Monnaies de l'an 176, glbmbmtia avg — pax avg. — sbcvri
TAS PVBL, — POBTVNA DTGI.
noQ'SeuIemeDt au sanctuaire de la Minerve d'Albènes à laquelle il avait fait un vœu pendant la guerre S nonseulement à tous les autres sanctuaires, mais surtout aux mystères de Cérès à Eleusis. Cette déesse» on le savait, repoussait de son sanctuaire les meurtriers avec une puissance si redoutée que Néron n'avait osé s'y présenter. En allant y demander l'initiation, Marc Aurèle tenait à se laver du sang de Gassius,que personne du reste ne lui imputait. Il entra dans le sanctuaire seul et sans gardes ; puis il repartit pour Rome, satisfait dans sa piété, sacré pour la superstition des peuples, béni par leur reconnaissance, cher à leur amour.
11 partit, et pour mieux témoigner combien les armes lui étaient odieuses et combien la liberté lui était chère, en débarquant à Brindes, il quitta l'habit militaire, prit la toge, et voulut que désormais ses soldats, dépouillés du sagum, ne marchassent que comme citoyens sur la terre italique *.
La joie de ce voyage avait pourtant été troublée par la mort de Faustine. Elle avait suivi son mari en Asie ; elle expira d'une manière presque soudaine dans une bourgade au pied du mont Taurus (175), d'une attaque de goutte ; ceux qui croyaient à sa complicité avec Cassius soupçonnèrent un suicide. Quels que fussent les torts de cette femme, qu'il les igûor&t ou qu'il voulût les cacher, Marc Aurèle lui témoigna après sa mort la môme affection qu'il lui avait témoignée pendant sa vie. Il prononça luimôme son panégyrique. 11 demanda au sénat de la proclamer déesse. Les villes d'Asie gravèrent à l'envi sur leurs
i. Letlre à Hérode dans Philostr.. Vita SophisL, II, i, i 33. 2. GapitoliD, 27.
monnaies Faustine Diane, Faustine placée sur le char des dieux, Fausline portée au ciel par un aigle, Faustine au milieu de ses enfants sous les traits de la lune au milieu des planètes. Elle eut un temple à Romes et probablement dans bien d'autreâ villes. De jeunes filles, placées sous la tutelle de l'État, furent appelées de son nom Faustiniennes, et le bourg d'Halala, où elle était morte, devint une ville et une colonie romaine sous le nom de Faustinopolis.
Cependant, malgré les regrets, au moins officiels, de son mari et de l'empire, la honteuse réputation de Faustine est demeurée classique, et marche dans l'antiquité romaine immédiatement après celle de Hessaline. Je ne dis pas les historiens contemporains (car il ne nous en reste aucun), mais tous les historiens qui nous parlent de ce temps parlent de ses désordres et de leur scandaleuse publicité. Ils montrent cette fille d'Antonin, coupable, selon les bruits publics, d'inceste avec Verus, coupable ensuite de sa mort, complice de la révolte de Cassius ; ayant pour amants, non-seulement des consulaires et des sénateurs pour lesquels elle obtient dos grâces de l'indigne faiblesse de son mari, mais des mate-
I. Ce temple, probabiemenl silué sur le mont Palatin, devint peu après celui d'Élagahale. (Le temple qui porte encore aujourd'hui le nom d'Antonin et de Faustine, sur la voie Sacrée, appartient au premier Antonin et à la première Fausline ) — Un bas-relief déposé au musée du Capitole, et qui appartenait, à ce que l'on croit, & l'arc de triomphe de Marc Aurëlc, représente Tapotiiéose de Faustine. Elle est enlevée au ciel par une Renommée, et son époux la suit du re$(ard. — Monnaies de l'apothéose de Faustine : diva favstinà pia, son temple, ^bternitas, son earpenlum traîné par des éléphants. iBTERi«iTAS AVGVSTA, Fausliue en Diane, gonsegratio, bûcher, autel, le paon, Faustine enlevée par un aigle. La lune entre sept étoiles (ses sept enfants vivants) avec : sioBnievs rrcepta. — Beaucoup de monnaies des villes. £ni BEAI 4âTZTlNH2 (monnaie de Byzance).
134 LIVBK VI. — MARC AURÈLK.
lots, des pantomimes, des gladiateurs ; ils nous montrent les désordres de cette Âugusta et la lâche indulgence de cet Auguste signalés en plein théâtre, eu leur présence^ par les quolibets de Tacteur et les risées du public ^ Ils peignent enfin Marc Aurèle que ses amis pressent de purifier son palais par un divorce, sinon par une sentence de mort, se faisant néanmoins scrupule de renvoyer l'épouse qui lui a apporté la pourpre : « Si je rends la femme, dit-il, je dois rendre la dot. »
Il m'en coûte de croire à une aussi lâche faiblesse ; et cette faiblesse nous parait encore plus étrange dejuiis que la correspondance familière de Marc-Aurèleet de Fronton nous est connue. Là il n'est question de Faustine que comme d'une femme tendrement aimée et d'une mère chastement féconde?. C'est en lui parlant de Faustine, en le chargeant de ses vœux pour elle, en lui faisant remarquer la ressemblance de ses enfants avec Faustine, que le rhéteurcroit faire sa cour à son prince. Même en écrivant â Hérode qui n'était point Tami de Faustine, Marc Aurèle exprime des regrets de sa mort. Se. parlant à lui-même (tt^o /oexurôu) dans ses notes secrètes, il rend grâce aux dieux de lui avoir donné t une femme aussi docile, aussi tendre pour sa famille, aussi simple dans sa vie*. » Mère de dix enfants, elle avait suivi son mari dans tous ses voyages, même à l'armée de Germanie ; et
1 a De quo (TertuUo) mimtis in scena praesente Antonino diiit ; cum stupidus nomen aduUeri uxoris a servo quaereret et ilie diceret terTullud ctadhuc stupidus qiiaereret, respondit ille : Jam dixi teb, Tdllds (ficiinr. » (Capitol., in fine,)
'2. Domina Fausiina inea. M. Aur. (Fronto, aU U, Csdsar,^ I. 9, Edit. Maï.)
