Le Bègue, B/saSuyXMO'ovç, 3. V. Exod., iv
Parle mleux^ ô Grîtias, et n'abaisse pas par ce langage vulgaire la majesté du Dieu qui nous protège. Sois notre catéchumène et laisse-moi te persuader, si lu veux vivre éternellement. Car, si Dieu a étendu le ciel comme une peau *, s'il a afifermi la terre sur les eaux, s'il a formé les étoiles, s'il a tiré l'homme du néant et l'a produit au jour, faut-il s'étonner que toutes nos actions soient écrites devant lui ? Si tu t'étais bâti une petite maison, et si tu y avais rassemblé quelques esclaves, hommes et femmes, rien de ce qu'ils y feraient, si petit et si ordinaire que ce fût, n'échapperait à tes yeux. El tu ne comprends pas que celui qui a tout créé, Dieu, puisse promptement et facilement reconnaître et garder dans son souvenir chacune de nos actions et de nos pensées....! » Cette expression de la vérité chrétienne frappe Critias : « Tu dis parfaitement bien, ô Triéphon ; il m'arrive Topposé de ce qui arriva à Niobé, de statue je deviens homme. Je suis prêt à jurer par ton Dieu. >
Critias alors raconte l'aventure qui le préoccupe. Il s'est trouvé sur la place au milieu d'une foule rassemblée autour de certains devins ou interprètes de songes. Ces hommes promettaient au pauvre des richesses, au débiteur le paiement de toutes ses dettes, à tous un miraculeux libérateur qui couvrirait d'or leur chemin. Ce sont ici les mille spéculateurs sur la crédulité païenne qui mettaient leurs prétendues sciences occultes au service des appétits vulgaires du public. Las de ces sottises, Critias allait se retirer, lorsqu'un homme, le prenant pour un de ses affîdés, le tire par son manteau et lui propose de le mener chez un prétendu devin dont il connaît, dit-il, tous les mystères.
Critias suit donc son guide, et, dans un galetas, au haut d'un escalier tortueux, il voit plusieurs hommes pâles, défaits, le front penché vers la terre. Ces hommes sont des chrétiens, mais des chrétiens, selon l'auteur, ennemis du genre humain, se réjouissant de ses malheurs, lui pronostiquant des catastro-
1. Imité du psaume XXXII, 2; d'Isaîe, xliv, 24; de saint Paul, Hebr,, xi, 3 ; II Thess., i, ; des Aeles^ xvii, 24 ; de V Apocalypse, xz,