‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 146 sur 156 · Voy. Psaum.f ci, 25 ; cm, 3 ei s. ; Hebr,, i · texte numérisé non relu

Voy. Psaum.f ci, 25 ; cm, 3 ei s. ; Hebr,, i

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plies qa*il8 appellent de tous leurs vœux. « Qui es-ta ? diseatils à Critias ; car à too aspect tu nous semblés un Ghrest (un cbrétien). Gomment va le monde? As-tu quelque malheur à nous annoncer pour nous réjouir ? — Misérables^ s'écrie-t-il, je crois bien qu'ici il y a bien peu de Ckrests (hommes de bien) ; mais le monde va bien et continuera de bien aller. — Il n'en est pas ainsi, répondent-ils: la cité est grosse de malheurs ! • £t ces prophètes sinistres se mettent à lui prédire des révolutions, des troubles, des séditions, des victoires de Fennemi. C'est en jeûnant dix jours durant, en passant des nuits à chanter des hymnes, quMls ont obtenu toutes ces révélations. « Que tous ces maux retombent sur votre tète ! leur dit Gritias, malheureux qui maudissez ainsi votre patrie ! Et alors, dit-il à Triéphon, ils ont ajouté une parole que je te dirai si tu le veux, et qui m'a rendu muet comme une statue, jusqu'à ce que tes sages discours m*aient rendu la vie et m'aient feit redevenir homme. •

Ici Triéphon lui impose silence, et, au moment où tous deux, frappés de ces sinistres présages, voudraient les oublier, un courrier passe. Comme pour démentir ces prophéties de malheur, ce courrier apporte la nouvelle de victoires remportées sur la Perse, de la prise de Suze, etc.; et, tous deux ensemble, le païen Gritias et le chrétien Triéphon, adorant le Dieu inconnu d'Athènes, lèvent les mains au ciel et lui rendent gr&ce.

La pensée de l'auleur est assez claire. Il est païen; mais il y a des chrétiens qu'il attaque et d'autres avec lesquels il est disposé à s'entendre.

Ceux qu'il attaque, ces prophètes de malheur, dont il vient de parler, est-ce l'Église en général, ou seulement certains chrétiens ? Nous avons asaez dit quelle était, surtout chez les chrétiens d'origine juive, la tendance à propager des prophéties sinistres ; les livres sibyllins en sont la preuve. Nous avons montré la même tendance, avec un caractère plus enthousiaste et plus sombre, chez les montanistes. Sont-ce ceux-ci que l'auteur attaque? s'en prend-il à des visions apocryphes comme celles du faux Ësdras ? ou, au contraire à des révélations inspirées d'en haut et acceptées par toutes les Églises chrétiennes comme celle de saint Jean ? On sent qu'il est impossible de le

dire ; mais ce qui me parait certaio d'abord, c'est que Fauteur connaît le christianisme ; l'usage qu'il fait du langage de l'Écriture, l'emploi de plusieurs expressions chrétiennes, telles que celle de catéchumène; la description qu'il fait de la personne de saint Paul, semblable à celle qu'en donnent les écrivains ecclésiastiques, en sont la preuve. Ce qui me parait certain encore, c'est que l'auteur de ce dialogue, sans être entièrement converti, rendait hommage à la grandeur du dogme chrétien ; qu'une sorte de déisme philosophique l'avait facilement débarrassé du fatras discrédité de la mythologie, et l'avait conduit à contempler avec une certaine admiration l'idée que les Livres saints donnent de Dieu.

Ainsi le chrétien Triéphon, ce baptisé, ce disciple de saint Paul (malgré un anachronisme évident), n'est pas, dans ce dialogue, un objet de satire. Il y a bien quelques railleries contre lui> superficielles et passagères. Il fallait bien, dit le savant Lehmanu, dans son édition de Lucien, qu'il y eût quelques traits dirigés contre le christianisme, afin que l'auteur ne passât pas pour un chrétien. Mais, du reste, le langage de Triéphon est grave, son expression élevée, sa parole développée, comme l'est dans un dialogue celle des personnages que l'auteur aime à faire parler. Gritias raille et se débat un peu, il ne combat pourtant pas en face, et il finit bientôt par se rendre. Le nom de Ghrest, au lieu de Christ, lesurnom qui désigne Moïse, lallusion à la figure de saint Paul sont moins des railleries que des expressions et des souvenirs populaires, qui attestent, par leur incorrection môme ou leur vulgarité, la notoriété, pour ainsi dire, vulgaire du christianisme ; il fallait, ce semble, que le portrait de saint Paul courût les rues. L'auteur est donc passablement réconcilié avec le christianisme ; mais une chose l'effarouche : les prédictions sinistres ne lui vont point ; les chrétiens, ou certains chrétiens lui semblent trop sinistres, trop peu amis de la chose publique. Aussi, quand il rencontre ou quand il forge dans son imagination un chrétien comme Triéphon, un chrétien ami de son pays (<pc^arpi;) qui, après lui avoir enseigné la magnifique théodicée des Livres saints et avoir répondu à ses faibles objections, s'accorde avec lui pour blâmer ceux qu'il appelle des visionnaires ; alors il

Tembrasse ; il fait bon marché de ses dieux de pierre et ae bois ; il reconnait que Triéphon Ta fait de pierre redevenir homme, tandis que les visionnaires (montanistes ou autres Tayaieùt fait, d'homme, devenir pierre. Enfin, n'ayant pas de serment et d'invocation commune avec Triéphon, il cherche) une divinité qu'ils puissent invoquer l'un et l'autre, et il trouve l'inconnu d'Athènes, ce Dieu que, d'un côté, les Athéniens adorent et que, de l'autre, saint Paul a déclaré identique au vrai Dieu (Act. xvi, 23). Il y a là évidemment une pensée de transaction et de tolérance, sinon vis-à-vis de tous les chrétiens, au moins vis-à-vis d'un certain nombre de chrétiens.

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