‹ Les Antonins: ans de J. C., 69-180Chapitre 58 sur 156 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

GOUVERNEMENT INTÉUEUR.

L'empire eut donc quelques années de repos. Depuis le mois de juillet 175 jusqu'en août 178, Marc Aurèle put se distraira des inquiétudes de la guerre. On combattait pourtant toujours sur le Danube, mais sans l'empereur et contre les restes des soulèvements barbares. La révolte de Cassius, étouffée avec aussi peu de sang que possible, plaçait la politique de Marc Aurèle sous la protection d*un grand note de clémence. L'Église chrétienne, momentanément affranchie, ce semble, des persécutions, priait pour lui. Tout était favorable aux soins de la paix.

C'est donc à cette époque et aux courts intervalles de repos que la guerre avait pu jusque-là laisser à Marc Aurèle, qu'il faut rapporter les actes de politique et de législation bien succinctement indiqués par les historiens. PI us préoccupé de la guerre qu'Anlonin, qu'Hadrien, que Trajan lui-même, Marc Aurèle nécessairement fit moins qu'eux dans les travaux de la paix ; mais ils lui avaient tracé la route, et cette route, sauf quelques faiblesses qu'il faudra bien laisser voir, il la suivit fidèlement.

Dans la politique proprement dite, la tradition remontait, non pas seulement à Trajan ou à Nerva, mais à Auguste. J*ai répété vingt fois ce programme, hors duquel il

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n'y avait eu que tyrannie et abaissement dans le passé, hors duquel il ne pouvait y avoir que tyrannie et abaissement dans l'avenir : simplicité dans la personne du prince, libéralité dans son gouvernement, modération extrême envers les personnes, respect pour la fiction toujours subsistante de la république. Marc Aurèle était né pour celte politique. Cette autocratie sans titre royal, ce rôle de premier citoyen {princeps) d'un État populaire, habilement imaginé par Auguste, allait à la nature modeste, à Timagination sobre, à Tabnégation philosophique de Marc Aurèle. Un de ses précepteurs lui avait appris à se défier des délateurs ; sa bonne nature devait lui apprendre à se confier aux hommes, peut-être un peu trop. 11 avait une conscience éveillée et prudente pour lui redire : « Ne te Isisse pas séduire comme tant d'autres ont été séduits ; ne te césarise pas ^ » — Nature respectueuse ; le respect vis-à-vis du Sénat, les égards pour sa juridiction qu'il tendait à agrandir, pour ses membres appauvris qu'il secourait, pour ses membres même tarés qu'il protégeait par le huis clos quand il était réduit à les faire juger, pour ses séances qu'il fréquentait avec une courtoise et déférente assiduité, tout cela lui coûtait peu *. — Nature libérale et peu ambitieuse ; il ne lui coûtait guère non plus de garder avec le peuple les allures d'un magistrat élu vis-à-vis d'un peuple libre ; « il ne parla pas au peuple autrement qu'on lui parlait du temps de la république*. » A répoque de sa dernière guerre, demandant au Sénat de l'autoriser à prendre des fonds dans le trésor public : « Je

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