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I. — Autres troubles de la parole chez les blessés du crâne

Nous aborderons successivement les points suivants :

1° Troubles de la parole chez les blessés de la région frontale antérieui e ,

2° Troubles associés non aphasiques du langage, névropathiques ou non névropathiques ;

3° Troubles de la parole chez les blessés du cerveau droit.

1° Troubles de la parole chez les blessés de la région frontale antérieure. — Nous avons vu que la zone du langage s’étend largement à la face externe du cer\eau

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gauche. Nous avons vu aussi que les lésions marginales de cette zone déterminaient fréquemment des troubles légers et transitoires de la parole. Il en résulte que dans la plupart des cas de blessure du crâne à gauche, quel qu’en soit le siège, il survient de façon passagère quelques symptômes de l’ordre de ceux que nous avons décrits.

Il existe cependant, à ce point de vue, quelques régions silencieuses et ce sont : le pôle frontal, le pôle occipital, la partie inférieure du cerveau dans toute son étendue.

Laissons de côté le lobe occipital et la partie inférieure du cerveau pour nous attacher un instant à l’étude des blessés de la région frontale antérieure (lobe préfrontal des auteurs).

D’une façon générale les blessures de cette région sont remarquablement bien tolérées. Il faut des destructions considérables de la substance cérébrale pour déterminer l'apparition de symptômes nets.

Nous n’avons pas observé la jovialité, la moria, signalée par les auteurs dans les tumeurs de cette région. Seul un blessé, sur près d’üne centaine, disait être plus gai, plaisanter plus volontiers qu’avant sa blessure. Plusieurs autres, par contre, étaient plus tristes et plus concentrés. Pas davantage nous n’avons eu l’occasion de voir des phénomènes apraxiques.

Par contre il n’était pas rare de voir des troubles légers de l’équilibre, de l’instabilité, ou une tendance au Romberg. Mais dans la plupart de ces cas, il y avait des symptômes d’ordre labyrinthique, notamment des troubles nets du vertige voltaïque.

De même l’émotivité, le tremblement homolatéral ou croisé paraissent surtout d’ordre névropathique, bien que nous fassions quelques réserves en ce qui concerne le tremblement.

En ce qui concerne la parole il est fréquent de voir les malades accuser le petit trouble suivant : au cours de la conversation, de temps en temps un mot leur manque, ou est difficile à prononcer, d’où petit achoppement qui ne dure que quelques secondes et après lequel ils repartent.

Ce trouble ne paraît pas d’ordre aphasique. Tout le reste de la parole est et est resté, chez ces sujets, normal. Le trouble est d’ailleurs aussi marqué chez les blessés du cerveau droit que chez les blessés du cerveau gauche.

Nous avons observé deux cas de blessures de la région préfrontale, siégeant toutes les deux à gauche, et dans lesquels une complication (abcès, encéphalocèle) avait entraîné une résection importante de substance cérébrale.

Chez ces deux sujets le tableau était identique et comportait :

Au point de vue mental : une torpeur, un affaissement de l’intelligence, une lenteur de Eidéation remarquables. Le faciès était comme figé et traduisait à peine les émotions, assez fortes cependant parfois pour provoquer des larmes. Les deux malades étaient d’une docilité remarquable et très impressionnables.

Au point de vue de la parole : une lenteur extrême avec scansion, et bégaiement très marqués dans un cas. Malgré la difficulté visible et la scansion de la parole, l’articulation était bonne.

Au point de vue somatique : du tremblement bilatéral, surtout marqué du côté croisé, et rendant l’écriture pénible. Ce tremblement n’élait pas nettement augmenté par les mouvements intentionnels. L’un de ces blessés avait de l’épilepsie jacksonienne droite.

Sans vouloir insister outre mesure sur ces deux faits, la concordance entre eux est telle qu’il ne nous paraît pas possible qu’elle soit le fait du simple

hasard. Cette symptomatologie des lésions profondes du lobe frontal nous paraît à rapprocher des reliquats d’un ordre assez analogue que l’on observe à la suite de certaines anarthries (4e forme de notre description).

2° Troubles associés non aphasiques du langage , névropathiques ou non névropathiques. — Ils ne sont pas très fréquents, mais ils ne sont pas non plus exceptionnels. Les plus remarquables d’entre eux nous paraissent être : le mutisme ou tout au moins Yaphonie , la voix explosive et le bégaiement.

Nous n’avons pas observé de vrai mutisme, mais nous avons vu un cas très curieux d’aphonie, très analogue à celle que l’on observe chez certains névropathes, grelïée sur une aphasie due à une large blessure de la région du gyrus.

Les troubles aphasiques étaient d’intensité moyenne, il existait des reliquats de monoplégie brachiale et des troubles sensitifs de toute la moitié droite du corps, la brèche osseuse était vaste et l’ensemble justifiait largement une réforme. Rien d’anormal au larynx.

Malgré cela, le malade parlait toujours à voix chuchotée, il faisait signe et disait qu’il ne pouvait élever le ton.

Ces troubles ont presque disparu par la rééducation. Malgré cela, la voix demeurait un peu sourde la dernière fois que nous avons vu le malade.

La voix explosive s’oppose en quelque sorte à l’aphonie. Nous l’avons observée trois fois, mais jamais chez des blessés aussi touchés que le précédent. Le malade crie, scande; la parole est tourmentée et spasmodique : elle parait pénible.

Les blessés qui présentaient ces troubles étaient tous trois sensiblement guéris des phénomènes aphasiques initiaux. Ils n’offraient pas " de troubles somatiques. Un seul d’entre eux avait une brèche très large. Ces malades sont peut-être un peu plus suspects que le précédent au point de vue de la sincérité parfaite.

La voix explosive est Cependant à rapprocher du bégaiement, car l’une accompagne souvent l’autre, tout au moins à l’état d’ébauche. Le bégaiement n’est pas une séquelle fréquente, nous l’avons cependant observé deux fois. Les deux fois chez des aphasiques sensiblement guéris. L’un de ces malades avait en même temps la voix explosive à un degré très marqué.

Dans l’ensemble, toutes ces altérations paraissent d’ordre avant tout névropathique, mais elles sont greffées sur une difficulté réelle de la parole, dont elles augmentent ainsi considérablement l’altération. Les sujets qui les présentent ont en outre l’émotivité et la suggestionnabilité des névropathes. La persuasion agit cependant sur eux moins que sur les névropathes purs, à cause de la forte racine organique sur laquelle leurs troubles de la parole sont greffés.

En général ces blessés nous ont paru indubitablement sincères. Il faut d ailleurs se rappeler que la plupart de ces phénomènes peuvent s observer également, quoique rarement, au cours des aphasies banales par artérite.

3° Troubles de la parole chez les blessés du cerveau droit. Chez quelques blessés du cerveau droit atteints dans la région symétrique de la zone postérieure du langage, nous avons observé parfois des troubles très légers et très transitoires de la parole portant sur l’articulation et la dénomination des objets. Ces troubles ont toujours été insignifiants et le nombre des cas négatifs (absence complète de troubles chez des blessés présentant de grosses brèches de la région temporo-pariétale) s’est montré beaucoup plus considérable que celui des cas positifs.

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Il ne nous a pas paru que la gaucherie fût la raison d’être de ces différences. Nous avons observé des brèches pariéto-temporales droites, chez des gauchers, sans troubles d’aucune sorte, et nous avons vu des gauchers avec troubles aphasiques vrais occasionnés par des lésions pariéto-temporales gauches.

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