3. I, t7. V. dans Galion la peintum qu'il fait des inquiétudes de Faustine au moment d'une maladie de Commode, et de la vivacité de ses remercîmenis au médecin, De Prmcognit.^ 10-12.
elle mourut avant l'âge de la vieillepse, lorsqu'elle le suivait en Orient. MarcÂurèle, en lui décernant tous les honneurs que femme de César eût jamais reçus, avait inventé pour elle le titre de Mère des camps. Sur ses monnaies, il avait rattaché au nom de cette femme qu'il lui eAt été permis d'honorer moins, des souvenirs de concorde^ de joie, de fécondité^ de pudeur. Après qu'elle est morte, lorsqu'il demande au Sénat grâce pour quelques complices de Cassius^ il ajoute que cette grâce sera un soulagement à la douleur que lui laisse la mort de Faustine ; pensée touchante pour peu que les regrets eussent été mérités ! Et le Sénat, s'unissant (faudrait-il dire à cette hypocrisie ou à cette sottise du prince ?) le Sénat, non content des honneurs divins qu'il a votés à Faustine, ordonne que sa statue soit érigée au théâtre, a la place où elle se mettait d'ordinaire ; qu'elle soit, les jours où le prince assistera au spectacle, entourée par les plus illustres matrones '. 11 ordonne encore que, dans le temple de Vénus et de Rome, soient placées des statues de Marc Aurèle et de Faustine, devant lesquelles à l'avenir les fiancés viendront faire un sacrifice : flatterie officielle qui eût élé une bien sanglante ironie I £n un mot, toute la postérité dénonce Faustine, et tous les témoignages contemporains, officiels ou non, déposent en fa*veur de Faustine *.
1. Ce sacrifice semble rappelé par des monnaies où Faustine déesse est figurée entre deux jeunes filles revêtues du flammeum (le voile des fiancées\ abtbrnitas s. g. diva favstina.
2. Annia Faustina, fille d'Anionin et d'AnniaGaleria Faustina, née vers 120, fiancée d'abord au premier Lucius Verus, mais après la mort d'Hadrien, Verus étant trop jeune, mariée k Marc Aurèle (vers 139); làppeïée Augusla dès le t<;mps d'Antonin; morte en 175. — Ses monnaies avec les mots : concordia, — fkcvmd. aygvstab. — ivnoni
LVCINAB, — FOBTVNJB HVLIBBBI. — LAETITIA. — MaTRI GASTJIORVM. —
136 LIYRB VI. — HAHC AUHÈLE.
11 n'est peut-être pas impossible de résoudre celte contradiction. De toute façon, Faustine eut un grand tort envers la postérité : celui d'être la mère de Commode. Malgré la ressemblance des deux visages, on ne put jamais croire qu*un tel fils fût né d'un tel père. Les imaginations populaires, habituées à une sorte de supernaturalisme monstrueux, inventèrent à ce sujet des contes étranges : Faustine, follement éprise d'un gladiateur et voulant résister à cette indigne passion, aurait consulté un devin ; sur son avis, par une barbarie qui dépasse les mœurs romaines, elle aurait fait tuer le gladiateur et se serait fait oindre de son sang ; c'est ainsi qu'elle aurait donné à un fils, légitime pourtant, quelque chose des vices et des instincts du gladiateur. D'autres, rejetant ce hideux prodige, crurent tout simplement que Faustine infidèle avait donné au monde un prince dont le caractère était dépravé comme sa naissance était impure. En un mot, de la haine contre le fils a pu sortir une accusation posthume, excessive, sinon entièrement calomnieuse, contre la mère. 11 y a toujours, ou dans cette calomnie si pleinement accréditée, si c'en est une, ou dans cette tolérance de l'adultère poussée aussi loin par Marc Aurèle, un étrange signe d'aberration des mœurs antiques.
PTDIGITIA., — SABCVLI FELIGIT — PIBTA8. — VKNV8 (FaUStîne 60 Vé-
nus, mais velue, avec le diadème, le sceptre, une pomme à la main, uo amour sur un dauphin). — vbnbri victrigi (Vénus et Mars). — Témoignages sureUe: Oion, LXXI, 29-31. Gapiiol., in Jf. Ànlonin.; id., in Vero; Yulcatius Gallicanus, in Avidio Cassio; Correspondance de Fronton, pasiim,; Julien, de Cm$arib,; Aurel. Victor., de Crnsck" ribuSy 10; Eutrop., VIII, 5.