‹ Les Apocalypses apocryphes de DanielChapitre 10 sur 29 · ER CC · texte numérisé non relu

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Les Israélites auront dans les treize cents ans de durée du Messie bonne chère, fêtes, bonheur, grandeur et honneur, jusqu'au grand jour du jugement. Mais ce jour sera sombre et terrible, car la lueur des flambeaux seulement éclairera. Alors Dieu rendra visibles le paradis (1) et l'enfer, qu'il a créés avant la terre. Le paradis aura sept portes, l'enfer en aura trois. Et au jour du jugement tout peuple comparaîtra devant l'éclat de Dieu, et quiconque aura commis un péché se placera vis-à-vis d’un Israélite qui est resté dans le judaisme. Aux trois portes de l'enfer se placeront à l’une Abraham, à l’autre Isaac, et à la troisième Jacob, et ils prieront, disant : O Seigneur, souviens-toi de ta promesse et de l'alliance quetu as établie toi-même, comme il est écrit dans la Sainte Ecriture : « Et je pense à mon alliance avec Jacob, etc... » Dieu entendra leur supplication et pardonnera aux Israélitesleurs péchés A Abraham il abandonnera quiconque est de pure descendance, et tous les Israélites entreront dans le paradis. Alors les pécheurs leur diront : O prophètes qui êtes d’entre nous, vous nous chassez! Il ne leur sera donné aucune réponse et on les enverra tout d'un coup en enfer. Mais l'enfer aura sept divisions. La division inférieure sera le séjour de ceux qui auront changé la loi. La deuxième division sera le séjour des malfaiteurs; la troisième, pour ceux dont la foi au judaïsme ne sera pas sincère; la quatrième, pour les incré-

(1) CE Tischendorf, Apocal. apocr., de Jean, p. o1, $ 25, El pa SITo:

39 res dules qui n'auront pas obéi à Dieu. La cinquième est pour les malfaiteurs d'Israël, qui auront commis impureté et adultère. La’ sixième est pour les peuples de la terre, pour ceux qui auront pratiqué prière hypocrite, hypocrisie et dissimulation. La septième division est pour celui qui aura été corrompu et hautain au milieu d’Israël et dont les actions auront été mauvaises. Tous les autres Israélites seront participants de la vie à venir. Ainsi tous les malfaiteurs d'Israël trouveront alors la punition de l'enfer; puis ils seront sauvés de la punition et réunis avec leurs frères, car les descendants d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ne seront pas anéantis.. Loué soit Dieu à cause de son abondante miséricorde et de sa grande grâce et de sa bonté perpétuelle ! Puisse-t-il réunir prochainement des quatre bouts du monde les dispersés d'Israël! Dites amen. Puisse-t-il accomplir pour nous la parole de l'Ecriture qui dit : « Dieu édifie Jérusalem, etc. (Ps. CXLVII, 2) » ! Loué soit Dieu dans l'éternité. Amen, amen ! »

Nous avons tenu à reproduire complètement la fin de l’histoire de Daniel : un simple résumé n'aurait pu rendre le tableau dans la vivacité de son réalisme.

On remarquera la division de l'enfer en régions réservées aux différentes classes de pécheurs. Elle se retrouve, avec des modifications, dans la plupart des Apocalypses apocryphes. Il y a là un fonds d'idées commun aux autres ouvrages du même genre, l’Apocalypse de Paul, celle d'Esdras en grec, l’'Apocalypse

apocryphe de Jean, etc., sorte de thème primitif qui se

UE 34 — développera pour atteindre à la perfection dans la Divine Comédie. Il faut uassi remarquer le rôle du : Messie : les Juifs seront tous sauvés, avec ceux qui se seront attachés à eux, tandis que les nations périront im- ' pitoyablement.

Il y a dans notre écrit persan de telles contradictions qu’on en viendrait presque à douter de l’unité de composition. Certains passages sont universalistes et proclament le salut de toute l'humanité. D’autres, au contraire, et ce sont les plus nombreux, dénotent un tel particularisme qu'à première vue on reconnaît un Juif comme auteur de l'ouvrage. S'il n’est pas tendre à l'égard des non-Jsraélites, il ne l’est guère davantage à l'endroit de ceux de son peuple qu'il ne porte pas dans son cœur.

