere ponuni. Pourquoi cette expérience a-t-elle donc été si souvent méconnue? Pourquoi a-t-on recommencé tant de fois ces inutiles et périlleuses tentatives ?

Hélas ! il y a 1 ,560 ans, on eût pu déjà poser cette question à Dioclétien lorsque prétendait renouveler la guerre contre le christianisme ; cette guerre qui avait si mal réussi à Maximin, si mal réussi à Dèce, si mal réussi à Valérien. Alors aussi la liberté et la vérité étaient éga-

lement menacées, ou plutôt on avait brisé l'une pour arriver, s'il se pouvait, à briser l'autre. L'égalité régnait, mais l'égalité sous le joug : le pouvoir était plus vaste,

1. Et où en sera Tempire de Berlin quelques années après la nou« Telle persécution contre les évêques caUioliques ?(1874).

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pluâ^ redoulé, moins respecté el moins sûr de vivre que jamais. Le monde était dans d'odieuses entraves : mais il avait entendu une parole de délivrance, une sainte et une profonde parole: « La vérité vous délivrera. •

Le dix-neuvième siècle lui aussi nepeut*il pas dire: c La vérité nous délivrera T » Quand il en devrait être de nous comme de cette époque ; quand il faudrait dire avec Niebuhr, près de mourir : c Si Dieu ne nous vient mira- « culeusemeat en aide» nous avons devant nous une dé- «c cadence semblable à celle que le monde romain a « éprouvée vers le milieu du troisième siècle, Tanéan- « tissement du bien-être, de la liberté, de la culture intel- « lectuelle, de la science' : » nous devrions nous rappeler encore qu'en ce siècle où on attaquait la liberté par haine de la vérité, la vérité a sauvé la liberté.

Mais nous ne sommes pas au troisième siècle de l'empire romain. L'antichristianisme révolutionnaire fait en vain auprès des royautés européennes l'office de Galère, imposant à son beau-père vieilli la persécution et l'abdication: les Dioclôtiens modernes ne consentiront, nous l'espérons, ni à persécuter ni à abdiquer ^ Quelle que soit la lassitude des sociétés chrétiennes, celle lassitude n*est point de la vieillesse et leurs nuages ne sont pas d'invincibles ténèbres. Les peuples du troisième siècle étaient des peuples éteints et cet empire un empire décrépit; il fallait au monde d'autres peuples et un empire nouveau. Mais les nations de TEurope actuellesontnées chrétiennes; elles ont reçu le baptême dès leur enfance ; elles sont

1. Le 5 octobre 1830. Cité par l'abbé Dôltlnger, Kirchéund Kirehen. Regensburg, 1861, p. vit.

3. Je me trompais; aujourd'hui (1874;, Dioelétien s'est fait persécuteur à Berlin, à Genève, au Mexique, au Chili, au Brésil et même à Rome. Mais pour combien de temps?

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vivantes et éternellemeDt 'guérissables. Il y a eu une fausse

route dans laquelle, plus ou moins, peuples et princes

ont pu marcher, mais marcher en tâtonnant dans l'espoîr

de retrouver le chemin véritable. Il y a eu un épais

nuage, que le vent a apporté, mais que le vent emportera,

et derrière le nuage est le soleil : le Soleil des cœurs et

des intelligences ; Celui qui < est la voie, la vérité et la

vie i ; » Celui qui, voilé pour certains yeux, n'en est pas

moins présent ; présent dans des milliers de temples et

dans des millions de cœurs ; présent, quoi que les nations

puissent faire, dans tout ce qui est la vie des nations.

Il a fallu jadis six siècles de désastres et de douleurs pour refaire le mondeflétri au cœur par l'idolâtrie et pour effacer l'action délétère du césarisme romain servilement accepté par les peuples. Mais de notre temps l'influence antichrétienne a compté à peine quelques instants de pleine domination en 1793, et ces instants ont laissé un sehtiment d'horreur encore gravé dans la mémoire des hommes. Et les triomphes même les plus éclatants de Tinfluence antichrétienne n'ont jamais été sans une protestation et une résistance ou de peuple ou de prince, ou de fidèle ou de pasteur. Quelle qu'ait été donc et quelle que soit encore cette influence, les siècles, si nous le voulons, ne seront pas nécessaires pour en efl&cer la trace.

Ne pouvons-nous même pas le dire avec confiance? nous avons vu cette influence plus grande que ne la verront nos neveux. La génération avec laquelle je suis né et dont la carrière, il faut qu'elle l'avoue, n'a été ni des plus glorieuses ni des plu^kûf^é^* fa ce monde, pourra du moins s'en aller de cette vie avec un meilleur espoir pour

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