CHAPITRE PREMIER
CARACTÈBE ET PHILOSOPHIE DE MARC ADRÈLE.
Après Antonin, le droit couréré par radoplion, la désignation faite par le monarque mourant, Tapprobation^cht sénat, qui éiait la véritable légililDtt^dè^/eâipëretirsVo^ mains, probablement aussi rapprdbâtio.n de l'armée' qui était leur véritable force, appelaient â1à^ofïrJ)r3'illàrt;us Annius, devenu par adoption Aureliu3 Atrtûiîfûui^ 0t'^''ué les historiens modernes ont célébré soucie nom de Marc Aurèle ^ Le sénat et le peuple n'eussent probablement pas
t. Marcus Annius Yerus, fiU d'Annius Verus et de Domitia Lacilla (oa Calvilla?), né à Rome sur le mont Celius, le 2B avril 121 (Kalend. apud Marini). — Surnommé par Hadrien VtTissimus; -• en 127. donatus equo publicû, — Mis au nombre des prêtres saliens (129). — Toge virile (136). — Adopté par Antonin (1S8), appelé alors ^lius Aurelius Antoninus Pius Cs^ar et r^^çu par ordre du Sénat dans les collèges sacerdotaux (Capitolin in M. Aurelio), —
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2 LrVRE VI. — MARC AURÈLB.
souhaité d'autre empereur avec lui. Mais, avec cette bénigaité modeste qui lui était propre et qui cette fois était de la sagesse politique, Marc Aurèle se souvint qu'Antonin laissait un autre fils adoptif. C'était Lucius Ceionius Cornmodus, dont au reste, Auloain semblait, avoir fait peu de cas et auquel il n'avait pas môme accordé le titre de César. Marc Aurèle eut trop bon cœur pour oublier ce frère, assez de prudence pour ne pas vouloir s'exposer à la rivalité de ce prétendant. 11 demanda que Lucius lui fût associé. Les deux princes parurent donc ensemble et se donnèrent la main devant le sénat, allèrent ensemble au camp, où Marc Aurèle parla pour tous deux et annonça (s'il faut en croire l'historien Capitolinus} une largesse de vingt mille sesterces (5,000 fr.) par télé; ils prononcèrent l'un et l'autre, au Forum ou ailleurs, un éloge funèbre d'Antonin ; prirent ensemble le consulat; augmentèrent en leur nom communia liste des enfants pauvres pour lesquels Trajan avait fondé des secours, marquant ainsi (usage nouveau) leur avonement par un bienfait; et enfin ils s'unirent plus étroite- '. naejil^ncarQ gar la promesse qui fut faite à Lucius de la •'Wlè»dè "JàaitfAûrMô/llome, pour la première fois, eut deui*. mattre». Qgàjif' eu pouvoir, et quelques auteurs dat'&ûV ua& Adjitëiie ère du Consulat des deux Augustes. "-Céxie.'tinton'xbira, et pourtant les deux Augustes ne se
Questeur (159 f. '-^ 'ëeosul (140, 145, 161). — Frère Ârrale, d'après une inscription de 164 (Murini, tab. 51).
Revêtu dé la puissance tribu ni tienne en février 147. — Auguste, le 7 mars 161. - Imperalor dix fois, 162, 163, 165, 166, 168, 171, 174, 175, 177, 179. - Mort le 17 mars 180.
Ses œuvres : ses Pensées {Hp^ caurov) en douze livres ; sa Cor^ responUance avec Fronton, publiée par Mai. Milan, 1818.
Voy. Dion, LXXI ; Aurel. Vict., Bp,, 15, Cas,, 15; Julius Gapitolinus, in M. Ânlon.; Eutrope, VIII ; Orose, VU, 15. Parmi les modernes, Esiaisur Marc Aurèle d* après les monuments épigraphiques, par M. Noftl des Vergen». Paris, 1860.