Lorsque notre auteur fait sonner de la trompette au jour du jugement, il a évidemment une réminiscence des chap. VIII et IX de l’Apocalypse de Jean. Mais nousne nous arrêterons pas davantage à cette Apocalypse per- | sane de Daniel; il suffit que nous en ayons donné une idée. Nous avons hâte d'arriver à un sujet moins connu, Re: et nous commençons par l'Apocalypse copte de Daniel. 4

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Le christianisme pénétra de bonne heure en Egypte. Suivant la légende, saint Marc l'aurait apporté à Alexandrie, et de là dans la vallée du Nil et jusqu’en Ethiopie. Les relations étroites et actives entre l'Egypte et la Palestine, relations commerciales et intellectuelles, suffisent à expliquer le fait, sans qu’il soit nécessaire de recourir à la légende. Il est certain que de bonne heure il se forma en Egypte une église nombreuse, ardente aux spécuiations théologiques, où se développa une riche littérature, et qui fut, plus que toute autre, éprouvée par les plus violentes persécutions. Célle de Dioclétien laissa un souvenir si profond que c’est d’elle que date désormais l'ère copte, 284. Plus tard, lorsque le christianisme fut devenu religion d'Etat, l’église copte eut à souffrir de nouvelles et non moins cruelles persécutions de la part des empereurs byzantins (1}. En butte à la tyrannie de Constantinople, écrasés sous le joug des gouverneurs et des évêques qu'on leur imposait, les malheureux Coptes appelèrent et accueillirent comme des sauveurs les Arabes qui, sous la conduite d'Amrou, 639-641, en-

(1) Une des grandes causes de l’antipathie qui existait entre Constantinople et l'Eglise copte, et évidemment la principale, provient des querelles théologiques qui divisaient profondément l’Orient. L'Eglise copte a toujours embrassé le parti des monophysites, tandis qu’à Constantinople on était pour les orthodoxes.

HO vahirent l'Egypte et en firent rapidement la conquête. Mais les Arabes oublièrent bien vite l’appui qu’ils avaient trouvé dans les Coptes contre les Grecs : leur tyrannie et leurs persécutions dépassèrent tout ce que l’on avait eu à subir et de Rome et de Constantinople. Il est surprenant que l'Eglise copte ait survécu à toutes ces tribulations. Exaspérée par le malheur, elle se réfugia dans les espérances apocalyptiques qui, là comme ailleurs, entretinrent la foi des fidèles en leur faisant entrevoir, au-delà des misères présentes, un avenir brillant où la victoire finale leur serait accordée, la grande délivrance par le retour du Messie, après la défaite de tous ses ennemis. C’est de l’excès du malheur que naît, comme d’un terrain bien préparé, la littérature apocalyptique. C'est bien le cas pour notre Apocalypse copte de Daniel. Son nom : La quatorzième vision de Daniel, vient de ce que, dans le manuscrit où elle se trouve, elle vient après le livre de Daniel qui est divisé en treize visions, conformément à la division du manuscrit Alexandrinus.

Cette Apocalypse imite au début le livre canonique de Daniel; elle lui emprunte la notion des quatre grandes monarchies ; elle lui emprunte même des phrases entières que nous indiquerons en renvoyant aux passages correspondants.

Après une introduction en apparence historique, assez

détaillée, qui rappelle celle du livre canonique, le pro-

phète a une vision concernant le royaume des fils d’Ismaël. Dix-neuf rois de cette race règneront sur la terre (sur l'Egypte); sous le règne du dix-neuvième et dernier

ess

rés

roi, Pitourgos, son ennemi viendra, le fera fuir, et le mettra à mort; puis se lèvera le roi des Romains qui asservira les Ismaélites; ensuite, Gog et Magog bouleverseront la terre... puis apparaîtra l'Antichrist.…, ensuite viendra l'Ancien des jours, qui mettra à mort l’'Antichrist et dont le règne n'aura pas de fin. Enfin Daniel recoit de Dieu l’ordre de sceller toutes ces choses jusqu'au temps de leur accomplissement.

Notre Apocalypse offre cette particularité qu'au premier abord tous les faits cités semblent historiques et faciles à fixer; mais en y regardant de plus près, cette apparence s'évanouit, et il ne reste plus qu’un bizarre assemblage de traits rassemblés par une mémoire peu fidèle. Si le lecteur, ne voulant pas en rester là, reprend plus en détail son étude, il arrive à voir que l’auteur de l’Apocalypse a juxtaposé des faits historiques dont il se souvient exactement, et des données vagues, erronées, destinées à remplacer les événements qu’il ne se rappelle pas.

Nous consignerons dans des notes accompagnant le texte les résultats auxquels nous sommes arrivé. Nous ne prétendons pas être parvenu à la complète lumière, mais peut-être notre hypothèse n'est-elle pas très éloignée de la vérité.

L'auteur de l’Apocalypse énumère dix-neuf rois, mais il ne les caractérise qu'à partir du dixième; comme il écrit en Egypte, il est vraisemblable qu’il parle des Fatimites d'Egypte, et dans nos notes explicatives nous verrons que Pitourgos désigne les Turcs, et plus spécia-

433518 lement le Turc Saladin; les Romains (Roumis) arrivent, ce sont des Croisés : nous pensons donc que notre Apocalypse a vu le jour aux environs de la troisième croi-

sade, un peu après 1187.

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