Front., ad M, Casarem, V
et de cette familiarité revienneni sans cesse dans cette correspondance.
Fronton est ami de Marc Aurèle, Hérode Atlicus Test aussi. Oui, mais tous deux sont rhéteurs, tous deux illustres, par suite jaloux, presque ennemis. Voyez quelle peine Marc Âurèle se donne pour les réconcilier. — La mémoire des morts ne lui est pas moins chère ; celle de son père, quoiqu'il Tait à peine connu ; celle de son grandpère, quoiqu'il ait à se féliciter d'avoir quitté sa maison ; celle d'Antonin, sur Téloge duquel il revient sans cesse, et qu'il n'a pas quitté plus de deux nuits pendant ses vingt ans de règne. C'est bien là cette piété envers les siens à laquelle Anlonin a dû son surnom. Et, comme ce mot de piété^ si beau qu'il soit, n'exprime pas assez, au gré de Marc Aurèle, cet amour presque passionné des siens qui est un trait éminent de son caractère, il en cherche le nom dans la langue grecque, plus riche et moins sévère que la langue romaine. Il y trouve le mot de philostorgia, et ce mol devient usuel entre lui et Fronton : « L'amour des siens, la philosiorgia^ dit Fronton, n'est pas une vertu romaine, et je n'ai guère trouvé à Rome un homme qui fût véritablement philos-torgos. Voilà pourquoi celte vertu n'a pas de nom dans notre langue '. »
Mais la philostorgia de Marc Aurèle n'est pas seulement une pente naturelle du cœur, qui se répand exclusivement
1« Fronton, ad L. Verym^ \, 5, ad amicos, I, 3. Marc Aurèle ap plique cetie épitbète à Antonin (VI, 30) et à Fausline (Toir cU dessus). Les deux verbes ^ Je», et vripyta veuienl dire aimer; mais le second indique plus parliculiëreinent un amour ardent entre père, mère et entants. Les mots ^OtaroMO), ^ùovTOpylay oc^lôaTO/DToc, sont donc comme une réduplication au mol aimer appliqué aux aflfections de famiUe.
GARACTâRB ET PHILOSOPHIE. Il
dans un cercle d'amis ; elle est plus réfléchie et plus libérale. Il rapplique à tout le genre humain, parce que le genre humain n*est pour lui qu'une famille : « 11 y a une parenté entre tous les êtres doués de raison. Le monde est comme une cité supérieure dans le sein de laquelle les autres cités ne sont que des familles ^ » Il est vivement frappé de la nature sociable de l'homme qui le place dans des rapports forcés avec ses semblables, et le rend débiteur envers tout le genre humain. Le devoir envers la communauté {rh xocmw»^), (et la communautf^, c'est ici le genre humain) l'obligation de ne rien faire de ce qui lui est hostile (oOSm hnnonw) et de faire tout ce qui lui est utile, lui parait le premier devoir de Thomme ; « quand ce devoir est accompli, il est impossible que le courant de la vie ne soit pas vers le bien *. »
Ce sera là sa loi comme empereur. Et voyez ici comme il juge admirablement cette fonction impériale qui se croyait à l'abri de tout juge, comme il en apprécie les dangers et les devoirs, et quels nobles conseils le philosophe donne au prince : « Prends garde de ne te point césariser {ip^ ft4 dcTToxacadMOn;), de ne pas le aisser plonger (dans le bain des séductions impériales, p^ pi^) ; car c'est ce qui n'arrive que trop. Conserve-loi simple, bon, inaltéré, digne, sérieux, ami de la justice, pieux, bienveillant, courageux pour tous les devoirs Respecte les dieux, sauve les hommes. La vie est courte ; il n'y a qu'un fruit possible de
*• Ori mtyytAçvct» rh Xoyixo* (III 4). Uolinut nihtù^ t^ç àvcordcrv; ^ ai XùiTtxi nôïnç &TK9p al oixiat «caiv |IIJ 11). IloXirfVfMeTOÇ rîveç litrérw»»'- xoffpioç »<ravffi ^roXic (IV, 4i Voy. encore II, i; IV, 13, 33 ; V, 16, 44; VJI, 13, 72 i Vlll, 2, 23, 34, IX, 1, 9, 31 ; X, 6 ; XI, 8, 18 : XII, 26.