CABACTÈRE ET PHILOSOPHIE. 3
ressemblaient guère. Lucius Ceionius Gommodus, devenu par adoption ^lius Antoninus, el à qui Marc Aurèle,en lui promettant sa fille, avait donné le nom de Yerus, était, disent les historiens, un esprit simple et ouvert. II avait un visage rond et frais, une tête blonde, une barbe qu'il saupoudrait de poudre d'or, une physionomie avenante '. II avait été bien élevé; tous les illustres rhéteurs, sophistes, philosophes qui avaient formé Marc Aurèle, avaient formé aussi son frère adoptif. II n*y en avait pas moins en lui rétoffe d'un Néron. Amateur du cirque, passionné pour les gladiateurs, en un mot homme de son temps, avec un peu de rhétorique médiocre et de mauvaise poésie par-dessus le marché *; Verus était ce qu'avait été son père adopté jadis par Hadrien. Dans la personne du fils et dans celle d'Antonin, dans la personne du père et dans celle de Marc Aurèle, le mauvais génie et le bon génie de Rome se trouvèrent deux fois en présence. Deux fois la mort fut favorable au bon génie. Le premier Verus avait succombé peu après son adoption, et Anlonin avait été mis en sa place. Le second Verus devait aussi disparaître avant peu d'années, et Marc Aurèle, après l'avoir contenu en régnant avec lui, devait faire la joie de Rome en régnant seul ^.
Quant à Marc Aurèle, c^est un homme tout autre. A bien des égards, ce n'est pas un ancien. On sent qu'il a
1. Gapitolin in Vero — Chron. ex MS, Âmbro$iano apué MaTumtn Commentario prcBvio in Frontonem, p. lxxtiii,
2. Sur l'éloquence de Verus, voy. Gapitolin, et Fronton qui la loue (II, ad Verum ep. i, et ailleurs) Il existe dans le recueil du cardinal Mal quelques lettres de Verus.
3. Verus, fils du premier Verus et de Domitia Lucilla, né à Rome, le 15 décembre 129 ou 130 (Marini), adopté par Antonin (25 février 138), questeur (153), con8ul(154, 161), Auguste et tribun en mars 161, quatre fois Jntperafor {\^2, 165, 166), mort en 169. Frère Arvale, d'après une inscription de 163 (Marini).
passé non loin de la cliarité et de rhumilité chrétiennes, et que, malgré lui, il lui en est demeuré quelque reflet. Son enfance a été sérieuse, grave, sévère ; il a plu par ce contraste même à la cour d'Hadrien; Hadrien Ta aimé et a changé son surnom patronymique de Verus en celui de Verissimus (très-sincère) *. Due sorte de sainteté, comme des païens la pouvaient comprendre, Ta rapproché de bonne heure des temples et des autels; à six ans, Hadrien Ta revêtu d*une fonction sacerdotale; il Ta remplie avec gravité et conscience, tenant à savoir par cœur les formules d'invocation que d'ordinaire les princes se font souffler. Tous les sages de son temps, moins sages que lui, lui ont prodigué des leçons qu'il a reçues plutôt avec trop de docilité. Son corps et son esprit se sont exercés à tout ; la palestre a fortifié sa constitution, que l'étude et les austérités devaient affaiblir; il n'a pas dédaigné la chasse, ce divertissement impérial mis en honneur par Trajan ; Ja peinture ne lui a pas été (étrangère; la rhétorique, cette manie de son siècle, l'occupera jusque sous la pourpre; la jurisprudence, cette science bien impériale et bien romaine, lui est devenue familière. Mais la philosophie surtout a mis la main sur lui comme sur son bien. Elle Ta dégoûté et des amusements de la poésie, et des mensonges de la rhétorique, et des subtilités de la logique, et des curiosités même de la science; il se félicite de ne s'y être pas adonné ou même de n'y avoir pas réussi *. A douze ans, il a porté le manteau du stoïque; il a voulu coucher sur la dure, et sa mère a obtenu à grand'peine qu'il eût un lit couvert d'une peau. Il a pris ainsi de la philosophie ce qu'elle pou-
1. Ce surnom lui est même donné sur une monnaie des Tyranienn en Sarmatie : BHP122IM02 KaI2:AP (Vaillant).